‹ Études et leçons sur la récolution françaiseChapitre 90 sur 158 · Ibid., et surtout Journal des Débats et des Décrets · texte numérisé non relu

Ibid., et surtout Journal des Débats et des Décrets

Quant à moi, je n'appartiens pas à Paris; je suis né dans un département vers lequel je tourne toujours mes regards avec un sentiment de plaisir; mais aucun de nous n'appartient à tel ou tel département: il appartient à la France entière.

Faisons tourner cette discussion au profit de l'intérêt public.

Et, s'adressant aux Girondins :

On prétend qu'il est parmi nous des hommes qui ont l'opinion de vouloir morceler la France : faisons disparaître ces idées absurdes, en prononçant la peine de mort contre leurs auteurs. La France doit être un tout indivisible ; elle doit avoir unité de représentation. Les citoyens de Marseille veulent donner la main aux citoyens de Dunkerque. Je demande donc la peine de mort contre quiconque voudrait détruire l'unité en France, et je propose de décréter que la Convention nationale pose pour base du gouvernement qu'elle va établir l'unité de représentation et d'exécution. Ce ne sera pas sans frémir que les Autrichiens apprendront cette sainte harmonie ; alors, je vous jure, nos ennemis sont morts {Applaudissements) *.

1. Voici comment Condorcet, dans la Chronique de Paris du 26, p. i078, rendit compte du discours de Danton : a M. Danton a senti combien une pareille discussion serait peu propre à amener des résultats heureux pour la chose publique, si on la laissait marcher au milieu du choc des passions qui déjà commençaient à s'allumer. Profitant de ces passions mêmes pour les faire tourner au bien de la patrie, il a proposé de détruire par des faits, et non par des discussions vaines, la prévention également répandue dans le sein de la Convention nationale contre ceux qu'on supposait aspirer à la dictature et ceux qu'on soupçonnait de vouloir rompre l'unité de la République. « Faisons, a « dit M. Danton, une loi de mort contre ceux qui proposeront la « dictature, le tribunat ou le triumvirat, et déclarons que la « République sera indivisible et qu'il y aura unité d'action dans « le gouvernement. » — Brissot fut plus froid : « Danton a fait

2i4 REVOLUTION FRANÇAISE

Les querelles reprennent ; Robespierre et Marat se justifient, étalant leur moi haïssable. Mais Danton a orienté le débat, qui va aboutir à coup sûr.

Après bien des tâtonnements, dont la trace curieuse est au procès-verbal et où Danton intervient encore 1 , la Convention déclare « que la République française est une et indivisible », et elle renvoie toutes les autres propositions à un Comité.

Voilà la République fondée, formulée, vraiment proclamée. C'est un gouvernement un et fort qu'on va pouvoir opposer à l'Europe.

Bientôt Danton va rendre un nouveau service à l'idée républicaine.

Le 16 octobre 1792, maintenant que le roi de Prusse n'est plus à craindre, on propose de commencer le jugement de Louis XVI. Mais Manuel demande qu'auparavant « on présente à l'acceptation du peuple les décrets fondamentaux qui prononcent l'abolition delà royauté et la constitution de la République française 2 ». Gambon appuie, lui qui, le 29 septembre, avait dit ironiquement: «Nous qui sommes républicains depuis huit jours "••• »

une déclaration que nous aimons à croire sincère et qui pourra rassurer les patriotes qui craignaient que son énergie et ses talents n'appuyassent un parti faible d'ailleurs en courage, en lumière et en moyens. » [Patriote français, p. 350.) C'est là un éloge donné de mauvaise grâce. Cependant, dans l'accusation de Louvet contre Robespierre, Danton fut ménagé.

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