‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiques (volume 3)Chapitre 24 sur 49 · OB LA PLUIB ET DES INONDATIONS. III · texte numérisé non relu

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vent les courants d'air n'accostent les flancs des montagnes qu'avec de furieax ouragans qui ne permettent pas aux voyageurs de se tenir debout. D'autres fois, de formidables coups de foudre, renouvelés à chaque seconde^ sont échangés entre le nuage et la montagne. Alors les hommes et les troupeaux, saisis d'une panique étrange, fuient à grande vitesse le théâtre du re* doutable météore. Les moutons rivalisent de course avec les chiens pour aller chercher ailleurs un refuge, et tout disparait en un instant d'alentour du voyageur resté seul, et que ses guides eux-mêmes ont abandonné.

Une chaîne de montagnes qui s'élève au centre d'une contrée est donc une véritable source de pluie, par le refroidissement qu*elle occasionne dans les masses d'air humide qui franchissent ses sommets; et, je le répète, par cela seul que ces masses d'air se dilatent en montant dans l'espace, et en se trouvant déchargées du poids des couches supérieures qui les comprimaient. Remarquons ici que rien ne limite la quantité de ploie que peut donner une pareille disposition du terrain. Tant que le courant d'air continue à affluer pour franchir la barrière élevée que lui oppose la chaîne montagneuse, la pluie ne cesse de tomber de l'air refroidi de ce courant; en sorte que, si le vent humide s'établit en permanence, il dépose des masses fluides telles, que le lit des rivières est impuissant à les contenir, pour les conduire comme à l'ordinaire à la mer ou aux grands fleaves dont les rivières sont tributaires.

Si l'on connaît le relief d'un pays «et la nature des vents régnants, on peut vérifier que partout où ces vents trouveront un obstacle qui les forcera de s'éle-

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ver, ils donneront naissance aux sources de rivières dont les eaux seront en proportion de la hauteur de Tobstacle qui leur a été oppc^. Les Alpes nous offrent un exemple frappant de cette influence d'arrosement : les vents habituels du sud-ouest, qui nous arrivent de TAtlantique, en venant déposer leurs eaux à la barrière alpine, nous donnent le Rhône et le Rhin, deux des plus grands fleuves de l'Europe . occidentale. Les vents chauds et humides de lltalie et de la Lombardie, en franchissant les Alpes tyroliennes, nous donnent le Pô et tous les affluents et tributaires de son bassin, seguaci sià, pour me servir d'un mot de Dante. On sait que ce fleuve, pendant ses crues , roule dans l'Adriatique un volume d'eau tel, que, pendant le blocus continental, les croisières anglaises pouvaient s'approvisionner d'eau douce hors de la portée des canons de la côte. Ausone a dit :

Padi ruentis impetu torrentior.

Enfin, ces mêmes Alpes, recevant dans leurs nombreux chaînons le vent de retour de la Russie, donnent naissance au Danube, le roi des fleuves d'Europe, qui, après avoir r^çu cent aflluents qui ont une origine analogue, va contribuer puissamment à dessaler cette mer Noire où viennent de s'illustrer de tant de gloire nos modernes Argonautes de la justice et de la civilisation.

Mais, dira-t-on, il pleut dans les plaines dépourvues de hauteurs considérables, il pleut même au milieu de l'Océan, là où aucune barrière ne peut forcer les courants d'air à se soulever, à se dilater, à se refroidir et

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à précipiter leur humidité. Les bassins de la Somme, de la Seine, de la Loire, de la Charente, de la Gironde, de TAdour, ne sont qu*en très*faible partie adossés à des chaînes montueuses. D'où vient ici l'ascension des masses d'air qui doit produire leur refroidissement et la pluie qui en est la suite? Je vais le dire.

Il est impossible de ne pas admettre que, quand un grand .courant d'air s'est établi dans une direction quelconque, il est souvent ralenti dans sa marche, soit par les aspérités du terrain qui le retardent, soit par les forêts et les plantations au travers desquelles il ne se fraye un passage qu'avec des difficultés et des retards qui se communiquent à la masse entière mobilisée; de plus il faut, pour que le courant s'avance, que l'air qui le précédait lui ait livré passage en se déplaçant lui-même. Or un changement de direction, ou la rencontre d'un courant d'air opposé, ou encore l'obstacle d'un air allant moins vite que celui qui le suit, mille causes enjfîn, ^ans compter l'influence calorjôque des rayons solaires, doivent fréquemment retarder la marche de ces courants capricieux. Or tout courant qui s'est arrêté, ou seulement retardé dans sa route, se renflera, se soulèvera en augmentant de hauteur toutt comme s'il eût été soulevé dans toute son épaisseur en glissant le long d'une pente inclinée. L'effet sera donc le même : il y aura dilatation et refroidisse* ment. Telle est l'origine de la pluie qui alimente nos rivières des plaines. Alors la pluie s'échappe de toute la masse du courant d'air qui s'est dilaté en s'arrêtant, et on explique ainsi comment il tombe plus de pluie dans une plaine que sur une hauteur saillante au mi-

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Heu, et comment, par exemple, on recueille sensible* ment plus de pluie dans Tappareil qui est placé au pied de rObservatoire que dans celui qui est sur la plateforme élevée de ce grand édifice. Il y a un petit nombre d'années il ne pleuvait point dans la basse Egypte. Les vents constants du nord, qui y régnent presque exclusivement, passaient sans obstacle sur cette terre privée de végétation. Sur les toits d'Alexandrie on conservait les grains sans les recouvrir ou les préserver des injures de Tatmosphère; mais, depuis que des plantations y ont été faites^ il en résulte un obstacle qui retarde le courant d'air septentrional. Cet air retardé se gonfle, se dilate, se refroidit et donne de la pluie. Les forêts des Vosges et des Ardennes produisent le même effet pour le nord-est de la France, et nous donnent une forte rivière, la Meuse, aussi remarquable par le volume de ses eaux que par le peu d'étendue de son bassin. Sous le point de vue du retard d'un courant et des effets de ce retard, un de mes illustres confrères, M. Mignet, non moins penseur profond qu'écrivain éloquent, me suggérait que, pour produire de la pluie, une forêt valait une montagne. Cette remarque est vraie à la lettre. Enfin, en plein Océan, où le retard d'un courant aérien ne peut provenir ni des inégalités du terrain, ni de la présence des forêts, ni du contournement des vallées, il en est bien d'autres causes, telles que la rencontre de courants contraires, ou l'effet des vents d'est et d'ouest que fait chaque jour naître le soleil, ou enfin l'agitation que le vent lui-même imprime à la mer pour faire les vagues, agitation qui ne peut être produite par l'air sans que celui-ci perde

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de son mouvement en en communiquant une partie aux flots qu'il tourmente de mille manières.

Si l'on jette les yeux sur une mappemonde et qu'on soit instruit de la marche générale des courants de l'atmosphère, on aura le secret de tout ce que fait la nature pour Tarrosement de notre globe. Partout où il y aura une cause de soulèvement des masses d'air, soit à raison des chaînes de montagnes, soit par un arrêt des masses d'air mobilisées, il devra pleuvoir et on verra naître des rivières. Un seul mot cependant sur ces pluies tropicales qui sont si abondantes dans la zone torride, où l'air étant très-chaud contient par là même une grande quantité de vapeur d'eau. Lorsque le soleil arrive d'un côté ou de l'autre de Téquateur sur la tête des habitants de ces régions, il détermine par la chaleur de ses rayons, tombant à plomb, un courant ascendant semblable à celui qui s'élève au-dessus de tous les corps échauffés. C'est ce courant qui fait monter la flamme et la fumée de nos foyers domestiques ou des feux qu'on allume en plein air. On sait que ces courants qui s'élèvent de la zone torride vont ensuite se déverser vers les deux pôles et y tempérer la rigueur du froid. Or ce courant ascendant, emportant avec lui sa vapeur, est précisément dans le même cas que celui qui s'élève le long de nos montagnes. Il monte en vertu du mouvement primitif qu'il reçoit de l'action du soleil et va se refroidir en se dilatant dans les régions supérieures de l'atmosphère, d'où résultent ces pluies qui font de l'Amazone une mer d'eau douce dont la longueur se compte par milliers de kilomètres et la largeur par centaines des mêmes mesures.

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Voici maintenant la cause qu*on peut assigner à la catastrophe météorologique qui a déBolé naguère la région moyenne de la France.

Tout le monde connaît l'immense courant d'air chaud qui, sous le nom de vents alizés y marche vers l'ouest entre les tropiques. Une portion de ce courant se déverse sur TAtlantique, et revient des États-Unis à ia France et à TEurope en passant sur un courant d'eau chaude qui suit la même route, et qui tempère ce vent de retour de manière à produire pour la France un climat d'une qualité supérieure à toute autre contrée située à pareille distance de Téquateur. D'après les lignes de chaleur tracées par M. de Humboldt, si l'on prend une localité quelconque au milieu de la France, par exemple en Champagne ou en Bourgogne, il faudra partout ailleurs se rapprocher du midi pour trouver des localités également favorisées pour la chaleur et les productions du sol qui en dépendent. Ce courant d'air tempéré, qui jette sur la France une sorte de manteau protecteur, se déverse par un premier embranchement vers Marseille; puis, par une seconde branche, il entre par Trieste dans la mer Adriatique; puis encore il re> descend en partie vers l'équateur par la mer Noire, par la mer Caspienne, par la Perse et par l'Inde. Il rejoint ainsi le grand courant des vents alizés. Plus loin, les chaînes de l'Himalaya et de l'Altaï de Sibérie lui opposent une barrière infranchissable, et stérilisent ainsi toute la Chine occidentale. Voilà donc établi le régime normal de notre atmosphère française et européenne. Or, depuis plusieurs années» ce courant, qui accostait l'Europe par le milieu de la France, s'était peu à peu

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