‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiques (volume 3)Chapitre 17 sur 49 · DE LA CONSTITUTION INTÉRIEURS · texte numérisé non relu

DE LA CONSTITUTION INTÉRIEURS

tériaux vers le noyau intérieur ait été assez régulière pour ne donner aucun balancement à Taxe et aux pôles de la terre. Voici tout ce que nous savons, ou plutôt tout ce que nous pouvons présumer ià-dessus. L'excellent astronome M. Peters a cru reconnaître un petit balancement de huit centièmes de seconde dans la ligne des pôles autour d'un état moyen. La période de ce mouvement est d'environ dix mois ou 3o4 jours. Ge déplacement, mesuré sur la surface terrestre, ne serait que d'à peu près 5 mètres, quantité bien minime. Le travail de II. Peters a donné l'éveil, et dès lors il est fort utile. L'exactitude de cet excellent observateur est connue de tout le monde astronomique.

Pour avoir quelque chose de moins sérieux sur ces mouvem^ts de rotation qui ont épuisé la force intellectuelle de Newton, de d'Âlembert, de Laplace, de Poisson , nous dirons qu'à la visite de la reine d'Angleterre, conduite par l'empereur à l'exposition universelle, les deux souverains se sont arrêtés plus de vingt minutes auprès du merveilleux appareil de M. Léon Foucault. La terre { pour me servir d'une assez méchante plaisanterie polytechnique) a eu Phonneur de tourner deçant Leurs Majestés; mais un autre instra* ment du même phy«cien pour la rotation des corps, le gyroscope, n'a pas moins attiré l'intelligente attention des illustres visiteurs. Un lourd anneau tournant, mis en mouvement circulaire, s'est montré presque doué de volonté; il s'est dirigé comme l'aiguille aimantée, il a résisté aux ca|»rices des mains qui le tenaient; enfin il a semblé voler circulahrement autour du fil qui le portait, exactement comme si la pesanteur

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eèt perdu tout empire sur iui. lucroyable t ce mot sortait en français et en anglais de toutes les bouches.

Au moment de l'exposition universelle de Tindustrie du genre hmnain, ce ne serait guère être de son temps que de ne pas considérer au point de vue industriel la question de la constitution intérieure du globe terrestre; mais on me demandera quel rapport il y a entre cette constitution et une opération industrielle quelconque, et si je veui mettre en exploitation le feu central de la terre? Â cela je réponds sans hésiter : Oui, et je déclare que l'entreprise n*ofifire aucune difficulté insurmontable. Passons à la preuve.

Chacun sait qu*on fait tout avec de la chaleur. On substitue le travail de quelques centimes de charbon au travail de l'homme pendant toute une journée. Avec le feu, on pare aux inconvénients des climats, on modifie les substances alimentaires, on active la croissance des plantes, et on rend possibles des cultures que refuserait le climat ; enfin on compose et on décompose tous les corps. Prométhée, en donnant le feu à l'homme, lui donna l'empire du monde et la multiplication indéfinie de sa race. Eh bien , il faut aller prendre au sein de la terre cet élément précieux , qui s'y trouve en si grande abondance. La terre a ses mines d'or, d'argent, de cuivre, de fer, de sel , de charbon , mais elle est tout entière pour ainsi dire elle-même une vaste mine de chaleur.

n ne s'agit point ici de percer le fameux puits de Maupertuis, qui, suivant Voltaire, voulait traverser la terre de part en part pour que nous pussions voir nos antipodes en nous penchant sur le bord de ce puits

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profond d'environ 6400 kilomètres. Il ne s'agit aujourd'hui que de s'enfoncer sous terre de 4 kilomètres au plus. Déjà à 3ooo mètres on aurait la température de l'eau bouillante. Une capacité souterraine à cette profondeur serait donc un véritable magasin de chaleur qu'on pourrait regarder comme inépuisable.

Rappelons, avant de finir, que c'est ainsi qu'agit la nature dans la production des eaux thermales : elle précipite des sources froides dans de profondes cavités dont le fond est par suite à une haute température, et dès lors l'eau, qui tombe froide dans ces cavités sour terraines, en fait déborder l'eau chaude qui les remplissait d'abord. Or des eaux venant de 4000 mètres de profondeur seront plus que bouillantes et propres à mille usages industriels. EstHse donc la difficulté de pénétrer à quelques kilomètres de profondeur qui pourra mous arrêter, quand nous avons vu les Américains forer à la vapeur des tunnels immenses dans le roc siliceux? Au lieu d'un tunnel horizontal , il faudra seulement forer un tunnel en pente; voilà tout. On formera un escalier tournant suivant une vaste hélice d'une inclinaison convenable pour une descente aisée et surtout pour la construction des ouvrages préservatifs des infiltrations et des éboulements. Le résultat sera une source de chaleur inépuisable, et pendant le forage, avec une aération bien entendue, les travailleurs et les machines ne craindraient guère la chaleur du sol. Bien plus, à une certaine profondeur, on ferait travailler la chaleur même du terrain au forage ultérieur et à l'agrandissement de la cavité souterraine. On aurait à sa disposition le choix du local et le temps : rien d'impossible dès

lors. Il y a en Suisse telle galerie percée dans des rochers qui a demandé plusieurs siècles de travaux. Il n'en faudrait pas à beaucoup près autant ici, si l'on pense qu'il ne s'agit au total que d'un tunnel de quelques kilomètres, ouvrage exécuté bien des fois dans les percements des voies de fer. Je ne crains pas d'affirmer que les travaux qui créeraient ainsi des sources thermales artificielles seraient tout aussi profitables à la science qu*à l'industrie. Par exemple, à 4 kilomètres de profondeur, le baromètre se tiendrait à une hauteur de 3°", 5o au lieu de 76 centimètres, qui est sa hauteur moyenne à Paris.

Au moment où je termine cette étude, un grand événement met en fête la France et l'Angleterre. Entre ces deux pays alliés pour la cause de la justice et de la civilisation, // ny a plus de détroit. Si les deux nations sont unies pour les conquêtes politiques, elles doivent être unies aussi pour les conquêtes scientifiques. Seraitce être trop exigeant que de demander qu*à l'exemple de l'expédition d'Egypte et de celle de Morée une Commission de savants fût bientôt adjointe à l'expédition de la mer Noire, que le merveilleux câble électrique de 600 kilomètres qui nous a transmis les nouvelles de nos victoires nous donnât l'importante longitude de Sébastopol, qui autrefois avait été forcément conclue de celle de Malte, que ce Gibraltar anglo-français devint pour la civilisation jce qu'il était contre elle, que le degré de salure des mers environnantes fût fixé dans les diverses saisons et à diverses distances des embouchures des fleuves, enfin tout ce que peut apprendre une région si nouvelle et si exceptionnellement située entre le

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