ET LES EEBOISEMENTS. XXIII
toutes ces eaux tor^^ntielles et les jeter de côté dans de nombreuses petites rigoles tracées horizontalement sur les flancs des pentes rapides. En peu de temps ces rigoles, semblables aux sillons d'une plantation échelonnée, semblables à celles dont on fait usage en plusieurs localités françaises qui ont gardé les leçons des anciens possesseurs arabes, ces petits conduits, disonsnous, traceraient de nombreuses lignes de verdure, tant par des plantes que par des arbrisseaux et des arbres, de manière à fixer le sol et à reproduire d'année en année la terre végétale qui a disparu en totalité depuis longtemps. Ce sont des soins, de la surveillance, un système de réparations promptes, bien plus que de grandes dépenses qui seraient nécessaires à ces reboisements élevés qu'il faut entreprendre tout de suite, à tel prix que ce soit y et ne plus abandonner jamais. La météorologie mesurera les eaux de chaque saisdn qui seront reçues dans de nombreux petits réservoirs placés à l'origine même des torrents; l'hydraulique les dirigera en filets reboiseurs le long des pentes dénudées; les ingénieurs forestiers indiqueront les plantations et semis à faire dans ces rigoles de reboisement; une administration active et ferme donnera l'impulsion et la stabilité à l'ensemble de ces travaux qui empêcheront la fertilité de disparaître d'une partie considérable de notre beau pays. Si l'on manquait de bras, des régiments de planteurs pourraient être organisés, comme l'ont été en Algérie quelques compagnies de planteurs et de greffeurs qui ont rendu d'utiles services. Sous le dernier règne, les bois des environs de Paris ont été plantés dans leurs clairières par des moyens analogues. On pourrait donner ainsi à
XXrv SUE LA StCBElBSSB, LES IRRIGÂTIO!fS, ETC.
beaucoup de nos vétérans des Invalides d'un nouveau genre et qui conviendraient à des hommes élevés pour les travaux de la terre.
A part les contrées dénudées et dépeuplées par le séjour de populations imprévoyantes, on peut distinguer deux sortes de rapports entre le pays et la population qui l'occupe. Dans les populations faibles et clair-semées, la nature domine l'homme, et les travaux de celui-ci ne sont pas suffisants pour faire rendre au sol tout ce qu'il pourrait donner sans s'épuiser. Dans les populations trop nombreuses, au contraire, on détruit la fertilité de la terre en lui demandant plus qu'elle ne peut produire. La France, bien aménagée et bien arrosée, nourrirait facilement le double des habitants qu'elle a maintenant. Quelle belle perspective I
Si l'on disait à un Français : Votre pays va conquérir un peuple de vingt millions d'âmes qui ne porteront point votre joug avec peine, qui parleront votre langue, seront vos amis, vos parents, vos frères, et augmenteront la force et Tinfluence que votre nation doit à sa bravoure, à ses lumières et à son souverain, quel est celui qui ne s'empresserait pas de demander par quels moyens on pourrait assurer une si heureuse conquête? La réponse est que ce beau résultat naîtra des reboisements et des irrigations qui augmenteront rapidement et les produits du sol et la population qui en subsiste. Pour ajouter à son empire vingt millions de Français , avec la paix et la science et sous un gouvernement soigneux du bien public, la France n'a qu'à se conquérir elle-môme î
ET
ET
L*Attroiioiiiiie pour Umi. — lie retour des saisons à l*ètat normal après les inondations.
Le spectacle du ciel a toujours été mis au premier
ng des contemplations que nous offre la nature, même
Duis qu'on ne croit plus aux influences célestes attri-
Ses jadis à chaque astre et à chaque position des
lètes. La nature semble avoir voulu appeler parti-
^rement l'attention des hommes sur les feux du ciel
pendamment de leur éclat, car tandis que pour se
irer la vue des contrées, des villes, des monu-
3, il faut se déplacer et aller chercher au loin les
de notre curiosité , il suffît au contraire, pour les
célestes, d'ouvrir les yeux et d'attendre en re-
our passer en revue toute la voûte céleste , qu une
avincible et irrésistible fasse sortir les astres de
pour monter ensuite en plein ciel et descendre
enfin vers l'occident qui les fait disparaître sous son horizon. Ces grands mouvements s'exécutent sans bruit j sans embarras de mécanisme , et pour ainsi dire magiquement et sous l'empire d'une volonté toute-puissante. J'ai souvent été témoin de l'étonnement que ressentaient les personnes qui , mettant Tœil à une lunette pointée sur un objet céleste, voyaient cet objet se déplacer sensiblement, à cause de ramplification qœ produisait le grossissement de la lunette.* C'est ainsi qu'en plaçant l'extrémité de l'aiguille d'une montre sous un microscope, on la voit marcher sensiblement, et que même on aperçoit les irrégularités et les saccades de ce mouvement. Je crois que pour rendre perceptible à l'œil la marche d'un objet mobile , il faut que cet objet, par chaque seconde, se déplace au moins de la trois^ millième partie de la distance qui le sépare de l'œil. Les mites, sous le microscope, semblent des animaux trèsactifs, tandis qu'à l'œil nu on aperçoit à peine le chemin qu'ils parcourent. Il est bien entendu du reste que c'est en ampliOant le chemin que hmage des objets parcourt au fond de l'œil , que le télescope et le microscope rendent sensible le mouvement des corps.
A mesure que l'astronomie s'est perfectionnée , elle s'est séparée pour ainsi dire du public , et tandis que nos ancêtres recherchaient avec empressement tous les phénomènes célestes qui pouvaient faire spectacle, nous laissons aux astronomes de profession l'avantage de contempler seuls tout ce que le ciel peut présenter de faits intéressants. C'est à peu près comme si l'on ,r^ voyait le soin de voir un beau paysage à celui qui doit en lever le plan ou on arpenter la contenance. Il suCDt,
au reste, de voir. tout ce que le spectacle du ciel a inspiré aux poètes, aux métaphysiciens, aux théologiens, pour lui rendre sa place parmi les œuvres de la nature qui parlent le plus à l'imagination.
Ce spectacle est en effet très-varfé. Le soleil , en se déplaçant annuellement au travers des consiellations zodiacales, porte le jour et la nuit sur divers groupes d'étoiles , on- sorte qu'à minuit , par exemple , les constellations qui- Tété brillent eh plein ciel ne sont plus celles qui brillaient à la même heure pendant l'hivei* précédent. La succession des saisons s'écrit pour ainsi dire sur le fond du ciel , qui successivement perd ses étoiles orientales pour en gagner d'autres vers l'occident j car c'est d'occident en orient que le soleil avance journellement dans le ciel , en atteignant et faisant disparaître successivement les étoiles orientaleà. Ce mouvement nous fait les saisons et nous donne les productions de la terre , en sorte qu'il n'est pas besoin d'idées astrologiques pour attribuer une grande importance à cet astre dominateur de notre système. La lune, par ses phases, ^ lumière, sa marche rapide , vient diversifier l'aspect de la sphère céleste , aussi bien que \s brillante planète Vénus, qui, suspendue an-dessus des horizons du soir ou précédant l'aurore sur les horizons du matin , attire forcément les yeux sur elle. Jupiter rivalise parfois d'éclat avec Yénus, et c'est lui qui domine en ce moment dans le ciel. Les autres planètes, confondues avec les étoiles pour des yeux inatteniifs , opèrent cependant de curieuses évolutions, marchant tantôt vers l'est, tantôt vers l'ouest, et enfin quelquefois restant atationnaires peur plusieurs jours.
Lorsque , faisant abstraction de tous les cercles géométriques de la sphère, on prend pour points de repère ]es étoiles qui tapissent la voûte céleste, on peut reconnaître sans peine et sans instruments les principales conséquences des lois de l'astronomie, et ne rien perdre de ce qui est vraiment du domaine public , je dirais presque de consommation publique, c'est-à-dire ce que tout le monde peut voir, admirer et comprendre.
Les éclipses de soleil et de lune , les occultations d'étoiles, les apparitions imprévues des comètes, les étoiles filantes, la lumière zodiacale, les aurores boréales, enfin tous les météores de la physique du globe, sont encore des spectacles offerts par le ciel aux artistes comme aux penseurs.
Que répondre à cette question si souvent adressée à ceux qui s'occupent spécialement de science : Quoi de nouveau dans le ciel? Il suffit de dire : Ouvrez les yeux et voyez vous-même. D y a des annuaires , des éphémérides , des almanachs physiques qui vous ont préparé des indications, de vraies prédictions sur tout ce que le ciel doit offrir de phénomènes curieux , et par exemple c'est vers le lo du mois de novembre que Ton observe un bien plus grand nombre de ces météores lumineux qui laissent dans l'atmosphère une trace lumineuse, et que Ton désigne fort improprement sous le nom ^étoiles filantes. Si les étoiles se détachaient du ciel à chacune de ces appauritions , il y aurait longtemps que toutes les constellations seraient dépeuplées et que le ciel serait devenu complètement noir.
Les phénomènes de la physique du globe , tels que les pluies, les neiges, les sécheresses , les inondations ,
les effets variables des climats, quoique ne pouvant être prévus, nous intéressent au premier chef, puisqu'ils nous donnent la santé ou la maladie, l'abondance ou la disette. Mais le terme moyen de toutes ces choses variables est heureusement très-fixe, et c'est sur ce terme moyen que se règlent les prévisions de l'économie po^ litique des grandes société.
^ifin l'activité que déploie le génie de l'homme dans rétablissement des observatoires d'astronomie et de physique j dans les voyages scientifiques, dans les navigations exploratrices, forme un tableau qui a parfois son côté dnmiatique. Nous dirons ce qu'on fait actuellement en France et au dehors sous ce point de vue. Les nou^ velles de l'astronomie et de la phyisique du globe , ainsi que celles des observatoires ,' des astronomes et des voyageurs scientifiques, viendront après l'éphéméride des phénomènes du ciel.
Et d'abord, en Europe, point d'éclipsé de soleil un peu considérable avant celle du mois de mars i858.
Les constellations qui à minuit, au mois d'août, occupent le milieu du ciel , sont Céphée, Pégase, le Verseau et le Capricorne. Il sera bon de s'aider d'une carte céleste et d'être en garde, pour les régions zodiacales, contre la présence des planètes , qui , en apportant de nouveaux points brillants au travers des étoiles, peuvent troubler les configurations marquées sur les cartes. Avec un peu d^attention on distingue facilement une planète d'une étoile, car la lumière de celle-ci est scintillante et dans un mouvement perpétliel , tandis que la lumière de la planète est calme et sans éclat. J'indiquerai tout de suite à tous les amateurs qui sont en possession (Ïvljk;
lunette ou d*un télescope quelconque porté sur un pied, un très-bel effet de la scintillation. Si Ton pointe la lunette sur une étoile brillante peu élevée au-dessus de l'horizon et qu'on donne quelques petits coups irréguliers sur le tuyau de la lunette au moment où l'œil observe l'étoile , on voit celle-ci se changer en une espèce de ruban formé de mille couleurs des plus éclatantes et des teintes les plus riches. Nous reviendrons sur ce phénomène et ses conséquences.
Pendant le mois d'août le soleil , qui s'était avancé jusqu'au tropique dans notre hémisphère , continue à retourner vers l'équateur, et les jours diminuent considérablement. Pour Paris cette diminution, pendant le mois, est de i^ Sg"". Les taches du soleil sont un curieux phénomène à suivre sur la surface lumineuse de l'astre. Quand on les observe directement, on place entre la lunette et l'œil un verre noir ou d'un rouge foncé qui diminue l'éclat de l'astre et l'empêche de blesser la vue. Il y a deux autres moyens de reconnaître ou de dessiner les taches solaires : d'abord par la photographie , en en prenant une épreuve daguerrienne ou autre , et ensuite en recevant l'image de l'astre sur un papier blanc, ce qui permet de la montrer à la fois à un assez grand nombre de personnes. Je réserve ce procédé ainsi que des conseils sur l'usage des lunettes ou des longuesvues, marines ou autres, qui sont en la possession de plusieurs personnes, pour un article spécial, où j'examinerai aussi quelles sont les observations que l'on peut faire avec les lunettes de diverses forces et comment on peut s'en servir avec avantage.
Pour bien voir les taches du soleil , il faut en général
un faible grossissement. On n'est point encore d'accord sur la question de savoir si les taches indiquent dans le soleil une augmentation ou une diminution de chaleur. L'opinion la plus générale les considère comme deiB ruptures dans Tenveloppe lumineuse de Tâstre , qui laisseraient voir le noyau obscur du soleil. C'est au moyen de cesr taches que l'on s'est assuré que ce vaste corps tourne sur lui-môme en vingt-cinq jours et demi environ ; et quand on suit une tache plusieurs jours de suite, . et qu'après avoir passé derrière le soleil elle reparait de nouveau du côté* de la terre , onpeut fixer assez précisément la durée de ïîa rotation solaire, en tenant compte de la quantité dont la terre elle-nième s'est déplacée pendant le temps que le soleil a mis à faire un tour entrer sur lui-môme.
J'ai fait plusieurs fois adapter à des lunettes à pied un écran transparent qui, fixé à la place de l'œil, recevait l'image du soIeH et la montrait commodément avec ses taches, ses ondulations , ses portions plus brillantes , et enfin avec toutes les particularités dont l'étude et le temps nous dévoileront sans doute un jour et la cause et l'explication. En ce moment et depuis plusieurs semaines le soleil se montre exempt de taches. C'est toujours à l'improviste que ces taches apparaissent.
Mercure et Vénus, les deux planètes inférieures, c'està-dire celles qui circulent autour du soleil, à une plus petite distance .que la terre , ne s'éloigneront pas assez du soleil pendant le mois d'août pour être commodément observées le matin ou le soir, et même pendant tout le reste de cette année Vénus suivra le soleil à peu de distance après le coucher de cet astre , et ses phases
10 ASTBOxNOUIE
n'offriront le CHrieux spectacle d'un croissant très-aigu qu'en 1857.
Mars, reconnaissable à sa teinte rougeâtre, se verra très-bien pendant le mois d'août au-dessus de l'horizon du soir. Il se couchera, vers g** 3o™ ou 10 heures. Sa surface n'offre rien de curieux , à moins d'avoir à sa disposition d'excellents télescopes permettant d'apercevoir les calottes de glace et de neige qui, comme sur la terre, entourent ses deux pôles.
Jupiter se lève vers l'orient aux environs de B'^So" du soir et sera visible tout le reste de la nuit* U est aujourd'hui, pour l'éclat, le roi du ciel. On observera les taches ou bandes qui traversent son disque, et l'on reconnaîtra dans son voisinage et en ligne droite quatre petits astres qui l'accompagnent constamment et qui sont réellement quatre lunes analogues à la nôtre. La configuration de ces astres secondaires varie à chaque heure , et les éphémérides françaises la donnent pour l'heure de minuit pendant tout ce mois. C'est une curieuse vérification des progrès de l'astronomie que de voir se reproduire dans le champ de la lunette l'aspect de Jupiter et de ses satellites, tel qu'il a été prédit plusieurs années à l'avance et inscrit dans la Connaissance des Temps. C'est une de ces mille merveilles qui ne manquent jamais leur effet sur l'esprit des personnes peu habituées à ces triomphes de la science. Comment a-t-on pu faire pour arriver à un résultat si précis? Voilà le mot qui échappe involontairement des lèvres. Le secret est dans le génie et dans la persévérance de l'homme; mais la distance des objets rend bien plus étonnants de tels succès de la science.
Et MÉTÉOROLOGIE^.' ïl
Le i4 août prochain, 9 minutes après le minuit qui séparera le a3 du a4 , le 3i à 2^ 3*° du matin, et le i*"*^ septembre à 8** 32", on pourra observer les éclipses du. premier satellite de Jupiter. Une éclipse du second satellite aura lieu le 29, août à 9^46*" du soir. Le troisième satellite s'éclipsera le 22 de ce mois à 3** 4°" du matin. Ce sont ici les heures de Paris. Il y aura une petite différence pour les autres villes de France. Saturne, comme Jupiter, a des !unes ou satellites; ils sont même au nombre de huit. Mais ces petits astres sont si difficiles à voir, que Ton ne peut en mettre l'observation au rang de celles que peut faire un simple amateur.
Saturne, îa dernière des planètes visibles à l'œil nu , se lèvera pendant ce mois un peu après minuit, et il se prêtera assez bien le reste de la nuit à l'observation de l'anneau curieux dont il est entouré.
Voir les étoiles en plein jour est une de ces curiosités qui ont plus de célébrité que de mérite réel. Distinguer à peine dans le champ brillant de sa lunette un petit point blanc qui se meut lentement dépourvu de tout éclat, voilà à quoi se borne tout le spectacle qui fait ordinairement dire à ceux qui en sont témoins pour la première fois : « Quoi ! ce n'est que cela ! » Ils sont vraiment désappointés, disappointed, dans toute la force du mot anglais^
Venons à notre brillant satellite , qui par son clair de lune remplace utilement l'illumination du soleil absent. Hy a eu pleine lune le 16 , le dernier quartier sera le 22 et la nouvelle lune le 3o août. C'est le soir, avant le premier quartier, et le matin , après le dernier quartier,
que les ombres des montagnes de la lune et la forme de ses cratères volcaniques sont bien visibles. Nous avons une carte de la liine bien plus exacte que nous nen avons de la terre. U y a sur la position des points lunaires des incertitudes de 2 oif 3 lieues de 4 kilomètres au plus, tandis que sur notre terre, au milieu de l'Afrique, un lac de plus de 800 lieues de long avait jusqu'à ces dernières années échappé à toute constatation des voyageurs. Voyez sur ce lac les admirables publications géographiques du docteur Petermann , de Gotha, n°i de i856.
La lune agit matériellement pour soulever les eaux de l'Océan et produire les marées. L'action a lieu surtout aux pleines et aux nouvelljes lunes, où la force motrice du soleil s'ajoute à celle de la lune. La marée du 3o août, à la nouvelleiune, sera faible. En prenant le nombre io5 [)Our marquer le degré moyen des marées de pleine et (le nouvelle lune, la marée du 3o sera au n*" 85. Ce seront les marées de pleine' lune de septembre et d'octobre qui seront remarquablement fortes , étant l'une et l'autre au n° 114, qui est rarement atteint par les actions conspirantes de la lune et du soleil. Les personnes qui ont l'intention de visiter les côtes de notre Océan devront faire coïncider leur voyage avec ces deux époques remarquables. La côte de Normandie, près du mont Saint-Michel , et le petit port de" Quillebœuf , en deçà de l'embouchure de la Seine , sont deux localités où la mer exécute des mouvements prodigieux. Nous y reviendrons. La Dordogne, vers Saint-André-de-Cubsac, présente aussi le même phénomène. Ces forces motrices de la nature , non moins efiBcaces que silencieuses , sem-
ET MÉTÉOROLOGIE. l3
blent écrire ces paroles de Virgile sur la force intelligente qui meut la matière :
Mens agitât molem.
Un déplacement subit des courants atmosphériques a donné cette année dans la France centrale des pluies exceptionnelles. et des inondations sur lesquelles nous reviendrons bientôt, ainsi que sur les moyens de les prévoir et d'y remédier.
Après les courants de Tatmosphère ou les vents réglés qui balayent les continents et les mers pour y porter la chaleur et le froid et les divers degrés d*arrosément , il n'en est point de plus importants que les courants océaniques, qui déplacent d'immenses masses d'eaux chaudes et froides et les portent de l'équateur au pôle ou réciproquement. C'est ainsi que le ^f-stream et le courant du Japon donnent par leurs eaux chaudes un climat d'une beauté exceptionnelle à notre Europe dans l'ancien monde et à l'Orégon dans le nouveau. Dans le voyage que le prince Napoléon fait en ce moment dans les mers du Nord, une commission scientifique peu nombreuse, mais composée d'hommes d'élite, a été annexée au personnel nautique. Tous les jours on jette à la mer un ou plusieurs blocs de bois percés d'un trou contenant une fiole de verre avec un papier dans l'intérieur indiquant le lieu d'où est parti le bloc flottant. Déjà on a recueilli un de ces blocs aux Orcades. Les bouteilles que l'on jette ordinairement à la mer ne résisteraient pas au contact des glaçons. Cependant les moyens grossiers employés jusqu'ici n'ont pas été sans fruit, et M. Daussy a pu tracer une carte des courants
I4 ASTROIS'OMUC
de l'Atlantique, qui donne de précieux rensagn^nents sur le déplacement en masse des diverses régions de la mer. C'est dans le déversement des eaux chaudes de l'équateur vers le nord , beaucoup plus abondant que le déversement vers le sud , que j'ai trouvé la vraie cause de la supériorité de la chaleur de notre hémisphère nord sur l'hémisphère opposé. Avec le temps nous pourrons perfectionner les cartes des courants que nous devons à M. Duperrey et à M. Findlay. Si depuis un siècle on eût fait ce que l'expédition actuelle exécute à bord de ia Reine-Hortense, il y a longtemps que nous serions en possession d'une bonne carte des courants océaniques de notre globe ; mais chacun répugne à des travaux dont il ne peut espérer de recueillir lui-même les fruits. Il faut que ces travaux soient déclarés à'uiilUé publique pour le genre humain et que l'autorité en prenne l'initiative et la mise en activité.
On pourrait me reprocher mon silence sur les petites planètes formant un essaim de corps minimes entre Mars et Jupiter. Grâce à M. Chacornac , de l'Observatoire impérial, et à M. Goldschmidt, amateur qui marche sous la même bannière , mais par des travaux totalement distincts , le nombre de ces petits astres reconnus est aujourd'hui de quarante- deux. Nous en donnerons une liste exacte , chose qui n'a pas^ été faite jusqu'ici sans y laisser quelque erreur de date ou de localité. Un des journalistes qui mettent dans la presse quotidienne le précis des travaux scientifiques , au grand avantage du public, substituait récemment, en parlant de ce petit groupe , la désignation d'astronomie planéticulaire à la désignation ordinaire d'astronomie planétaire. U
ET MÉTÉOROLOGIE. l5
était parfaitement dans le vrai. Si la mythologie grecque ne nous fournissait pas plus d'un millier de noms de déesses, de nymphes, de néréides et d'héroïnes, on pourrait craindre que les noms de baptême ne vinssent à manquer pour ce groupe intermédiaire de notre système solaire. Il n'y a donc rien qui doive arrêter à ce point de vue l'activité de nos astronomes.
Notre célèbre astronome et mathématicien Laplace voulait que Ton transportât des télescopes dans l'atmosphère rare et pure des hautes montagnes de Véquateur. Les montagnes centrales de la France offrent, ainsi que les Alpes et les Pyrénées , des points assez élevés pour que la vue des objets célestes y soit bien meilleure que dans nos plaines. Déjà M. Lassel , contrarié par le climat de Liverpool , où il pleut un peu plus soutient que tous les jours, avait transporté momentanément ses instruments à Malte, où il a fait d'excellentes observations d'astronomie physique. Un jeune astronome, M. Piazzi Smyth, directeur de l'observatoire d'Edimbourg et fils du célèbre amiral dont on connaît l'ouvrage capital Sur la Méditerranée j avait annoncé qu'il se rendait au pic de Ténériffe pour y mieux observer au-dessus de la coudie peu transparente de l'atmosphère inférieure. Le dernier numéro du Bulletin de la Société Astronomique anglaise vient de nous annoncer son récent départ , et il n'y a pas de doute qu'un observateur si exact et si habile, favorisé par une telle station, ne nous rapporte une ample moisson de faits curieux.
Depuis que les comètes ne nous font plus ni bien nr mal , leur crédit populaire a singulièrement baissé. Il n'en est pas de même de leur importance astronomiquer
iG ASTBONOMIB
Elles nous rapportent des profondeors da ciel de carieux enseignements physiques et mathématiques. Déjà l'astronomie a conquis quatre de ces astres vaporeux d'une nature si ângulière, et nous entrons ce mois-ci dans la période du retour possible de la grande comète qui a paru en i556, en ia64 et peut-être en 975. Â sa dernière apparition , elle causa ou hâta l'abdication de Charles-Quint. Elle met à peu près trois cents ans à £ure sa route périodique, et son retour avait été annoncé pour 1848. Ce retour n'ayant point eu lieu à l'époque présumée, Tastronomie, (pii n*est pas habituée à voir ses prévisions trompées,. s'est mise en frais de calculs, et après une immense dépense de temps et de tropoU, suivant Tespression de M. ffind, elle est arrivée à ce résultat qu'en tenant compte de toutes les perturbations planétaires, la grande comète attendue, expected gréai cornet y devra reparaître en août i858 ou en août 1860 avec deux ans d'incertitude en plus ou en moins sur ces époques. Cest donc entre les mois d'août i856 et d'août 1860 que nous reverrons- la grande comète de Charles- Quint, n sera curieux d'être visité par un astre voyageur qui ne repasse dans notre voisinage que tous les trois siècles. Sans doute les faiseurs de revues théâtrales évoqueront à cette occasion le siècle de François I*' et de Charles-Quint, à moins qu'ils ne préfèrent remonter au xfii* ou au x* siècle. Â partir de ce mois, ces messieurs peuvent donc tailler leur plume avec la chance (le voir la comète utiliser les fruits de leur imagination avant quatre ans d'ici. Je dois dire que l'époque de i858 me paraît plus probable que celle de 1860. Dès ce rhois-ci le retour est possible , et ce sera une belle con-
Et MÉTÉOROLOGIE. 17
]uête pour notre soleil qu un astre mettant an si long lemps à faire sa révélation et venant fixer à la terre les périodes chronol(^({aes de trois siècles en trois ûècles.
(i8«oûti856.) •
Questions du poblio. — Dîiren objets do l'Astronomie. — Xaes nuurées.
Me voilà tort embarrassé pour répondre à tontes les questions qui me sont adressées. Sans doute , me dit-on (ou m'écritron), vous allez incessamment parler des étoiles, des planètes, de la lune, du calendrier, des marées, des éclipses , des comètes , des étoiles filantes? Qu'est-ce que c'est que la mé-té-o-ro-logie? Quelles planètes, quelles étoiles les hoitames iront-ils habiter dans la vie qui suivra celle-ci? Quel temps fera-t-il Fan prochain? Paurlez-nous des courants chauds et froids de la mer, des vents dominants, des saisons, des glaces polaires! Notre climat va-t-il en s'améliorant ou en se détériorant? Pourrons-nous quelque jour aller dans la lune? Communiquerons-nous avec les habitants de Mars, de Vénus, de Jupiter? Croyez-vous qu'ils aient autant d'esprit que nous? Je voudrais acheter un télescope et avoir une instruction pour m'en servir. Faites-
#9 jumoyorna
nom une attronomie populaire où il y ail li rm Êom de tout incpo«ée intelligiblement poor tous les lectens. Pmn des conseillers intéressés. Monsieur, j'ai on système k ]» fois physique, métaphysique, philosophique et théologiquequi explique tout. Voulez-vous bien rexposeràvos lectinirs? Il comprend comme accessoires la qoadratoie thi cercle, la trisection de l'angle, la direction des Aérostats et Textinction de la pauvreté. Monsieur, j'ai un plan pour faire un pont de France en Angleterre fK/rté en Tair sur des ballons captifs (historique); pois fin , deux , trois , dix mouvements perpétuels qui donnwmt le travail pour rien !
iAm éUAkn fliantes d'août, qui se montrent en quantité plus qu'ordinaire vers le lo de ce mois, et que le [mhWc B\j\Hi\a\i autrefois les larmes de saint Laurent, nVmt pas fait défaut aux observateurs. L'infatigable M« (>;ulvier-Gravior, qui depuis plusieurs années enregistra; chaque nuit claire leur nombre, leur éclat, la direction qu'elles suivent, a été suréveiUé à cette épor|Me« Il en a vu un nombre extraordinaire. Le directeur de rotmervatoire impérial , qui , comme on sait, donne une attention spéciale aux phénomènes de météorologie, a placé des astronomes munis de moyens précis d'observation à des stations convenables et suffisamment éloignées, et il a pu mesurer la distance de ces météores. Son travail , annoncé à l'Institut, n'a point encore été publié définitivement. Sans entrer dans des détails qui exigeraient un article spécial , nous dirons que les petits corps qui brûlent ainsi au sommet des airs sont des résidus de la création , de minimes planéticuies qui n'ont point été ramassées dans les grande
agglomérations qui ont formé la terre et les autres planètes. Ces petits corps circulent indépendants dans l'espace céleste, où ils tracent par leur ensemble une sorte d'anneau que Cliladni appelle très^pittoresquement de la matière chaotique. Deux fois par an, vers le 10 août et vers le la novembre, la terre, par son mouvement légèrement excentrique autour du soleil, vient donner tète baissée dans ce troupeau innocent de petits corps qui suivaient paisiblement leur route circulaire. Alors son attraction les appelle à nous, l'atmosphère qui tourne avec la terre les froisse et les enflamme. Un grand nombre brûle à la limite de notre mer aérienne, à 60 kilomètres au-dessus des plaines et des mers. Quelques-uns ne brûlent pas .totalement et déposent des résidus analogues à ce qui reste des substances, combustibles ou non , qui ont passé par le feu. Mais quand ces masses étrangères à la terre sont plus volumineuses et offrent une résistance insurmontable à leur combustion , alors il tombe de véritables pluies de pierres. PiuU iapidibus, il a plu des pierres, disaient les Romains , toujours prêts à faire des expiations pour les phénomènes météorologiques. J'ai recueilli cinq ou six cas historiques où la chute de pareilles pierres a été fatale à des hommes. Dans le seizième siècle., un franciscain fut tué à Milan par un aérolithe que malheureusement on n'a point conservé. Comme à cette époque le Vésuve et TEtna n'étaient point en paroxysme d'éruption, on alla chercher théoriquement la cause de la chute de cette pierre jusqu'en Islande, et l'Hécla fut déclaré coupable de ce meurtre. Or il serait aussi impossible de faire traverser, même à un boulet de ca-
non , une si grande étendue d*air que de faire passer un volant emplumé au travers d'un mur. Nos bombes et nos boulets, qui devraient atteindre douze à quinze lieues de 4 kilomètres , ne portent au plus qu'à 5 kilomètres. Voilà ce que dit la mécanique, science toute mathématique, c'est-à-dire infaillible. On a vu, mais rarement, de gros aérolithes, des bolides puissants, lutter contre l'obstacle de l'atmosphère et se dégager de la terre pour rentrer dans les espaces célestes. Tel fut celui de Weston, dans le Connecticut, qui^anonna de fragments pierreux toute une ligne de contrée américaine, à peu près comme une pierre éclate au feu, mais qui ne put être amené à terre par l'effet combiné de I9 pesanteur et de la résistance de l'air. En un mot, ce bolide en réchappa. Il n'en a pas été de même de bien d'autres que l'on trouve dans des localités où ils sont tout à fait étrangers par leur nature. En 1804, à l'Aigle, en Normandie, plusieurs milliers do pierres tombèrent au milieu d'un jour serein. Comme ces chutes de pierres sont accompagnées d'explosions retentissantes, le peuple a pris ce bruit pour du tonnerre et il en a conclu que quelquefois le tonnerre t&mbe en pierre. Les Anciens faisaient grandQ attention à ces pierres de foudre. Il n'y a pas de doute que les boucliers sacrés de Rome , les ancilia tombés du ciel , n'eussent la même origine. Ces boucliers ou plutôt ce bouclier était un aérolithe. C'est de ce talisman de la ville de Rome que parle Virgile quand il dit :
Et lapsa ancilia coçlo. .
Nos romanciers , qui sont souvent embarrassés pour
punir la perversité et faire triompher la vertu ^ ont ici un moyen simple de se tirer d'affaire : qu'un immense bolide rocheux tombe sur le méchant et Técrase dans son palais, et qu'un bolide d'or non moins volumineux vienne en rebondissant se placer paisiblement à la porte de la chaumière occupée par la vertu pauvre et opprimée.
Les chimistes , qui ne trouvent dans la nature entière qu'une soixantaine de substances distinctes , dont les trois quarts au moins n'y sont qu'en minime quantité, avaient espéré que les bolides leur amèneraient des matières nouvelles. Cet espoir a été déçu. Les petits corps qui donnent les étoiles filantes et les pierres atmosphériques ont été formés dans la même région du del que notre terre , et sont d'une composition semblable. En voilà assez pour aujourd'hui là-dessus. Ajournons les étoiles filantes au 12 novembre prochain.
Un câble conducteur qui transmet par l'électricité les dépêches télégraphiques est un véritable appareil astronomique qui peut aussi transmettre l'heure et donner par suite la longitude des diverses localités terrestres. Le chef-d'œuvre des temps modernes en ce genre a été la jonction récente des Observatoires de Londres et de Paris, par MM. Airy et Le Verrier. Tous les points de France vont bientôt être rigoureusement déterminés. par de pareils procédés dont nous donnerons le détail. L'Obser\'atoire et le Dépôt de la Guerre concourent à ce beau travail sous la direction de IMM. Le Verrier et Rozet.
L'aspect du ciel en septembre sera à peu près le même que le mois dernier. Vers minuit la Grande- Ourse est sous le pôle et semble marcher sur la terre
suivie de la brillante étoile Arcturus, de la constellation du Bouvier. Dans la région du midi et de l'occident sont les tristes constellations du Capricorne, du Y^seau et des Poissons, qui n'offrent point d'étoiles remarquables. C'est dans cette dernière constellation que Jupiter brille orgueilleusement en effaçant toutes les étoiles, même celles de première grandeur; il est fort remarqué en province , et il a été pris pour une comète, chose à quoi il ne ressemble guèi'e. Du côté de l'orient, les belles constellations d'hiver commencent à monter vers la Gn de la nuit. Sur nos tètes sont le Cygne, l'Aigle et la Lyre, et plus vers l'orient la Chèvre, brillante étoile du Cocher. Les Pléiades sont déjà assez élevées à onze heures du soir. Enfin , en prenant tonjours à droite, on trouve Andromède avec sa fameuse nébuleuse et l'étoile double colorée fortement en bleu qui accompagne la brillante de son pied.
Un tremblement de terre vient de se faire sentir dans l'Afrique française. Le mouvement a été de plus en plus violent à mesure qu'il s'est propagé vers l'est, et sur le littoral de la province de Constautine les maisons et les édifices ont été renversés. On se demande d'où vient si peu de solidité dans cette vaste masse à la surface de laquelle rampe fièrement le genre humain.
C'est que la croûte superficielle de notre planète est formée de morceaux mal équilibrés et mal ressoudés par de la lave solidifiée, à peu près comme dans un lac creux les glaçons s'entassent irrégulièrement et chevauchent les uns sur les autres, mal réunis par l'eau qui s'est congelée de nouveau à l'entour. De là des rechutes et des craquements qui dans les mers polaires,
ont lieu sur une échelle formidable. L'état de choses actuel pour notre globe n'est que la suite et la continuation de révolutions physiques antérieures, comme nos espèces actuelles ont été précédées d'autres espèces qui ont ou qui n'ont pas survécu aux catastrophes successives qui ont changé la face du monde ; mais ce sujet demanderait des développements qu'il faut renvoyer à un autre temps. Qu'il nous suffise aujourd'hui de répéter que notre France est de tous les pays du monde le mieux équilibré, le mieux établi sur le noyau central de la matière fondue et incandescente qui constitue notre globe, et celui où l'on éprouve le moins de ces désastreuses crises mécaniques de la nature. A ce propos je veux consigner ici que l'année dernière les habitants de Lisbonne ont été fort inquiets; ils craignaient en i855 les désastres de i755, comme si la nature calculait par siècles, ainsi que les hommes, avec le calendrier de Jules César recti&é par le pape Grégoire xm.
Je viens à l'objet favori de mon article, les marées de septembre. La lune, quand elle est sur nos têtes, exerce son attraction plus fortement sur les objets terrestres que sur le noyau de la terre, et elle diminue légèrement le poids des cx)rps. Cet effet est insensible aux instruments les plus délicats. Pour un homme de forte taille, la diminution du poids né va pas à beaucoup près à la moitié du poids d'un grain de blé ; mais enfiîi cette action lunaire, s'étendant sur la vaste surface des opéans et venant se concentrer dans les golfes et les espaces resserrés de nos détroits peu profonds, produit des mouvements considérables, surtout si on
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les compare aux petites masses que Thomme avec tous 8i's auxiliaires mécaniques peut mettre en mouvement. Lu masse qui , dans tes marées d'équinoxe , remplit subitement le vaste bassin de la Seine sur une largeur (le dix kilomètres et sur une profondeur de cinq à six ntètres, est vraiment prodigieuse, surtout quand on voit ù Quillebamf cette mer envahissante courir vers la soutHH) du fleuve avec la rapidité d'un torrent impétueux. C'est le i4 de ce mois que la pleine lune nous amènera une marée de 114 degrés, tandis que le numéro dos fortes marées ordinaires n'est que de 100.- UiH> imrtieularité curieuse sobserve à Quillebœuf et dans les |)etits ports qui sont situés plus haut en remontant la Seine vers Rouen. Cest que la marée , au lieu do monter paisiblement et par lames successives, se précipite en cascade destructive de plusieurs mètres de hauteur, occasionnant la perte des navires et atta- (juant mémo le sol, dont elle fait disparaître successivement de grandes étendues très-fertiles. Les riverains ilésignent ces terres sous le nom très-bien approprié de prairies enfante. C'est le 14 de ce mois, à 2*17", que l'on aura pleine lune. La plus forte marée aura lieu le 16 au matin; c'est donc le soir du lundi i5 septembre, le matin et le soir du lendemain mardi que la mer, sous Finfluence mathémati(iue du soleil et de ia lune , exécutera ses plus étonnantes évolutions. Â Quillebœuf, c'est vers 8 heures du matin ou du soir qu'arrive le flot subit tant de fois dessiné et. qui porte le nom de bitrre de flot. C'est un phénomène grandiose au milieu d une nature non moins imposante. Le nom général est mascaret. Dans la Dordogne , près de Saint-André-de-Cubsac et sur les plages
ET MériOROLOGIE. a5
du mont Saint-Michel près d'Â\Tanches, les mêmes mouvements subits de la mer arrivante se font sentir et font courir des dangers à ceux qui ne sont pas sur leurs gardes. Il est remarquable que ce beau spectacle n'ait été célèbre que fort tard, à Temboucbure de la Seine, tout près de Paris, tandis qu'on le connaissait depuis longtemps dans l'Amazone, dans le Gange et même dans quelques rivières d'Angleterre. Il est trèssensible sur la côte de Bombay, et il se produit dans des parages où il n*y a point de rivières ; ce n'est donc point à l'obstacle du courant qu'il faut l'attribuer. Au reste , j'ai eu la constance d'aller lobserver pendant plus d'un quart de siècle à Quillebœuf , à Aizier et dans toutes les localités voisines, et j'en ai enfin trouvé la cause mécanique, qui consiste dans le retard que les ondes et les vagues éprouvent quand elles arrivent dans une eau moins profonde, ce qui fait que les lames antérieures sont gagnées de vitesse par les lames qui les suivent et qui, passant par-dessus, forment ainsi parfois une cascade efihrayante. Le nombre des bâtiments perdus à Quilldsœuf avant les remorqueurs est incalculable. On voyait autrefois de tous côtés s'élever du fond de la ri\ière les tristes mâts des navires coulés par la barre. Je n'ai jamais pu déterminer les pilotes de Quillebœuf , les plus hardis marins du monde, à me mettre dans une embarcation pour y attendre l'arrivée du flot, fis craignaient, disaient-ils, non pas seulement d'être enfoncés sous l'eau, mais bien ensevelis dans la vase épaisse que remue l'arrivée de l'Océan. Les lecteurs pourront voir dans Quinte-Curce le récit pittoresque des effets d'une barre ou mascaret qui culbuta la flotte
(l'Alexandre quand il descendait l'Indus. On dirait cette doscri pilon écrite vers l'embouchure de la Seine, audessus de Quillebœuf. La barre, quoique bien affaiblie, se fait encore sentir près de Rouen , et j*ai vu autrefois une prairie en fonte en face de la Bouille, au-dessous de la belle capitale de la Normandie. Bernardin de Saint-Pierre est le premier auteur qui ait décrit ce beau ])hénomène. Je dois dire que Tannée dernière un père rie famille, sur Tannonce que j'avais faite, avait conduit ses enfants sur les bords de l'Océan pour voir le mascaret; mais il avait jugé à propos d'aller s'établir à Dieppe , où il n'y a jamais eu barre de flot. U se plaignait à moi de son désappointement dont il me rendait responsable ; à quoi je lui répondis qu'il ne devait pas plus s'étonner de n'avoir point vu de mascaret à Dieppe qu'il ne s'étonnerait en entrant au théâtre du Vaudeville de n'y point voir représenter Phèdre ou Atlialie,
Le 21 septembre, Mercure, rarement visible , atteindra le soir sa plus grande élongation du soleil. Il se couchera à six heures, une demi-heure environ après le soleil. Avis à ceux qui ont une bonne vue. On dit que Copernic, à Thorn, n'a jamais pu voir cette planète. Vénus se couche à peu près à la même heure que Mercure ; Mars , de huit heures et demie à neuf heures. Saturne est visible le matin et se lève vers minuit dans le commencement de ce mois. La lune sera en premier quartier le 7, et c'est maintenant que l'on voit très-bien les montagnes et les cratères de notre satellite, avec les ombres qu'ils projettent et les pics isolés qui sont illuminés avant les plaines, et qui semblent des points
brillants détachés du corps de la lune. La pleine lune sera le 14, le dernier quartier le t^i, et la nouvelle lune le 29. J'ai déjà dit que Jupiter avait quatre lunes ou satellites, et d'après une très-belle loi découverte par Laplace, notre Newton français, les choses sont arrangées de façon qu'il y a toujours sur cette planète clair d'un des trois premiers satellites. Les marins sur les océans de Jupiter ont beau jeu à prendre leur longitude avec ces nombreuses lunes qui vont très-vite dans le ciel , tandis que sur notre terre nous sommes obligés de nous servir de notre paresseuse et unique lune , qui fait le tour du ciel seulement en un mois , tandis que le premier satellite de Jupiter ne met que quarante-deux heures à parcourir la même route céleste. Au reste, la détermination des longitudes par la lune est un des plus beaux présents que la science ait faits à la société vers le commencement de ce siècle ou vers la fin du siècle dernier. Le 17 de ce mois, à onze heures quarante-trois minutes, une petite étoile de shdème grandeur du Bélier sera éclipsée , ou , comme on dit , occultée par la lune ; l'étoile reparaîtra à vingtcinq minutes après minuit , et dans tout cB mois il n'y aura pas d'autre occultation visible en France. Quant à Téclipse de soleil , à la nouvelle lune du 29 septembre, elle ne sera même pas visible en Europe.
Point de nouvelles encore de la comète de 1 85G et de 1264, qui doit reparaître en i858, ou plutôt de i856à 1860; mais le délai mathématique est bien loin d'être expiré. Le spirituel rédacteur du CJiaris>ari, que je n'ai pas l'honneur de connaître, mais qui a toutes mes sympathies, à cause du tendre intérêt qu'il té-
«K ASTB050MIE
iiini^tir <iii.\ comètes en général et à celle de iS58 en |.<iiii«nlirr, mu prévient trè&obligeamment du risque .|iit^ ]r. tinii-s ù sun.*\ciler l'attention publique sur cette riiiiif.in. Siiivuitt si^s expressions, si la comète ne re- \i«Mi |iiiM (t'u'i ù quatre ans, la foule exaspérée pourmu Inrn f'mfv un nuiuvais parti à M, Babinet, Je le K-itMtittn s\\\ i*t*s utlU's avis, et je les prends en sérieuse • •iit-sMlriiiiiiin. (.(« Romains, gens les plus stupidement <iipft<i.iiMMi\ ipion puisse imaginer, condamnèrent à uiotL (le.-; (inispii\*s qui avaient mal placé une statue pjt t{ip|H)ii ù roiiibii* d'un certain édifice qui, à une ( rti.iino tiPiim. siM'uit tombée sur iadite statue. Je n'ai |i.i; l'.i 11114 tn toiutivsso (H)ur les aruspices anciens on itKHirtiMw, nuns ciiliii le jugement me parait un peusé- \rir 11» piio dpiio /r Charit^ari et ses nombreux lecinii^ lit^ iii«> :-;jinlor lo secret, et alors je leur déclare .|iin \ri< hi lin (i(t iSIh» jo quitterai incognito la France <• Il ( >mnin jlo tlurlos-Quînt n'cst pas de retour à
I l'iii^ ni>'H|iitv .1(1 iiio rtUirerai en Amérique, à moins i|iir irc n.iu Vt\\< 110 so soient mis à Tunisson de la
II lin. r . rur iilors rMv la loi de Lynch!
( j septembre i856.)
ET MÉléOROLOGIBi 2()
Let éolipwf. ~ Znitallatloii d'une oomtpondanœ météoroloclqiie entre l'OlMervatoire de Paris et toui let points de la France.
Dans les éphémérides d'octobre , c'est la lune qui occupe le premier rang. Depuis le commencement de ce mois, on la voit chaque soir de plus en plus élevée dans le ciel et roulant vers Torient au travers des constellations du zodiaque, en s'éloignant de plus en plus du soleil. Elle arrivera au point du ciel opposé à cet astre le lundi i3 octobre, à onze heures huit minutes du soir : elle se trouvera donc dans la région où la terre projette son ombre , et traversera cette ombre en subissant une éclipse qui sera presque totale , car il y aura à peine un centième du disque lunaire non plongé dans Tombre de la terre. Il semblerait qu'à chaque pleine lune il devrait y avoir une éclipse pareille ; mais comme la lune décrit un cercle légèrement oblique à celui de la terre , elle passe la plupart du temps audessus ou au-dessous de l'ombre de celle-ci, et elle évite par là la perte momentanée de lumière qui aura lieu dans la nuit du i3 au 14 octobre. La rareté des éclipses soit de soleil , soit de lune , visibles en France depuis quelques années , fait de cette éclipse une sorte de rareté astronomique à laquelle on fera plus attention que dans un autre temps où il n'y aurait pas, comme aujourd'hui, disette d'éclipsés visibles en Europe. Mais, à partir de la belle éclipse de soleil da
;io ASTRONOMIE
i5 mars i858 , les amateurs seront favorisés d'un grand nombre de ces beaux spectacles célestes.
Voici, en prenant la terre entière, et non une localité restreinte, le nombre des éclipses qui se produisent tant pour le soleil que pour la luné. Les compilateurs d'ouvrages élémentaires ont rarement transcrit ces données de la science.
Pendant une période de dix-huit ans il y a en moyenne soixante-dix éclipses, savoir : vingt-neuf de lune et quarante et une de soleil. C'est environ quatre par an.
Il ne peut y avoir plus de trois éclipses de lune dans une année, ni moins de deux éclipses de soleil.
n ne peut y avoir en tout plus de sept éclipses ni moins de deux. D'où il suit que quand il n'y en a que deux , ce sont deux éclipses de soleil ; de plus , quand it y a sept éclipses, il s'en trouve cinq de soleil et deux de lune. Quoique le nombre des éclipses de soleil soit presque le double du nombre des éclipses de lune , il y a beaucoup moins de personnes qui aperçoivent celles de soleil , car la lune ne cache le soleil qu'à une trèspetite partie des habitants de la terre, tandis que quand le disque de la lune vient à perdre sa lumière , tous les hommes qui peuplent la moitié de la terre qui a la lune visible sur l'horizon sont témoins de ce subit affaiblissement d'éclat de la lune dans son plein. Pouf représenter cette différence d'effets, imaginez que dans une vaste salle de réunion on place une des lampes avec son globe dépoli sur une table au milieu de l'assemblée et qu'une personne circule autour de cette table. Elle cachera la lampe successivement à plusieurs des assistants; mais si l'on supprime tout à fait la lumière du
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globe dépoli en abaissant là mèche, le phénomène d'obscurité se produira pour toutes les personnes du salon. L'expérience est d'une dame qui le matin avait assisté au cours d'astronomie que l'illustre Arago faisait à r(H)servatoire et qui était poussée à bout par les objections d'un contradicteur plus éloquent qu'elle.
Nous dirons encore que dans les éclipses de lune il arrive rarement que cet astre disparaisse tout à fait. L'illumination de l'atmosphère, et sans doute aussi cette propriété que possède la lumière de s'infléchir dans l'ombre et qu'on appelle diffraction , peuvent et doivent faire parvenir quelques rayons brisés dans l'ombre de la terre. La couleur tristement rougeâtre de ces rayons indirects est loin de donner à l'astre éclipsé une couleur agréable à l'œil. L'observation des teintes de la lune éclipsée est plutôt du domaine de la phy-' sique que de celui de l'astronomie. La lune fait ici l'office d'un grand écran qui reçoit et rend sensibles les rayons réfractés ou diffractés. Comme les rayons le» plus difib'actés sont les rouges, je pencherais à croire que ce sont ceux-là qui illuminent la lune éclipsée , tandis que si c'étaient les rayons réfractés par l'atmosphère , ce serait le bleu qui devrait dominer sur l'écran céleste. A cela on me répond qu'en traversant l'atmosphère la lumière perd par l'absorption de l'air la plus grande partie des rayons qui ne sont pas le rouge et l'orangé. Pour résoudre la question, il faudrait des mesures d'intensité qui sont d'une difficulté très-grande et dont la théorie est d'ailleurs l'une des plus épineuses entre toutes celles de l'optique moderne. Parmi la brillante élite des jeunes physiciens qui assiègent les porte»
3a ABTaONOMIE
iUi HiMtiiut, il CQ est plusieurs qui seraient parfûterncrit m <^tat de fixer la science sur ce point délicat; iri»iM on fxsut remarquer que toutes les recherches qui Mi l;;jH(!nt Kur (l($ux sciences distinctes sont toojoors les (U*ruit*n^ à firo^^rosser. Ce besoin de capacités diverses u (iUi UUm senti par le directeur actuel de TObsenratoin;, qui, pour la physique et la météorologie, a pris darih MM. Foucault et Liais deux collaborateurs de preiniftr rni'srito. Au reste , les calculs relatifs à la quantité (\u liiiniorc diffractée dans Tombre de la terre sont d'une dilllculté tout ù fait exceptionnelle à cause de la grande dmu*riHion apparente du corps éclairant qui est ici le Holoil tout ciitlor, et non pas un simple point lumineux, codiiiu; daim toutes les expériences exécutées et caleu- \é^*n juwprici.
pr)ur coin|)(»nsor lo sérieux peut^tre un peu trop Hi'îviîn; (1(5 (î() (jui procède, abordons Thistorique des é<;lip;scH de luno. Nous on avons qui ont été observées par Ins (IhaldconH, à Babylono, sept cent vingt ans avant noire ônj. Co sont do vénérables monuments de la Kci(;nco astronomique, et c'est au moyen de ces éclipses que lo célèbre Halley, le parrain de la comète (jui aida à la con(iu(Ho do T Angleterre , déduisit que la lune allait continuellement en se rapprochant de nous. Quant à sa chute définitive sur la terre, Laplace, notre Newton français, a prouvé la puissance de l'analyse mathématique en démontrant que ce rapprochement de la lune avait des limites assez peu étendues, et que ce satellite, après s'être un peu rapproché de nous pendant un grand nombre de siècles , s'en éloignerait ensuite , parce que la cause qui produit ce rapproche-
ET IfÉTÉOROLOGIE. ^3
nent n'est nullement permanente. Gomme c'est un des M)ints sur lesquels le public éclairé m'a demandé le >lus de renseignements , j'y reviendrai dans un autre temps; en général, tout a été coordonné dans le système du monde pour une très-grande stabilité , et toutes les perturbations y sont à la fois et petites et non per- Enanentes, et alternant périodiquement autour d'une position moyenne qui est d'une inaltérable fixité efi 2;randeur et en durée.
Le i*^ mars i5o4 , Christophe Colomb était à la Ja-^ [naïque , où les naturels refusaient de pourvoir à l'approvisionnement de l'expédition. On dit, et lui-même rapporte qu'il les menaça de l'extinction de la lumière de la lune s'ils persistaient dans leur refus. Le grand navigateur savait que ce soir-là il devait y avoir une éclipse de lune. H obtint ainsi toutes les provisions dont il manquait. Ses assertions ont été contrôlées par la science moderne et avec les tables perfectionnées de la lune que nous possédons depuis peu d'années. La même éclipse fut observée à Ulm par Stoffler, et à Nuremberg par Bernard Walther; elle commença à la Jamaïque vers six heures du soir. Toiites les circonstances indiquées par le calcul rétrospectif s'accordent parfaitement avec la description que donne Colomb de ce phénomène astronomique.
L'éclipsé du kindi i3 octobre i855 commencera le soir à neuf heures trente minutes et demie , temps moyen de Paris; le milieu de l'éclipsé aura lieu à onze heures trois minutes et demie. Ce sera le moment où la plus grande partie de la lune sera dans l'ombre; il n'en restera qu'un demi-centième environ qui ne sera point
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plongé dans Tombre de la terre. La Gn aura lieu à trente-six minutes et demie après minuit. On sera alors ;)u mardi 14. Notez ici qu'avant d'entrer dans Tombre totiilc de la terre, la lune pénétrera dans un espace qui ne sera que partiellement obscur et qui ne sera ({u'à demi abrité de la lumière directe du soleil. Une impression légère se fera donc sur la lune avant le commencement de Téclipse calculée pour l'ombre complète. Ainsi, une heure avant le commencement annoncé ci-dessus et pne heure après la sortie de l'ombre totale, on apercevra quelques traces du phénomène. Les anciens astronomes avaient déjà remarqué que la rondeur do la terre et son isolement dans l'espace étaient rendus sensibles dans les éclipses de lune par la forme circulaire de l'ombre de notre globe, dont la silhouette est pour ainsi dire dessinée sur la surface lunniro. La durée de toute l'éclipsé sera donc comprise entre huit heures trente et une minutes du soir et une heure trente-six minutes après le minuit qui séparera le i3 du 14.
(Vcst au moment des éclipses de lune que l'on a vn ou ({ue Ton a cru voir des volcans en activité sur la Hurfiico de ce satellite. C'est à Herschel le père qu'est duo la première observation de ce genre , répétée depuis nvoc dos succès divers par les astronomes de nos jours. (Vest principalement la tache lunaire qui porte le nom <rAritftarque qui est en possession de montrer un éclat rouK(*Atro attribuable à des feux volcaniques. La question roHto encore presque entière; mais quant à la naturo volruni(iuo de la surface actuelle de la lune, à ses cratères circulaires, ù ses coulées de laves, à ses en-
tassements de roches d'éruption, il ne reste pas le moindre. doute, et plusieurs portions de la lune sont tellement analogues à ce que nous donnent les cartes du royaume de Naples dans la région qui comprend le Vésuve, le Monte-Nuovo, FAstruni, ou bien les cartes de la province d'Auvergne en France , que si les éruptions volcaniques y ont cessé , on peut dire qu'elles y ont subsisté jusques et y compris la période des formations que nous y voyons aujourd'hui. J'ai appris avec joie que, d'après un de mes précédents articles, notre excellent colonel Hossard , l'un des premiers géographes du corps d'état-major français, allait s'occuper exclusivement de la topographie de la lune, et y appliquer l'expérience et les lumières qu'il a acquises dans ses travaux topographiques exécutés pour la carte de France. Je saisis cette occasion de dire avec quelle précision on a pu mesurer les distances respectives des divers points de la lune entre eux. Le diamètre de la lune est de 3,476 kilomètres. Sur cette mesure, MM. Maedler et Wichmann ne diffèrent pas de 2 kilométrés pour la moyenne des mesures. Ce n'est que la moitié ou le tiers de la hauteur des montagnes de la kme. Nous sommes bien loin d'une pareille exactitude dans les distances terrestres.
Ce n'est pas seulement par une éclipse presque totale que la pleine lune d'octobre sera signalée ; il y aura , comme le mois dernier, une des plus fortes marées possibles et qui atteindra le degré 1 14 , tandis que les fortes maréesmoyennes sont prises à 100 degrés. Li dernière grande marée a occasionné plusieurs sinistres «ur nos côtes atlantiques; il pourra en être de même de
celles du i5 de ce mois si elles sont favorisées par les vents. Je n'ai rien de nouveau à dire pour ce mois-ci sur ce sujet si merveilleux. Quant à la cause qui produit ces mouvements de l'Océan qui nous paraissent si grandioses , on sera surpris d'apprendre que d'après la masse de la lune, que M. Le Verrier a récemment fixée à un quatre-vingt-quatrième de celle de la terre, la force qui agite si puissamment TOcéan n'est pas tout à fait un- neuf-millionième de la pesanteur. Sur un hectolitre de blé, pesant moyennement y 5 kilogrammes et contenant environ 1,800,000 grains, c'est le poids du cinquième de grain de blé !
C'est pourtant cette force si minime qui suffît pour tenir en perpétuelle agitation nos grands océans terrestres , pour les pousser deux fois par jour à l'envahissement des grèves basses, et pour les ramener autant de fois vers leurs bassins profonds. On a beaucoup admiré dans les livres saints ces belles paroles où il est dit à la mer : « Tu viendras jusqu'ici et tu n'iras pas au delà , et tu briseras à cette limite tes flots soulevés par la tempête 1 d Sans doute le génie de l'homme est bien petit auprès de la puissance créatrice qui a coordonné le monde. C'est cependant, je pense, un juste sujet d'orgueil pour notre pauvre esprit humain d'avoir pu pénétrer la pensée du Créateur et d'avoir reconnu les lois originairement imposées à l'univers. Pour la stabilité des mers , Laplace reconnaît qu'il suffit que l'eau des océans soit moins compacte , moins dense que la terre qui lui sert de vase , ce qui a lieu évidemment. Ainci dans la suite des siècles les mers ne se promènesur les continents dévastés , ce qui avait été
ET MÉTÉOROLOGIE. Sj
admis , mais à tort , par plusieurs physiciens spéculateurs. Là légèreté comparative de l'eau par rapport à la terre suffit pour mettre un frein à la fureur des flots, suivant Texpression de Racine , intercalée par Laplace lui-même dans l'énoncé de son théorème sur la stabilité des mers.
La nouvelle lune du 28 octobre ne produira qu'une marée de Stt degrés, celle de la pleine lune du 12 novembre sera de ici degrés, puis toutes celles du reste de Tannée seront faibles , et nous n'en parlerons plus.
Pour en finir avec les faits et gestes de la lune d octobre, nous dirons que le i5, vers six heuroset demie et vers onze heures du soir, elle passera devant deux étoiles du Bélier, Tune de quatrième et l'autre de cinquième grandeur. Le 19 elle occultera deux étoiles de sixième grandeur dans la constellation du Cocher, Tune vers une heure après minuit, l'autre vers trois heures trois quarts du matin. Ces phénomènes, précieux pour la détermination des longitudes , ne sont pas de ceux qui font spectacle pour les amateurs et pour les curieux.
Jupiter, Saturne et Mars sont maintenant visibles à diverses heures de la nuit. Les satellites de Jupiter, ses bandes nuageuses , l'anneau de Saturne , les éclipses des satellites de Jupiter, les glaces polaires de Mars offrent de curieux phénomènes. Je dirai à cette occasion que les océans de Jupiter excités par Faction de quatre lunes bien plus voisines de leur astre central que la nôtre, doivent être dans un état perpétuel de flux et de reflux. C'est quelque chose comme huit marées par jour, et le jour n'a dans cette planète que la durée de dix de nos heures au lieu des vingt-quatre
^- saillis ;^ ■' -'^r-.'^ ... ' ^ '•-''., ,.
38 AâTRO.XOlIIB
heures de notre jour ; cela doit un peu rompre la languissante monotonie du printemps perpétuel qui y règne. En somme, me disait un interrogateur obstiné, s'il fait fort beau dans Jupiter, il doit y faire fort ennuyeux! Liberté d'opinion là-dessus. Quant à moi, je n'ai jamais pu contredire sur une chose qu'il est impossible de savoir. Observons qu'à ce compte les habitants de Vénus qui ont des saisons et une climatologie si exorbitantes doivent vivre dans un ravissement perpétuel, à moins que, comme le personnage du vaudeville, ils ne puissent dire :
A force de bonheur
Je suis dans le malheur!
Nous leur ferons un jour ici une petite visite; mais en vérité cette planète, comparée à la terre et à Mars pour le développement des organisations vitales, laisse difficilement admettre la pensée d'êtres vivants analogues aux nôtres.
Passé le 17 octobre. Mercure offrira un croissant assez beau le matin, environ une heure avant le lever du soleil. Un télescope de moyenne force suffira pour reconnaître sa figure, analogue à celle de la lune avant le premier quartier. La lumière du crépuscule , bien loin de contrarier l'observation , la favorisera , en diminuant l'éclat trop vif de la planète , et par suite les imperfections de l'instrument qui servira à observer le croissant. C'est un adage admis parmi les astronomes « qu'il n'y a point de mauvaise lunette pour Saturne et pour la lune , mais qu'il n'y en a point de bonnes poui Mercure et Vénus.
L'expédition du prince Napoléon est de retour des mers polaires. Elle paraît avoir beaucoup observé et beaucoup collectionné. Nous la ferons connaître en ce qui concerne la physique du globe et la météorologie.
C'est par un important perfectionnement de la météorologie que je terminerai cet article. La météoro- \o^e comprend tous les effets des lois physiques que nous présente la nature dans son ensemble pour la terre , pour Teau , pour l'air et pour les météores ignés. Les particularités des tremblements de terre, des volcans , de la configuration du sol , des montagnes , des plaines sont de son ressort. Les eaux , les pluies , les neiges, les brouillards, la rosée, Thumidité de Tair, et en général l'irrigation naturelle du globe se rapportent aux météores aqueux. Les météores aériens comprennent tous les mouvements réglés ou irréguliers de Tair, les vents alizés et les vents de retour qui en sont la suite, les moussons, les brises de terre et de mer, les ouragans, les trombes, etc.; enfin sous le nom de météores ignés se classe l'immense variété des phénomènes de la chaleur, de l'électricité , de la lumière et du magnétisme, comprenant toute la climatologie et les productions de la terre qui éclosent et arrivent à maturité sous l'influence des saisons, les feux de la zone torride et les froids polaires, le jour, la nuit, l'aurore, les halos, Taro-en-ciel , les teintes du ciel, de la terre et de la mer, enfin tout ce que peut saisir l'œil , le plus parfait de tous nos organes des sens. Pour l'électricité et le magnétisme, nous avons le globe entier dans sa structure interne, l'agent de la foudre et l'agent muet qui dirige l'aûguille aimantée, l'un et l'autre employés
i(t ASTRONOMie
\fBr la science moderne à transmettre des dépêches jivfM: une vitesse incommensurable, sans compter l'ai-* manUilion du globe lui-même et ses singulières variations do siècle en siècle. Voilà la science à laquelle les |)ror<rHHeurs do physique, il y a cinquante ans, consarraiont doux ou trois leçons !
Depuis quel(]ues mois , l'Observatoire de Paris reçoit touH U*A jours la note de Tétat météorologique de la Franco ontiùro à se[)t heures du matin. On a le barom6tro nvoc sa hausso ou sa baisse, la température, la dinu'lion du vent , Tétat du ciel pour chaque jour et |)Our lu veille, ot cela pour les quatorze localités soiviintOH : Dunkerquo, Mézières, Strasbourg, Tonnerre, Paris, lo Havre, Brost, Napoléon-Vendée, Limoges, Montauban , Dayonne , Avignon , Lyon et Besançon. Rien do plus instructif ({ue ces tableaux comparatifs où Ton voit |)Oiir ainsi dire naître et se propager le beau temps Ht la pluio dans toute la France. Le directeur de TObwjrvaU^ire, scicoiulé noblement par l'administration des lignes tél(')graplii({uos, et, s'il faut le dire, par Tinfluenco d'une volonté toute-puissante , publie tous les soirs les documents recueillis et élaborés lo matin. Je n'hésite pas à dire que pour la direction des travaux agricoles, pour l'hyfçiôno publique et pour les mouvements maritimes, la hausso et la baisse du baromètre données dans le bulletin de l'Observatoire ont la même importance que la hausse et la baisse des fonds publics sur le marché financier de la capitale. Que sera-ce si le directeur de l'Observatoire obtient les moyens de faire pour l'Europe entière et pour tous les points reliés à la France par les télégraphes électriques ce qu'il fait au-
ET MÉTÉOROLOGIE. 4l
jourd'hui seulement pour le territoire français? Ce projet est déjà en voie d'exécution. Ce sera une des plus nobles conquêtes de Tintelligence sur les existences matérielles. On y verra le travail de la nature entière, on saura prévenir les accidents, préparer les productions du sol qui seront en harmonie avec la saison présumée de chaque année , on aura la théorie des courants d'air, et leur influence sera connue longtemps d'avance. La chaleur et les temps couverts seront prévus de même et annoncés au monde entier. Enfin il faut aussi compter les découvertes dues à l'imprévu , qui , même dans les sciences positives , a sa part comme partout ailleurs. Je n'hésite donc pas à regarder la publication météorologique de l'Observatoire comme établissant une ère nouvelle pour la physique du globe et faisant honneur à la France par l'initiative qu'elle a prise dans cet ordre des applications des sciences physiques. Il y a longtemps que Pindare écrivait que les caprices de la fortune et des éléments gouvernaient les vaisseaux sur la mer. Il importe donc de connaître ces caprices si variés. Au Lloyd de Londres et dans toutes les salles de Bourse des ports de mer, la direction de la girouette qui règle la possibilité des arrivages et des expéditions est toujours présente aux yeux des contractants. Il est donc étonnant que jusqu'ici on ait fait si peu d'attention à l'important bulletin de l'Observatoire. Les nouvelles qu'il donne des saisons de la France entière valent bien celles qu'on fait circuler dans le marché financier, et qui déterminent la hausse ou la baisse des effets publics. Depuis le 1 1 de ce mois seulement il y a baisse du baromètre, qui est encore à une hauteur extraordi-
•il ASTRONOMIE
\m\v, Ia^ bisiux jours que nous venons d'avoir ont été iiniioiu'ôs (uir iU*$ housses successives, malgré la per- HÎstaïuv iU\ vont du sud-ouest en général. C'est le cas signalé |)ar lloruco d*un beau temps avec le souffle du
\lbuA ut olwcuro deterjjet nubila cœlo s»*l>o Motus » neque parturit imbres
IVl*|IOlUiH».
linjour quoj'oxpnmaismon étonnement du peud'attonlion qvio jus(iu*ici on avait fait au Bulletin journalier dp la uuHikuitlo^io do la France, une des personnes de la ïMH'iôU^ prit lu (Hirulo ot me remercia d'avoir signalé rrtio iui|H)rUuUo publication; elle ajouta : a Au molupul do rotablissoment du chemin de fer du Nord, l'rlairt l'amont pnmMi>id do la maison Rotschild pour tiaitor aNoo Iom dolopiôs di^ maisons anglaises ; lescon- \onhoiiH dolnittuos ol adoptées, les Gnanciers anglais doiuiiiuh^ront \indolai pour signer, et la cause de cette doiiiando. rotait... la pluio qui tombait alors. On était au toiupM do la rtVolto dos blés. Je demandai ce que la pliiio <i\ait A tain^ tlans uottv marché. Il me fut répondu : Si la lorollo osl oonHaruv ot le prix des subsistances «Movô. non»» na\inMW lUMut do capitaux pour nos aclionudo rlionnti'i i\\^ for. * l>t exemple apporté par un htunnn^ ftnt i'hanKor i\ la si'ionoe théorique fera compiondro rondnon la »nôliH>ivlogio peut éclairer utilemont la mu'iôlo dans mi niaivho vers le bien public.
j3 octobre iS36.)
ET HÉTÉOBOLOGIE. 43
Les oomdtei. — Ii'éolipte de lune du 13 octobre. — Blode d'olMerration pour les aérolithes.
Je commence par rectifier un malentendu relatif à la comète de i858. Le retour de cette comète a été calculé par M. Bomme , de Middelbourg , en Zélande , pour le 2 août 1 858, avec deux ans d'incertitude avant ou après cette éqoque. M. Hind , dont l'autorité est trèsgrande dans cette branche de l'astronomie, et qui a fourni à M. Bomme les éléments les plus probables pour le calcul de son retour prochain , place cette date future entre le mois d'août i856 et le mois d'août i86o. Ce mois d'août, Indiqué plusieurs fois, a fait croire à ceux qui n*ont pas consulté les ouvrages originaux que la comète reviendrait au mois d'août, soit cette année, soit Tan prochain, soit enfin en i858, iSSq ou i86o. C'est une erreur. La comète peut arriver dans un mois quelconque. En i556 , elle parut de février en avril. En Chine , elle fut suivie à l'œil jusqu'aux premiers jours de mai. C'est à cette époque qu'elle se mêle à l'histoire de Charles-Quint, auquel elle sembla un astre de sinistre présage. Il fit , dit-on , là-dessuâ le second vers d'un distique latin, savoir le pentamètre suivant :
His ergo indiciis me mea fa ta vocant.
« Voilà donc mes destins écrits dans ces présages I »
Lo célèbre cométographe Pingre , lequel partage avec Dunthome l'honneur d'avoir reconnu que la comète de i55G était la môme que celle de 1264, et d'en avoir prédit le retour pour 1848 (date reportée par des calculs plus précis à i858), le Père Pingre, disons-nous, a traduit ainsi le demi-distique de Charles-Quint :
Par la triste comète Qui brille sur ma tète.
Je connais que les cieux M'appellent de ces lieux.
Je laisse au lecteur à apprécier cette poésie astronomique ainsi que le Parnasse astronomin de Chapelle, que nous allons trouver tout à l'heure. En 1264, cette comète parut avant le mois d'août et annonça la mort du i)ape Urbain IV. A son apparition précédente , elle fut vue par les Chinois , en juillet 975. C'est alors qu'elle fit manger par les souris le tyran archevêque de Mayence, dans la Mouse-ïhurn ou Tour des Souris, où il s'était réfugié pour fuir le fléau envoyé contre lui; anecdote familière à tous ceux qui ont descendu le Khin et passé près de la ruine en question. Enfin les Chinois ont enregistré en G83 une autre comète qui pourrait être identique avec les comètes de gSS , de 1264 et de i556, avec une période de retour d'environ trois cents ans. Ce sera de tous les astres soumis au domaine de notre soleil le plus curieux et le plus instructif pour la vaste profondeur de l'espace qu'il va sonder. Son retour donnerait une période chronologique assurée et la plus longue de toutes celles que les cieux nous offrent ; car, quant à la période do la révolution des équinoxes,
qui est de 27 à 28,000 ans, rhumanité est encore trop jeune pour songer à en faire usage.
n est remarquable que les Chinois , qui ont très-assidûment observé et décrit les comètes , n'aient pas partagé les craintes superstitieuses de TOccident par rapport à ces astres dont l'apparition est subite et tout à fait inattendue , sauf les quatre comètes de Halley, de Encke , de Biéla et de Paye. Avant la fondation de l'Académie des Sciences, en 1666, on n'osait pas ne pas avoir peur à l'apparition d*une comète. Braver l'astro indicateur de la colère céleste , c'était presque braver celle-ci ; c'était se donner le dangereux titre cPesprit fort. Voici, en abrégé, une pièce de Chapelle sur une apparition de comète qui mit en émoi le monde savant comme le peuple. C'est avec raison qu'on se figure toujours Chapelle à table et vidant bouteilles et pots, comme dit Rabelais. U était élève de Gassendi ainsi que Molière . et tous deux étaient initiés plus qu'on ne le croit généralement aux théories de la physique et de l'astronomie. Nous verrons tout à l'heure qu'il s'agit de la comète de i65a. On disait alors un comète et non une comète.
Et TOUS, cartésiens tameux, Sur ce comète tant affreux Mandez-nous ce qu'eût fait Descartes , De peur que son choc désastreux Ne mit tout notre monde en deux ; N'eût-il point eu les fièvres quartes?
.Qu'en pense le monde peureux?
.Que Teut cet astre aux Iohrs cheveux.^
ASTRONOMIE Qu*on dit Morin, le songe-creux?
Jo ne vous en parle qu^aiin De mieux savoir de vous l'issue Du dtncr où sans retenue Picard vous aura , dans le vin , Dit la vérité toute nue.
(jontez-nous donc votre festin; Si du Parnasse astronomin La troupe en parut fort émue.
Le grand Huges et le Cassin Ont-ils sué soir et matin A lunetcr, malgré la nue, Dans tout TOlympe cristallin?
Sa hauteur au juste ont-ils sue?
Ont-ils pu , depuis sa venue, Suivre sa marche et son chemin?
lliiizes, c'est lluygcns, elle Cassin, c'est Cassini. Nous remarquerons le mot lieureux de lunetery appliqué il (les astronomes célèbres pour leurs découvertes (hins le ciel, faites avec des instruments gigantesques. Morin, le premier astronome qui ait observé les étoiles en i)lein jour, était tout autant astrologue qu'astronome. Enfin l'abbé Picard fut le premier qui adapta des lunettes aux instruments géodésiques et aux niveaux, et qui mesura exactement la terre. Comme Morin mourut en i656, il est évident que l'épître de Chapelle est antérieure à cette époque. Chapelle, né en 1626, avait fait sa première pièce de vers à vingt ans, c'est-à-dire en 1646; c'est donc aux environs de i65o que les vers cités plus
ET MÉTKOROLOr.IK. ^ /|<j
e MM. Chacornac, (iuldsrhinidl ri Dini, à is la direction de M. \a} VcrriiM', no m« IoiiI ie //^^^^r activcmenl ù Hon inlc^nlion. Mn pu* lues faciles instruction» olîerli;.'! lri*.H-\H*.\w\ti ir le directeur de riJbsfîrvatoinî inipmjil , d'observaleurs-!jrniJteurH pourniiitnl uiit-m ron sa découverte au moyen d'un cUcuUcui lU:
appareil très- pou coi'iUmjx *'l d'un»! In-j* UniU 1. La corne te tant attfrndue ou ly'ptj fui vuif rem iere fois par un pay-^ji» wj^on» r;ili»y.<|j l'œil nu. comme on i a dit pou i t:hfji<;nt mi leux de la ri rc on • tô n ^ *• . m ;^ ; - i/ <'n ;j v < * i ; f ,* .
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nation de cette hauteur fut le triomphe de Cassini. Les vers de Chapelle rappellent aussi ceux des Femmes savantes, où il s'agit d'un astre qui eût brisé notre monde en morceaux comme du verre. En parlant d'un autre repas, Chapelle dit :
Molière que bien connaissez , Et qui vous a si bien farces , Messieurs les coquets et coquettes, Près de Broussin buvait assez Pour vers le soir être en goguettes.
A ces repas on discutait entre autres des points de science, et l'on savait, inter lances et pocula ,
Bien disputer, mieux contredire.
En joignant aux noms ci-dessus ceux du Père Mersenne et d'Auzout, on aura pour l'astronomie le tableau des savants de mérite qui conduisirent à la fondation de l'Académie des Sciences. Quant à ce que dit Chapelle des télescopiers qui suaient à luneter dans TOlympe cristallin , je pense que tout amateur ou savant qui a observé du soir au matin n'a jamais couru le risque de suer, car dans les nuits claires il fait toujours froid, et on grelotte bien plutôt, même en plein été. C'est ce que savait très-bien Homère mille ans avant notre ère. Chapelle n'était donc aucunement télescopier.
Pour revenir plus spécialement à notre comète, elle ne doit reparaître dans aucun mois précis , et dès ce jour il faut la chercher. M. Hind a publié un petit avertissement où il engage les astronomes à ne point risquer de 'ser passer inaperçue cette illustre visiteuse. Je crois
savoir que MM. Chacornac, Goldschmidt et Dien, à Paris , sous la direction de M. Le Verrier, ne se font pas faute de luneter activement à son intention. En prenant quelques faciles instructions offertes très-bénévolement par le directeur de l'Observatoire impérial, beaucoup d'observateurs-amateurs pourraient aussi concourir à sa découverte au moyen d'un chercheur do comètes, appareil très-peu coûteux et d'une très-facile installation. La comète tant attendue en 1769 fut vue pour la première fois par un paysan saxon , Palitzch , non pas à l'œil nu , comme on l'a dit pour enchérir sur le merveilleux de la circonstance , mais bien avec uno mauvaise longue-vue de huit pieds, dans une ferme et nullement dans un observatoire de plein exercice.
Quant aux questions que soulève cette comète, et en général les comètes, il y aurait plusieurs volumes à écrire là-dessus. Comme l'idée d'un choc nuisible à notre terre a été récemment admise dans un ouvrage d'un auteur de premier ordre , je me borne à protester aujourd'hui hautement contre toute idée de choc mécanique perceptible de la part d'une comète. Je suis en mesure de prouver que le choc d'une hirondelle décidée au suicide , et heurtant de plein vol un convoi de cent wagons entraîné par dix locomotives , serait mille fois plus dangereux pour le train en question que ne le serait pour la terre le choc simultané de toutes les comètes enregistrées dans les catalogues astronomiques. Qu'est-ce qu'une comète? C'est un rien visible. Plus lard nous en viendrons aux preuves physiques et mathématiques.
La marée de la pleine lune dernière, activée par les V. 3
5o ^ AmONDHIB
vents du sudouest, n'a que trop aux calculs oiathématiques des forées soglevMlei deli lune et du soleil. Les journaux da littoral de la FtaMS atlanticpie ont été remplis du récit des sîniatnB et des dégâts occasionnés par les lames d'une pleine merde 1 14 degrés rendue furieuse par la tempête. La démolition des ouvrages voisins du rivage, le déptaoeoMit d'immenses quantités de galets, le sapemeni de Vatrains escarpés et surplombants , le changement de profondeur des passes, ont été la suite de ces violents paroxysmes météorologiques provoqués par ks Ganeesles plus simples qu'il soit donné à Thomme de oonoamir quand il a Newton et Laplace pour révélateurs des kis de la nature. Les journaux quotidiens nous ont domé une partie de ces tristes effets de causes physiques et astronomiques. Je n'ai point encore de nonveUes de l'effet produit sur les travaux immenses qui s'exécutent à Quillebœuf et dans les environs pour améliorer It navigation de l'embouchure du fleuve de Paris et de Rouen. Là quelques lames de fond auraient bien vite balayé quelques millions de francs.
L'éclipsé du lundi 1 3 de ce mois d'octobre a été fovorisée par la plus belle nuit du monde : aussi a-t-dle été généralement observée et admirée par toutes les centaines de mille âmes que contient la capitale de la France. Plusieurs personnes qui avaient entendu dire qu'il faut observer les éclipses par reflet dans Peau, avaient mis devant leur porte un seau plein jusqu'aux bords, oubliant que cette précaution, recommandée par Platon, n'est utile que pour les éclipses de soleil, afin d'éviter de blessçr les yeux par l'éclat de l'astre
ET MÉTÉOROLOGIE. 5l
trop brillant. Le calme bassin d^eau de la place Saint- Sulpice réunissait à son pourtour un nombreux concours de gens qui regardaient dans Teau la lune éclipsée, enchantés de voir Téclipse un peu moins bien qu'à la simple vue.
C^ sait que dans les éclipses Tombre de la terre que traverse la lune éclipsée a environ un diamètre double de celui de notre satellite ; mais cette ombre est bien loin d'être complètement noire. Une lumière rougeâtre et obscure y pénètre de tous côtés. La lune est donc pour nous une sorte d*écran physique qui reçoit des rayons réfractés , réfléchis et difîractés dans l'ombre géométrique do la terre. C'est une étude trop longue et trop ardue dans l'état actuel de l'optique pour que nous puissions la présenter à nos lecteurs. Nous en sommes encore à recueillir des faits. Quant à l'observation faite plusieurs fois d'une disparition complète de la lune dans les éclipses dites totales de cet astre , je ne la comprends pas plus que la teinte tout à fait blanche que j'ai moimême observée plusieurs fois sur des parties éclipsées de la lune. Quant aux théories , je prie les physiciens de croire qu'elles ne m'ont pas manqué. La plus plausible qui me reste dans la mémoire, c'est que l'illumination blanche de parties considérables de la surface de la lune situées dans l'ombre géométrique provenait d'un double mirage du genre de ceux dont les annales de l'optique météorologique nous offrent de curieux exemples.
Quelques personnes ont estimé que Jupiter, qui se trouvait dans le voisinage de la lune éclipsée, était plus brillant que la portion qui restait non éclipsée. Je n'ai
5î ' ASTRONOMIE
pu juger do cette relation optique; mais le disque lunaire étant environ deux mille fois plus grand en superficie que celui de Jupiter, et Téclipse laissant subsister plus des deux centièmes de la partie éclairée de Tastre , cette estime n'est nullement justifiée théoriquement. J'avais oublié de recommander l'observation du moment où la lune aurait cessé de donner des ombres sensibles. Quant à l'ombre produite par Jupiter, elle n'est perceptible que dans une chambre bien noire et bien close , avec un écran bien blanc, et en admettant la lumière de la planète par une ouverture peu large et quand le ciel est lui-même bien obscur, sans crépuscule et sans clair de lune. Vénus est avec la lune et le soleil le seul astre qui donne des ombres en plein air. On voit qu'une bonne monographie des phénomènes produits pendant une éclipse de lune peut avoir de l'utilité scientifique. En reproduisant artificiellement les circonstances de l'éclipsé par des écrans convenablement éclairés, les physiciens prépareraient une théorie complète du phénomène astronomique. Mais comment tout dire sur ce sujet?
L'année prochaine il n'y aura que deux éclipses, et d'après la règle indiquée dans le dernier article, toutes deux seront dos éclipses de soleil. Donc point d'éclipsés de lune avant i858.
Le 2 du mois de novembre prochain, la planète Merr cure sera vue le matin à son plus grand éloignement du soleil. Elle se lèvera à cinq heures du matin, une heure trois quarts avant le soleil. Elle présentera au télescope la même phase que la lune en premief quar- *'er, c'est-à-dire un disque rond coupé en deux, dont
une moitié seule sera iUuminée. Un télescope d'une force très-moyenne ou une bonne longue-vue montée sur un pied pourront rendre la phase sensible.
Point de phase remanjuable pour Vénus cette année.
Le 9 de novembre, à une heure vingt minutes du matin , la planète Jupiter sera éclipsée par la lune qui passera devant. Jupiter restera occulté jusqu'à une heure cinquante-trois minutes. Ces dates sont pour Paris, temps moyen. Je les dois à l'obligeance de M. Daussy, de l'Académie des Sciences. Ainsi la planète reparaîtra après trente-trois minutes passées derrière le disque de notre satellite. Il est bien entendu que c'est une heure vingt minutes et une heure cinquante- trois minutes après le minuit séparant le 8 novembre du 9 que le phénomène aura lieu.
C'est pour reconnaître l'existence de l'atmosphère de la lune que ces occultations sont très-utiles, et tous les astronomes en possession d'une bonne lunette devront observer exactement l'effet qui sera produit quand la planète approchera du bord de la lune. Voici ce qui a été observé au Canada par M. Chalmers le 19 août de cette année : « Il semblait que la lune repoussât la pla-^ » nète , et retardât le contact des deux disques. Au fait , » la planète parut stationnaire pendant quelques se- » condes, et cependant, à mon œil, elle était restée » parfaitement ronde. J'attribue cette illusion à la ré- » fraction. » L'espèce de stationnement qu'a montré la planète irait très-bien avec l'idée d'une atmosphère ; mais la non-déformation de la rondeur de son disque est en contradiction avec cette hypothèse. Provisoirement , je ne crois pas plus à l'atmosphère de la lune qu'à ses ha*
bitants; mais robservatîon de roccultation dn 9 novembre, entre une heure et deux heures du matin , n'en est pas moins de la plus haute importance pour décider la question. H faudra surtout observer le moment où le disque éclipsé formera un croissant délié, car sdors la réfraction devrait amincir ce croissant outre mesure. Quand la planète sera en partie éclipsée, il sera trèsbon de noter si sa surfoce est plus brillante ou moins brillante que la surface de la lune. Gomme la lumière du soleil, quand elle illumine Jupiter, est vingt-sept fois moins intense que quand elle éclaire la lune, il est curieux de comparer Téclat intrinsèque des surfaces des deux astres.
Après avoir indiqué qu'il n'y a point maintenant de taches sur le soleil , et avoir rappelé que l'année i855 a été remarquablement pauvre en taches solaires, nous terminerons par la mention de la période des étoiles filantes du 1 3 novembre prochain , et de ce qu'il y a à faire pour cette circonstance.
£n admettant que les étoiles filantes sont des corps célestes très-petits qui s'enflamment en pénétrant dans notre atmosphère , leur première apparition doit avoir lieu vers les confins de cette mer aérienne qui a 60 kilomètres de profondeur, et qui constitue notre atmosphère. C'est ce qui a lieu généralement. Le choc de l'air contre ces masses doit en déterminer l'incandescence, comme on voit dans le briquet à air V air comprimé enflammer l'amadou et d'autres corps combustibles. Parmi les assertions plus ou moins vraies de l'antiquité, ou, si l'on veut, plus ou moins probables, se trouve cette par^ ticularité que le plomb lancé par les frondes des habi-
tants des lies Baléares devenait incandescent en fendant Tair. Virgile dit très-poétiquement :
Balearica plumbum Funda jacit; Tolat îllud et iocandescit eundo.
Pline va plus loin et dit que la balle de plomb se fond par la chaleur qu'elle prend dans sa course. Comme il me semble que du plomb mis dans un foyer très-ardent mettrait à se fondre plus de temps que n'en met une balle à frapper le but, je crois, qu'en qualifiant ces assertions de Pline et de Virgile de plus ou moins vraies, le/7/£^ pourrait bien être de trop. Mais quant aux aérolithes, il en est qui , par leurs détonations , ont montré un échauffement considérable et indubitable. Leur vitesse est très-suffisante pour cela. Le i3 novembre est avec le lo août une époque où le nombre des étoiles filantes est considérable. La terre semble marcher au milieu de ces petites planètes qu'elle arrête par son atmosphère, et qu'elle fait tomber sur elle par la pesanteur résultant de sa masse. H serait donc bien curieux de constater l'existence de ces volées de petits embryons planétaires autrement que par la lumière qu'ils donnent en se consumant. La pleine lune de novembre prochain tombant précisément le 12 de ce mois, son éclat contrariera beaucoup l'observation des étoiles filantes d'un faible éclat. En général , la lune est le fléau des observations délicates qui demandent un ciel parfaitement obscur. Pour parler moins poétiquement, la lune près de son plein est la bête noire des observateurs du ciel. Elle est, comme les interminables crépuscules de Tété , abhorrée par les chercheurs de comètes, les chasseurs de
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petites planètes , les catalogueurs d'étoiles ao-deasmis de la huitième grandeur, enfin par lesdeesÎDateursde nébuleuses et de taches planétaires , sans compter les dédoubleurs d'étoiles jusqu'ici réputées simples. M. Coulvier- Gravier, la sentinelle vigilante qui compte depuis bien des années toutes les apparitions des feux météoriques, a constaté que , depuis plusieurs périodes, l'époque du ]3 novembre est beaucoup moins riche en étoiles filantes qu'elle ne l'était autrefois. Je n'ai pas besoin de dire qu'il maudit de toute son &me la malencontreuse I)leine lune prochaine. Je me hasarderai à lui consdller, à lui et aux autres amateurs de météores « de tenir une lunette pointée pendant plusieurs heures sur la pleine lune. Alors il serait possible que, même sans pénétrer dans notre atmosphère et sans brûler, les petits corps où planéticulcs extra-terrestres fussent vus comme des points noirs passant sur le disque de l'astre. J'ai moimême autrefois , avec M. l'abbé Moigno , tenu pendant (les heures entières l'œil à la lunette dirigée sur le soleil couchant pour apercevoir ces petites planètes. Nous voyions à des distances prodigieuses des hirondelles et d'autres oiseaux traverser comme des points noirs le disque brillant du soleil dont l'éclat était modéré par un verre coloré. J'avoue que je tiens beaucoup à cette idée do sonder l'espace céleste au moins jusqu'à la distance de la lune, car puisque le gigantesque télescope de lord Rosse nous a montré des roches et des amas de pierres sur les flancs et dans les cratères des volcans lunaires, on pourrait apercevoir ces minimes planètes passant devant le soleil bien plus loin que cette distance. Le soleil , outre son grand éclat , a sur la lune l'avan-
tage d*un disque toujours plein et sans phases. Mais , dira-t-on, n'est-il pas déjà quelques indices de ces existences planéticulaires ? Le hasard n'a-t-il jamais fait entrevoir quelque chose de semblable? Le soleil et ses taches ont été souvent observés. Que dit l'histoire de la science dans ses documents originaux et non point dans les compilations qui n'apprennent que ce qui est déjà du domaine public? Tout le monde sait que lord Bolingbroke voulait trouver un moyen de rendre incombustibles tous les livres originaux , puis mettre le feu à nos immenses bibliothèques pour les réduire à de simples petits appartements. Voici, entre quatre ou cinq faits que me fournit ma mémoire relativement à la question présente, deux circonstances que je mentionnerai. Il n'y a pas de doute que les érudits scientifiques nous en fourniront d'autres d'^ici à peu de temps.
i"* Les météorologistes notent deux époques de l'année , savoir vers le 5 mai et vers le commencement de février , où il y a pendant quelques jours un subit et inexplicable abaissement de température qu'ils attribuent à des nuées de météorites qui , à cette époque , passent, suivant eux, entre le soleil et nous. Soit. Mais la distance de ce nuage cosmique , de ces petites masses chaotiques peut être telle , que les plus forts télescopes ne pourraient nous les rendre visibles. Hien n'empêche cependant de chercher à les apercevoir vers les époques indiquées ci-dessus.
En second lieu, voici une observation de Messier, qui n'a jusqu'ici attiré l'attention de personne autrem^it que pour faire acte de suspicion d'erreur et d'incrédulité. En observant les taches du soleil le 17 jnin
>r"7- ^*^"*' «î^tronomo très-exercé vil de onze heures quaran(o-si\ nûnutos jusiiu à onze heures cinquante et une miiiuios. oVsl -à-dire pondant cinq minutes entières, l>aïk<iT do\ nnt 1o soioil une innombrable multitude de petits oorps r\>nds. noirs, bien terminés, remontant de la droilo \ors hi puohe, à peu près tous égaux entre ou\ » oonuuo soraionl dos grains de sable arrondis ou dos jjrainos tim^s ol n^ndosdo certaines plantes. Il y en a>;ut (virfois uno si i^rando quantité, qu'ils cachaient les taohos du soloiK qui étaient bien plus larges que ces globulos. I.our diamètrt^ apiviront était de trois secondes, 00 qui . aux liinitt'S do l'atmosphère à 60 kilomètres, oorn siH^uvi à ilos iH»l\los planètes ayant des dimensions do moins d'un môlro. Ce n'étaient pas des oiseaux, car oii ou aurait vu U^ aili^, le col et la queue; et, d'aillours. où prondn^ uno voloo si nombreuse? Boscowich s'.uTôla ;\ Tidoo ilo j;nMons gros comme la tête d'un onf.int : ukiIs oonunont 00s jznMons auraient-ils existé daus la dinviion du soioil, qui était très-élevé, sans qu'où ontoiulit ousuilo parlor do leur formidable chute daus K\î ou\ irons do Paris? Tout le monde sait que la iiijMo ost un môtooro do temps calme. Qui aurait pu lui donnor uno vitosso do l'ouost à l'est capable de lui faire travorsor on iloux sooondos le disque du soleil? Comment 00s pierres do gnMe , comme les appellent les Espagnols, auraiont-olles été en remontant contre toutes les lois do la gravité , tandis que les grêlons bien moins gros de la grêle ordinaire hachent les plantes , les arbustes et les branches des grands arbres dans leur chute même paisible? Comment Messier et Boscowich n'ontils pas- remarqué que la marche des petits corps qui
ET MKTÉOaOLOGIE. 69
passaient devant le soleil était comme l'orbite de la terre dans le plan de Técliptique? Comment les prétendus gréions auraient-ils été tous de même grosseur et de même force , tandis qu'il n'y en a pas deux semblables dans une averse ordinaire de grêle ? En voilà trop sur cette bizarre hypothèse.
Ce qui est bien important a remarquer, c'est que si deux observateurs placés à un kilomètre de distance l'un de l'autre, et communiquant par un tout petit télégraphe, pouvaient noter le passage de la même petite masse sur le soleil et sa position vers le haut et vers le bas du disque , on calculerait de suite la distance de ce corps à la terre. On pourrait ainsi reconnaître et distinguer par leur distance les diverses volées de ces petites planètes , du moins pour celles qui ne sont pas trop loin de nous.
Les amateurs sont donc bien prévenus qu'ils ont la chance de trouver mieux que les étoiles filantes ordinaires en lunetant avec persévérance à des époques indiquées , et notamment vers le 1 3 du mois prochain , soit sur le soleil , soit sur la lune, mais surtout sur le soleil. Avec un petit télescope de l'opticien Soleil et une image de l'astre projetée sur un carton blanc , on pourrait , tant l'observation est facile , mettre un invalide en faction près du télescope pour signaler Tapparition des météores sur le disque de l'astre , en ramenant de temps en temps sur le carton blanc l'image mobile du soleil. En parlant de l'astronomie ^ Fontenelle dit : « Dans cette science , l'art d'observer est lui-même une très-grande science; » mais pour l'observation que je propose aux amateurs , rien de plus simple : c'est de la patience et
M» d0 lÎMliielé qâ «rt nqMB. llHB iwioM « qnti prodidn le pfénat appd j en poMeHioB d* w t peu deloifirei bmÊCompàb] J*ti rémrré pcmr h is la ] Ifit coniidértUoiis qui te i dame pour die la pla cmmneoela eai probable, pluiieura voléei de petite oorpa notre terre comnie la lune , tes atget de cet petîtea lunée ou de ces lunes devant le diacjue du aoleil ou < notre andenne lune peuvent reiistence de cet ntelliiea qui autraoMnt i aiblea à jamaia.
(3ooelobni856.)
ET MÉTÉOHOUHSIB Cl
Taches dn soleil. — Ziégèreté InoonoeTable des comètes sulTant sir John Hersohel. — Expédition astrono* mique de M. INaszi Smyth au pic de Ténériffe. — Éphéméride céleste pour la fin de novembre.
— Mais enfin , monsieur, je voudrais savoir ce que c'est que les taches du soleil. — Permettez-moi de vous répondre comme Talleyrand à son carrossier, qui lui demandait quand son mémoire serait soldé : Vous êtes bien curieux ! — A qui donc s'adresser pour le savoir, si ce n'est à un savant? — - Prendre le titre de savant , c'est être bien ambitieux.
Un grand titre est un poids difficile à porter.
Pythagore , que l'on voulait décorer du nom de sage , se contenta de celui de philosophe , qui voulait dire alors ami de la sagesse. Mettons que je suis amateur de science et tout entier à votre disposition. — Si vous ne me répondez pas, je dirai : A quoi sert-il d'être académicien? — Cela sert, d'après Duhamel, le prédécesseur de Fontenelle comme secrétaire de l'Académie des Sciences, à pouvoir dire : Je ne sais pas. — Et comment? — Parce que les gens superficiels se croient obligés d'avoir réponse à tout, et que ceux qui font de la science sérieusement n'ont pas honte d'ignorer ce qu'on ne peut encore savoir. Socrate disait : Tout ce
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Il in-.^i mil hiii '!"''* '''^" ^^^ ^"* P**"^^ ^"^ ^"^ ^^ ,i„ „„ ,„, îMiii pjis lîMcorc bien. — Voyons donc Topi- „,,,„ I,, piuti [iinlMliNs r.<5llo qu'on admet généralement.
I.:., ii.iiiiMiniin'M oriliMairoment s'occupent peu de , ,.,,..„.„„i„ iih^MKiur ol n'en font qu'accessoirement. .M s,.«...« > «»N«»Ji »'"""*^ ""*^ intention spéciale, mais il i, ., ,.u uvtU-.M »'•»•' •^'''* P>'^^J*'*^*' d'expériences.
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ET HÉréOBOLOGIE. G3
du reste le fondement de Tastronomie. Suivant cet incomparable observateur, les taches du soleil sont produites par des cavités , des ouvertures qui se font dans Tenveloppe lumineuse du soleil. Cet astre n'est pas lumineux par lui-même. C'est un noyau obscur recouvert et enveloppé d'une atmosphère brillante , laquelle nous envoie la chaleur et la lumière qui , sur notre terre, se traduisent en saisons et en climats, en productions végétales et animales , et enfin en tout ce qui est du domaine de la météorologie.
Herschel admet que l'espèce d'océan de matière chaude et lumineuse qui forme le contour apparent du soleil est une couche assez mince suspendue à distance audessus du corps solide et obscur de l'astre qui, se trouvant ainsi soustrait à la nécessité d'être lui-même à la chaleur de nos fourneaux les plus actifs, pourrait admettre des habitants. En général , la rage de peupler les astres a gagné un grand nombre de têtes savantes. On a voulu peupler la lune et toutes les planètes. Pour la lune, nous la voyons assez bien pour être assurés que rien n'y végète, n'y change et ne se meut. Les volcans même en éruption actuelle y sont fort problématiques. Les planètes , d'après l'analogie de la terre , peuvent être considérées comme peuplées d'animaux et de végétaux. On n'a pas manqué d'y placer des êtres doués de raison et analogues à l'être pensant de notre terre, à l'homme. Mais celui-ci est depuis si peu do temps en possession de cette planète > que le raisonnement d'analogie sur lequel on s'appuie aujourd'hui n'aurait rien valu il y a quelques mille ans, à l'époque où l'homme n'existait pas encore. Quant au soleil , toutes
les analogies sont contre l'idée de le regarder comme ayant à sa surface et sous son enveloppe ardente des êtres vivants , soit végétaux , soit animaux.
La cause qui fait que cette couche incandescente vient à se rompre, à s'entr'ouvrir pour nous laisser voir le noyau obscur du soleil , est parfaitement inconnue. On voit, tout autour de l'espèce de puits qui s'ouvre, l'éclat de la surface solaire diminuer jusqu'aux bords escarpés dé l'ouverture qui s'est formée. On aperçoit l'épaisseur de sa couche brisée, et , par-dessous, la vue pénètre jusqu'au corps solide et comparativement noir de l'astre. La cause qui rend lumineuse l'enveloppe solaire nous est aussi inconnue que la cause qui, de temps en temps, en produit la rupture. Une constitution si singulière dans cette masse gigantesque , qui est qua> torze cent mille fois plus volumineuse que la terre , interdit tout présomption d'analogie avec ce que nous voyons à la surface de notre globe.
L'océan lumineux qui recouvre le soleil est loin d'être dans un état de calme absolu. Souvent toute la surface solaire est couverte de petites protubérances lumineuses qu'Herschel père compare aux petites inégalités arrondies qui s'observent sur la peau d'une orange. D'autres fois ces espèces de vagues lumineuses ne couvrent qu'une partie de l'astre. Tantôt ces vagues sont étendues comme celles d'une mer houleuse qui ne brise point, tantôt elles dégénèrent en un petit pointillé à grains très-serrés comme les aspérités de certains fruits , et notamment de ceux du cornouiller. On a reconnu, par le mouvement de ces taches, que le soleil tourne sur lui-même en vingt-cinq jours et un tiers en-
viron. Quand la matière lumineuse s'entasse en quelque point , elle y forme une tache brillante qu'on appelle facule, et dont l'apparition précède souvent la rupture qui produit la tache à centre noir. Rien de plus varié que la forme de ces ouvertures , qui offreit des dentelures et des déchirures bizarres sur les bords de l'escarpement.
L'éclat des bougies, des lampes, des becs de gaz et des métaux en fusion est plusieurs milliers de fois moins grand qu'une étendue pareille découpée sur le disque du soleil. La lumière électrique seule est comparable à celle du soleil , et même en transmettant le courant de la pile par certains métaux , M. Foucault a trouvé dans la lumière électrique décomposée par le prisme des bandes brillantes supérieures en éclat aux bandes correspondantes que fournissent les rayons du soleil. On a donc pensé que la lumière du soleil était une lumière électrique et le soleil entier une grande pile voltaïque; mais personne n'a pu constituer raisonnablement cet immense appareil. U est probable qu'il nous manque bien des données pour en arriver là. Si nos devanciers, qui ne connaissaient pas les feux électriques , avaient été forcés de faire la théorie de l'incandescence du soleil , il est évident qu'il leur eût manqué ce puissant agent théorique , comme sans doute il nous manque encore bim des connaissances pour établir ou même entrevoir la cause qui rend lumineux et notre soleil et les autres soleils en groupes innombrables qui remplissent les profondeurs de l'espace à des distances incommensurables.
On s'est à juste titre préoccupé de l'influence que
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ET HÉTÉOROLOGIE. 67
rait, jusqu'à un certain point, trouver dans la plus ou moins grande quantité de ce grain un indice de la force calorifique du soleil.
On m'a fait souvent la guerre sur mon optimisme relativement à l'organisation de la nature, et notamment sur l'action des co-uètes, que nous allons retrouver tout à l'heure. Plusieurs personnes semblent regretter qu'il ne leur soit pas permis d'avoir peur, comme sir on leur enlevait une jouissance en leur ôtant une émotion. Voici une belle loi de la nature qui infirme le témoignage que l'on demandait aux récoltes relativement à la chaleur solaire. Toute plante , pour arriver à maturité et produire ses graines , exige une certaine (^lantité déterminée de chaleur. Le froment en demande beaucoup plus que l'oi^e ; aussi , sur les cartes physiques, voit-on la limite des pays qui produisent cette dernière céréale beaucoup plus élevée vers le nord que celle des pays à from.ent. La loi agricole dont je voulais parler consiste en ce que la somme totale de chaleur qu'il faut au blé , par exemple , pour mûrir, peut lui être fournie , soit par un petit nombre de jours très-chauds , soit par un plus grand nombre de jours plus tempérés. Ainsi, en admettant un soleil sensiblement affaibli, le blé , en France, mûrirait seulement un peu plus tard. La moisson serait différée de quelques semaines y voilà tout. Elle ne serait pas moins abondante, et, par conséquent, la récolte plus ou moins avantageuse n'a rien à voir avec la chaleur du soleil. Il y a toujours de la chaleur de reste pour mûrir les céréales. L'influence de l'affaiblissement du soleil ne se ferait donc sentir que sur l'époque de la moisson. C'est
donc là , comme je viens de le dire tout à Theure , qu'il faudrait chercher un moyen de tâter le pouls à notre soleil. Au reste, la physique possède maintenant des moyens directs de mesurer la chateur totale du soleil et de la comparer à des étalons fixes d'année en année : quand on voudra établir les appareils de physique sur une échelle aussi grandiose qu'on l'a fait pour les instruments d'astronomie, ces belles questions seront abordables expérimentalement. J'ai déjà dit à mes lecteurs qu'à l'Observatoire quelques pas avaient été faits dans cette voie. Mais si , comme l'a dit Franklin , le temps est l'étoffe dont la vie est faite , à plus forte raison est-ce l'étoffe dont se fait la science , qui exige successivement la vie d'une série d'observateurs avant d'arriver à ses brillantes et utiles découvertes.
La vigne , dont le fruit mûrit à peine dans les environs de Paris , serait pour l'idée d'Herschel un critérium meilleur que les céréales; mais l'époque plus ou moins retardée de la récolte trouble tout en permettant à la plante de recevoir plus longtemps l'influence de la température. Quelques auteurs citent des exemples de maturité de l'orge obtenue en six ou sept semaines dans la Laponie, sous les rayons d'un soleil qui ne se couchait presque pas. Si ma mémoire ne me trompe , il suffit de 12,000 degrés de chaleur pour mûrir l'orge , tandis que pour mûrir le froment il en faut i8 à 20,000. Mais, je le répète , la nature a donné d'admirables facilités à la fructification en permettant à la plante do recevoir la dose de chaleur qui lui est nécessaire en un plus ou moins grand nombre de jours. Restreignez cette tolérance de Forganisation végétale , et les céréales cesse-
ront d'être Vapprovisionnemeut presque infaillible des oent cinquante millions d'habitants de la puissante Europe. Je laisse à regret de côté une infinité de déductions importantes pour Tagriculture , que le lecteur pourra trouver dans Texcellent ouvrage de M. le comte de Gasparin, membre de l'Institut.
On m'a accusé d'un peu d'exagération dans l'estime infiniment réduite que j'ai faite de la matière des comètes. Voici tes paroles d'une haute autorité scientifique , de sir John Herschel , associé étranger de l'Académie des Sciences, et aussi excellent physicien qu'astronome infatigable et mathématicien pratique. Les vues d'un esprit de cette capacité et de cette illustration auront , je l'espère , quelque poids , et , indépendamment de cette autorité même , je préviens les incrédules que je tiens encore en réserve deux autres arguments à fortiori qui réduisent les comètes à pouvoir à peine fournir assez de substance pour la médecine homœopathique. Voici les paroles de sir John , sous le titre: Excessive ténuité des Comètes: a En un » mot , la queue d'une grande comète pourrait bien ne » consister qu'en un très-petit nombre de livres ou » même de quelques onces de matière ! ! ! » Voilà du positif. [Outlines of Astronomy-y art. 559; i85o.)
J'ai déjà donné le poids de la terre en kilogrammes. Le nombre comprend une ligne entière de zéros à la suite des premiers chiffres. Il est inutile de le récrire ici; ihais le lecteur pourra s'assurer que la comète de sir John Herschel ne serait pas à la terre ce que le plus petit moucheron serait à l'éléphant ou à la baleine, et sa queue^ fût-e.lle /ormée du poison le plu3
violent, ne pourrait pas nuire aux existences vitales les plus éphémères de la nature. On lit dans quelcpiesuns des ouvrages les plus en vogue dans le dernier siècle cette boutade latine contre la prétendue légèreté des femmes :
Quid levius pluma P — Pulvîs, — Quid puîyere? — Ventus.
— Quid vento? — Mulier. — Quid muliere? — Nihil.
« Quoi de plus léger que la plume? ~ La poussière. — Que la poussière? — Le vent. — Que le vent? — La femme. — Que la femme? — Rien. »
11 n'est personne sans doute qui n'ait devancé ma plume pour dire : Et les comètes donc? Au reste , s'il y a des femmes bien légères , il y a des hommes bien lourds , comme le disait une dame d'esprit à un ennuyeux interlocuteur qui lui ressassait cette vieille métaphore.
J'inaugure avec plaisir la mention que j'ai promise des voyages scientifiques, par une expédition récente faite au pic de Ténériffe par le jeune astronome royal d'Ecosse, M. Piazzi Smyth, déjà bien connu des savants par la rigueur qu'il cherche à obtenir dans toutes ses observations. C'est le fils du célèbre amiral Smyth , dont les ouvrages comme astronome , comme marin et comme antiquaire ont obtenu une réputation universelle. Son livre sur la Méditerranée , dont il a fait l'hydrographie, et quelquefois de concert avec des officiers français, est un modèle en tout genre. Son cycle d'objets célestes n'est pas moins estimé. L'amiral Smyth, alors capitaine, était accompagné, dans ses croisières géographiques, par sa femme, qui
ET MÉTÉOBOLOGIB. 71
savait mettre TGoil au baromèlre et au thermomètre auaai bien que la main aux tables de logarithmes, et je crois savoir que la jeune femme de Fastronome royal d*£cos8e a suivi l'exemple de sa belle-mère , et a accompagné son mari dans sa rapide excursion astronomique où celui-ci avait, suivant un vers d'Homère, à soutenir la grande renommée de son père et la sienne propre»
Cette expédition est curieuse à plus d*un titre. D'abord M. Piazzi Smyth trouva dans M. Robert Stephenson , membre du Parlement , un appréciateur de ses futurs travaux astronomiques, qui lui prêta un magnifique yacht à vapeur avec seize hommes d'équipage, approvisionné pour tout le temps de Texpédition , à peu près comme à Paris un ami prête son cheval pour une promenade au bois de Boulogne, ou plutôt comme une dame prête à une amie de province , pour le même motif, sa voiture, ses chevaux , son cocher, avec un laquais et un groom. Le voyage, qu'aucun accident n'a contrarié, a duré en tout cent dix -sept jours, dont trente-six ont été passés à la mer, dix-huit dans rtle et en plaine, trente-sept dans la montagne, à une hauteur de 2,700 mètres, et enfin les vingt-six autres à 3,320 mètres.
Dans les deux localités successivement occupées sur la montagne au-dessus des couches d'air grossier et imparfaitement transparent du rivage, les rayons directs du soleil étaient bien plus vifs qu'ils ne sont en Angleterre et même en France. Les thermomètres se brisaient ou dépassaient les graduations extrêmes. Malheureusement Texpédition n'avait point les thermomètres meta-
Statiques de M. Walferdin , qui n'eussent jamais refusé service. Peu de personnes savent que Tair traversé par les rayons d'un astre, même perpendiculairement et par le plus court chemin , fait perdre à ces rayons le tiers ou la moitié de leur force. A ces hauteurs, la chaleur et la lumière du soleil n'avaient presque rien perdu de leur intensité. M. Smyth put observer facilement l'effet de la chaleur de la lune , que Melloni avait eu tant de peine à rendre sensible dans des expériences faites aux environs de Naples. Quoique la lune fût alors trèsbasse, l'effet de ses rayons était encore le tiers de celui des rayons calorifiques d'une bougie placée à 1 5 pieds anglais de distance. Je supprime pour le moment les conséquences météorologiques de cette belle observation.
Aux deux stations, mais surtout à la plus élevée, qui ne fut pas atteinte sans une peine extrême, en démontant par pièces tous les grands instruments et avec de nombreux auxiliaires en hommes et en mules, l'effet des télescopes au sein de ce ciel pur fut vraiment merveilleux ; notre astronome ne tarit pas là-dessus en exclamations admiratives. L'instrument, qui, en Angleterre, atteignait seulement les étoiles de dixième grandeur, arrivait alors facilement jusqu'à celles de quatorzième. Les images télescopiques étaient nettes et parfaitement définies ; toutes les étoiles doubles enregistrées comme types de difficulté optique dans l'ouvrage de l'amiral Smyth , père du voyageur, cédaient sans peine et se dédoublaient aisément dans cette atmosphère si peu compacte ; la troisième grande étoile d'Andromède, Gamma, a près d'elle une belle petite étoile
bleue composée en réalité de deux petites étoiles bleues excessivement difficiles à séparer , et qui ne sont pas à une seconde de distance. On les distinguait sans peine dans cette heureuse localité. On voyait parfaitement les divisions les plus fines des anneaux de Saturne, la topographie de la lune , et enfin sur Jupiter on voyait les nuages se former et changer d'aspect comme ceux que Tobservateur avait sous ses pieds, le long des flancs du pic. Je dois dire que les mêmes observations ont été faites par M. Chacomac à l'Observatoire de Paris , et j'ai vu les dessins de beaux ensembles de cumulus longeant l'équateur de cette planète et dont les dispositions ne différaient aucunement de celles que nous donne la photographie perfectionnée de nos nuages terrestres. Une excellente lunette de 25 centimètres d'ouverture, construite par M. Secrétan , et récemment achetée pour l'Observatoire , a pu , malgré une position comparativement défavorable , rivaliser avec les observations faites sur le pic de Ténériffe dans une situation tout à fait exceptionnelle.
Le concours que tous les corps savants d'Angleterre et tous les particuliers ont prêté au jeune astronome est aussi honorable pour lui que pour sa patrie. L'accueil qu'il a reçu des autorités espagnoles et du peuple dans l'Ile de Ténériffe est aussi très-encourageant. Jusqu'ici on avait toujours eu l'idée de bâtir des observatoires permanents dans des localités choisies. L'expédition qui vient de se terminer le i4 octobre dernier a donné l'exemple de profiter des mois favorables dans chaque saison. Elle a rapporté une grande récolte d'observations précieuses, mais surtout elle a reconnu les
moyens à employer pour une prochaine installation. Sans doute , dans Tannée 1857 , où Vénus sera en période favorable pour Tobservation , on pourra voir de l'observatoire momentané du pic les taches de cette planète , qu'on ne voit guère en Europe que sous le (ùcl de Rome , et jamais à Paris. Cela nous donnera r inclinaison si mal déterminée de la ligne de ses pôles, d où résultent des saisons si prodigieusement différentes des nôtres. Félicitons le jeune astronome de son acti* vite , de son habileté et de son succès. C'est une lettre de change qu'il a tirée sur lui-même pour Tannée pro* chaine. Voici maintenant pour la France la moralité de ma narration.
Nous avons en France le pic de Ténériffe : il s'appelle le pic du Midi , près de Baréges. Il a près de 2.900 mètres de hauteur. Il est parfaitement accessible, même aux curieux, qui, dans la saison des eaux, y montent chaque jour à cheval. Cette station est inte^ médiaire pour la hauteur entre les deux stations de M. Piazzi Smyth , qui , Tune et Tautre , faisaient mer* veilles. Notre excellent géographe et géodésien le colonel Peytier, à qui Ton doit la carte de la Grèce, a stationné environ deux semaines sous la tente au sommet du pic du Midi, qui est très^accessible en juin, juillet, août et septembre. Nous avons chez nous d'excellents obsenateurs, des lunettes de premier choix, un pic de 2,877 niètres de hauteur. Il est évident qu'il faut mettre les lunettes et les observateurs sur ce pic Tété prochain. J ai moi-même essayé la station du sommet do Ciinigou , qui a 2,786 mètres et qui paraît à peu près complètement abritée des nuages dits cumulus. Je tiem
de M. Peytier qu*aprè8 un séjour de plusieurs jours sur Je pic du Bfidi, lui et ses hommes étaient basanés comme après un voyage en Afrique , et qu'ils avaient les lèvres et les oreilles gercées et fendues par Teffet de l'air et du soleil trop vifs. Quelques précautions peuvent prévenir ces légers accidents. Sans doute la dépense minime qu'occasionnera ce déplacement sera facilement obtenue des autorités compétentes.
n me reste assez peu d'espace pour mon éphéméride et pour les nouvelles rétrospectives. Quant aux étoiles filantes, le maximum, qui avait lieu vers le la novembre, n'existe plus, suivant M. Goulvier-Gravier, depuis plusieurs années. En octobre et en novembre, d'après le même observateur, il y a eu en moyenne douze étoiles filantes par heure.
Point de taches sur le soleil , du moins au dernier beau jour où même j'ai eu l'avantage de consulter làdessus mon confrère l'astronome du Pont-Neuf. M. Goulvier-Gravier a aussi observé la lune pour voir passer des aérolithes au devant, mais il n'a rien vu.
Le 9 de ce mois, il y avait éclipse de Jupiter par la lune : le temps a été couvert et a fini par de la pluie. Les curieux désappointés se consoleront en apprenant qu'en 1761 l'astronome Legentil, envoyé dans l'Inde pour observer le passage de Vénus sur le soleil, manqua 1 obeervation parce qu'il était encore en mer quand le passage eut lieu. Désespéré de ce contre- temps , il résolut de rester huit ans dans ce pays pour y attendre le passage suivant de 1769. Or, le jour du phénomène, le temps fut très-beau , excepté au moment oii il fallait l'observer : on exécrable nuage couvrit le ciel tout
juste le temps nécessaire pour faire perdre au malhei reux astronome le fruit d'une si longue constance. ( a dit de l'Espagne qu'en ce pays les voyageurs qui n* raient point de patience en gagnaient, et que ceux q en avaient finissaient par la perdre ; on peut en di; autant des astronomes qui voyagent dans les astrei relativement aux vicissitudes qu'ils éprouvent par d météores impossibles à prévoir.
Les amateurs de belles étoiles peuvent maintenant i satisfaire pleinement tous les soirs : le mouvement c ciel , cette force irrésistible et muette qui , semblab à la fatalité des anciens , fait éclore les groupes célest dans la région orientale , et les abaisse à Thorizon O] posé, nous amène les brillantes constellations d'hive En plein ciel, nous avons Jupiter, Andromède et Persé< Saturne, le Taureau, les Gémeaux, à l'orient, ain qu'Orion , la plus belle des constellations du ciel.
Mais de toutes les étoiles, la plus curieuse est belle étoile de seconde grandeur Algol , marquée par lettre Béta , dans la constellation de Persée , et qui a à la tète de Méduse que la figure principale porte à main. Cette étoile, à chaque période de deux joa vingt heures quarante-neuf minutes , est réduite à quatrième grandeur et se confond avec trois ou quai autres étoiles insignifiantes qui l'environnent. Elkij ploie trois heures et demie pour perdre ai nâj partie de sa lumière et autant pour laj une carte céleste , on la reconnaît manche prochain, 23 de ce mois^ faible éclat à 6** iS™ environ, « repris son rang dans le ciel, f
ET ft'^ÉOROLOGIE. ')'J
observations que l*on puisse faire à rœiî nu. Sans doute quelque planète d'un gros volume qui circule à Tentour nous la cache presque en totalité à chaque passage entre cette étoile et nous. Algol est une des trentequatre étoiles de seconde grandeur de l'hémisphère boréal. L'affaiblissement d'éclat qui aura lieu dimanche prochain, aS de ce mois, durera de quinze à dix huit minutes. C'est un des spectacles que les astronomes et les curieux se donnent le plus rarement, sans doute parce qu'il n'est annoncé nulle part.
( 21 novembre i856.)
VUddoyert en faveuf de* oomètei. — Lei étoiles varia-* Ides ne tout pas des soleils couverts de grandes taches et en partie lumineux. — BCaiotien de la théorie don* née dans le précédent article. — lie soleil considéré CMMUsne étoile variable et circonstances où ses tache* ont été perceptibles à l'œil nu. — Éphéméride.
Rien de si difficile dans les sciences que de détruire un préjugé, une erreur, une opinion fausse. Notez bien que je dis dans les sciences d'observation, où les faits parlent d'eux-mêmes, et où l'expérience, souverain juge,
78 ÀSnONOMIE
semblerait devoir rendre des arrêts sans appel. S*il s'était agi de préjugés métaphysiques, j'aurais mis le mot impossible à la place du mot difficile. Chacun se complaît d^ins ses idées familières; on a honte de céder à une autorité nouvelle.
Tarpe patant parère minoribus , et qaae
Imberbes didicere, senes perdenda fateri.
Tous les ménagements relatifs à Tamour-propre n'y font rien. C'est un faux pli de l'esprit aussi ineffaçable que les plis d'une feuille de papier froissée en boule entre les doigts.
Depuis mon dernier article j'ai subi de vrais plaidoyers en faveur des comètes. Le rôle insignifiant que leur assigne leur excessive légèreté contrarie les organisateurs et les désorganisateurs des mondes. Buffon, comme on sait, fait jaillir les planètes du soleil par le choc d'une comète qui en disperse les éclaboussures dans le zodiaque. Whiston fait le déluge avec la queue d'une comète. Il ne dit pas, à la vérité, où cette comète s'était si fort mouillé la queue. Plus récemment, on a voulu que des matières cométaires empoisonnées, se mêlant à notre atmosphère, produisissent des contagions et des pestilences. Rien de si commode qu'une comète pour réaliser, par des agents physiques, le programme que contiennent ces mots magiques : a La fin du monde! »
Je prie les avocats des comètes , qu'ils regrettent tant de voir inoffensives , de considérer qu'ils font pour leurs clientes exactement la même chose que celui qui croirait plaider en faveur d'un lion par la mention des armes
ET HÉTÉOROIOGIE. 79
oflénsme et de la férocité que la nature a données à cet animal. Répétons que dans Tordre physique Tune des grandes lois de la nature est la stabilité.
On m'objecte que dans les oeuvres posthumes d'Arago on trouve un chapitre où il examine le cas d'une co^ mète entraînant la terre avec elle, et où sont les mots : La transformation de la terre en satellite de comète est un événement qui ne sort pas du cercle des possibilités. Oui, si la comète était assez massive; mais il n*y en a pas de telles. De môme un moucheron pourrait enlever un éléphant dans les airs, pourvu qu'on supposât ce moucheron de taille suffisante. Il me serait fiacile de prendre, dans le même ouvrage d'Arago, de belles lignes où il établit, avec la puissante dialectique mathématique de l'école de Laplace , que jamais la terre n'a reçu d'une comète un choc capable de Fébranler, car autrement les pôles de notre globe , qui sont immobiles dans la région des étoiles, se balanceraient circulairement dans l'espace , et chaque jour aurait son pôle particulier, chaque jour aurait son étoile polaire.
Je pois citer un fiait qui m'est personnel , et relatif au vide que l'on fait sons le récipient de la machine pneumatique. Après avoir dit que dans les machines oonstruiteB d'après mon principe de double épuisement on ûdsail un vide presque parfait, M. Arago, dans ses cours suivis par des centaines d'auditeurs, ajoutait que la matière qui constituait une comète était encore plusieurs milliers de fois moins compacte que ce vide.
Dans œ même livre sur les comètes, Arago cite W. Herschel, Olbers, Struve comme ayant vu de minimes étoiles au travers des comètes. Je pourrais moi-
même citer Piasi, Beaeel et plvnçan mstrommim^ vante. Tout le mcmde sait que quelqaeB Ikneede notre atmosphère terrestre sufOaeat pour éteindre complétement la lumière des étoiles. D en est bien pea qui soient visibles à une hauteur de 5 à 6 degrés an-dessus éb rhorizon; peut-être n'y a-t-il dans ce cas qu'lrctuniS) la Chèvre et la Lyre parmi les étoiles de notre hémi* sphère boréal. Eh bien, le 7 novembre i8a8, M. Struve vit une étoile de onzième grandeur, c'esté-dire dmit la lumière est bien des centaines de fois plus fiiible que celle des étoiles de première grandeur; il vit» dia^, cette étoile au travers de la comète de Encke.Or quel était alors le diamètre de cette comète en lieues de 4 kilomèlres? Cétait 106,000 lieues I Quand on pense que l'extinction de la lumière au travers d-une sobatanod transparente quelconque se fait, suivant une loi très-rapide, à mesure que répaisseur augmente, on aura peine à concevoir (je dis même qu'on ne concevra pas du tout) à quelle excessive ténuité se réduit la matière des comètes pour qu'elle se laisse traverser par les rayons d'une si faible étoile que le moindre crépuscule éteint, et pour laquelle on ne peut illuminer le champ de la lunette. Il faut considérer une comète comme une espèce de poussière à grains très-écartés ; c'est enfin un être matériel placé aux limites de l'existence. Un peu moins de matière, et la comète cesserait d'être.
J'ai cité dans le précédent article le chiffre de quelques livres ou même de quelques onces attribué par M. Herschel à la queue d'une grande comète; j'ai rendu justice à la haute autorité de cet illustre astronome, qui m'est personnellement très-connu. Je ne puis cependant m'em-
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pécher de dire que j'ai vu avec étonnement que quelques pages plus loin , à Toccasion de la grande comète de 1680, il s'exprime ainsi : a Cette comète a dû passer entre la terre et le soleil , et se voir sur le disque même de cet astre* Il est grandement à regretter qiûun pfiénomène si intéressant soit passé inobservé, » Cette réflexicm et ces regrets s'appliqueraient mieux encore à la comète de 1819, qui resta près de quatre heures devant le soleil suivant les calculs d'Olbers. Mais, grands dieux ! comment imaginer qu'une comète qui n'éteint pas sensiblement les rayons d'une minime étoile amor- Ura suffisamment ceux du soleil pour être visible sur sa surface éblouissante? Une bouffée de vent serait cent fois plus visible devant le soleil que la plus solide des comètes. Pour qu'un objet fasse tache sur un fond lumineux, il faut qu'il éteigne au moins le soixantième de la lumière ou de l'éclat du fond devant lequel il est placé. La comète qui laisse sensiblement passer en totalité Ic^ rayons d'une étoile de onzième grandeur est \Àen loin d'un pareil effet*
Le journal anglais Literary Gazette^ en traduisant une p9rtie de mon dernier article, remarque qu'il est utile de prémunir le public contre les craintes que pourrait inspirer là prochaine comète de i858. J'ajouterai qu'il n'est pas moins utile de débarrasser les astronomes eux-mêmes d'opinions contraires à la physique, lesquelles, dans leur esprit, marchent de pair avec d'autres idées plus conformes à ce que nous apprennent les faits convenablement interprétés. Au reste, si, physiquement parlant, les comètes ne peuvent nous faire ni bien ni mal , elles nous donneront d'utiles instruc-
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lions sur la mécanique céleste, sur la masse des planètes près desquelles elles passent, sur la constitation des espaces célestes, sans compter la vérification de plusieurs lois de Toptique. Jusqu'ici les comètes sont avec /anneau intérieur de Saturne les seuls milimix transoar^nts parmi les corps célestes.
Ceux qui s'intéressent à la comète de Cbaries-Quint apprendront avec grand plaisir qu'on vient de retrouver des observations de i556 faites pendant une longue suite de jours par un astronome nommé Heller. J'ai déjà dit que les observations de Fabricius, astronome de l'empereur, laissaient une incertitude de quatre ans sur l'époque du prochain retour fixé approximativement à l'année i858; je n'ai pas besoin de dire que je suis sûr qu'au moment où j'écris ceci , M. Hind et plusieurs autres cométographes calculent à perte de sommeil et d'appétit les nouvelles observations qu'on vient de retrouver si heureusement. Après les formidables calculs que Lalande et M"^ Lepaute exécutèrent sur \e6 formules de Clairaut pour le retour de la comète de 1759, l'un et l'autre furent gravement indisposés pendant plusieurs mois. On sait qu'Euler perdit un œil en calculant les éphémérides des satellites de Jupiter. Parmi les fièvres opiniâtres on peut mettre la fièvre arithmétique.
On a voulu rattacher aux taches du soleil le phénomène des étoiles variables d'éclat, et on a dit : Les étoiles variables sont des soleils qui, comme le nôtre, tournent sur eux-mêmes , et de plus ont des taches trèsvastes qui couvrent un côté presque entier de l'astre, lequel , par suite , nous parait perdre de son éclat quand
il nous iNrésente son côté obscur. Il n'est pas besoin dès lors d'imaginer de prétendues planètes à Tétat gazeux ou pulvénilent et d'une énorme grosseur pour cacher en partie ces soleils. Cette explication m'a été présentée et soutenue de vive voix et par écrit. Voici ma réponse :
Un corps qui tourne sur lui-même le fait avec une telle régularité de mouvement et de temps, que rien ne peut le troubler. Ainsi le jour, qui dépend de la rotation de la terre sur elle-même, est une période inaltérable, tandis que l'année et toutes les autres périodes des révolutions astronomiques sont plus ou moins incertaines. n devrait donc s'ensuivre que les étoiles variables nous offriraient entre les époques de leurs éclats et de leurs affiûblissements des temps toujours égaux. Or il n'en est pas ainsi. La période d'Âlgol , par exemple, diminue insensiblement d'année en année. La quantité d'affaiblissement est aussi variable, et pour l'étoile de la Baleine l'aflEBdblissement est tantôt plus grand et tantôt moindre. Si l'on trouve une étoile variable parfaitement fixe dans sa période, rien n'empêchera d'expliquer sa variabilité par des taches permanentes qui en recouvrent une partie; mais ces taches ne seraient pas analogues à celles de notre soleil, qui sont essentiellement temporaires.
n y a une autre remarque qui rend pour Algol et pour l'étoile T du Cancer l'hypothèse des taches inadmissible : c'est que hi diminution de l'éclat devrait durer la moitié du temps total de la rotation de l'étoile sur elleHOséme. Ainsi dans Algol , dont la période est de près de trois jours, le moindre éclat devrait durer environ trente heures au lieu de sept heures, et l'éclat le plus
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ftiible , qui ne dore que qniase à dix-hnlri tout à Ait inexplicable, tandis qu'avec vni taire passant devant l'étoile, la petite durée de l'a d'éclipsé partiolle est de rigueur. Ainsi, i on avait vu parfois à l'œil nu des tadies tràs-smidee ^ persistaient plusieurs jours sur la surface du aotoa, et on en avait conclu que c'était la ftoiète Meiciire ^ passait devant son disque. Mais cette planèCe ne peut mettre que quelques heures à passer devant cet astre, tandis que les taches du soleil, qui tiennent à sa surface même, sont visibles pendant une moitié de k révolution de l'astre, ce qui fait mviron treixe jours. Je voudrais bien ici faire comprendre commoit me planète qui circule autour d'un soleil et qui s'édipee en partie à chaque passage entre lui et nous peut effisetiier ces passages à des intervalliBS inégauk endurée. Je réclame un surcroît d'attention pour cotte périlleuse tentative.
Prônons pour exemple la terre circulant à l'ei^tour du soleil. Si sur un globe on marque chaque jour la place du soleil, on voit que chaque saison occupe sur ce globe exactement le quart du contour total. Les positions que le loleil occupe au commencement du printemps, de l'été, de l'automne et do l'hiver sont également espacées. Mais il n'eu est pas de même du temps que dure chacune de ces saisons. Dans ce siècle , le printemps et l'été, qui pour ce côté du monde font la saison chaude, surpassent d'environ huit jours en durée l'automne et l'hiver. Il n'en sera pas ainsi dans quelques siècles : l'avantage de la durée appartiendra à l'automne et à l'hiver. Ce changement , qui se fait en quelques siècles
ET MéréOEOLOGIB. 85
pour la terre, se fait en un petit nombre d'années pour le mouvement de la lune autour de la terre. On peut donc attribuer telle inégalité en durée qu'on voudra aux mouvements d'une planète circulant autour d'un soleil , et de plus chaque quart de l'orbite jouira successivement de la propriété d'être parcouru ou pendant le temps le plus long, ou pendant le temps le plus court.
Considérons maintenant la planète vue de la terre et éclipsant partiellement son soleil. Si , pendant le temps qu'elle met à revenir à une nouvelle éclipse , la portion de l'orbite où est la plus grande durée s'est approchée de notre côté, cette circonstance occasionnera un retard à la planète , puisqu'elle marchera dans un chemin où sa vitesse sera moindre, et l'éclipsé retardera de plus en plus jusqu'à ce que le déplacement progressif des points où a lieu la plus grande et la plus petite vitesse amène du côté de la terre les points de plus grande vitesse qui , étant parcourus par la planète plus rapidement que dans la période précédente , occasionneront une avance dans l'époque de l'éclipsé , et par suite une diminution dans le temps qui sépare deux éclipses successives.
£n un mot, si entre deux retours de la planète éclipsante, le déplacement de la région de moindre vitesse a été tel, que la planète ait traversé une moindre partie de la région retardante, l'éclipsé avancera. Si au contraire elle a à parcourir une plus grande portion de cette région de moindre vitesse, l'éclipsé retardera.
Si le lecteur s'obstine à comprendre clairement ce qui précède , je l'invite à le relire plusieurs fois. Au reste, il est incroyable combien il y a de différence entre deux esprits pour la facilité à saisir les notions
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de mécanique. Cette différence est la même que celle qui se trouve entre les diverses aptitudes de plusieurs personnes pour la poésie, la peinture, la musique et en général pour tout ce qui est du domaine de Tint^ligence humaine. Il m'est souvent arrivé de trouver dans un salon une personne étrangère aux sciences qui, ayant bien compris une question épineuse , la formulait ensuite d'une manière bien plus claire que tous les livres écrits sur Tobjet en question. Je crains que le lecteur ne fasse la remarque peu obligeante que je n'ai pas encore fait cette heureuse rencontre pour la question des inégalités de durée dans les pModes successives des étoiles variables.
Toutes les déductions de cette théorie nous mèneraient bien loin. Je ne mentionnerai avec M. Alexandre de Humboldt que le cas où notre soleil serait une étoile variable.
Cet illustre savant, également éminent connue voyageur, comme géographe, comme météorologiste, comme astronome et comme érudit, s'est complu à tracer le tableau de ce qui arriverait dans ce cas sur notre terre. Ce tableau n'offre rien de rassurant. On peut y répondre que rien n'indique dans notre étoile une possibilité de diminution d'éclat, puisque rien, excepté les comètes, ne peut s'interposer entre le soleil et nous. Or nous avons déjà fait justice des comètes.
Mais si les taches du soleil devenaient tellemoit éten* , dues, qu'il en fût encroûté ^ suivant l'expression pitto- . resque de Fontenelle; si la cause qui produit sa lumière et sa chaleur venait à faiblir; si. . . .
Tes ii» si, dit le dlea, ne finiraient jamais 1
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J'aime mieux citer les vers que le même Fontenelle adressait à une société qui de la campagne lui amionçait avmr observé dans le soleil un phénomène extraordinaire :
Vous dites donc, gens de village»
Que le soleil à lliorizon Avait assez manvais visage.
Rh bien , quelqae subUl nuage Vcms avait fait la trahison De défigarer son image.
Il était là comme en prison D*un air malade , mais je gage Qae le dr6te en son haut étage Ne craignait pas la pâmoison , Vous n'en saurez pas davantage , Et voici ma péroraison.
Adieu y votre jeune saison A tout autre soin vous engage ; L'ignorance est son apanage Avec les plaisirs à foison , Convenable et doux assemblage.
J'avoûrai bien et j'en enrage Que le savoir et la raison Ne sont aussi qu'un badinage, Mais badinage de grison !
Il est des hochets pour tout âge !
Cette pièce, chose singulière, est adressée à Voltaire en 1700. Geluirci, alors très-jeune, n'était point encore par rapport à Fcmtenelle une étoile de première grandeur. Il a depuis caractérisé Fontenelle cemme un
homme qui faisait de petits vers et de grands calculs. Le dernier des vers qui précèdent me semble très-heureux. En fait de po^ie, pour parler le langage industriel de notre époque, je n'ai pas Thonneur insigne d'être fabricant, je ne suis pas même commerçant, je me contente d'être grand consommateur, ce qui est plus agréable. Sur cela je remarquerai que notre xix* siècle, qui a tout tenté, ne nous a encore produit aucune pièce en rimes redoublées. Heureusement que le siècle n'est pas fini, et comme nous voyons reparaître le sonnet, qui fut inconnu au xviii* siècle, nous pouvons encore espérer des pièces en rimes redoublées aussi bien que la comète de trois cents ans de révolution.
Pour ne pas oublier une curieuse production littéraire de Fontenelle maintenant tout à fait inconnue, je dirai que la grande comète de 1680 qui servit à Newton pour établir les lois de la marche de ces astres, et qui fut pour l'astronomie un événement capital , donna à Fontenelle l'occasion de faire une petite pièce de circonstance intitulée la Comète, On y voit que les astronomes de cette époque , plus soighëuic de leur santé que ceux de nos jours, endossaient un casaquin en peau d'ours avant de monter à leur observatoire. H est curieux pour nous d'entendre un des personnages de la pièce dire qu'il fait en 1680 un almanach /Toar Van procJiain 1681 ! C'est exactement ce que sera le mois de décembre i856 pour le mois de décembre de l'an ao32. Espérons que la comète de Charles-Quint sera plus heureuse en pièces de circonstance que no l'a été la comète de Halleyqui arriva en i835. Plusieurs auteurs dramatiques m'ont dit qu'ils taillaient déjà leur plume en vue
du retour de cet astre qui, en i556, précéda la bataille de Saint-Quentin , et qui cette fois suivra la prise de Sébastopol.
Voici, pour le mois de décembre, les époques où l'étoile Algol sera à son éclat le plus faible. Je répéterai que pendant trois heures et demie avant chaque date rétoile diminue et passe de la seconde à la quatrième grandeur. Elle revient à son éclat primitif en trois heures et demie. Peu d'observateurs ont été témoins de ces curieux changements. L'étoile a dans son voisinage trois étoiles dont l'une est de quatrième grandeur et les deux autres de cinquième. Ainsi les points de comparaison ne manquent pas.
Minima d'éclat d' Algol en décembre i856 (heure de Paris).
Lundi. ..«.. 8 à 2 h. 10 m. du matin.
Mercredi.... 10 à 10 h. 5g m. du soir.
Samedi i3 à 7 h. 48 m. du soir.*
Mardi 16 à 4 h. 37 m. du soir.
Dimanche. . . 28 à 3 h. 53 m. du matin.
Mercredi 3i à o h. 42 m* du matin.
Ainsi, par exemple, le mercredi lo décembre l'éclat de rétoile commencera à faiblir vers 7*'3o"; elle sera très-faible à 1 1 heures et aura repris tout son éclat à 2*'3o" du matin du jour suivant. Le samedi i3, on devra s'assurer qu'elle est très-faible vers 7^ 30", et elle aura repris tout son brillant à 1 1 heures.
Pendant ce mois, Mercure sera visible à Torient un peu avant le lever du soleil. Vénus et Mars le seront à l'occident le soir. Jupiter et Saturne sont bien placés
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pour l'observation. Pour Jupiter, il y aura des réapparitions de satellites éclipsés le ii à 8^*9"^; le 18, à io»'5'°; le 27, à 6"3o".
C'est un des spectacles qui frappent le plus d'admiration les curieux qui mettent l'œil à la lunette à l'heure où sont représentés les aspects de Jupiter et de ses sa^ tellites que de voir se reproduire avec exactitude la position prévue pour la planète principale et pour ses quatre lunes. Dans le tableau typographique qui suit, la lettre / désigne Jupiter, et ses quatre lunes sont représentées par les lettres a^ b^ c, d. Le satellite le plus voisin de la planète est a, le suivant est b^ le troisième c et le quatrième, ou le plus éloigné dans son orbite, a la lettre d. Quant au point qui accompagne la lettre entre les filets, il sert à indiquer si le satellite va en s'éloignant ou se rapprochant de la planète. Quand la lettre est du côté de Jupiter par rapport au pointy le satellite va se rapprochant. Quand la lettre est plus loin de Jupiter que le point, le satellite désigné par la lettre va en s'éloignant de l'astre central. On pourra ainsi reconnaître tout de suite les divers satellites. Il est 9 heures du soir à Paris.
Vendredis.... — .c — a. — b.— J — .d —
Samedi 6 — .c— .b — J — a. — .d— -
Dimanche 7.... — .a — J— .c— .b — .d —
Lundi 8 — J — b. — a. — .c — d.—
Mardi 9 — b. — .a — J — c. — d. —
Mercredi 10. .. — .b— J — c. — d, —
Jeudiii — c. — J — .a — b. — d.—
Vendredi 12.. . — .c — a. — b. — J — d.—
Samedi 1 3 — .c—d — .b— J — .a —
Dimanche I /| .. . — d. — .a — J— .c — .b —
Lundi i5 — d. — J — a.— b. — .c —
Mardi 16 — d. — b. — .a — J — c. —
MercrediiT — .d — .b — J — a. — c. —
Jeudi 18 — .d — c— J— .a— .b —
Vendredi 19.. . — c. — .d— a. — b. — J —
Samedi 30 — .c — .b— .d — J— .a —
Ce tableau montre, par exemple, que le samedi 6, à 9 heures du soir, il y a deux satellites de chaque côté de Jupiter. A gauche , le troisième se rapprochant de Jupiter, puis le second se rapprochant aussi. A droite est le premier satellite se rapprochant, et enfin le quatrième qui va en s*écartant. Quand un satellite n*est pas marqué, comme le lo où la lettre a manque, c'est que le satellite omis est éclipsé, ou bien qu'il est devant ou derrière le disque de Jupiter.
Point d'occultation d'étoile brillante par la lune dans le mois de décembre.
(5 décembre i856.)
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Domaine de la méléorolog^ie. — EscpédHIoii toientifique du prince Sf apoléon dans les mert du Sf ord. — Courants de la mer et leur influenoe sur les climats. — Cause qui rend le nord de notre g^lobe plus chaud que le sud. — Détérioration du climat dans les régyma polaires. — Insuffisance des causes astronomiques pour l'explifiuer. — Ëphéméride.
Bélier, mon ami , dit le Géant, commence par le commencement. — Volontiers, répond le Bélier, quoique ce ne soit pas la coutume. — Je suis de Tavis du Géant; mais il faut considérer qu'avant de parler sur un sujet qui n'est pas indiqué par ceux auxquels on veut l'exposer, il faut autant que possible faire naître de Tintérêt pour la classe d'idées qu'on veut développer; et quand un préambule ne serait bon qu'à mettre le lecteur en garde, pour qu'au besoin il n'entreprenne pas une lecture qui pourrait l'ennuyer, il faut convenir qu'il aurait son utilité. La condition de celui qui répond à des questions dictées par une curiosité déjà éveillée est bien plus favorable. S'il a la marchandise, le marché est tout trouvé (style utilitaire).
Parler de météorologie en commençant par le commencement, comme le Bélier d'Hamilton, n'est pas chose si facile qu'on pourrait le croire. Autant vaudrait dévider un écheveau qui a servi de jouet à une famille entière de jeunes chats et, ce qui est pire, c'est qu'il y a dans ce malencontreux écheveau une grande quan-
ET MÉTÉOROLOGIE. gS
tUé de niptares et de bouts divers entre lesquels le choix est impossible. Le monde entier est un vaste cabinet de physique expérimentale où la nature , à l'aide de toutes les forces qui commandent à la matière et disposant du temps sans limite , donne naissance à mille et mille phénomènes d'électricité, de lumière , de chaleur, de magnétisme, d'acoustique. Cest encore un grand laboratoire de chimie flottant sur un océan interne de feu et sous une atmosphère qui exerce un nombre inflni d'actions chimiques. On peut encore y voir une galerie minéralogique complète renfermant des collections à grands échantillons. Par les mouvements variés qui s*y opèrent, c'est un immense atelier de mécanique. Ajoutez les êtres vivants , plantes , animaux , honames. Quel théâtre pour le développement des quatre grandes forces de la nature, savoir les forces mécaniques, les forces physiques, les forces chimiques et les forces physiologiques ! Comment demander à quelqu'un non pas de connaître à fond , mais seulement d'entrevoir la théorie de ce grand tout? Dieu seul sait la nature entière, et encore, me disait sérieusement un naïf interlocuteur, il faut qu'il ait une bonne tête pour cela. Pour peindre mon idée de la difficulté qu'il y a de trouver dans la météorologie un commencement de préférence, un ordre logique de subordination dans des matières si hétérogènes , je supposerai que dans une salle grande comme une église on entasse pêlemêle tous les instruments de physique et d'astronomie de l'Observatoire, de l'École Polytechnique et de la Sorbonne, qu'on y intercale tous les fourneaux, alambics, piles, flacons, cuves des laboratoires de chimie
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scientifiques et industriels , que le tout soit lardé des échantillons sans nombre des galeries minéralogiques et géologiques du Jardin des Plantes et de rËcole des Mines, enfin qu'on y joigne tonte la collection sans fin des bâtiments du Conservatoire des Arts et Métiers , et , pour achever, que le tout soit emballé et bourré avec tous les produits animaux et végétaux de l'agriculture et de la nature sauvage; puis que, montrant à un professeur ce chaos d'objets si divers, on lui demande de le déblayer méthodiquement pour une exposition rationnelle. Voilà la météorologie; il n'est pas un objet dans le monde entier qui n'ait un mot à réclamer d'elle comme cause ou comme effet.
Ainsi le seul moyen d'avoir ici un commencement, c'est de n'en pas chercher du tout et d'exposer les diverses parties de hi science à mesure que les circonstances les amèneront devant nous. Aristote a classé anciennement les phénomènes météorologiques en météores terrestres, météores aqueux, météores aériens ot météores ignés. C'est un ordre didactique que je crois bon pour un traité spécial ; mais pour la conversation , tout le monde traduit le mot didactique par le mot ennuyeux.
Le voyage du prince Napoléon dans les mers polaires nous fournira plusieurs sujets météorologiques des plus importants. Dans un précédent article, nous avons fait aux étrangers les honneurs du premier compte rendu «l'une expédition scientifique à l'occasion de l'excursion astronomique de M. Piazzi Smyth au pic de Ténériffe ; il est juste do ne pas oublier nos nationaux et de rendre justice à ce qui se fait chez nous. C'est, suivant l'ex-
ET MÉTÉOROLOGIE. g5
pressicm d'Horace ,
Célébra re domestica facta,
fiaire valoir ce qui se £ait chez nous. On blâme les Anglais de rendre trop de justice aux travaux des Anglais; on ne peut pas nous faire le même reproche, car, à voir notre partialité contre nous-mêmes, on se rappelle involontairement cet axiome satirique d'une date trèsancienne : « La France est la patrie des étrangers I 9
Le prince Napoléon, dont tous les membres du jury de l'Exposition universelle ont pu apprécier la capacité et l'activité au travail , avait sous ses ordres et , comme il le dit libéralement lui-même, pour collaborateurs un petit nombre d'explorateurs, mais tous gens d'élite , gens de tête et de main , de pensée et d'exécution , de pinceau et de plume , mente et manu. Us n'auront ici d'autre éloge que leurs noms. Pour la marine, MM. de la Roncière , Dubuisson, Josnard ; puis, pour les autres travaux, MM. deSaulcy, deLaroche-Poncié, Chancourtois, Ferri-Pisani.
n a d'abord fallu faire des chefs-d'œuvre dans l'art de naviguer pour afironter les mers du Nord avec une frêle cx)quille que le moindre écueil de glace flottante aurait trouée irrémédiablement et coulée incontinent sans calfatage possible pour son mince bordage en fer. La Reine-Hortense ne portait, dans son service ordinaire , du charbon que pour six jours , et ce n'est qu*en la surchargeant aux dépens de sa sécurité qu'on en embarquait pour un temps un peu plus long. De plus, on voulait suivre des banquises de glaces dentelées de mille anfractuosités périlleuses, qui par les brumes et
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par les mouvements imprimés aux glaces , par les coups de ces mers inhospitalières, peuvent se fermer et devenir des pièges mortels. Les explorations devaient être terminées presque au jour et à l'heure 6xée par la quantité du combustible embarqué , sous peine de ne pou* voir plus avancer ni reculer après la perte de la force motrice. Toutes ces difficultés ont été heureusement et savamment surmontées par une admirable alliance de l'audace à la capacité maritime. L'itinéraire tracé sur la carte montre que ce n'a pas été sans peine et sans périls. Au retour même du Groenland, ii a fallu céder à l'effort de la tempête et fuir devant elle, ce qui a ramené l'expédition une fois de plus en Islande.
L'expédition a côtoyé la banquise qui ferme la mer au-dessus de ce pays en allant du Groenland à l'île de Jean-Mayen, que les glaces rendent aujourd'hui inabordable et qui le sera peut-être maintenant à tout jamais, ainsi que son curieux volcan , d'après la détérioration présumée du climat de ces tristes régions, détérioration sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure. Pour les observateurs placés dans les mers du nord de l'Islande, le soleil ne se couchait plus. Les récits des voyages polaires excitent toujours notre étonnement quand ils parlent du soleil brillant à minuit. C'est à l'instant du milieu de la nuit de Paris que plusieurs des photographies de l'expédition ont été exécutées. On fait ce vieux conte , qu'une fois le soleil , curieux de savoir ce que c'était que la nuit , se mit à regarder sur la terre à minuit juste, mais que son désir ne put être satisfait, car sa présence fit le jour immédiatement. Il semble que Ton ait voulu ici peindre l'effet du soleil de minuit
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quand on a dépassé le cercle polaire et pendant les jours solsticiaux. Gomme le mot de minuit jure avec celui de plein soleil, on pourrait désigner la même époque de la journée en disant douze heures de Taprès-midi. Tacite , qui n'a point dérogé à Thabitude des Romains d'être de fort mauvais observateurs et des descripteurs encore pires, après quelques phrases inintelligibles pour lui comme pour nous, sur les extrémités aplaties fie la terre qui par leur ombre peu élevée ne haussent pas les ténèbres et font que la nuit tombe au-dessous du ciel et des étoiles ^ dit assez pittoresquement que dans ces régions le soleil passe au-dessus de Thorizon sans l'atteindre, et par suite sans se lever ni se coucher.
D faut voir dans l'Exposition du Palais-Royal une foule d'objets curieux relatifs aux usages, à la vie, à la pèche , aux arts même des naturels des régions polaires : la baleine , le morse , le phoque et les bateaux qui servent à leur chasse; le grand corbeau solitaire, le canard eyder, qui nous donne l'édredon (eyder-do^^*n), le cygne , les oiseaux de proie et les oiseaux de mer et de terre. Le prince Charles Bonaparte, qui , après Dieu , est celui qui connaît le mieux la gent emplumée, a trouvé dans la collection de l'expédition plusieurs espèces nouvelles. En revanche^ la classe des insectes est on ne peut plus pauvre; mais pour nos voyageurs, comme pour leurs devanciers, les espèces qui attaquent l'homme compensaient par leurs innombrables essaims et par une activité vraiment dévorante le peu de variété qu'il y avait dans leur nature.
L'anthropol<^e, cette science si moderne, compte
qS astronomie
de vraies richesses dans ces collections. On y voit un grand nombre de crânes et de squelettes de races antiques , des pièces moulées sur le vivant et de curieuses analogies avec les races asiatiques.
La pièce qui contient les vues, les photographies et les; dessins coloriés ou non pourrait être considérée comme appartenant à une exposition des beaux-arts. On m'a nommé pour artistes M. Giraud et M. le duc d'Abrantès. Il y a une belle vue du geyser d'Islande , ce jet d'eau bouillante jaillissant à pleine ouverture d'qn large puits , et s*élevant à la hauteur d'une tour. Ces vues , ces dessins , ces photographies nous donnent le portrait fidèle du Groenland, de l'Islande et de la Nor^ \vége. Que d'activité heureusement employée, et combien ces fac-similé des lieux seront précieux dans quelques siècles , pour constater les changements qui s'y opèrent graduellement d'âge en âge î Enfin la photographie a reproduit les traits de tous les membres de l'expédition dans leur costume polaire. C'est une véritable signature apposée aux travaux de ces actifs explorateurs.
L'Islande ainsi que la Norwége sont pendant Tété à découvert de neige et de glace , mais quant au Groenland , sauf une lisière de quelques kilomètres entre la banquise ou glace maritime et l'intérieur du pays , on peut dire que cette vaste contrée n'est qu'un immense glacier d'eau douce d'une épaisseur inattaquable aux rayons du soleil d'été et poussant dans la mer des espèces d'embouchures de fleuves de glace qui , se brisant en énormes fragments , deviennent des montagnes de fi;laces flottantes (icebergs). Si, comme on peut le pen- , le pays a été anciennement découvert comme l'es^
encore l'Islande, ces baies étroites et profondément entaillées qu'on appelle /b/Y£f devaient être ies vraies embouchures des rivières qui coulaient au travers du pays à ces époques reculées. Elles sont remplacées aujourd'hui par de vrais courants de glace , car dans la Suisse nous voyons également les glaciers s'avancer entre les rochers resserrés malgré la solidité de la glace qui paratt sabir dans les goi^es des glaciers la même opération que subissent le fer et les métaux ductiles quand ils passent à la filière.
Le Spitzb^ semble aujourd'hui pour toujours envahi par les glaces , et , sauf quelques escarpements de rocs et de terrains abrupts , le sol ne reverra plus les rayons du soleil. M°" Léonie d*Aunet , dans son curieux Fojrog^ iFune femme au Spitzberg , s'exprime ainsi : « Ce jour, je me décidai à aller à terre, ou plutôt à neige y car die ne fond jamais dans cette contrée. » Les Hollandais et les Anglais étaient plus heureux il y a deux siècles, et même parfois on y passait l'hiver. Aujourd'hui la pêche est abandonnée au Spitzberg, et l'ilo de Jean Mayen , située plus au midi et presque dans le voisinage de l'Islande , est depuis bien des années inabordable. Le Groenland nous offre de pareils indices de détérioration. L'histoire et des ruines encore subsistantes nous apprennent que le midi de ce pays était habité par une population considérable, avec un évécfaé et de nombreuses églises et villages. Aujourd'hui tout est désert, sauf quelques Esquimaux. La population Scandinave a disparu complètement. Un des plus curieux échantillons de la collection du Palais-Royal »t un tronc de saule , à peu près de la grosseur du
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'.- ru .-iTiC-ifrien J^çecioia-in prince Napoléon, -s. -^..*!ni:.«i *u i 1 itniie ie ;ecer â ia mer des floti .i-s ^n ZkiS' .-.'Uttînanc ."unfkscoa «ie la localité d'où .s - ac pciri> ic. gar jeur i:»rflàsage sur telle ou i:' - .-.lii ULttiniic .7iei-e iirectioQ suivent les cou- *:.T i- nar.zîv La^ litaxLàîs sceil^ees que Ton jetait au-
— Î..5 J. il 3:1er .n: irooe d'utiies renseignements, -j :* -îile? fuiien.: r^:o fri;pjes ei trop peu apparentes. £...£< :ie nsùsCcraicus pas aux glaces dfê mers polaires. Uazs 1 ex;eii:i':ii JcrjeîJe. un billot de 3o centimètres -T. r^jnecre et c iu:azit en hauteur était percé à la tar crf. s;iiTar.: le àl du bois, d'un trou qui ne traversi:: pas. IXli? ce trou on logeait une 6ole de verre ■iins Li<:[ueLe e:a:t un papier portant la longitude et ia :d::îu<ie du Lieu ou Ton avait jeté le billot de bois à la mer. Apres avoir placé la fiole dans le trou, on y couiair du ^?udn>n et on clouait sur l'orifice une plaque ] •ie plomb. Pour rendre ce bloc plus remarquable , on j V faisait transversalement quatre trous qui recevaient .■ quatre chenlles ou manches , et puis on le précipitait '■ dans la mer. Sans doute l'exemple de Texpédition de -
Heine-Hortensc sera imité par tous les navires qui 1
ET MÉTÉOROLOCÎIE.. lOf
font les traversées régulières du commerce , et pour lesquels la connaissance des courants est si importante, aussi bien que par les navires chargés d'une exploration scientifique.
Disons d'abord que parmi tous les agents physiques qui ont une influence sur le climat des divers points de la terre , les courants maritimes tiennent le premier rang. Le vaste fleuve d'eau chaude qui , dans les régions équatoriales , traverse l'Atlantique et vient aborder l'Amérique centrale , se divise en deux courants trèsinégaux en volume. Presque toute l'eau chaude du courant équatorial remonte au nord sous le nom de Gulf- Stream , et avec les vents d'ouest donne à l'Europe un climat exceptionnellement favorable, sur lequel nous reviendrons plus tard. La même chose a lieu pour le vaste océan Pacifique , qui «st deux fois plus large que TAtlanlique. Presque toutes les eaux chaudes de son courant équatorial remontent le long du Japon , et , allant vers le nord-est, portent à l'Orégon un climat presque aussi avantageux que celui de l'Europe. Je supprime provisoirement mille belles déductions de ces grands faits physiques. Avec ces eaux chaudes de l'équateur remontant en presque totalité dans l'hémisphère nord , il n'est plus permis de se demander et d'ignorer pourquoi notre hémisphère est bien plus chaud que l'hémisphère opposé , et pourquoi , avec les vents d'ouest des latitudes moyennes , les côtes orientales du Pacifique et de l'Atlantique , qui sont l'Orégon et l'Europe , sont bien plus chaudes que les côtes occidentales , savoir la Tartarie chinoise et les Etats-Unis. Mais avançons.
Pour ne pas trop allonger cet article , Je me propose seulement d'y établir que ce n'est point à des causes astronomiques que la détérioration des climats du nord peut être attribuée. Les causes météorologiques , et surtout l'influence des courants ^ seront examinées en temps et lieu.
Les observations des Chinois et des Grecs ont montré que le soleil chaque année s'écarte de moins en moins de l'équateur, ou, en d'autres termes, que chaque été il vient de moins en moins près de nos tètes , et comme la saison chaude est celle qui fait fructifier la terre et qualifie le climat , on peut dire que nous perdons un peu tous les ans en bonté de climat productif. Notre grand mathématicien Laplace a trouvé la cause de ce cuiieux phénomène; elle se rapporte à l'action perturbatrice des planètes sur la terre, laquelle diminue un peu chaque année l'excursion du soleil de part et d'autre de l'équateur. Cette diminution est fort petite. Si l'on considère deux points dont l'un soit de . i5 mètres plus au sud que l'autre , le premier aura dans un an le même climat et le soleil d'été à la même hauteur que le second l'a dans cette année. Il faudra à peu près cent ans pour que l'Observatoire impérial qui est au sud du palais du Luxembourg , n'ait plus qu'un climat de saison chaude pareil à celui que le palais du Luxembourg possède aujourd'hui. Depuis Tan iioo avant notre ère jusqu'à nos jours, la perte du climat est d'environ 48 kilomètres, ou 12 lieues. C'est comme si Paris eût marché vers le nord de 12 lieues»
Si le soleil continuait à s'éloigner de moins en moins de l'équateur et qu'il arrivât à ne pas le quitter , on
ET MÉTÉOROLOGrE* lo3
attrait touie Tannée le temps qu'il fait an ai mars, et au 21 septembre, c'est-à-dire un printemps perpétuel. La plupart des personnes à qui l'on présenté cette supposition se laissent séduire à la poétique pensée de cette belle saison durant toute l'ainnée sans chaleurs accablantes et sans froids p^ibles. Mais le blé ne mûrit pas avec la chaleur du premier printemps , et si Ton souhaitais cette constitution météorologique , il faudrait se résoudre à vivre d'herbe et de fleurs pour n'avoir pas fait un Vœù téméraire. Oh me répondra qu'au lieu de se nourrir d'herbe ^ les hommes y feraient paître des bœufs, des moutons, des chèvres dont ils se nourriraient ensuite avec des fécules de racines. Soit ; c'est aux statisticiens à nous dire combien il resterait de Ros 25o milMons d^Ëurôpéens si lesr céréales étaient ré*' tranchées de leurs approvisionnements annuels.
Concluons de ce qui précède que puisque la détérioration astronomique du climat est si peu de chose (i33 ans pour perdre un kilomètre) , on ne peut pas attrikier à cette faible cause la grande détérioration du climat qui a eu lieu depuÎB si peu de siècles dans les régions polaires. Je préviens d'avancé, que nous en trouverons la raison dans là météorologie.
Mais rassurons le lecteur sur la prétendue possibilité d'un printemps perpétuel. Laplace, en trouvant la cause perturbatrice qui chaque année arrête lé soleil à une moindre distance de nos tètes, a tiré de ses calculs transcendants deux importantes conséquences. D'abord la diminution de l'écart du soleil est périodique; en sorte qu'après être arrivé de moins en moins près de nos tètes , le soleil reviendra en sens contraire et nous
tQ4 AflTEOlfOMIB
fera regagner en bonté de climat ce que nous. avions perdu. Ainsi point de crainte d'un printemps perpétuel. A la vérité ce grand balancement des saisons solaires ne doit s'accomplir qu'après des milliers de siècles , durée qui inquiète toujours un peu l'imagination. Or, pour seconde déduction de l'analyse, Laplace trouve que ce balancement est très-restreint dans ses limites et n'atteint qu'à 2 degrés environ. Le climat de Paris oscillerait donc entre celui d'Orléans et celui d'Amiens. Aujourd'hui nous marchons d'année en année vers le climat d'Amiens. L'excellent astronome M. Hind , qui est parfaitement au courant de la science astronomique, et qui nous a donné un petit ouvrage presque sans erreurs sur le Système solaire^ conclut que ces variations astronomiques de climat sont peu de chose. J'en conviens s'il s'agit d'un petit nombre de siècles. Mais si à force de centaines de siècles Paris prend le clima! d'Amiens , il est évident que les vignes de Suresnes e! d'Argenteuil , qui sont d'un si grand produit (je ne parle pas de la qualité], auront depuis longtemps disparu des environs de la capitale.
Au risque de dire quelque chose de trop sérieux pour quelques lecteurs de ces Études , je remarquerai que les obserYations do Tcheou-Kongj 1 100 ans avant notre ère, et celles de Pythéas do Marseille^ avant J.-C, donnent une diminution d'oblîquiL^ clipiique plus grande que le calcul ne rindï| remarque que, comme la varialion de^ dépend principalement de Vénus, ili ter d'un dixième In ma trouver la diminut
depuis les siècles les plus reculés jusqu'à nos jours. Alors cette planète , que nous jugions un peu moins pesante que la terre , serait tout juste égale ei) substance matérielle à notre globe. Pour corroborer ces importants aperçus, je dirai que , d'après des mesures récentes de M. Main, de Tobservatoire royal deGreenwicb, en Angleterre, Vénus s'est trouvée un peu plus grosse que la terre , tandis que jusqu'ici on la croyait sensiblement plus petite. On me dira que la lune doit être comptée avec la terre. C'est juste. Mais si Ton ré^ partissait la matière de la lune tout autour de la terre comme on étend un monceau de sable en couche épaisse dans les allées d'un parc ou d'un jardin , je trouve que la surchai^ qui en résulterait pour notre terre n'aurait qu'une épaisseur de 43 kilomètres, un peu moins de II lieues. Or, d'après les mesures récentes, les dimensions de Vénus surpassent celles de la terre d'unc^ quantité beaucoup plus considérable.
La minéralogie et la géologie sont au Palais-Royal classées géographiquement. Voici les minéraux de TIs^ lande , voici ceux du Groenland , de la Norwége , des îles Féroé. C'est une heureuse idée que je reprendrai dans mon prochain article. Si toutes nos villes de France avaient, comme la Hochelle , une collection des minéraux de la localité, le voyageur y trouverait tout de suite, et très-utilement, le bordereau minéralcgique de la contrée entière, et un catalogue bien fait de ces collections locales en ferait jouir l'univers entier. J'en dis autant de la botanique , de la zoologie et même de la science des fossiles, qu'un marchand de minéraux, montrant le bout de l'oreille, ou même
• iifiîili» çniè-fr zr:^Ài: ir»«t!nitU5ement ia coquillio-
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ifMrfil ';j»s: "liittî* ;i UîniKT» ii::rTUlaiinii 'le Jupiter par la
. iirif , u^éT. A ni.oiie \ rHxmrnie . jin» «pie je l'avais
iiiiiifinr^ , qii^ A iL^riH a^ «iiçicer était bien moins
liiilliiiil f|iir: tF:iui Oï ^ .iine. -*t •âi e&t cette planète
«*laiil |ilii.H loin que nous la ac-ieù . doit être moins for-
^«tiiiMil illuminée. Un trait notr tres-mince bordait la
uiio. Nous n'avons point encore l'explication de cette
.MilKularilô optique. H faudra y fiiire grande attention
(itiiiii Kl pitH'liaino occultation de Jupiter, que je me hâte
si uiiiioïKvr. Kilo aura lieu pour Paris le a janvier à S^G"
-iii^iMi-. la planète reparaîtra à 6^ la"". Pour obsen*er
i'^ 'Muuul.inU's physiques, il n'est pas besoin d'un
.'.,-. v.i..'. f m iv^lo; iiinsi toute bonne lunette pourra
. .» . 1 • lu'iiu* ^iMi\ à lu^'S'i", une étoile de sixième
« », .vi I .wulta' par la lune: l'étoile reparaîtra
. V . i .t.-» iis cumUs vuriiiblos, que les anciens astr> . . .V -.«loiii .■M.ui..'.i\nitos, sont toujours en hausse. . . V .X-, ^iiiMut.. PuMS roxoollont journal astr.- . X| :,-i:.:. Il il•!Hl\odesobse^•ations^i"A.- ^ -.;•!.• Vil -.MI- M. Soliott. Pour j.oiRîii i >^ . ;. -i» ,' .;ii '.m minimum d'éclat de !■> ■ îv'^/Mioi-.' .ioniier. a 1^31"" 3o':-:
I . . 'i ,.•.., M. ii^ Naniuckot. connue rùr , . ••v.:i'. iiin'sso aussi à leditcr-r . X. . !>ii:''Mîcmc américaine aî- .. . .•.•.:iv ?ur ;cile circjn^iani":
ET MÉTÉOi^LOQIB. 107
que la diminution d'éclat de Tétoile est irrégulière. Peutêtre éprouve-t-ellô un changement de couleur, et miss Mitchell croit avoir entrevu , au moment du plus faible éclat, une sorte de nébulosité autour d' Algol. J'ai reçu aussi une observation faite à Cbolet, le i3 décembre, par M*** Mélanie Moutel, (^ a un petit observatoire. Trois personnes, y compris M"* Moutel, observaient rétoile à l'œil nu. Ce qu'il y a de remarquable dans la Note de l'astronome française comparée aux observations américaines, c'est qu'à Cbolet les trois observateurs ont vu Âlgol sensiblement plus faible que l'étoile Rhô qui en est voisine et qui est de quatrième grandeur, tandis que M. Schott n'a jamais vu Algol plus faible que l'étoile Rhô. L'observation est importante; il y aura deux minima d' Algol le samedi 3 janvier à 9*^3 1"* da soir et le mardi 6 janvier à 6^*20™ du soir. Ces heures sont commodes.
Par une particularité bien remarquable, on n'a pas découvert une seule comète dans l'année i856.
(3o décembre i856«)r
I08 ASTBQNOIilie
lies Études d'Astronomie et de Météorolog^ie devenues plus fréquentes pour tenir lieu d'un journal spécial <iui n'a pu encore être établi en France. — Causes météorolog^iques de la détérioration du climat de l'Europe septentrionale. — Instabilité des continents et variation des rivag^es de l'Océan. — Expédition nouvelle à organiser.
Je suis en retard de savoir-vivre envers des lecteurs quelque peu aristocratiques pour leur souhaiter,
Suivant l'usage antique et solennel,
ime bonne et heureuse année accompagnée cPu/ie infinité d^autres , et le paradis à la fin de leurs jours. En voici la raison : L'attention que le public a bien voulu donner à mes Études du ciel et de la terre m*a encouragé à prendre rengagement de donner plus souvent les nouvelles de Tastronomie et de la météorologie. Nous ne possédons encore en France aucun journal consacré à ces deux sciences, qui tous les jours sMdentifient de plus en plus. L'une est la physique du ciel avec le calme absolu et la prescience mathématique des phénomènes futurs; l'autre, qui est la physique terrestre, ne développe ses lois qu'au travers de mille complications qui en masquent l'effet et ne permettent de raisonner que sur l'ensemble. C'est ainsi qu'au travers des mille variétés de la vie sociale des in-
djvidus on distingue le caractère de chaque peuple et de chaque époque de la civilisation. Aussi la météorologie n'a-t-dle pas fait ces admirables progrès dont l'astronomie est si fière. Depuis qu'on ne lit plus dans les astres les destins des peuples , des souverains et des individus , le ciel , privé des oracles que lui faisaient rendre les astrologues, a été moins observé par les masses , qui n'en espéraient ni bien ni mal. Au contraire , la météorologie avec sa puissante influence sur les productions de la terre, sur la santé publique et privée, sur les voyages et les transports de terre et de mer, enfin même sur la gaieté ou la tristesse des populations , a gagné de jour en jour du terrain pour se classer parmi les sciences d'une haute importance pratique. Le bourgeois des Femmes savantes y parlant de Tintérieur de son ménage , se plaint de ce que
L'on y sait comment Yont lune , étoile polaire , Saturne, Jupiter, de quoi je n'ai que faire, Et dans ce grand savoir qu^on va chercher si loin. On ne sait comment va mon pot dont j'ai besoin. Je vis de bonne soupe et non de beau langage.
Devant ce père de famille humoriste qui parait faire si peu de cas des travaux de l'Académie des Sciences, et même de ceux de l'Académie Française , il est probable que la météorologie aurait trouvé grâce, au moins par sa connexion avec le pot-au-feu. L'homme est tellement dominé par la nature , môme au sein de la vie artificielle des cités populeuses et jouissant de tous les avantages de la civilisation , que quelques degrés ou quelques millimètres de plus ou de moins du thermo-
IIO ASTaONOMIB
mètre et du baromètre suffisent pour changer Taspect physique de Paris et de Londres. L'influence morale n'est pas moins prononcée, et les vents d'est du printemps qui , au commencement d'avril , tourmentent si cruellement les constitutions nerveuses, au moment où ils attristent la capitale de la France, poussent au suicide les habitants de Londr^, habitués à une atmosphère plus humide.
Je ferai bientôt ressortir l'importance des observations que plusieurs journaux empruntent chaque jour à l'Observatoire impérial, et qui nous donnent pour chaque jour, pour ainsi dire, des nouvelles de la santé de la nature dans notre France. Cette publication, appréciée encore mieux à l'étranger que chez nous, fait par son initiative honneur à notre pays, et déjà on; songe à y rattacher le monde entier. Alors la météorologie centuplera d'utilité pour éviter des fléaux prévus ou pour profiter des saisons favorables.^Si à Paris, où,sur trois ans en moyenne, la saison d'été est- une seule fois assez chaude pour permettre avec avantage la culture du maïs , on pouvait prévoir quelle sera l'année exceptionnelle , on en profiterait sans crainte d'une déception pareille à celle des bons habitants de Hambourg, qui plantent des vignes dont les raisins ne mûrissent qu'une fois tous les sept ans. Un de mes amis, optimiste imperturbable , trouvait que , par compensa-^ tion , ils avaient d'excellent verjus pour la sauce de leurs poissons. J'ai souvent vu en Normandie des treilles chargées d'une magnifique récolte qui se trouvait per- " due faute de quelques jours de soleil de plus pour arriver à maturité. A Paris , le raisin muscat ne mûrit
que rarement et dans les expositions favorables. En vérité , il y a du courage à ne pas désespérer de la météorologie quand on songe qu'il y a tant à savoir et que nous savons encore si peu de chose !
En passant en revue l'état actuel des sciences d'observation dans les différents pays, nous verrons que l'Allemagne , l'Italie , la Russie, l'Angleterre et les États- Unis ont des publications astronomiques et météorologiques. Plusieurs projets ont été discutés en France pour arriver au même but , et ils ont été abandonnés ou ajournés, malgré le dévouement des savants et le désintéressement de nos grandes maisons de librairie scientifique; espérons que ces projets seront repris et menés à bonne fin. Es sont le complément indispensable des travaux d'observation qui s'exécutent. Provisoirement, nos Études contiendront à peu près tout ce qui peut intéresser la généralité des lecteurs dans la physique du ciel et de la terre. L'astronomie et la météorologie, comme l'histoire quotidienne de la vie des peuples, a ses actualités et ses nouvelles aussi bien pour le prévu que pour l'inattendu , et la marche exceptionnelle des saisons, depuis quelques années, ne commande que trop d'intérêt et même d'attention inquiète pour ce qui est du domaine de la météorologie. Je suis las de répondre : Je ne sais pas 1 aux mille questions qui me sont faites chaque jour sur le temps quHi fait depuis quelques mois, Socrate disait hautement: Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien. Pour moi, en météorologie, avec la conviction de Socrate, j'ai de plus la conviction malheureuse que personne en cela n'en sait plus que moi. Cette science, fille du
temps , est réservée à nos descendants* Nous semons, ils recueilleront.
Posteri , posteri, Testra res agitur !
Un mot encore sur la difficulté qu'il y a de recueillir des faits météorologiques. On ne commande pas plus un vent violent ou un orage de foudre qu'une éclipse ou qu'un passage de Vénus sur le soleil ; mais en astronomie l'époque du phénomène étant connue à l'avance, on peut se préparer à l'observer dans toutes ses particularités, tandis que les météores, essentiellement imprévus, ou n'ont pas d'observateurs du tout, ou n'en ont que de mal préparés à noter et à mesurer leurs détails les plus importants pour l'avancement de la science. Pour en donner un exemple, nous ne savons presque rien sur les tonnerres en globes de feu , lesquels ne sont pas moins formidables dans leurs explosions que les tonnerres ordinaires , et qui se promè^^ nent aussi lentement au travers des objets terrestres que les autres marchent rapidement vers les objets qu'ils doivent frapper. On a ri de la dame qui , étant de la connaissance de Cassini, ne se pressait pas d'ar* river à l'Observatoire, parce que, suivant elle, l'astronome aurait la bonté de recommencer l'éclipsé en sa faveur. En météorologie, on ne sait pas même si, à un jour donné, il y aura, oui ou non, matière à observation. Quant aux pronostics météorologiques que certains almanachs sont forcés de mettre à chaque lunaison, pourvu qu'on ne mette pas les rivières gelées en juillet et les arbres fruitiers en pleine récolte au mois de jan-
■". on peut tirer au sort pour annoncer le temps qu'il
, ET MÉTÉOROLOGIE. Il3
doit faire à on jour donné et pratiquer rationnellement le procédé du juge de Rabelais , lequel sententiait les procès par le sort des dés. Pour arriver à savoir, il faut commencer par savoir ignorer.
Nous avons admis dans notre dernier article la dét^« rioration progressive qu'a subie le climat du nord de l'Europe, et probablement aussi celui de la Sibérie, qui forme l'Asie du Nord , et celui de TAmérique la plus septentrionale qui borde au sud le passage des mers polaires, récemment reconnu. Nous avons établi que les variations séculaires de l'obliquité del'écliptique étaient trop lentes et trop peu efficaces pour avoir, en deux siècles, dépeuplé de la plupart de ses gigantesques habitants les mers du Spitzberg, où les pécheurs hollandais, anglais et biscayens ne vont plus chercher la baleine , le morse et le phoque. De même, depuis peu de siècles, certains parages, et notamment la côte orientale du Groenland, sont devenus inabordables. Le Groenland entier, ce vaste pays autrefois riant de verdure pendant l'été , a été couvert ou plutôt écrasé ^us un glacier compacte de plusieurs centaines de mètres d'é-. paisseur, et dont l'expédition du prince Napoléon , appelée à contempler ce spectacle de désolation , ne parle qu'avec des expressions de profonde stupeur. Je liens de M. le commandant Ferri-Pisani , aide de camp du prince et l'un des élèves qui font honneur à notre École Polytechnique, une note do M. Rink, de Copenhague, qui sera reproduite dans la publication du voyage. Pour ne pas faire double emploi , je prends dans l'excellent Journal de la Société de Géographie anglaise, tome XXII, un Mémoire du même observateur qui a séjourné pein
ii4 AsnoMOiiiv
dant de longues années BUT la côte o ccâden t a lé du Gro^ land , et qui trace un curieux tableau de o&è fleuves de glace poussés vers la mer par une force lente et irrésistible, et là s'y brisant en fragments flottants ou montagnes de glace , dont ^elques*uns ont plus de 60 millions de mètres cubes , et qui sont tellement gigantesques , que si on les supposait placés dans une plaine rase, ils y formeraient des hauteurs au moins é^es à Montmartre, au mont Yalérien., à Meudon ou à Sann(HS. Avec cette prodigieuse épaisseur, il y a de ces champs de glace qui ont 6 kilomètres d'étendue en tout sens. Pour en revenir à la glace continentale , suivant répression de M. Rink, c'est-à-dire à celle qui' a envahi le Groenland tout entier, voici textuellement les expressions du Mémoire cité : « La contrée tout entière est recouverte de glace jusqu'à une certaine élévation. Les montagnea et les vallées sont tellement dépassées, que le dessus du glacier offre une surface de niveau parfaitement uniforme. Les lits primitifs des rivières sont comblés et ont disparu , aussi bien que tout Tas^
pect originaire du pays r
Beaucoup de visiteurs européens quittent le
Groenland sans avoir contemplé ce vaste et uniforme plateau d'eau congelée qui surmonte ces vastes régions. » M. Rink s'étonne de l'accumulation de glace qui se produit d'année en année, et surtout du côté oriental du Groenland, qui est évidemment plus froid et bordé d'une banquise plus large que le rivage occidental. En voici , je pense, la raison. Pendant l'hiver, le glacier se refroidit sans mesure , car la chaleur passe continuellement de sa surface supérieure dans les espaces célestes,
ET méréoROLOGiE. ir5
qui sont à ime température prodigieusement basse. Quand ensuite arrivent les pluies de la saison chaude , elles se congèlent en s'infiltrant dans le glacier refroidi par rhiver et en augmentent Tépaisseur. De plus, les rayons du soleil fondent seulement une partie de la superficie du glacier, qui se gèle de nouveau en pénétrant dans la masse du plateau de glace refroidi par l'hiver. C'est ainsi cpie dans les montagnes d'Auvergne , sur la route qui mène de l'établissement .thermal au lac Pavin , j'ai trouvé dans les environs de Vassivière des terrains qui, à une petite profondeur, gardent un état de perpétuelle congélation , car la neige qui les recouvre l'hiver n'en empêche pas le refroidissement, et quand la saison ehaude arrive, ce n'est que très- tard que le sol se découvre et que la chaleur de l'air et des rayons solaires peut se communiquer au terrain. Cette chaleur n'a ni la force ni le temps de dégeler la terre à une grande profondeur avant le retour de la nouvelle neige et d'un nouveau refroidissement. Je crois me souvenir que cet état du sous-sol n'empêchait pasr la croissance de bruyères rabougries et de plantes alpines. La température de sources peu abondantes , même dans un air assez chaud , y était celle de la glace fondante. Il serait intéressant de revoir cette localité , mais plusieurs des pentes nord des escarpements qui environnent l'éta* blissement des bains du Mont-d'Or, et sur lesquelles la glace ne. fond que très-tardivement, doivent ofiFrir la même particularité. La neige , qui , dans nos plaines ensemencées, protège si bien nos céréales en diminuant le passage de la chaleur et en prévenant ainsi une trop grande perte , agit bien moins favorablement pour les
Il6 ASTRONOMIE
terrains qu'elle recouvre pendant presque toute Tannée, car, pendant l'hiver, et surtout pendant les longs hivers sans soleil des régions polaires , elle finit par se refroidir considérablement , et ensuite elle s'oppose à ce que les rayons du soleil atteignent le sol, puisqu'il faut auparavant que toute l'épaisseur de la neige ou de la glace soit fondue et que le sol soit découvert.
Je pense qu'il faut, avec M. Ëlie de Beaumont, attribuer la détérioration du climat de l'Europe septentrionale à la diminution du courant d'eau chaude qui remonte vers le cap Nord en longeant la Norwége. Tout le monde sait que les eaux chaudes de l'équateur forment un large courant qui coule vers l'ouest , et qui, rencontrant la pointe orientale de l'Amérique , se partage en deux parts fort inégales. La plus grande partie de ces eaux chaudes entre dans le golfe du Mexique, puis vient ressortir par le détroit de Bahama en un courant rapide qui porte le nom de Gulf-Stream ( courant du golfe ) , et qui remonte vers le nord jusqu'à la hauteur du banc de Terre-Neuve. De là ce fleuve d'eau tiède voyage veK l'Europe. Là il se sépare en deux branches, dont là plus considérable redescend vers l'Afrique, et ensuite, revenant vers l'Amérique, complète, en un peu plus de trois ans , un circuit entier dont nous n'avons pas à nous occuper ici. Suivons au contraire la branche que le Gulf-Stream envoie au nord-est, le long des côtes Scandinaves. Ce courant d'eau chaude arrive au cap Nord, où il a été bien reconnu, dans de précédentes expéditions, par les officiers de la marine française. De là , suivant l'excellente carte de M. Dunerrey , ce courant passe au nord de la Sibérie et ar-
ET METEOROLOGIE. II7
rive jusqu'au détroit de Behring , où il redescend en tout ou en partie. Gomme il y a aussi un courant qui redescend du nord par le détroit de Davis à l'occident du Groenland, il faut admettre qu'une cause quelconque porte au nord de l'Amérique un trop-plein d'eau pareil à celui qu'amène , dans le nord de l'ancien monde, la branche nord-est dérivée du Gulf-Stream. Si l'on s'en rapporte à la carte dressée par M. Findlay, qui, tout en citant mon nom , ne semble pas avoir adopté l'idée des circuits océaniques que m'a fournie la théorie appuyée sur l'excellente carte de M. Duperrey ; si , dis-je, on consulte la carte de M. Findlay dans les Mémoires de la Société de Géographie d'Angleterre, on trouve que , suivant lui , le courant chaud de l'océan Pacifique, qui est analogue au Gulf-Stream de l'Atlantique et qui remonte vers le nord-est en longeant le Japon , envoie une branche au nord-est, vers le détroit de Behring, n y a ici désaccord entre MM. Duperrey et Findlay. Si, d'une manière ou de l'autre, les eaux du Pacifique entrent dans le détroit de Behring pour contourner l'Amérique du Nord , elles devront entrer en rasant le côté américain du détroit , car toutes les eaux qui se rapprochent du pôle tendent à se porter vers l'est à cause de la vitesse d'origine vers l'est qu'elles conservent. C'est ce qui arrive à la branche du Gulf-Stream qui longe la Scandinavie, et qui , montant beaucoup au nord , doit par suite se jeter beaucoup vers l'est. Quoique ici nous ne nous occupions pas de la cause des courants, mais bien de leur influence sur la température des contrées qui sont sous leur vent , je dirai que la cause générale de ces grands mouvements océaniques
reconnaît que d'année en année le sol se soulève , et que , pour faire entrer les eaux mères qui doivent donner le sel , on est obligé de se rapprocher de la côte, laissant ainsi une ligne d'anciens bassins d'évaporation qui , sous le nom de marais gâts, forme une large lisière derrière les bassins qui travaftUent aujourd'hui. Dans ces parages, la petite ville de Brouage, maintenant abandonnée à cause de son insalubrité , ne reçoit plus dans ses fossés que les eaux des plus fortes marées, tandis qu'au temps de Richelieu , ces fossés servaient d'abri à des navires d'un assez fort tonnage, et Ton voit aux murs des quais les anneaux qui retenaient les câbles des vaisseaux et dont plusieurs pourraient servir aujourd'hui à attacher des bêtes de somme. Plusieurs îles , et notamment celle de Noirmoutiers , sont aujourd'hui presque jointes au continent sans atterrissement et sans dépôt de relais de la mer. Sur la côte de la Vendée, près de la pointe de l'Aiguillon , les moines de Saint- Michol-en-l'Herm possédaient un immense domaine avec des pêcheries et des élèves de chevaux , qui portaient leurs revenus ou plutôt ceux de l'abbé à plusieurs centaines de mille francs. Ils étaient fort jaloux des conquêtes que le changement de configuration de la côte leur permettait de faire sur l'Océan ; aussi , pour que l'autorité royale ne vînt pas leur disputer ces extensions de territoire, leurs titres de propriété portaient: confjvntant à Poiœst à rjmérifjuey Vocéan Atlantique entre deux. On voit qu'il y avait une large part pour les terrains soulevés ou abandonnés par la mer. Quant au passage dans l'île de Noirmoutiers , Henri IV, qui n'était rien moins que poltron , n'osa pas le tenter un
soir de tempête , et passa une nuit fort incommode . dans la cabane du batelier, malgré Tattrait de tout ce qui pouvait dans Tile tenter ce roi non moins vicieux que brave. Aujourd'hui ce trajet se fait sur des chevaux ou sur des ânes par tous les temps possibles.
Le contraste qu'offre la côte glaciale du Groenland oriental avec la côte occidentale de la fertile Norwége est des plus frappants. Il n'y a pas moins d'opposition entire les froids intolérables du Labrador américain Bt le climat tempéré de l'Irlande , qui en est le pendant européen. Si autrefois un courant d'eau assez chaude descendait par le détroit de Davis , et si les eaux du Gulf-Stream, qui jadis semblent avoir remonté jusqu'au Spitzberg, redescendaient alors le long du Groenland oriental , il est possible que cette double cause ait donné ancieimement un meilleur climat à cette terre, qui semble avoir disparu à jamais sous un glacier d'une ^MÛsseur formidable , et qui n'a épargné qu'une étroite bande de terre dans la partie occidentale.
En voyant ces grands changements de population humaine , animale et végétale , opérés fatalement et irrésistiblement par les forces muettes de la nature agissant sur les courants océaniques , on n'a pas besoin de pénétrer avec le berger de Virgile au sein des mers pour être frappé d'étonnement à ces grands mouvements des eaux,
Stabat et ingenti motu stupefactus aquarum ;
il suffit d'avoir sous les yeux la carte de M. Duperrey et quelques instants de réflexion sérieuse. Parmi les «ciences accessibles à toutes les intelligences , la géo-
graphie physique m'a toujours semblé celle qui devait offrir le plus d'attrait, et qui était susceptible des développements les plus étendus et les plus intéressants. C'est en partie ce que nos pn^rammes actuels désignent sous le nom de cosmographie, et ce que nos pères et nos mères entendaient par connaissance de la sphère.
L'Angleterre, dans ces dernières années, a dépensé fort honorablement des sommes immenses, quoique sans grand succès , pour la recherche des d^ris de l'expédition de Franklin ; mais ces explorations noos ont enfin appris qu'il existe un passage maritime continu le long des côtes nord de l'Amérique. D'après des documents bien positifs que je possède, le prix total de toutes les expéditions s'est élevé à la somme fobaleuse de 664,000 livres sterling (environ 16 à 17 mil' lions de francs) , et la reine Victoria semble vouloir encore diriger une dernière tentative vers le point où l'on a signalé la découverte de quelques objets ayant appartenu à l'expédition. Il me semble qu'à beaucoup moins de frais , on obtiendrait des résultats bien plus utiles à la science en pénétrant par le détroit de Behring ^ dans la mer Glaciale , et en côtoyant la Sibérie par une '■ mer qui semble être presque toujours Vibre de glaces. On i arriverait jusqu'à Nijney-Kolimsk, où je pense que l'a- i mirai Wrangel a passé plusieurs hivers. C'est à deux i ou trois cents lieues de là que, dans le nord-est, sont i les iles qui portent le nom de Nouvelle-Sibérie, et dont 1 le sol est presque tout entier formé d'ossements fossiles i et d'ivoire de mammouth, ivoire qui, comme on sait, = fait sur nos billards concurrence à celui des éléphants =
ET MÉTÉOBOLOGIE. 123
nos contemporains. Peutrêtre même trouverait-on dans ces îles , en chair et en os, d'autres mammouths pareils à celui des bords de la Lena, et dont, en 1804, les renards, les ours et les chiens, suivant l'expression de M. Buckland , se régalèrent comme d'une friandise antédiluvienne. Peut-être le mot de l'énigme de ce monde antédiluvien pourra-t-il être trouvé dans ce coin de notre globe qui est , pour les Tongouses et pour quelques autres peuplades, une vraie mine d'ivoire lorsque, Ëivorisés par quelques circonstances relatives à la disposition des glaces, ils peuvent arriver jusqu'à ces îles. Alors les bateaux auxquels ils sont incorporés, et qu'on pwt voir au Palais-Royal, sont trop petits pour charger leurs richesses en ivoire fossile. Au reste , ces centaures de pirogue exécutent des voyages à des distances prodigieuses : 100 lieues ne sont pas pour eux une distance infranchissable. On classe parfois les Tongouses en Tongouses chevaux, Tongouses rennes et Tongouses chiens, à mesure qu'en s'élevant au nord l'homme n'a plus dans sa domesticité que ces diverses espèces. U faudrait ajouter à cette classification le Tougouse bateau. Il est beau que rétre intelligent soit encore le plus énergique à braver les rigueurs de la nature. Mais quant à l'expédition présente dans les mers du nord-ouest du détroit de Behring , ce n'est pas seulement la géologie qui en profiterait, il y a toute l'afTaire des courants du Pacifique du nord sur lesquels nous n'avons que ce que nous a appris l'expédition française de notre aim£d)le et savant confrère l'amiral Dupetit-Thouars , de l'Académie des Sciences. On m'objectera que l'entreprise est périlleuse. Je répondrai qu*après avoir mené à bonne
fin l'expédition arctique de la Reine-Hortense^ qiû était une espèce de défi à Timpossible , nos marins iraient au pôle si le pôle était accessible , et que de plus Ils en reviendraient comme ils sont revenus des banquises du Groenland en i856.
J'ai reçu de M. Colla , astronome éminent de Parme, à qui nous devons une des cinq comètes de i854, une lettre fort intéressante , avec une éphéméride des observations astronomiques qui peuvent intéresser le public. M. Colla m'apprend que cette année Vénus sera visible en plein jour, à la fin du mois prochain et pendant une partie du mois de mars. Cet éclat extraordinaire ne se renouvelle, comme on sait, que tous les huit ans. C'est en effet en 1848 ou en 1849 CR^ ^^ P^^ nomène se produisit la dernière fois, et il fut fort remarqué à Paris. M. Colla donne aussi les minima d'éclats de l'étoile Algol pour le aS janvier, vers 8** 3o" du soir, et le a8 du même mois, vers 5** 3o" après midi. De même , il annonce que l'étoile variable Mira , de la Baleine, qui, sur les cartes célestes, est marquée omicrouy se trouve maintenant à son plus grand édat, et qu'elle égale sa voisine la première des Poissons. C'est environ tous les onze mois que cette étoile devient brillante. Les éphémérides de la Société Astronomique de Londres nous donnent aussi une longue liste d'étoiles variables , mais que le public peu exercé ne retrouverait pas facilement dans le ciel.
Dans l'année i856, on n'a découvert aucune comète, tandis que nous en avons ordinairement deux ou trois chaque année. En revanche , cinq petites planètes de ce groupe de minimes sœurs de la terre qui sont entre
ET BÉTÉOROLOGIE. 125
Mars et Jupiter ont récompensé l'assiduité et le zèle de trois astronomes qui sont : M. Chacornac , de l'Observatoire impérial; M. Goldschmidt, peintre d'histoire et astronome amateur, mais astronome très-sérieux par Tes succès qu'il obtient. Chacun de ces messieurs a trouvé deux planètes. La cinquième a été découverte par M. Pogson, astronome adjoint à l'Observatoire d'Oxford. Cet observatoire , sous la direction de M. Johnson et avec le l^s Radcliiïe , a conquis l'un des premiers rangs pour les travaux de précision extrême. Voici maintenant le nombre des petites planètes porté à quarante -deux. L'Académie accorde un prix à chacun des trois astronomes nommés plus haut.
En Angleterre, plusieurs des propriétaires des grandes fortunes* nobiliaires ou industrielles ont fondé des observatoires privés et ont pourvu à l'installation d'un astronome quand ils ne pouvaient pas en remplir euxmêmes les fonctions. En France , tous les observatoires particuliers ont successivement disparu. C'est une infériorité à laquelle la France ne doit ni ne peut se résigner. Nous reviendrons sur ce sujet, qui touche à yhonneur national.
C24 janvier i85y.)
I2C ASTKONOIIIB
Une épidémie morale de fin du monde. — Bnoore dei comètes. — Le télesoope de M. Foucault présenté à l'Académ i e des Sciences. — Évaluation mathématique de la légèreté des comètes. — Elles sont des millions de millSons de fois moins compaotea ^e VtSt ordinaire.
Les homin«s i*à présent soot plus fous que leari pèrM ; Lears Qls enehériront sur eax :
Les petils-fils aaront plus de ohimèrei Que leurs extrsTSgtnts aïeux !
(FMTI1IU.I.K.)
Nous voici en pleine épidémie de fin do monde (je suis trop poli pour dire épizootie). Terme moyen , cette maladie de frayeur arrive sept ou huit fois par siècle. C'est une émotion comme une autre ; seulemrat il faut convenir qu'elle n'est pas très-gaie. En 1811, en i83a et un peu en 1840, il y a eu des consternations générales; i832 nous a valu l'admirable chanson de Béraiiger:
Finissons-en , le monde est assez vieui. !
Elle est encore de circonstance pour la malice avec laquelle le poète stigmatise l'esprit public, qui le mérite bien. Il est pénible de voir que depuis lors les classes dites élevées de la société n'ont pas fait de progrès dans la voie des lumières et de la connaissance de ce qui
peuiêirt et de ce qui ne peut pas être , guivant l'énergique expression de Lucrèce:
Ignari quid queat esse, Quid nequeat.
« Écoutez, dit Arago dans son Astronomie populaire , » quand vous assistez à Tune de ces brillantes réunions B où affluent ceux qu'il est d'usage d'appeler des nota- » bilités sociales , écoutez un seul instant les longs dis- » cours dont la future comète fournit le texte , et dé- » cidez ensuite si l'on peut se glorifier de cette » prétendue diffusion des lumières que tant d'opti- » mistes se complaisent à signaler comme le trait ca- » ractéristique de notre siècle. Quant à moi , je suis » depuis longtemps revenu de ces illusions: Sous le » vernis brillant et superficiel dont les études purement sr littéraires de nos collèges revêtent à peu près uni- » formément toutes les classes de la société, on trouve » toujours, tranchons le mot, une ignorance complète y de ces beaux phénomènes , de ces grandes lois de la B nature qui sont notre sauvegarde contre les préju- »gé8. »
Je suis loin de partager la manière de voir de l'illustre secrétaire de l'Académie des Sciences sur les intelligences des salons. Quand on veut bien fournir des faits à ces imaginations souvent très-solides , et qui , suivant la pittoresque expression de l'abbé Dubos, s^en vont uau débaUery on est étonné de la profondeur des vues , de la netteté de conception, de l'originalité perspicace deB esprits dont ce rCest pas le métier. J'avoue n'avoir été soumis à ce feu croisé de questions qui in-^
clique dans ceux qui les font un désir très-éclairé de savoir la vérité , sans avoir plus gagné sans doute en répondant et en écoutant que ne l'avaient fait mes interlocuteurs.
Quant à Toptimisme, espérons que l'Université de Napoléon lU, avec ses prétentions aux notions positives et pratiques, évitera Técueil que signale Arago comme résultant des études de TUniversité de Napoléon P^ Ces idées ne sont pas nouvelles, et, sans insister sur cette importante matière, je rappellerai tout ce qu'a fait, vers le milieu du dernier siècle, ce qu'on appelait l'école encyclopédiste, qui appelait à grands cris les sciences et même les arts à participer avec les lettres à l'instruction de la jeunesse. Mais ici, comme partout, comment trouver ce précieux rien de trop (méden agan) des sages de la Grèce?
L'assertion d' Arago avait été formulée presque dans les mêmes termes dans la législature américaine à l'occasion de la pétition relative aux esprits frappeurs qui auraient été renvoyés au comité des relations extérieures si l'on eût été sûr qu'ils fussent américains!. Après une verte semonce sur la crédulité des classes élevées et sur l'insuffisance de l'instruction relative aux lois physiques du monde , rassemblée passa sans transition au^ eune à la discussion de certains achats de territoire. Voilà une leçon. Erudimini.
On me dit de toutes parts, de vive voix et par lettres, que la légère indisposition qui m'a forcé de suspendra un instant mes Études a été mise à profit par les comètes, et qu'elles ont bien fait du chemin pendant ma courte absence. Ah 1 mon Dieu ! si les gens ont ai
grande envie d'avoir Témotion de la peur, pourquoi les en sevrer? Une dame du temps de Louis XVI insistait auprès du célèbre médecin Bouvard pour prendre de rinfusion d'aubépine rose. « Oh ! Madame , prenez-en bien vite , tandis que cela guérit encore 1 » Je dis de même aux personnes inquiètes qui me consultent : t Dépèchez-vous d'avoir peur tandis que les comètes font encore trembler ! »
n faut convenir que si jamais il a existé une panique gratuite, c'est bien celle d'aujourd'hui. La science positive ne nous annonce aucun phénomène extraordinaire. Des quatre comètes conquises par l'astronomie , aucune ne paraîtra cette année, et leur marche bien connue en fait des astres très-inoffensifs. J'apprends à Tinstant» de ^illustre lord Brougham que notre choléra moral n'a point pénétré en Angleterre. Maintenant un mot sur la comète dite de Charles-Quint y que les astronomes attendent entre i856 et 1860.
Lorsqu'en 1680 Fontenelle écrivait sa petite comédie de la comète, qui semble faite pour le milieu du Ux* siècle , Newton et Halley appliquaient la théorie de ^attraction au mouvement de ces astres rebelles, et réalisaient la prédiction de Sénèque : La postérité s'étonnera que nous ayons ignoré des choses si simples ! Depuis lors, toute crainte sérieuse disparut devant la eonnaissance des lois qui règlent le mouvement de ces légères nébulosités, et quand ensuite l'astronomie physique et le télescope perfectionné nous montrèrent les comètes comme des amas de matière mille fois, un mil> lion de fois, un milliard de fois moins compacte que Tair où nous vivons,, il ne fut plus possible d'avoir çeuc
Ci., •
niaterretlement d'une comète pa» pfas que d'un revenant. L un H a p» boBicaiip pi» de consistaiice que /intre.
&lley. lecaBaboratenrdeyi g n Um T rechcf d ia si dans routes les comètes mesitioiiiiées par les hisloneiis il n*y ^n ivait pas «pietqn'oiieqiiifat le t umuée Ades périodes esales indiquaat le même astre refeDant an soleil après 5>n être beaucoup éloigné et avoir été longtemps invi» sibie. Ses recherdies forent c our u m ées d'an pldn suci!es. La comète de i68a fan oflHt plosienrs apparitions aiiccesâves : etaprès aToir prévn son retour pour 1759, mourant dais on âge très-aTancé, il exprimait Tespoir que , â sa prédiction se réalisait, on ne refuserait pas de reconnaître qn'on devait cette découverte à un Anglais. La postérité a sanctionné la justice de sa réclamation, et les noms français de dairaut, deLalande et de M~ Lepaote furent associésen 1759a celui de Halley. Cest cette même comète, disent les historiens, qui guida le conquérant normand pour l'invasion de TAngleterre. On la voit représentée sur la fameuse tapisserie de la reine Mathilde , femme de Guillaume. J'ai dit dans un discours de solennité académique que Tun des rayons de la brillante couronne de la reine Victoria était emprunté à la comète de Halley, appelée quelquefois comète de la Conquête ; et d'autres fois encore, cette comète, qui a reparu en i835, et qui ne reviendra plus qu'au XX* siècle, a été mêlée à l'histoire et aux passions de l'humanité. C'est à elle que nous devons VAngehu de midi , institué à l'époque où elle aida puissamment ' ^^usser les Turcs qui débordaient sur l'Europe occi- 6, après la prise de Constantinople.
ET MÉTÉOROLOGIE. ]3i
Dunthorne et Pingre , suivant les traces de Halley, avaient remarqué qu^une comète très-brillante, qui s'était montrée en 1264 , ressemblait fort dans sa marche à la comète qui, en i556, effraya tant Charles-Quint et lui fit résigner Tempire et le trône d'Espagne. Ils donnèrent à cotte comète une période d'à peu près trois cents ans, et annoncèrent son retour pour 1848. Tous les compilateurs de livres astronomiques, Lalande en tète , enregistrèrent cette belle conquête future d'un astre qui reviendrait tous les trois siècles demander au genre humain des nouvelles du perfectionnement de l'humanité et marquer impassiblement des heures triséculaires sur l'horloge du monde. Mais en 1848 point de comète!
Gomme celle de Halley avait été retardée dans sa réapparition de 1769, on prit patience. Un an, deux ans, trois ans s'écoulèrent. Voici ce que sir John Herflchel écrivait dans ses Esquisses astronomiques (Ont- Unes of astronomy)^ vers i85i : «Quoique, au moment où j'écris ceci , la comète qui devait reparaître en 1848 n'ait point encore été observée, il faut attendre au moins une autre année avant de regarder l'événement eonune désespéré, car l'effet des perturbations planétaires peut produire des discordances bien autrement
Tout récemment on s'est mis à l'œuvre pour calculer les perturbations que cette comète avait dû éprouver par l'action des planètes. M. Bomme de Middelbourg , en Zélande , a fait pour cette comète ce que Glairaut et ses collaborateurs avaient fait pour la comète de Halley à son retour de 1759. Suivant l'assertion de M. Hind,
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M. Bomme, avec une vaste dépense de temps et de tra" vaily a calculé un retard de dix ans par Teffet de l'attraction des planètes Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune^ la terre , Vénus et Mars. Mais il reste une incertitude de deux ans en plus ou en moins sur l'époque du retour prochain, qui autrement aurait lieu en i858. Ainsi la comète èoit reparaître d'ici à 1860. Elle ne pouvait pas arriver en 1848. J'avoue personnellement que j'attends avec une grande impatience cette visiteuse étrangère , comme l'appellent les Anglais. Elle ne reviendra plus ensuite que vers le milieu du xxii' siècle. Sans doute alors on verra sur notre terre régner l'âge d'or, ou du moins L'âge de raison.
Tout indique que la rencontre d'une comète ne ferait aucun mal à la terre et ne serait même aucunement sensible. Mais quant à cette comète-ci , elle descend des réglons célestes fort obliquement vers le soleil , et en passe à une distance égale à la moitié delà distance de la terre. Elle ne peut donc pas plus rencontrer notre planète qu'un homme qui suivrait les bords del'Euphrate ou du Gange ne rencontrerait un autre voyageur qui longerait le cours du Mississipi ou de l'Amazone». Si l'on veut une image qui m'a été suggérée par une personne qui me parlait de cette comète,, il n'y a pas plus de chance de collision entre cette comète et la terre qu'il n'y a de chances qu'un omnibus circulant dans les rues de Londres accroche un omnibus parcourant les rues de Paris. Quant au i3 juin prochain (notez ce fatal nombre i3), les astronomes seraient bien heureux s'ils avaient leur comète dès cette époque. M. Hind vient de publier une éphéméride pour aider les sentinelles
céhestes qui s'apprêtent à Thonneur d'être les premières à crier : Qui vive I à Tastre de trois siècles. Je répète que rien n'autorise à l'attendre plutôt en 1867 qu'en i858, iSSg ou même 1860. Voilà de la science positive.
Sur l'horizon du soir, la brillante planète Vénus est venue détrôner Jupiter et lancer ses feux brillants ; elle est tous les huit ans dans la position la plus favorable pour nous renvoyer l'illumination du soleil, et 1857 est une de ces années privilégiées. Le public parisien , vivement préoccupé de la fin du monde, fait beaucoup d'attention à cette planète, qui à sa dernière époque de grand éclat, savoir en 1849, n'avait excité qu'une curiosité scientifique et honorable. Le 27 de ce mois, Vénus présentera un disque à moitié éclairé comme la lune en- premier quartier. C'est déjà sensiblement son apparence actuelle. Le 4 avril elle sera à son maximum d'éclat et visible en plein jour comme pendant tout le mois de mars. Alors elle offrira un beau croissant comme la lune entre l'époque où elle est nouvelle et répoque où elle est en premier quartier. C'est et ce sera alors un bel objet télescopique , et il attire^ déjà la foule aux lunettes de cacrefour. Le 10 mai , Vénus sera sous le soleil , et plus tard elle reprendra le croissant et le premier quartier ; mais elle sera alors plus haut dans le ciel et plus favorablement placée que dans la période actuelle. C'est le i5 juin qu'aura lieu ce nouveau maximum d'éclat , qui permettra encore mieux de voir la planète en plein jour.
Le a janvier dernier a eu lieu le passage de la lune (levant Jupiter. Heureusement pour l'honneur de la
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France le temps a été couvert, car nous aurions fait pauvre figure en comparaison de Tactivité astronomique anglaise. II me suffira de dire que cette occultation a été observée en Angleterre par quarante et un astronomes de profession ou amateurs , tandis qu'en France tous les observatoires privés ont disparu sans retour. Je reviendrai sur ce triste sujet.
Le numéro de décembre dernier de la Société Astronomique d'Angleterre contient un travail très-complet de M. Pogson , de l'Observatoire d'Oxford , sur les étoiles variables. Les astronomes se sont partagé la surveillance de ces étoiles comme ils s'étaient partagé l'observation des quarante-deux petites planètes situées entre Mars et Jupiter. Il y a pour Algol l'indication de deux minima, l'un pour le 6 mars, vers onze heures et demie du soir, l'autre le 9 mars , entre huit heures un quart et huit heures et demie , temps de Paris. Des observations enregistrées dans le journal américain de M. Gould constatent qu'à son plus faible éclat Algol est quelquefois au-dessous de l'étoile Rhô de la constellation de Persée. Cette observation avait déjà été faite à Cholet par M"*" Moutel, ainsi que nous l'avons dit dans un de nos articles. La conclusion est importante , en ce qu'elle établit qu'à ses divers minima l'étoile variable est plus on moins brillante. Gomme je pense que c est par là seulement que nous pouvons avoir quelques notions du monde planétaire des soleils autres que notre Phébus, tout ce qui peut nous renseigner sur les passages des corps planétaires devant les autres étoiles doit être recherché avec soin.
Parmi les nouvelles astronomiques , je ne vois rieft
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de plus important que la nouvelle construction de télescopes réflecteurs par M. Foucault, physicien de TObservatoire impérial. Tous ceux qui savent ce qu'il a tallu de travaux à William Herschel et à son fils, à Sf. Lassel , de Liverpool, et à lord Rosse pour façonner et polir des miroirs de télescope en métal, applaudiront à l'heureuse idée de M. Foucault d'argenter en dedans ime surface concave taillée dans du verre ordinaire avec âne précision que le métal n'admet jamais. Après avoir Etrgenté le côté creux de la lame de verre , on le polit. On obtient ainsi un miroir parfait et qui ne se déforme point par son propre poids. Le miroir de lord Rosse ^èse 3,800 kilogrammes , c'est à peu près 20,000 francs de métal. Il est vrai que ce télescope léviathan, comme disent les Anglais, a 6 pieds d'ouverture. J'ai essayé de jour et de nuit les admirables miroirs de M. Foucault , montés très-simplement en télescopes nev^toniens; et leur effet a été au-dessus de tout ce qu'on obtenait autrefois avec de pareilles ouvertures. Pour les grands tfieBCopes , ils seront d'une admirable légèreté et d'un transport facile. Le directeur de l'Observatoire impérial , qui a apprécié toute la portée de ce nouveau mode de pénétrer dans le ciel , paraît à juste titre compter sur ces instruments pour réaliser des perfectionnements ultérieurs dans les observations astronomi(](ties. Le prix jBSt en même temps fort inférieur à tout ce qu'on avait jusqu'ici.
Je tiens de notre excellent constructeur et opticien H. Secrétan, que depuis plusieurs années la vente des lunettes et télescopes est devenue de plus en plus active, et avec l'invention de M. Foucault, il n'y a pas
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de cloute que la popularisation du télescope et des notions astronomiques ne fasse de grands progrès. Avant peu , il n'y aura pas de château ou de manoir où , pour le plaisir et Vinstruction des habitants, il n'y ait une lunette ou télescope à pied avec lequel on puisse compter les pieds d'une mouche du bout d'un jardin à l'autre extrémité. Je répète que la construction optique de M. Foucault n'est point seulement à Tétat d'essai ou de projet. J'ai vu avec son télescope des disques d'étoiles de première qualité et aussi très-nettement la phase de Vénus , astre pour lequel , d'après un dicton astronomique , il n'y a pas de bonne lunette , de même qu'on dit en même temps qu'il n*y a pas de mauvaise lunette pour la lune. Espérons que l'été prochain ces télescopes , portés au pic du Midi de Bigorre , rivaliseront avec les observations que M. Piazzi Smyth ira faire au pic de Ténériffe. La mesure définitive du diamètre de Vénus sera au premier rang des importantes déterminations à obtenir cette année.
Les miroirs de M. Foucault ont été présentés à l'Aca^ demie des Sciences par M. Le Verrier. Ce n'est pas la seule fois que nous en parlerons, et en môme temps nous donnerons le tableau de ce que les amateurs peuvent voir au ciel et sur la terre avec un télescope de grandeur ordinaire.
Dans une des séances de notre Académie, j!ai présenté le calcul suivant sur l'infinie légèreté des comètes* Les lecteurs peu habitués aux déductions logiques de la science pourront ne lire que la conclusion. Une étoile de onzième grandeur a été vue, sans perte sensible de •fère, au travers d'une comète de 5oo,ooo kilomètres
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d'épaisseur. Des observations analogues sont dues aux Herschel , aux Bessel , aux Struve ', c'est-à-dire aux coryphées de Tart d^observer. La comète, d'après la photométrie, était donc au moins 60 fois moins brillante que la petite étoile. En prenant 60 fois son éclat, la comète serait au plus devenue égale à l'étoile , et avec un éclat encore 60 fois plus grand , ce qui eût fait 3,6oo fois son éclat primitif, la comète, par son éclat, eût à son tour éteint l'^lat de l'étoile et l'eût rendue invisible. Pour rendre invisible une étoile de cinquième grandeur qui est 25o fois plus brillante que l'étoile de onzième grandeur, il eût fallu rendre la comète 25o fois 3,6oo fois ou 900,000 fois plus brillante , et comme l'atmosphère éclairée par la pleine lune éteint par son éclat les étoiles de cinquième grandeur et au-dessous , il faut en conclure que la comète éclairée dans le ciel par le soleil est cependant 900,00a fois moins brillante que notre atmosphère éclairée par la lune. Mais le clair de la lune dans son plein est 800,000 fois moins brillant que le plein soleil qui fait le jour ; donc si l'air, comme la comète-, est éclairé par le soleil, il sera 900,000 ibis 8oo,doo plus brillant que la comète; cela fait 720,000,000,000, ou bien sept cent vingt milliards, mais ce n'est pas tout. La comète observée était celle d'Encke en 1828. Elle avait alors une épaisseur do 5oo,ooo kilomètres, tandis que l'atmosphère tout entière n'équivaut qu'à une couche d'environ 8 kilomètres d'épaisseur. Cela donne à l'éclat intrinsèque de ^atmosphère au-dessus de celui de la comète, à épaisseur égale, un nouvel avantage dans le rapport de Soo,poo à 8 , et le résultat final est. que la comète
doit être assimilée en éclat à de Tair qui serait 45,000,000,000,000,000 de fois plus léger que Tair ordinaire. Ce nombre peut se lire 45 millions de milliards de fois. J'avais dit et on a répété que les comètes sont un rien visible. Bien des gens concluront de ce qui précède qu'elles sont moins que rien. Je finis par une petite citation de la Cosmographie de M. Paye, astronomiquement propriétaire d'une des quatre comètes périodiques. Après avoir dit, et avec grande raison , que les comètes ne sont même pas des gaz, il ajoute : « On voit par là combien peu les effets mécaniques du choc d'une comète contre la terre sont à redouter ; la moindre toile d'araignée opposerait peut-être plus d*obstacle à une balle de fusil. » J'ai déjà dit que pour le poids de toute la queue d'une comète sir John Herschel parlait de quelques onces; or la terre, d'après les plus récentes déterminations de sa compacité, est équivalente à un poids de 6,000,000,000,000,000,000,000,000 kilogrammes. Cela fait six mille milliards de milliards de tonnes.
Conclusion. — Les gens que tuent les comètes ne meurent que de consternation , de stupidité et d'ignorance. J'ai mis dans un de mes discours la moralité en action qui suit, et que j'ai empruntée au répertoire des Orientaux , fort riche en ce genre. On la trouvera dans une de mes Études antérieures. Un saint Égyptien en prières au lever du soleil aperçoit un fiintôme qui se dirige sur la capitale, a Qui es-tu? — La Peste. — Où vas-tu? — Au dure.— Pourquoi? —Pour y tuer dix mille hommes. — N'y va pas. — C'est écrit (fatalité). — Va donc, mais n'en tue pas un de plus.-
ET MÉréOROLOGIE. 189
Entendre, c'est obéir (assentiment). » Après la cessation du fléau , la môme rencontre se renouvelle. » D'où \iens-tu?— Du Caire.— Combien y as-tu tué de monde? — Dix mille, suivant l'ordre. — Tu mens, il en est mort vingt mille. — J'en ai tué dix mille , c'est la peur qui a tué les autres. »
(26 février 1807.)
Le mouvement dam la nature. — Le printemps et les effets de la température. — Bygiène de ohac[ue saison. — jikspeot du olel. — Oeux petites comètes télesoo* piqaes. — BibUoeraphie. — lie soleil considéré comme étoile Tariable. — Période grlaciale de la terre.
Le temps, le soleil, la saison, la science , tout marche dans le monde au physique et au moral. Les individus vieillissent, mais l'humanité progresse en se molitrant toujours jeune et vigoureuse. De même, dans la natare, les lois de stabilité qui garantissent l'édifice matériel éloignent toute idée de fin du monde due à des causes accidentelles. Tout hoinme qui admet une puissance créatrice doit , avec Leibnitz , admettre une intelligence organisatrice et conservatrice. Ce sont les
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premiers éléments de la logique et du bon sens. Mais* ce qui diffère un peu de la manière de voir ordinaire , c'est que dans le monde matériel la stabilité et la solidité n'ont point été attachées à Tinertie et au repos absolu. Partout c'est le mouvement qui conserve les choses dans leur état normal. C'est une sorte de travail et de vie qui subsiste indéfiniment. Nulle part on ne voit de repos dans la nature, mais partout des mouvements stables et qui doivent se prolonger sans altération.
Ainsi la lune, balancée entre' son mouvement en avant qui l'éloignerait de la terre, et sa chute vers nous qui la ferait arriver à toucher notre globe , reste suspendue à la même distance. Il en est de même du mouvement de la terre et des planètes autour du-soleîL Elles sont ramenées vers l'astre central par leur pesanteur vers le soleil autant qu'elles en sont éloignées à chaque instant par leur mouvement de progression. Elles conservent donc leur distance à ce centre puissant de force et de matière qui est quatorze cent mille fois plus volumineux que notre terre , et trois cent cinquante-cinq fois plus massif. Enfin toutes les variations que subissent les éléments du système du monde sont périodiques , et l'ordre s'établit par des alternatives de plas et de moins autour d'un état moyen qui semble l'état fondamental pour chaque province du domaine des lois de l'univers.
En effet , où trouver le repos absolu , le manque complet de mouvement? Tandis que j'écris à mon bureau au milieu du calme de la nuit et de l'immobilité apparente des objets qui m'environnent, le mouvement jour-
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nalier de la terre autour de son axe m'entraîne avec la ▼iteBse d'un boulet de canon vers Torient. Ce mouvement, à la vérité, se ralentit à mesure qu'on marche vers le pôle. Au pôle même, il est nul , mais il y a le mouvement annuel de révolution autour du soleil qui emporte la terre entière, équateur et pôles, avec une vitesse soixante fois plus grande que la précédente vitesse et qui ne laisse sur la terre aucun point immobile. C'est donc sur le soleil , centre de ces mouvements qui font Tannée, qu'il faudrait chercher le repos absolu. Mais le soleil tourne sur lui-même en vingt-cinq jours et demi, et son pôle seul serait immobile. Mais à son tour le soleil avec toutes ses planètes fuit dans l'espace vers la constellation d'Hercule avec une vitesse considérable et égale au quart de la vitesse orbitaire de la terre. Il n'est donc de repos nulle part. Tous les corps sont non-seulement susceptibles de mouvement , mais encore ils exploitent actuellement cette possibilité de leur existence, tout est mobile et tout se meut!
Le lecteur pressent sans aucun doute que ce n'est id qu'une pierre d'attente pour des déductions ultérienres. Ces grands mouvements opérés dans le vide ont lieu sans frottement, sans résistance, sans affaibUssement, sans bruit et sans efforts. Le mouvement persévère tant qu'une cause étrangère n'intervient pas pour le modifier, en l'augmentant ou le diminuant. Jamais il ne s'affaiblit ou ne s'augmente de lui-même, par la raison qu'il n'y a pas d'effet sans cause. Il n'en est pas ainsi dans les mouvements de nos mécaniques au milieu d'un ensemble d'obstacles qui contrarient le mouvement artificiellement imprimé. La nature semble
nriniMkins j. tait., i y a peu de joms^ la ymiafe ^griB •: t nui. Tvr lAuu iiotn' tara. liiiiitBDBift pa^ lA^ v-w> :$)iTnttMnii douzr iuMim et te BnfeBsoHtphi .v^ii^tAw v^^u^Unu^ (tc^rnei' de nhfl^!^"ff àt pkas dni h v»«i4k^ i^ttiimMi; lou;.. Sur ieE> hnit duBOB im iiawr
« >>» i^ vui^tTtwnK^ ^. tt^ iiauioL, anf quelques flft- ^^.vs ^^ > M^tMiiUtitKQU par k froid. JL partir ài v«.^vt^«i^yfes t^ife 11 Mum uumw et TvgàÛAe se n- .u^ > N&.^<* «-^ sfef^ ;«ii«r4Mn$> £*hiver, soit .gnÉBeB, soit ,'jw»>' ^-^ >^ 4 >^«xqimkik^ fti df SQS^ieBsmi de h vie.
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localité , avec des conseils pour économiser la santé , trésor dont on a dit si justement que l'on n*en connaît le prix que quand on Ta perdu. Notre école médicale française, si justement célèbre, ne devrait pas laisser notre pays au dépourvu de conseils si précieux. On estime les législations qui préviennent le délit plus que celles qui le punissent. A ce même point de vue, l'hygiène, qui prévient la maladie, doit avoir le pas sur la médecine, qui y remédie. Il n'est du reste ici question que de Thygiène météorologique , de la santé publique en général , pour laquelle je puis déjà citer les travaux de MM. Duchesne et Foissac , mais qui , je le répète, n'a pas pris le rang qui lui est dû dans les préoccupations de Tesprit public et dans la prévoyance tatélaire de Tautorité gouvernante.
J'ai déjà fait entrevoir que, d'après une belle loi de te nature, presque toutes les plantes, le blé surtout, ont pendant notre saison chaude plus de chaleur qu'il ne ieor en faut pour arriver à maturité, et qu'elles y arrivent seulement plus tôt ou plus tard , suivant que la saison est belle ou mauvaise. Je renvoie les questionneurs sur ce sujet à l'ouvrage de M. le comte de Gasparin SOT Fagriculture et aux publications de M. Boussingaulty l'un et l'autre de l'Académie des Sciences, en attendant ici un exposé des résultats que la science doit k ces deux savants, ainsi qu'à un autre de nos confrères, M. Payen.
n suffit d'un coup d'œil jeté sur le ciel du soir pour voir de mois en mois, de semaine en semaine, s'écrire Talmanaeh des saisons dans le livre du firmament. Déjà les biriUantes constellations d'hiver penchent de bonne
ASTHOXOMIE
:cident vers T horizon. Le soir^ OhoUt eiilrat* ji le Taureau et le Grand -Chien ^ se hâtededis- I aux limites du champ visible du ciel, et do iposé la force irrésistible qui fait surgir les étoiles sdous l'boriïon orîetilaï amène les astérisme^ d'été, moins brillants que ceux d'hiver. En plein ciel, les [^aus , le Lion et la Vierge montrent leurs trois quatre étoiles de contestable première grand eu r^ et ;^té du nord la Grande Ourse tournant au-dessus do le dos en bas et les pieds en Tair^ date le prin- ^ pour l'astronome citadin et pour le paysan famivec r aspect du ciel de chaque saison.
1^ brillante Vénus continue d'embelîir le ciel du juchanl de sa vive lumière jusqu*à dix heures et délie du soir, et Saturne » au raidi , offre presque toute m nuit sa lumière plombée. L'une et Taulre planète se distingue des astres fixes par sa lumière calme, qui contraste avec la scintillation des étoiles. La grande quantité des becs de gaz qui éclairent Paris pendant la nuit ne permet guère de reconnaître les faibles ombres que produit la planète Vénus, le seul astre qui partage avec la lune et le soleil le privilège de donner des ombres sensibles. Je pense que tout observateur qui aura à sa disposition une fenêtre à l'exposition du couchant sans qu'elle soit illuminée par aucun réverbère, apercevra son ombre à la clarté de Vénus s'il est devant un mur blanc ou devant une toile blanche tendue exprès au fond de la pièce. Les mouvements de l'observateur rendent l'ombre encore plus sensible. Je tiens de M. Seguin, de Tlnstitut, l'illustre inventeur de l'appareil qui a permis de faire
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courir les locomotives, qu'il a pu même observer dans l'ombre produite par Vénus les franges ordinaires qui , au nombre de trois, accompagnent l'ombre de tous les corps éclairés par une lumière de très-petites dimensions comme Test ici la planète. On regarde maintenant à juste titre les étoiles filantes et Yes bolides comme des corps qui nous arrivent de l'espace céleste; alors je noterai que j'ai plusieurs fois été témoin que ces astres, temporairement lumineux, donnaient aussi des ombres très-intenses pendant la courte durée de leur incandescence , exactement comme les fusées des feux d'artifice quand elles se terminent par une gerbe éclatante.
J'ai dit à tort dans mon dernier article que la dernière occultation de Jupiter n'avait pas été observée à Paris à cause du mauvais temps. J'oubliais que d'excellents dessins en avaient été présentés à l'Académie des Sciences par M. Bulard , astronome et artiste éminent qui ne partage qu'avec peu de personnes, du moins en France, l'avantage d'avoir observé avec le télescope gigantesque de lord Rosse, qui a 6 pieds d'ouverture et 60 pieds de longueur. En général, dans Paris, le commencement de l'occultation a été manqué à cause de nuages sporadiques. Ainsi qu'à l'Observatoire impérial , les astronomes amateurs ont été contrariés par les nuages, soit dans l'atelier observatoire de M. Goldschmidt, le grand découvreur de planètes, soit dans rétablissement de M. Porro , où observait M. Bulard.
Fontenelle a dit que quand une chose pouvait être de deux façons, elle était toujours de la façon autre que celle dont le public la croyait être. La phrase est ▼. 7
«I je là laisse a refaire aux habiles, M en est triEM^r. Or^ tandis qu'on & occum coiBèlfr et de an du monde (on s'en CK^eupe unm encore un peu), ti ne paraissait aucune comète fortuite « ei aucime des quatre comètes conquises par rçiDomie ne devait paraître. L'année i856, malgré njmmatioD qu a la demîèfe estrémité j'avais , en déusiûhr^^ adressée aux comètes, s^est passée tout entière ' comète visible a lœil nu ou seulement télescD- . Nous en avons maintenant deux petites fort tnei* it^ que nous devons à MM, d'Arrest et Bruhn^, ti rlin. Qu'en dire? sinon que Tuue est la première et l'autre la seconde de cette année* En remontant à dii ans, i\ y en a eu huit en j846, six en 1847^ dont unt visible pour le public non itmeiar^i^ suivant res:prett si on de Chapelle; deux en 1848^ trois en iS4g, deux en i85o, quatre en i85l et trois en i85î. Pendant toutes les nuits sereines, les astronomes découpent le ciel par bandes étroites avec un chercheur, et passent eu revue toutes les petites lueurs appelées nébuleuses qui peuplent le ciel. Malheureusement les comètes en général ne deviennent visibles que dans le voisinage du soleil. On est donc obligé de les chercher immédiatement après le coucher de cet astre ou avant son lever, dans la région d'un crépuscule éclatant , qui ne permet que difficilement de les distinguer sur le fond trop brillant du ciel. C'est une opération pernicieuse à la vue des astronomes autant que l'observation des taches du soleil.
On a beaucoup répété la qualification que j'avais attribuée aux comètes^ savoir qu'une comète était uo
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rien visible. Deux journaux à ma connaissance ont encore enchéri là-dessus en les appelant des riens invisibles. Alors je ne comprends aucunement comment on saurait qu'il y a ou qu'il n'y a pas de comètes dans le ciel.
J*aime mieux aujourd'hui signaler un livre qui a pour titre : le Monde avant la création de r homme, ou le Berceau de Funivers, histoire populaire de lu création et des transjormations du globe, par le docteur Zimmennann, traduit de l'allemand sur la dixième édition. Paris et Bruxelles. C'est un ouvrage très-instructif, et où l'on trouve une immense masse de faits intéressants. C'est Textension du tableau de la nature antédiluvienne de Cuvier, avec de curieuses illustrations représentant les races primitives éteintes maintenant , et donnant sur la géologie et la géographie physiques une foule innombrable de précieux documents. C'est de la sdoice allemande comme vaste compilation ; mais cette sdence n'est ni lourde ni aride, et les mots techniques n*y sont pas trop prodigués. Je crois qu'on peut recommander cet ouvrage aux gens du monde comme instructif et amusant. On pourrait peut-être y ajouter un petit dictionnaire de mots techniques, comme on l'a fait pour quelques traités d'astronomie en Angleterre, en Allemagne et parfois en France. J'avais beaucoup été questionné sur cet ouvrage avant la traduction actuelle , et j'avais été réduit à dire : Je ne sais pas ! Aujourd'hui je pense que l'ouvrage de M. Zimmermann mérite sa célébrité , et je suis heureux d'inaugurer par lui les Notices bibliographiques qui me sont si instamment demandées sur les livres de science que peuvent
^ l wi||j ii m ww?< ««: ^i«? fcaae ▼air.
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Ceiié cëTesle hfaiiquefroule T Tout sera pèle-mèle et toute Société sera dissoute.
Bientôt de l'éternel dortoir Chacun enfilera la route Sans tester et sans laisser d'hoir.
La même idée est dans YHamlet de Shakspeare : lo soleil lui-même s'obscurcira par un âge prolongé :
The sun himself Gre^ dim wilh âge.
Or, comme nous voyons des taches naître presque subitement sur le soleil , que même ces taches occupent parfois une assez grande étendue superficielle; que, de plus, nous voyons d'autres soleils s'éteindre dans le ciel , on peut sans invraisemblance supposer qtte notre soleil soit , comme un assez grand nombre de ses confrères, une étoile variable d'éclat, ou même de celles qu'on désigne sous le nom de temporaires, et qui disparaissent tout à fait. Il n'y a pas de doute que la belle étoile qui, en 1672, brilla pendant quelques mois dans la constellation de Cassiopée, et qui disparut ensuite complètement , ne fût un soleil bien plus brillant que le nôtre. Cette fameuse /?e/m/îe de 1572, c'est ainsi que fiayer la désigne , n'a pas laissé de trace dans le ciel. M. de Humboldt s'est étendu avec complaisance sur les effets qui résulteraient pour notre globe de la ces-» sation de la faculté lumineuse et calorifique du soleil. Pourquoi , dit M. de Humboldt, serait-il différent des autres soleils? Je n'ai sous les yeux qu'un des passages de son fameux livre, le Cosmos , où il examine cette question. )e n'avais d'abord, ainsi que bien des lecteurs, regardé
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]es paroles de l'illustre savant que comme une spéculation théorique ; mais j'y suis revenu depuis, et je l'ai prise tout à fait au sérieux à l'occasion de la fameuse période glaciale qui, sur notre terre, a précédé l'époque actuelle, et qui s'est produite si subitement, que des animaux gigantesques, tels que le mammouth, se trouvent en Sibérie enveloppés dans la glace , tout debout encore et n'ayant pas perdu un poil de leur épaisse toison. Leur chair est encore bonne à manger, et l'état (lu sang dans leurs organes indique qu'ils ont péri suffoqués, sans doute par la neige qui les a enveloppés subitement. Ils n*ont point été transportés de loin dans cette contrée , et ils ont encore entre les dents des branches et des feuilles des arbres actuels de la Sibérie. Voyez dans Virgile la description qu'il fait d'un troupeau de cerfs engloutis par la neige dans les déserts de la Scythie. Il dit qu'on aperçoit à peine au-dessus les cornes de ces malheureux animaux.
Et aummis.yix cornibus extant.
Le poète romain ne se doutait pas que les cerfs de la nature primitive viendraient donner un démenti à sa poésie. En effet, on les trouve toujours debout, mais avec les cornes rabattues en arrière sur le cou et le mufle très en l'air, comme s'ils avaient cherché à respirer le plus longtemps possible au-dessus de la couche qui les ensevelissait. Voilà les faits; comment les expliquer?
Je dirai d'abord qu'ayant consulté les géologues, tous sont d'accord qu'avant la période actuelle l'Europe entière était couverte de glaciers. Bien d'autres contrées 'offrent des indications d'un état pareil qui a cessé , mais
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je n'ai pu satoir si la zone torride a passé par cette épreuve comme les zones tempérées. Les documents nous manquent là-dessus. Or, si l'on admet que tout à coup des taches obscures envahissent en tout ou en majeure partie la surface du soleil , il en résultera pour la terre un refroidissement subit et comparable à celui qu'éprouvent les régions polaires quand le soleil les abandonne pour plusieurs mois. L'effet serait bien plus rapide par Tcxtinction du soleil que par sa disparition graduelle, qui plonge les pôles dans une nuit continue. Si le soleil s'éteignait, à l'instant même la neige tomberait et couvrirait le sol , engloutissant les animaux et les plantes. Si l'extinction de la chaleur solaire n'est que partielle, il pourra se faire que les habitants de la zone torride échappent à la destruction pour repeupler le globe ensuite, mais les races septentrionales auront disparu sans retour. Il est évident que cette catastrophe de froid, qui maintenant n'est pas douteuse, s'est produite très-postérieurement au brisement mécanique qui a fait surgir l'Asie, l'Afrique et l'Europe, ainsi que l'Australie et les deux Amériques, en jetant les eaux dans les bassins actuels de l'Atlantique , du Pacifique , de la mer des Indes et des deux mers polaires. Les mammouths et les rhinocéros de Sibérie qui ont été mangés dernièrement par les renards , les ours et les chiens, ne sont point des animaux fossiles, ni de ceux qu'on appelle antédiluviens.
Puisqu'il a été question de Fontenelle et de fin du monde dans cet article, je finirai par une saillie de ce philosophe pratique qui, suivant Voltaire, faisait de petits vers et de grands calculs. Dans une réunion où
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l'on avait beaucoup disserté sur la manière de mouri convenablement, on finit par demander l'avis de Fob tenelle , qui était resté muet. Il répondit : « En généra on se préoccupe beaucoup de mourir, mais je vois heu reusement que tout le monde s*en tire! »
(3i mars 1857.)
Ef MérÉOROLoeiE. i53
&e temps et les lalioiis. — By^ène de ohaciue partie de l*aiiiiée..-:-Trois nouveUes petites planètes. ^ Trois comètes y dont une périodique. — Bistanfte de la terre au soleil. — Retour du climat de la France à son état nomud.
Je suis bien en retard avec le ciel et avec la terre , avec l'astronomie et la météorologie. Le temps n'en a pas moins marché, et cet emblème de la fatalité est toujours resté fidèle à sa nature. Irrésistible, inflexible et hors du pouvoir des hommes , il avance d'un pas uniforme , laissant sur la terre , pour trace de son passage , l'histoire de l'humanité , et au ciel les périodes accomplies des révolutions des astres. C'est principalement parce que le temps est un des principes essentiels du mouvement que son action se manifeste à tous, quoi> que ridée métaphysique de sa durée puisse être conçue indépendamment de tout effet physique, ainsi que nous le verrons plus tard.
Pour rentrer dans un ordre d'idées plus accessible aux esprits qui prennent le monde tel qu'il est sans se préoccuper de savoir s'il ne serait pas mieux autrement ou même s'il serait possible que ce monde, si étourdiment critiqué, fût autrement qiûil n*est^ je supposerai le cas où , par Timagination , on admettrait que le temps ne fût pas le même pour tous les êtres, par exemple pour tous les astres que nous dévoile une splendide nuit étoilée, par un fond de ciel bien noir et avec une belle
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voie lactée témoin de la pureté de l'atmosphère. Conçoit-on quelle confusion naîtrait dans cet ensemble si le temps n'était pas le même pour tous ces feux du ciel? Voit-on bien les plus actifs devancer les autres vers l'occident au-dessus du pôle et vers l'orient entre le pôle et l'horizon ? Voit-on bien se dissoudre toutes ces configurations d'étoiles que depuis sa naissance le genre humain contemple sous le nom de constellations ^ dans lesquelles les étoiles de tous les éclats divers gardent fidèlement et le même aspect et la même distance respective? Alors comment mesurer le temps, puisque chaque étoile aurait le sien , tandis que maintenant il n'en est pas une seule, tant modeste soit elle, qui ne donne à la lunette méridienne l'heure exacte du monde entier?
Depuis mon dernier article , la marche annuelle du. soleil, ou plutôt celle de la terre, a continuellement augmenté la durée des jours , qui ont atteint , il y a déjà plusieurs semaines, leur plus longue durée, et qui déjà commencent à diminuer un peu. Les constellations d'été, la Balance, la Vierge, le Scorpion, le Sagittaire, ont remplacé vers le sud les Gémeaux , le Cancer et le Lion. Vers le nord , la Grande Ourse , dont on trouve le nom dans Homère comme Ourse et comme Chariot , au lieu de marcher au-dessus du pôle les pieds en l'air, comme une mouche à un plafond , s'avance le soir dans une position plus conforme à la manière dont les quadrupèdes progressent ordinairement. « C'est singulier, me disait quelqu*un que je rencontrais le soir sur une place publique , cette constellation n'est plus à la même place que l'autre jour où je vous ai rencontré ici 1 — Il n'y a
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rien de singulier là, lui dis-je, sinon que voilà deux ou trois mois que nous ne nous sommes rencontrés. »
Parmi les deux ou trois articles que je destinais à ces Études et que d'autres occupations m'ont empêché de terminer, se trouvait Texamen des influences qu'on attribue vulgairement à la lune d'avril , dite lune rousse. J'avais recueilli à grand renfort de renseignements demandés aux sommités de la science médicale plusieurs préceptes hygiéniques applicables à cette belle saison qu'on appelle le printemps , et qui est la plus meurtrière de toutes. Ce sera bon pour l'année prochaine. En attendant , je dirai qu'il n'y a ni lune rousse , ni soleil roux, ni étoiles rousses , mais bien une saison rousse où l'organisation des hommes, des animaux et des plantes subit une crise violente qui souvent a une issue fatale. L'homme de bureau, qui aux premiers beaux jours regrette de ne pouvoir aller au bois de Boulogne par une attrayante journée de soleil et de verdure naissante, se plaint bien souvent de ne pas jouir d'un agrément que , mieux instruit , il eût redouté. La saison dernière a été marquée dans les annales de la science par des pertes cruelles évidemment occasionnées par hnsalubrité de la crise printanière. Dans l'été , où les fonctions digestives éprouvent une certaine débilitation, le régime de l'alimentation prend une importance majeure. L'hygiène de l'estomac se substitue à celle de la poitrine et des affections nerveuses qui dominait au printemps. Les prescriptions relatives aux vêtements et à l'effet des variations de température ne doivent pas être oubliées. On paye souvent cher le plaisir de ce qu'on appelle prendre le frais. C'est un proverbe popu-
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laire que les rhumatismes ne sont pas comme le blé, car ils se sèment Tété et se récoltent l'hiver. J'ai déjà émis plusieurs fois l'opinion que l'autorité publique, qui fait tant pour la capitale en cas de maladie et pour l'assainissement des localités, devrait publier à chaque saison un bulletin de recommandations hygiéniques qui instruiraient les gens bien portants et préviendraient les maladies, chose bien plus facile que de les guérir.
Cette année 1867 s'annonce favorablement dans les fastes de l'astronomie. Trois nouvelles petites planètes ont déjà été trouvées dans le groupe de planéticules qui, entre Mars et Jupiter, remplace une planète de taille ordinaire. Ces trois dernières, dont l'une est due à M. Pogson de l'Observatoire d'Oxford et les deux autres à M. Goldschmidt, peintre d'histoire de premier ordre et astronome amateur , complètent un total de quarante-cinq petites planètes qui, jointes aux quatre grosses et aux quatre de moyenne grandeur, donnent un total de cinquante* trois. Nous voilà bien loin des sept planètes de l'antiquité , qui même n'arrivait à ce nombre qu'en mettant le soleil et la lune au rang des autres planètes en dépit de toutes les lois de l'analogie mécanique et physique.
Après les ridicules terreurs des mois passés , on ose à peine prononcer sérieusement le mot de comète. J'ai déjà dit que Tannée dernière, i856, il n'en avait été trouvé aucune. Cependant l'attente de la comète de Charles -Quint, qui doit revenir de i856 à 1860, a rendu les observateurs très-actifs et très-assidus. La présente année , qui a dépassé à peine sa première moitié , nous
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a déjà fourni trois comètes dont une est encore aujourd'hui visible au télescope et le sera surtout deux semaines encore, en Tabsence de la lune, qui depuis quelques jours contrarie beaucoup la visibilité des nébuleuses , de la voie lactée et des comètes. Cette troisième comète télescopique a attiré, on ne sait pourquoi, l'attention du public parisien. A défaut de la comète peu brillante , les astronomes de place publique ont été accusés de montrer la belle nébuleuse d'Andromède, qui n'était pas trop éloignée de la place actuelle de la comète. Le public, je pense, ne pourrait qu'y gagner, à peu près comme si l'on donnait une belle perdrix ou un faisan en place d'une alouette ou d'une grive. Cette comète, découverte par M. Dien , que M. Le Verrier a placé en sentinelle à l'Observatoire impérial pour le qui-vive des . comètes , avait été aperçue quelques heures plus tôt à Berlin par M. Klinkerfucs , qui sans doute donnera son nom à cette comète , dite dans les catalogues la troisième comète de 1857. Elle est encore sans queue, ni barbe ni chevelure un peu étendue. Elle dififôre beaucoup de la comète qui doit reparaître de 1 85G à 1860, et qui est une des grandes comètes connues et parfaitement visibles à l'œil nu. Les calculs de M. Villarceau, de l'Observatoire impérial, ont depuis plusieurs jours fixé la marche de cet astre insignifiant qui , d'ici à quelques jours, ira se perdre à l'est dans le crépuscule du soir, entre les étoiles de la constellation du Lion. Dire pourquoi cette misérable comète a plus attiré l'attention que les deux premières de cette année me semble assez difficile. Faut-il décider si le public a été plus gobe-mouche ou gobe-comète depuis le i3 juin
I 5 s ASTRONOMIE
qu'auparavant? Comme dit Scarron :
Je le laisse à plus fins que moi.
A ce propos j'ai reçu beaucoup de félicitations sur l'attention que Ton a bien voulu donner au peu de no tiens raisonnables par lesquelles j'ai combattu les terreurs si peu fondées qu'inspirait la comète imaginaire du i3 juin dernier. Il n'est pas un seul de mes confrères de l'Académie des Sciences qui n'eût pu en faire autant ou môme faire mieux. Je suis donc beaucoup moins flatté de la croyance qu'on a donnée à mes paroles qu'étonné de voir qu'il ait été nécessaire de rappeler au public des vérités si vulgaires; en un mot, ainsi que je l'ai déclaré dans une conférence faite devant un public nombreux , l'importance qu'on a attachée à quelques mots de simple bon sens et le prix qu'on y a donné prouvent que cette denrécy le sens commun , est aussi rare que d'après son nom elle semblerait devoir être abondante : elle a contre elle l'ignorance, l'imagination et ce besoin d'émotions qui est à la fois le tourment et le trésor de l'âme humaine.
Il me faudrait plusieurs articles de ces Études pour faire connaître à tnes lecteurs tous les renseignements qui m'ont été demandés par lettres, par visites, par consultations improvisées en pleine rue , relativement à la fin du monde du 1 3 juin dernier. Un ecclésiastique me disait que la crainte de la comète valait une mission. Si ce motif avait pu rendre les hommes moins envieux, moins fourbes, moins avares, moins vicieux, moins traîtres, moins diffamateurs, moins pervers de toute ^T% [voyez dans Candide l'énumération de Vol-
ET MÉTÉOROLOGIE. lC)Ç)
taire) , je conçois qu'on aurait pu jusqu'à un certain point se féliciter de Terreur populaire ; mais à ceux qui prétendent que la société n'en sera pas meilleure , je répondrai comme dans Ruy-Blas :
J*en ai peur !
Je m'aperçois que me voilà sur un chapitre intarissable.
Eh 1 mon Diea 1 nos Français, si souvent redressés, Ne preodront-ils jamais un air de Qens sensés?
C'est ce que disait Molière il y a bientôt deux siècles, et ce qu'on dira sans doute en l'an 2067. Mais de plus tous les hommes sont Français quand il s'agit de s'engouer d'une erreur.
Nous sommes tous d^Athènes en ce point.
Pour l'erreur il n'y a point de Pyrénées. Il n'y a non plus ni Alpes , ni Rhin , ni Manche , ni Atlantique. Cela me fait souvenir que je dois des remercîments aux journaux américains comme à ceux d'Allemagne , de Suède et de France. Au moins les nôtres ont été fort amusants. Quant aux chansons populaires en divers patois , rien de plus comique que les idées rencontrées à propos de la fin du monde. A voir ce que cette bizarre crainte a inspiré aux gens sérieux et aux autres, on en tirera, je pense, cette conclusion philosophique qui mettra un tenne à la querelle si longtemps débattue entre les optimistes et les pessimistes , c'est que tout en ce monde n'est pas pour le mieux, que tout n'est pas non plus
iGo ASTRONOMIE
pour le pis, mais bien que tout est pour le plus bouffon! Voilà, au moral du moins, le secret de Thumanité.
Si les raisons manquaient, je suis sûr qu'en tout cas Les exemples fameux ne me manqueraient pas.
Pour parler enfin sérieusement, la science positive a eu en 1857 une bonne fortune dans Tune des trois comètes de celle année. Je veux parler de la seconde de ces ixwnèles, laquelle a été trouvée à Berlin par M. Bruhns. iHi & reconnu que c'est la même que celle qui avait été ^XHivene en 1846 par H. Brorsen, et qui, à son dernier retour en i85i, n avait pas été retrouvée. Elle fait le tour du soleil en cinq ans et demi à peu près. C'était la troisième comète de 1846, année qui en avait fourni huit à lastronomie. M. Le Verrier, qui , suivant le célèbre cométographe anglais M. Hind, a calculé le retour de la comète de Paye à VJieure précise où ce retour s'est etîectué, a très-justement insisté à TAcadémie dee Sciences sur l'importance qu'il fallait attacher à l'observation des comètes et au calcul de leur marche. En effet, co nest que le hasard qui en 1867 a empêché la comète de Brorsen de passer inaperçue comme en 1 85 1 . La comète de Vico paraît avoir été mise en pièces par le soleil à son avant-dernier retour, et celle de Biéla a été partagée en deux morceaux. Voilà de curieux documents pour la physique et la mécanique des corps célestes ! Sur environ six cents comètes observées, nous n'en avons encore que cinq dont les retours soient connus. Il y a un mois nous n'en avions que .quatre. Ces comètes Hont celles de Halley, de Encke, de Biéla, de Paye et '>M Brorsen. Plusieurs de ces astres, après avoir visité
ET MÉTÉOROLOGIE. iGl
notre soleil, 86 lancent sans doute dans les profondeurs de Tespace et vont arrondir momentanément leur course vagabonde autour d'autres soleils, errant ainsi dans tout l'univers entier. Quant à la brillante comète de 1811, son retour n'aura lieu que dans plusieurs milliers d'années. En énonçant ce résultat curieux des savants calculs de MM. Encke et Argelander, on ne manque pas de me demander si je crois à ce retour si éloigné. Je réponds par l'affirmative, sans crainte de me compromettre. Mais c'est surtout pour une des comètes de Mauvais dont M. Plantamour a calculé le retour dans cent deux mille cinquante ans d'ici que je me porte garant de la prédiction. D'ici là
Le roi , l'&ne ou moi , nous mourrons !
Pourquoi pas , puisque la comète de Vico a bien péri ?
Les cinq comètes périodiques dont je viens de parler aont donc jusqu'ici les seules qui appartiennent sûrement à notre soleil. Je dois encore énoncer pour les nvants plus qu'amateurs une importante remarque de M. Le Verrier, c'est que les comètes à marche parabolique (et c'est le plus grand nombre) doivent être comptées comme appartenant à notre système solaire. En ^et cet astre se déplace dans Tunivers stellaire , et si ces comètes étaient étrangères au soleil elles auraient à une grande distance de l'astre central une vitesse relative considérable, tandis que les calculs relatifs à une orbite parabolique indiquent expressément que cette vitesse est alors d'abord très-petite , et ensuite tout à iait nulle. Les comètes qui pourraient errer de soleils en soleils ne seraient donc que des comètes à orbites
hyperboliques> dont à peine deux ou trois ont été admises avec quelque chance de certitude.
Je répète que nous en sommes toujours au même point pour le retour de la comète de i556, et que la comète visible aujourd'hui n'a aucun rapport avec elle.
Indépendamment du retour de cet astre , Vannée prochaine et les suivantes seront fécondes en beaux phénomènes célestes. Au i5 mars prochain, il y aura une très-belle éclipse annulaire de soleil. Il en sera de même en juillet 1860 et en décembre 1861. Cette dernière éclipse sera totale pour plusieurs points de TEurope. En novembre 1861, la planète Mercure passera devant le soleil comme en 1848 et nous offrira un des plus curieux et des plus beaux phénomènes de Uastronomio télescopique. Il y aura encore cinq autres passages de la même planète d'ici à la fin du siècle ; mais il n'y en aura que deux pour Vénus, savoir en 1874 et en 1882. Ces deux derniers passages sont attendus avec impatience par les astronomes, qui, chose incroyable, sont encore incertains sur la distance précise de notre globe au soleil. C'est là une des questions qui doivent le plus préoccuper les amis de l'astronomie. Aussi M. Airy, l'illustre astronome de Greenwich , a-t-il rendu attentif le monde savant tout entier en établissant que dans les années 1860 et 1862 la planète Mars sera assez près de la terre pour remplacer avantageusement la planète Vénus dans cette importante détermination. A cette occasion, comme en 1761 et en 1769, les astronomes se dissémineront dans le monde entier, et il faut espérer que leurs résultats seront plus d'accord entre eux
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que les résultats obtenus il y a un siècle. Arago s'égayait aux dépens des calculateurs qui mettaient des mètres et des fractions de mètre dans la distance de la terre au soleil , tandis qu'il y a sur cette distance précise une incertitude de quatre à cinq cent mille lieues de quatre kilomètres chacune. M. Airy indique dans sa publication du mois d'avril dernier toutes les précautions à prendre et toutes les stations à occuper sur notre globe pour obtenir, dès 1860 et 1862, la distance précise du soleil. Je ferai sans doute sourire plus d'un lecteur en déclarant ici que cette détermination précisé sera pour moi personnellement un véritable bonheur, et que je ne mourrais pas content si je n'avais vu disparaître de la belle science que j'expose aux lecteurs de mes Études le nuage d'ignorance qui couvre encore de nos jours ce point de l'horizon intellectuel du genre humain. Les États-Unis avaient, il y a quelques années , envoyé au Chili une expédition scientifique pour la solution de la question présente, sous la direction du lieutenant Gillis. M. Airy remarque justement que la planète Mars n'était point alors dans les conditions favorables où elle sera en 1860 et 1862. Parmi nos astronomes actuels , je ne vois que M. d'Abbadie qui ait déjà représenté la science française dans des expéditions scientifiques , lesquelles , du reste , ont été entièrement aux frais de ce savant. C'est cependant une des occasions où la France doit être assez riche pour pc^er sa ghire, et si quelque jeune homme de science se préparait pour les observations de 1860 et de 1862, ou de 1874, je pense qu'il trouverait à l'Observatoire impérial comme auprès du ministre tous les
encouragements et tout Tappui qu'il pourait désirer. En attendant, je maintiens que c'est un opprobre pouf l'astronomie que nous ne soyons pas plus avancés sur un point si important du système du monde. A voir tous les résultats discordants dont on prend hardiment la moyenne, à voir la distance du soleil conclue des observations de Mars en désaccord avec la distance conclue des passages de Vénus, enfin en notant la discordance des résultats partiels entre eux, on arrive, comme Socrate , à savoir qu'on ne sait rien là-dessus. En jurisprudence , un seul témoin ne fait pas foi , testis unus, testis niUlus; que dirons-nous du cas qui nous occupe et qui nous montre tous les témoignages contredits les uns par les autres?
Parmi les ouvrages remarquables que je voulais faire connaître au public se trouve celui de M. de Valori sur la question des inondations et sur les moyens de les prévenir par des plantations convenables. J'ajouterai qu'il faudrait opérer ces reboisements au moyen de ré^ giments de planteurs dont j'ai tant de fois prêché l'éta- i blissement comme supplément utile aux invalides militaires. Je reviendrai très-prochainement sur cet ouvrage capital. En attendant, je dirai quelques mots sur la belle saison actuelle , qui parait avoir replacé pour plusieurs années le climat de la France au rang que lui donnent les courants chauds de l'Atlantique , qui en font à latitude égale le climat le plus avantageux de la terre entière; car le climat de l'Orégon, avec les courants chauds du Pacifique du Nord , ne l'égalent pas encore malgré la fertilité remarquable de cette portion nordouest du continent américain, qui fait pour le nouveau
ET MÉTÉOROLOGIE. l65
monde le pendant du nord-ouest de Tancien monde que la France occupe.
Au mois d'août dernier, ayant été désigné par l'Académie des Sciences pour le discours public à la séance des cinq Académies, j'annonçai hardiment un change* ment dans la constitution météorologique du climat de la France. J'établis que les inondations ne se renouvelleraient plus de longtemps et que le cours des saisons reprendrait son état normal. Je suis heureux de voir mon annonce solennelle confirmée jusqu'ici, et j'avoue qu'il me semble qu'il y avait dans cette prévision météorologique plus de mérite que dans cette assertion astronomique, savoir : que des astres d'une légèreté spécifique incompréhensible ne pouvaient occasionner à notre globe aucun accident sérieux. Je pense que le lecteur suivra avec intérêt les déductions qui conduisent à expliquer les saisons de cette année et à en espérer une série d'autres pareilles. S'il y a quelques répétitions dans ce que je dis à nos lecteurs, je les prie de remarquer que chaque article doit faire un tout par lui-même, et qu'il ne faut pas exiger de l'attention ou de la mémoire de tous le souvenir des notions qui ont été déjà énoncées ailleurs en tout ou en partie.
Dans l'état météorologique normal de la France et de l'Europe, le vent d'ouest, qui forme le contrenîourant des vents alizés qui, entre les tropiques, soufflent constamment de l'est, le vent d'ouest, dis-je, après avoir abordé la France et l'Europe par les rivages occidentaux, redescend par Marseille et la Méditerranée, par Trieste et l'Adriatique, par Constantinople et l'Archipel, enfin par Astrakhan et le bassin de la mer Cas*
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pienne et du lac Aral , pour aller compléter le grand circuit des vents généraux et se mêler de nouveau au courant équatorial. Toutes les fois que ces masses d'air, devenues humides par leur trajet au^iessus de rOcéan, rencontrent un obstacle, par exemple une chaîné de montagnes, elles s'élèvent le long de leurs flancs qui dominent les plaines voisines , et alors elles n'ont plus au-dessus d'elles qu'une quantité moindre d'air. Elles sont donc alors déchargées d'une partie du poids qui pesait sur elles. Elles se dilatent par leur élasticité. Cette dilatation entraine un froid considérable et par suite une précipitation d'humidité sous forme de brouillard, de nuage, de pluie ou même de neige. Le voyageur placé au sommet d'une montagne voit quelquefois par un jour du plus beau soleil le vent pousser Tair transparent de la plaine vers les hauteurs qui la bornent. A une certaine hauteur c«t air commence par se troubler, plus haut c'est un nuage , plus haut encore c'est un nimbus qui donne de la pluie ; enfin, si la hauteur de la montagne est suffisante, le froid atteint la congélation , et les sommités sont couvertes d'une neige éclatante et produite subitement. Voilà une neige (Pété, suivant l'énergique épithète de Constantin Huygens dans son Voyage à Rome,
Ferre per sestÎTas torpida membra DÎves.
Ajoutons que l'ascension des colonnes d'air qui résulte de l'obstacle d'une montagne se produit également quand le courant d'air est arrêté ou même ralenti par une cause quelconque, parce qu'alors les parties postérieures du courant s'élèvent au-dessus de celles qui les
^""^ et iC^*"" P">che avec j?^'***"*'»-
Que répondre à ceux qui disent gravement que la météorologie est une science qui n'existe pas? Ù faut leur dire que l'agriculture n'existe pas non plus , quoique en Europe elle nourrisse aSo millions d'hommes.
(17 juillet 1857.)
Universalité de la météorologie. — Ëphémérlde astronomique du mois d'août. — Sur le froid qui précède Taurore. — Annuaire des marées, par M. Chazallon. — Nombres et résultats préois relatifs au système du monde.
La physique du ciel ou l'astronomie avec sa prescience de l'avenir, la physique de la terre ou la météorologie avec le piquant imprévu de ses phénomènes, l'une et l'autre avec ses nomeUes tout aussi variées dans leur genre que celles du monde politique, ces deux sciences, dis-je, ont de quoi largement défrayer la curiosité publique, et comme le remarque l'abbé Haiiy dans son Traité de Physique, la question du temps qi^ il fait est une de celles qui s'emparent le plus ordinairement d'une de ces conversations où Ton veut tuer le temps, qui , suivant je ne sais quel humoriste anglais , tôt ou tard nous le rend bien.
ET MÉTÉOROLOGIE. iGf)
influence, toute production des saisons étant une de la météorologie, il est évident que tous ovisionnements de nos marchés sont autant de i des lois de cette science dans le vaste laboramentaire de la nature. Le génie de l'homme, en at la multiplication de certaines plantes et de
arbustes, est arrivé, malgré Fincer-titude du înt annuel de la terre, à nourrir,'sans trop grande jes disettes , une immense et florissante popu- Juand la physique, la mécanique et la chimie, l avec l'économie politique, auront résolu Timporestion de la conservation des blés, ou, pour parler )ge plus connu, la question des greniers de rén aura obtenu à peu près tout ce que la société nte peut faire contre les forces aveugles du cli* lis si, de plus, le télégraphe électrique et les dcations internationales nous font pressentir quelnées à l'avance les principaux caractères.des saiares, nous ne serons plus, pour ainsi dire, pris ne par les phénomènes météorologiques. On coniprès ce qui précède , la haute importance du météorologique que notre Observatoire impérial gloire d'installer. S'il n'était pas, en France, du upais ton de dire quelque chose de flatteur pour 6 , j'aflBrmerais que si le directeur de l'ObservaiTait pas trouvé dans une volonté auguste un t un auxiliaire indispensable, le système des ions universelles serait encore à l'état de proipérance et de désir, ou plutôt même de regret, même volonté éclairée et ferme , je déclare de e l'Angleterre ne serait point encore reliée au
continent par le câble électrique sous-marin qui en a ensuite enfanté bien d'autres, soit achevés , soit en voie d'exécution.
Mettant de côté les trop sérieuses préoccupations de réconomie politique dans la question dite des subsistances , abordez un de nos délicieux marchés aux fleurs, cette richesse des narines,, cett6 copia narium, suivant l'expression d'Horace et suivant le langage anglais, qui appelle un bouquet /io.r£^aj (nez-gai ou gaieté^lu-nez). Les dames qui fréquentent assidûment ces exhibitions permanentes des coquettes productions de la nature vous diront que les saisons sont écrites par les fleurs. La primevère, la jacinthe, la violette, ie lilas, le muguet, la rose, le jasmin, l'oeillet, la reine^marguerite, le dahlia, le tarr dif chrysantbémum chinois signalent chaque mois dans l'année. On peut m dire autant des plantes de serre chaude pour lesquelles l'art ne lait violence à la nature que dans certaines limites.
Je place ici , pour former le cœur et Vesprit du lecr teur, une remarque sur la nature de la perception des odeurs que je n'aurai peut-être pas l'occasion de faire connaître de longtemps. Elle est relative au peu de per* sistance de la sensation des parfums et des émanations odoriférantes. Api^ avoir été fort sensibles à l'organe, les odeurs cessent promptement de l'afTeeter, et il n'est personne qui ne soit conduit à sentir de plus en plus près une fleur ou un bouquet. Une tubéreuse, même dans une chambre fermée , cesse bientôt d'agir sur l'olfaction , mais son effet n'en est pas moins persistant et peut aller presque jusqu'à l'empoisonnement pour les pe^
mes nerveuses. On a pensé que certaines maladies épir
valent leur siège dans une intoxication atmoiu genre de celle des odeurs. Les physicient: s pu reconnaître aucun poids aux émanations \t les chimistes n'ont trouvé rien dans Tair qui différât de Tair pris dans un vaste jare Torgane olfactif de l*homme est mal déve- >arativement à Toreille et surtout à Toeil, s bien peu de chose sur les odeurs. Le chien, »port, est bien mieux doué que Thomme. Il de chasseur se reposant avec un chien coûte de lui qui n*ait vu combien cet animal sensations avec son mufle pointé en haut et t les folles brises, qui de tous côtés lui apmystérieux renseignements. L'animal cepen- 9 indifférent au parfum des fleurs , et notamrose. Gomment se faire une idée de tous ces
traités de physique , après avoir défini les nrielb comme des êtres qui agissent sur un 8 de nos sens , on parle fort au long des noom devons à l'œil et à l'oreille, très-peu de tous devons au toucher et au goût, et pas du Wes qui nous viennent de l'odorat. On me » sensations étant peu mathématiques, ne ère dans le domaine de la pensée , et encore magination : d'accord. Ces fonctions de l'orrapportent aux besoins et sont moins nobles 6B. L'art du vêtement et celui de la cuisine ne •aliser avec la musique et la peinture, mais 18 les nécessités de la nature humaine. Quant , lesquelles ne nous offrent ni un besoin in-
dispeiisable ni un exercice d'imagination , on y a peu pensé, et on n'en a rien dit.
Il y a cependant un moyen de perpétuer la perception des odeurs, et par exemple de sentir plusieurs lieures de suite un bouquet sans que la sensation s'éteigne. Il suffit pour cela d'en faire arriver les émanations au nez d'une manière intermittente. Un bouquet placé entre une personne et l'éventail qui lui apporte à coups intermittents de légères bouffées d'air ne cesse jamais d'être odorant, avantage assez grand dans les <:ontrées méridionales , où la chaleur est accablante et où les parfums et les électuaires sont presque indispensables. Pétrone nous décrit une élégante Romaine couchée sur un lit de repos et ayant pour éventail une branche de myrthe fleuri. C'était assez bien entendu. Caillé, 1g voyageur de Tombouctou, me disait qu'au milieu du désert la caravane dont il faisait partie était près de succomber. Ce n'était point la soif qui les tourmentait. Ils avaient de l'eau en abondance , mais elle était tiède et ne faisait que peser sur l'estomac; elle ne rafraîchissait ni les mains ni le visage. Heureusement il se trouva une provision de pastilles de menthe. Cet électuaire les sauva. Voici encore un fait analogue. Lorsque Saussure mena au Mont-Blanc une nombreuse caravane do grossiers Savoyards, ces gens matériels, à une certaine hauteur, débilités par le manque d'air, avaient cessé de manger. Ils ne voulaient plus ni vin ni eau-de-vie. Ils demandaient, qui le croirait? de Teau de : Cologne! Dans les montagnes moins élevées, je pense que tous les voyageurs ont reconnu comme moi que de j tous les animaux , le plus vorace c'est je gttide, j
e ne sais pas si dans la pratique médicale de nos eux médecins français les médicaments à odeur énerie entrent spécialement dans les prescriptions d'été, s il est bien constaté que tous les habitants des pays uds techerchent des aliments d'un goût et d'une ur qui ne conviendraient guère aux Parisiens à vi(» sntaîre, dans un climat fort tempéré pour la cha- ^ et pour rhumidité. Si les réficxions et les faits qui 3èdent peuvent paraître trop longs, je dirai que, la haute température qui se soutient depuis un grand ibre de semaines, ces notions sont tout à fait de oir- Btance.
es beaux jours, qui invitent le soir à respirer hors habitations, sont très-favorables aux contemplations ■onomiques. C'est à cette particularité qu'on doit, on, les observations des Chaldéens. Il est curieux, aooyen d'une carte des configurations des étoiles , de ninattre chaque constellation , et à chaque astre en ticulier de donner le nom que toute l'antiquité a 6té d6 siècle 6n siècle. Homère, Job, Thaïes, Hip- C|iie, Jules César, Ptolémée, puis le monde rhré- L, tous ont vu le même ciel, nommé les mêmes IJBB. Ces points fixes dans le ciel ont servi à noter narche du soleil et de la lune, à faire les mois, les ées et les siècles, et à développer ces grandes pètes qui dépassent encore l'étendue de l'histoire de imanité, qui nous semble d'une si haute antiquité, dis que, pour ces lentes révolutions célestes, le te humain ne date que d'hier.
L mesure que le crépuscule fera place à la nuit close. reconnattra la Grande Ourse et la Petite Ourse avec
l'étoile polaire, le Bouvier avec la belle étoile Arcturos, Perséç avec son brillant amas d'étoiles, Andromède et sa nébuleuse visible à l'œil nu , Pégase et son vaste carré; puis les constellations zodiacales du midi, la Vierge, la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne; plus haut et presque sur nos têtes, T Aigle, la Lyre, le Cygne dominent de tous côtés les astres environnants. A l'œil nu , à la lorgnette d'Opéra, enfin à la lunette à pied, tous ces astres offrent des particularités curieuses.
L'aspect des régions célestes du midi est racore diversifié par les planètes qui s'y frayent leur route au travers des immobiles constellations. Malheureusement cette année, et surtout au mois d'août, c'est au matin que toutes les brillantes planètes seront sur l'horizon; elles ne se lèveront que tard et ne brilleront que pour ceux que des circonstances exceptionnelles de veilto ou de voyage auront enlevés au repos habituel des dernières heures de la nuit.
Eu août prochain. Mercure sera peu visible, mais Vénus, qui se lèvera dès i^iS^ après minuit, reflpl^dira et resplendit déjà dans le ciel oriental du matin. Mars se lèvera vers 3 heures et sera visible jusqu'au jour. Jupiter, vers le milieu d'août, se lèvera tardivonent après lo heures du soir. Saturne ne se lèvera que vers !à*'3o™ après minuit. On aura pleine lune le 5 au soir et nouvelle lune le 19. C'est entre cette dernière époque et le 27, où aura lieu le premier quartier, que l'on pourra observer avec avantage le soir les ombres et les montagnes de la lune et la configuration de ses volcaiis cir-
^aires. Les marées seront insignifiantes quant à la
tï MÉTÉOROLOGIE. 176
force. Les jt)urs décroitront dans ce mois d'un peu plus d'une heure et demie.
A mesure que les récoltes auront enlevé la végétation de la surface du sol , Taspect des campagnes , surtout dans le midi de la France, sera celui d'un sol desséché par un soleil ardent, qui ne laissera subsister que les arbres en forçant lerplanti&s à monter en graine pour se perpétuer. J'ai déjà fait remarquer que le blé, qui est une plante annuelle dans nos climats , qui pour passer rhivei' a besoin de monter en graine , et qiii par suite nous donne le blé , est une plante vivace dans les régions tropicales, et que dès lors il se propage par rejetons et non de graine , ce qui rend impossible dans ces climats toutie récolte de céréales.
J'ai l'intention de traiter dans chacun de mes articles une question spéciale, et je commence par la plus récente de toutes celles qui m'ont été adrei^ées. Dans une lettre du ao juillet 1867, datée de Bordeaux et signée de simples initiales, un correspondant beaucoup frop modeste établit que souvent le matin, au lever du soleil , OfQ même quelques minutes après ce lever, il se produit Don-seulement le froid habituel qui naturellement m en augmentant avec l'absence du soleil , depuis le eoucber jusqu'au lever, mais que de plus, vers cette heure, il 7 a subitement un excès de refroidissement très-sensible. L'observateur de Bordeaux note que les deux fois où le phénomène l'a le plus frappé, c'était toujours à la suite d'un temps lourd et calme. Par une particularité remarquable, la lettre qui contient ces ob* servations m'a été remise au moment où j'agitais cette question avec M. l'abbé T..., grand vicaire du diocèse
de Poitiers, excellent observateur et savaut aussi profond que modeste. J'avais d'abord pensé que peut-être au point du jour quelque influence nerveuse rendait le froid plus sensible. Mais des observations précises avaient appris à M. l'abbé T. . . que parfois des flaques d'eau qui n'étaient pas couvertes de glace un peu avant le lever du soleil se gelaient subitement à ce moment ou peu après , et que des toits non couverts de gelée blanche s'en recouvraient alors. Il n'y avait donc pas moyen d'avoir recours à une action nerveuse. Excepté dans les Contemplations de mon très-célèbre confrère à l'Institut, M. Victor Hugo (qui ne me pardonne pas mon incrédulité à l'endroit des tables tournantes et des esprits pythons du xix' siècle), la terre, les cailloux, les pierres, les briques, les ardoises sont très-peu passibles d'influences nerveuses. Ce qu'on appelle des vapeurs, des maux de nerfs, leur sont fort étrangers. Une pierre est en général fort peu petite-maîtresse. Cherchons donc ailleurs la cause du phénomène qui, du reste, parait être très-réel.
J'attribue cet eff'et à des courants d'air que détermine l'apparition prochaine ou actuelle du soleil. Le trouble que portent dans l'atmosphère les rayons solaires est bien connu et j'ajouterai bien maudit des astronomes qui recherchent des observations très-délicates. Or, une agitation quelconque de l'air, en renouvelant les points de contact de ce fluide avec les corps nerveux ou non, opère un grand refroidissement. J'ai souvent éprouvé que le soir l'air des plaines élevées, en s'écoulant dans les vallées par des courants qui suivaient un ravin peu profond , produisait dans ce ravin un courant froid très-