Manuel n'était pas encore devenu brissotin
de Marseille des « moyens pour établir irrévocablement la liberté et l'égalité 1 ». Le premier de ces « moyens », c'était d'élire à la lois Robespierre et Petion, c'est-à-dire de concilier les avancés et les modérés. Pour faire accepter cela, en pleine discorde des passions, Delacroix, à l'exemple de son maître, avait rugi contre les royalistes et les ci-devant constitutionnels, les vouant à l'exécration, excluant de toutes les places les adversaires de la révolution du 10 août, réclamant la démolition des statues des rois, et, avec une attitude mélodramatique, proposant « la mise à mort de La Fayette, dont la tête serait exposée sur une pique de soixante pieds de haut, pour l'effroi des traîtres à venir et dont la maison serait rasée ».
C'est féroce : mais remarquez qu'à cette date La Fayette est hors de France, insaisissable. Delacroix sait bien que ses menaces sont vaines : il ne les profère que pour faire passer l'article 1 er de son programme: élection de Robespierre et de Petion, delà Gironde et de la Montagne.
Que Delacroix fût l'interprète de Danton, c'est ce dont Petion lui-môme témoigna indirectement, dans le récit qu'il fit d'une querelle advenue, le 4 septembre, entre Robespierre et lui, Petion. « Danton, dit-il, s'entremêla dans le colloque, nous dit que ce n'était pas là le moment de disputer, qu'il fallait ajourner toutes ces explications après l'expulsion des ennemis,