‹ Études et leçons sur la récolution françaiseChapitre 84 sur 158 · Bibl. nat., Lb*746),in · texte numérisé non relu

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que cet objet décisif devait seul occuper tous les bons citoyens 1 . »

Cette politique de conciliation ne prévalut pas dans l'Assemblée électorale.

Le 5 septembre, une lettre de Danton informa les électeurs de Paris que Petion était élu dans l'Eure-et- Loir. Un membre proposa que l'Assemblée exprimât le regret de n'avoir pas prévenu les électeurs d'Eureet-Loir, en nommant Petion. Cette motion, très appuyée, parut rallier la majorité. Mais on ne vota rien, et, le lendemain 6, les robespierristes, tout en louant Petion, protestèrent contre tout excès d'adulation et firent passer à Tordre du jour.

En somme, la liste de Paris, qui était à peu près celle de Marat 2 , fut un défi porté aux modérés, aux brissotins, un désaveu formel de la politique dantonienne de conciliation. Le vrai vainqueur, ce n'était donc pas Danton, c'était Robespierre, qui, aidé de Marat, avait hautement réclamé la rupture définitive avec le parti de Brissot, l'exclusion de la Gironde.

Danton fit des efforts patriotiques pour empêcher que cette rupture ne fût irrémédiable. Il vit Brissot, il lui fit déclarer qu'il n'était pas pour la république fédérative 3 ; il rappona cette déclaration à Robespierre, qui n'en continua pas moins à accuser Brissot de fédéralisme. Ni Robespierre ni M me Roland ne vou-

i. Bûchez, t. XXI, p. 108.

2. Voir sa liste dans Chèvrcmont, t. II, 103, p. 109. Il portait en tête Robespierre et Danton.

3. Voir les déclarations de Brissot, ap. Bûchez, t. XX, p. 141.

laient la conciliation : seul, Danton la voulait réellement : il périt à la chercher, mais ses tentatives pour retarder l'éclat de la rupture, pour maintenir provisoirement la concorde entre les républicains, eurent du moins ce résultat heureux qu'elles firent triompher la défense nationale et rendirent possible l'expulsion des Prussiens.

La Convention se réunit le 20 septembre aux Tuileries, à huis clos, pour se constituer. Son premier acte, en dépit de Danton, fut une réponse violente aux élections de Paris. Elle forma son bureau de Girondins. Petion fut président, Condorcet 1 , Brissot, Rabault. Lasource, Vergniaud et Camus furent élus secrétaires.

Le lendemain matin 21, elle se réunit encore aux Tuileries, à huis clos, envoya des commissaires à l'Assemblée législative, et, en attendant leur retour, se remit à délibérer. Danton intervint: il protesta contre toute délibération prise en l'absence du peuple. Il avait raison, mais l'Assemblée ne voulut pas se ranger à l'avis du protégé de Marat, et Lasource s'opposa avec force à la motion de Danton. Gorsas prétend même qu'un décret fut pris dans le sens du discours de Lasource, c'est-à-dire contre la motion de Danton.

i. Cependant, à cette époque, Condorcet n'était pas encore classé, dans l'opinion, parmi les Girondins.

Il n'y a rien de pareil dans le procès-verbal, d'après lequel ce débat fut interrompu par l'arrivée des commissaires de la Législative 1 .

Les conventionnels se rendirent ensuite dans la salle du Manège, et la session publique commença.

Elle débuta par des motions confuses et contradictoires. On vit bien qu'il n'y avait nul concert préalable, et, à ces premiers instants, l'Assemblée parut désorientée. Un seul sentiment prévalut : la crainte de la dictature, du triumvirat préconisé par Marat. Couthon se fît l'interprète applaudi de cette crainte, qui visait Danton, ce Danton que l'Ami du peuple semblait avoir désigné à mots couverts pour la dictature.

C'est alors que Danton parut à la tribune.

Il commença par résigner en ces termes (d'après le Moniteur) ses fonctions de ministre :

Ayant d'exprimer mon opinion sur le premier acte de l'Assemblée nationale, qu'il me soit permis de résigner dans son sein les fonctions qui m'avaient été déléguées par l'Assemblée législative. Je les ai reçues au bruit du canon dont les citoyens de la capitale foudroyèrent le despotisme. Maintenant que la jonction des armées est faite, que la jonction des représentants du peuple est opérée, je ne dois plus

1 . « Une discussion s'était élevée aux Tuileries entre Lasourco et Danton. Celui-ci avait pour ainsi dire protesté contre toute délibération prise en l'absence du peuple. Lasource avait répondu avec force et justesse. L'Assemblée conventionnelle avait vengé ce dernier en prenant un décret en sa faveur. C'est sans doute le souvenir de cette lutte qui détermina le président à consulter l'Assemblée pour savoir si le procès-verbal déjà lu serait soumis à une seconde lecture, qui fut adoptée. Elle excita de nouveaux applaudissements. » Gorsas, n° 1, p. 14. — Bibl. nat., Lc*/I64.

reconnaître mes fonctions premières ; je ne suis plus qu'un mandataire du peuple, et c'est en cette qualité que je vais parler.

Après avoir demandé qu'on déclarât que la Constitution à faire devait être soumise au vote du peuple, il ajouta :

Les vrais fantômes de dictature, les idées vagues du triumvirat, toutes ces absurdités inventées pour effrayer le peuple, disparaissent alors, puisque rien ne, sera constitutionnel que ce qui aura été accepté par le peuple *.

Suivent des déclarations conservatrices :

Jusqu'ici on a agité le peuple, parce qu'il fallait lui donner l'éveil contre les tyrans. Maintenant il faut que les lois soient aussi terribles contre ceux qui y porteraient atteinte que le peuple Ta été en foudroyant la tyrannie. »

Enfin, désavouant les boutades de Fabre d'Eglantine contre les « amis des propriétés » 2 :

Déclarons que toutes les propriétés territoriales, individuelles et industrielles seront éternellement maintenues.

Applaudissements unanimes, enthousiasme, étonnement. Quoi, c'est ainsi que parle le maratiste Danton? La Convention sent tomber toutes ses méfiances.

On trouve même qu'il va trop loin, puisque la féodalité n'est pas encore toute détruite :

AT. Gambon : « Sans doute il ne peut exister de Constitution

4. Prudhomme expliqua plus tard pourquoi Danton n'était pas suspect d'aspirer à. la dictature. Voir Bûchez, t. XX, p. 230. 2. Voir la seconde série de ces Études el Leçons, p. 88 et 89.

que d'après le vœu bien prononcé de la majorité du peuple; mais, en déclarant que les propriétés sont sous la sauvegarde de la loi, vous portez atteinte a la souveraineté du peuple. (Murmures.)

« Eh bien, je demande, messieurs, qu'on ne puisse rien proposer qui soit dans le cas de porter atteinte aux propriétés territoriales et industrielles. »

M. Lasource s'élève fortement contre la proposition de M. Cambon, comme tendant a tout détruire, tout désorganiser et faire naître l'anarchie *.

Après une longue discussion 2 , la Convention déclara :

1° Qu'il ne peut y avoir de Constitution que celle qui est acceptée par le peuple ;

2° Que les personnes-et les propriétés sont sous la sauvegarde de la nation.

Remarquez qu'elle ne dit pas, comme le voulait Danton, sous la sauvegarde éternelle. Danton voulait rassurer à tout prix, d'une part les acquéreurs de biens nationaux, d'autre part les riches qui n'avaient pas émigré : la Convention se refusa à déclarer, même en vue de la concorde et de la défense nationale, que la question sociale, comme nous dirions, fût close à jamais.

Les modérés, les Girondins, comprirent la portée de l'avance que Danton leur avait faite, et Gorsas en prit acte en ces termes :

1. Journal de la Convention nationale, ou le Point du Jour. — Bibl. nat., Lc*/781, in-4.

2. Il faut la lire dans le Journal des Débats et des Décrets, où elle est bien plus complète et plus claire que dans le Moniteur.

Danton avait été défiguré dans ces placards, et l'Ami du peuple, Marat, avait voulu absolument en faire un dictateur. Ainsi le citoyen Danton, lorsqu'il a traité d'absurdes les idées du triumvirat et de dictature, n'a pu avoir en vue que Marat qui les avait mises en avant.

Des applaudissements mérités l'ont suivi longtemps après qu'il a eu quitté la tribune *.

Mais l'adhésion de Condorcet à la politique de Danton a une autre importance que celle de Gorsas. Voici ce que l'illustre rédacteur de la Chronique de Paris écrivit dans son compte rendu de la séance du 21 septembre :

Après quelques motions qui n'ont eu aucune suite, M. Danton a paru à la tribune. Son talent, sa réputation de popularité, et, s'il faut le dire, les soupçons même répandus contre lui, soupçons accrédités par les louanges que certains hommes s'obslinaient à lui donner, tout devaitexciter l'intérêt et la curiosité.

Il a commencé par déposer entre les mains de la Convention nationale les fonctions honorables dont la législature l'avait chargé dans ces circonstances où la patrie avait besoin du courage de ses enfants, même pour accepter ces places qui sont, dans les temps plus tranquilles, l'objet de l'ambition.

Il a ensuite exposé, avec autant de force que de clarté, la nécessité de déclarer au peuple français : 1° que la Constitution serait présentée à l'acceptation des citoyens et ne pourrait avoir force de loi avant d'avoir obtenu cette acceptation ; 2° que les propriétés territoriales et individuelles étaient mises sous la sauvegarde de la loyauté du peuple français. Les bons citoyens ont reconnu alors qu'ils avaient été trompés, et les ennemis de la patrie ont vu diminuer leurs espé-

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