‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiques (volume 2)Chapitre 14 sur 18 · LA CIPPON INTERIEURE W GLOBE · texte numérisé non relu

LA CIPPON INTERIEURE W GLOBE

Messieurs ,

Je n'ai point ambitionné l'honneur périlleux de porter la parole devant cette brillante assemblée crue , depuis deux siècles, le monde civilisé envie à la France. Il fallait un discours et je ne pouvais apporter qu'un simple entretien , une causerie de salon. Savoir ce qu'on vaut est un droit , mais savoir ce qu'on ne vaut pas e^t un devoir. Voltaire a dit :

Il est aisé, mais il est beau pourtant D^tre modeste, alors que l'on est grand.

A ce compte , je n'ai pas même le droit d'être modeste ! Au cas où , par ma faute , la science vous paraîtrait peu attrayante , je puis faire valoir, pour mon excuse , que mes honorables et illustres confrères m'ont imposé l'o-

(1) Lu à la séance publique annuelle des cinq Académies, le août i855.

bligation de parler, qu'ils m'ont fourni le sujet, et aidé de leurs lumières et de leurs conseils ; en sorte qu'aujourd'hui, devant vous, ma seule prétention, c'est de n'en avoir aucune!

Depuis quelque temps l'attention publique a été éveillée par les secousses de tremblement de terre qui ont agité la Suisse, et qui ont suivi le tremblap^paat de terre, bien autrement redoutable, qui a dénfij^fla ville de Brousse dans l'Asie Mineure. On a cgépiftfae le fléau n'allât se rapprochant de la France et dd Saris , et , avec le besoin d'émotions qui caractérise l'àme humaine , on s'est donné le plaisir d'avoir peur, ce qui est Tune des manières d'avoir le bonheur de sentir.

Voici un type de conversation qui donnera une idée des consultations scientifiques qu'on a plusieurs fois réclamées de moi. Je tiens de mon honorable confrère M. Boussingault, qui a visité les tremblements de terre chez eux , c'est-à-dire dans l'Amérique équatoriale , que de semblables questions lui sont journellement adressées.

« Monsieur, il y a maintenant bien des tremblements de terre?

— Pas plus qu'à l'ordinaire; seulement, au lieu d'être à i ooo lieues de nous, ils n'en sont qu'à 100 lieues, et au lieu d'être fort redoutables , ils sont très-faibles, ainsi que le comporte la constitution du sol de la France et sa disposition naturelle en pente régulière.

— Mais, monsieur, ne seraitril pas possible que le tremblement de terre vînt à Paris?

— Il n'y a rien en cela de logiquement impossible, mais ce tremblement de terre ne serait jamais bien fort.

— Mais, monsieur, s'il était fort?

TREMBLEMENTS DE TERRE. l63

— Alors, en supposant qu'il ressemblât à celui de Lisbonne , qui détruisit cette ville il y a juste cent ans , il bouleverserait Paris.

— Il périrait donc alors beaucoup de monde?

— Mais oui , car si toutes les cages à hommes que l'on appelle des habitations à PaBh^àgaient à se renverser comme à Lisbonne, il yjHJflf ttu moins quatre cent mille hommes ensevelis^WfaàJtes débris.

— Quelle calamité! Et quand f»fc$6urrait-il arriver?

— Si c'est comme à Lisbonne, ce sera le Ier novembre prochain, à 10 heures du matin.

— Comment faire pour éviter une pareille catastrophe?

— Rester en France, qui est le pays le moins sujet aux tremblements de terre, et ne pas vous préoccuper d'une supposition impassible ! »

On croira peut-être que le consultant s'en va content • n'être rassuré. Point du tout; il regrette sa chimère. Il est malheureux de ne plus l'être.

Passons à des choses plus sérieuses. pfc Les tremblements de terre sont un des accidents du monde physique faisant partie thi domaine des sciences qui , sous le nom de géographie physique , de cosmographie , de géologie , de physique terrestre et de météorologie, embrassent tous les phénomènes passagers et imprévus qui diversifient l'aspect du globe suivant les climats, les saisons et la structure intime du sol.- Il y a les météores du feu , de l'air, de l'eau et de la terre. La chaleur, la lumière , les feux électriques et la foudre sont dans la première catégorie. Dans la seconde sont tous les mouvements de l'air, depuis les brises légères

l64 TREMBLEMENTS DE TERRE.

de terre et de mer jusqu'aux trombes et -aux ouragans qui rasent tout à la surface de la terre, y compris les édifices les plus solides, et quelquefois même aplanissent des collines. Dans la troisième division on place les météores auxquels l'eau donne naissance , depuis l'imperceptible humidité qui se dépose en gouttes de rosée dans les nuits datfjfrdu printemps et de l'automne, jusqu'à ces vastes mitfadations , ces envahissements subits de la mer, qui sont aussi redoutables que des ouragans. Enfin la classe des météores terrestres embrasse les affections du sol, les eaux thermales et minérales, les volcans et leurs irruptions , puis les tremblements de terre près desquels, comme phénomènes destructeurs de l'espèce humaine , ni la foudre , ni les tempêtes , ni les inondations ne peuvent soutenir la comparaison.

Aristote , à qui nous devons cette classification météorologique, a très-exactement décrit les effets des tremblements de terre. Tantôt la terre est soulevée de haut en bas, tantôt il y a un mouvement d'ondulation dans le sol , comme des vagues qui se propageraient dans le terrain devenu fluide. Tantôt le choc souterrain précipite les objets dans le même sens, tantôt il les lance dans les deux sens opposés. D'autres fois, le mouvement se fait en rond , et les masses envahies par le météore tournent sur elles-mêmes. Il y a les grandes et les petites oscillations qui font, ou onduler lentement le sol, ou qui l'agitent à coups pressés et saccadés. Ouand on pense combien l'Asie Mineure, la Grèce, l'Italie et la péninsule Ibérique ont été fréquemment ravagées par les tremblements de terre et par l'action des feux souterrains , on voit qu'Aristote était bien placé

TREMBLEMENTS DE TEjRRE. l65

pour faire la monographie du séismos. Ce mot, qui signifie secousse , est le nom grec du terrible météore qui nous occupe ici. Il est étonnant qu'Homère (à part Neptune qui ébranle la terre) n'ait point parlé de tremblements de terre ni der volcans. Sans doute il a vécu dans une période de calme. On sait combien Virgile a saisi avec bonheur la description des paroxysmes de l'Etna , sur lesquels Homère avait été complètement muet.

L'histoire des tremblements de terre et des cités populeuses détruites de fond en comble par ces fléaux réitérés effraye l'imagination. Pendant les premiers siècles de notre ère, les villes de l'Asie Mineure et des îles grecques furent plusieurs fois comme anéanties avec leurs habitants. Les chroniqueurs du moyen âge ne mentionnent pas moins de catastrophes dans les siècles subséquents. Dans le siècle dernier, le désastre de Lisbonne et celui de Lima, les tremblements de terre de la Calabre et des Indes occidentales; dans celui-ci, les violentes secousses du sol américain , avec la perte de près de cent mille âmes , le désastre de la Guadeloupe , ceux d'Alep et de Tibériado , dont les remparts ont été à la lettre démantelés ; enfin tout récemment , en 1846, le tremblement de terre du Nassau, entre la France , la Belgique , la Hollande , le Hanovre , la Bavière et la Suisse, très-bien circonscrit, quoique peu intense : tout indique que l'état de choses actuel u'a rien de nouveau , rien d'exceptionnel. Pour parler poétiquement, nous descendons le coure des âges, et nous pouvons dire avec l'écrivain sacré : Que sera l'a?enir? Rien que ce que fut le passé. Nous n'avons donc rien

iGG TREMBLEMENTS DE TEHfiE.

de plus à redouter en mal ni à espérer en bien. Le petit tremblement de terre de ces jours derniers , qui, comme celui de 1846, n'a embrassé qu'une région peu étendue dans les Alpes, a même son nom spécial dans Virgile; car, dans les prodiges de son âge, il mentionne les Alpes. « qui tremblent de secousses non accoutumées. »

Insoîitis tremuerunt motibus Alpes,

Après dix-huit siècles et demi , qu'y a-t-il de changé? Mêmes noms , mêmes choses.

Je tiens de notre honorable confrère M. du Petit- Thouars , qui , dans sa célèbre expédition , a si bien décrit les effets des volcans et des tremblements de terre d'Amérique, que les indigènes sont plus effrayés que les étrangers par les mouvements du sol. Ce météore semble, comme le lion, être d'autant plus craint qu'on est plus familiarisé avec lui. Au moment des premières secousses, les habitants semblent frappés de vertige, ils courent en désordre se réfugier sur les places publiques loin des habitations croulantes. Us ne songent qu'à se faire absoudre de leurs fautes, et souvent la peur d'une mort prochaine leur fait faire des réparations inattendues et restituer des biens mal acquis. Souvent les animaux sont saisis de la même panique que les hommes, quoique M. Boussingault ait été témoin du contraire. Ce phénomène semble agir autant sur le moral que sur l'organisation physique. S'il est un sentiment profond, instinctif, universel et tout-puissant, c'est l'amour d'une mère pour ses enfants. Dans trois circonstances, cependant, les observateurs du cœur humain l'ont trouvé en défaut. Il arrive parfois qu'une

mère nourrice, embarquée pour une longue traversée et désorganisée par ce qu'on appelle le mal de mer , abandonne son enfant qui lui devient comme étranger ; dans un vaisseau en feu et dans un village emporté à coups de fusil, la mère se sauve seEle, tandis que, sans la circonstance du feu et de la mousqueterie , elle se fût noyée avec ses enfants ou se fût fait sabrer avec eux. Nous avons une quatrième circonstance où la frayeur surmonte l'amour maternel , c'est le tremble-* ment du sol ; en pareil cas , on a vu les mères de jeunes enfants les abandonner dans leur berceau , et n'avoir plus dans l'âme d'autre sentiment que celui de la frayeur et de la fuite.

En Italie , comme en Grèce et en Amérique , la consternation qui se répand aux premières secousses est la même. L'idée de la fin du monde est la seule qui prédomine. Tous courent à l'absolution. Les confessions à haute voix , et d'individu à individu 1 se font entendre de tous côtés. Ce sentiment plusieurs fois exprimé par • Ovide, que l'aveu des fautes en provoque le pardon , règne alors exclusivement :

Numen confessis aliquod palet.

Au tremblement de terre de Caraccas, qui fit périr vingt-cinq mille hommes, l'évèque, sortant de son pjjfiis pour remplir son ministère sacré , fut telfement arrêté à sa sortie par le peuple qui réclamait ses secoure spirituels , qu'il fut atteint et tué par les débris des mors dont il n'avaijyro s'éloigner assez pour être hors de danger. ^instructions qu'on donne aux étrangers pour le cas d'ébranlement du sol ne sont pas ras-

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surantes. Il faut se placer loin des murs et des colline* escari>ées , de pour des éboulements et des matériaux qui s'écroulent". Il faut tenir les bras étendus de droite à gauche , et les jambes écartées d'avant en arrière . pour éviter d'être englouti , si la terre devient comme du sable mouvant ou si elle se fend en larges crevasses. Al. de Humboldt cite un cas où les débris d'un village et les cadavres des habitants furent lancés par delà un cours d'eau sur les flancs d'une colline opposée. Si le sol est meuble, on craint d'y enfoncer sans retour: s il est rocheux , il peut se fendre et se refermer ensuite sur les malheureux qui sont tombés dans le gouffre. Quelquefois des eaux bouillantes ont jailli sous les pieds des hommes rassemblés pour fuir le fléau; d'autres fois, des émanations brûlantes ou asphyxiantes se font jour et font périr ceux qui ont échappé aux dangers des murs et des toits renversés. Souvent , comme à la Jamaïque , les maisons voisines du rivage s'enfoncent de manière que la mer arrive à la hauteur des toits. C'est ainsi qu'alors un vaisseau qui voguait sur l'ancien quai enfoncé et au travers des murs et des toits couverts de gens qui s'y étaient réfugiés, sauva comme par miracle un grand nombre d'individus réduits à une position désespérée. Très- fréquemment le fond de la mer, obéissant aux secousses de Técorce terrestre, soulève les eaux plus que ne le font les plus violentes marées , et les pousse en collines que des témoins non prévenus par la frayeur portent à 40 et à 60 pieds de hauteur. Le désastre de l'Hougly, lune des embouchures du Gange , où toute une contrée fut rasée par un coup de mer en temps calme; celui du Callao, près de

Lima, où une immense et subite vague dépassa le toit des maisons et détruisit tous les habitants comme toutes les habitations , sont des exemples de ces ras de marée dus indubitablement aux convulsions de la surface de la terre dans la partie qui est recouverte par la mer. Je citerai encore un désastre qui semble personnel à nos Académies. Un jeune homme plein d'espérances brillantes voyageait en chaise de poste sur les plages de Cadix , le jour du tremblement de terre de Lisbonne. Une colline d'eau d'une hauteur prodigieuse envahit le rivage , et , en rentrant dans l'Océan , emporta sans retour ce jeune voyageur riche de la gloire de son père et de son aïeul. C'était le fils de Louis Racine , de l'Académie des Inscriptions , le petit-fils de Jean Racine , de l'Académie française.

Je ne partage pas la pensée de ceux qui regardent comme un surcroit de malheur de périr dans une circonstance où un grand nombre d'autres hommes subissent le même sort. Il n'est point de jour où l'humanité prise collectivement ne perde une centaine de mille êtres de notre espèce. Qu'importe à un Indien du Gange qu'il meure en même temps que lui un Américain du Mississipi ou de l'Amazone? Mais, pour ceux à qui l'histoire ou des témoins vivants racontent des catastrophes extraordinaires, il est évident que l'émotion , la pitié , et même un sentiment plus pénible , naît du grand nombre de victimes qui ont perdu la vie, surtout quand rien ne pouvait faire prévoir de si grande calamités. Aussi l'Europe entière fut frappée de ' té^feeOT à la nouvelle de la catastrophe de Lisbonne, qui a e on gait ? j] y a cent anSj savoir en 1755.

Voici comme parle un témoin oculaire :

« Le premier de ce mois (novembre) , vers les neuf heures et demie du matin, une très-violente secousse de tremblement de terre se fit sentir. Elle parut durer environ un dixième de minute , et en ce moment toutes les éjzlises et les couvents de la ville , avec le palais du roi et la magnifique salle d'opéra qui y était attenante, s'écroulèrent. En un mot, il n'y eut pas un seul édifice considérable qui restât debout. Environ un quart des maisons particulières eurent le même sort , et , sàivaat un calcul très- modéré , il périt environ trente mille personnes.... La crainte et la consternation étaient si grandes , que les personnes les plus résolues n'osèrent rester un moment pour écarter quelques pierres de dessus l'individu qu'elles aimaient le plus, quoique plusieurs eussent pu être sauvés par ce moyen. Mais on ne pensa à rien autre chose qu'à sa propre conservation Le nombre des personnes écrasées dans les

maisons et dans les rues ne fut pas comparable à celui des gens qui furent ensevelis sous les ruines des églises ; comme c'était un jour de grande fête et à l'heure de la messe , elles étaient toutes très-pleines. Or le nombre des églises est ici plus grand qu'à Londres et à Westminster ensemble (c'est un Anglais qui parle). Les clochers , qui étaient fort élevés , tombèrent presque tous avec les voûtes des églises , en sorte qu'il n'échappa que peu de mondo....

» Environ deux heures après le choc , le feu se manifesta on trois endroits différents de la ville; il était occasionné par les feux des cuisines, que le bouleversement avait rapprochés des matières combustibles de

toute espèce. -Vers ce temps aussi , un vent très-fort succéda au calme , et activa tellement l'incendie, qu'au bout de trois jours la ville fut réduite en cendres. Tous les éléments parurent conjurés pour nous détruire. Aussitôt après ce choc , qui lut. à jpm près au temps de la plus grande élévation des eaux , le flot monta de 40 pieds plus haut qu'on ne l'avait jamais observé , et se retira aussi subitement. »

On craignait la contagion de tant de cadavres; « mais, dit le narrateur, le feu les consuma et prévint ce mauvais effet. » On craignait la famine, mais on sauva quelques greniers. Cependant, « dans les trois premiers jours , une once de pain valait une H0e tFçf. j> U ajoute : « La troisième grande crainte étaiJ3|ra la. classe vile du peuple ne prît avantage <to la confusjoftjpour tuer et voler le petit nombre de ceux qui avaient sauvé quelque chose. Cela arriva jusqu'à un certain point; sur quoi le roi ordonna, qu'on dressât des gibets tout autour de la ville, et après environ une centaine d'exécutions, le mal fut arrêté.

« Dans la maison que j'habitais, sur trente-huit personnes, il ne s'en est sauvé que quatre. Huit cents périrent dans la prison civile, douze cents dans l'hôpital général. Dans un grand nombre do couvents, qui contenaient chacun quatre cents personnes, il n'en est échappé aucune. L'ambassadeur d'Espagne a péri avec trente-cinq domestiques.... Heureusement le roi et la famille royale étaient à Bélem , à une lieue de Lisbonne. Le palais du roi dans la ville s'écroula à la première secousse , mais les habitants du pays assurent que le bâtiment de l'inquisition fut renversé le premier. Quel-

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ques-unes des grandes villes commorçantes sont dans une situation encore pire, s'il est possible, que Lisbonne, ï^a durée totale du tremblement de terre, âpre? le premier choe , qui fut le plus destructeur , fut dr cinq à sept minutes. » En y comprenant les personne? qui périrent dans les environs, lo nombre des morts est porté à soixante mille.

Mn général , la durée de la secousse ne dépasse |«s deux minutes, et ordinairement elle est beaucoup moindre. Mais la secousse principale est suivie pendant plusieurs jours , et même pendant plusieurs semaines, d'agitations plus faibles. Les tremblements de terre è1 la Calabre, dans le siècle dernier, durèrent un grand nombre d'années consécutives, et il existe dans le nord de l'Irlande une loealilé où chaque jour le même phénomène se renouvelle. Suivant MM. de Humboldt et Boussingault, en ne prenant que l'Amérique seule, il n'est point de jour où la terre ne soit agitée de ces comulsions si curieuses; en sorte qu'en réalité, l'état de mou veinent perpétuel est l'état normal de la surface de notre «dobe.

Ce n'est point seulement aux hommes et aux êtres vivants que les tremblements de terre font ressentir leur inlluen< e. Leurs etlets destructeurs bouleversent soment l'aspect d'un pays en faisant crouler des montagnes escarpées, soulevant le sol en collines ou le déprimant en vallées, ou le sillonnant de fentes larges et profondes qui ont plusieurs centaines de lieues, changeant le cours des rivières, les interceptant, ou tarissant les anciennes sources pour en faire naître de nouvelles. L'antiquité et les âges modernes nous fournissent

des faits par centaines , et les poètes ont célébré ces r catastrophes en vers aussi beaux que le sujet était redoutable. Ovide , Lucrèce , Stace , Sénèque , Ammien Marcellin et tous les chroniqueurs sont pleins de curieuses observations sur ces météores. D'années en années, les tremblements de terre achèvent de renverser les colonnes de Palmyre et de Balbeck, que la fureur des hommes avait épargnées. On a remarqué qu'en général les constructions gothiques, avec leurs arceaux et leurs arêtes saillantes et leurs compartiments voûtés à petite portée, résistent mieux aux tremblements de terre que les édifices grecs. La plupart des constructions chrétiennes bâties au moyen âge à côté des basiliques grecques qui avaient déjà résisté aux secousses du sol leur ont survécu. Dans l'ouvrage de Durand sur 'architecture, ouvrage où tous les édifices sont dessinés sur une même échelle, on est étonné de la petitesse comparative des édifices fameux de la Grèce. C'est que l'instabilité du sol ne permettait pas d'atteindre de plus grandes dimensions. Le temple de Thésée à Athènes, mis à côté de l'immense basilique de Saint-Pierre de Rome , n'a pas la grandeur d'un enfant, comparée à celle d'un géant. Voici une curieuse remarque mathématique qui se rapporte aux temples de Sicile , et notamment aux vastes ruines de Sélinonte. Pour renverser ces édifices et produire la confusion de leurs débris qui frappe aujourd'hui nos yeux, la nature a dû faire plus de travail réel , employer plus d'énergie destructive , plus de force active qu'il n'en avait fallu à l'homme pour extraire les matériaux de la carrière, les tailler en murs, en colonnes et en voûtes, et enfin les construire architecturalement.

Que sera-ce si l'on pense aux édifices auxquels on peut appliquer ce fameux hémistiche de Lueain :

Etiam periere ruinas.

« Les ruines mêmes en ont péri ! »

Quand on considère l'immense étendue des contrées qu'un même tremblement de terre atteint d'une seule secousse, il est impossible de ne pas concevoir l'idée que nos continents et le fond de nos mers ne reposent point sur une base solide, et que ce sont comme d'immenses fragments mal unis et mal fixés ensemble, flottant et pesant sur une masse fluide intérieure, comme flottent et pèsent les glaçons d'une débâcle à la surface d'un lac qui en porte les débris entassés confusément, et se présentant à l'œil dans tous les sens par rapport à leur formation primitive. Ces fragments , soulevés d'un bout et enfoncés de l'autre sous la masse liquide qui les porte, représentent au mieux nos saillies de montagnes , dont les crêtes ne sont por.ées si haut qu'en raison de la dépression que leurs couches atteignent sous les autres matériaux qui constituent ce que l'on a si justement appelé Yécorce du globe. Nous verrons tout à l'heure que les terrains solides qui font nos continents n'ont guère plus de 60 kilomètres d'épaisseur, et que de plus , chose aussi étonnante que certainement démontrée , le fluide qui les porte est une mer compacte de feu, un vaste noyau qui conserve encore sa fusion primitive , sa réaction élastique de l'intérieur à l'extérieur , et qui , dès que son enveloppe vient à se briser mécaniquement, épanche hors de son sein des fleuves de lave liquide, des colonnes

de gaz dont la nature est telle, qu'après avoir été lancées à plusieurs milliers de mètres de hauteuÉJf elles retombent en sables volcaniques, comme UggSÈroÇ projetée en vapeur dans l'air d'un hiver d|^M^^tombe en grains solidifiés de neige et de glace.' v j

Mettant pour le moment de côté toute idée théorique, nous dirons que le tremblement de terre de Lisbonne, en 1755, se fit sentir d'un bout à l'autre de l'Europe. Les eaux minérales qui vont puiser leur chaleur dans les profondeurs du sol , où elles trouvent , comme nos puits artésiens, des couches d'autant plus chaudes qu'elles sont plus profondes, se troublèrent du nord de la Baltique jusqu'aux rivages de l'Afrique, et depuis l'Europe orientale jusqu'aux îles et au continent nord de l'Amérique. Les secousses même furent ressenties sur toute cette vaste portion du globe. Nous avons des cartes de tous ces grands effets météorologiques. La terre et la mer y sont divisées par districts dont les secousses sont simultanées. Il y a le district Atlantique, celui de l'océan Pacifique, celui de l'Asie centrale, sans compter les petites subdivisions comme l'Italie , la Sicile, l'embouchure de la mer Rouge , le Kamtschatka, le lac Baïkal. Quant aux tremblements individuels, il y en a aussi de toutes les grandeurs, depuis ceux qui agitent tout un district de premier ordre , jusqu'au petit tremblement de 1846 au pays de Nassau. La circonscription peu étendue de cette miniature de convulsion terrestre , et sa nature peu offensive semblaient faites pour éveiller plutôt la curiosité que la crainte, et sauf quelques malheurs heureusement peu nombreux, on peut en dire autant de la secousse alpine du mois der-

nier. Dans les pays dont le sol est fort accidenté et dont les couches sont fort disloquées, comme est le sol de la Suisse , il n'est pas rare de voir de minimes tremblements de terre ne secouer qu'un seul canton , souvent même une paroisse isolée. Quelques hectares de terrain mal équilibré retombent à la stabilité tout aussi bien que les vastes continents qui prennent orgueilleusement le nom de parties du monde.

Il est probable que si nous avions des instruments assez sensibles , nous verrions notre sol continuellement en mouvement. Déjà les astronomes se plaignent que leurs instruments trahissent, par des perturbations inexplicables , l'instabilité de l'écorce terrestre qui les porte. M. Le Verrier s'occupe d'installer ces indicateurs à l'Observatoire impérial , avec la masse immense de perfectionnements réalisés en partie ou seulement projetés. Lorsque le tremblement de terre de Brousse, près de Constantinople , vint donner l'éveil au monde, qui n'avait pas fait attention au petit phénomène du pays de Nassau , M. Élie de Beaumont , en qui la géologie semble aujourd'hui incarnée , écrivit à M. d'Abbadie , qui a établi au pied des Pyrénées occidentales les niveaux les plus sensibles du monde entier, pour savoir s'il avait observé quelque chose d'extraordinaire à ces appareils solidement établis dans les souterrains de son château. D'après la réponse , il fut évident que l'observateur français avait reconnu à la loupe et au microscope, pendant huit jours, les perturbations terrestres qui, à 1000 lieues de là , s'étaient fait sentir aussi pendant huit jours aux musulmans de l'Asie Mineure par la chute des habitations et la destruction des habitants.

Dans IdB contrées sujettes aux tremblements de terre, il est une architecture faite en quelque sorte pour que les bâtiments tombeg^àvec le moins de dommage possible, s'ils ne peuvent résister aux secousses. Les encadrements des fenêtres et des portes offrent des lieux de réfuge à ceux qui ne peuvent à temps gagner les places à découvert. Les murs rembourrés , plutôt que bâtis, de paille et de minces branches, résistent, par leur faiblesse même, à la désorganisation. Dans le violent tremblement de terre américain de 1827, M. Bou'ssingault, assis avec une montre marine à la main, brajra ^iSS$*^°re et ^ropta *es coups réguliers du tonnerre wSÇSrrain , qui dura six minutes. C'est une des plus lorîguéé durées qui ait été bien observée. La sécurité du savant voyageur venait de ce que sa maison était en bois et qu'elle était recouverte en paille, il laissa tïbnc le tremblement de terre promener les meubles de sa chambre et le secouer lui-même très-vivement sur sa chaise , sans lui faire perdre la mesure des intervalles qui séparaient les violents ruidos de la terre ébranlée.

Je ne puis m' empêcher de remarquer combien nous devrions être peu rassurés y sous cette haute et massive coupole du l'Institut . si nous étions au Mexique, bu Guatimala , au Pérou ou au Chili. Elle semblerait fait*' pour nous écraser au mieux m cas t}e (Mtfastroifti^ Cette idée, qui nous fait sourire ici, paraîtrait fort *>rinr-r là- bas, où i on enseigne aux enfants m ,(n il tant faire en cas de tremblement de terre.

Je trouve dans les êpllrcs tir Sjftêfciti^ ttffïdnûe n îèbres par les études de M. Villemain, crue ce bon évècjue d'Afrique, se trouvant dans ta Th ge d'un

tjtt TREMBLEMENTS DE TERRE.

tremblement de terre très-violent, jugea à propos de chercher un refuge sur la mer. « Dieu , dit-il , secouait la terre plusieurs fois par jour, et tous les hommes prosternés étaient en supplications, car le sol ondulait violemment. Alors , bien persuadé que la mer était plus solide que la terre, je pris ma course de toute ma force vers le port, et je ne fis mes adieux que par des signes indiquant que je ne restais pas plus longtemps dans ce pays. » Plusieurs marins, et notamment M. l'amiral du Petit-Thouars , ont ressenti des secousses en pleine mer, et tous s'accordent à dire que la sensation était la même que si le vaisseau eût touché en s' échouant. Jamais en pleine mer ces secousses n'ont été nuisibles; mais près de la côte, et notamment pendant les catastrophes de la Jamaïque et du Callao , des vaisseaux ont été poussés à la côte avec les ras de marée qui accompagnaient le tremblement, et ont péri. La recette de l'évèque de Cyrénaïque ne serait donc infaillible que sur la Seine, et je conseille à ceux qui redou'ent si fort le prochain tremblement de terre (que nous n'aurons pas), de se faire construire une habitation flottante, reliée au rivage ou au fond de l'eau par des câbles élastiques qui ne transmettraient que très-peu les secousses du sol , à moins qu'ils ne préfèrent coucher dans un hamac suspendu à un ballon. Ohl alors, sécurité complète , du moins en ce qui regarde le tremblement de terre.

Encore un mot sur le peu de probabilité d'une catastrophe à Paris. Les constructeurs de cartes de géographie physique ont suivi l'heureuse idée des teintes caractéristiques de notre confrère M. le baron Charles

Dupin. Ils ont passé des teintes de plus en plus foncées sur les localités où les tremblements de terre étaient les plus fréquents ou les plus redoutables : alors, plus la teinte d'un pays est noire , plus il est indiqué comme sujet à l'action de ces météores terrestres. Ordfejjetant les yeux sur une carte de l'Europe , les FranàMpgênt voir avec plaisir la partie de notre terri toi|^V$om~ prend les bassins de la Seine, de la Loire et des affluents nord de la Gironde , embellie d'une teinte remarquablement claire, qui indique une remarquable sécurité.

Essayons maintenant de nous faire une idée de la constitution intérieure de notre globe, d'où résultent des phénomènes si peu en harmonie avec les idées de stabilité du sol qui nous porte et d'invariabilité dans la forme de la terre qui semblent s'être identifiées avec nous dès l'enfance. Buffon et Laplace sont arrivés tous les deux à faire de la terre , à l'origine , une masse fluide de chaleur, comme nous voyons le fer ou la lave en fusion ignée. On pourrait faire remonter ces idées à l'antiquité, mais comme les anciens ont dit en tout le pour et le contre sans adopter aucune théorie de préférence, ils n'ont point ici d'autorité; ils ont tout imaginé et rien démontré.

La fluidité primitive de notre terre est indiquée par sa forme légèrement aplatie aux deux pôles , comme il convient à une masse fluide qui tourne sur elle-même. Bien d'autres idées théoriques marchent vers la même conclusion, mais laissons-nous guider par les faits qui partent un langage aussi clair que précis et qui n'exigent aucune notion des calculs transcendants de l'astronomie et de la géodésie.

igd TREMBLEMENTS DE TÊRRÉ.

C'est un fait bien constaté qu'à mesure qu'on s'enfonce sous la surface de la terre on obtient une température de plus en plus élevée. Déjà, dans les mines profondes, même dans les galeries abandonnées depuis des siècles, il règne constamment la température de l'été. La chaleur des forages artésiens, mesurée exactement par M. Walferdin , et par lui seul , nous a donné une élévation de chaleur d'un degré pour une pénétration de 3i mètres en profondeur. Si le forage du puits de Grenelle eût été poussé jusqu'à une nappe inférieure soupçonnée à 200 ou 3oo mètres au-dessous de celle qui a été atteinte , il eût ramené de l'eau à la température des bains chauds , et on aurait eu ainsi une véritable source thermale comme celles que la nature produit sans doute par le même procédé, c'est-à-dire en faisant tomber des sources froides dans des cavités très-profondes et par cela même très-chaudes à leur partie inférieure. L'eau froide , en tombant , va au fond et fait déborder l'eau chaude. Rien de plus simple. D'après ce progrès régulier de chaleur , à mesure que l'on descend plus bas , on trouve qu'à 3 kilomètres de profondeur on aurait plus que la chaleur de l'eau bouillante, et qu'à 60 kilomètres tout serait en fusion, si du moins on considère toutes les substances qui nous arrivent de l'intérieur du globe, comme lave, basaltes, porphyres , trachites et autres matériaux inférieurs au granit et aux terrains primitifs, lesquels ont été formés et cristallisés au contact de l'eau , et ont par là même beaucoup perdu de leur fusibilité. A cette profondeur, Oitf aurait environ 2000 degrés de chaleur, ce qui fondrait^ tous les matériaux qui se trouvent à ce niveau. L'obser-

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vation, à part de toute théorie , nous montre donc, à une profondeur comparativement assez petite, que iotre globe est en fusion, et qu'ainsi nos continents flottent sur un océan sans rivages de matière fondue , comme les pierres flottent surt la fonte de fer qui coule en torrent des hauts fourçieauxiiKtîvés par une soufflerie chargée de plusieurs milliers de kilogrammes.

Mais si la terre est de feu à l'intérieur et à une si petite profondeur, pourquoi ne voyons-nous pas apparaître le feu central toutes les fois que la croûte vient à se briser par un effet mécanique quelconque , tel que le refroidissement graduel de la surface, la dislocation des masses rocheuses qui portent à faux dans un équilibre peu stable, enfin l'écrasement même des parties trop faibles quand les couches supérieures pèsent sur des parties d'une résistance insuffisante?

A cela, il n'y a qu'une réponse, c'est qu'en effet toutes les fois qu'il s'établit une communication e^tre la surface de notre terre et son intérieur, des masseMfe feu surgissent tout à coup, poussées du centre au A* hors par cette force que M. de Humboldt a si fejpr établie et que Laplace a si bien démontrée. Le fep^tfi tral est non- seulement de la matière i ncal^defeceifi^ mais il est encore dans un état d'élasticité énergique, comme l'état que nous a révélé notre confrère, M. le baron Cagniard de la Tour. Dans cet état, les corps maîtrisés à la fois par la chaleur et par l'attraction ont la compacité des liquides et le ressort des gaz et des vapeurs. Tel est, indubitablement, l'état de l'intérieur de notre planète. Aussi , dès qu'une fracture mécanique fend l'écorce du globe, la lave et le fluide central s'é-

lancent au dehors et nous passons des tremblements de terre aux volcans. Deux ou trois cents bouches vomissant du feu et des roches volatilisées ont été placées sur nos cartes physiques, et, de nos jours comme dans 1 âge terrestre qui a précédé le nôtre , une longue fissure dans le sol est devenue une ligne de volcans. Ces météores de la terre nous offriraient sans doute de curieuses notions à étudier, mais je me sens pressé de ne pas abuser plus longtemps de votre indulgente attention. Pour ne pas être ingrat envers les écrivains qui nous ont guidé dans cette partie de la science, je citerai un Mémoire de notre confrère M. Cordier, qui a fixé la science, mais dont l'auteur, se plaçant hors du cadre des bruyantes réputations, n'a pas recueilli toute la gloire qui lui était due et que la postérité lui payera plus tard. Un autre ouvrage, bien moins scientifique, mais remarquable pour la justesse de ses vues et son profond savoir, c'est celui du docteur Bertrand sur les révolutions du globe. C'est le seul ouvrage que les gens du monde puissent lire avec confiance. L'auteur, enlevé par une mort prématurée, manque aujourd'hui à la géologie, où la science de l'organisation prend tous les jours une place de plus en plus importante ; son fils , doué d'un esprit mathématique de premier ordre , ne laissera pas périr le nom de son père.

L'homme , après avoir tremblé devant les fléaux de la nature, songe bientôt à utiliser leur énergie nuisible. 11 a fait travailler à son profit le vent , les eaux , la substance de la foudre. C'est la pensée dominant le monde matériel :

Mens agitât molem !

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« L'esprit fait marcher la matière. » Oserai-je transcrire cette petite fable de la Fontaine en quatre vers :

Le premier qui vit un chameau S'enfuit à cet objet nouveau ; Le second approcha , le troisième osa faire Un licou pour le dromadaire.

Mais que pourront la science et le travail pour utiliser le feu central de notre globe? Un agent qui se manifeste par les volcans et les secousses , qui renverse les villes , est un esclave terriblement difficile à maîtriser et à transformer en travailleur. Rien de plus facile pourtant.

Tout le monde sait qu'on fait tout avec du feu et de la chaleur. On substitue le travail de quelques centimes de charbon au travail de l'homme pendant toute une journée. Avec le feu , on pare aux inconvénients des climats, on modifie les substances alimentaires, on compose et décompose tous les corps. Prométhée, en donnant le feu à l'homme, lui donna l'empire du monde et le foisonnement indéfini de sa race. Eh bien , il faut aller prendre au sein de la terre le '/eu et la chaleur qui y sont en si grande abondance. On a été chercher à d'immenses profondeurs les minerais divers que la nature avare semble n'y avoir déposés qu'à regret , et l'on a négligé le feu souterrain que la nature est prête à prodiguer en tout lieu à qui saura l'y conquérir.

Nous ne sommes plus au temps où Voltaire raillait si amèrement Maupertuis , qu'il accusait d'avoir voulu percer la terre de part en part , en sorte que nous aurions vu nos antipodes en nous penchant sur le bord du puits de cet antagoniste de l'irascible roi de la litté-

rature. Personne ne niera aujourd'hui qu'il ne soit possible de faire descendre des galeries de mines à des profondeurs de plusieurs kilomètres , quand on a à sa disposition le choix du terrain , des dimensions convenables et le temps surtout ! Les tunnels que les Américains forent à la vapeur dans les rocs les plus durs sont des œuvres bien autrement difficiles. Eh bien, arrivons à 4 kilomètres seulement sous terre et déblayons-y un local suffisant. Si les hommes n'en peuvent supporter la chaleur, les machines ne seront pas si délicates. Nous voici en possession d'un vaste local dont les parois sont à la chaleur de nos fours et de nos étuves. Amenons-y un ruisseau , une petite rivière, elle en ressortira plus chaude que l'eau bouillante et sera une vraie mine de chaleur, comme les précieuses couches de charbon de terre de l'Angleterre et de la Belgique. En me hâtant de finir, je ne puis m'empêcher de me féliciter que le petit tremblement de terre de Suisse et l'Exposition universelle m'aient fourni l'occasion de parler de science devant vous, car ce qui manque toujours aux théories physiques, c'est l'actualité et l'attention des hommes. Elles marchent cependant et finissent par conquérir leur place. Au temps de Charlemagne, qui cependant était ami des lettres et des sciences, qui jamais aurait pu prévoir que sur les bords de la Seine la science et le travail auraient un jour le rang qu'ils tiennent aujourd'hui , et que du palais de l'Institut on apercevrait le palais de l'Industrie !

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