Journal du club des Cordeliers, p
4. Lo 24 juin 1791, l'Assemblée constituante avait suspendu le décret des 28 et 29 mai précédents qui ordonnait la convocation des électeurs pour nommer le Corps législatif.
DANÏOX ES 1791 ET EN 1792 \j<J
A ce moment-là, il semble qu'il se soit formé, entre les patriotes avancés, une sorte de pacte tacite : les républicains renonceraient à la République, taudis que les monarchistes abandonneraient Louis XVI, lequel serait déposé et jugé. Ce pacte met d'accord les Gordeliers et les Jacobins.
Mais l'Assemblée constituante suit une autre politique. Le débat sur l'inviolabilité du roi tourne contre les vcjux des Jacobins, des Cordeliers et de Danton. Le 15 juillet, on apprend qu'elle va voter un décret qui innocente Louis XVI. Le soir, aux Jacobins, Choderlos de Laclos propose une pétition contre ce projet de décret et contre la théorie de l'inviolabilité du roi. Danton et Robespierre appuient énergiquement cette idée 1 . Pendant qu'on la discute, la salle du club est envahie par unedéputation du Palais-Royal, soutenue de 8.000 manifestants. L'orateur de cette députation parle avec véhémence contre Louis XVI. La foule se montre menaçante. Pour la calmer, Authoine, qui présidait, lui propose le projet de pétition de Laclos comme propre à remplir ses vœux. Il est décidé, par cette assemblée tumultueuse et mêlée,
1. La Société des Jacobins, 1. 111, p. 18,19. — QElsner rapporte que, Robespierre ayant dit : « César fut assassiné parce qu'il était inviolable », Danton s'écria : « On aurait dû assassiner les scélérats qui osèrent le déclarer tel ! » {Luzifer, p. 275).
que cette pétition sera aussitôt rédigée et que les citoyens la signeront, le lendemain 16, au Champ-de- Mars. Des rédacteurs sont nommés : Lanthenas, Sergent, Danton, Ducancel etBrissot'.Ce dernier tient la plume, et il est, de son propre aveu, l'auteur de la pétition*, qui se terminait ainsi :
« Les Français soussignés.... demandent formellement et spécialement que l'Assemblée nationale ait à recevoir, au nom de la nation, l'abdication faite, le 21 juin, par Louis XVI, de la couronne qui lui avait été déléguée et à pourvoir à son remplacement par tous les moyens constitutionnels ;
« Déclarant les soussignés qu'ils ne reconnaîtront jamais Louis XVI pour leur roi, à moins que la majorité de la nation n'émette un vœu contraire à celui de la présente pétition 3 . »
1. Déposition de François-Paul-Nicolas Anthoine, député à l'Assemblée nationale, au tribunal du VI* arrondissement, sur la pétition et sur Va ff aire du Ghamp-de-Mars (23 août). Paris imp. du Patriote français, août 1791, in-8. — Bibl. nat,, Lb M /o293.
2. Interrogatoire de Brissot au Tribunal révolutionnaire : « Passant à l'affaire du Ghamp-de-Mars, il avoue avoir rédigé la fameuse pétition... Mais il prétend que Laclos, qui y travailla avec lui, y ajouta la phrase dans laquelle on insinuait que, Capet étant censé avoir abdiqué par sa fuite, il fallait lui choisir un successeur. Dans cette phrase, dit-il, les amis de la liberté crurent voir une intrigue de Laclos, homme d'affaires de Philippe d'Orléans ; les Gordeliers en exigèrent la radiation, et la pétition que j'avais rédigée fut purement et simplementadoptée. » (Bûchez, t. XXX, p. 8.) On a vu cependant que Laclos n'était pas du nombre des commissaires rédacteurs. Il publia même une déclaration à ce sujet, quatre jours après l'affaire du Ghamp-de- Mars, où il affirmait n'avoir pas rédigé la pétition et s'être en outre opposé à ce qu'elle fût signée au Ghamp-de-Mars ou dans aucun rassemblement de citoyens. (Supplément au Journal de Pans du 21 juillet 1791.)
3. On trouvera le texte complet de cette pétition dans la Société des Jacobins, t. III, p. 19, 20.
La pétition fut portée au Champ-de-Mars le 16 juillet, comme c'était convenu. « A midi, écrit un pamphlétaire royaliste, quatre commissaires des Jacobins sont arrivés portant des copies de la pétition qu'on doit adresser au Corps législatif. Elle a été lue d'un côté par un Anglais, petit de taille, portant cheveux blonds et crépus ; de l'autre, par un homme en habit rouge et cheveux roux, d'une taille plus élevée que le premier... Le sieur Danton, monté sur un des angles de l'autel, a fait une lecture très animée; la foule qui s'est pressée autour de son vertueux tribun, ne nous a pas permis de l'entendre '. »
Les citoyens viennent de signer la pétition ; ils ont nommé une députation pour la porter à l'Assemblée constituante 2 , quand ils apprennent que c'est trop tard et que le décret qui innocente Louis XVI vient d'être voté. Que faire ? Faut-il envoyer la pétition tout de même ? On consulte le club des Jacobins : il retire et désavoue la pétition.
Mais le mouvement (contre Louis XVI, et non contre la monarchie) ne s'arrête pas ; les Cordeliers se refusent à suivre les Jacobins dans leur marche légale. Le lendemain 17, les citoyens s'assemblent au Champ-de-Mars. Une nouvelle pétition est improvisée par le cordelier Robert, qui la signe avec Pe yre, Vachard et Demoy. A ces quatre signatures, il s'en ajoute aussitôt une foule d'autres, plus de
1. U Babillard, numéro du 18 juillet 1791 cité dans la Société des Jacobins, t.III,p. 24. Cet Anglais était probablement Rotondo.