Orateur du peuple, t. VI, p
3. « On assure que le patriote Danton, qui a beaucoup d'esprit,
Tel fut le rôle de Danton dans la crise amenée par lafuiteà Varennes. Il se montra violent, injurieux, opposant farouche, irréconciliable adversaire des modérés ; mais il ne demanda pas la république et nous le verrons bientôt se déclarer monarchiste, au moins par tactique.
Quand, aux Jacobins, le 13 juillet, Robespierre eut déclaré que le mot de république lui paraissait vide de sens, qu'on pouvait être libre avec un monarque comme avec un sénat, Danton ne protesta pas : il se borna à flétrir la mauvaise foi des rois, à parler contre l'inviolabilité, contre l'idée de rétablir Louis XVI. Surtout il somma la Constituante de ne rien faire contre l'opinion : « Que l'Assemblée nationale tremble, dit-il. La nation, renaissant à la liberté, est cet Hercule qui écrasa les serpents qui cherchaient à le dévorer. Elle achèvera ses douze travaux, en exterminant tous ses ennemis *. » C'était le langage d'un patriote avancé, mais non pas celui d'un républicain à la manière de Condorcet. Et comment Danton aurait-il pu poser la question de république dans un club qui, le 1 er juillet, avait hué Billaud-Varenne pour avoir voulu parler de la république et do la monarchie ?
de sens et de pénétration, est indiqué dans ces cruels et sanguinaires éloges, qui le font passer dans l'esprit des honnêtes gens (qui ignorent qu'il en est profondément affecté) pour un scélérat combiné qui, couvert du masque du patriotisme, veut ramener te despotisme par l'anarchie » {Courrier des départements, * juillet 1791, p. 59).
1. Journal de la Révolution, cité dans la Société des Jacobins, t. 111. p. 13.
158 BEVOLUTION FRANÇAISE
En présence de cette attitude de leur ancien chef, les Cordeliers avaient, depuis longtemps, reculé. Ils ne demandent plus qu'une chose, c'est que la Constituante ne décide rien sur Louis XVI avant d'avoir consulté les départements. C'est là maintenant le principal vœu des patriotes avancés. C'est l'objet d'une pétition que 30.000 citoyens, réunis le 24 juin sur la place Vendôme, portèrent à l'Assemblée constituante, où un secrétaire la bredouilla, plutôt qu'il ne la lut, si bien que personne ne l'entendit '.
Ces 30.000 étaient-ils républicains?
Assurément non : leur président, Théophile Mandar, déclara au cercle social qu'il était monarchiste, et il ne changea d'opinion que sous le coup de l'enthousiasme que provoqua le discours de Condorcet 2 .
Le 9 juillet, les Cordeliers font une pétition dans le sens et à l'appui de celle des 30.000 : mais le président de la Constituante, Charles de Lameth, leur refuse de la lire \ Ils s'indignent, mais n'insistent pas davantage, ne se sentant pas soutenus par l'opinion. Le 12 juillet, leur colère s'exhale dans une adresse à la nation, où ils l'invitent à annuler elle-même le décret qui suspendait la convocation des corps électoraux 4 . Cette manifestation ne fut suivie d'aucun effet- Le mouvement républicain avorte décidément.