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Marthe, marche! Bossu et.
L'attrait presque universel qui porte Veàprit humain vers les résultats des sciences les plus abstraites et les moins usuelles est peut-être le trait le plus singulier de cette curiosité inquiète qui nous a été donnée pour observer et pour savoir. On demandait à Pythagore quel était le type caractéristique do l'homme; il répondit : La connaissance de la vérité pour la vérité elle-même. N'est-il pas étonnant de voir l'espèce humaine , vivant des productions de la terre nourricière , suivant l'expression d'Homère , s'occuper de préférence des sciences purement intellectuelles et leur donner la plus grande part de son attention , à l'exclusion de celles qui ont pour objet la santé, l'alimentation, le bienêtre matériel , et enfin tous les arts sans lesquels ne pourrait subsister la puissante organisation dos sociétés modernes? On s'informe plus volontiers d'une
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planète nouvelle , d'une comète brillante , d'une étoile qui surgit inopinément , que d une route nouvelle ouverte au commercé ou d'une découverte chimique qui pourra plus tard déplacer des populations entières. Ainsi des trois éléments qui forment Vessence de l'homme, les besoins , les affections et l'intelligence , c'est encore cette dernière faculté qui obtient la préférence. Tout le monde connaît ces belles paroles : « L'homme ne vivra pas seulement de pain , mais de toute parole émanée du Créateur. » Les musulmans regardent toutes les lois de la nature comme" des paroles de la Divinité , et, pour en faire comprendre le nombre infini , ils disent que si toutes les mers étaient de l'encre et tous les arbres des roseaux à écrire, ce serait encore insuffisant pour enregistrer toutes les paroles de Dieu. Il est fâcheux qu'ils n'aient pas trouvé d'image pour le papier comme pour le reste. Puisque je suis en veine de citations des docteurs de l'islamisme , bien plus favorables aux sciences qu'on ne le croit communément, je mentionnerai encore cette autre maxime, qui est un bel hommage rendu au savoir par des peuples éminemment fanatiques : Au jugement dernier, V encre de l écrivain sera estimée au même prix que le sang du guerrier.
L'année qui vient de s'écouler a plutôt continué les travaux scientifiques des années précédentes qu'elle ne s'est signalée par une de ces grandes découvertes qui font époque. L'astronomie s'est enrichie de trois nouvelles petites planètes de ce groupe, situé entre Mars et Jupiter , qui aujourd'hui contient vingt-sept astres inconnus à l'homme avant le xixe siècle. Quatre comètes, dont une visible pour le public, sont venues pren-
pour i853 et i854- 189 dre place dans les archives du ciel. La fameuse comète qui doit revenir tous les trois cents ans et qui avait été annoncée pour 1848 n'a pas encore reparu, mais on sait par des calculs plus précis que son retour a été ajourné, et qu'on ne l'attend plus que de i856 à 1860. Les travaux des observatoires du monde entier ont suivi leur progrès naturel. Un bel exemple a été donné par un industriel de Liverpool , M. Lassel , qui est en même temps un astronome excellent. Fatigué du ciel brumeux de l'Angleterre occidentale , qui laisse à peine quelques heures par année à l'observation des astres , M. Lassel a transporté à Malte les gigantesques télescopes qu'à l'exemple de William Herschel il a fondus, polis et montés de ses propres mains. Sous ce ciel privilégié, il a pu observer à l'aise le nouvel anneau transparent qui entoure la planète Saturne, anneau dont la découverte lui était due aussi bien qu'à M. Bond, des États-UjML* et qui constitue un phénomène unique dans le mcppe planétaire. Il y a longtemps que notre célèbre Lapïace demandait qu'on transportât nos puissants télescopes dans V atmosphère rare et pure des hautes montagnes de Péquateur, La montagne de Pérote, près de la Vera- Cruz, au Mexique, me semblait devoir réunir toutes les circonstances favorables. Plusieurs astronomes des États dont les capitales occupent les hautes vallées de la Cordillère de l'Amérique du Sud, le long de l'océan Pacifique , avaient , dans leurs visites à Paris , senujlé prendre l'engagement de profiter de leur position, exceptionnelle; mais les troubles politiques de ces^^ats et l'anarchie ou violente ou apathique qui^s'y perpétue paralysent tout effort libéral vers les sciences. Il es^cu-
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rieux de retrouver ici une maxime du même célèbre mathématicien et astronome Laplace , appelé quelquefois le New ton de la France : Il y a quelque c/iose de pire que (F avoir un mauvais gouvernement y c'est de n'en point avoir du tout!
L'exemple donné par M. Lassel ne sera donc point perdu. L'inaction forcée des astronomes du Mexique, du Pérou, du Chili, ne sera qu'un retard pour la science. Bacon disait : Les hommes se succéderont, la science s'accroîtra. Je ne puis 6nir cet historique des positions favorables à prendre pour sonder les profondeurs du ciel sans remarquer que la France possède dans ses montagnes centrales de l'Auvergne , aussi bien que dans les Alpes et dans les Pyrénées , des points où nos astronomes pourraient s'établir facilement. Après bien des réflexions sur la cause qui restreint en France les observations astronomiques dans le cadre des posi tions officielles , je n'en vois qu'une seule explication : c'est le manque de publicité et par suite d'encouragement pour les efforts généreux des astronomes amateurs. Aucune publication , aucun bulletin astronomique français , ne porte leur nom et les résultats de leurs travaux à la connaissance de leurs compatriotes et du monde entier. MM. Goldschmidt à Paris, Nell de Bréauté près de Dieppe, d'Abbadie à Urrugnes, Séguin aîné àMontbard, et un très-petit nombre d'autres travaillent sans espérer ce seul prix qui devrait payer leurs efforts, la renommée. 11 faudra voir à remédier promptement à cet état de choses peu favorable à l'astronomie française. L'ingratitude envers le mérite, mauvaise en elle-même , l'est encore davantage par ses sui-
pour i853 et i854- 191 tes, car elle amène le découragement et la cessation des travaux non officiels. Une espèce de terme moyen entre les observatoires impériaux de Paris et de Marseille et les observatoires particuliers des astronomes déjà nommés est en voie de se produire : je veux parler des observatoires communaux ou départementaux , que plusieurs villes , à l'exemple de la noble cité de Toulouse , sont sur le point de fonder. Nous croyons savoir que Bordeaux , le Havre et Nantes auront bientôt des observatoires, d'une portée restreinte sans doute, mais dont les travaux bien coordonnés seront très-utiles. Les besoins de la navigation et l'envoi de l'heure de Paris dans tous nos ports par le télégraphe électrique , ainsi que le règlement des montres marines , seront un motif d'utilité pour l'établissement de ces observatoires. La France , cette dispensatrice de la renommée pour le monde entier, aura pour l'astronomie une plus large part à distribuer à ses citoyens. En Angleterre et en Amérique , c'est par dizaines que l'on peut compter les observatoires non dépendants du gouvernement.
La première et l'une des plus célèbres questions de l'astronomie, c'est la forme et la mesure de la terre. La grande mesure de France, commencée sous Louis XIV, continuée sous Louis XV et achevée de nos jours, a été suivie des travaux admirables des Anglais dans l'Inde , et plus récemment encore de ceux des Russes , qui , en i853, ont terminé les travaux relatifs au grand arc terrestre , lequel , du cap Nord à la mer Noire , embrasse presque la moitié de la distance du pôle à 1 equateur. Les astronomes de plusieurs nations ont concouru à ce h&u travtft^gtyftis c'est à la Russie et à M. Struve, -
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l'astronome sans pair, que le monde savant est redevable des résultats de l'an dernier. Les grandes irrégularités de la forme de notre globe , rendues encore plus sensibles par la petitesse de l'homme , forcent à mesurer la terre suivant plusieurs méridiens. Il y a déjà longtemps que je dis qu'il n'y a pas plus deux méridiens terrestres égaux qu'il n'y a deux feuilles de chêne égales entre elles dans une forêt. Après avoir cru que tout était fini par la mesure du méridien français , on a reconnu la nécessité de celui de l'Inde et de celui de Russie. Les admirables progrès de la jeune Amérique dans les sciences nous donneront bientôt , sous la direction de M. Bâche , aux États-Unis, un grand nombre de mesures de portions de la terre , d'où enfin on conclura non-seulement la forme générale , mais encore la configuration locale de toutes les parties de notre globe. Revenant à notre France , à laquelle on rend la justice de reconnaître qu'elle a pris l'initiative de ces grands travaux , nous dirons qu'elle n'en est pas à se reposer sur ses mérites passés. La science n'admet point pour les nations ces attributs de la vieillesse , repos et dignité (Yotium cum dignitatc de Cicéron). Notre corps impérial d'état- major, recruté en partie à l'École Polytechnique , est en lui-même un corps savant de premier ordre aussi bien qu'un corps actif, et , avec le concours do M. l'aye, il a été présenté à l'Institut un projet de complément des travaux français antérieurs. En profitant des nouveaux perfectionnements de l'astronomie et de l'emploi du télégraphe électrique , on utilisera tous les travaux géodésiques du commencement de ce siècle. A l'exception de l'Espagne , qui jusqu'à ce jour n't
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point encore de triangulation géodésique, le travail de l'État-Major français sera suivi probablement dans toute l'Europe , — et nous saurons !
Au commencement de ce siècle , sous l'Empire , la question des prix décennaux eut un grand retentissement. L'empereur avait demandé à l'Institut un Rapport sur . les progrès des sciences et de la littérature. Cette idée*3QW)difiée pourrait devenir un grand encouragement aux savants de tous les pays. Admettons , par exemple , que Napoléon III appelle les diverses sections de l'Académie des Sciences à établir le bilan scientifique de la première moitié du xixe siècle , avec discussion publique et reconnaissance des droits de toutes les nations et de tous les individus dans ce beau concours de l'intelligence et de l'activité humaine. D'abord justice serait rendue, ce qui est un devoir; ensuite les travaux futurs seraient dirigés vers le mieux , ce qui est un grand avantage. L'émulation naîtrait des honneurs publics décernés aux services signalés, et les nations indifférentes dont M. Charles Dupin a si bien tracé la statistique entreraient dans la voie ries lumières. On a beaucoup cité ce mot de Napoléon : « Dans le gouvernement des États, le pouvoir de la science fait partie
ni des États musulmans , comparez les États-Unis au Mexique ou l'Angleterre à l'Espagne !
. . La crainte de tomber dans une ennuyeuse énumération nous empêche d'exposer ici en détail tout ce qui a
été fait depuis l'an dernier dans la mécanique , la physique, la chimie et les arts en général. Nous avons dit qu'aucune de ces découvertes qui attirent l'attention du monde entier n'avait été faite en i853. Les physiciens ont varié de plusieurs manières la belle expérience de M. Foucault , où Ion voit la terre tourner sous un appareil auquel , chose paradoxale , le mouvement donne une fixité absolue d'orientation. Les recherches chimiques sur la composition de l'air et sur ralimentation et les produits agricoles ont amené d'utiles résultats. La médecine a continué d'employer et d'étudier les agents anesthésiques , c'est-à-dire qui suppriment la douleur. Les fameux bateaux américains, ayant pour moteur l'air chaud en place de la vapeur, n'ont point encore conquis le rang qu'on leur promettait ou plutôt qu'ils se promettaient eux-mèmos. Enfin, pour parler de ce qu'on n'a pas fait, on n'a point encore essayé en France et dans les autres pays l'emploi des chemins de fer du système de M. le baron Séguier , avec locomotive légère prenant point d'appui sur un rail intermédiaire et susceptible dès lors de franchir toutes les pentes , réduisant ainsi les frais d'exploitation comme ceux d'établissement à des proportions bien inférieures à ce qu'ils sont aujourd'hui. Nous reviendrons dans une étude spéciale sur ce point très-important de la science pratique, qui rendra toutes les localités accessibles aux voies de fer.
Nous avons déjà dit à nos lecteurs qu'un câble sousmarin contenant quatre fils électriques a été établi entre la France et l'Angleterre au travers du pas de Calais. Depuis trois ans, cette communication télé-
pour i853 et i854. 195 graphique transmet aux journaux de Londres et au gouvernement anglais les nouvelles du continent sans qu'aucune détérioration apparaisse encore dans ce télégraphe , qui a fait tant d'honneur, sinon de profit , au persévérant M. Brett, dont la conviction et l'obstination ont pu vaincre toutes les résistances et toutes les apathies pour rattacher sa patrie ingrate au continent. La science n'était pas moins intéressée à la réussite de M. Brett, pour rattacher par sa longitude exacte l'observatoire de Greenwich à celui de Paris (1). L'année dernière a vu s'établir deux nouvelles voies de télégraphie sous-marine entre la Grande-Bretagne et l'Europe. L'une va de Douvres à Ostende et fait communiquer les chemins de fer et les télégraphes électriques de Belgique et d'Allemagne avec ceux d'Angleterre ; l'autre traverse la mer d'Allemagne, de Hollande en Angleterre, à la hauteur do la Haye, et par son succès rend assuréeia traversée télégraphique sous -marine de France en Algérie par la Corse, la Sardaigne et la côte voisine d'Afrique, traversée qui est aujourd'hui en Voie d'exécution.
(1) Je suis très-fier de voir mon nom mentionné honorablement à l'occasion de rétablissement de la communication télégraphique sous-marine , et je regrette de voir oublié, le nom de M. l'abbé Moigno, qui s'est montré encore plus actif que moi pour aplanir les obstacles devant M. Brett. MM. Arago and Babinet, and the members of the Bureau des Longitudes, and the institut, have shown the greatest inleresl in the cornpletion of the connexion between Paris and Greenwich. (Royal Âstronomical Society , Report of the council, february i3, i85î.)
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Personne n'ignore que c'est en Amérique que l'on a commencé à faire servir le télégraphe à la détermination exacte des longitudes. Dans des contrées où les montagnes et les fleuves n'ont point de nom et où les habitants arrivent pour la première fois, la position géographique seule fixe l'existence d'un établissement , d une commune, d'une ville future. Les compagnies de télégraphie électrique y vendent aux communes leur longitude comme toute autre marchandise d'utile consommation. En Europe, le télégraphe électrique est appelé à rendre les plus grands services pour la détermination très-exacte du même élément de position des points remarquables du globe. Une communication avait donc été établie entre l'observatoire anglais de Greenw'ich et celui de Paris. L'astronome royal d'Angleterre. M. Airy, après avoir fait, dans les premiers mois de i853, d'heureux essais entre Londres , Cambridge et Edimbourg, se préparait à entreprendre conjointement a\e« M. Arago et les astronomes français la jonction des deux grands observatoires des deux nations, lorsque la maladie, de M. Arago et plus tard la perte irréparable que les sciences ont faite en sa personne sont venues ajourner cotte importante opération scientifique. Elle vient d'être accomplie tout récemment entre les observatoires de Grecnwieh e* de Bruxelles par le télégraphe suusmarin de Douvres à Ostende, grâce à l'activité de l'astronome royal de Belgique, M. Quetclct, dont les travaux ont fait du reste autant d'honneur à sa patrie dans la météorologie que dans l'astronomie elle-même. Ciràce à notre Bureau des Longitudes, la France n'aura dans quelques semaines rien à emier à la Belgique, ni l'obsena-
pour i853 et i854. 197 toire de Paris à celui de Bruxelles. On espère pouvoir établir de Londres jusqu'à Berlin , Vienne et Florence, l une communication unique et directe. Il nous semble que ce but serait atteint bien plus sûrement et facilement en plaçant la pile électrique au "milieu de l'intervalle qu'on veut franchir, et que les batteries voltaïques du bureau télégraphique de Strasbourg transmettraient des signaux sans aucune chance de trop grande déperdition jusqu'aux dernières limites des fils européens actuels tant vers l'orient que vers l'occident. Ce sera une opération capitale pour la détermination de la figure de la terre.
La grande exposition de l'industrie française de l'année prochaine nous amènera sans doute quelques découvertes remarquables dans les arts. L'année i853 a vu l'éclairage électrique prendre rang parmi les moyens de remplacer la lumière du jour pour des travaux de chantier en plein air continués d'urgence pendant la nuit. Sur plusieurs de nos théâtres de la capitale, on a introduit ces effets de lumière électrique qui font spectacle. Nous croyons que la science et l'industrie n'ont pas encore dit leur dernier mot sur cette puissante illumination, aussi facile à établir partout qu'efficace dans son action ; mais c'est surtout pour la télégraphie non électrique que son emploi nous semblerait utile. Puisque avec les seuls mouvements à droite et à gauche de la pointe d'une aiguille aimantée on transmet une dépèche, on le' ferait également bien avec deux points lumineux électriques, susceptibles de briller l'un au-dessus de l'autre, ou l'un à côté de l'autre. Les trois indications de la pointe de l'aiguille aimantée, savoir : — en \ilaeeA
— à droite, — à gauche , seraient remplacées par les trois indications suivantes : — une seule lumière , — deux lumières l'une sur l'autre , — deux lumières l'une ; à côté de l'autre. Avec ce système télégraphique, si facile à dissimuler, il n'est presque point de cas où une place assiégée ne pût communiquer avec l'extérieur, comme les forts isolés avec le corps de la place, ou bien les navires stationnaires en mer avec la côte. Nous ne faisons aucun doute que si la -télégraphie électrique n'eût pas été inventée ou plutôt mise en pratique avec les chemins de fer, le système télégraphique des feux électriques n'eût été adopté partout , et qu'il ne soit dès aujourd'hui exclusivement applicable à toutes les contrées privées de voies ferrées et de fils électriques.
Il n'est presque point de château, de manoir ou même d'habitation bourgeoise éloignée des villes, qui n'ait ce qu'on appelle vulgairement une longue-vue, une lunette de mer, une lunette de télégraphe ordinaire , ou bien même une lunette montée sur un pied. Ceux qui possèdent une lunette à pied de Soleil ou de Lerebours ont tout ce qu'on peut désirer pour les observations terrestres ou célestes qui se recommandent à la curiosité des tranquilles possesseurs des propriétés provinciales, tandis que ces mêmes observations s'imposent à la sécurité du voyageur, du marin et de l'explorateur qui suivent une route privée do relais de poste et d'auberges confortables. Ce qui suit est donc plutôt de l'astronomie curieuse que de l'astronomie sérieuse, quoique souvent la première ait mené à la seconde , et qu'après avoir
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vérifié les découvertes des autres, des esprits de bonne trempe aient été conduits à en faire pour leur propre compte. J'espère que de plus en plu* 1 Ysnolr d'appfcleç à l'observation des phénomènes célestes tes amateuîi qui ont un peu d'aisance et bœuçpqp de loisir se réalisera en Franco à mesure que las moyens d'observation seront mis à la portée de ces n ma tours, et que des indications pratiques leur seront communiquées,
Laplace fait observer, à la louange des théorie* astronomiques , que la science du ciel est la seule qui jusqu'ici puisso avec certitude" prédire les événements futurs. A la vérité, ces événements ne sont pas de ceux qui passionnent la société. Qu'importe à ïa plupart de? hommes de savoir que dans plusieurs' milliers d'années notre étoile polaire actuelle cédera sa place à la brillante étoile do la Lyre, et que des astres cachés aujourd'hui sous l'horizon de Paris y reparaîtront pour quelques dizaines de siècles? Cependant les éclipses, les marées , les mouvements du soleil et de la lune , ceux des planètes et l'aspect variable des configurations célestes qui brillent dans chaque saison attirent encore l'attention du public non citadin , et surtout de ceux qui sont pourvus d'une lunette. L'indication de ce qu'il y a à voir dans le ciel intéresse toujours les questionneurs qui s'adressent à ceux qu'ils croient initiés à ces infaillibles pronostics des mathématiques. Faisons de l'astronomie curieuse pour cette année ; mais notons que d'ici à 1861 une série d'observations uniques sur les planètes , les comètes , les éclipses , les particularités physiques des planètes, du soleil et des étoiles, viendra réclamer l'attention des amateurs.
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Les éclipses cette annéo n'offriront rien de curieux on Franco et en Europe. Les marées ne seront pas d'une très-grande force; celles du 28 février, du 14 avril, du 1 3 et du 14 mai, du 9 et du 10 août, du 8 septembre et du 7 octobre seront les plus remarquables et amèneront assez d'eau vers Quillebeuf , à l'embouchure de la Seine , pour que les mascarets dont nous avons parlé dans un autre article (1) fassent un spectacle unique de déploiement en grand des forces motrices de la nature. Les marées de septembre et d'octobre seront au-dessus de la moyenne, et mériteront d'avoir des spectateurs parisiens témoins de ce beau phénomène naturel ; c'est le même qu'observait, à ses grands périls, la flotte d'Alexandre à l'ouverture de l'Indus. « On était à la troisième heure du jour lorsque l'Océan , soumis à des lois immuables, commença à envahir le fleuve et à le taire reculer. Les eaux, d'abord arrêtées, couraient ensuite \crs leur source avec plus de rapidité que les torrents n'en ont en descendant des montagnes. » Suit l'énumération de tout ce que ce mascaret produisit d'accidents et de désordres pour la flotte échouée. Cette description de Quinte-Curce aurait pu littéralement être écrite aussi bien sur les rives de la Seine inférieure que sur les rives de l'Indus inférieur. Avis au lecteur sensible aux beaux spectacles de la nature obéissant à des forces étrangères à notre globe.
Les taches du soleil et les comètes seront aussi impossibles à prévoir que curieuses à observer. Les portraits daguerréotypes du soleil sont au premier rang d'utilité
Vi Tome I , papo if».
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pour la théorie des taches du soleil , qui sont liées à la nature interne de cet astre. L'éclipsé totale de soleil du 3i décembre 1861 nous dira sans doute bien des choses sur ces curieux problèmes physiques. Attendons.
L'aiguille aimantée , dont la pointe était dirigée au nord précis on 1666, année de la fondation de l'Académie des Sciences, a, depuis cette époque jusqu'en 1816, toujours marché vers l'ouest. En 18 16, M. Arago trouva qu'elle était stationnaire, et depuis ce temps elle revient vers le nord , où elle pointera de nouveau exactement en 1967, suivant M. Ghazallon. Moi, je prétends que ce sera en 1966. C'est ce que nous verrons ! Quoi qu'il en soit, la déclinaison extrême que M. Arago avait trouvée , ea 1816, de 22°-, à partir du nord vers l'ouest, n'a été trouvée, en i853, le 3 décembre, par M. Laugier, que de 200! environ (2o°i7'). Sous les règnes antérieurs au règne de Louis XTV, depuis 1571 jusqu'à 1660, l'aiguille déviait du nord vers l'est, et sans doute, dès le siècle de François Ier, la déviation de l'aiguille aimantée était déjà vers Test. Aristote so jeta , dit-on , dans la mer d'Aulide, de chagrin de ne pas pouvoir pénétrer le mystère des marées de ce détroit poétique sur lequel les utilitairiens modernes ont eu l'insolence de jeter un pont. Je ne désespère pas de voir quelque jour un physicien, las des mille spéculations théoriques sur la direction de l'aiguille aimantée , se poignarder avec une de ces aiguilles, dont plusieurs- sont maintenant d'une dimension énorme. J'en ai eaïployé pour ma part qui avaient plus de a mètres de long. A ce propos , nous dirons que la proximité trop grande de Paris, cette wùhe
de fer couchée sur les bords de la Seine, ne permet aucune précision dans les indications de la direction de l'aimant. Il faut , comme je l'ai fait , s'éloigner de 10 à 12 kilomètres de Paris, dans les plaines de la Belle- Épine , entre Choisy-le-Roi et Bourg-la-Reine, pour obtenir des résultats exempts des perturbations du fer que contiennent les constructions de tant de milliers de maisons et de tuyaux de conduite.
La lune passera deux fois cette année devant Fétoile epsilon des Gémeaux. Une de ces occultations a déjà eu lieu, et la seconde s'observera le 5 avril prochain, mais elle durera peu. Les deux planètes Saturne et Mars seront aussi occultées par la lune. La première de ces occultations, toutes deux de courte durée , a pu être observée le 5 février dernier, un peu avant le coucher du soleil; la seconde aura lieu le i3 mars, en pleine nuit. Quant aux éclipses des satellites de Jupiter, je renverrai à la Connaissance des Temps, qui pour chaque jour enregistre la position des quatre lunes de cette planète, leurs éclipses, leur passage devant Jupiter, etc. Venons aux planètes.
Le petit croissant de Mercure sera visible vers le i5 mars et vers le io avril, vers le i5 juillet et vers le 5 août, vers le 8 novembre et vers le 27 du même mois. Une lunette de force moyenne fera distinguer cette curieuse figure, analogue à celle de la nouvelle lune et de la lune précédant le soleil le matin. Vénus est jusqu'au 1 5 de ce mois visible le soir en belle forme de croissant. Après le i5 mars, elle reparaîtra en croissant le matin, avant le lever du soleil , pendant tout ce mois et une portion d'avril. Son plus grand éclat aura lieu
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le 5 avril , et son plus grand écart du soleil le 9 mai. Mars sera à son plus grand éclat vers minuit dans les derniers jours de février et les premiers jours de mars. Ainsi nous avons encore quatre mois à le voir trèsbrillant. Au ier février, il se lèvo à 7 heures f . *
Jupiter sera visible le matin, avant le lever du soleil, jusqu'au mois de juillet, et passé cette époqu^&briHera jusqu'à la fin de l'année sur l'horizon du soir, LSB positions variées de ses satellites sont ce qu'il y a de plus curieux à observer avec des lunettes de moyenne force. Nous renvoyons de nouveau à la Connaissance des Temps et à V Annuaire du Bureau des Longitudes.
La curieuse planète Saturne et ses anneaux seront visibles cet été à leur plus grand avantage. C'est au mois d'août que les anneaux atteindront leur plus grande largeur, à laquelle ils sont encore quinze ans à revenir. L'année i853 nous a valu d'excellentes observations physiques de cette,fiknète et de ses satellites par M. Lassel à Malte, par l'roapitaine Jacob à Madras, par M. Otto Struve à Poulkova, près Saint-Pétersbourg, et par M. Bond à Cambridge des États-Unis. L'année i854 confirmera et augmentera sans doute cette riche moisson de faits curieux ; nous les ferons connaître.
Il est un genre d'observations qui n'exigent point l'emploi du télescope , et auxquelles on prête maintenant peu d'attention : c'est la marche des planètes au travers du ciel étoilé. Généralement les planètes abandonnent les étoiles placées à l'ouest pour s'avancer vers les étoiles orientales. Cependant il est des époques où, vues de la terre , elles semblent marcher en sens contraire. Ainsi , dans la dernière moitié de mars
et dans celle de novembre , comme du 16 juillet au 12 août, Mercure marchera à l'occident. Il en est de même de Vénus, du 5 au 19 février, ce qu'on peut reconnaître facilement en la comparant aux étoiles voisines du Verseau. Depuis le mois de février jusqu'au i5 avril, Mars ira de même vers les étoiles occidentales, et pourra être comparé à Régulus , situé dans son voisinage. J&çater, du i5 mai au i5 septembre, exécutera le même tour de force entre les étoiles du Capricorne et celles du Sagittaire. Enfin Saturne , au milieu de la constellation du Taureau , marchera aussi vers l'ouest depuis le 3o septembre jusqu'à la fin de l'année.
Une des occupations les plus agréables et les plus instructives , c'est la comparaison du ciel étoilé avec une carte du ciel faite de manière à reconnaître les diverses constellations dont les étoiles servent de points fixes auxquels on rapporte la marche du soleil , de la lune, des planètes et des comètes, et même les changements plus lents que les siècles amènent dans notre système solaire. Plusieurs astronomes, et notamment sir John Herschel, ont montré un grand dédain pour ces bizarres figures d'hommes et d'animaux dont l'antiquité avait peuplé son ciel. Cependant les divisions mathématiques qu'on a proposé d'y substituer n'ont obtenu aucune sympathie. Ces configurations ont été étudiées par Ilipparque, par César et parCicéron. Plusieurs remontent au delà de Thalès, qui nomma la petite Ourse, puisqu'on les trouve dans Homère et dans le Livre de Job. Ainsi elles ont la consécration d'une vénérable antiquité. J'avoue que les figures des animaux célestes sont loin d'être correctes, et que la grande Ourse d'Ho-
POUR 1853 et i854. ao5 mère comme la petite Ourse de Thalès sont dessinées avec de longues queues , tandis que les ours et ourses terrestres en sont dépourvus ; mais si pour chaque étoile vous mettez un chiffre d'ascension droite et un autre de distance polaire avec degrés , minutes et secondes, il n'y a point de mnémonique, même la mnémonique miraculeuse de M. Pick, qui puisse retenir tant de nombres, encore moins se représenter la situation respective des astres ainsi désignés. Les dénominations païennes du ciel ont résisté même aux scrupules des astronomes catholiques depuis saint Augustin jusqu'à nos jours. Nous avons de belles cartes célestes où les douze signes du zodiaque ont pris les noms des douze Apôtres, où la constellation du Navire est devenue l'Arche de Noé , et où toutes les autres constellations ont reçu la dénomination d'un saint ou d'un objet sacré; mais le zèle pieux de l'auteur n'a obtenu aucun assentiment môme dans les écoles ecclésiastiques , et rien ne fait présumer que les anciennes figures soient près de disparaître du ciel; seulement on a soin de les dessiner en traits légers ou en rouge , de manière à ne pas couvrir les signes des étoiles, qui sont la réalité dont les figures ne sont que la fantaisie. Pour suppléer à un exposé imparfait et difficile à comprendre , le lecteur voudra bien recourir à une carte céleste en s'attachant d'abord de préférence aux étoiles voisines du pôle, au milieu desquelles oft'tta point à craindre que les planètes viennent se placer, opérant ainsi une confusion fatale. Au reste, la scintillation est un caractère qui fait reconnaître infailliblement les étoiles ; mais au premier coup d'œil , et avec un peu de distraction, on pourrait méconnaître les con-
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stellations voisines de la zone que parcourent les planètes. Voilà pourquoi on fera bien de reconnaître d'abord les deux Ourses et ensuite les autres constellations par des alignements. La biographie des astronomes nous fournit plusieurs exemples de vocations astronomiques écloses à l'occasion d'observations fortuites. Espérons que la contemplation du ciel, provoquée par no££onseils, nous vaudra quelque Herschel ou quelque Lassel pour prendre part aux innombrables travaux de la science des astres.
DE
L'ARROSEMENT DU GLORE.
DE
Tngenti moiu stupefaclus aquarum.
t Virgile.
Étonné du mourement immense des eaux.
Kco afh âîoç o/xGpoç ÀtÇsi.
Homère.
Les plantes croissent par la pluie du ciel.
La chaleur et l'humidité, ou plus poétiquement le m feu et l'eau , voilà la fertilité. Cette fertilité pour les plantes se traduit immédiatement en populations d'espèces animales, en passant des animaux qui se nourrissent de végétaux à ceux qui se nourrissent d'autres animaux. Dans les races supérieures, tout le' monde connaît les hefbivores et les carnassiers ; c'est donc en définitive la production des végétaux qui est la l$se et le régulateur de la vie sur toute la terre. Depuis le petit nombre de siècles où l'homme civilisé a parcouru la terre entière, il a pu, aidé dé la vaste science qui porte aujourd'hui le nom de météorologie, jeter un coup d'oeil sur l'ensemble des phénomènes que la nature déploie sur ce grand théâtre , et souvent même l'art a pu aider la nature dans les localités où l'espèce humaine, assez forte par sa population, par ses lumières, par ses
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travaux , par ses machines", n'était pas réduite à l'impuissance de la faiblesse ou à celle de l'ignorance. Comme il est toujours bon de définir par énumératkm, je rappellerai au lecteur que la météorologie de notre globe avait été déjà esquissée en partie dans les diverses branches des sciences d'observation qui portaient les noms de géographie physique, de physique du globe, de connaissance des climats, de statistique des productions du globe, sans compter les divisions de l'économie politique, de la botanique , de la zoologie, de la géologie, de la physique , de la chimie , de la mécanique , qui avaient pour objet la vie et l'espace sur la surface de notre terre.
En circonscrivant aujourd'hui ces notions générales et en se renfermant dans le cadre déjà bien étendu de • l'arrosement ou irrigation superficielle de notre planète , nous examinerons par quelles voies la nature soulève les eaux des océans pour les répandre ensuite en pluies fertilisantes sur les diverses régions continentales et en former ensuite les rivières , qui ramènent à l'Océan le surplus des eaux qui n'ont point été reprises par l'air ou employées aux besoins de la végétation. Dans cet examen , nous supposerons connues toutes les lois de la physique et de la météorologie , et nous admettrons encore que le lecteur a sous les yeux ou dans sa mémoire la disposition géographique des mers et des terres depuis le nord jusqu'au sud , et tout autour du globe depuis l'orient jusqu'à l'occident.
C'est un fait parfaitement établi que toute masse d'eau maritime , fluviatile ou marécageuse, émet à tout degré de chaleur des vapeurs invisibles qui se mêlent
à l'air qui repose sur ces eaux ou même sur les terrains humides. Ces vapeurs deviennent sensibles en bien des cas par les brouillards , par les nuages , qui souvent dessinent en l'air par un temps calme la forme des rivières, des étangs, des marécages , qui ontfouwii ces amas de vapeurs devenues visibles. Je n'ai pas besoin de dire que plus la chaleur est grande, plus l'évaporalion qui fait passer, l'eau dans l'atmosphère est active , et que l'air des pays chauds contient beaucoup plus de vapeur d'eau que celui des zones glaciales. L'air à 3o degrés du thermomètre centigrade contient six fois plus de vapeur que l'air où le thermomètre est à zéro.
De même que la chaleur fait passer sous forme de vapeur invisible l'eau dans l'atmosphère, le refroidissement fait repasser cette vapeur à l'état d'eau liquide et sensible. C'est ce qu'on voit tous les jours lorsque l'on apporte dans une chambre échauffée des objets refroidis dans une pièce voisine où régne un froid vif : on voit tous ces objets se couvrir d'humidité. C'est ainsi que les riches cristaux apportés au dessert sur une table servie dans une pièce dont l'air est plein de vapeur par l'évaporation des mets , la respiration des convives et* la combustion des lumières de toute sorte, sont immédiatement ternis par une ^paisse couche de rosée fournie par la vapeur invisible de l'air environnant. Souvent, en entrant dans une salle de spectacle , les verres des lunettes refroidis par l'air du dehors sont obscurcis par un semblable dépôt d'humidité , qui est un véritable dépôt de rosée. Enfin les physiciens , en entourant un grand entonnoir de métal d'un -réfrigérant convenable ,
en font ruisseler l'eau comme d'une petite source continue.
Nous signalerons donc, comme première cause d'arrosement de la terre, le dépôt d'humidité qui 9e fait de l'air chargé de vapeur sur la terpe refroidie par son exposition à un ciel bien découvert où le sol envoie en pure perte la chaleur qu'il a prise le jour, et se refroidit par suite au point de provoquer le dépôt de la vapeur contenue dans l'air. On trouve cette puissante cause de refroidissement indiquée dans les écrivains de la plus haute antiquité , et notamment dans Homère. Avant la conquête française de l'Algérie , une des plus grandes souffrances des Européens captifs en Afrique était le froid des nuits claires, et cette cause y occasionne encore , comme en Égypte , en Perse et dans toute la zone torride , une quantité d'ophthalmies qui dégénèrent en cécité complète. Dans tous les pays où il ne pleut pas , la seule source d'arrosement naturel est donc cette rosée , qui , tout abondante qu'elle est dans certaines localités où l'air très-chaud est par là même très-chargé de vapeurs, ne peut cependant être considérée que comme un bien faible arrosement , quand on la compare à ce qui résulte de la pluie. Dans plusieurs expéditions de nos troupes en Algérie , quand il s'agissait de châtier le brigandage des tribus insoumises, on ne pouvait mettre le feu à leurs champs de céréales qu'à une heure assez avancée de la journée , car les plantes étaient tellement imbibées de la rosée de la nuit, qu'il fallait attendre qu'elles eussent été desséchées par les rayons du soleil. Homère, cet excellent observateur , mentionne très-exactement cette rosée
ÀRROSEMENT DU GLOBE. 21 3
fécondante, cette thélus éersé, qui, dans les nuits des saisons les plus chaudes et dans l'absence de la pluie , humecte la terre d'une manière avantageuse.
Une cause de refroidissement bien autrement puissante et déjà indiquée dans un de nos précédents articles (i), c'est le transport d'une masse d'air humide dans les régions supérieures. Cet air, déchargé du poids des couches qui pesaient sur lui , se dilate considérablement, et, d'après une loi de physiquèr bien connue , cette dilatation est accompagnée d'un refroidissement très-grand. Ainsi, pour refroidir l'air et lui faire abandonner , sous forme de pluie , la vapeur qu'il contient, il suffit de l'élever à une certaine hauteur. Si cet air est déjà très-humide, il suffira d'un très-petit soulèvement pour qu'il abandonne par son refroidisse^ ment l'eau qu'il contient en abondance. C'est ainsi que dans nos contrées où règne le vent d'ouest , qui nous arrive après s'être chargé des vapeurs exhalées des courants chauds de l'Atlantique, il suffit de la saillie même du sol de la France et de l'arrêt qu'elle produit dans les courants de l'air maritime pour fournir les pluies qui alimentent le bassin de la Seine , celui de la Loire et celui de la Garonne , comme aussi les bafsins moins étendus de la Somme, de la Charente et de l'Adour; mais c'est ici et d'après ce principe que l'on reconnaît l'action puissante des montagnes pour déterminer la production des nuages et les pluies qui alimentent la source de toutes les rivières dont le bassin^rfétend jus^ qu'au pied de ces immenses saillies des continents.
(i) M oyez page 161.
21 4 ÀRROSEMENT DU GLOBE.
En effet, les masses d'air des mers et des plaines portées par les courants atmosphériques vers les montagnes glissent le long de leurs flancs et s'élèvent par suite à d'immenses hauteurs. Dès lors , ces masses se dilatent et se refroidissent prodigieusement : aoo mètres d'élévation donnent déjà 3 degrés de froid ; qu'on juge d'après cela du froid qui doit résulter d'un soulèvement égal à la hauteur des Alpes, des Pyrénées, du Caucase, de la Cordillère occidentale des deux Amériques, ou de l'Himalaya d'Asie ! Voilà la cause très-simple qui fait des chaînes de montagnes le berceau et l'origine des grands fleuves , et déjà , avant de parcourir le globe entier , nous voyons les Alpes d'Europe donner , par le vent humide de sud-ouest , naissance à deux fleuves : le Rhône et le Rhin. Par le vent d'est, ces mêmes Alpes font déposer l'eau qui alimente l'immense bassin du Danube, et enfin, par le vent chaud et humide du sud, la barrière élevée des monts qui sont au nord de l'Italie fait déposer toute l'eau du bassin du Pô et des autres tributaires de l'Adriatique. Le Psalmiste a dit très-bien : Rigans montes de superioribus suis; c'est l'élévation du sommet des montagnes qui est la cause de leur irrigation.
Les neiges perpétuelles qui couvrent les sommets des hautes montagnes et dont la fonte alimente abondamment les rivières n'ont point d'autre origine. L'air soulevé à ces grandes hauteurs se refroidit tellement, qu'il y dépose non-seulement de la pluie , mais même do la neige. Aussi les rivières dont la sourco remonte jusqu'aux neiges perpétuelles ont-elles une crue d'été provenant de la fonte de ces neiges, comme- une crue d'hiver résultant des pluies de cette saison. Sans entrer
dans les théories physiques où l'on trouverait la raison du froid qui accompagne l'expansion de l'air qui , poussé par le vent, aborde les sommets des montagnes, nous citerons l'expérience des mines de Schemnitz , où l'air humide jaillit d'un réservoir dans lequel il est fortement comprimé. Au sortir du robinet qui lui, donne issue , cet air , débarrassé de la pression énorme qui pesait sur lui , se dilate tout à coup avec un sifflement intense. Au moment où il sort, et près de l'orifice du robinet, le courant d'air est encore transparent et invisible. Un peu plus loin , il s'est dilaté et refroidi , et c'est déjà un nuage ou brouillard. Plus loin encore et plus dilaté, il donne les gouttes d'eau d'une véritable pluie. Enfin , quand il a pris toute son expansion , il laisse échapper de la neige et de la glace qui s'attache aux corps qu'on lui présente. Ainsi une masse d'au? transparente dans la plaine et poussée par le vent de bas en haut le long des flancs d'une montagne devient nuage à une certaine hauteur. Cette masse , à une hauteur plus grande , donne de la pluie , et si la montagne est assez haute, elle en couvre le sommet d'une couche de neige. Pour ne laisser rien d'indécis dans une si importante question, je dirai que M. le colonef d'état-# major Rozet, dans ses admirables travaux géodésiques des Pyrénées, a bien voulu, à ma prière, s'assurer expressément que l'air poussé par le vent se refroidit considérablement en montant le long des pentes des flancs des montagnes. Ayant placé deux observateurs munis de thermotbètres, l'un en bas, l'autre en haut d'ine* vaste pente frien graduée et par un vent bien constant et bien réglé, il a vu que l'air, en passant
2l6 ARROSEMENT DU GLOBE.
de la station inférieure à la station supérieure , baissait d'un grand nombre de degrés. Ainsi cette belle et concluante observation montre que sans théorie aucune, sans avoir recours à des expériences de cabinet d'une assimilation contestable , en l'absence de tout nuage, sans autre influence que l'ascension de l'air , celui-ci se refroidit considérablement, et dans les premières hauteurs ce refroidissement , comme nous l'avons déjà dit. est d'environ 3 degrés pour 200 mètres. Nous regarderons donc désormais les montagnes et en général toutes les causes de soulèvement des masses atmosphériques comme la cause du refroidissement de ces masses et de la pluie et de la neige qu'elles déposent. Avec ces principes et la connaissance des vents régnants dans chaque région du globe , nous sommes en mesure d'en reconnaître l'arrosement universel.
Tout le monde sait que dans la zone torride , de pari et d'ciutrc de lequateur et entre les deux tropiques, il règne un vent d'est constant , lequel est connu sous le nom de vent alizé. Ce courant aérien , après avoir balayé l'Atlantique en allant de l'Europe et de l'Afrique jusqu'à l'Amérique tropicale, arrive à l'immense bassin de l'Amazone, qu'il remonto jusqu'à la Cordillère du Pérou. En s'élevant à l'immense hauteur de cette barrière , qui va du nord au sud , il dépose presque toute son humidité, et le résultat de ce dépôt, ce sont les deux grands fleuves connus sous les noms d'Orénoque et d'Amazone. Par delà la Cordillère sont les plaines de Lima , où l'air redescend sec et comprimé par cette descente, et où par suite il ne pleut jamais. Après avoir traversé l'immense océan Pacifique et avoir re-
AUKOSEMENT DU GLOBE. 217
pris de l'humidité , le vent alizé, toujours marchant à 1 ouest , aborde la Cochinchine et le pays de Siam , et y dépose d'immenses cours d'eau. Enfin, traversant la mer des Indes , il atteint en Afrique la contrée montagneuse où sont les sources du Nil , et s'y dépouille de la vapeur qu'il contenait pour souffler ensuite à l'état de vent sec sur les déserts de l'Afrique intérieure. On attra de même l'explication de l'arrosement du bassin du Grange en se rapportant à la mousson qui porte pendant la moitié de L'année l'air chaud des mers de l'Inde vers les versants méridionaux de l'Himalaya, pour y déposer l'énorme masse de vapeur que cet air contient en vertu de sa chaleur très-grande. L'air qui part du golfe du Mexique, qui remonte au nord au travers de l'Amérique septentrionale pour aller rejoindre le courant d'air dirigé en sens contraire, et qui souffle des États-Unis vers la France et l'Europe, donne naissance au Mississipi, au Missouri et à tous leurs affluents, dont la masse d'eau rivalise avec celle de l'Amazone. En un mot, partout où les vents dominants amèneront un air chaud et humide destiné à s'élever dans l'atmosphère, il y aura pluffejgt îrfrgation du sol.
La limite de hauteur deô-lg^wjttèrnelles qui couronnent les hauts sommets -é^roînes de montagnes offre cette particularité, que i^sfttefe côtés de la chaîne souvent la neige ne se tienft'^aî ^ la même hauteur. C'est ainsi que les pentes nièrf&ohâles de l'Himalaya, qui regardent la mer des Indes, sont beaucoup plus chargées de neiges que les pentes opposées, et que ces neiges commencent à une bien plus petite hauteur. Il en est de même des Alpes Scandinaves, dont les flancs h. ~» \q
Al S ARROSEE ENT DU GLOBE.
occidentaux , qui font face à l'Atlantique, ont la neige éternelle à une bien moindre hauteur que les pentes orientales, qui regardent la Russie. Dans l'un et dans l'autre de ces cas, c'est le côté qui reçoit l'air chaud et humide qui se couvre le plus abondamment de neige, car la mer des Indes d'une part est à un degré de chaleur bien supérieur à celui des plaines élevées et froides du Thibet, qui borde au nord la chaîne de l'Himalaya, et d'autre part les vents d'ouest, qui arrivent chauds et humides après avoir passé sur les courants chauds du nord de l'Atlantique , sont bien supérieurs en température et en quantité de vapeur aux vents secs et froids «lui arrivent de l'est aux Alpes de Norwége.
Quand on considère l'ensemble de notre globe , on reconnaît que la nature a tout fait pour établir une distribution égale de chaleur et d'humidité, ou plutôt pour compenser les inégalités qui existent et les restreindre dans certaines limites. Ainsi les couches d'air intertropicales soulevées par la chaleur d'un soleil vertical vont se déverser vers les deux pôles par-dessus les couches intermédiaires , et par contre des masses d'air frais arrivent pour les remplacer des deux pôles vers lequateur en rasant le sol près de la surface. Les masses déversées supérieurement portent vers les pôles leur chaleur et leur humidité surabondante, et celles qui reviennent vers 1 equateur y tempèrent l'excès de la chaleur solaire. Tous ces grands mouvements de la chaleur et des eaux y sont variés de mille manières par la forme du terrain, la présence des montagnes, et par la distribution bizarre des mers et des continents. Au reste, comme sur notre terre les continents ne sont à peu prés
ARRO SEMENT DtJ GLOBE. 219
que le quart de la surface totale, on voit que c'est prin* ci paiement sur le régime des mers que doit se régler la distribution de la chaleur et des eaux. Ainsi les vents d'ouest, qui donnent à l'Europe un climat si exceptionnellement beau et qui permettent de cultiver l'orge jusque dans les latitudes élevées du cap Nord, parce qu'ils nous apportent la chaleur du Gulf-Strcam, dont ils touchent les eaux dans leur course, font exactement le même effet pour le fertile climat de l'Orégon, sur lequel ils apportent la chaleur du contre-courant d'eau chaude qui occupe le nord (Je l'océan Pacifique, comme le Gulf- Stream américain occupe le nord de l'Atlantique.
Les orages électriques ont été comptés par plusieurs auteurs parmi les plus puissants moyens d'irrigation de la terre. Il est certaines localités, la Jamaïque par exemple, où, dans certaines saisons, tous les jours à heure fixe , il éclate un violent orage de foudre qui se termine par une pluie abondante. Sans doute l'électricité, dont le principal rôle est de tenir écartés les corps qui en sont chargés, peut en se retirant laisser la voie ouverte au rapprochement des globules de vapeur et en permettre la précipitation ; mais si l'on fait attention que dans toutes les localités à orages électriques, on voit à une certaine heure de l'après-midi monter l'air échauffé par le sofeil du matin, et que cet air porté dans les hautes régions de l'atmosphère doit s*y refroidir énormément, on comprendra qu'il est inutile de recourir à l'électricité pour avoir la cause cto la pluie -qui suit cette ascension de l'air des plaines. C'est aussi cette même ascension qui produit l'électricité, car si Ton place au bout d'un bâton un corps quelconque bien 11. • 10,
220 ARROSEMEST DU GLOBE.
isolé . par un temps bien clair et dans un lieu découvert , on verra qu'en élevant ce corps seulement de quelques décimètres, il donnera des signes manifestes d'électricité et même des étincelles, s'il est assez volumineux, et si on l'élève de quelques mètres au-dessus de la position qu'il occupait primitivement.
Ainsi, pour ne point passer trop légèrement sur ces pluies d'orages , si fertilisantes pour le sol , nous répéterons que la chaleur intense des rayons solaires, dilatant l'air de la surface du sol ou de la mer, le rend plus léger qoe l'air supérieur , et lui fait prendre ainsi un mouvement ascendant, en vertu duquel il s'élève en se dilatant et se refroidissant de plus en plus, et donnant, par suite, une précipitation d'eau abondante et presque subite. Telle est aussi l'origine des trombes , des torrwdosy et de tous ces météores désastreux produits par une violente aspiration de l'air opérée de haut en bas. tandis que l'air avoisinant, qui se précipite avec furie vers l'espace laissé vide par le soulèvement des couches devenues trop légères, rénverse tout sur son passage. Quand on lit les mille relations des ouragans des Antilles et des typhons de la mer des Indes, où des forêts entières sont enlevées dans les airs, les plus solides édifices rasés jusqu'à leurs fondements, les vaisseaux portés dans les terres , les poutres et les pierres lancées avec la vitesse des boulets de canon, enfin où le sol lui-même est dénaturé par le comblement des vallées, la destruction des collines et l'anéantissement des rivières, on a besoin de se rappeler que l'air, bien plus léger que l'eau, compense par une bien plus grande vitesse ce qui lui manque du côté du poids, et que, dans
le choc des corps élastiques, la vitesse influe encore plus que la masse.
• • Ceci nous conduit à l'arrosement des pays qui ont ce qu'on appelle une saison des pluies. Ce sont les contrées situées entre les tropiques , et où le soleil , deux fois l'an, passe perpendiculairement sur la tète des habitants , occasionnant en ces jours un excès de chaleur qui naturellement doit se traduire par une raréfaction énergique des couches qui reposent sur le sol, par l'élévation de ce» couches, devenues trop légères pour porter les couches supérieures, et enfin par le refroidissement et la pluie qui suivent toujours ces effets produits par une cause quelconque. La plupart des gens du monde se figurent que c'est au moment où le soleil s'éloigne vers le midi que tombent dans l'Abyssinie les pluies diluviennes que les crues du Nil portent ensuite à la Méditerranée par ce débordement si célèbre qui fait la fertilité de l'Égypte. 11 n'en est rien. C'est au moment où le soleil arrive à être perpendiculaire audessus d'une localité inter tropicale, que la chaleur détermine la rupture d'équilibre qui occasionne l'élévation des couches et la pluie, comme nous l'avons déjà dit et répété plusieurs fois. Il est impossible de se foire une idée de la masse d'eau que versent les pluies de saison dans les bassins de l'Amazone et de l'Orénoque. Après les débordements de ces fleuves et de leurs affluents, à plusieurs dizaines de mètres de hauteur, toute une contrée vaste comme l'Europe devient à la lettre une mer** d'eau douce dont l'écoulement dans l'Océan le dessale à une grande distance des côtes, et près de laquelle lés., immenses lacs de r Amérique, septentrionale ne son£
222 ÀRROSEMENT DO GLOBE.
que de petits étangs. Dans ce grand déploiement des forces physiques, où la nature, impérieuse et irrésistible dans son action, commande l'attention à l'homme, dont l'existence est menacée , la science d'observation progresse forcément, et les meilleurs physiciens sont les habitants eux-mêmes, dont la conservation dépend de la connaissance des vicissitudes des saisons. On a dit que les peuplades sauvages avaient recueilli plusieurs données scientifiques , invitées qu'elles étaient par le spectacle grandiose des eaux, des vents, des orages, et de tous les météores dans les régions tropicales. H est bien plus probable que , leur pays devant être envahi tous les ans par les inondations ou par les pluies , elles en ont, plus par nécessité que par sentiment poétique , observé les effets , la marche et les pronostics.
En examinant le grand nombre de théories qui ont été avancées sur l'origine des rivières comme sur la cause de la pluie, on voit que la plupart des raisonneurs ont été préoccupés de l'idée que la masse d'eau qui tombe en pluies chaque année était insuffisante pour alimenter Tes vastes cours d'eau que nous offrent les divers bassins physiques qui partagent le globe ; mais autant l'imagination est prompte à s'égarer dans des aperçus primesaïuicrs, comme dirait Montaigne, autant le calcul mathématique est froid et infaillible dans ses déductions. Or nous savons dans plusieurs localités combien il tombe d'eau par an , et tenant compte de l'étendue de la contrée ainsi arrosée , on trouve cent fois plus d'eau qu'il n'en faudrait pour alimenter les rivières. On n'est donc plus embarrassé de trouver de l'eau ; on n'est plus en peine .de savoir ce que devient
ARROSERENT DU GLOBE. U'/J
celle qui tombe, et dont une minime part s'écoule par les fleuves vers la mer. On voit facilement du reste que l'évaporation des terrains humectés doit renvoyer immédiatement dans l'atmosphère la majeure partie de l'eau qui tombe, et qui en général pénètre peu dans la terre quand celle-ci n'est pas très-sablonneuse ou caillouteuse. Cette masse d'eau, dont le poids mathématique confond l'imagination , reste donc toujours ballottée de l'atmosphère à la terre, tombant sans cesse en pluie pour remonter sans cesse en vapeur, retombant, remontant indéfiniment, ce qui , d'après la remarque d'un de mes auditeurs de salon (remarque produite avec la plus profonde conviction), doit être un rôle fort ennuyeux imposé à cette malheureuse masse d'eau.
Le lecteur a sans doute deviné que ce qui précède a été dit pour arriver à l'explication des fontaines, qui ne sont autre chose que des eaux de puits infiltrées dans des terrains sablonneux ou perméables, et arrêtées par des couches impénétrables de roc, de craie ou d'argile, sur lesquelles elles glissent jusqu'à ce qu'elles trouvent dans la pente une issue où elles viennent sourdre. C'est ainsi que les eaux des puits forés nous arrivent , entre deux couches imperméables, des extrémités de la Champagne, à plusieurs centaines de kilomètres de Paris. On a beaucoup écrit sur les fontaines qui se trouvent placées au sommet de certaines collines ou montagnes , et notamment sur les trois ou quatre fontaines indigentes d'eau qui se voient sur la butte Montmartre. Tout calcul fait , la quantité de pluie tombée sur cette petite localité, d'après les indications des pluviomètres , est bien plus que suffisante pour alimenter ces maigres
»4 ÀRBOSEMENT DU GLOBE.
sources, cl là comme ailleurs on se demande ce que devUml le surplus, On cite l'c\t'mple d'un terrain pavé où lTon avaïl enlâfi^fî des décombres qui, ayant été imbibés d'eau pendant tout l'hiver, produisirent pendant l'été h in* petite source totrianente, C'était, comme pour les ^ Fon lai nés Qf diû«refi ^ un ré s< s rvoir d'eau où ce liquide s'etait accumulé taie la maison pluvieuse, et qui se vif lait peu a peu par un écoulement gradué.
J'arrive maintenant à la conclusion pratique de ces papes, je reus dire à la formation des fontaines artineîeïies. C'est une des plus importantes applications de la météorologie, et, chose surprenante , qui n'a jamais été mise à exécution, malgré mes indications offertes au public ou réclamées par divers propriétaires, ou par diverses communes désireuses de se procurer cet indispensable objet d'universelle consommation , — de l'eau !
.J'exposerai à mes lecteurs, que j'engage à tenter ces utiles essais, la construction des fontaines artificielles d'après le fameux Bernard de Palissy; lequel , il y a cent cinquante ans, est venu me prendre à moi, modeste académicien du xixc siècle, cette découverte que je m'étais donné bien de la peine à faire. Il y a de quoi décourager tous les inventeurs , puisqu'on trouve des plagiaires dans le passé comme dans l'avenir! Pour donner plus de poids à mon avis, j'emprunte les bases de mes assertions à M. Seguin aîné, de notre Académie des Sciences de l'Institut , oracle qu'on peut consulter en toute sûreté.
Deux hectares dans la France, et notamment dans les environs de Paris, reçoivent à peu près par an
ÀflRÔSÊMEST Dt GLOBE. 12$
roooo mètres cubes d'eau, dont la moitié peut être utilisée pour la fontaine artificielle, c'est-à-dire envifon 5oo© mètres cubes. Or ce que les fontainiers appellent pouce d'eau est une fontaine qui fournirait aisément aux besoins de deux forts villages, hommes et bestiaux. Une fontaine donnant un demi-pouce d'eau fournit par an 365o mètres cubes d'eau (à raison de 20 mètres cabes par jour pour le pouce d'eau). C'est beaucoup moins que les 5 000 mètres cubes d'eau de pluie que l'on peut utiliser avec deux hectares, en admettant une perte de moitié. Il faudrait donc bien moins de dëux hectares préparés, comme nous allons le dire d'après M. Seguin, pour obtenir infailliblement une belle et utile fontaine. Voici en un mot mon extrême conclusion.
Choisissez un terrain de deux hectares ou de un hectare et demi, dont le sol soit sablonneux comme le bois de Boulogne et les autres bois qui entourent Paris , et qui offre de plus une légère pente vers un coté quelconque pour fournir ensuite un écoulement aux eaux. Faites dans toute sa longueur et au plus haut une tranchée de im, 5o à 2 mètres de profondeur sur environ 2 mètres de large. Aplanissez le fond de cette tranchée et rendez-le imperméable par un pavé, un macadamisage, un fond de bitume, ou, ce qui est plus simple et moins coûteux , par Une couche de terre glaise, substance commune dans les environs de Paris. A côté de cette tranchée, faites-en une autre pareille dont vous rejetterez la terre pour combler la première, et ainsi de suite jusqu'à ce que vous ayez pour ainsi dire rendu tout le sous-sol de votre terrain Imperméable
226 ARRÔSEMENT *>U GLOBÉ.
à l'eau de pluie. Plantez le tout d'arbres fruitiers et surtout d'arbres à basse tige , qui ombragent le terrain sablonneux et arrêtent les courants d'air qui tendraient à réabsorber la pluie ; enfin pratiquez dans la partie la plus basse du terrain une espèce de mur ou contre-fort en pierre avec une issue au milieu. Vous aurez infailliblement une bonne et belle source qui coulera sans intermittence et suffira aux besoins d'un village entier ou d'un vaste château. Je n'ai pas sous les yeux le prix de revient calculé d'après le prix de la main-d'œuvre et des transports pour Paris et les départements ; mais je me souviens très-bien que cette dépense était accessible à toutes les fortunes des particuliers dans l'aisance et de toutes les communes privées d'eau. La spéculation pouvait même s'en emparer pour faire le bien public avec l'utilité privée. Dans la forêt de Fontainebleau, si pauvre de fontaines pour les hommes et pour le gibier, où le sol est si sablonneux et la terre glaise si à proximité , comment n'a-t-on point encore pratiqué de fontaines artificielles? Dans un voyage que j'y fis vers 1 845. je croyais avoir fait adopter cette idée à plusieurs des notables habitants ou des autorités de cette délicieuse résidence (i). Il est mille autres localités des environs de Paris que je pourrais également indiquer. Le sol .
(i) C'est surtout en Hollande que Ton devrait construire les fontaines artificielles de Bernard de Palissy, dans ce pays sans fontaines ,
Quà Batavifonlem nescit arena soli,
suivant l'expression très-exacte d'Huygcns le père.
ÀRfoOSÈMENT DU GLOBE. il?
bien loin d'être rendu infertile par coopérations , en devient plus meuble, plus facile à amender, et les arbres qu'il porte- pour le protéger contre l'évaporation sont d'un bon produit et plantés dans les conditions les plus avantageuses. Tout particulier, toute commune , toute administration qui aura établi, n'importe à quels frais et sur quelle échelle , une fontaine artifici^e, et qui pourra dire à tous : « Faites comme moi et même mieux que moi, en évitant les inconvénients que j'ai rencontrés et que je vous signale , » aura bien mérité de là société entière, et pourra se dire : Pai fait quelque chose (Futile !