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196 BULLETIN DE l' ASTRONOMIE ET DES SCIENCES
Personne n'ignore que c'est en Amérique que Ton a commencé à faire servir le télégraphe à la détermination exacte des longitudes. Dans des contrées où les montagnes et les fleuves n'ont point de nom et où les habitants arrivent pour la première fois, la position géographique seule fixe l'existence d'un établissement , d'une commune, d'une ville future. Les compagnies de télégraphie électrique y vendent aux communes leur longitude comme toute autre marchandise d'utile consommation. En Europe, le télégraphe électrique est appelé à rendre les plus grands services pour la détermination très-exacte du même élément de position des points remarquables du globe. Une communication avait donc été établie entre l'observatoire anglais de Greenwich et celui de Paris. L'astronome royal d'Angleterre, M. Airy, après avoir fait, dans les premiers mois de i853, d'heureux essais entre Londres , Cambridge et Edimbourg, se préparait à entreprendre conjointement avec M. Arago et les astronomes français la jonction des deux grands observatoires des deux nations , lorsque la maladie de M. Arago et plus tard la perte irréparable que les sciences ont faite en sa personne sont venues ajourner cette importante opération scientifique. Elle vient d'être accomplie tout récemment entre les observatoires de Greenwich et de Bruxelles par le télégraphe sousmarin de Douvres à Ostende, grâce à l'activité de l'aslronomo royal de^ Belgique, M. Quetelet, dont les travaux ont fait du reste autant d'honneur à sa patrie dans la météorologie que dans l'astronomie elle-même. Grâce à notre Bureau des Longitudes, la France n'aura dans quelques semaines rien à envier à la Belgique, ni l'observa-
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loire de Paris à celui de Bruxelles. On espère pouvoir établir de Londres jusqu'à Berlin , Vienne et Florence, une communication unique et directe. 11 nous semble que ce but serait atteint bien plus sûrement et facilement en plaçant la pile électrique au milieu de l'intervalle qu'on veut franchir, et que les batteries voltaïques du bureau télégraphique de Strasbourg transmettraient des signaux sans aucune chance de trop grande déperdition jusqu'aux dernières limites des fils européens actuels tant vers l'orient que vers l'occident. Ce sera une opération capitale pour la détermination de la figure de la terre.
La grande exposition de l'industrie française de Tannée prochaine nous amènera sans doute quelques découvertes remarquables dans les arts. L'année 1 853 a vu l'éclairage électrique prendre rang parmi les moyens de remplacer la lumière du jour pour des travaux de chantier en plein air continués d'urgence pendant la nuit. Sur plusieurs de nos théâtres de la capitale, on a introduit ces effets de lumière électrique qui font spectacle. Nous croyons que la science et l'industrie n'ont pas encore dit leur dernier mot sur cette puissante illumination, aussi facile à établir partout qu'efficace dans son action ; mais c'est surtout pour ùi télégraphie non électrique que son emploi nous semblerait utile. Puisque avec les seuls mouvements à droite et à gauche de la pointe d'une aiguille aimantée on transmet une dépêche, on le ferait également bien avec deux points lumineux électriques, susceptibles de briller l'uii au-dessus de l'autre, ou l'un à côté de l'autre. Les trois indications delà pointe de l'aiguille aimantée, savoir : — en pUvcp.
— à lirai U% — à gaucUo, seraient renif^lac^â \m\& troifi indiralinns suivantes i — une &Dule lumière , — deiix lumières l'une sur l'autre , — de^ix lumières l'une fl côté de l'autre* Avec ce système iéïégraphiqiipT si Eîiilo d dissimuler, il u'esl presque fKjint dç cas où um; place assiégée ne pùl coramuciquer a\oc rextérteiir, l'ommo les forts isolés avec le corps de la place , m biei lo.s ïicivin^s sUdionnaires eu mer avec la côte. Nous!» faisuu^ au L'un doute que i^i ta lélégrapbîe électrique o'mlt pa^ été inventée ou plutôt mise en pratique avec lea chemins de fer, le système télégraphique des feux élfC- Iriques neût été adopté partout , et qu'il ne soitdée aujourd'hui exclusivement applicable à toutes les wsh trées pri\ées de voies ferrées el de lils électriques.
Il n'est presque point de château, do manoir ou même d'habitation bour^reoise éloignée des villes, qui n'ait c€ ipron pppeUe vulgairement une longue- vue, une lundte ih mer, tmo lunette de télégraphe ordinaire, ou hm même une lunclte montée sur un pïod. Ceux qui po§-
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wrifié les découvertes des autres, dos esprits de bonne trempe aient été conduits à on fiiiro pour leur propre compte. J'espère que de plus on plus l'espoir d'appeler à Tobservation des phénomènes célestes les amateurs qui ont un peu d'aisance et beaucoup de loisir se réalisera en France à mesure que les moyens d'observation seront mis à la portée de ces amateurs, et que des indications pratiques leur seront communiquées.
Laplace fait obser\^er, à la louange des théories astronomiques, que la science du ciel est la seule qui jusqu'ici puisse avec certitude prédire les événements futurs. A la vérité, ces événements ne sont pas de ceux qui passionnent la société. Qu'importe à la plupart des hommes de savoir que dans plusieurs milliers d'années notre étoile polaire actuelle cédera sa place â la brillante étoile de la Lyre, et que des astres cachés aujourd'hui sous l'horizon do Paris y reparaîtront pour quelques dizaines de siècles? Cependant les éclipses, les marées, les mouvements du soleil et de la lune, ceux des planètes et l'aspect variable des configurations célestes qui brillent dans chaque saison attirent encore l'attention du public non citadin, et surtout de ceux qui sont pourvus d'une lunette. L'indication de ce qu'il y a à voir dans le ciel intéresse toujours les questionneurs qui s'adressent à ceux qu'ils croient initiés à ces infaillibles pronostics des mathématiques. Faisons de l'astronomie curieuse pour cette année ; mais notons que d'ici à 1861 une série d'observations uniques sur les planètes , les comètes , les éclipses, les particularités physiques dés planètes, du soleil et dos étoiles, viendra réclamer l'attention dos amateurs.
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l.»^ ei*lip5^^> cette année n'offriront rien de curieux en Ki\»:u'o ei on Europe. Le» marées ne seront pas d'une r-'^-^raii-ie f-Tco: celles du 28 février, du 14 avril, du '^ -'! v; 14 mai. du 9 et du 10 août, du 8 septembre : . - .:. Ito seront les plus remarquables et amène- ■ •. if^-; .iv^au \ors Quillebeuf. à l'embouchure de la ^. ... .., ..- ,.^^, '^^j. niasi^arots dont nous avons parié
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pcmr la théorie des taches du soleil , qui sont liées à la nature interne de cet astre. L'éclipsé totale de soleil du 3i décembre 1861 nous dira sans doute bien des choses sur ces curieux problèmes physiques. Attendons.
L'aiguille aimantée , dont la pointe était dirigée au aord précis en 1666, année de la fondation de l'Académie des Sciences, a, depuis cette époque jusqu'en 1816, toujours marché vers l'ouest. En 1816, M. Arago trouva qu'elle était stationnaire, et depuis ce temps elle revient vers le nord , où elle pointera de nouveau exactement en 1967, suivant M. Chazallon. Moi, je prétends que ce sera en 1966. C'est ce que nous verrons ! Quoi qu'il en «Ht, la déclinaison extrême que M. Arago avait trouvée , en 18 16, de 22"^, à partir du nord vers l'ouest, n'a été trouvée, en i853, le "3 décembre, par M. Laugier, que de 20°-}- environ (20° 17'). Sous les règnes antérieurs au règne de Louis XIV, depuis 1671 jusqu'à 1660, l'aiguille déviait du nord vers l'est , et sans doute , dès le siècle de François F*", la déviation de l'aiguille aimantée était déjà vers l'est. Aristote se jeta , dit-on , dans la mer d'Aulide, de chagrin de ne pas pouvoir pénétrer le mystère des marées de ce détroit poétique sur lequel les utilitairiens modernes ont eu l'insolence de jeter un pont. Je ne désespère pas de voir quelque jour un physicien, las des mille spéculations théoriques sur la direction de l'aiguille aimantée , se poignarder avec une de ces aiguilles , dont plusieurs sont maintenant d'une dimension énorme. J'en ai employé pour ma part qui avaient plus de 2 mètres de long. A ce propos, nous iirons que la proximité trop grande de Paris, cette masse
aoa HJLLrrfs de l astronomie et 6es sCiE?ïcr>
fie fer cQUichée stfr Its (mnù lie la Seirie^ B6 permet aucune préciâicm daos les indifationg de la direction df raimant. ïl faut^ comme je Tai fait, s'éïoigner de joà la kilomètres de Paris, dans les plaines de la Belh^- Ëpine, entre Clioisy-le-Roi et Bourg-I a-Reine, pourob^ tanir des résultats exempta des perlurba lions du fer que catitieiinent les eonst rue lions de tanl de milliers de maisons et de tuyaux de conduite.
La lune passera deux fois celte année devant l'éloilL^ rpsHon de* Gémeaux. Une de ces occultations a d^fl lieUj el la seconde s'observera le 5 avril prochain, elle durera peu. Les deux planètes Saturne et Mars 9ë> ront aussi occultées par la lune, La première de ces occultations, toutes deux de courte durée , a pu être observée le 5 février dernier, un peu avant le coucheT du soleil; la seconde aura lieu le i3 mars, en pleine nuit. Quant aux éclipses des satellites de Jupiter, je tm verrai à la CoFtnmssimi'f des Temps ^ qui pour chaqiw jour enregistre la position des quatre lunes de cette planôte, leurs éclipses^ leur passage devant Jupiter^ etf* Venons aux planètes
b? petit croissant de Mercure sera visible vers
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avril , et son plus grand écart du soleil le 9 mai. 3 sera à son plus grand éclat vers minuit dans les liers jours de février et les premiers jours de mars, îi nous avons encore quatre mois à le voir trèsant. Au i" février, il se lève à 7 heures |.
ipiter sera \isible le matin, avant le lover du soleil, u'au mois de juillet, et passé cette époque, il brillera u*à la fin de Tannée sur l'horizon du soir. Les posi- 3 variées de ses satellites sont ce qu'il y a de plus eux à observer avec des lunettes de moyenne force. 3 renvoyons de nouveau à la Connaissance des tps et à V Annuaire du bureau des Longitudes. \ curieuse planète Saturne et ses anneaux seront )les cet été à leur plus grand avantage. C'est au 5 d'août que les anneaux atteindront leur plus ide largeur, à laquelle ils sont encore quinze ans à snir. L'année i853 nous a valu d'excellentes obser- 3ns physiques de cette planète et de ses satellites M. Lassel à Malte, par le capitaine Jacob à Madras, M. Otto Struve à Poulkova, près Saint-Pétersbourg, )ar M. Bond à Cambridge des États-Unis. L'anï854 confirmera et augmentera sans doute cette e moisson de faits curieux ; nous les ferons connaître, est un genre d'observations qui n'exigent point ploi du télescope , et auxquelles on prête maintet peu d'attention : c'est la marche des planètes au ers du ciel étoile. Généralement les planètes aban- [lent les étoiles placées à l'ouest pour s'avancer ; les étoiles orientales. Cependant il est des épos où, vues de la terre , elles semblent marcher en 5 contraire. Ainsi . dans la dernière moitié de mars
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fi dans celle de novembre , comme du i6 juillet id 12 août, Mercure marchera à l'occident. H en est de même de Vénus, du 5 au 19 février, ce qu'on peut re* connaître facilement en la comparant aux étoiles voh sines du Verseau. Depuis le mois de février jusqu'à 1 5 avril, Mars ira de même vers les étoiles occidentaks, et pourra être comparé à Régulus , situé dans son yésinage. Jupiter, du i5 mai au i5 septembre, exécutât le même tour de force entre les étoiles du Capricone et celles du Sagittaire. Enfin Saturne , au milieu de la constellation du Taureau , marchera aussi vers VoxyaA depuis le 3o septembre jusqu'à la fin de l'année.
Une des occupations les plus agréables et les plus instructives , c'est la comparaison du ciel étoile avec une carte du ciel faite de manière à reconnaître les diverses constellations dont les étoiles servent de points fixes auxquels on rapporte la marche du soleil, delà lune, des planètes et des comètes, et même les changements plus lents que les siècles amènent dans notre système solaire. Plusieurs astronomes , et notamment sir John Herschel, ont montré un grand dédain pour ces bizarres Qgurefl <i*himirnos et tl'aïiimnuKdontrantiqiiîté
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stellations voisines de la zone que parcourent les planètes. Voilà iK)urquoi on fera bien de reconnaître d*abord les deux Ourses et ensuite les autres constellations par des alignements. La biographie des astronomes nous fournit plusieurs exemples de vocations astronomiques écloses à Toccasion d'observations fortuites. Espérons que la contemplation du ciel, provoquée l>ar nos conseils, nous vaudra quelque Herschel ou quelque Lassel pour prendre part aux innombrables travaux de la science des astres. ■
DE
DE
ÀRROSEMENT DU GLOBE,
Ingenti motu stupefactus aquaritm,
Virgile.
Étonné du mouTement Immense des eaux.
Kai afh $1oq ofiZpoi À<Çs(.
HOMÈRK.
Les plantes croissent par la plaie du ciel.
.a chaleur et l'humidité, ou plus poétiquement le et Teau , voilà la fertilité. Cette fertilité pour les ites se traduit immédiatement en populations d'eses animales, en passant des animaux qui se nourent de végétaux à ceux qui se nourrissent d'autres naux. Dans les races supérieures, tout le monde naît les herbivores et les carnassiers ; c'est donc en nitive la production des végétaux qui est la base et égulateur de la vie sur toute la terre. Depuis le petit îbre de siècles où l'homme civilisé a parcouru la e entière, il a pu, aidé de la vaste science qui porte )urd'hui le nom de météorologie, jeter un coup il sur l'ensemble des phénomènes que la nature dée sur ce grand théâtre , et souvent même l'art a pu 3r la nature dans les localités où l'espèce humaine, iz forte par sa population, par ses lumières, par ses