‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiquesChapitre 13 sur 13 · ET S1£T£0R0L0G1E. I · texte numérisé non relu

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désagréable par un soir d'été suivant une chaude journée. Quant à la cause du refroidissement de Tair à la surface . du sol , elle est bien connue : elle tient à ce que la chaleur rayonne comme la lumière, et que le soir, par un temps clair, les objets terrestres envoient vers les espaces célestes, en pure perte, la chaleur dont ils sont pénétrés. De là le froid vif des nuits claires déjà signalé dans Homère ; de là les brouillards si pittoresques qui le matin se forment dans les vallées des fleuves et des rivières par le mélange de Tair froid qui tombe des plaines élevées avec Tair chaud et humide des bassins fluviatiles. Si Fauteur delà lettre du 20 juillet, qui n'a point appelé le témoignage précis du thermomètre à l'aide de son estime organique , pouvait ajouter cette lumière à celles que nous possédons sur le fait qui nous occui)e , ce serait un vrai progrès pour la science. Règle générale, dans toutes les questions météorologiques, c'est une grande difficulté que de préciser les faits, ce qui est cependant indispensable à faire avant de les expliquer. Pour tirer un pronostic d'un rêve , il faut savoir ce qu'on a rêvé. Qu'on me pardonne cette réminiscence biblique.

Je réponds donc à mon correspondant que d après tout ce que j'ai pu observer et d'après ce que m'a communia que M. l'abbé T..., le froid subit du matin, certaines gelées blanches tardives du matin dans lautomne et au printemps, enfin la production de la glace sur les flaques d'eau à la même heure, me semblent résulter du mouvement matinal de l'air refroidi la nuit par le rayonnement, lequel met en contact cet air refroidi avec les divers corps situés à la surface de la terre. L'existence de ces

brises matinales, ooncomitant avec ces excès de froid, me semble donc un point important à établir. Bacon a dit : Muiti pertransibunt et augebitur scientia, « les hommes passent, la science s'augmente progressivement. » Honneur à ceux qui apportent une pierre, tant minime soit-elle, à Tédifice de la science!

Voilà déjà bien longtemps que je remets à parler à mes lecteurs d'un excellent ouvrage de M. Chazallon, intitulé : Annuaire des marées des cdies de FtaruXy Paris, i857, d^ Tlmprimerie impériale, d'après les ordres de M. l'amiral Hamelin. Dans aucun autre ouvrage on ne peut trouver une telle accumulation de faits et de déterminations relatives à ce grand phénomène si heureusement expliqué par Newton, savoir : l'envahissement et la retraite de l'Océan sur nos côtes à chaque demi-journée, donnant par jour deux pleines mers et deux basses mers. Tout est pratique, tout est utile dans cet Annuaire. Je regrette de ne pas y trouver depuis plusieurs années l'examen de cette question , savoir : si dans la pleine mer l'Océan monte plus au-dessus de son état moyen qu'il ne descend dans la basse mer. U me semble hors de doute, théoriquement du moins, qu'en partant des très-petites marées, les grandes marées doivent donner moins d'abaissement au-dessous et plus d'élévation au-dessus du niveau moyen, plaçant ainsi ce niveau moyen au-dessous de la moyenne entre les hautes et les basses mers des marées équinoxiales de pleine et de nouvelle lune. Cet Annuaire, sorti des presses de rimprimerie impériale et peu vendu par les libraires ordinaires , se trouve ainsi hors de la grande circulation que son bas prix semblerait devoir lui assigner. Il est

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négligé par ceux qui ne trouveraient pas aaaesr de bénéfice dans sa vente. Au moment où j'écris ceci, je serais fort embarrassé pour en trouver tout de suite un exemplaire autrement que par Tentremise obligeante de mon éditeur .^ L'ouvrage est terminé par des formules ^tiques de la plus grande utilité pour les marins, les géographes et pour tous ceux qui font des applications des sciences. De plus, on y fait mention de beaucoup de nombres utiles ou curieux que Ton peut recommander même aux gens du monde.

On y voit que la France n'est à peu près en étendue que la millième partie du globe entier. Comme la terre sèdie n'est que le quart du total de la superficie terrestre, la France se trouve être les quatre millièmes ou la demL-cent-cinquantième partie de la terre non recou- Terle par les eaux ; et en évaluant la population totale de notre globe à r milliard d'êtres humains, les Français, au nombre de 36 millions, seraient à peu près le vingt-bnitième du genre humain. Pour égayer le tapis, ^ dirai qu'en France, d'après les mêmes documents, si Ton réunissait en une seule ville tous les bossus , celte ville aurait une population de 43^619 individus. Gela me smnble beaucoup. En revanche, le nombre des fous tançais ou des Français fous est porté à 44,970, ce qui me semble bien peu.

L'exemple de M. Ghazallon m'a confirmé dans l'idée eu j'étais d'ofifrïr à mes lecteurs les nombres précis qui fixent aujourd'hui le système du monde. Pythagore a dit depuis longtemps que les nombres gouvernent Tunivers. Ptolémée avait consacré dans le temple de Jupiter ceux qu'il avait trouvés pour les diverses révolu-

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lions célestes. La Harpe a mis en tête de son Cours de Littérature, et rendu fameux ce vers latin :

Indocti dîscant et ament meminisse perîti.

« Apprenez, ignorants; savants, n'oubliez pas! »

Ce vers sera mon motif et non mon excuse pour ces arides données de la science, que du reste les lecteurs prévenus pourront passer sans scrupule.

Rendons-les courts en ne les lisant point !

Je me flatte cependant de pouvoir les donner plus exactement qu'on ne pourrait les trouver complètement dans aucun traité déjà publié, et pour n'en offrir aujourd'hui qu'un seul exemple, je dirai que la distance moyenne de la surface de la terre à son centre est de 6,370,300 mètres. A l'équateur, cette distance est de 6,377,400 mètres et au pôle de 6,356,2oo mètres. En kilomètres, ces mesures seraient 6,370,6,377, 6,356, et l'aplatissement de la terre serait de 21 kilomètres à chaque pôle; en les divisant par 4» ce seraient des lieues ordinaires de 4 kilomètres. On voit que ces nombres ne seraient pas très-grands. Aussi Alexandre avaitilvbien raison de se trouver à l'étroit ici-bas et de vouloir conquérir les mondes planétaires autres que la terre.

A l'occasion du vers latin cité par la Harpe , je dirai que j'avais lu autrefois une savante dissertation sur l'origine inconnue de ce vers. Je fus donc, il y a quelques années ^ fort surpris de le trouver à la fin de la préface de la deuxième édition de l'ouvrage du président Hénault sur la chronologie française. D le donne

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comme traduit de VEssai sur la critique de Pope. Mais ridée n'est pas tout à fait la même dans l'original anglais. Les éditions postérieures ne contiennent pas ce vers. Pardon de mon érudition pour ceux qui connaissent l'origine de l'épigraphe du Cours de littérature de la Harpe.

(28 juillet 1857.).

Ctoncells reçu*. — Sonates et concerti de M. Gap, exé« oatéf pour le nez ' et non pour l'oreille. — Câbles électriques au travers de la Méditerranée et de l'Atlantique. — Sondag^e remarciuable entre la Sardaig^ne et l'Alg^érie. — Nouvelles astronomiques pour le mois d'août et le mois de septembre.

Suivant le dire de l'Irlandais , je ne suis pas comme un oiseau , lequel peut être en même temps en deux endroits différents, La bonne volonté et la bonne intention ne me manquent pas. On me dira que , d'après un adage chrétien, l'enfer est pavé de bonnes intentions. Cela me donne à réfléchir. En dépit de M. Veuillot , qui charitablement me traite d'esprit fort et sans doute me damne, je voudrais bien aller en paradis avec tous mes lecteurs , y compris même le pacha de Bagdad.

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Quoi siècle que ce dix-neuvième siède actael, oà le paclia de la ville des Miile et une Nmîis, qu a éCiiié en Franco , recherche et se fait honneur de reche re her la science positive et peu poétique de dob jo«ira!

Un correspondant bénévole (bénévole jusqu'à an ovtain point ) me taxe de fVivolité à Toccasion de ce que j'ai dit sur les odeurs, dont j'ai cependant à reparler on peu. Il m'engage à faire mes articles plus courts, en supprimant ce qui n'est pas sérieux et à ne pas écriie seulement pour être lu; mais si Ton n*était pas lu, je ne vois pas à quoi servirait d'écrire'les plus bellea choses du monde. Ce correspondant m'a beaucoup étudié , a découvert que mon secret consiste dans une excellente mémoire qui me permet de classer les idées par catégories que je tiens en réserve (comme du ïÀé dans un silo), pour m'en servir au besoin. C'est possible. Mais ((uant à mes catégories, ce moim^or peut ^tre aâr que je ne le mettrai pas dans celle des lecteurs gradenx et faciles à contenter.

Les délieats sont malheureux, Rion ne saurait les satisfaire.

J'ai oublié de consigner ce fait relatif à l'influence des odeurs , savoir qu'un jour que je voyageais à cheval aux environs de Perpignan, par un soleil à faire craquer le sable, suivant une expression du pays, j'arrivai près d'un four à briques entouré da nombreuses piles de fagots de romarin et de lavande qui exhalaient une odeur intense et aromatique sous des rayons écorchanis ( expression anglaise). Ces émanations me désaccablè-^ rent. Mais ce qui me parut le plus curieux , c'est que

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mon cheiral sembliedt en ressentir les mêmes effets. Les braves gens qai m'avaient donné de Teau fraîche et à qui j'avais rendu en retour de Teau-de-vie dans le même verre, ne disaient aucun doute q^e mon cheval, qui aspirait à coups réitérés Todeur des fagots, n'en prouvât un grand bien-être. « Oh ! monsieur, voyezvous, sauf votre respect, les bêtes c'est comme les chrétiens! » Je pense que mon lecteur ajoutera de luimême que pour bien des gens Passertion réciproque ne serait pas moins vraie.

Je reçois de M. Gap, l'un de nos écrivains scientifiques les plus distingués , une lettre curieuse où il réclame la priorité en ce qui regarde l'influence des odeurs sur réconomie organique. M. Gap croit que l'organe de l'oUM^en serait susceptible de transmettre aux sens et a l'imagination des impressions tout aussi variées et toat ausd artistiques que l'organe de l'ouïe et celui de la vue. Son idée, que d'ailleurs il ne donne pas comme très-sérieuse, date, pour sa publication, de l'année 1844, dans PlUustrathn. Il y annonce un nouvel art : l'osphrétique. G'est le nom grec de l'exercice des fonctions de l'odorat, comme si Ton disait l'art de flairer, de sentir, de percevoir les odeurs et d'en éprouver des émotions.

lïontaigne, dans un siècle où une hardiesse de langage était quelque chose d'exceptionnel (c'est le contraire aujomil'hni ) , avait appelé la cuisine l'art de la goeale ; l'osphrétique de M. Gap serait de même l'art du mufle. D demande que les académies fassent étudier les odeurs comme on a étudié les sons et les couleurs. n fendrait éprouver sur l'âme et sur l'imagination les diverses sensations que peuvent produire tous les corp&

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odorants. Des instruments seraient inventés pour porter les odeurs au nez , et même pour faire participer une assemblée nombreuse à ce concert d*olfaction. On sait combien Tesprit social qui distingue les hommes, et surtout les Français , ajoute de perfection aux sensations artistiques. Un concert et une belle représentation théâtrale doivent leur magie à la foule qui les écoute.

£t par un même cri tous les cœurs se répondeBt.

Je ne ferai pas à la muse sévère de Delille le chagrin d'écrire nez en place de cœurs. L'osphrétique enrichirait la langue de métaphores nouvelles. Les connaisseurs ne seraient plus des gens de goût, ce seraient des gens d'odorat. On ne savourerait pas , on flairerait la perfection des vers de Virgile et de Racine. Les grandes compositions d'Homère ne seraient plus seulement goû* tées, elles seraient encore niflées et reniflées. La sociabilité de l'espèce humaine et la charité fraternelle des hommes entre eux y gagneraient un lien de plus. « Déjà je vois , dit M. Cap, une séance d'osphrétique s'annoncer à côté d'un concert , d'une exposition de tableaux ou de produits de l'industrie, nos salons s'enrichir de meubles et d'instruments destinés à flatter, à titiller notre organe nasal , à émouvoir, à exalter notre âme par l'intermédiaire de l'appareil olfactif. Le soir, entre l'audition d'une sonate , la lecture d'une pièce de vers , Texhibition d'un album ou l'exécution d'une polka , nous aurons le morceau d'osphrétique , ravissant intermède qui délassera un moment nos yeux, notre esprit, nos jambes ot nos oreilles. » M. Cap ne nous dit pas comment il

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•a arriver à Torgane les senteurs de la rose , du jasin, de la tubéreuse, de Téther, de Tammoniaque, i vinaigre et de tous les parfums que confectionnaient j reines d'Egypte , les Cléopâtre , les Bérénice , excelates parfumeuses et à Toccasion même un peu empoinneuses. Au reste, si , dans un concert d'osphrétique ntimentale, l'effet tardait à se produire, on aurait cours aux émanations de Toignon fraîchement découpé i pilé. Alors, bon gré mal gré, les larmes viendraient tous les yeux.

Après une petite philippique contre Tusage du tabac, . Cap déprime , au point de vue artistique , l^art du irfumeur, qu'il qualifie de métier, et qui, suivant lui, Ai être mis au même rang que celui du marchand de »iileurs dans la peinture ou du luthier dans la mujue. C'est cependant de la science bien positive que » savoir pourquoi certaines substances, l'alcool par Lemple, s'imprègnent si complaisamment des odeurs » tous les corps , ce que ne font ni l'eau , ni Téther, les acides. lit laine et les toisons sont dans le même tB, et pour démasquer les appartements du duc de ichelieu on fut obligé d^ faire parquer des moutons. ne de choses à savoir sur les odeurs ! Un célèbre phy- Bien écossais, M. Leslie, avait concentré les émanayas odorantes comme les rayons de lumière avec un iroir métallique. On a douté de son résultat; mais "ant eu à deux reprises l'occasion de le questionner loisir sur son expérience, je suis resté convaincu rïl y a un effet bien réel produit par les émanations lorantes réfléchies vers un foyer. Je crois me souver qu'il employait principalement l'ammoniaque. LïU

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Pour bien comprendre Teffet qui se produit dans la pose d'un câUe électrique , il faut songer au poids de la partie qui pend entre le bâtiment qui file le câble et la partie déjà étendue au fond de la mer. Il est évident que, pour une longueur sufiOsante, ce poids deviendrait plus grand que la résistance du câble entouré de gros fils de fer, et que celui-ci se briserait infailliblement. Notez bien qu'on ne gagnerait rien à augmenter la grosseur des fils de fer qui entourent le câble , car en augmentant leur force on augmente en même temps leur poids. Dans une publication qui s'est produite d'une façon fort imparfaite , M. Philippe Breton, ingénieur des ponts et chaussées, et qui est, ainsi que son homonyme et parent, M. Breton (de Champ), Tim des honneurs de notre École Polytechnique , M. Philippe Breton, dis-je, à établi qu'à une certaine profondeur (3,000 mètres au plus, je crois) tous les fils de fer se rompraient par leur poids, même en ne tenant pu compte des tiraillements et des secousses occasiontéeB par l'agitation de la mer. On sait le peu de succès des deux tentatives faites pour passer de Sardaigne en Algérie , distance très-petite comparativement à la traversée du nouveau monde. Dernièrement, après trois cents milles marins heureusement filés , le câldle transatiantique s'est brisé, n y a donc à prendre en sérieuse considération cet accessoire terrible, savoir l'influence de la profondeur de la mer.

En admettant les conclusions de M. Philippe Breton, que Je ne connais que par ouï-dire . il ne faut pas tenter l'impossible; il faut songer à alléger le poids du câble à mesure qu'il s'immerge dans l'abtme maritime. Tout

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le monde pensera sans doute à des flotteurs en boiâ attachés le long de la partie pendante du câble et filés avec celui-ci. On pourrait encore doubler le câble à hélice de fer d un second câble de matière légère que Teau soulèverait en faisant ainsi perdre au câble de fer autant de poids rpi'on le jugerait nécessaire. Ce câble l^er devrait être fait de matériaux non persistants qui se détruiraient d'eux-mêmes au bout d'un certain temps et laisseraient le câble électrique seul et fixé par son poids au fond de l'Océan. On me dira qu il est bien fâcheux , bien mal commode , bien dispendieux , d'opérer ainsi pour un trajet comme celui d'Amérique. Eh bien, essayez d'abord sur le trajet méditerranèsn, qui est environ égal à la distance de Paris au UavTe. Mais au total , il s'agit d'une théorie mécanique ; si elle prononce dans un sens, il faut se soumettre. La nature ne nous fait point de concessions; elle est sourde à qui lui dit : S'il vous plaît.

J'ai aussi pensé qu'entre l'Europe et TAmérique il serait possible d'établir quelques îles artificielles comme celle par laquelle on a fermé la rade de Cherbourg en choisissant un endroit peu profond et en tirant du fond de la mer les principaux matériaux de cette construction si utile. La Manche, entre la France et l'Angleterre, a dans quelques endroits si peu de profondeur, que la réussite de l'entreprise n'y serait pas douteuse et qu'on pourrait substituer cette île artificielle aux vaisseaux-' phares qu'on entretient dans ces parages. Quant aux câbles électriques , ils appartiennent essentiellement à la météorologie et à l'astronomie. On peut voir par les rapports anglais publiés à l'occasion du câble

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électrique du détroit de Calais, que l'Institut et son influence scientifique furent appelés à patroner l'établissement de ce câble télégraphique, considéré expressément comme objet d'utilité pour les sciences. Je n'ai pas besoin de rappeler les tableaux météorologiques du monde entier, que peu à peu l'Observatoire de Paris tend à obtenir et à présenter aux savants et aux politiques de tous les États civilisés.

Je joins ici les résultats d'un admirable sondage opéré entre la Sardaigne et l'Algérie orientale , en passant |)ar la petite île de Galite, qui est en avant du littoral africain , à un peu plus que le quart de la distance de ce littoral à la Sardaigne. Entre la Galite et l'île de Tabarque, qui touche au continent, la profondeur de l'eau ne dépasse pas 275 mètres. Voici pour des espacements à peu près égaux , en partant de la pointe méridionale de la Sardaigne , le résultat d'un sondage exécuté en octobre i854 par M. Darondeau, ingénieur hydrographe, par un temps exceptionnellement favorable. Je pense que ce beau travail , qui honore la marine française, n'a point, pour la précision, de rival parmi les travaux du même genre. Je répète qu'en espaçant à peu près également les sondes entre le cap Mdlfatano de Sardaigne et l'île de Galite, on trouve successivement des profondeurs de y 5 mètres, 106 mètres , 1 19 mètres, 120 mètres , 280 mètres, 800 mètres, 900 mètres, 1,1 5o mètres, 1,160 mètres, 1,260 mètres, 1,420 mètres, 1,600 mètres, 1,914 mètres, 2,35o mètres, 1,800 mètres, 1,900 mètres, 1,400 mètres, 1,1 5o mètres, 1,060 mètres, 85o mètres, 495 mètres, ;i53 mètres, 85 mètres, 80 mètres, iio mètres, puis

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3i mètres, tout près de la Galite. La plus grande profondeur, qui est do 2,35o mètres, sera sans doute une rude épreuve pour les câbles télégraphiques. Mais, je le répète , il y a là une question préalable de possibilité ou d'impossibilité. Je souhaite que la première hypothèse soit la véritable ; autrement il faudrait alléger le câble, comme je l'ai dit, et surtout faire des essais préliminaires sur la résistance du système assez complexe que forme un câble enroulé de plusieurs torons de fer.

Nous sommes au moment de l'année où les observations astronomiques sont le plus agréables. Les soirs de fin d'été et de commencement d'automne invitent à regarder le ciel tempéré du soir et à y noter ces astres dont le ciel se fait une couronne, suivant l'expression d'Homère. Une carte céleste à la main, le père ou la mère de famille cherche avec ses enfants les constellations dont l'aspect, plus persistant que les empires de la terre , fut le même pour Adam que pour ses fils, pour Job, David et Salomon que pour Alexandre, César et Napoléon en Egypte. Le Bélier à l'orient et le Capricorne à l'opposé dans le zodiaque nous disent le soir : Voici venir l'automne. Dans le mois de septembre prochain , les jours se raccourciront d'une heure trois quarts , et le a3 de ce mois , à tï^ 4^* du matin , commencera l'automne. Mais tout ce que dit le soleil est forcément connu de tout le monde. Voyons les planètes.

Mercure sera le soir à son plus grand éloignement du

soleil, le 5 septembre. Ce jour-lâ, le soleil se couchera

pour Paris à 6** 3o", et Mercure vers 7* 3o*. Les ama-

'^urront donc voir Mercure, chcse assez rare.

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un peu avant et après cette date , en le cherchant dans les rayons du crépuscule dès que le soleil sera couché. On cite ce fait remarquable que dans les brouillards de la Vistule Copernic n'a jamais vu Mercure.

Vénus , qui seièvoa en septembre entre i** 3o" après minuit et a** 3o", <;ontinuera d*étre un astre très-brillant, un très-grand astre, ingens sidus, suivant l'expression de Pline.

Jupiter, <jpx se lève vers 9 heures du soir, est maintenant activement télescopisé par les amateurs , qui ne se lassent point de voir ses quatre lunes ofifHr des aspects aussi changeants que doit le faire notre lune pour les observateurs de notre terre postés sur les autres planètes. La Connaissance des temps indique plusieurs années à l'avance les configurations de ces satellites, qui ont été fort utiles à l'astronomie jusqu'au moment ■où le perfectionnement des tables de notre lune a permis aux astronomes et aux marins de se servir de notre satellite comme précédemment ils se servaient de ceux de Jupiter.

Saturne et son anneau se lèvent vers i heure du matin. C'est un bel objet télescopique.

La pleine lune sera le 4 septembre, le dernier quartier le 10, la nouvelle lune le 18, et le premier quartier le aô. Les marées du S septembre au soir et du 6 au matin seront assez fortes et au degré io3 , le degré 100 représentant la moyenne des grandes marées. Mais la seule vraiment belle sera celle du 5 octobre prochain, à III degrés. Le point le plus pittoresque de nos côtes où l'on puisse observer les gigantesques mouurements de J'Océan envahissant et désertant ses riva-

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ges. c est la station tout à fait exceptiounelle de Qmllebœuf en face de Lillebonne, là où la Seine s'élargit subitement en un vrai bras de mer, et où le flot montant arrive par une formidable cascade qui renverse tout sur son passage. citadins nonchalants de Paris, réveil lez- vous pour aller recueillir de la santé, delà poésie et de Tappétit sous les falaises de Quillebœuf le 5 septembre et le 5 octobre prochains !

11 est bon de prévenir les amateurs que la localité de Quillebœuf est tout à fait exceptionnelle, et que le mascaret qui précipite subitement les eaux de TOcéan dans le lit du fleuve ne se fait point sentir plus bas vers le Havre. Je dis ceci parce que l'année dernière plusieurs personnes, sur mes indications, avaient été chercher ces beaux eff'ets mécaniques des forces occultes de la nature à Dieppe, à Fécamp, à Etretat, à Boulogne, .rai déjà consigné quelque part ma réponse à Tune de ces personnes qui se hâtent de soupçonner les théories mathématiques d'erreur ou de méprise : Vous ne deviez pas vous attendre à voir un mascaret à Dieppe pas plus qu'en entrant au Vaudeville vous ne vous attendriez à y voir représenter Phèdre ou Atfialie,

Les étoiles filantes sont de petits corps célestes formant un groupe en anneau autour du soleil. Deux fois l'année , la terre traverse cette volée innombrable de planéticules qui s'enflamment dans notre atmosphère (juand elles sont légères , et qui tombent en masses solides quand elles sont plus compactes. C'est vers le 8 août et vers le lo novembre qu'a lieu le passage de la terre à travers ces petits résidus de la matière chaotique qui a formé les grosses planètes. Comme la terre,

tourmentée par l'action perturbatrice des planètes ses sœurs, ne trace jamais d'eux ans de suite le même sentier dans le ciel , elle ne déblaye pas la route et trouve toujours devant ses pas une grande abondance de ce petit gibier à chasser et à s'ihconporer. Voilà la réponse à une question de doute qui m'a été adressée par une personne fort sensée qui né veut croire que le complètement croyable. M. Coulvier-Gravier, l'astronome des étoiles filantes, traînées lumineuses, bolides, globes de feu , pierres tombant du ciel, et tout ce qui constitue la gent trotte-menu du ciel, n a pasimanqué, cette année comme les autres, d'être à: son poste, favorisé d'une part par la beauté du ciel, mais contrarié de l'autre par l'éclat de la lune. Il trouve que d'année en année les étoiles filantes d'août diminuent en nombre, car autrefois, en moyenne , il y avait au 8 août soixantedix étoiles filantes par heure , et au 8 août dernier il n'y en avait que quarante-quatre par heure. C'est encore assez satisfaisant. Je me reproche de n'avoir pas rappelé aux amateurs d'astronomie , qu'il y avait une curieuse recherche à faire sur ces cor^'s quand la lune est dans son plein au moment de leur apparition : c'est de tenir une lunette constamment dirigée sur la lune et de voir passer ces petits corps en noir entre l'astre brillant et nous. Le soleil peut servir de même à cette observation. Messier a fait une très-belle et très-importante observation de ce genre ; mais gare les catégories! Nous reprendrons ce sujet aU lo novembre prochain.

Plusieurs personnes s'étonnent aujourd'hui de voir la lune dans son plein si basse et s'élevant très-peu dans

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le ciel. C'est que cet astre, aussi changeant d'orbite que d'aspect, tantôt trace sa route au-dessus de la route du soleil , tantôt au-dessous. Aujourdliui il renchérit en abaissement sur rabaissement de nos soleils d'hiver. L'excès est à peu près de onze fois r^[)aisseur de la lune. Dans neuf ans et quelques mois , ce sera le contraire. Remarquons du reste que la pleine lune étant toujours à l'opposé du soleil, elle est très-haute quand le soleil est très-bas, c'est-à-dire l'hiver, et au contraire l'été^ quand le soleil est très-haut , la pleine lune qui lui est opposée doit être très-basse. C'est cet effet de tous les ans qui s'exagère cette année-ci par la position exceptionnelle de l'orbite de la lune. Dans neuf ans, les pleines lunes d'été seront plus élevées qu'aujourd'hui au-dessus de l'horizon d'environ vingtdeux fois le diamètre de cet astre. En 1876 tout sera comme en 1867. C'est l'A B C de l'astronomie pour les gens du métier; mais le mérite de la curiosité réfléchie n'est pas un mérite si commun qu'on pourrait le croire pour les personnes que le hasard rend témoins d'une des particularités des lois de la nature. Voir et observer sont deux choses fort différentes, de même que la sensation et la réflexion. Bien des yeux sont trop distraits pour dire ce mot : Pourquoi? Félicitons donc ceux qui font attention aux phénomènes de l'astronomie et de la météorologie. Je serais tenté de leur dire comme un Français (le marquis de Tavannes, je crois) disait A l'empereur d'Autriche au milieu d'une belle fête donnée par ce souverain : « Ce n'est pas mal pour des étrangers. » Il était à Vienne !

Je trouve dans le journal américain de M. Gould l'an-

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oce des deux dernières petites planètes, la quaranteilirième et la quarante-cinquième du groupe , décourtes récemment à Paris par le peintre-astronome , Croldschmidt Une dernière comète, la cinquième cette année, vient d'être découverte à Gœttingue r M. Klinkerfues, qui a déjà enlevé de vingt-quatre weB à M. Dien, de TObservatoire impérial de Paris, eomète du 22 et du a3 juin dernier , qui était la naième de cette année. La quatrième avait été aussi myée par le même M. Dien ; mais il paraît que les oérkains veulent la lui disputer. C'est un fait honoile pour la science qu'on s'arrache ainsi les mor- IDX. Puisque ce mot vient sous ma plume , je dirai 'on a remarqué que les trois dernières comètes ont m dans la même région du ciel , et que par suite elles Brndmt bien être des morceaux d'une comète primie séparée en plusieurs parties par l'action inégale du eil BUT les divers points de la masse cométaire. C'est iiqàe la comète de Biéla fsdt maintenant deux comètes ttnctes qui s'accompagnent, mais qui, d'année en sfe, se séparent de plus en plus. Quant à la grande nète de Qiarles-Quint , point de nouvelles encore! vérité , l'astronomie ou le diable se mêlent de l'afre. Si c'est la science, elle fait la coquette avec Timience du public; si c'est le malin esprit, il ne déroge ) i son titre en se jouant à son aise de l'attente des nmes dans le ciel comme sur la terre.

('2 septembre 18J7.)

le TQuiaK. iuos ^iiiî'jri 1:1 6* cies articles , in ft aes-jecusois rnî M. X.> g-:-&f. -bélier, éditeur d Stmèts it Lxsur^^ -ix zetssLA d'annoncer mTc Si puciîcKXiL ;!iL zi:i:-'c îl zLjesae. Je comptais Âter sfr^ôfvvic ie 1 ^àr. jeoce tihi public en proa |iii> -e iK iBB^oeo^ p^AS ôe me rendre la justi s i3«aLC vàK. Je 3!e ccct^^siis l'idéal d'un article qu rac eof axp>àeis<e ^pe poar la forme. Hélas ! on vi me oectTî sco^ Àes yeox deux feuilletons du jour M. Veaillcc qui m'enlèvent ces riantes illusions JacceitC ôe dir« moi-même du mal de mon livre. S VCftÊinfn^ les savants sont ennemis de Dieu. — « 1 ooioc a &t pas prononcé. On voit bien l'œuvre de 1 oa ne vent poe de Dieu : à Jious le monde, ardè 1 aoteor ' 1 < M. Babinet appartient à Tespèc-e d 1 Tants agréables. Non que soft style brille j>ar le • filés si françaises de la facilité, de la limpidité ^ grâce : sa phrase est souvent lourde et embarr I grâces dont il cherche à Tomer sentent u Bp le savant en us, même quand il cite à {

ET MÉTÉOROLO&IE. tgj

ae vers grec ou quelque vers latin. IT nous sem- Q le lisant, revoir quelqu'un de ces bons, dignesives professeurs d'autrefois, embarrassés dans obe, leur perruque et leur barbe, et s'efforçant er la légèreté sémillante de nos élégants profesd'àujourd'hui. C'est un mélange d'antique et de me,, de lourdeur et de légèreté, de pédantisme désinvolture , qui forme un contraste assez co- 5 parfois. Figurez-vous un vieux professeur de nne faisant lé beau devant un auditoire du âècle , Ramus dans là chaire de M. Saint-Marc iin. » « L'illustre savant (c'est le sobriquet dont' ft affublé dans les deux artides) île croit ni à la i monde ni aux causes finales. » « Notre savant he perfidement à mettre la Bible en côntradic- ' ivec elle-même et avec la science à propos de la on des êtres. » (J'ai fait tout juste le contraire.) 18 arrivons aux inondations

^ La

osion,' malgré toutes les protestations contraires ttes les hypocrites formules de la religiosité coniraine, était une : il n'y a pas de Dieu. »

tout cela était bien pénible à lire et encore plus ) à mes lecteurs, qui, je l'espère, après cet ) de justice sur soi-même , ne douteront plus amour tout à fait mathématique de la vérité.

8 bien qu'une attaque peu charitable avait été contre moi par M. Yeuillot , à qui je n'ai jamais im mal; mais, ce qui est bien plus humiliant. Ilot ne m'a pas fait l'honneur de me châtier lui^

ET MÉTéOROLOGIET. I99

Qaand j'ai dit que , sans nos hivers dont nous nous plaignons, nous ne récolterions pas un grain de blé, car c'est l'hiver qui force cette plante à monter en graine, si bien que dans les régions tropicales elle se conduit comme fait ici l'herbe et ne produit jamais d'épis, n'ai-je pas fait tout le contraire que d'attaquer la Providence; car sans le blé, à quoi se réduiraient les deux cent soixante millions d'habitants de l'Europe?

En quoi donc, moi chrétien des plus humbles et des plus inoffensifs, ai-je pu mériter Tanimadversion de YUniPers? fiicore si j'avais dit quelques mots suspects d'athéisme, de déisme, ou d'hérésie, j'aurais pu craindre les exploiteurs laïques du sentiment religieux. D'après quelle autorité M. Veuillot vient-il incriminer mes epinions et me dénoncer comme ennemi de la société rdigieuse de mon pays 1 H me demande compte de ma croyance y et moi je lui demande de qui il tient sa mission? Nous ne sommes plus au xvi*" siècle , où Ramus , évoqué peu adroitement par son journal , était égorgé pour cause de calvinisme, culte aujourd'hui reconnu par l'État. Je proteste donc contre la malveillance heureuse-ment impuissante de ces apôtres-amateurs. Les foudres de M. Veuillot ne sont pas les foudres de l'Église au moyen âge , et je me ris avec Scarron

De son petit foudre de poche Qui ne porte que quinze pas- Et souvent ne les porte pas.

8. Veuillot me blâme de ne pas croire que , par exemple, les inondations et autres fléaux naturels sont des indices immédiats de la colère céleste. A ce compte , il

n'y aurait de vertueux que les habitants des collines et des hauteurs. Tous les gens d\i Sahara algérien seraient des saints. Lorsque les républicains français envahirent l'Italie , il y eut à Pesaro un tremblement de terre. « Voyez-vous, disaient les Italiens à nos soldats alors quelque peu incrédules, Dieu est irrité de voir ici les Français. — Ce ne sont pas nos maisons qui tombent, » répliquaient ceux-ci. .

Pour conclusion, le public est averti de ne point aller chez M. Mallel-Bachelier acheter le livre de M. Babinet. II. y trouverait à chaque page la Providence dans la nature et la bienveillance danâ. son auteur, tandis qu'il faut croire, avec M. Veuillot, queDieu a toujours un œil de mauvais vouloir ouvert sur l'humanité entière pour lui envoyer collectivement, à tort et à travers , tous les fléaux de la météorologie. Attrape qui pourra, innocent ou coupable.

Je ne veux pas finir sans rendre justice comme savant à celui que M. Veuillot a chargé de calomnier mes Études; ses appréciations scjéntifîques^indiquent un homme très-, compétent pour jugéV sûrement les théories physiques et mathématiqueè. C'est le pçemiér qui ait senti et bien exprimé la probabilifai^ indiquée |)ar moi, dès le milieu de l'an dernier, d^im retour des. saisons à l'état normal. Seulement il n^èi^prOiqhede'^é.pàsidire pourquoi Dieu l'a voulu ainsi. Mais;te sait-il ilùi-rijême? J!ai été bien plus flatté de ses iéloges mal griacîeiix quetourmwité par ses imputations théologiquè^' Je pense que^ ces dernières lui étaient imposées. , ; • |. >.

A l'occasion de èe.que j'ai -dit 'du ♦ câble jtràjnsatlani'ài reçu des information^ .des plus Wtes auto?

compétentes. Elles ne sont pas tout à fait rassu- », et chacun propose son moyen de remédier au ) du câble. M. Breton persiste dans ses dénégations ossibilité. Je reprendrai bientôt cette question avec }rité de M. Le Verrier, de M. Tamiral Mathieu u commandant du Niagara. En attendant, les > mètres de profondeur de la Méditerranée ont été Busement surmontés dans la pose du câble d'Aï- . Mais comparer la petite traversée de Sardaigne frique au trajet de TAtlantique , c'est comparer le ge de Versailles à celui de Perpignan. J'ai sous les un échantillon du câble transatlantique. C'est une able œuvre d'art. Son diamètre est d'un centimètre tmi ( i5 millimètres) , ce qui fait les trois quarts de OBseur de nos bougies ordinaires. Au centre est le r cuivre, composé lui-même de sept petits fils torx>mme ceux d'une ficelle. Autour de ce fil de cuiientral , destiné à transmettre les dépèches , est enveloppe de gutla-percha entourée elle-même ) composition dont le goudron est le principal inent. Le tout est recouvert extérieurement par mit ficelles de fer , chacune formée de sept fils i'flns, qui s'enroulent en spirale autour du noyau ieur. Il y a donc , sans compter les sept fils de <edu centre, centvingtrsix fils de fer, qui, étant mis à bout, feraient un chemin bien plus long que la Dce de la lune à la terre, a Une telle fabrication ne parait-elle pas admirable? disais-je à un homme de i. ~ Oh! Monsieur, la science nous a habitués à las taous étonner de rien, d A cette occasion, je rquerai que l'homme, dont on a tant vanté l'iotelli-

sot

HlBk juijiiiiin!*Jim -fc ^iBiiaaic 'm unaiîflBV OHâÉè #10muFt.. «^ ci& un» idbf «siiK-UBBiBi wMmi pi^

canuâiBr qd nûfiL^ It ^trîiïann it^i t tK i mtÊts- t amà ses xvfuift giftufe j^argjgg aaiinve n : Mb» y Ir tili irtft (jtt JmuiiBS ôc 9B ct-âp J^mu? fÉi amt aaaUoMBt ^vvpàtat^ Ed ftioBt&cnBpi^MLallepBaHleestd'iD ^ijiaiic jorisît. TcB •&■ antanK de Sne^ 1» phs belle 4^jk ÙB cxd, pMB- 3«|B*e rsBiwflw Lalade Im-

^ An99.Leioir, ârorient. avec JopîterappnraiaBenl y^ Vièaàtê, et ao-dessow Fcloile de première gran- ' HdâMm 00 l'oefl da Taoïenu Plos aa nord , k

' ET HÉTÉ0R0L06IE. ao3

re, Tuno des grandes puissances du cid étoile, e à la suite de Persée, et tout à la fin de la nuit s arrive lui-même à la suite du brillant Orion. Tout indique Fautomne. Les constellations d'biver, qui ; le jour font une coi»'te apparition sur Thorizon, avertissent de plus de la fin de Tannée. Saturne ire un peu avant minuit et Vénus vers deux heures mie du matin; cette dernière brave le crépuscule et sparaît que dans les rayons mêmes du soleil levant, lase est maintenant peu remarquable et ressemble ede la lune, entre le premier quartier et le plein. Jupiter et Saturne sont deux magnifiques objets à eiu télescope. Voici pour les quinze premiers jours 3bre, temps moyen de Paris, Taspect des satelde Jupiter au minuit commençant la journée.

septembre, deux satellites d'un côté, un de l'autre.

— trois — un —

— un — trois — 'octobre, un — trois —

— un — trois —

— deux — deux — -- deux — deux —

— tous les quatre — * —

— touslesquatre — * —

— deux — deux —

— deux — deux —

— deux — deux —

— deux — un —

— aucun — trois —

— trois — 'in —

— deux — un —

— un — trois ~

— un — trois —

304 A5Tit0NO3!|E

LcfâquHl y a moins de quatre saieili les indiqués t c'est qu'il y en a de cachés d'etrïère La planète on d'é* clipsés dans son ombre. - ■ .

Od pourra voir le curieux spectacle de r*cUpse d'un des satellites de Jupilor le' & octobre à 8''4o"5fl^, temps moyen de Paris /et le: i3 du même înois, à io* 35" ai\ Yoilà pour le preinier ^saleUite. Le secoïMi s'éclipsera le a octobre à 8" 45' après le minuit commen* çant ce joun Enfla le m octobre àiB^'So^îS' du soin le troisième satellite sera lui*mèmo éclipsée II est nrt de trouver tant d'écUpses visibles è nue heure commodç dans un si court espace de temps. Les observateurs hors Paris qui auront des montres et des garde- temps bien réglés pourront vérifier que l'heure de Paris n'est pas la même que celle de leur loealité. C'est la différence do longitude. Ainsi il y a environ 5 minutes dt* différence entre Rouen et Paris et plus de 9 minutes entre Londres et la même capitale. L'heure de 6 trisbourg et celle de Brest diffèrent encore bien davantage,

Répéterai-je au public que le 5 octobre la marée dâ III degrés offrira à Qoillebœuf, près de remboùc^ure de la Seine, un mascaret formidable,. et qu'on y VèiTa l'Océan envahissant le fleuve avec un fracas terribteét formant subitement , suivant l'expression de Qbintie^ Curce, une mer au iriiiiéu.des terres? Après 1857, les fortesmarées diminueroiitd'ënergie pour longtemps. ABn d'éviter des demandes! directes, je dirai qu'on arrivé de Rouen à Quillebœuf très-conimoàément en deux pJu trois heures par les vapeur^ de- Rouen .au Havre. On peut aussi passer par Pont-Awd.emer, qui est à gauche j et par Lillebonne, qui est-ein face de Quillebœuf. C'est

ET MÉTÉOROLOGIE. 2o5

vers 8 heures du matin et du soir que le flot arrive à Quillebœuf , à l'époque de la pleine lune et de la nouvelle lune^. Le 3, le 4, le 5 et le 6 la marée sera trèsforte et donnera un spectacle des plus imposants.

Au nombre des nouvelles les plus intéressantes et des . plus récentes de Tastronomie on doit mettre la découverte de plusieurs autres petites planètes du groupe qui remplace la grosse planète qui , suivant Kepler, manque entre. Mars et Jupiter. Cette multitude de nouveaux astres crée un travail immense imposé aux observatoires , qui du reste se sont partagé fraternellement ce surcroît de fatigues. L'année dernière M. Goldschmidt avait découvert ïa 4o' planète de ce groupe , . qui fut nomniée Harmonia par M. Le Verrier y en commémoration de la conclusion de la paix de i856. Le même découvrit ensuite la /ii'', qui fut appelée Daphné par M. Chacornac. La 4^* est due à M. Pogson , d'Oxford. Son nom est Isis. Cette année i857 nous en a déjà fourni sept, savoir : Ariane, de M, Pogson, n° 43; Nysa, de M. Goldschmidt, n** 44; une autre, encore anonyme , du même astronome, n"* 45. La planète n"" 46, aussi encore anonyme, a été trouvée par le même M. Pogson, d'Oxford; le n® 47, par M. Luther, de Bilk, près Dusseldorf ; enfin, le 19 de ce mois de septembre, M. Goldschmidt en a découvert deux autres dans la même nuit : ce seront les n?* 48 et 49. Voici donc neuf planètes que nous devons à l'actif artiste-observateur de Paris. Il est remarquable que les deux dernières ont dû être trèsvoisines il y a quelques jours. Nous n'entrevoyons pas encore tout ce que réservent à la science ces planètes si nombreuses et si entrelacées dans leur marche , et qui

< peut-être pourront se rencontrer et s'entre-clioqaer . Noos aurons par ces planètes des notions sur l'influoice de Jupiter qui balance dans cette région, par sa proximité, Taction dominante du soleil et qui , d'après certain» idées de M. Le Verrier et de Lagrange, a peut-être empêché à cet endroit Tagglomération d'une masse considérable de matière chaotique.

La découverte de deux planètes dans la même nuit est jusqu'ici un bonheur ou plutôt un mérite exceptionnel. Un travail non moins admirable vient d*être foit avec succès par le même M. Goldschmidt. La planète Daphné, Tune de ses neuf filles célestes, était perdue; elle était au milieu des centaines de mille étoiles de dixième grandeur. Où la trouver? M. Goldschmidt a eu la constance de placer sur ses cartes plus de trois mille de ces points brillants,^ ou, pour mieux dire, trèspeu brillants , car on ne les voit qu'au télescope : parmi eux la planète s'est trahie par son déplacement d'un jour à l'autre. « Cela ne m'eût pas empêché de dormir, me disait un interlocuteur peu au fait des passions scientifiques. — Eh bien, vous n'auriez pas fait, comme M. Goldschmidt, le miracle de trouver une miguiiie dans une charretée de fotn ou un petit diamant dans une colline de sable. » Dans ce siècle, deux astronomes sont morts de chagrin pour des observations qui ne s'accordaient pas entre elles. S'il y a de la chance , du bonheur dans les découvertes du ciel , cette heureuse fortune est provoquée par un travail assidu et ingénieux. Entre la persévérance et Tintelligenc^, peut-on bien sans injustice placer le hasard?

La science astronomique et l'Académie viennent de

perdre M. Largeteau , membre du Bureau des longitudes de France , auteur et collaborateur de plusieurs travaux géodésiques , et notamment de la jonction en longitude des deux Ob9^^vatoi^es de Paris et de Greenwich. M. Largeteau appartenait au corps des ingénieurs géographes qui nous a donné tant d'hommes de mérite et qui depuis a été fondu dans ce corps non moins distingué de rÉtat-Major. H était avec M. Herschel , tirant des fusées pour porter des signaux de feu instantanés au haut de Tatmosphère, dans le lieu même où le rude conquérant Guillaume de Normandie écrasait autrefois Harold et ses Saxons , à Battle-Abbey. Quelle différence entre le milieu du xi* siècle et le commencement du XIX* l Les nouvelles déterminations de MM. Airy et Le Verrier ont confirmé, à une seconde de temps près, le résultat de MM. Herschel, Largeteau et de leurs coobservateurs sur la côte de France. M. Largeteau avait été un calculateur très-actif de la Connaissance des Temps. Il est mort à soixante-six ans, le ii septembre dernier. Il fut toujours un de mes plus intimes amis, et peut-être aucun homme plus que lui ne put se flatter de n'avoir jamais blessé personne et d'avoir passé utilement sa vie en ne recherchant ni les honneurs, ni la fortune, ni même la célébrité. Il était par modestie content de son sort et ne connut jamais ni la rivalité ni l'envie. Qcéron définit l'orateur un homme de bien, qui de plus est éloquent. Virhonusy dicendiperitus, Largeteau a été homme de bien d'abord, et de plus il a été savant.

(a6 septembre 1857.*)

.XV. . ï,%'0

Xïouvellet ^atUonomiques. — Zia marée 'jàjida ] pireikiien jours d'octobre à QuiUebœuf et aux énlHcroi»iv •!— Zie Journal allemand Astronomische XVaohrUjÉttéii/l^'Ja nal américain de M. Gould. K. ' -V:*-.

Ces jours derniers , la France , Tlnstitut etit'^ïiîservatoire impérial ont reçu la visite de ^rillustrà astronome de Poulkova , M. Struve. L'empecetir Nicolas' a>é)evé à grands frais, près de Saint-Péterèbourg,ûn^ observatoire modèle dont la construction et la dirèctioi» ont été confiées à M. Struve, déjà placé, au premier jraing des. observateurs par ses travaux à tlorpat.'À^ycmïkova, l'astronomie des étoiles a été portée; à la cferàxère: limite de la précision. Une magnifique lùi^ette s^i^tie (les ateliers de Munich, et dont le verreja i4 pbucee;de l'ancien pied de roi français (38 centrfeètres)', ésl devenue, entre les mains de M*. Struve et déjson fils Ott9 Struve, un analyseur auquel on doit fen iiédoublranent d'un grand nombre d'étoiles jusqu'alj^rs réputées simples.- Un immense volume du même agronome nous donne l'ensemble de toutes les observatidiis faites sur cet important sujet. On me dira : Que nous importe qu'aux limites de l'univers deux soleilsUrès-rapprochés et à peine distincts l'un de l'autre pour de puissants télescopes tournent autour d'un pibint intermédiaire en niiorante ans, en soixante ans, en un siècle ou même une période de plusieurs mille ans? Lorsque

William Herschel reconnut ces révolutions célestes des doubles soleils , il donna par là même à la chronologie dans le cours des âges des points fixes qui deviendront d'autant, plus utiles que les siècles s'accumuleront davantage. Sans doute le monde de l'humanité est encore fort jeune (chacun pensera de lui-même que c'est probablement pour cela qu'il n'est pas encore fort sage), l'état actuel de la nature ne remonte lui-même qu'à un petit nombre de milliers d'années. Mai& pour les périodes actuelles comme pour les périodes futures, les étoiles doubles et tournantes fixeront les dates d'une manière exempte de toute confusion. Les ères célestes qu'elles 'nous fournissent en grand nombre caractériseront chaque pas de cet élément si important de* l'existence des êtres matériels , savoir le temps. On peut considérer une petite étoile qui successivement se place au-dessus,* à droite,- au-dessous et à gauche d'une autre étoile, plus: brillante comme une sorte d'aiguille d'horloge qui, sur un cadran extérieur à notre ynonde, marque les se'condes , les minutes et les heures de l'éternité.

J'indiquerai une utilité moins éloignée de l'observation des étoiles doubles et des travaux de M. Struve. Tout le monde sait, depuis Newton , que le mouvement de la 4^erre et des planètes autour du soleil est réglé par les lois de l'attraction. Notre terre, éternellement balancée dans son orbite entre sa tendance naturelle au mouvement en ligne droite qui l'éloigneraitdu soleil et sa chute vers l'astre qui l'attire, marche dans une route tracée mathématiquement par l'action de causes connues, bien spécifiées dans leurs lois d'action. Or ces lois qui régissent la matière dans ce coin de

l'univers que nous occupons sont-elles les mêmes pour tout ce vaste amas de soleils accumulés les uns de^ rière les autres à des profondeurs qui étonnent l'imagination des habitants de notre très-petit globe? La réponse est affirmative , et une fois de plus la nature a été reconnue aussi admirable par la constance de ses grandes lois qu'elle l'est dans le détail et la variété des eiïets qui en découlent , quand ces effets peuvent être observés de près dans le laboratoire particulier de chacun des mondes individuels que contient l'univers indéfini.

Pour ceux qui ne seraient point encore satisfaits de ce qui précède, j'ajouterai que les mouvements relatifs de ces soleils jumeaux permettent de les peser, et qu'un astronome peut ainsi déterminer combien de fois la double du Cygne ou la double du Centaure surpasse en masse notre Phébus, le soleil de notre système, lequel, comme on sait , est trois cent cinquante-six mille fois plus massif que notre terre»

C'était pour une mission de science internationale que l'hôte de M. Le Verrier, M. Struve , se trouvait à Paris. Depuis quelques années, la géodésie, cette partie de l'astronomie qui s'occupe de la mesure et de la figure de la terre , a été cultivée avec le plus grand éclat en Russie, et surtout d'après l'initiative de M. Struve. A partir de Louis XIV, cette science a été l'une des gloires de la France. Le grand arc français du méridien entre Dunkerque et Fermentera a été longtemps sans rival. Ensuite est venu l'arc un peu plus grand mesuré dans l'Inde par les Anglais. Le nouvel arc de M. Struve, qu'il appelle russe-scandinave, re-

ET METEOROLOGIE. 21 1

monte depuis Fembouchure du Danube jusqu'à la mer Glaciale. Cest de cet arc que M. Struve a entretenu rAcadémie des Sciences dans la séance du la octobre. Nous pouvons être fiers des éloges que le grand astronome russe fait des travaux des Français et des nombreuses expéditions qui, depuis Tabbé Picard, se sont succédé avec autant de constance que de gloire. Je trouve dans les Leçons (T Astronomie de M. Airy, le directeur de rObservatoire anglais de Grecnwich , près de Londres , un témoignage non moins flatteur pour la géodésie firançaise. Le livre est de 1849. ^ ^^ P^^ mières expéditions de ce gqnre eurent lieu par ordre des rois de France , et honneur aux Français pour la part qu'ils ont prise dans ces travaux! Plusieurs de mes auditeurs savent sans doute que Guizot, qui était dernièrement à la tète du ministère français, a comm&acé sa carrière par le professorat. Il a publié des leçons sur la civilisation , et il établit que la France a été le grand pionnier de la science et que l'origine de la civilisation appartient à cette nation. En fait de science , je suis d'avis que l'assertion de Guizot est par-

Mtement juste

Nous sommes habitués à considérer la Révolution française seulement comme une époque d'anarchie et do

sang et cependant ce fut dans les temps les plus

désastreux que fut complété un travail auquel rien d'égal n'a été tenté en Angleterre. »

C'était pour établir le type des mesures françaises, le mètre y que ces travaux étaient exécutés, et en prenant pour point de départ la mesure de la terre, on voulait une mesure qui appartint également à tous les

212 ASTROxNOMIE

peuples. Déjà Newton, pour échapper à la confusioir des mesures désignées sous le nom de pied, s'était servi de la toise française de 6 pieds de roi, parce que eette dénomination n existait chez aucun peuple, tandis que le pied anglais , le pied du Rhin , le pied de rot français et quelques autres encore laissaient subsister une confusion étrange.

Malheureusement la figurç de la terre n'est pas d'une régularité parfaite , et la petitesse de l'homme , par rapport au globe qu'il habite , permet de saisir les moin-, dres inégalités, les moindres dérogations à la figure régulière que l'on avait. d'abord admise. Tel est l'objet actuel des efforts de la géodésie moderne. L'arc russe ne s'accorde pas tout à fait -avec l'arc de France ni. avec celui de l'Inde. On voit donc qu'il ne .suffit plus de mesurer un seul méridien' pour connaître ayec la dernière précision la forme et les dimensions de notre • globe. Il faudra opérer sur un grand nombre de méridiens divers. Je pense que le temps n'est pas loin où les Américains, guidés par M. Bâche, arrière-petitfîls de Franklin , apporteront un honorable contingent à la science inaugurée par notre nation, et qui s'est enrichie en Prusse, en Hanovre, en Danemark, en Suède , en Norwége , de mesures d'une moindre étendue, mais d'une précision égale aux mesures des Français, des Anglais et des. Russes. Pour abréger, je réserve bien des ûotions curieuses pour le moment où je parlerai ici du mètre et des autres étalons français qui permettent de fixer l'espace ,:la matière et le temps, ces trois grandes nécessité? de l'existence des êtres rùatériels.. '■■"-.

ET MÉTëOROLOGIE. 21 3

Mais ce n*est pas tout de mesurer la terre du sud au .nord , il faut aussi en déterminer les dimensions de l'est à Touest , à peu près comme pour faire un vêtement on ne note pas seulement la taille d'un individu , mais on prend encore la mesure de son contour. Or, pour ceci il faut travjBrser toute l'Europe et mettre bout à bout toutes les portions de la ceinture terrestre qui , partant de l'occident de la France , vont ensuite jusqu'à l'Asie. C'jest précisément pour la jonction de ces fragments d'arcs de parallèle que M. Struve, ainsi que nous l'apprend le maréchal Vaillant, est venu en France. Déjà M. Le Verrier, aidé des officiers de l'Etat- Major, avait commencé , pour la France , à compléter les déductionB qu'on pouvait tirer de la belle triangulation exécutée depuis le commencement du siècle. La visite de M. Struve donnera une nouvelle activité à ces trs^vaux. M. le maréchal Vaillant, ministre de la guerre, et comme tel ayant sous se^ ordres tous les officiers d!Etat-Major et tous les documents du Dépôt de la Guerre, a déclaré devant l'Académie « qu'il s'empressera, soit de mettre à la disposition des savants étrangers les documents qui pourraient être réclamés, soit de concourir pour sa part aux travsoix de calcul et de discussion nécessaires à l'accomplissement de l'œuvré projetée par Je savant directeur de l'Observatoire central de Russie, d M. le maréchal rappelle les travaux entrepris déjà .par M. Le Verrier, depuis trois ans, dans un but parfaitement concordant avec celui de M, Struve, et qui n'ont, été suspendus que depuis l'automne de Tannée dernière.

Yoilà dé bonnes nouvelles sciontiGques. Go a headj

2l4 ASTRONOMIE

en avant! coimne disent les Américains. Ajoutons que M. Struve a été reçu par TEmpereur avec la même sympathie que lui ont témoignée le ministre de la guerre , le directeur de TObservatoire impérial et l'Académie des Sciences, dont Tasta^onome russe fait partie depuis longtemps à titre de correspondant.

Gomme le domaine des sciences est assez pauvre du côté dramatique , on me permettra quelques détails sur la nomination au titre de chevalier de la Légion d'honneur de M. Goldschmidt, dont j'ai annoncé dans mon dernier article le succès inespéré et jusqu'ici sans précédent, puisque dans une même nuit il a trouvé deux petites planètes. Ce succès si bien mérité a reçu une prompte récompense. Déjà plusieurs fois M. Goldschmidt avait été présenté par M. Le Verrier au choix du ministre pour la croix d'honneur, et, par je ne sais quelle fatalité, sa promotion avait été différée; mais cette dernière fois, M. le maréchal Vaillant, de l'Académie des Sciences , se trouvait chargé par intérim du ministère de l'instruction publique ; il était donc à la fois juré éclairé et juge tout-puissant dans l'affaire. S s'est présenté à lui-même l'heureux astronome, et, après un prompt assentiment de l'Empereur, il a signé avec joie le décret qui confère la décoration à M. Goldschmidt. La grâce que MM. Vaillant et Rouland ont mise à faire connaître cet heureux résultat au nouveau décoré a doublé le prix de cette grande distinction , si noblement acquise.

Nous voilà donc au numéro 49 pour les petites planètes entre Mars et Jupiter. J'en ai sous les yeux la liste complète , que je me réserve de donner plus tard. Quant à

1^ METéOROLOGIB. 21 5

cette quarante-neuvième planète de M. Goldschmidt, laquelle est la neuvième découverte par lui , il a bien voulu me faire l'honneur de me prier d'en être le parrain , et j'ai choisi pour elle le nom de Paies, la grande divinité des Romains.

Te quoque, magna Pales. . .

dit Virgile au commencement du troisième livre des Géorgiques, Il y avait aussi le nom de Doris, Tune des principales divinités de la mer :

Doris amara suam non intermisceat andam.

Je tenais d'autant plus au nom de Paies , qu'ayant indiqué ce nom à M. Hind, à Londres, en i8âi , il avait craint une confusion avec le nom de Pallas. Je ne puis être de son avis , surtout quand on a adopté Isis après que le nom d'Iris était déjà pris. Je suis en mesure, avec Virgile, Ovide, Hésiode, Homère et le Dictionnaire de la Fable , de fournir deux ou trois cents noms pour les planètes futures. Ainsi la crainte de voir les noms manquer d'ici à longtemps est bien chimérique. Jusqu'à ce jour M. Hind , qui a trouvé dix petites planètes , est le seul qui l'emporte sur M. Goldschmidt.

Plusieurs personnes regardent la saison actuelle comme exceptionnelle et s'étonnent de la durée prolongée des beaux jours. Or c'est précisément l'automne qui , dans toute l'Europe occidentale, est généralement la bells saison. Vété de la Saint-Martin est un dicton de nos ancêtres qui caractérise un fait. La seule chose remarquable , c'est le manque de gelées du matin , ce qui fait que la fouillée des arbres et même la verdure

2l6 ASTRONOMIE

ont jusqu'ici très-peu souffert. Cependant on peut vérifier ce vers d'Horace :

Matutina parum cautos jam frigora mordent.

« Déjà chaque matin on sent les premiers ft^oids »

On a pu voir par les journaux quotidiens que Téquinoxe a été signalé , comme à l'ordinaire , par des tempêtes et des sinistres de mer, que rendent plus sensibles et le grand nombre de bâtiments que met à flot l'activité du commerce actuel et la hardiesse qui nait d'une connaissance plus grande de l'art nautique. Dans les parages très-fréquentés, comme le canal qui sépare la France de l'Angleterre, il est difficile qu'un mauvais temps, par vents violents, par. grosse mer, ou par brume, ne trouve pas des victimes à faire, et chaque année nous donne la triste statistique des pertes éprouvées. Cependant 9 si l'on fait attention au nombre plus grand de bâtiments qui naviguent , le nombre proportionnel des naufrages se trouvera bien moindre que par le passé.

A l'époque de la dernière grande marée de ce mois, j'ai été curieux d'aller dire un dernier adieu au mascaret ou barre de flot de la Seine-Inférieure. Les travaux modernes ont détourné le choc des quais de Quillebœuf. Un assez grand nombre de curieux étaient venus pour observer ce grand et subit envahissement de la terre par la mer. Le spectacle a été magnifique de grandiose par un temps serein. Le soleil s'abaissait avec magnificence au milieu de la vaste embouchure du fleuve de Paris. C'était le lac de Genève en dimensions, plus l'arrivée et le retour de l'Océan. La pleine lune, à l'hori-

ET MÉTÉOROLOGIE. ZlJ

Q opposé , se levait non moins silencieuse et calme ele soleil.... Gomme dans toute la mécanique de Tuners, c'était sans bruit, sans convulsions, sans seiisses que s'opérait la puissante action des deux astres r rOcéan. Ainsi la lune , retenue par l'attraction de terre, chemine dans le cîel, ou plutôt glisse sans art, et la terre suit de même sa route annuelle autour

soleil. Les eaux de l'Océan sont rendues un peu dns pesantes par l'attraction des deux astres, et elles lèvent pour compenser par leur hauteur ce qu'elles t perdu en poids. Le fracas appartient à l'effet et 1 à la cause. On a beaucoup parlé de l'harmonie des lères célestes, qui, je crois, était sensible aux oreilles Pythagore. S'il a dit cela, on peut assimiler ses préitions à celle qu'il avait, dit- on, de se souvenir des itamorphoses par lesquelles il avait passé avant les lées qui ont précédé l'origine de notre ère. Les auirs grecs parlent souvent des yeux de l'âme : j'oserai nsporter la métaphore à l'ouïe , et je dirai que cette leuse harmonie des sphères célestes n'est perceptible aux oreilles de l'intelligence. Rien n'est plus poétique 9 de voir la nature obéir sans résistance et sans eft aux lois qui lui ont été primitivement dictées, tan-

qu'elle ne se soumet aux mécanismes de l'homme 'avec des chocs , des frottements , des grincements , j convulsions, des gémissements qui semblent prêtes-

d'une soumission forcée et d'un empire usurpé par itagonisme des agents mis en jeu par une pensée qui domine que matériellement, iu milieu du calme qui régnait à l'époque de la pleine le d'octobre , les amateurs de mascaret ont été obli-

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gés d'aller avec des pilotes le chercher dans des localités voisines de Quillebçeuf, à Tancarville, à Aizier, à Villequier. A Tancarville , le sol, miné sous les pieds des curieux et croulant dans le fleuve , les a forcés i s'éloigner du rivage. Le journal PAvranchin du 1 1 octobre m'invite à aller voir le mascaret sur les grèves du mont Saint-Michel. J'ai depuis longtemps prévenu ses vœux et j'ai nagé intrépidement en 1824 dans cette barre de flot qui ne m'a pas plus roulé que les grandes vagues de la mer ne roulent les baigneurs à la lame. La localité est importante théoriquement , car c'est, comme à Bombay, un mascaret sans rivière. Je compte bien revoir ce mascaret avant de mourir, ainsi que celui de la Dordogne, qui nous a fourni, à M. Aragoetà moi, le nom générique du phénomène. Mais en attendant je prie instamment MM. les indigènes des deux pays de bien observer la nature dans leur localité et de iain connaître au public le résultat de leurs observations. Ils verront toujours mieux qu'un voyageur sans loisir et ils profiteront des renseignements donnés par tous les riverains.

A Quillebœuf , un immense bateau à vapeur en fer, qui avait touché à la haute mer, a été cassé exactement en deux à la mer basse. Heureusement il était cloisonné, et en laissant la mer entrer librement par le milieu il a pu flotter au moyen des compartiments qui enfermaient les deux bouts, et il a été conduit au port , où il a été de nouveau cassé par le mascaret suivant. Enfin , après avoir été rajusté tant bien que mal avec des barres de fer et déchargé de toutes ses machines, il a pu être remorqué en amont. Deuxautrqs

naufrages ont aussi eu lieu sous nos yeux , mais heureusement sans perte (Tâmesy suivant Texpression anglaise. Le nouveau télescope de M. Foucault, que les pilotes et les capitaines armés de leurs longues-vues regardaient avec admiration et envie , nous mettait sous les yeux le bâtiment , travaillé par l'irrésistible Océan, comme s'il eût été à portée de la voix et presque de la main. Il est incroyable avec quelle aisance la mer démolit en quelques vagues un vaisseau arrêté , même sur un fond de sable ou de vase. Il se disjoint avec la même facilité qu'un château de cartes sur lequel un enCant vient à souffler. D enfonce et ne laisse plus que son mât comme témoin indicateur de la catastrophe. Je ne décrirai pas les larmes des femmes de pilotes. Je me tuais à assurer à une des plus bruyantes dans sa douleur que nous venions de voir son mari quitter tranquillement le navire submergé et regagner avec tout son monde le remorqueur, qui avait tiré après lui le bâtiment perdu. Rien ne pouvait la faire taire. A quelques pas de là , je sus qu'elle pleurait l'argent que loi eût valu la conduite plus heureuse de la cargaison naufragée, ce qui me rappela ce vers latin :

Ploratur lacrymis amissa pecunia veris.

• Pour l'argent que Ton perd les larmes sont sincères ! »

Nous essayâmes Tinstrument de M. Foucault comme télescope astronomique, comme lunette de terre ou longue-vue, comme lunette de port, comme lunette à petite distance , soit pour lire, soit pour apercevoir les plus petits insectes dans leurs mouvements et dans leurs parties les plus déliées, enfin comme luuetle d^nxxW»

pour voir les vaisseaux arriver en silhouette comme de muets fantômes projetés sur la pâle lueur du ciel ; et toujours nos observations eurent le succès le plus complet. Cependant le miroir n'avait point été repoli depuis sa traversée en Angleterre et en Irlande. On sait que sir John Herschel , au cap de Bonne-Espérance , était obligé de repolir ses miroirs tous les trois ou quatre jours , et cela sans être dans le voisinage de la mer. Sans doute la nature se doutait qu'il y avait sur ce rivage occidental des curieux attentifs à ses phénomènes. Elle eut la bonté de nous faire quelques expériences de physique météorologique comme lorsque le propriétaire d'une riche collection a la complaisance de montrer à d'heureux visiteurs les curiosités qu'il possède. Ainsi, après nous avoir donné de magnifiques ombres colorées et une variété de nuages à choisir entre les stratus, les cumulus et les nimbus qui nous dessinaient au loin le contour de la terre, le spectacle se termina par un double système d'arcs-en-ciel produit par deux soleils, l'un le soleil ordinaire , l'autre son image réfléchie dans l'Océan. X^haque système avait son centre , et les arcs les plus hauts pravenaient du soleil le plus bas , savoir celui qui se reflétait dans l'eau.

Les feux rouges des phares , du côté gauche de la rivière, me semblèrent confirmer cette assertion, savoir que le reuge seul , qui n'est qu'une partie de la lumière blanche , est cependant de loin plus visible que celle-ci prise en totalité. De cette particularité on a donné deux ou trois raisons que l'on examinera sans doute avec plus d'attention quand on sera sûr de ne pas chercher à expliquer un fait qui .n'existe pas.

ET BÉTÉOROtOGIE. iTir

Tai souvent eu à citer avec éloges les travaux publies en France, et notamment pour les routes, les ponts, toft rivières, les ports de mer. J'ai plus que jamais vérifié pài&S'la belle Normandie que la traduction de ces mots rfednis , science et industrie , c'était le mot prospérité.

Pour passer de la terre au ciel , je copierai la note fpe voici sur l'état du ciel le 14 octobre , à 5 heures îa matin :

La planète Jupiter bHlIe à l'occident d'un bel éclat bleiiàtre'par contraste. Orion, la plus belle des constellirtion^, a déjà dépassé le milieu du ciel. Elle est suivie le Sinus et de Procyon, et plus dans l'est, le Taureau jhrec les Pléiades précèdent les Gémeaux et le Lion, ihtarne est dans les Gémeaux , et Vénus , quoique peu ■evée , éclate au-dessus des planètes et des étoiles. la Chèvre est au zénith , tandis qu'entre Saturne et BrénuB fa lune s'occupe par passe-temps à éclipser la ' 'anète Mars avec ses feux rouges. On voit que le ciel matin est favorisé de la présence de toutes les pla- I visibles d'ordinaire.- Le 14 au matin, à 5 heures, tûr était parfaitement calme et transparent , et Si ri us ûême, que les Arabes appellent l'étoile aux mille omileurs, scintillait très-peu. Enfin le crépuscule ayant édairci légèrement l'horizon oriental , les ondes perturliatrices de l'atmosphère, tourmentée par les rayons calorifiques du soleil levant, arrivèrent sur nos tètes, M la scintillation établit tout de suite une grande dis- Imction entre les planètes et les étoiles.

Pour tenir, en finissant , ma parole bibliographique, findiquerai le journal allemand qui a pour titre Jseronomische NachricJuen (Nouvelles astronomiques). C'est

depuis longtemps le premier et le plus utile des ouvrages périodiques de ce genre. Mais on peut dire que rien n*en égale la sécheresse. On n'y insère pas un mot qui ne soit technique et pas une phrase qui soit superflue. Après cette publication vient le journal américain de M. Gould, qui parait mensuellement, en anglais, à Albany, capitale politique de TEtat de New-York. Tout le monde est unanime dans l'estime qu'on fait de ce journal comme de celui qui le publie. M. Gould est aussi lô directeur de l'Observatoire d' Albany, qui a été fondé par les contributions généreuses des citoyens de l'Etat de New- York, et principalement par les dons considérables de M"* veuve Dudley, qui a donné à ce bel Observatoire le nom de son mari, qu'elle a ainsi rattaché à un monument honorable pour sa ville et pour sa patrie.

(4noYeinbre 1857.)

il MÉTÉOROLOGIE. 233

lef pronosllm météorologiquet, ce qu'ils font et ce cfulU lerfmt. — Woovelles de* sdencet. — Almanachs •stronomiqnef . — Pfog f è » de ki «210000 dans l*attea« tkm du public.

Je ne sai^ quel empereur romain (je le sais fort bien, mais je fais ma phrase) disait en mourant : a Je sens que je déviens dieu. » Moi, de mon vivant, je sens que je deviens astrologue. J'ai beau faire et refaire des professions dUncF^duiité en météorologie prophétique, on n*en réclame pas moins des pronostics bons ou mauvais , probables ou incertains. Je ne ménage pourtant guère ni le public ni moi-même sur ce désir de connaître ce que personne ne peut savoir. Arago , qui s'est à juste titre prononcé contre les prédictions météorobgiques, disait et répétait : a Comment voulez-vous qu'on vous renseigne sur le temps qu'il fera tel jour, puisque s'il pleut alors à Paris, il fera peut-être beau temps à Versailles? » Le i" janvier de cette année, j'ai dit, sans garantie du gouvernement de la science, quelques mots sur le caractère des saisons futures de cette année. Cet article était écrit il y a deux mois; l'événement m'a déjà donné raison dans ma prévision de froids tardifs pour i858, quand nous arrivera le contre-courant du vent dominant qui souffle généralement de la France sur la Russie. Ces froids tardifs sont fort efficaces pour la destruction des insectes nuisibles

' ^ Fol Ib I

lôwfiMMœt Jùi sMo^ àtti Ir ^ 4|«e i'eati

ET MÉTÉOROLOGIE. TlS

de la nature. Je présume qu'en i858 comme en 1857 les cultures pourraient remonter vers le nord et que l'on aura assez d'excédant de chaleur pour mûrir des récoltes qui, en année moyenne, ne peuvent réussire Tels sont pour les environs de Paris le maïs et une sort, de millet. Mais si nous entrions dans la météorologie agricole avec M. le comte de Gasparin et son admirable ouvrage sur l'agriculture théorique et pratique , ce secait sans doute fort intéressant, mais vraiment interminable.

On parle assez légèrement de ce qu'on appelle la science des salons, et les savants, ou soi-disant tels, écrivent des livres pour les gens du monde, ce qui implique ridée de parler à des ignorants; mais, dans la conversation , fournissez des données précises à ces intelligences d'élite auxquelles il ne manque que la connaissance des faits , et , bien loin d'enseigner, vous vous instruirez vous-même par les aperçus justes et profonds des penseurs improvisés qu'il faut seulement savoir écouter. Déjà bien des fois j'ai entendu remarquer qu'avec le tableau météorologique du monde entier les pronostics de la science deviendraient bien plus sûrs que par le passé. Presque tout ce qui se rapporte au dimat de chaque localité doit être attribué à l'action des vents, et comme l'électricité va bien plus vite que les courant» d'air, on pourra savoir à l'avance ce qu'on doit attendre, et, avec l'expérience préalable , on saura l'interpréter. Au reste, il y a, je crois, autant de mérite à mettre en œuvre une invention qu'il y en a à la concevoir. Sans une volonté souveraine , nous n'aurions pas encore le bilan météorologique que publie l'Obser-

vatoire impérial de France, et que tout le monde peut méditer. Fontenelle disait bien justement que faire adopter aux hommes une idée utile, c'était vouloir enfoncer un coin par le gros bout.

Pour passer de la spéculation à la pratique, je prends pour exemple un fait récent, qui montre toute l'utilité des communications électriques relativement aux inondations. Pour la même théorie, je renvoie le lecteur à mon discours public à la séance des cinq Académies du mois d'août i856. Voici ce document:

a Le gouvernement a été prévenu quatre jours d'à- » vance à Paris qu'il y avait à craindre à Blois, à Tours, » à Angers, etc., des crues de la Loire qui pouvaient » causer de grands désastres. Les autorités départe- » mentales avaient effectivement reçu des dépèches en- » voyées du haut Allier et de la haute Loire , aniuHiçant » que ces deux rivières venaient d'atteindre un niveaa » bien supérieur à celui qui au printemps de i856 avait » causé de si terribles inondations. Le Ministre de la » Guerre , par ordre de l'Empereur, envoya d'Arras à D Tours et à Blois des compagnies du génie pour diriger » les travaux, et de Paris deux bataillons d'infanterie, » qui non-seulement avaient pour mission de maintenir » l'ordre dans les douloureuses circonstances qu'on re- » doutait, mais qui devaient aussi ajouter leur travail » et leurs efforts au travail et aux efforts des ouvriers » civils ; enfin le ministère expédia de Paris plusieurs » milliers d'outils de terrassiers , qui vinrent s'ajouter » aux ressources des localités.

« Les troupes, les outils arrivèrent à destination plu- » sieurs jours avant que la crue se produisît à Blois ou

» à Tours. Leur arrivée produisit le meilleur effet, et » cette preuve de la sollicitude empressée du gouver- » nement contribua puissamment à rassurer les popu- » lations et à redoubler le zèle des travailleurs. »

C^est le 23 octobre dernier que la Loire a commencé à monter à Tours au moment précis indiqué quatre jours à ravance par les dépêches électriques. Sa crue a été moins forte qu*on ne le craignait, parce que tous les affluents du fleuve n'ont pas grossi au même moment et d'une égale quantité. Mais si l'on fait attention à toutes les inquiétudes, k tous les déplacements, à toutes les dépenses qu'ei^traîne dans ces circonstances le manque de sécurité, on reconnaîtra que ces faits honorables pour l'autorité ne le sont pas moins pour la météorologie, et que, d'après ce mot tant cité de Napoléon P, le pouvoir de la science doit faire partie désormais de Ift science du pouvoir.

Je ne puis m'empécher d'ajouter que personnellement j'ai été taxé d'impiété pour avoir dit en termes formels que la société ne serait plus prise au dépourvu par les fléaux des saisons. A quoi donc servirait rintelligence que Dieu a donnée aux hommes et que dirait-on d un médecin qui, après avoir bien reconnu l'état d'un malade, refuserait de lui faire prendre les médicaments qu'il saurait être efficaces?

En météorologie nous ne savons rien encore, mais nous entrevoyons que nous pourrons savoir un jour. Je prie le lecteur de me permettre les réflexions un peu sérieuses que voici : Tant qu'on s'est contenté de termes moyens, on a établi le caractère général des saisons ^ur chaque lieu; mais excepté pour la période lunaire

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^-ggieptt riPit eKsgw Aulaitt vaudrait expliquer 1g songe

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n av;ut ^rdt^ ;ftucun souv«^i*

J ai paHi> une io\^ à\\n correspondant qui avait dé^ couvort mon ï^x^ivt, lequel causistait en une bonne méiiii>Kre et do^ catc^ories d'idées où je puisais indéfiniment. Je uai. du t^Xe, eu qu'à me louer de Turbanité et des teuioigiuiges d'estime tle cet excellent lionuui^ qui in'eDg3g!eâit seulement à raire mieux^ Jo crois que mon secret e^l de n'en pas avoir du tout; mais j'aperçois d ici ce lecteur clàirvoyaut attendre une citation pour résuiucr ce qui précède et le graver dans sa mes moire, J ai déjà dit que , pour y voir un peu plus ckir que les autres en fait de météorologie, ce n'était pas une raison pour no pas me croire aveugle , je prendrai un passage de Pindare qui, je crois, est en hausse à ce

moment de notre littérature. « Aucun des habitants de » la terre n'a jusqu'ici trouvé une formule certaine » (mot à mot un symbole) pour l'événement qui doit » être ; les conjectures sur l'avenir sont frappées d'a- » veuglement, et il arrive aux hommes tout le con- » traire de leurs prévisions. » Ce qui est un peu consolant, c'est que dans le monde physique, si nous ne savons pas, au moins nous pouvons espérer de savoir quelque jour. Le temps est un grand maître, mais il faut songer à le consulter convenablement.

Je trouve dans l'héritage scientifique de l'année 1857 six comètes et huit petites planètes. J'emprunte à une excellente publication hebdomadaire, intitulée Vlnstituty journal universel des sciences, le nom de ces huit petites sœurs ou cousines de notre terre, de notre Gybèle, qui les regarde avec le mépris que lui rendent Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune, ces potentats du système solaire qui écrasent de leur aristocratie Mercure, Vénus, la terre et Mars, petits bourgeois qui à eux quatre n'ont qu'un seul pauvre satellite, une seule lune, un seul domestique pour quatre ménages. C'est depuis la 43* jusqu'à la 5o' que sont classées ces huit planéticules de 1 857.

N®* 43, Ariane, découyerte , le 1 5 avril , par M. Pogson , à Oxford.

44, iV/*a, le 27 mai, par M. Goldschmidt, à Paris.

45, Eugenia, le 26 juin , par M. Goldschmidt, à Paris.

46, Bestia, le 16 août , par M. Pogson , à Oxford.

47, Aglaé, le i5 septembre, par M. Luther, à Bilk.

48, Doris, le 19 septembre, par M. Goldschmidt, à Paris.

49, Paies, même date, même nuit, même observateur.

50, Virginia, le4 octobre, paf M. Ferguson, à Washington.

Asnio»o«tB

;n nfcoimaîtroiit lœ nosm de Doris et 4e

-^ ^Dt été donnés par M. Élk de Séâmuont el

iix deux jumelas de M> Goldschmîdt. Uhm-

aiiTesëion de jumelles ap^rtient an secrétaire

i*^J de lAcadémie des ScieiM?e^. Quast à la Vir-

H, Ferguson , eik a é\é ainât Dommée d une

QGcs de rUnion^ qui elle-inéine devait gon oom

-e Êitsabetfa. SatB dotile la prochaine planète

i^son s'appellera Cai Hua.

im avancé dan& la déco verte des individus do

^es cînquanti5 petites |jlanète:$ actuelles ^ plus

**§! faible^ ce qui est trèSrnaturel , puisque les

te» Dnt dû èlre reconnues les premières, les

i^ classent les étoiles par ordre de graodeur,

^«m d'éclat f car nûu» ne âevons rien sur Ja di^

.u^nsion réelle dea soleils autres que notre soleil. Les

anciens , qui n'avaient pas le télescope , classaient les

étoiles en six ordres , depuis les plus brillantes, comme

Sirius, Canopus, le Centaure, Arcturus, Rigel, la

Chèvre , la Lyre , jusqu'aux plus petits points brillants

que l'œil puisse apercevoir dans une belle nuit sans

lune. Ces six degrés d'éclat , ces six grandeurs , ont été

doublés par les astronomes modernes en possession du

télescope. M, Johnson, d'Oxford, admet que pour

atteindre sans trop d'efforts aux étoiles de douzième

grandeur, il faudrait une lunette de 6 pouces anglais

d'ouverture (environ i5 centimètres), et je crois qu'on

peut admettre que chaque ordre de grandeur est deux

fois et demie plus brillant que l'ordre immédiatement

inférieur. En partant donc de cette donnée , on trouve

que l'éclat d'une étoile de vingtième grandeur serait^

}n quinze cents fols plus faible que Téclat d'une de douzième grandeur, et qu'il faudrait une ludont l'ouverture fût de trente-neuf fois i5 centis pour l'apercevoir comme l'on voit l'étoile de ème grandeur avec le 6 pouces. Ce serait une ture de près de 6 mètres, et l'on est bien loin de les dimensions. La conclusion est que tous les lomes qui ont parlé de la vingtième grandeur ont h beaucoup trop bas la lumière des derniers points es perceptibles à notre œil armé du télescope, d'après M. Pogson que j'adopte le nombre de deux mi pour le rapport de lumière qui fait passer grandeur à la suivante. Plus exactement il faudrait i,5i2; et, dans sa dernière publication en date ois dernier , il déclare qu'après mûr examen ce re a, 5 12 ne lui paraît pas devoir subir de correc- C'est aussi d'après cet habile observateur que je irai en grandeur ordinaire l'éclat des huit petites tes de l'année 1867 au moment où elles sont le )rès de la terre. Pour terme de comparaison , je que les premières trouvées étaient de septième à ème grandeur. Nous avons donc

Grandeur.

Grandeur.

Aglaé 11,4

Doris 11,4

Paies 10,8

Virginia i3,4

IX qui voudront prendre la peine de faire le calcul nt qu'Ariane est neuf fois plus brillante que Viret Hestia , tandis qu'elle est environ six fois moins en lumière que les astres de huitième grandeur.

i3^ ji^imciNajiiE

n t« SUIS dire que ^r les hffot^ montagnes^ toutes le$ ccwHiilîcai de visibililé âeraienl changées , ainsi que l'a firouTé en iâî6 11, Piam Smyth, dans sa station au pic deXénèrifle, où il a ouvert, on peut le dire, un nouveau ciet à l*astronomie. Là, touîes les observa tioEs difficiles sifttàlées par laïuiraî Stnyth, son père, dans son célèbre Celestiai Cyde^ devenaient aisées à faire, et même on y mourait (a rhakttr de la lune , que Melloni avait plwlèt entrevue ifue constatée. ïl est vrai qu'avec cette chalour on n'aurait pas fait cuire un énorme pïat de viande assaisonnée de légumes, €ommt? fitr John Herse hel l'a fait en décembre au rap de Bonne- Espérance sous les rayons d'un soleil presque zénitbali et simpiement avec une double cloche de jardinier. En im mot, la lumière dû b lu no dans l'observation de l'astronome écossais échauffait trois fois moins que ne 1b fait une bougie '\ 5 mètres de distance. Avec cette source de chaleur, il ne faudrait pas porter en hiver des vêlements de nankin comme le faisait d'Hèle, dont la pauvre diablerie était célèbre dans le siècle dernier, et dont l'arrivée au café Procope a été consignée dans ce distique :

Par ce froid , en nankin ! comment faites-vous , d'Hèle ? — Comment je fais? parbleu , vous le voyez! je gèle.

Plaisanterie à part, il est peu d'observations aussi belles et aussi importantes que celle de la chaleur de la lune , d'abord en ce qu'elle existe , et en second lieu parce qu'elle est si minime. Voilà de belles pierres d'attente pour la physique du système solaire. « Consolonsnous, disait Lalande , du rôle modeste d'observateurs;.

me observation bien faite est un monument impérisable qui ne peut acquérir que plus de prix par le laps lu temps. » Si , pour Tastronomie , le magnétisme terrestre , les températures et les climats, les observateurs i'il y a trois siècles avaient pensé aussi sainement que Lâlande et agi comme Bradley, Lacaille et Mayer, leur lom serait à jamais en vénération , et la science leur 3ût été redevable d'un immense progrès. N'esMl point i craindre que le xxii* siècle nous adresse le môme reproche ?

J'ai reçu d'un correspondant fort distingué, M. de \lorsier, de Genève, une lettre pleine de bons renseignements , dont je ferai mon profit et celui de mes lecteurs. Cette lettre me demande de faire en français ce [)ue les Anglais font pour l'astronomie des amateurs dans des publications très-soignées. Le vœu de M. de Morsier est heureusement déjà rempli par une publication de M. Bulard, astronome et artiste, qui, àansVJlmanach de r Illustration, nous a renseigné abondamment sur toutes les curiosités du ciel de i858. Cet almanach, enrichi d'un grand nombre de dessins astronomiques , est bien supérieur à tout ce que les Anglais ont publié en ce genre , et je ne puis trop le recommander aux curieux d'astronomie. C'est aussi un excellent livre pour les jeunes gens, quoique les explications des phénomènes n'y soient pas à la hauteur de leurs représentations ; mais on ne peut pas faire parfait du premier coup. Je crois au total que la science popularisée doit des remercîments à M. Bulard , qui a conquis là et ailleurs la spécialité ô* astronome artiste aussi bien que celle d'observateur distingué.

£n fait d*almanachs , le premier rang appartient a V Annuaire du Bureau des Longitudes y où les lecteurs cherchaient naguère les admirables Notices de M. Arago. C'est encore la loi et les prophètes pour une immense quantité de documents de toute nature, et notamment sur le système du monde. H y manque, malgré mes réclamations, la distance de la lune, la longueur de Tannée usuelle ou année tropique , et les dimensions de la terre. Depuis quelques années , cet annuaire, livre presque officiel , s'est enrichi d'excellentes données sur la physique , et il est devenu un indispensable indicateur pour tous ceux qui , dans une publication de cette nature, cherchent autre chose que le calendrier. De plus , le calendrier même de V Annuaire a servi de modèle pour tout ce qui se rapporte aux planètes. Je répète donc que c'est une éphéméride indispensable.

M. l'abbé Moigno prépare aussi un almanach astronomique , et je ne puis passer sous silence que c'était lui qui était à l'autel lors de la rupture des calorifères de Saint-Sulpice , qui a coûté la vie à cinq personnes et qui en a blessé au moins le double. On m'a beaucoup questionné sur les causes de ce terrible accident arrivé à un calorifère à circulation d'eau , et que l*on avait regardé jusqu'ici comme bien moins dangereux que ceux qui font circuler la vapeur. Il n'y a pas de doute que la circulation de l'eau ayant été arrêtée, il s'est formé dans la chaudière qui reçoit l'action directe du feu une vapeur à haute tension qui a réagi sur toute la masse d'eau qui était dans les conduits communiquant avec cette' chaudière. Le système a ensuite crevé par la partie la plus faible , qui malheureusement était celle près de

laquelle se trouvaient réunies un grand nombre de personnes. Ainsi , dans tout système pareil , l'explosion peut se faire en un point quelconque du système circulatoire. J'avais , comme commissaire aux Expositions de l'industrie , eu depuis bien des années l'occasion d'examiner ce système de calorifère, et je n'en avais nullement soupçonné les dangers. Ce n'est point ici l'explosion d'un générateur de vapeur : c'est une force transmise à toute la masse d'eau en communication avec le compartiment qui recevait l'action du feu , et surmontant la résistance de l'enveloppe au point de plus grande faiblesse. Un ensemble pareil peut donc crever à tous les points de son parcours et inonder d'eau bouillante les personnes voisines de l'ouverture que se fait le liquide poussé par une élasticité intérieure. A Saint- Sulpice, indépendamment des ravages mécaniques, deux dames ont été littéralement cuites, suivant l'expression de M. l'abbé Moigno. On a beau dire que le foyer est dans une cave ou dans tout autre lieu éloigné des tuyaux et des réservoirs de circulation, dès qu'il se produit une force explosible en un point quelconque de l'ensemble des tuyaux communicants , elle se transmet partout , et le système peut crever, je le répète , n'importe en quel point.

J'ai sur la conscience de tfavoir pas annoncé plus tôt les publications scientiBques de M. Louis Figuier, qui, du reste , n'ont pas attendu mon appréciation favorable pour avoir du succès auprès du public. Je ne finirai pas cependant ma revue bibliographique sans citer l'Histoire des principales découvertes scientiBques modernes ^ V Alchimie et les Alchimistes , les Applications

de la science à ^industrie et aux arts en i855 (deuxièmeF édition) , et enfln deux volumes de l'Année scientifique et industrielle. Ce dernier recueil est une chronique importante de la science , ou plutôt de toutes les sciences, faite à mesure et sous l'impression contemporaine dans la presse quoditienne , avec toutes les circonstances locales et actuelles , et écrite en style élégant et intelligible à tous. Je n'ai jamais ouvert un des volumes de M. Figuier sans y trouver à apprendre , même dans les parties qui me sont professionnellement plus familières qu'à lui. Un essai du genre de celui de M. Figuier avait été tenté sans succès en 1846. C'était de l'utile, mais très-peu de l'agréable. Les volumes de M. Figuier sont Tun et l'autre comme archives scientiflques d'une lecture attrayante. Je suis témoin que l'auteur n'a point reculé devant la tâche pénible de compulser les auteurs originaux. Les volumes de M. Figuier, au point de vue de là bibliographie , ne sont pas moins importants. Je ne dirai donc pas au public : Faites le succès des publications de M. Figuier, mais bien : Profitez de ses pu blications, déjà favorablement accueillies. Ce succès est une des nombreuses preuves que l'attention du public se porte de plus en plus vers les notions exactes qui résultent des travaux autres que ceux de pure imagina^ tion. Dans le vaste domaine intellectuel d'une société civilisée , il doit y avoir place pour toutes les attributions de l'âme humaine, et, suivant la belle expression d'Homère, il n'est pas permis de mépriser aucun don

des dieux.

(28 janvier 1 858.)

ET MÉTÉOROLOGIE. iiy

Snfluenoe du oamaval. — laa poésie et la icienoe. — Couleur locale. — Bivagrationi et ohofes sérieuses.

Oh 1 je vous en prie , Monsieur, faites-nous un article gai pour le carnaval! —Mais, Madame ^ le public... — Pourquoi le public serait-il plus difficile que nous, et i'ailleurs, quant au public, vous ne paraissez pas en avoir grand'peur. — Oh! Madame, dans mon intérêt, gardez-vous qu'on ne yous entende blasphémer contre jette autorité souveraine. Voltaire a dit :

Qui du public Vest fait le serviteur, Peut se vanter d'avoir un méchant maitre.

Fusqu'ici cependant je désire que le public n'ait pas plus à se plaindre de moi que moi de lui. Les hommes 3n masse ont toujours raison , et on a pu poser cette question : Combien faut-il de sots pour faire un parterre kîlairé? — Mais vous avez dit que le public est tout ce |ue chacun est et ce que personne ne croit être; donc, ïomme public, je réclame le droit de vous imposer une orme d'article ; et puisque la conversation de ce soir a 5té éminemment dominée par l'époque présente, que te ne nomme pas de peur d'effaroucher Uranie, reproiuisez-la dans votre prochain article. — Je suis heureux que vous ayez parlé d'Uranie. Vous voulez donc que je couvre son front penseur et sa couronne d'étoiles du masque de Thalie? — Comme vous voudrez; mais trôjve

tl9 JlâTllO?illVEX

aQiE catégork» 4* idées ^éneiiâes. — Cest ^ itn éléphant siir la cordé, conxuse !

- Ah ! lîâ fdisaâetit cela? J'i^ii sois ( «I c'étiît «0 camayalt ^ Je ne saîâ, mai» je crms q^ ti«r cmim^ était en décembre , car Horace dît à m mdixvii : a Parle avec fa liberté qn'aiirtarlK âfîrirmhi i i fi09 aveux Tmit établi amsi- BliB par où coid^ — Par la f)OQ-m£kil)ibililjé du pape en Sait de méiécT^G^ âont vQtiâ 7ei3«!2 de ùom ptvler. — SoiL

fJti ac9cléiiilci«n , modèle de goikl et ^esprit ËtëmaÔÊ, ^ tm émit : « Pourquoi redcmte^-vonâ tant d'être on âm proph^^! (^ur te tem|)s à Tenir? il n'y a que le papi tfinfaiUibk* — Oui, en {aalièrje de foi^ mÔB msm m météorologie, »

Éclatez ce récit avant que je réponde ,

OU plutôt pour toute réponse. Lors du sacre de ITmpereur, le pape Pie VII était logé aux Tuileries, et Antoine, \efeutier, chargé d'allumer tous les matins le feu des chambres de Sa Sainteté, se présentait à Theure officielle pour remplir sa charge, et la conversation suivante s'établissait constamment : « Antonio, quel temps fait-il? » Antoine répondait convenablement à cette question moitié italienne, moitié française; et le pape ajoutait invariablement : « Nous le savions. » Cette réponse avait pour résultat de mettre de mauvaise humeur l'irascible feutier, qui aurait volontiers dit conmie Agamemnon :

Pourquoi le demander, puisque vous le savez?

Tout le monde a pu remarquer combien les subal-

ternes supportent impatiemment les manies et les habitudes les plus innocentes de leurs maîtres. Or, un jour que le feutier avait passé la nuit à la Petite Hotte (couknir locale), à boire du vin blanc et à manger des huîtres, il faisait un temps si détestable, que ses amis eurent toutes les peines du monde à lui trouver une vpiture qui, par grâce, le jeta aux Tuileries à l'heure {xrëdse, mais encore ém\i du péril d'inexactitude quMl avait couru, a Antonio , quel temps fait-il? — Très-Saint Père, le plus beau temps du monde. — Nous le savions. — Ohl par exemple, non, Très-Saint Père, vous n'en saviez rien , car il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors 1 » Cette vive réplique, qui avait des témoins, attira au feutier une verte réprimande; heureux encore d'en être quitte à si bon marché.

Puisqu'il est question de feutier, je dirai qu'un jour, rendant visite à une dame artiste , de la maison de la duchesse de Berry, qui était très-paternelle pour toutes les personnes de son entourage, je vis sortir de chez elle un jeune homme fort élégant, d'un ton parfait et qui me semblait être congédié d'un air de supériorité dédaigneuse. La dame était une jeune personne de quinze à soixante ans , ayant plus de talent que de jeunesse , plus de fierté que de beauté , et pas beaucoup plus d'espérances que de fortune. J'appris que le beau feutier avait osé aspirer à la main de l'artiste, et que même il se prévalait de l'intérêt que la bonne princesse lui portait. « Comment, lui dis-je, rebutez-vous ce prétendant? il est fort bien. — C'est un feutier. — Eh bien , que ne vous a-t-il pas dit comme Pyrrhus à Ândromaque : BH3ilé de plus de feux que je n'en allumai! »

lii iHldlion ftl Ciùre une grimace à la dame, et cette c04^v«c^Uon tn resta là<

l* ktrti'ur, prwccupé des plaisirs de la sabon , roitsl b «pporl t|u il y a onlre cette seconde anecdote de HuHer t*t l'uslronomie ou la mêtéoroJogie?,. . — Non, ^ Eb bi«m . m moi non pîusl

J*ii ait daiis mou d<*mïer article que l'année i85; OCmftavttilléfuésU comiïtus dont aucune n'est la bonne, e'«it4^tr^ rdl^ de ùmFlns>Quint* En astronoraie^ à II lettre m Mttrtiathr les moreeaux do la bouche» la 5<f pptile pUniMop Virginia, avait déjà été trouvée par M. Luthw^, deafcodant du fougueux hérésiarque du ivt* fiècle, loJ:i>que M. Fergusou, en Amérique» envoya iîos Db>tH vation» antt^rieures et garda la propriété do ce Il r'- .olivU*. Il lui donna le nom qu'il porte- Point d* ïivlnnntUïu de M. Luiher. L'astronome de Washington tétait iLltms iyi^n linnt; mais ht chose n'élait pas si claire pour la propriété do b sivièmo comète de 1857, découverte iMJr M. Doimli. à Florence, te 10 novembre 1B57, tandis que le moine jour, en Amériquet M. Vau Arsdale, de Newark (î^ew- Jersey), lu découvrait de son côté. La question était donc une question d'heure. L'obser- %'ation de M. Dimati est de 7** S'" du soir; colle de M, Van Arsdale n e;?! que do j*" 37** du mémo soir. L'astronome de Florence a donc la priorité de trente-deuï minutes. Ce qui doit diminuer les regrets de M. Van Arsdale , c'est que les heures du New-Jersey sont en retard de près de six heures sur celles de Florence, en sorte qu'au moment où M. Donati découvrait la comète en Italie, il était environ une heure après midi à Newark en Amérique. La priorité est donc bien à M. Do-

nati. A ce compte, les observateurs chinois, qui ont midi et minuit près de huit heures avant nous, auront de l'avantage pour leurs découvertes astronomiques. Voilà entre le nouveau monde et l'ancien une honorable rivalité scientifique. Déjà pour les différences d'heure les Romains , par leurs signaux de feu le long des côtes de l'Afrique , s'étaient aperçus qu'ils devançaient le coucher du soleil, et qu'il était encore sur l'horizon vers le détroit qui communique avec l'Océan , tandis qu'il était déjà couché pour les côtes plus voisines de l'Asie. Quand le télégraphe transatlantique sera établi, les nouvelles de la Bourse de Paris de 4 heures du soir arriveront à New-York dès ii heures du matin du même jour, et nous n'aurons qu'à 9 heures du soir les mêmes nouvelles parties à 4 heures de New-York. Voilà des notions de sphère qui entreront forcément dans toutes les têtes ; voilà ce qui faisait dire à un spirituel journaliste, en apprenant qu'une dépèche expédiée de Paris à midi arrivait à Rouen à 11** 55™, que cette dépêche arrivait avant d'être partie.

Je lis dans la chronique d'un journal de Paris, du 28 janvier i858, une anecdote d'œufs à la coque et de distraction qu'on attribue à M. Parseval Grand-Maison, mais qui en réalité est la propriété d'un astronome de premier mérite, Brinkley, évêque anglican de Cloyne, comté de Cork , en Iriande. Comme le prélat n'était jamais content du degré de cuisson de ses œufs frais, il demande de l'eau bouillante et un œuf, et, tenant à la main une magnifique montre de Graham , d'une valeur de 5 à 6,000 francs, il se charge lui-même de compter le nombre de minutes et de secondes nécessaires à l'o-

it savoir que Briiikle}% eoâfïée irago,

n tintent es^quîs de la durée dti temps, et

Il «e oarBier, avec tm compteur à soixantiétnesde

le, arrêter TaîgulUe jui^te à la fraction de secooik

^ée* C'était meneilleux- Fort de son talent, ?oiîâ

tef qui attend . et quand it juge écoulé \e tempâ

iaire, il regarde dans sa main, il y voit rœuf.

a la montre ^ elle était cuite à poinL C'est éom

nce et non à la littérature qu'appartient Vm^o

querévèquedeQoyne Dépassait pas toutecm cuire des œufs, et qu'on lui doit sur les ré- [ et sur la distance des étoiles des rechercbes 3*and mérite et de la plus immense difficulté. ^,m des années après Brinkiey que Bessel me- ««.a cette distance qui avait été recueil de la science observatrice de tous les astronomes qui Tavaient précédé. Si je parle ici de parallaxe , je serai compris par bien peu de monde ; je dirai donc que détenniuer celte distance qui surpasse deux cent milîe fois la distance de la terre au soleil, cela revient à mesurer T épaisseur d'un cheveu en le tenant à aoo mètres de VœïL C était un miracle à faire, le génie de Thomme Ta fait.

J'avais commencé d'écrire un long article ayant pour titre /a Poésie et la Scie/iee; il y avait là de quoi défrayer plus d'un article de carnaval par les éirangetès des auteurs anciens et modernes* Voltaire a cent M$ reproché à l'abbé Abeille son fameux vers :

El (les pôles brûlants jusqu'oai poles [jlacëâ.

Ce beau non-sens est pourtant de Lucain. En compar

rant Virgile et Ovide sous le rapport de l'observation de la nature, on trouve que l'avantage est du côté de ce dernier. Je lui dois même une réparation pour une critique injuste. Je ne sais lequel de nos poètes modernes fait percher les poules d'eau , qui ne perchent pas plus que les oies et tous les palmipèdes. Or Ovide fait aussi percher les perdrix. Tout le monde sait que cet oiseau géomètre, étant homme, inventa le compas et la scie et périt par l'envie de son oncle Dédale. Minerve le changea en perdrix. Quand Icare, fils de Dédale et cousin germain de Perdix , tombe dans la mer, la perdrix est là sur un arbre qui, par ressentiment, se réjouit de son malheur. Ceux qui n'ont vu que les penirix de la forêt de Compiègne ou des plaines de France crieront à l'impossible. £h bien , dans les iles de l'Archipel , qui sont peuplées ou plutôt infestées par cet oiseau , dont on est obligé de détruire les œufs , les perdrix, comme ici nos poules, se tiennent fréquemment sur les arbres. Cette indication se trouve dans plusieurs Voyages en Grèce.

Tout le monde sait par cœur les beaux vers de Virgile, où il nous peint la triste Philomèle sur un peuplier et pleurant ses petits , qu'un cruel laboureur a enlevés avant t]u'ils eussent de la plume. Soit. D'abord on voit beaucoup plus de pies que de rossignols sur les peupliers, qui, avec leurs branches dirigées en haut, n'offrent de point d'appui commode qu'aux grimpereaux. Mais, de plus, que diable fera ce cruel laboureur d'une couvée qui n'est pas encore bonne à manger? Homère, à qui appartient la comparaison , dit expressément que le bouvier ne prend les petits que tout juste au moment

z,i àSïïmfxxmiE.

.i^ LS TTits SATMT. CcEi, da f€Ste, ce qu'on fait ÇiirvQ:. PdBTTjr j»térma ffémestm. Mais notre Mille, «lxr p^t2> citviiB qoe Virgile, enchérit là-dessus. Le

K^TÎt «s teadies Crûls q«e Tamovr fit éelore Et <^*«m k^er d«T«t ae covTnit point encore.

Ta ras de |kus. ei les poëleà nous régaleront avec ôes peat» bco enccre édos, c'est-à-dire avec des œufs

P^:cr exemple de couleur locale, je citerai encore cae pîieofieTers que j'ai lue dans le Ifom/^icr en i856. On y Toyait. ou phat^ le poëCe y voyait une biche «i«^3Lnte desceodint d'une colline et venant mirer ses •xvTtes dan? le cristal d'une fontaine. D ne se doutait pas de celte grande vérité, savoir : que quand une biche ji des cornes, die s'appeHe un cerf.

Viennent ensuite les anachronismes, sur lesquels M. Ara£:o ne tarissait pas. Je sais bien qu'on peut avoir beaucoup d'indulgence pour ces légères méprises, qui sont pour ainsi dire des fautes d'attention, comme le sont les fautes -d'impression dans les n^lUeurs livres; mais il est permis, avec Ârago, de sourire quand on voit le duc de Guise prelidre une longue-vue, à Tépoque de la prise de Calais, pour observer la flotte anglaise vingt ans avant l'invention des lunettes; un sanglier ra- Migeant sous Louis XIV un champ de pommes de terre, lesquelles ne datent que de Louis XVI ; de^ saules pleureurs du temps de Louis Xm; des tulipes du temps de Charles-Quint. Dans vingt siècles d'ici , il pourra bien se faire que les chroniqueurs mettent Alexandre et César

ET HÉTÉOàOLOGIE. 246

en chemin de fer*. Pour Napoléon I", il est évident qu'il ne l'évitera pas.

Je reprochais un joiir avec la plus grande circonspection à un littérateur du premier mérite d'avoir dit que les jours étaient égaux aux nuits dans le temps du solstice. Mon observation glissa sur* son attention comme ^ la pluie sur une toile vernissée. Il me répondit à peine : « Vous croyez? » Or je crois et suis encore parfaitement certain qu'au solstice les jours ont seize heures et les nuits huit heures seulement. Équinoxe ou solstice, c'était donc pour lui la même chose.

Ëii étudiant les classiques anciens avec les lumières dfe la science moderne , on trouve souvent de curieuses observations dont les auteurs né pouvaient se rendre compte. Ainsi Ovide met l'étoile du soir sur un cheval i^ux et lui fait donner de la rosée :

Hesperus et fusco roscidus ibat equo.

Rien de plus fidèle que cette description. Si le soir, attardé , vous côtoyez une prairie , évitez de marcher an traters de l'herbe si le temps est clair; alors l'herbe est mouillée. Si le temps est couvert , elle est parfaitement sèche. C'est un effet bien connu du rayonnement de fis chaleur vers le ciel quand le temps est clair et que rétoile du soir brille d'^un grand éclat ; mais il est moins facile d'expliquer pourquoi cette étoile du soir, c'est-à-dire la planète Vénus, a une teinte jaune-orange dans les premiers moments qui suivent le coucher du soleil.

Avant d'avoirridée d'expliquer ce versd'Ovide, j'avais constaté que , par un effet de contraste dû au bleu de>

l'atmosphère, la lune, Vénus, Jupiter, Saturne et plusieurs des plus brillantes étoiles du ciel , quand elles se projetaient sur un ciel très-bleu , prenaient la teinte de contraste , qui est un jaune de tournesol , quelquefois remontant vers Torangé pâle. Un pain à cacheter blanc sur une étoffe bleue bien éclairée produit le même effet et parait jaune. Par contre, dans les rues de Paris, éclairées par de nombreuses lumières rougeâtres , le reflet de la lune sur les petites flaques d'eau est sensiblement bleu. C'est une observation curieuse quand la lune, presque en plein , brille dans le ciel oriental peu après le coucher du soleil , de voir cet astre , qui est en réalité d'un blanc parfait, revêtir pour un temps la couleur orange par l'opposition du bleu du ciel qui Tentoure, puis peu à peu perdre cette teinte à mesure que le del environnant devient plus obscur, pour briller enfin de toute sa blancheur quand les lueurs du crépuscule se sont évanouies. Quant au soleil , qui est rouge quand il se lève et se couche, ce n'est point une illusion. L'air et tous les corps réfléchissent en plus grande abondance les rayons bleus que les rayons rouges et orangés, et la lumière, tamisée au travers de l'atmosphère très-étendue vers l'horizon , s'est appauvrie de rayons bleus , laissant prédominer l'orangé et le rouge. Le lecteur voit tout de suite d'où vient le bleu du ciel : c'est que l'air réfléchit cette teinte en plus grande abondance. Quant au soleil bleu , apparence rare , il n'est pas facile de l'expliquer, et la théorie que j'en ai donnée est bien compliquée, quoique ce soit la seule qui ait été proposée jusqu'ici. Si le lecteur veut à peu de frais de dextérité et d'expérience reproduire les ombres colorées , il lui suffira

ET MÉTÉOBOLOGIÉi 247

dé placer sur une feuille de papier blanc , à une certaine distance d'une fenêtre éclairée modérément, un eorps quelconque comme un œuf, une pomme, une noix , un bouchon de liége , de manière à bien voir l'ombre que cet objet projette sur le papier blanc. Cette ombre sera obscure, mais sans couleur aucune. Maintenant placez de l'autre côté de l'objet , à Topposé de la fenêtre, une bougie ou une chandelle, lesquelles donnent en réalité une lumière rougeâtre, vous aurez deux ombres. Tune produite par la bougie, l'autre par la fenêtre. Or l'ombre produite parla fenêtre, primitivement obscure , paraîtra fortement rouge , et l'ombre portée par la bougie sera d'un beau bleti de contraste. En un mot , tout ce qui sera abrité de la lumière de la Bougie sera bleu , et tout ce qui sera abrité de la \u^ mière de la fenêtfe sera rouge.

La flamme du gaz, qui est rouge par rapport à la lune, est blanche par rapport à celle de la cire , du suif et de rhuile, et toutes deux sont blanches en comparaison de la teinte d'une pelle rougie au feu. On peut varier ces essais de mille manières différentes.

(Test en 1 858 que les calculs les plus probables placent lé retour de la belle comète de Charles-Quint, qui reviendra ensuite tous les trois cents ans redemander compte an genre humain des progrès qu'il aura faits dans la civilisation. Un homme de salon d'un esprit assez caustique me suggère Tidée que si la comète ne reparaît pas, c'est qu'à ses précédentes apparitions elle n'a pas été trèssatisfaite de ce qu'elle a vu sur la terre. Ce critique pourrait bien avoir raison. Je lui réponds : Eh bien , on se passera de votre comète si Dieu a la bonté de nous

laisser le soleil. C'est la réponse que fit un fier alderman au successeur d'Elisabeth , qui reprochait aux bourgeois de Londres leur esprit d'indépendance et d'opposition à sa prérogative. « Si vous persistez dans c^tte voie je quitterai Londres et je vous priverai de ma royale présence. — Ah! Sire, Votre Majesté aura-t-elle au moins la bonté de nous laisser la Tamise? »

Trois des comètes périodiques sont attendues cette année : celle de d'Arrest, celle de Paye et celle d'Encke{i). La première, qui n'a été vue qu'une fois, est déjà en retard , car on avait calculé son retour pour les derniers jours de 1857. J'ai vérifié que ce n'est point la comète trouvée en janvier dernier. D'après la jurisprudence établie, on ne doit regarder comme conquise qu'une comète qui a déjà reparu une seconde fois. La comète de Vico, parfaitement calculée, est maintenant perdue sans retour. — Ce malheur me touche peu , dit un interlocuteur sérieux. — Sans doute la météorologie agricole , qui sait se faire écouter en menaçant de la famine, n'a rien à voir avec une comète mise en pièces par l'action inégale du soleil sur ses diverses parties, qui ne tiennent que très-peu Tune à l'autre ; mais si cette circonstance peut nous éclairer sur l'origine de la nébulosité qui entoure notre soleil et qui nous donne la lumière zodiacale , dira-t-on que ce sont là des spécula-

(i) L'Observatoire impérial de Paris reçoit à Tinstantla nouvelle que d'après réphéméride de M. Villarceau , Tun de ses astronomes, M. Mac-Lear a retrouvé la comète de d'Arrest le l\ décembre dernier à l'observatoire du cap de Bonne- Espérance.

tions oiseuses; et d'ailleurs la gymnastique intellectuelle qui résulte de questions difficiles traitées par le seul amour de la difficulté vaincue , n'est-elle pas fort utile pour rendre Tesprit apte à aborder des applications plus pratiques? On a dit que les mathématiques pures n'étaient qu'un outil. C'est vrai. Mais ce n'est qu'après avoir conquis ce grand levier qu'on a pu maîtriser les difficiles problèmes de l'astronomie et conquérir les lois de la physique , qui sont ensuite entrées si brillamment dans l'industrie et dans la prospérité matérielle de la société. Je prie le lecteur de vouloir bien faire attention qu'en préchant ici le monde matériel je n'en réserve pas moins tous ses droits au monde intellectuel. Ce qui m'est arrivé avec certaines gens me met sur mes gardes, quoique je ne craigne pas de dire avec Voltaire que

J*ai bai de tout temps De ces croquants la détestable espèce.

Je ne m'explique pas ce qiii a pu motiver ces attaques contre un pauvre chrétien fort inoffensif., et qui, même quand il n'a rien à y gagner, fait profession de catholicisme. Encore si j'avais dit quelque chose contraire aux croyances admises , je passerais condamnationt

Lorsque le dogme est attaqué , Damis, la fureur t'est permises Tu vis de catbolicité Et tu défends ta marchandise.

En voilà assez sur ces pauvretés tartufiques.

Les deux autres comètes dont le retour est assuré sont celles d'Encke, qui reviendra à Ja fîn de i858,

25o ASTRONOMIE

et celle de Faye , dont la troisième apparition aura lieu dans la dernière moitié de cette année. En comptant la comète du mois de janvier, nous voilà sûrs d'au moins trois comètes pour i858 , même quand celle de d'Arrest nous ferait faux bond. Mais quelle sera la sentinelle astronomique qui aura la première Thonneur insigne de crier qui vive à la comète de ia64 et de i556?

Un homme d'État me disait qu'il serait fort utile de régler en partie l'économie politique sur les pronostics météorologiques, et que si l'on présume une année abondante ou médiocre, une année précoce ou tardive, trop sèche ou trop humide , il faudrait régler plusieurs choses, et notamment la mercuriale du blé, en vue des résultats que doit amener la saison pronostiquée. Ceci est vraiment très-sensé ; mais ces pronostics les a-t-on ?

Si, comme le disent plusieurs savants, la météorologie n'existe pas, il faut la créer. Avec des faits, de Tintelligence et le temps , on fait une science , et , suivant un dicton de nos ancêtres, de maille à maille se fait le haubergeon.

Le 1 3 de ce mois nous aurons la nouvelle lune, et, à la lunaison suivante, le i5 mars, la belle éclipse de soleil qui en plein midi réduira au dixième le disque brillant de l'astre. En attendant , nous aurons le 27 de ce mois de février une petite éclipse de lune qui couvrira le tiers du diamètre de notre satellite. Elle commencera à Paris à 9** 19" du soir et finira à ii'^aô". L'heure d'observation est commode. Cette éclipse intéressera plus les physiciens que les astronomes; c'est en grand une expérience d'optique, et parfois l'état de notre

atmosphère se peint sur le globe lunaire, de même qu'à la nouvelle lune et après le dernier quartier on peut voir sur la partie obscure de la lune le clair de terre, qui est le pendant de notre clair de lune ici-bas.

Les deux planètes de Jupiter et Saturne , dont Tune se couche vers minuit et dont la dernière est sur l'horizon toute la nuit , sont les seules bien visibles en ce moment le soir. Mars Test pendant la seconde moitié de la nuit. L'aspect du ciel est pour les saisons une vaste horloge , qui de semaine en semaine change d'aspect pour les mêmes heures de la soirée ou de la nuit. Suivant je ne sais quel métaphysicien le présent est la porte par laquelle l'avenir s'élance dans le passé ; il faut convenir malheureusement qu'il fait ce saut de tremplin avec une merveilleuse agilité. Suivant un distique à rimes très-riches :

Le temps, dans ses éphémérides , Inscrit nos ans et fak mes rides.

Biais nous avons la Providence ^ et pour finir gaiement dans cette époque gaie, citons ce mot de Fontenelle : « On s'embarrasse beaucoup de mourir, et cependant j3B vois que tout le monde s'en tire ! »

(i3 février i858.)

a5a ASTRONOM»

Règrlement de compte avec lei nouvellet déoomrertef. — Influences météorologriqnes du printemps. — L*6cHpie de soleil du 15 mars 1858.

La plus grande illustration parmi les savants modernes, M. Alexandre de Humboldt, a donné dans son Cosmos ( tome III , page 558 de la traduction française ) un tableau de six comètes à courte période , savoir : celles d'Encke, de Vico, deBrorsen, de d'Arrest, de Biéla et de Paye. Celle du Père de Vico paraît définitivement perdue, et ses éléments, disséminés sans doute dans l'espace qui entoure le soleil, peuvent être considérés comme faisant partie de cette vaste auréole de nébulosité qui porte le nom de lumière zodiacale, et qui, dans les premiers jours de février dernier, a été observée par M. Chacomac à TObservatoire de Paris. Les inégalités que présente cette lueur permettront peutrétre de voir si elle tourne autour du soleil et dans le même sens que toutes les planètes. On peut remarquer que c'est aussi le sens du mouvement des six comètes ci-dessus nommées. La lumière zodiacale est dans le même plan que les planètes , et l'on est assuré qu'elle s'étend à une distance du soleil plus grande que notre terre , qui par suite chemine au travers de cette matière légère, et que je me hasarderai à appeler matière cométaire. Dans nos climats , la lumière zodiacale se voit principalement à l'époque des équinoxes. Il ne faut pas la confondre avec

BT MÉTÉOROLOGIE. 253

la voie lactée, amas immense de soleils fort éloignés qui confondent en une faible blancheur leur lumière affaiblie par Tinfini de la distance. Cette blancheur, inégalement répartie, fait le tour du ciel, tandis que la lumière zodiacale, légèrement teintée de rouge, ne pousse sa pointe lenticulaire que dans le sens de Técliptique et du zodiaque , dont la largeur suit Técliptique et embrasse les excursions des planètes anciennement connues. Quant aux petites planètes nouvellement découvertes , elles se permettent des anomalies fort en désaccord avec la marche plus sage des planètes de Tantiquité, et dernièrement nous avons vu Euphrosine se promener hardiment au milieu des étoiles de la Grande Ourse. Une planète si éloignée de Tancien zodiaque eût été pour les astronomes grecs et pour ceux du moyen âge un fait incroyable. Déjà, pour les écarts très-limités des planètes de Ptolémée, Tastrologie avait fait le mot exorbitant (qui sort de la ligne, de Torbite ordinaire) ; quelle qualification eût-on donnée aux écarts de la Phocéa de Ghacomac, de la Pallas d'Olbers, de TEuphrosine de Ferguson et de FAtalante de Goldschmidt?

Des cinq comètes restantes sur les six de M. de Humboldt, deux étaient complètement conquises a notre soleil depuis plusieurs années : c'étaient celles d'Encke, qui reviendra cette année i858 , et celle de Biéla. Plus récemment, en i85i, on observa la seconde apparition de la comète de Paye, qui, pour la troisième fois, nous revient aussi cette année. M. Hind , dont l'autorité cométaire est des plus imposantes , après avoir exposé la controverse astronomique à laquelle cette comète donna

a54 ASTRONOMIE

naissance, car on tâchait d'y voir la fameuse comète perdue y la comète de Lexell de 1770, dit que la question fut tranchée par M. Le Verrier, qui démontra la non-identité des deux astres. Il prédit « que la comète » passerait à son point de plus grande proximité du soy> leil le 3 avril i85i, à minuit; mais sa marche dans n le ciel ne devait pas être aussi favorable à Tobserva- » tion que dans sa précédente apparition. Conformé- » ment à la prédiction de M. Le Verrier, la comète fut y> trouvée à Cambridge , avec le grand télescope de l'Ob- » servatoire, par M. Challis , et elle arriva à sa moindre » distance du soleil à l'heure même indiquée par le » mathématicien français plusieivs années à l'avance. » Elle avait été retardée dans sa marche de sept à huit » jours par l'influence de Jupiter, comme M. Le Verrier » l'avait calculé. On doit attendre le prochain retour » de la comète de Paye pour le mois d'octobre i858.» ( Tlie Cornets, by Russell Hind,)

J'ai déjà dit que la comète de Brorsen, découverte en 1846, avait été retrouvée par M. Bruhns l'année dernière , après avoir échappé aux observateurs à son premier retour en 1 85i . Cette découverte a valu à M. Bruhns une des médailles astronomiques de notre Institut; la seconde a été adjugée à M. Goldschmidt, qui partage aujourd'hui avec M. Hind l'honneur d'avoir découvert dix des petites planètes. Nous en devons donc vingt aux travaux réunis de ces deux chasseurs d'astres. Je dis chasseurs d'astres par similitude avec le nom d'astronomes donné aux anciens observateurs du ciel , lequel signifie littéralement bergers d'astres. On m'objectera que nos chasseurs de petites planètes ne les mettent

pas plus dans leur gibecière que les anciens astronomes ne menaient les astres au pâturage. D'accord. Mais on sait qu'en fait d'étymologie il ne faut pas être pointilleux. Au fait» ces planètes sont d'une petitesse extrême. Le grave M.Lloyd, dans son discours d'ouverture de la session de l'Association britannique pour l'avancement des sciences qui s'est tenue à Dublin en août 1857, ne donne à TAtalante de M. Goldschmidt que 6 | kilomètres de diamètre. C'est à peu près la dimension de Paris. Londres, bâtie sur cette Atalante, couvrirait la planète entière. D'après le même M. Lloyd , la moins petite de ces planéticules ne va pas en dimension à 64 kilomètres, et, posée sur la terre , elle atteindrait à peine aux limites de notre atmosphère. Notre lune et les autres satellites regardent avec dédain ces petits corps célestes qui n'ont pour eux que leur indépendance, à peu près comme les valets méprisent les indigents qu'ils voient passer sous les fenêtres d'un château qu'ils habitent sans le

Pour en finir avec cette matière , j'ajouterai que même l'ensemble de toutes les petites planètes que l'on ne manquera pas de trouver encore ne constitue point une masse considérable et comparable à ce que sont les and^nes planètes. M. Le Verrier, en calculant l'effet que produiraient les petites planètes pour déplacer la ligne moyenne de l'orbite de Mars, s'est assuré que si l'ensemble de ces petits corps faisait un total équivalent seulement à la moitié de la terre, il y aurait un effet sensible produit sur Mars. Or les observations ne donnent point cet effet ; donc le total des astéroïdes n'équivaut pas à la moitié de la terre. D'après une remarque très-

judicieuse du même astronome, ce n*est pas la formation des petites planètes en grand nombre qui doit étonner, c'est plutôt Tagglomération de la matière cosmique en grosses planètes peu nombreuses qui est surprenante. Je suis tout à fait de Tavis de M. Le Verrier. C'est dans l'astronomie qu'on voit briller au plus haut degré cette belle marche de l'esprit humain : des faits, des lois, des conséquences! L'observation donne les faits ; les faits, interprétés par la méditation, donnent les lois de la nature, et le génie de l'homme tire ensuite de ces lois des notions et des pronostics sur ce qui est, ce qui a été et ce qui sera, suivant l'expression d'Homère. Restait la comète de d'Arrest, dont la réapparition en i857 était plus que douteuse pour bien des savants. Elle avait été trouvée en juillet i85i avec une période de six ans et demi , ce qui mettait son retour vers la fm de 1857. Les observations étaient peu concordantes, et M. Villarceau, de PObservatoire de Paris, avait calculé plusieurs orbites, dont une lui semblait la plus probable. C'est en effet suivant l'éphéméride résultant de cette orbite que M. Mac-Lear, au cap de Bonne- Espérance , a retrouvé la comète de d'Arrest au çjomnoencement de décembre dernier, ainsi que je l'ai annoncé dans mon dernier article. La lenteur des communications avec le sud de l'Afrique nous laisse sans détails ultérieurs sur cette comète, qui doit être dès ce jour regardée comme conquise à notre système solaire, et, suivant une forme de phrase de Kepler, cette comète , enchaînée dans les fers indissolubles des équations mathématiques, ne s'échappera plus désormais» Ce sera la septième de 1857»

Nous voilà donc fixés sur le sort des six comètes qu'avec sa sagacité ordinaire le savant de la Prusse, ou plutôt du monde entier, a enregistrées dans un même groupe. On n'a pas, en général, rendu assez de justice au Cosmos de M. de Humboldt , qui , même comme spécialité astronomique , est au premier rang de ses productions. L'illustre voyageur a su nous montrer qu'il est aussi habile à parcourir et à décrire l'univers céleste qu'il l'a été pour notre monde sublunaire. Dans ce double voyage, non-seulement il a beaucoup fait, mais il a appris à faire à ses successeurs. J'avoue qu'avec toute la défiance qu'on doit avoir, même pour les assertions des hommes du premier rang, je n'ai trouvé dans le Cosmos aucune opinion hasardée, avantage que peu de livres possèdent pour ceux qui ont, avant tout, un culte pour la saine critique, c'est-à-dire pour la vérité.

D'autres comètes sont présumées devoir revenir dans dix ans , dans quinze ans , dans vingt ans. Pour bien des lecteurs , comme pour moi , l'indifférence naît du temps à attendre l'événement , lequel par lui-même ne passionne pas beaucoup les gens. Autant vaudrait promettre à quelqu'un une pièce de 5 centimes dans dix ans d'ici. Mais vive la comète de Mauvais, qui, suivant le calcul , du reste admirable, de M. Plantamour, de Genève, reviendra dans cent mille deux cent cinquante ans !

Je trouve dans les bulletins autographiés de l'Observatoire de Paris, à la date dû 3 mars, une lettre de M. Hoek, de l'Observatoire de Leyde, laquelle lettre est relative aux comètes de i556, de 1264 et 975, que l'on suppose ordinairement identiques et formant un

seul et même astre, attendu d'abord en i848, puis re' porté vers i858. C'est la comète dite de Charles-Quint, Vexpected great cornet (la grande comète attendue] de M. Hind.

M. Hoek écrit à M. Le Verrier qu'il ne peut faire accorder la comète de 1264 avec celle de i556, et que ni Tune ni l'autre ne peut être identique avec celle de 976. Il n'admet pas l'authenticité de certaines observations chinoises que d'autres ont jugées plus favorablement. Serions-nous destinés, dans cette circonstance solennelle , à voir se renouveler la fable des Bâtons flottarUs?

De loin c^est quelque chose et de près ce n'est rien.

Certaines autorités nous disent : La comète viendra et ce sera admirable 1 D'autres : Elle ne viendra pas, malgré l'attente surexcitée , et ce sera bien plaisant ! Enfin d'autres sont indifférents et disent : Peu m'importe que la comète vienne ou ne vienne pas. Ces derniers sont peut-être les plus philosophes, en ce sens qu'ils ne se passionnent pas ; mais certes ce ne sont pas les plus heureux. 11 y a des gens qui critiquent tout, qui trouvent tout mauvais, et pour lesquels, suivant Voltaire, il y a du plaisir à n'avoir pas de plaisir ; mais il y a pis : c'est de n'avoir pas d'émotions du tout. Qui vivra verra... ou ne verra pas la comète. Attendons!

Encore un mot important sur les comètes. Lorsque dans le dernier article j'annonçai la première de 18^8, je ne nommai pas comme le premier auteur de la découverte M. Bruhns, de Berlin, qui vit la comète le »» ianvier i858. J'attendais le journal astronomique de Id , qui est la grande autorité américaine. C'était

ET METEOROLOGIE. 269

fort prudent, car M. Tuttle, à l'Observatoire de Cambridge des États-Unis , près Boston , avait trouvé la comète dès le 4 janvier, et , comme M. Bruhns, il l'avait identifiée avec la seconde comète de 1790. Le public peut donc vivre (ou mourir) dans l'espoir qu'on reverra cette comète en 1926. Gomme au moment où j'écris ceci je n'ai plus, d'après les Tables de V Annuaire du Bu* reau des Longitudes^ qu'une vie probable de quatre mille cent quarante jours et quelques heures , je prends peu d'intérêt au retour prochain de cette comète. Tout ce que je puis dire en sa faveur, c'est qu'elle arrive la sixième d'un groupe de comètes à mouvement direct, découvertes en 181 2, i8i5, 1846, 1847 et 1 852, qui ont environ soixante-dix ans pour période de révolution. Que conclure de là? Je n'en sais rien.

Cette idée négative va me servir de transition pour établir qu'il est toujours prématuré de dire à quoi bon, dans une recherche de science. Avec l'année 1867 finissante, nous étions, comme je l'ai dit, en possession de cinquante petites planètes. Quel surcroît de travail pour les observatoires, déjà écrasés par l'astronomie des étoiles, des planètes, des comètes, des étoiles filantes et de tout le bagage sans fin de l'astronomie physique ! Déjà depuis quelque temps un astronome allemand avait demandé grâce aux découvreurs de planètes et avait voulu interdire pour plusieurs années de semblables recherches. Le bon Allemand a trouvé les chasseurs de planètes sourds à sa voix, mais non aveugles, car ils nous en ont donné huit pendant l'année dernière. Mais à quoi bon tant de planéticules? Nous allons le voir bientôt.

a6o àsnasomM.

Cette année pea avancée nous a déjà valu deux de ces astres , Tim décoorert à Nîmes par M. Laurent. Cest on amateur qui observe dans le petit observatoire privé que M. Valz a lai^ dans cette ville en passant à la direction da grand observatoire de Marseille. M. Valz en a obligeamment permis Fusage à M. Laurent , et sitôt la découverte de la planète de ce dernier, laqndle, suivant la notation de M. Goold, prenait le numéro 5i-, M. Valz s'empressa de la baptiser du nom de Nemausa, tiré de Nemaususy nom latin de la ville de Nimes. C'était un peu prématuré, car les observateurs transatlantiques auraient Inen pu venir contester sa légitimité à la filleule de M. Yak. Heureusement il n'en a rien été. La seconde planète de cette année est due à M. Goldschmidt, et il a déféré au maréchal Vaillant, de rAcadémie des Sciences, rhonneur bien mérité de lui donner un nom. L'académicien français a été plus prudent , et ce n'est que depuis qu'on sait que les astronomes américains n'élèvent aucune prétention sur ce n** 5a qu'il lui a choisi le nom d'Europe (Europa pour les Anglais et les Allemands). Rien de mieux , tout le monde a dit : Oui. Europe est du reste un nom presque académique , comme sœur de Cadmus, qui nous apprit à lire et à écrire. Il sut , d'après Bréboeuf,

Donner de la couleur et du corps aux pensées.

Je reviens maintenant aux gens qui crient à l'inutile. Déjà ma faible voix (s'il en est de faible quand la raison parle avec vous) avait signalé la planète Nysa de M. Goldschmidt, n"" 44, dont l'orbite empiète sur cellede Mars, et qui , dans une circonstance favorable, pourrait

ET lléTÉOROLOGIE. 26 1

bien se heurter. à cette planète principale, ou du moins en être fortement dérangée dans sa route elliptique, et par suite nous donner la masse de ce Mars fort mal pesé jusqu'ici ; car auparavant il n*y avait que la comète de Faye et ses perturbations par cette planète qui nous fissent entrevoir une lueur d'espérance. Malheureusement deux circonstances favorables pour la détermination de la masse de Mercure par les perturbations de la comète d'Ëncke n'ont pas donné des résultats concordants et une valeur définitive. Mais tout fait espérer un succès complet dans l'action de Mars sur Nysa. En partageant en cent parties la distance de la terre au soleil, Nysa descend vers cet astre jusqu'à une distance de cent cinquante-sept de ces unités de longueur, tandis que Mars s'éloigne du même astre jusqu'à cent soixantesept de ces mêmes unités. Les deux astres pourraient donc arriver à une proximité très-grande, sinon à une collision , et ensuite ce serait l'affaire des mathématiciens de calculer la masse , le poids de Mars d'après l'effet produit sur la marche de Nysa.

Mais voici bien autre chose pour la Nemausa de M. Laurent. M. Le Verrier, qui sentait toute l'importance de la chose , a inséré dans la feuille autographiée de l'Observatoire impérial , à la date du 27 février i858 , une lettre de M. Valz, de Marseille, qui donne l'orbite vraiment extraordinaire de cette petite planète. Non-seulement Nemausa croise fortement l'orbite de Mars , mais elle peut arriver à une distance de la terre qui ne serait que sept centièmes de la distance de la terre au soleil. Dans la position actuelle assez peu favorable de l'orbite de.la petite planète , sa distance à la terre est enco^^

re que la dislance de Vénus ou de Mars I plus favorable, fl serait trop long cje f^re rïrendre au lecteur comment cette grande pr03riîmté 'orable à la mesure de la distance de la terre au ooar laquelle on a fait tant de voyages en 1761 , et qui, en 1860, ï86ïet 1B74, fera courir lunomesd'un bout â l'autre de notre petit globeiïiesur©, jusqu'ici recueil de Tastronomie , résul- M m l'observation de Nemausa bien plus exactement ! par tout autre astre , car il ti'en est point jusqu'ici ii^ji approche plus de la terre. C'est ce qu'a très-bien fait observer M. Vaiï dans sa lettre à M. Le Verrier- Uti i plus importants services rtmdus par M* Airy à Tas- Dmie, c'est d'avoir donné Taierte aux obsen^ateure »i ropposition de Mars en 1860 et en tS6a , afin d'en ^.vnclure la distance , honteusement ignorée , de la terre ausoleU- Or Nemausa sera deux fois plus près de nous que Mars au moins une fois en deux ans^ ou , plus exao teïïient, quatre fois en sept ans, et cela à perpétuité, sans compter le curieux spectacle de ces orbites entrelacées. Or ne doit-on pas dire aux trouveurs de petites^ " planètes : Courage 1 vous nous en donnerez peut-être une qui soit encore plus favorable que Nemausa pour la plus importante et îa plus difficile détermination du systèoie solaire? Au lieu d'un dédaigneux : Assez 1 il faut crier: Encore, encore 1

Au 27 février dernier, la petite éclipse de lune a été vue admirablement à Paris, car la brume du soir qui obscurcissait l'atmosphère s'est dissipée au moment de récUpse , et le ciel est devenu d'une pureté parfaite. Vue ^avee un puissant télescope à réflexion de M. Foucault,

Tombre de la terre était très-sensiblement bleue et de la même espèce que les bleus de contraste dont j'ai parlé dans mon dernier article. La parfaite fidélité des teintes que donnent les grands réflecteurs, et surtout ceux-ci , dont la surface réfléchissante est celle de l'argent , permettait de discerner complètement le jeu des teintes , quelle qu'en fût d'ailleurs l'origine. Je reviendrai sur ce télescope , qui maintenant est dans le commerce.

J'ai reçu avec bien du plaisir une photographie de l'éclipsé obtenue à Manosque (Basses-Alpes) par un amateur, M. de Terrasson , qui prend le titre de photographe. On est heureux de voir le goût de l'astronomie se répandre peu à peu en France. Les Anglais et les Améncains se précipitent actuellement avec ardeur vers la photographie astronomique. M. Bond, en Amérique, et M. Warren de la Rue , en Angleterre , n'ont rien épargné pour avoir des résultats qui puissent rivaliser avec l'ancien mode d'obsen^ation par l'œil. Tout le monde sait qu'une éclipse de lune est la même pour tous les points de la terre qui peuvent apercevoir notre satellite. Il m'a semblé que les images photographiques de M. de Terrasson donnaient l'éclipsé un peu trop grande, ce qu'il faut sans doute attribuer au défaut du pied qui portait sa lunette ; mais pour avoir un pied dit parallactique guidé par un mouvement parfait d'horlogerie, ce n'est pas seulement par centaines de francs qu'il faut compter; il faut, avec la lunette, dépasser la somme de cinquante mille francs, et encore on n'obtient la fixité de l'astre dans la lunette que pendant un .très-petit nombre de minutes. On a photographié ain^

a64 ASTROiNOMIE

même les étoiles doubles. Il ne faut pas décourager cependant les amateurs, qui, dans ce pays-ci, ne sont pas nombreux ; mais il faut les engager à attaquer des recherches proportionnées à leurs moyens d'observation. J'ai cependant là un vers d'Horace fort encourageant pour ceux qui font ce qui est en leur pouvoir sans essayer d'aller au delà.

Est quadam prodire tenus , si non dator ultra.

Ce qui doit donner du cœur aux gens actifs , c'est que toujours ils trouvent mieux qu'ils ne cherchent. Us tirent une alouette , ils abattent une perdrix ou même un faisan ; c'est ce que M. Arago appelait la part de l'imprévu , qui est ordinairement celle du lion. Cherchez et vous trouverez mieux que ce que vous cherchiez.

Si les raisons manquaient, je sais sûr qu'en tout cas Les exemples fameux ne me manqueraient pas.

Venons à la grande éclipse de soleil du 1 5 de ce mois.

Je me souviens que dans \es Débats de i836 M. Donné, qui a laissé dans ce journal d'honorables souvenirs de critique scientifique , avait inséré , d'après une figure que nous avions faite ensemble, un dessin pittoresque de la phase observable à Paris. Ce serait aujourd'hui porter de l'eau à la rivière, ou, comme disaient les Grecs (qui ont tout dit) , porter du bois à la forêt, que de mettre des illustrations dans ce recueil , au milieu du débordement, du cataclysme d'illustrations qui trèsheureusement nous inonde de tous côtés. C'est un beau fruit de l'art et de la civilisation. Tout ce qui rend la pensée , tout ce qui fait la nature intelligible ou seule-

ET liÉTÉOROLOGIE. a65

ment plus intelligible au grand nombre a âroît à notre estime* Profitant des conseils que m'a donnés M. de Morsier, que j'ai cité dans un précédent article, et de l'empressement des éditeurs du Magasin pittoresque, j'ai hasardé uuq Notice sur Téclipse prochaine qui sera tirée par dizaines de mille exemplaires, quoique hors du cadre de cette publication, qui, malgré la concurrence actuelle, arrive au chiffre vraiment incroyable de jquatre-vingtrdix mille exemplaires par chaque numéro. J'essayerai d'y parler à Tœil et d'utiliser les beaux travaux actuels d'astronomie physique et de météorologie. Je pense que beaucoup des résultats des sciences d'observation pourraient ainsi arriver à la consommation du public par la voie des illustrations. Le journal qui porte exclusivement ce titre a déjà donné de beaux dessins de M. Bulard , qui ont été reproduits ailleurs avec avantage. Qu'on se rappelle la vogue qu'obtint dans le siècle dernier le Spectacle de la Nature, par l'abbé Pluche, et ses nombreuses éditions. Cependant il n'y avait là ni l'art actuel des dessins, ni l'actualité qui commande l'attention. Je ferai remarquer que par le soin que les éditeurs du modeste Magasin pittoresque mettent à ne blesser aucune susceptibilité politique, morale ou religieuse, cette publication, estimable autant qu'artistique, est devenue presque un livre d'éducation et qu'elle peut être mise sans crainte sous les yeux de tous. Le père et la mère de famille peuvent en permettre ou même en prescrire la lecture à leurs enfants, avantage assez rare dans cette phase de notre société moderne , qui ne s'arrête guère qu'aux limites imposées forcément par la pénalité des lois répressives.

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ET MÉTÉOEOLOGIE. 267

Un chasseur de mes amis me transmet ce renseignement, qu'à répoque d'une éclipse de soleil plusieurs amateurs de Paris avaient apporté des seaux pleins d*eau aux Champs-Elysées pour y voir Téclipse , mais que son chien , peu sensible aux charmes de l'observation astronomique , troublait beaucoup les curieux en allant boire à leurs seaux , qu'il jugeait destinés à son usage. Voici des observations très-simples que tout le monde pourra faire sur les particularités du phénomène :

i^. On enfumera à la chandelle ou sur une mèche plongeant dans l'huile un morceau de vitre au degré nécessaire pour que l'on puisse regarder le soleil au travers sans être ébloui de son trop vif éclat. Si le temps est beau à Paris, les opticiens vendront au prix de quelques centimes des milliers de verres pareils décorés du nom pompeux d'hélioscopes. En i854, aux îles Sandvdch, les indigènes en avaient enfumé un si grand nombre , qu'après l'éclipsé les rues d'Honolulu étaient littéralement jonchées de fragments de vitres , tandis que les observateurs portaient sur le front et sur le nez des marques de noir de fumée qui témoignaient de leur curiosité astronomique. Les astronomes du temps de Louis XIV n'y faisaient pas plus de façon, et même parfois ils enfumaient les verres eux-mêmes de leurs lunettes télescopiques. Aujourd'hui on trouve chez nos opticiens des verres de couleur foncée qui permettent de regarder sans inconvénient le soleil en plein ciel. Les physiciens connaissent sous le nom de pince à tourmalines un petit appareil dont j'ai fait usage dans l'éclipsé de 1 836, et qui permet, en croisant plus ou moins les deux plaques, de graduer à volonté la lumière

fA «Bii|)rtiiitcr aax calnaets et

m mm tvyons passeat par tn Rt des ronds sur le ajfl nu sous l€fdciUag6)J ]vckcbaine non plus ^ d'autant plus ai^.

fût SI pluâ grande phase.

rdune plumeààrifT > ou dans une miijoe : $ar an papier plâoe ï'oiïin pejxé de trous. La i chttfi» point du soleil eo* U 1 «t fiÉii mr k papier une Eig^ iNi « Ml a f ttofe it à tdil» de> l'AStn? illuminant, et tt« |ic«t «i^a» Ikôv 19 «èsMTiikiB pareille avec ks fMble» t«\«ii^ èr k hm^ «Mutlfe on vieille.

^. Ea i^vwniM dMts vw dninlif^ les rayons du welktû tcèpste par v» |«tit frigmMt de mirotr à peu pr^ Tomâ . 0% ^«Tti . ^ms ccMffonKtnf âon teint aux rayons dtt pkia ^>l^. le rroiËSVPt de liâir^ éclipsé se peindre fm les BttiscMi snr le pUnd^ «t réfiipÈe Tiendra com^ pliiliiifiiiiii ï«^ &îî?> mïn^duiâ la diackhre d'un %â]é ladîn^re qui ne poufm quitter ^on Ht. C e&t Teipénefice quf ibdt ks eaâdts et^iègles qui donnent da ^îriowijrMrJifir aux gTi[v«s peesenncs qui ne sont pas sùï le«$ giunk^ en leur envoyant le soletl dans les yeux. De pîuï. gi le miroïr est bien eaïé et bien fixe, on vem Tima^e du soleil se déplacer en aa5e2 peu de temps d'une manière sensilxte « nuMUnnt ainsi le iaout^ixi^e

ET ]l:énrÉ0E0LdGiE. 26$

dc^ la terrô, qui semble faire marcher le soleil chaque jour d'orient en occident. Un miroir à main ordinaire, recouvert d*un carton qui ne laisse à découvert qu*uri cercle de 2 à 3 centimètres de diamètre, sera très-convenable pour montrer ainsi Téclipse par réflexion à un grand nombre de spectateurs.

4**. Ayez une loupe qui allume de Tamadou en plein soleil , vous verrez qu'au plus fort de l'éclipâe cette substance combustible ne prendra plus feu, et que même vous pourrez tenir votre doigt au foyer sans être brûlé.

5**. Exposez un thermomètre aux rayons directs du soleil, vous verrez qu'il baissera beaucoup au moment de réclipse. Il sera bon de noircir la boule ou le réservoir du thermomètre avec de l'encre de Chine, ou mieux de Tencrt d'imprimerie ou du cirage ordinaire ; alors les rayons du soleil, s'imbibant dans le noir, feront monter le thermomètre bien plus haut, et quand ils faibliront par l'éclipsé, l'instrument descendra beaucoup plus que quand la boule n'aura pas été noircie. Si vous mettez le thermomètre avec précaution au foyer d'une loupe de manière à ne pas le briser par l'excès de la chaleur qu'il reçoit, alors les effets d'élévation et d'abaissement par l'éclipsé seront amplifiés à volonté, et pour éviter de trop chauffer l'instrument, il faudra le fixer à une distance convenable du foyer précis de la loupe.

6"*. Si le temps est calme, le vent devra se décider à PlBiriB venant du côté du nord-ouest, qui est la partie où l'atmosphère sera le plus refroidie et où l'éclipsé sera plus forte qu'à Paris. C'est l'histoire des brises de terre et de mer qui le matin conduisent les pêcheurs à la ' et les ramènent le soir vers la terre, car au matin

bdi^. Wtç€^ k» ok^ii ée IL Fav?, ■■ navire ^

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Les aaiotités €t Is labltantâ il^ Bn^.

ifu mt à leur dispûfitkiD mi t»t^an à vapeur de secoof^ ot c» dTacddfltt, pfiofitenmi sans domtie de cec a^anu^e ptJnr roir a^ mkus ïa tïdle eelipse aimiikire du iS mars dû cette antiée. Û y a du reste a Brest aa ott> iervaloire de la Enarme et xm ^vsnx dktingué a qui je dof« unt réponse que je n'ai pu encors trouver le leai^ â^ lui adresser*

Pour avoir une idée de cê qu on appelle la groasesr <;U la grandeur du soleil et de la lune , i\ ne Elut p»]

ET MéréOROLOGIE. 27 1

faire comme Anaxagore, qui, dit-on, affirmait que le soleil n'avait pas plus d'un pied de dimension. Il faut se figurer, par exemple, un cercle de i mètre de diamètre, tenu à une distance de Fœil égale à lao mètres environ. Alors ce cercle, tenu devant le soleil ou devant la lune, les cachera tout entiers. Un peu plus, un peu moins, telle est la dimension apparente de ces astres. Quoique, terme moyen, le soleil soit un peu plus gros que la lune (environ un soixantième), il arrive un jour sur trois que la lune est plus grosse que le soleil; alors elle peut le cacher totalement. Au i5 de ce mois y la lune sera un peu plus petite que le soleil et ne le cachera pas tout entier, même pour les points qui auront la lune juste en face du soleil. Uéclipse sera annulaire, et le phénomène, moins complet, n'en sera que plus curieux.

En 1860, le 18 juillet, l'Espagne et l'Algérie auront une éclipse totale, pour laquelle les astronomes se préparent déjà. Une des plus heureuses influences d'Arago sur la science des astres , c'a été de mettre en honneur, je dirais presque de créer l'astronomie physique, si négligée par l'école du grand Laplace , exclusivement occupée des mouvements célestes et de l'astronomie mécanique. Je répète, après Arago, ce contraste de mots qui n'est malheureusement que trop vrai : Quant à sa nature physique , il n'est rien de si obscur que le soleil. Cest aux éclipses à nous instruire.

Le lecteur trouvera dans V Astronomie populaire d'Arago un grand nombre de détails intéressants sur les éclipses de soleil et sur les effets qu'elles produisent au physique et au moral sur l'homme et sur les ani

27a ASTRONOMIE

maux. Pour le soleil , la photographie ne peut être trop recommandée. Lagrange disait que le système solaire avait été fait exprès pour être calculé , et moi je dis que le soleil est fait exprès pour être photographié. Avis aux amateurs et aux savants.

(11 mani858.)

Ii'éolipse et lei nuages. ^ lie prlntempi et llijsiéiie météorologique. — Sfféoettité pour okaque taiMm d'un bulletin officiel de pretoriptions relatives à la santé publique. — lie soleil et ses taehes actuelles. — Phénomènes et ouriosHés du dèl pour ayril.

Désappointement complet. Des nuages cumulus en abondance, de rares éclaircies, une obscurité moindre qu'on ne s'y était attendu, pas d'effet produit sur les animaux, beaucoup de verres et de nez noircis presque en pure perte, nombreuses instructions données par les journaux au public et devenues inutiles. Pour nous consoler, nous dirons que nos voisins les Anglais, qui étaient en plein sur la route de Téclipse centrale, ont encore été plus malheureux que nous , car ils n'ont pas même eu d'éclaircies comme les Parisiens, et Vhumour anglais (ou anglaise) s'est ^yé aux dépens des trains

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d6 plaisir organisés pour se trouver sur la route précise que suivait Tombre de notre satellite. Les éditeurs du Magasin pittoresque^ ayant lu ce que j'avais écrit sur Tavantage des illustrations pour faire comprendre au public bien des phénomènes astronomiques que le langage ne peut décrire, étaient venus me demander à la minute une Notice illustrée qui en quelques jours , et presque en quelques heures , fut imprimée, dessinée, gravée et tirée à vingt mille exemplaires, dont plus de quinze mille furent mis en circulation dans le public. C'était avec des figures Tensemble des observations à faire que Ton peut trouver dans mon dernier article. J'y disais que pour l'heure de l'éclipsé la science avait voulu faire la coquette avec le public , ce qui n'était guère son habitude. U n'y a pas en mathématiques de chemin fait exprès pour les rois, disait Ëuclide à un souverain de Sicile qui lui reprochait , peut-être avec un peu de raison^ le genre pénible de ses démonstrations rigoureuses. En astronomie^ il n'y en a ni pour les rois ni pour les peuples, et l'heure de l'éclipsé semble avoir été choisie pour qu'en appelant plus de personnes à l'observer il y eût plus de monde mystifié. Heureux encore les gens quand, dans ce bas monde, la chose ne passe pas la plaisanterie!

Le vent a été très-fidèle à l'indication que j'avais donnée. U y a eu brise de nord-ouest venant des contrées les plus refroidies par l'ombre de la lune, contrées qui pour nous étaient celles d'Angleterre. La lumière du jour très-afEaiblie avait une teinte particulière. Cette lumière était encore, comme je l'avais calculé, égale à cent mille fois la lumière de la pleine lune. On

m'a souvent demandé d'où venait cette teinte particulière du jour au moment d'une éclipse de soleil. Je ne vois pas autre chose à répondre sinon que rillumination directe du soleil étant plus ou moins supprimée (elle Test tout à fait dans les éclipses totales), c'est alors par des reflets latéraux que les parties environnantes de notre atmosphère nous éclairent encore, ce qui change tout à fait la nature de la lumière qui nous arrive ainsi de côté. Je renvoie là-dessus aux beaux dessins de M. Piazzi Smyth dans l'éclipsé totale de i85i. Les eaux du lac de Genève, quand on en prend le reflet latéral sur un miroir incliné plongé dans cette belle nappe d'eau, offrent aussi de curieuses teintes que j'ai beaucoup étudiées, ainsi que M. Arago, et que les marins retrouvent, nous disent-ils, quand ils ont atteint dans l'Atlantique des mers très-profondes.

Je m'attendais à trouver dans nos petits journaux français (et très-français pour l'esprit) de bonnes méchancetés sur le désappointement du public et sur celui des astronomes; ils ont été inférieurs là-dessus aux journaux d'outre-Blanche, L'astronome du Charipari me reproche d'avoir annoncé que son chat aboierait au moment de l'échpse, ce qui ne s'est pas vérifié. Je remercie très-sincèrement ce soffont de mettre souvent mon nom comme étant responsable de tout ce qui se fait au ciel ; et sans la gravité du Recueil où j'écris, je lui rappellerais que tout le monde sait la recette pour faire abojer un chat. Sérieusement parlant, il y a un petit animal météorologique qui a été oublié par tous les observateurs, bien qu'il soit très-impressionnable xidents de la nature. C'est cette petite grenouille

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OU rainette que Ton voit si souvent ëaiiff un bocal avec une petite échelle dont le pied baigne de i à 2 centimètres dans Teau^el qui, suivant le public, indique le temps qu'il fera en s'élevant plus ou moins sur les barpeaux de réchelle. Nos aïeux, qui avaient encore plus de foi que nous à Tinstinct des grenouilles, faisaient des bocaux exprès avec des enfoncements du verre luimême, lesquels sans échelle servaient d'appui à la grenouille. Ceci est à étudier, et si en 1860, au mois de juillet, où Paris aura encore une très-bdle éclipse de soleil, le temps est plus favorable que cette année, il ne faudra pas oublier d'daserver la rainette et sa petite échelle. Ceux qui voudront bien conserver jusque-là ma brochure illustrée en pourront faire usage pour Téclipse prochaine. Contrairement à ce qui avait lieu cette année, c'est vers le sud que Téclipse de 1860 sera plus forte qu'à Paris. Les astronomes font d^à leurs malles ou du . moins leurs dispositions de voyage pour l'Espagne et pour l'Algérie, où l'éclipsé sera totale.

J'ai déjà cité M. Terrasson, de Manosque, pour une petite photographie de la dernière éclipse de lune. J'ai reçu de lui une photographie de l'éclipsé solaire du i5 mars i858; elle offire cela de très-particulier que le soleil y est entouré d'un espace plus noir que le reste du cid , ce qui semblerait indiquer que l'aptitude à se peindre photographiquement est moins grande pour les niyons reflétés par l'air dans le voisinage du soleil que pour les rayons un peu plus distants de l'astre; de même les parties de la lune éclairées par une lumière rasante, quoique aussi brillantes à l'œil, ne viennent yas mi photographie. Si, sans éclipse aucune, M. Ter-

bien photographier en petit le sdeil em -. foni rr/trt tirs htfttujo, il éelaircita un point Bbptïnanl dt? Ti Rumination atmofiphérïqae.

hc^ tùnwè du croissant d'une éclipse de soleil sont minus ai^iHs ifue ct>lie? du croissant des pliases de la lugio, (b Wf*rrnn> ou de Vénna. Le î5 mars, avec les lèlt\MX>|>€^ prfiutemonl achromatiques de M. Foncault, qui nous donnwit^nl uno définition parfaite, nous dis- Mrtguùmst iH^nd^mt Ic^ é^laircies, les taches du soleil wm IQVS ic^ur^ détails et leurs couleurs , ainsi que les ^IIm dis terrains qui bordaient le disque de la îunei i ff ê iwi co dans lo ciel d'énormes amas de cumulus,

^H&nOM^t ap(>ek^ Imlics de c9ton^ et Le souffîe de \ en plus vif du vent du nord-ouest ne troublaient k vij^ion téïe$eopique ot ne faisaient pas onduler les imag(« des objets.

Pour on tinir tout de suite avec ce que j'ai intention de motljv dans cet article sur les taches du soleil , je dirai que o'ost à ^khi près dans une période de dix ans que cet astro ^visso d'un aspect à taches nombreuses à l'asjHM?t opposé où les taches sont très-rares. La tache du 1 5 mars était immense. Suivant le dire des astronomes anglais, le soleil entre cette année dans une période (factmtè, ce qui veut dire dans un paroxysme de perturbations physiques , dont le résultat est l'émission de gaz ou de vapeurs qui rompent ou recouvrent l'enveloppe lumineuse de cet astre. J'ai déjà dit qu'au xvii* siècle c'était une opinion générale que le monde pourrait bien finir par le froid, au moyen de l'extinction du soleil. Je ne sais si Fontenelle, qui avait fait beaucoup d'attention à l'astronomie physique, avait en

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les taches du soleil quand il écrivait les rimes relées qui suivent dans son épître à Voltaire, où il lit, en parlant de la science,

Il est des hochets pour tout âge,

omis dans plusieurs éditions ambitieusement anées. Voici cette singulière terminaison :

Ce n'est pas pourtant que je doute Qu'un beau jour, qui sera bien noir.

Le pauvre soleil ne s'encroûte.

En nous disant: Messieurs, bonsoir!

Cherchez dans la céleste yoûte Quelque autre qui tous fosse voir; Pour moi, J'en ai fait mon devoir, Et moi-môme ne vois plus goutte.

Encore un coup, Messieurs, bonsoir!

Mais sur notre triste manoir Combien de maux fera pleuvoir Cette céleste banqueroute ! Tout sera pèle-mèle , et toute Société sera dissoute.

Bientôt de l'étemel manoir

Chacun enfilera la route

Sans tester et sans laisser d'hoir.

! dois dire aux savants sérieux qu'il y a une des urbations de Taiguille aimantée qui semble se rater à la période décennale des taches du soleil. Ainsi petite aiguille d'acier, imprégnée de vertu magnée et suspendue à quelques brins de fils de cocon de non tordus ensemble , sert , à quarante millions de

lieues du soleil , à tâter, pour ainsi dire, le pouls à cet astre immense, vivificateur de la terre et des planètes, et à nous révéler ses états de fièvre ou de calme. C'est encore ainsi que , quand il éclate une aurore boréale au nord extrême de FEurope, Taiguille aimantée de Paris se tourmente de mille manières , et à chacun des jets brillants du météore boréal correspond une oscillation de l'aiguille française.

L'opinion qui semble prévaloir maintenant, c'est que les taches dû soleil sont dues à des éruptions volcaniques du corps de l'astre, dont les produits se font jour au travers de l'enveloppe lumineuse qu'elles recouvrent de traînées gazeuses obscures qui se dissolvent ensuite dans la matière incandescente qui ne nous montre à l'ordinaire que des vagues lumineuses plus ou moins profondes, plus ou moins étendues, exactement comme celles du liquide qui recouvre les trois quarts de notre globe. La terre ou Vénus , vus sur le soleil, n'en couvriraient pas la millième partie, tandis que la tache du i5 mars occupait sur le soleil une étendue bien plus considérable.

Nous voici au printemps avec un air froid et des rayons directs du soleil très-chauds, circonstance trèspeu favorable à l'hygiène publique; aussi cette saison si vantée est-^lle ordinairement la plus meurtrière de toutes. L'homme de bureau qui se plaint que des occupations trop sédentaires lui interdisent le bois de Boulogne avec le grand air et le soleil du printemps, devrait au contraire se féliciter d'être contraint à ne pas subir ces influences de saison si pénibles aux nerfs et si émouvantes pour l'organisme entier. C'est ce

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que nos aïeux désignaient par un temps de semaine sainte.

Je pense et j'ai dit pinceurs fois qu'il serait nécessaire de publier à chaque saison commençante un bulletin officiel de conseils hygiéniques pour le public et pour les médecins. A Paris , où l'autorité veille d'une manière si efficace à la salubrité publique et à une époque où triomphe la louable prétention de faire le plus possible pour le bien de la société en général, je ne crois pas qu'on puisse négliger un si puissant moyen de prévenir des maladies qu'il est ensuite bien difficile de guérir.

J'ai communiqué à l'Académie des Sciences une lettre du préfet apostolique des missions du pôle arctique qui mentionne le fait incroyable qu'au commencement de février i858, lorsqu'on France nous avions 4 à 5 degrés de froid, on avait au cap Nord, à 70 degrés de latitude et à 3 degrés au delà du cercle polaire, une chaleur de 1 1 degrés de Réaumur. Les fleurs poussaient dans des champs pour lesquels le soleil ne se levait plus depuis plus de deux mois, tandis qu'ordinairement il faut attendre jusqu'à la fin de juillet pour avoir les cernes fleurs. Ordinairement dans cette localité on est neuf mois sous la neige, et cet hiver-ci il n'y en avait pas. Quand aurons-nous le bilan météorologique complet du monde entier pour les courants de l'air et des etox, et pour toutes les causes qui influent sur ces I dominateurs du climat?

A propos de chaleurs Scandinaves, plusieurs de nos

ont sans doute eu connaissance de l'opinion

ament reproduite, savoir : que la mer polaire du

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Cela posé, voici le motif astronomique qui peut faire présumer que notre pôle est couvert de glaces continues et que ce serait avec des chiens et des traîneaux, et non point avec des barques, qu'on y arriverait; c'est que dans la planète Mars, qui pour les saisons est organisée à peu près sur le même plan que la terre, nous voyons aux deux pôles des glaces qui ne fondent jamais. Les saisons de cette planète sont à peu près les nôtres, sauf une durée à peu près double , tandis que le soleil y est environ deux fois moins chaud qu'ici. On y voit deux calottes blanches, une à chaque pôle, et celui des deux pôles qui a l'hiver offre, comme sur la terre, une extension momentanée de ses neiges, tandis qu'à l'autre pôle le soleil fait fondre en partie la neige accumulée l'hiver précédent, et qu'on voit le cercle blanc de ce pôle se resserrer de plus en plus. On aperçoit mêiAe le changement de teinte du terrain boueux où la neige vient de fondre , à peu près comme Homère nous peint sur le bouclier d'Achille un terrain sensiblement plus noir et qui ressemble à une terre fraîchement labourée. Or, si datis la planète Mars il y avait des bassins polaires, on les verrait parfaitement, comme on en voit les glaces polaires, et l'analogie exclut sur notre terre l'existence de pareils bassins , par cela seul quMl n'y en a pas dans Mars. Je laisse au lecteur le soin d'apprécier la valeur de cette induction , et ne lui conseille pas de se hasarder vers le pôle sur les traces des présomptions des géographes américains.

La planète Nemausa de M. Laurent n'a pas tenu tout ce qu'elle promettait , ou du moins tout ce que promettait en son nom M. Valz, son parrain. L'orbite de

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