‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiques (volume 2)Chapitre 15 sur 21 · POUR 18S3 ET · texte numérisé non relu

POUR 18S3 ET

Marche, marche: Bossuet.

attrait presque universel qui porte l'esprit humain ; les résultats des sciences les plus abstraites et les ns usuelles est peut-ôtre le trait le plus singulier de e curiosité inquiète qui nous a été donnée pour ob- •er et pour savoir. On demandait à Pythagore quel t le type caractéristique de l'homme ; il répondit : connaissance de la vérité pour la vérité elle-même. >t-il pas étonnant de voir l'espèce humaine , vivant productions de la terre nourricière , suivant l'exjsion d'Homère , s'occuper de préférence des scienpurement intellectuelles et leur donner la plus ide part de son attention , à l'exclusion de celles ont pour objet la santé, l'alimentation, le bien- ! matériel , et enfin tous les arts sans lesquels ne rrait subsister la puissante organisation des soés modernes? On s'informe plus volontiers d'une

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planète nouvelle , d'une comète brillante , d'une étoile qui surgit inopinément , que d'une route nouvelle ouverte au commerce ou d'une découverte chimique qui pourra plus tard déplacer des populations entières. Ainsi des trois éléments qui forment l'essence derhomrae, les besoins , les affections et l'intelligence , c'est encore cette dernière faculté qui obtient la préférence. Tout le monde connaît ces belles paroles : « L'homme ne \ivra pas seulement de pain , mais de toute parole émanée du Créateur. » Les musulmans regardent toutes les lois de la nature comme des paroles de la Divinité , et, pour en faire comprendre le nombre infini, ils disent que si toutes les mers étaient de l'encre et tous les arbres des roseaux à écrire , ce serait encore insuffisant pour enregistrer toutes les paroles de Dieu. Il est fâcheux qu'ils n'aient pas trouvé d'image pour le papier comme pour le reste. Puisque je suis en veine de citations des docteurs de l'islamisme , bien plus favorables aux sciences qu'on ne le croit communément, je mentionnerai encore cette autre maxime, qui est un bel hommage rendu au savoir par des peuples éminemment fanatiques : Au jugement dernier, V encre de F écrivain sera estimée au même prix que le sang du guerrier.

L'année qui vient de s'écouler a plutôt continué les travaux scientifiques des années précédentes qu'elle ne s'est signalée par une de ces grandes découvertes qui font époque. L'astronomie s'est enrichie de trois nouvelles petites planètes de ce groupe , situé entre Mars et Jupiter , qui aujourd'hui contient vingt-sept, astres inconnus à l'homme avant le xix* siècle. Quatre comèdont une visible pour le public , sont venues preo'

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îcc dans les archives du ciel. La fameuse comète it revenir tous les trois cents ans et qui avait été 2ée pour 1848 n'a pas encore reparu . mais on sait 'S calculs plus précis que son retour a été ajourné, m ne l'attend plus que de i856 à 1860. Les traies obsenatoires du monde entier ont suivi leur îs naturel. Un bel exemple a été donné par un riel de Liverpool , M. Lassel, qui est en même

un astronome excellent. Fatigué du ciel brumeux n.:zleterre occidentale . qui laisse à \)eïi\e quelques > par année à l'observation des astres , M. Lassel sporté à Malte les gigantesques télescopes qu'à iple de William Herschel il a fondus, polis cl s de ses propres mains. Sous ce ciel privilégié, il jbserver à Taise le nouvel anneau transparent qui re la planète Saturne, anneau dont la découverte it due aussi bien qu'à M. Bond , des États-Unis ,

constitue un phénomène unique dans le monde aire. 11 y a longtemps que notre célèbre Laplace idait qu'on transi>ortàt nos puissants télescopes ^atmosphère rare et pure des hautes montagnes (uateur. La montagne de Pérote, près de la Vera-

au Mexique, me semblait devoir réunir toutes rconstances favorables. Plusieurs astronomes des dont les capitales occupent les hautes vallées de la Hère de l'Amérique du Sud, le long de l'océan que , avaient , dans leurs visites à Paris , semblé re l'engagement de profiter de leur position exmnelle; mais les troubles politiques de ces États larchie ou violente ou apathique qui s'y perpétue irsent tout effort libéral vers les sciences. H est eu-

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rieux de retrouver ici une maxime du même célèbre mathématicien et astronome Laplace , appelé quelquefois le Newton de la France \ Il y a quelque chose de pire que (T avoir un mauvais gouvernement , c'est de n'en point avoir du tout I

L'exemple donné par M. Lassel ne sera donc point perdu. L'inaction forcée des astronomes du Mexique, du Pérou, du Chili, ne sera qu'un retard pour la science. Bacon disait : Les hommes se su€céderont, la science s'accroîtra. Je ne puis finir cet historique des positions favorables à prendre pour sonder les profondeurs du ciel sans remarquer que la France possède dans ses montagnes centrales de l'Auvergne , aussi bien (luo dans les Alpes et dans les Pyrénées , des points où nos astronomes pourraient s'établir facilement. Après bien des réflexions sur la cause qui restreint en France les observations astronomiques dans le cadre des positions officielles, je n'en vois qu'une seule explication: . c'est le manque de publicité et par suite d'encouragement pour les efforts généreux des astronomes amateurs. Aucune publication , aucun bulletin astronomique français , ne porte leur nom et les résultats de leurs travaux à la connaissance de leurs compatriotes et du monde entier. MAL Goldschmidt à Paris, Nell de Bréauté près de Dieppe , d'Abbadie à Urrugnes , Séguin aîné à Montbard , et un très-petit nombre d'autres travaillent sans espérer ce seul prix qui devrait payer leurs efforts, la renommée. Il faudra voir à remédier promptement à cet état de choses peu favorable à l'astronomie française. L'ingratitude envers le mérite, mauvaise en elle-même , Test encore davantage par ses sui- ]

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let». car elle amène le découragement et 1« cessai ion dos travaux non officiels. Une espèce de terme mo\ en entre les obsenatoires impériaux do Paris et de Marseille et les observatoires particuliers des îLStronomes déjà nommés est en voie de se produire : je veux parler des obser\atoires communaux ou départcmcntanx ^ ipu» plusieurs villes, à l'exemple de la noble cité de Toulouse, sont sur le point de fonder. Nous croyons savoir que Bordeaux, le Havre et Nantes auront bientôt des observatoires, d'une portée restreinte sans doute, mais dont les travaux bien coordonnés seront très-utiles. Les besoins de la navigation et l'envoi de l'heure de Paris dans tous nos ports par le télégraphe électricpie . ainsi que le règlement des montres marines , seront un motif d'utilité pour l'établissement de ces observatoires. La France, cette disj>ensatricc de la renommée j)Our le monde entier, aura pour ll'astronomie une plus large part à distribuer à ses citoyens. En Angleterre et en Amérique , c'est par dizaines que l'ijn peut compter les obse^^-atoires non dépendants du gouvernement.

La première et l'une des plus célèbres (|uestions de Tastronomie, c'est la forme et la mesure de la terre. La grande mesure de France, commencée sous Louis XiV, continuée sous Louis XV et ache\ée de nos jours, a été suivie des travaux admirables des Anglais dans llnde , et plus récemment encore de ceux des RuSvSes , qui , en i853, ont terminé les travaux relatifs au grand arc terrestre , lequel , du cap Nord à la mer Noire , embrasse presque la moitié de la distance du pôle à Téquateur. Les astronomes de plusieurs nations ont concouru à ce beau travail , mais c'est à la Russie et à M. Slruve,

l'astronome sans pair, que le monde savant ^trrédevable des résultats de l'an dernier. Les grandes irrégularités de la forme de notre globe , rendues encore plus sensibles par la petitesse de l'homme , forcent à mesurer la terre suivant plusieurs méridiens. Il y a déjà longtemps que je dis qu'il n'y a pas plus deux méridiens terrestres égaux qu'il n'y a deux feuilles de chêne égales entre elles dans une forêt. Après avoir cru que tout était fini par la mesure du méridien français, on a reconnu la nécessité de celui de l'Inde et de celui de Russie. Les admirables progrès de la jeune Amérique dans les sciences nous donneront bientôt , sous la direction de M. Bâche , aux États-Unis, un grand nombre do mesures de portions de la terre , d'où enfin on conclura non-seulement la forme générale, mais encercla configuration locale de toutes les parties de notre globe. Revenant à notre France , à laquelle on rend la justice de reconnaître qu'elle a pris l'initiative de ces grands travaux , nous dirons qu'elle n'en est pas à se reposer sur ses mérites passés. La science n'admet point poor les nations ces attributs de la vieillesse , repos et dir f;rnté [Votiiim cum dignitate de Cicéron). Notre corps impérial d'état- major, recruté en partie à l'École Polytechnique , est en lui-même un corps savant de premier ordre aussi bien qu'un corps actif, et , avec le concourt (io M. Faye , il a été présenté à l'Institut un projet de complément des travaux français antérieurs. En profitant des nouveaux perfectionnements de l'astronomie et de l'emploi du télégraphe électrique , on utilisera tou» ■ les travaux géodésiques du commencement de ce siècle- A l'exception de l'Espagne, qui jusqu'à ce jour a'*

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point encore de triangulation géodésique, le travail de l'Ëtat-Major français sera suivi probablement dans toute l'Europe , — et nous saurons !

Au commencement de ce siècle , sous l'Empire , la question des prix décennaux eut un grand retentisstv ment. L'empereur avait demandé à l'Institut un Rapport sur les progrès des sciences et de la littérature. Cette idée modifiée pourrait devenir un grand encouragement aux savants de tous les pays. Admettons , par exemple , que Napoléon III appelle les diverses sections de i'Âcadémie des Sciences à établir le bilan scientifique de la première moitié du xix* siècle , avec discussion publique et reconnaissance des droits de toutes les nations et de tous les individus dans ce beau concours de rintelligence et de l'activité humaine. D'abord justice serait rendue, ce qui est un devoir ; ensuite les travaux futurs seraient dirigés vers le mieux , ce qui est un grand avantage. L'émulation naîtrait des honneurs publics décernés aux services signalés , et les nations indifférentes dont M. Charles Dupin a si bien tracé la statistique entreraient dans la voie des lumières. On a beaucoup cité ce mot de Napoléon : « Dans le gouvernement des États , le pouvoir de la science fait partie de la science du pouvoir, » Pour en apprécier la portée, on peut comparer tout ce qu'il est possible d'opérer de bon et de grand dans une nation éclairée et qui serait impossible ailleurs. Pour ne point parler de la Franco ni des États musulmans , comparez les États-Unis au Meiique ou l'Angleterre à l'Espagne !

La crainte de tomber dans une ennuyeuse énumératioQ nous empêche d'exposer ici en détail tout ce qui a II. ^

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été fait depuis Tan dernier dans la mécanique, la physique , la chimie et les arts en général. Nous avons dit qu'aucune de ces découvertes qui attirent Tattention du monde entier n'avait été faite en i853. Les physiciens ont varié de plusieurs manières la belle expérience de M. Foucault , où fon voit la terre tourner sous un appareil auquel , chose paradoxale , le mouvement donne ! *une fixité absolue d'orientation. Les recherches chimi- , ques sur la composition de l'air et sur l'alimentation et les produits agricoles ont amené d'utiles résultats. La médecine a continué d'employer et d'étudier les agents anesthésiques , c'est-à-dire qui suppriment la douleur. Les fameux bateaux américains, ayant pour moteur : l'air chaud en place de la vapeur, n'ont point encore conquis le rang qu'on leur promettait ou plutôt qu'ils se i promettaient eux-mômes. Enfin, pour parler de ce qu'on n'a pas fait, on n'a point encore essayé en France et dans les autres pays l'emploi des chemins de fer du système de M. le baron Séguier , avec locomotive légère prenant point d'appui sur un rail intermédiaire et susceptible dès lors de franchir toutes les pentes , réduisant ainsi les frais d'exploitation comme ceux d'établissement à des proportions bien inférieures à ce qu'ils sont aujourd'hui. Nous reviendrons dans une étude spéciale sur ce point très-important de la science pratique, qui rendra toutes les localités accessibles aux voies de fer.

Nous avons déjà dit à nos lecteurs qu'un câble sousmarin contenant quatre fils électriques a été établi entre la France et l'Angleterre au travers du pas »le Calais. Depuis trois ans , cette communication télé-

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phique transmet aux journaux de Londres et au ^ounement anglais les nouvelles du continent sans aucune détérioration apparaisse encore dans ce téléphe, qui a fait tant d'honneur, sinon de profit , an sévérant M. Brett, dont la conviction et Tobstinalion pu vaincre toutes les résistances et toutes les apa- 3S pour rattacher sa jMtric ingrate au continent. Lt înce n'était pas moins intéressée à la réussite de Brett, pour rattacher {«r sa longitude exacte lobseroirc de Greenwich à celui de Paris (i). L'année derre a vu s'établir deux nouvelles voies de télégraphie is-marine entre la Grande-Bretagne et l'EuroiM*. me va de Douvres à Ostende et fait communiquer les jmins de fer et les télégraphes électriques de Belglcjuc d'Allemagne avec ceux d'Angleterre; l'autre tra\erse mer d'Allemagne, de Hollande en Angleterre, à la uteur de la Haye, et par son succès rend assurée la iverséc télégraphique sous -marine de France en gérie par la Corse , la Sardaigne et la côte voisine îfrique, traversée qui est aujourd'hui en voie d'exétion.

[1) Je suis très-fier de voir mon nom mentionné honora'* Bment à l'occasion de rétablissement de la commanication légraphique sous-marine , et je regrette de voir oublié le «n de M. Tabbé Moigno , qui s'est montré encore plus actif lemoi pour aplanirles obsbicles devant M. Brett. MM.Arago i Babinet, and the memhers oj the Bureau des Longitudes, d the institut, hâve shown the greatest inlerest in the coni~ etion ofthe connexion between Paris and Greenwich. (Royal «ronomical Society, Beporl of the council, february i3 ,

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