‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiques (volume 5)Chapitre 6 sur 10 · VI · texte numérisé non relu

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serré qui est au-dessus du détroit de Behring. Enfin il côtoierait toute l'Amérique septentrionale, toujours sans monter ou descendre beaucoup en latitude, pour arriver au détroit de Lanoastre, par lequel la mer polaire américaine débouche dans le vaste canal <iui sépare le Groenland du nouveau monde. Là, le navigateur serait obligé de descendre beaucoup vers le sud pour atteindre les parages de la pointe du Groenland, après avoir, à moitié chemin, traversé le cercle polaire. En descendant ainsi le canal de Davis, entre TEurope et l'Amérique, le navigateur aborderait le bassin qui termine l'océan Atlantique septentrional, et qui a pour limites le Labrador, Terre-Neuve, TAngleterre, la Norvège, le cercle polaire, TJslande, et enfin le cap Farewel, à l'extrémité du Groenland. Ce bassin nord de l'Atlantique^ qui communique .à l'est et à l'ouest avec les mers glaciales, a pour pendant et pour analogue très-semblable lapartie nord de l'océan Pacifique, entre le Kamtchatka, le détroit de Behring, l'Amérique russe et l'Amérique anglaise. On ne sait pas bien si, par le détroit de Behring, le Pacifique n'envoie point un courant d'eau tempérée à la mer Glaciale américaine, comme le fait TAtlantii^ue à la mer Glaciale de l'ancien monde par le passage qui sépare le cap Nord du Spltzberg. Quant à l'existence d'un courant continu qui suivrait la route du navigateur que nous supposions tout à l'heure, en contournant les régions polaires et en marchant toujours à Test, c'est là un fait qui ne me paraît pas douteux, et aux époques mêmes où les régions maritimes que ce courant traverse sont gelées à la surface, il n'en suit pas moins sa direction sotis la glace. Notez bien

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qu'un pareil courant, marchant aussi de Touest vers l'est, fait le tour de l'autre pôle de la terre; mais comme le domaine de ce dernier est tout entier dans' des mers sans rivages, il suit sans obstacles son chemin vers l'orient, et accomplit sa révolution sans changer sa distance au pôle et sans avoir besoin de régler sa marche sur des terres dont la saillie, analogue à celle du Groenland, complique beaucoup les circonstances mécaniques qui règlent la course de ces deux grands fleuves océaniques (expression d'Homère) que j'ai ajoutés au cinq grands circuits qui résultent de l'admirable travail de M. Duperrey, de notre Institut, confirmé par la carte de M. Findlay, éditée en Angleterre, dans le Jmirnalde la Société royale de Géographie (vol. XXIII). La météorologie, dont quelques savants paraissent révoquer en doute l'existence, déborde de tous côtés dans l'astronomie, dans la physique, dahs la géographie, dans la géologie, dans la mécanique, dans l'agriculture et dans l'économie politique, sans compter la médecine hygiénique et pathologique. On peut parodier pour elle le mot célèbre de Sieyès relatif au tiers état. « Qu'est la météorologie? Rien. ^ Que doit-elle être? Tout. » Le bassin septentrional de l'Atlantique est, pomme je viens de le dire, tout à fait analogue au bassin nord du Pacifique. La baleine, le hiorse, le phoque et les^pécheries en général y attirent la même population de navigateurs européehs et américains; les courants (Aauds qui y remontent de l'équaleur y font sur les côtes orientales et occidentales les. mêmes climats et la même végétation. La haute Californie et l'Orégon rivalisent avec l'Europe occidentale, et quand les hardis

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settlers de la race anglo-saxonne auront peuplé les rivages orientaux de ce bassin du Paciâque, il ne le cédera en rien -aux rives norvégiennes :

..... Ubi Scandia dives Halecas totom mittit piscosa per orbem,

a où la riche Scandinavie pèche des harengs pour Tunivers entier. » Les érudits, pour poétiser lé hareng, iront en chercher la mention dans Horace. Est-il un de nos hommes d'État qui puisse nous dire ce que sera le monde deThumanilé et de la civilisation en 1967?

M. Ârago disait souvent que, d'après Napoléon P% la plus puissante de toutes les figures de rhétorique, c'est la répétition. Je ne me lasserai donc jamais de dire et de redire ce que j'ai tant de fois écrit, à savoir que la supériorité des cUr^ats du nord sur ceux du midi tient à ce que presque toutes les eaux tièdes du grand courant .d'eau chaude des régions équatoriales remontent au nord, soit dans l'Atlantique par le gulfstream, qui donne, à ial^orvége les riches cultures qui ont fait l'admiration 4qs observateurs de la Reine-Hortenseen i856, et à rOrégon les géants du monde végétal, ces arbres de 100 mètres de hautçur. Jetez les yeux sur la carte de M. Duperrey, qui a découvert l'un des trois courants qui portent au sud les eaux chaudes de l'équateur. Voyez ces trois faibles courants, celui de la mer des Indes, celui du Pacifique sud, et celui de l'Australie, porter d'indigentes masses d'eau à peu de distance, de réquateur vers le pôle antarctique, tandis que les deux grands et énergiques courants de l'Atlantique et du Pacifique septentrional prennent au delà de l'équa-

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tèur même la masse presque entière des eaux du courant chaud qui fait la ceinture du monde intertropical, pour la verser dans notre hémisphère à des latitudes égales ou supérieures à celles du nord de l'Ecosse.

Gomment le peuple des compilateurs, après tout ce que les Mémoires originaux contiennent de documents sur la question de l'excès de température de l'hémi* sphère nord sur l'hémisphère sud, vient*il encore nous étaler le vieux bagage des opinions surannées relativement aux causes qui donnait à nos latitudes une immense supériorité de climat sur les latitudes méridionales? On se plaint de nos jours de l'insuffisance de la critique littéraire : eh ! bon Dieu, que dirait-on de la critique scientifique, quand on voit les meilleurs esprits gnidés par les ouvrages les plus accrédités ignorer où en est le monde de la science actuelle et répéter les échos de la science météorologique de 1800?

Ces préliminaires étaient indispensables pour bien faire comprendre. l'importance de toutes études faites ou à faire sur notre bassin nord de l'Atlantique. En effet, les pécheurs des côtes de la Scandinavie, les baleiniers des mers qui séparent le Groenland de l'Amé» rique, et les expéditions qui vont à Terre-Neuve, suivent des routes tellement uniformes et se détournent si peu de la ligne qui les mène directement au lieu de leur exploitation, qu'on est surpris devoir combien sont incomplets les documents qu'on' peut recueillir sur leurs fréquentes traversées* Ils font de l'argent et non de la science. Le champ reste donc libre aux explorateurs désintéressés, et l'on est étonné qu'une seule expédition française ou anglaise, voire un voyage de touriste

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intelligent, nous instruise plus que les nombreuses et périodiques émigrations et retours des marins de l'Europe commerciale.

Le voyage très-court du prince Napoléon peut être mis en première ligne pour le nombre et l'importance des faits recueillis sur nos mers polaires. Claude disait que c'était être un sot que de ne' pas naître roi. C'est au moins une grande maladresse à un explorateur que de n'être pas prince. Les grands observatoires astronomiques d'Angleterre parlent de la force travailleuse intellectuelle du personnel de cesétabtisséments, comme ils parleraient du travail d'une chute d'eau ou d'une machine à vapeur. En suivant cette idée, sauf respect pour la force morale, on doit concevoir ce qu'un chef intelligent lui-même, secondé par une élite de marins et de savants de toute espèce, aidé de tous les moyens qu'on peut souhaiter et commandant aux circonstances au lieu d'être obligé de s'y plier, devait en peu de temps moissonner de faits, d'ol^rvations, de dessins, de collections de tout genre, quand tout allait au-devànt de ses désirs. Un immense volume de huit cents pages, où il n'y a rien de trop, contient à peine tout ce que la rapide excursion de l'été de 1 856 a fourni aux explorateurs français. La partie archéologique, la partie descriptive, la partie politique et économique, malgré leur importance, ne sont pas du ressort de cette étude, qui se renfermera dans son titre. Si les auteurs de cette relation, déjà très-volumineuse, y eussent ajouté un précis descriptif de la riche collection rapportée de ce voyage, et qui a été mise sous les yeux du public pendant plusieurs mois, je pense qu'on y aurait encore puisé

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de curieux documents sur ce qui avait été vu, et de précieux exemples pour les récoltes à faire, soit parles observateurs de chaque localité, soit par les voyageurs futurs. La publication que nous a value l'expédition de la Reine-Hortense dans les mers du Nord se divise en deux parties distinctes. D'abord une narration rapide suit vivement le voyage des mines de houille de TÂngleterre au pay^ des clans d'Ecosse, puis à l'Islande, à rtle de Jeah-Mayen, entre l'Islande et le Spitzberg, au Groenland, aux îles Fseroë et aux tles Shetland, et enfin au travers des pays Scandinaves ; c'est trois à quatre mille lieues parcourues en trois è^ quatre mois, et que le lecteur parcourt en six cents pages. Puis viennent des notices scientifiques en petit texte qui peuvent, je le pense, être considérées comme de précieuses acquisitions pour la connaissance de notre globe. La relation nautique par M. du Buisson et la partie géologique par MM. Chancourtois et Ferri-Pisani sont particulièrement remarquables par l'abondance et l'intérêt des observations scientifiques. J'ai vu avec bonheur que le dernier des trois auteurs que je viens de nommer, et qui ne s'était point encore produit devant le public, n'était pas resté au-dessous de l'idée que je m'étais faite de sa capacité quand nous avions discuté l'ensemble des travaux futurs de l'expédition. En mentionnant MM. de la Roncière et Laroche-Poncié, d'autres encore, qui n'ont rien donné dans ce volume, mais qui certes n'ont pas moins observé que les auteurs des notices scientifiques, on restera convaincu qu'avec un minimum de temps, les membres de l'expédition du Nord ont effectué le maximum û^effet utile. Il est à regretter que les obser*

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valions magnétiques n'aient pas un article spécial paraii ces excellentes notices ; elles seront sans doute publiées plus tard. Il va sans dire que c'est aux notices scientifiques que je m'attacherai dans ce que j'ai ^ dire du voyage de la Reine-Hortense dans les mers du Nord et de deux publications anglaises où Ton s'occupe des mêmes régions.

Pour les courants de la mer, je dirai qu'on a confirmé plusieurs résultats déjà indiqués, mais qui, dans une question si compliquée et si débattue, avaient grand besoin d'un mot définitif. Nous voyons le courant d'eau tiède qui arrive d'Amérique, après avoir passé au-dessous de Terre-Neuve, venir aborder la côte occidentale de la Norvège en longeant le sud de l'Islande et en traversant le groupe des îles Faeroë et celui des îles Slietland. Cette bienfaisante dérivation des mers tropicales remonte vers le nord, et à la hauteur de l'extrême Scandinavie se divise en deux parts. L'une, que ûouf ne suivrons pas plus loin, se lance par le cap Nord dans la mer Glaciale d'Europe et de Sibérie, dont elle va tant bien que mal tempérer le climat, tandis que l'autre moitié remonte ou du moins remontait, il y a deux siècles, au Spitzberg, qu'elle rendait habitable pour les ours, les phoques, les morses et les baleines ; puis cette même partie du gulfstream, retombant à gauche, descendait vers l'île de Jean-Mayen et l'Islande, et passait entre cette île et la côte orientale du Groenland. C'était par l'effet de ce contre-courant que les bois flottants arrivés du golfe du Mexique par le gulfstream venaient échouer sur la plage septentrionale de l'Islande. Un grand navire abandonné, et qui a été vu deux fois

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par respédition, a confirmé la direction et la vitesse de ce courant, qui longe toute la côte est du Groenland, et qui amène aussi très-souvent à la partie nord de l'Islande, d'une manière très-fâcheuse, les champs de glace dé^chés de la ceinture qui aujourd'hui rend inabordable l'île de Jean-Mayen, et qui peut-être va s'appuyer au Spitzberg. On appelle banquise cette triste bordure d^eau de mer gelée qui ne permet pas aux navigateurs d'atteindre une côte où elle est adhérente. Ce sont les débris de la banquise, rompue par les marées ou par les tempêtes, qui forment les champs de glace, champs en général peu épais, formés de l'eau de mer congelée, et qui, en se solidifiant, s'est cependant un peu dessalée, tandis que les montagnes de glace flottantes ont une tout autre origine. Elles proviennent des glaciers de l'intérieur, sont exclusivement formées de glace d'eau douce, et ont souvent des épaisseurs de plusieurs centaines de mètres, dont un huitième environ s'élève au-dessus du niveau de la mer. Quelques-uns de ces monts de glaces { icebergs^ eisbergs) ont près de i kilomètre de diamètre, et forment les masses mobiles les phjs formidables qu'on puisse observer dans la nature. Ce n'est que dans le bras de mer qui sépare le Groenland de l'Amérique que l'on rencontre ces Cottes de montagnes de glace< Elles suivent le courant qui descend le- détroit de Davis, et plongent si profondément dans la mer, que souvent, poussées par le courant, elles vont contre le vent. C'est alors un singulier spectacle de voir la montagne avancer contre la direction de cette espèce de courant superficiel qu'occasionne le souffle du vent, et que les Anglais désignent sous le nom de

Sa l'océan islandais.

drift. Comme il y a une espèce de remous occasionné par le courant qui descend le détroit de Davis, lequel contre-cou^'ant ou remous marche au nord le long de la côte occidentale du Groenland, c'est là que Tiennent souvent tournoyer ces vasftes écueils flottants, et ceci n'est point une expression poétique. On conçoit qu'avant de se fondre, ces masses prodigieuses, entraînées vers le sud par le courant qui les porte, arrivent sur la route que suivent les vapeurs transatlantiques entre New-York et l'Angleterre. Elles sont la terreur des capitaines et des passagers. Un matelot est sans cesse en vigie, et à des intervalles réglés il crie au capitaine : No iceberg», sir! (D n'y a pas de monts de glace, capitaine!) On attribue avec juste raison à ces écueils mobiles que ne peut indiquer aucune carte marine la perte corps et biens de grands navires qui ont disparu subitement sans qu'on ait signalé de tempêtes à cette époque. Or, par un temps de bitume , comment éviter de se perdre contre une montagne de glace? D'après les observations recueillies par l'expédition de la Reine-Hortense sur le navire abandonné qui contourna la pointe sud du Groenland pour aller s'échouer dans les b^ies de la côte Duest de ce pays, en suivant le remous du courant de Davis, je crois qu'on peut présumer que M. Duperrey et M. Finlay font passer le gulfstream trop au-dessous Tie l'Islande, et qu'ils étendent trop le domaine du contre-courant qui padse entre cette ile et le Groenland, car, d'après leurs ^cartes, le navire désemparé fût desc^du visrs le sud et eût quitté à jamais les parages de la JMmquise près de laquelle il avait été vu d'abord.

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Ouvrez (page i45 du vingt-troisième volume de la Société Géographique anglaise) le Mémoii^ du docteur Rink, de Copenhague; vous y verrez de nombreux "fleuves de gi^^ débouchant dans la mer par de profondes vallées comblées de glaces semblables à celles de nos glaciers des Alpes. Quand ces masses» poussées par une force irrésistible qui les moule comme un métal ductile, ne sont pas soutenues par la terre et font saillie au large, l'extrémité se brise avec fracas, et voilà une montagne de glace fabriquée par la nature. Un de ces fragments de glace, dit le docteur Rink, si on l'échouait à sec sur la côte, donnerait une montagne de plus de 3oo mètres de haut. Les explorateurs de la Reine-Rortense ont VU mieux encore : ils en ont vu de trois fois la hauteur du mont Yalérien au-dessus de la SSine. Ainsi, en se figurant ce mont, qui fait perspective aux brillants promeneurs du bois de Boulogne, comme un bloc, une lie de glace flottante, dure et compacte, on aura en petit, très en petit, Tidée d'une de ces masses voyageuses qui descendent le détroit de Davis pour marcher vers Terre-Neuve et les États-Unis. Je dis que cette glace est dure et compacte, car la Beine^ttortense, ayant essayé ses boulets sur d'insolents petits icebergs qui venaient parader près d'elle, ne les a pas. même troublés dans leur promenade. Cest ainsi que dans les contes et les légendes on voit en frémissant im speoire frappé d'un coup de feu bien assuré dire froidement à son antagoniste terrifié : « Continue! »

L'expédition a donné le bon exemple de jet^r dans la mer des ^locs de bois percés d'un trou contenant une

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fiole avec un papier portant la date et la position géographique du lieu où ce bloc avait été jelé. Plusieurs de ces indicateurs ont été recueillis, et Ton a transmis à Tamirauté de France le lieu et la date de Fatterrissement. On conçoit que les bouteilles quelles marins jettent souvent à la mer n'auraient pas beau jeu au milieu des glaces flottantes. Pour constater le courant dirigé vers Test qui longe toute la Sibérie, il faudrait jeter un grand nombre de ces blocs dans le détroit qui, à Test de la mer Blanche, sépare le continent de la Nouvelle- Zemble, et on les verrait reparaître aux alentours du détroit de Behring, où Ton prétend du reste que Ton a pris des baleines qui portaient les harpons dont elles avaient été frappées dans les mers du SpHzberg. L'expédition a constaté par des témoignages unanimes la détérioration du climat dans le Groenland, rislande*et le Spitzberg. Le Groenland, à quelques kilomètres des côtes, n'est plus qu'un immense . glacier pareil à ceux des Alpes. La neige et la glace ont nivelé, en les dépassant, montagnes et vallées, et les astronomes qui de Mars ou de Vénus dessinent ou photographient notre planète, doivent être fort étonnés de cette proéminence des neiges polaires, qui persiste même quand les neiges de la Russie, de la Sibérie et du Canada ont disparu aux rayons du soleil d'été.

La banquise qui enveloppe aujourd'hui l'île de Jean- Mayen, à moitié chemin entre l'Islande et le Spitzberg, rend inabordable la côte est du Groenland. Parfois cette banquise se soude aux anfractuosités du nord de l'Islande, et ferme le passage entre ces deux terres, ce qui n'arrivait pas autrefois. Les pécheurs de baleine ont

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cessé d'aller au Spitzberg, dépeuplé dans ses mers comme sur ses plaines, où la neige ne fond plus. On cherche la cause d'un effet si désastreux, qui menace, dans un avenir plus ou moins lointain, de chasser de l'Islande la population famélique d'environ soixante mille habitants qu'elle nourrit aujourd'hui, ou plutôt qu'elle ne nourrit pas, car c'est au moyen de la pêche que la plupart des Islandais se procurent la nourriture insuffisante qui les fait vivre à peine, même avec les secours de la métropole danoise. Si la banquise enveloppait l'Islande comme elle a fait l'île de Jean -May en et le Groenland oriental, que deviendraient les insulaires? Les hypothèses n'ont pas manqué pour expliquer cette détérioration du climat du Groenland, qui n'offre pUis maintenant qu'une terre engloutie sous une masse de glace et de neige compacte de 5oo à 600 mètres de hauteur. On observe en général que toutes les côtes se soulèvent dans la Baltique, le long de la côte Scandinave, en Islande et au Groenland. Pour ce dernier pays, Texpédition a vu dans une des baies où elle a abordé d'anciens cailloux roulés à une hauteur où n'atteint pas la mer actuelle. Ces anciens rivages sur la côte norvégienne sont en quelques localités à près de 100 mètres de hauteur. On a donc pensé que le soulèvement du fond de la mer avait pu arrêter les glaces qui descendaient du nord entre l'Islande et le Groenland, et produire l'encombrement actuel de la côte orientale. Je ne crois pas que cette raison soit acceptable. La banquise qui côtoie le Groenland ne ressemble guère à ces amas dé glace que les courants et les vents accumulent quelquefois dans les golfes des mers po-

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laires. Je pense que la vraie cause de la détérioration da climat des mers polaires de TÂtlantique est plutôt une diminution dans cette partie du gulfstream qui se dirigeait autrefois vers le nord, et qui sdlait réchauffer le Spitzberg à la latitude de 80 degrés. Le soulèvement du fond de la mer et la moindre profondeur ^pii en est résulté pour le lit du courant d'eau chaude ont dû diminuer ce courant. L'eau tiède qui remontait au Spitzberg et qui donnait la vie à toute la population de cétacés, d'oiseaux et de quadrupèdes arctiques pullulant au^ur de ses pics aigus, puis qui redescendait vers rislande, cette circulation d'eau chaude, dis-je, étant tarie ou amoindrie, n'a plus dès lors compensé, comme autrefois, les inconvénients d'une trop grande proximité du pôle, et dans tout ce bassin le climat s'est détériorié. On pourrait dire hardiment que le courant qui contourne le cap Nord a dû faiblir, et en le sondant avec le thermomètre, comme l'a fait,, il y a quelques années, M. de Laroche-Poncié, on devrait trouver de dix en dix ans un abaissement de chaleur. Par suite, le climat des rivages de la mer Blanche doit avoir subi un affaiblissement dans sa température. Il serait donc important, dans plusieurs localités de la mer Glaciale, de tâter le pouls aux courants au moyen du thermomètre, et cela tous leç dix ans. Je répète qu'on n'a iamais rien fait de sérieux et d'ensemble pour connaître météonh logiquement notre terre. Supposez un habitant de la lune, un sélénite (qui n'existe pas), transporté ici-bas : nous lui dirions la distance de tous les points de sa lune, la hauteur de ses montagnes, la forme de ses cratères, les fentes du sol qu'il foulerait s'il existait, la rugosité

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de chaque plaine, le niveau des plateaux et les coulées de lave des volcans lunaires, enfin les effets de la chaleur solaire pendant ses jours et ses nuits d'un demimois. Malheureusement, si à son tour il concluait que rhabitantde la terre, le cybélien, qui sait tant de choses sur la lune, va le renseigner sur la géographie physique de sa terre, il serait fort surpris de voir son savaut obligé de lui répondre à chaque question : a Je ne sais pas! » Ce qui serait pis et ce qui donnerait de celui-ci une pauvre idée au sélénite, c'est qu'il serait obligé d'avouer que, pouvant savoir, il ne s'est même pas douté de l'importance de ces notions au sein d'une nature dont les modifications météorologiques règlent la fécondité de la terre et les productions sur lesquelles 1^ race humaine base sa subsistance matérielle.

J'ai remarqué dans le voyage de la Reine-Hortense cette curieuse et importante observation, qu'en i856. le vent dans les latitudes de 5o à 60 degrés a toujours soufflé de Test. I^e contraire avait lieu les années précédentes. C'est, comme je l'avais dit en i856, une rechute des courants qui a produit en France tant d'inondations, et c'est le retour des vents à l'état normal qui a remis de même les saisons d'Europe dans leur marche régulière; la prédiction que j'en avais tirée pour 1867 s'est accomplie, et quoique je l'eusse hardiment annoncée dans le discours que je prononçai au mois d'août, à Is^ séance solennelle des cinq Académies, j'avoue que je suisbeaucoup plus sûr qu'alorsde l'exactitudede mes conjectures. Cequi doit encourager messieurs les astrologues mes confrères à prédire à tortet à travers, c'est que, s'ils se trompent, on ne fait pas attention à leurs bévues,

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tandis que s'ils rencontrent juste, on crie au miracle. Je redirai à satiété qu*en 1846, ayant prédit un hiver pluvieux à cause de la pose des baleines au-dessus du banc de Terre-Neuve, on me fit grand honneur de ma prédiction, mais qu'ayant pronostiqué d*après d'autres données les saisons suivantes, je reçus de la météorologie un démenti formel. Or, quand on me félicitait de ma sagacité de 1846, j'y opposais ma méprise de 1847 malgré des indications tout aussi plausibles ; mais personne n'avait gardé la mémoire de cet échec. L'esprit humain paraît tellement ami de l'erreur, que quand il ne se trompe pas tout seul, il est enchanté qu'on veuille bien prendre la peine de le tromper.

Reste la question de savoir si, pour les régions qui nous occupent, la situation ira toujours en empirant, ou si ce n'est qu'une période défavorable qui sera suivie d'une période contraire. Je -réponds que cela est peu à espérer, et voici mes raisons : en attribuant au soulèvement du fond des mers islandaises une diminution du courant chaud, diminution dont la France et l'Europe moyenne profiteraient en prenant une plus grande part dans les eaux chaudes du gulfstrèam^ la question revient à savoir si ce soulèvement s'arrêtera, Ou s'il sera progressif. Or on doit présumer que la même cause qui, au commencement de Tordre actuel de la nature, a brusquement mis à sec le sol de la Scandinavie, de rislande, du Groenland et de toute la côte occidentale de l'Europe, que cette cause, di*-je, après une grande catastrophe, conserve encore un reste d'action et complète lentement l'effet qu'elle a produit d'abord en presque totalité. C'est la loi mécanique des actions entre

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lescorpsquisont un peu flexibles, et il n'en est pointd'autres dans la nature. Posez un poids sur un ressort, il le fléchira tout de suite d'une quantité considérable ; mais laissez le poids sur le ressort, il s'ajoutera encore un peu de flexion à l'effet déjà obtenu. Malgré des assertions contraires, je maintiens que, tout le long du littoral de la France, le continent va de siècle en siècle en se soulevant lentement, et que la mer par suite semble se retirer. Avis encore cette fois aux observateurs de chaque localité. La riche collection que le prince Napoléon avait rapportée de son voyage, et qui a été exposée plusieurs mois au Palais-Royal, offrait un exemple des plus instructifs. On y avait mis séparément les échantillons de l'Angleterre, puis ceux des tles Fseroë, puis ceux de l'Islande, enfin ceux du Groenland et de même ceux de la Norvège. Si l'on eût ajouté sur une pancarte le nom des minéraux qui sont partout^ on aurait eu le bordereau complet de chaque localité. Ce qu'un voyage rapide a pu donner de lumières sur chaque point serait sans doute surpassé par des observateurs sédentaires qui suivraient la marcbe tracée. Enfin, si peu qu'on ajoute à un travail physique déjà fait, la science remercie. Voici là-dessus un axiome mathématique : il y a quelque chose qui a plus de valeur que mille pièces d'or, c'est mille et une pièces d'or.

La constitution physique de l'Islande et du Groenland forme, dans l'ouvrage dont je parle, doux morceaux de main de maître. Je ne vois rien à y contredire, et, je dirais même, rien à y ajouter, malgré l'axiome de tout à l'heure. Honneur donc à MM, Ferri-Pisani et Chan*

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courtois, tous deux de notre École Polytechnique! À Toccasion du glacier groënlandais, je ferai remarquer combien est triste la situation d'un sol envahi par des neiges perpétuelles, ou qui ne fondent que pendant une petite partie de Tannée. D*abord la chaleur du soleil ne peut atteindre le sol, puisque toute son action s'emploie à fondre la couche d'eau congelée, et quand au contraire arrive la saison froide, la neige et la glace se refroidissent indéfiniment et enlèvent au sol qui estau-dessous le peudechaleurqu'ilavaitconservé.C'estain8iqae j'aitrouvédans les montagnesd'Auvergnedes terrains en perpétuelle congélation, quoique libres de neige.Les sources ou minces filets d'eau qui couraient sous le sol étaient à peu près àzéro de température, et à une certaine profondeur il faisait plus froid encore. Âinsi^ pendant la nuit presque perpétuelle de l'hiver arctique, le glacier qui recouvrece malheureux paysgroënlandais va toujours en se refroidissant et transmet ce refroidissement au sol sousjacent, tandis que, sous l'action oblique des faibles rayons du soleil d'été, la glace échauffée fond en refusant de monter au-dessus de zéro, et jamais le sol ne reçoit de chaleur supérieure à zéro, tandis que le froid qui lui est transmis par le glacier peut aller à 5o ou à 60 degrés au-dessous de la glace fondante. Habillez un thermomètre de glace qui puisse s'écouler, et placez-le alternativement pendant une heure tantôt dans une en« ceinte à ao degiés au-dessus de zéra, tantét dans une enceinte à ao degrés au-dessous; vous trouverez qu'en moyenne il est au-dessous de zéro. L'expérience se fait plus commodément avec de la cire, du blanc de baleine ou de la bougie stéarique, en prenant les deux enceintes

L*OCBAN ISLANDAIS. QI

Tune au-dessus, Tautre au-dessous du point de fusion de la su})stance employée. Avec un thermomètre à boule nue, les deux effets se compensent exactement.

La réaction de Tintérieur de la terre contre son enveloppe extérieure, bien établie par M. de Humboldt, est mise dans un grand jour par les notices géologiques du Voyage. Quand on ajoute à la fluidité ignée, que tout le monde admet, la circonstance indiquée par Laplace, à savoir que le fluide intérieur au-dessous de la lave sur laquelle flottent les continents est à Tétat de Uquide élastique^ que c'est une espèce de gaz trèscompacte, dont rélasticité immense au centre a ppur mesure le poids de toute la demi-épaisseur de la terre, on lève toutes les difficultés mécaniques. Uaction érosive de la vapeur et des gaz est admirablement traitée dans ces notices. Quant à ceux qui admettaient autrefois que la vapeur d'eau pût soulever les couches con> tinentales, cela n'a pu avoir lieu que quand la croûte solidifiée n'avait qu'une épaisseur et un poids équivalents à quatorze ou quinze cents atmosphères, c'est-àdire la tension maximum que puisse prendre la vapeur. Ainsi, dès que l'enveloppe solidifiée a eu plus de 6 kilomètres de profondeur, elle a cessé de pouvoir être brisée par la vapeur d'eau souterraine. On sait que cette enveloppe a maintenant 5o à 60 kilomètres de puissance. J'ai reçu récemment de l'astronome royal d'Ecosse, M. Piazzi Smyth, fils de l'amiral qui a tant illustré ce nom, une série admirable de photographie» des laves du pic de Ténériffe. Il semble qu'on y voie encore l'action écorehante des gaz chimiques corrosifs que le laboratoire de l'action volcanique lanjait

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entre les fissures de ces entassements de laves concassées mécaniquement par les tremblements de terre. A propos de ces réactions chimiques produites par les convulsions terrestres, on se rappelle involontairement la mort de Pline, suffoqué par les lourdes éruptions gazeuses du Vésuve au premier siècle de notre ère.

Je quitte à regret le tableau de la terre primitive tracé dans les notices scientifiques de la relation qui m'occupe. Développé, ce beau travail ferait deux excellents volumes. Les mots techniques y sont même rendus intelligibles; on y voit la nature s'élever dans ses formations à mesure qu'elle se refroidit; on y voit se dessiner les formes ultérieures des objets,

Et rernm paulatim su mère formas.

Il y a dans ce volume une figure, que je dirai trèsprobable, du mode d'action du grand geyser d'Islande, si bien étudié par M. Descloizeaux, et qui lance de temps en temps dans les airs une colonne d'eau bouillante, ayant pour diamètre l'orifice des puita d'une vaste mine, et pour hauteur celle des tours de Notre- Dame. Banks et Solander y firent cuire leur poisson. La troupe joyeuse du prince Napoléon, rendue sans doute un peu plus grave par une cavalcade de plusieurs heures au galop sur des chevaux et des selles islandaises, et sous une pluie suivie d'un bivouac en habits trempés d'eau, ne paraît pas, sauf un punch, s'être livrée aux excentricités quç met en œuvre avec on grand sérieux le flegme britannique. Nos Français ne se trouvèrent pas seuls au geyser : un touriste, le jeune lord Dufferin, était là avec sa tente, guettant depuis

l'océan islandais. 93

plusieurs jours un des paroxysmes du puits volcanique. Il paraît que la présence de nos voyageurs décida enfin le geyser : la gerbe d'eau bouillante s'éleva, plus haute . que ce que pouvaient mesurer les yeux de spedtateurs trop rapprochés. Le dessin de ce beau phénomène ornait l'exposition du Palais-Royal. « Est-ce croyable? » se demandaient les visiteurs en face .de cette fidèle esquisse. Si je voji^ais préciser ce que c'est que le geyser diaprés la théorie que le commandant Ferri- Pisani donne de ce volcan, je ne pourrais mieux le comparer qu'à un vaste manomètre d'eau plus que bouillante, au moment où la vape^^ souterraine, surexcitée par les feux volcaniques, lance dans les airs le liquide du manomètre, qui heureuseroeitt retombe droit dans \d tube d'où il a été momentanément expulsé. Un peu plus loin, il fallut solder un compte de 220 francs pour le gazon brouté pendant quelques heures par les cent chevaux de la caravane. L'herbe est rare et chère en Islande; mais je me restreins aux faits scientifiques.

Puisque je suis en Islande, en plein monde volcanique, j'essayerai d'expliquer ici la formation de la célèbre grotte de Fingal, dont plusieurs de mes lecteurs ont sans doute vu les curieux dessins. Dans cette grotte profonde, où l'on entre en bateau, d'immenses colonnes basaltiques à droite et à gauche du voyageur s'élancont à une grande hauteur, et soutiennent un plafond formé de tronçons pendants de colonnes pareilles. La théorie de cette curiosité naturelle n'est pas plus compliquée que celle de la formation de nos grottes de pierre ordinaires.. Pour ces dernières, dans la dislocation primitive

94 l'océan islandais.

du sol, la masse rocheuse s'est soulevée tout d'une pièce, excepté dans la partie qui correspond à l'ouverture de la grotte. Là le rocher qui en fait le sol n'a pas suivi le mouvement de l'escarpement qui se haussait. Il y a eu séparation, bâillement entre la partie élevée et la partie qui est restée en place, et cela est si vrai, qu'en y regardant de près, on trouve des témoins de la jonction primitive de la roche qui fait le sol de la grotte avec la roche qui en fait le plafond : elles se correspondent par des creux et des saillanits qui en attestent l'ancienne union. Maintenant supposez l'opération faite dans une localité recouverte de ces belles colonnes de basalte que les laves primitives ont formées par retrait en se solidifiant : si, tandis que la majeure partie de la colonnade est soulevée, il y a une autre partie disjointe qui refuse de suivre le mouvement général, il se fera une cavité entre les colonnes soulevées. La partie supérieure des colonnes immobiles formera un plafond composé des tronçons supérieurs de ces colonnes qui seront restées à leur place primitive, et dont les tronçons inférieurs deviendront le sol de la grotte. On peut voir aux flancs des basaltes disloqués des- anciens volcans d'Auvergne des ébauches de grottes pareilles. Presque toujours, comme dans la grotte de Fingal ou plutôt dans les grottes de Fingal, car on en trouve plusieurs analogues, la masse basaltique a pivoté autour d'une ligne placée en arrière de l'ouverture de la grotte, qui se trouve ainsi moins élevée au fond que sur le devant. Ouvrez modérément la gueule d'un chien de chasse au long museau : ses dents (toujours trèsbelles) en dessus et en dessous vous représenteront

L*OCéAM ISLANDAIS; qS

assez bien les IronçoDS séparés des colonnes basaltiques, tronçons fonnant le toit et le pavé de la grotte, tandis que ses deux crocs, atteignant les deux ma* choires, figureront les colonnes restées entières, et qui des denx côtés soutiennent la voûte formée par les tronçons soulevés des colonnes basaltiques partagées en deux . La théorie des bois fossiles de l'Islande, telle que je la trouve exposée dans la relation du voyage de la Reine-Horiense, me parait devoir être accueillie avec une pleine confiance, et, comme d'ordinaire, une vérité en amène d'autres. Si l'on admet, par exemple, que ces bois ont été charriés par des courants marins, les diverses hauteurs où ces bois se trouvent seront un précieux indice des soulèvements du sol. Il n'y a qu'aux îles Faeroë que la relation reste muette sur le soulèvement des rivages. Toutefois, quand une expédition a pris une bonne initiative, elle trouve des continuateurs', et par conséquent elle fait avancer la science par ce qu'elle fait faire comme par ce qu'elle a fait. Il ne manque à la physique du globe que des encouragements convenables et des appréciateurs qui payent en renommée ce qu'on tente pour ses*progrès. On a dit depuis longtemps: « Il n'y a point de public pour les sciences. » Cest vrai. Je crois qu'on en peut dire autant de la chaire et du barreau.

Scarron mètne remporte aujourd'hui sui* Fatru.

La France ne doit pas oublier qu'elle est l'aréopage de la-gloire, a Si je l'osais^ dit Frédéric le Grand dans une lettre à Maupertuis du la mars 1760, je vous dirais confidemment (aujourd'hui confidentiellement), à vous

ç6 l'océan islandais.

Français, ce qu'Alexandre disait aux Athéniens : Que j'entreprends de choses pénibles pour être loué de vous! »

Il résulte de la relation nautique qu'on vient d'examiner que, si les glaces flottantes n'ont paç écrasé la Reine-Hortense^ ce n'est pas la faute de la témérité dés navigateurs, compensée à la vérité par la surveillance la plus active et la plus savante qu'on puisse imaginer. Le pauvre Saxon, bâtiment en fer qui portait un approvisionnement de charbon, ne s'en tira pas si bien : il fut creuré, sans s'en apercevoir, par un tout doucereux glaçon. Heureusement il ne périt pas tout à fait. Je suis fior d'avoir plus d'une fois témoigné, avant l'expédition, de la haiUe imprudence d'une pareille campagne le long d'une banquise dont les glaces produisent infailliblement la brume, ce qui revient à aveugler tout l'équipage. Enfin, plus habiles encore qu'imprudents,, nos navigateurs à)nt aujourd'hui de retour avec un beau volume, qui même ne contient pas tout ce qu'ils ont à nous apprendre. Ce qui peut néanmoins prêtera la critique, c'est le très-petit nombre de sondages qui. ont été opérés. Le temps, mais surtout le beau temps, a manqué. Cependant la question des communications transatlantiques par le tél^raphe sous-marin donne une haute importance à la détermination de la profondeur des détroits par où l'on pourrait faire passer le câble. En général, les profondeurs mesurées semblent trèsconsidérables.

Un autre voyage, celui d'un Américain, WL Loring Brace, chez les populations du Nord, aurait mérité de xna part mieux qu'une simple mention, si la science y

L'OGÉAK ISLANDAIS. 97

tenait plas de place. M. Loring Brace ne donne les résultats des sciences exactes que quand ils sont des plus saillants. En ce sens, on peut juger de la valeur d'un document par Tattention qu'il y donne. Cependant son livre a le rare avantage de n'être pas celui d'un touriste qui n'a vu que des auberges. M. Brace cherche les gens chez eux, at home, pour emprunter un mot au titre de son livre. Les pays Scandinaves, observés au point de vue d'un citoyen des États*-Unis, sont d'un grand intérêt, et, je le répète, l'auteur s'est mis plus qu'aucun autre en contact avec la population de tous les rahgs. On distribue souvent aux étrangers des Guides ayant pour titre : Paris vu en huit jours i Rien de' plus amusant : on reçoit, entre une course à Versailles et un spectacle au Théâtre-Français, la visite d'une nombreuse famille anglaise, haletante, effarée de curiosité à satisfaire. Après quelques mots sur leur fatigue acca^ blante, ils repartent pour voir encore, si cela peut s'appeler voir. On attribue ce mot à un touriste anglais sortant de la galerie de tableaux du Louvre et rencontrant un compatriote : « Ah ! mon ami, quel admirable musée I Figure-toi que j'ai mis plus d'uhe heure à le visiter, et tu sais que je vais bon pas ! » Plaisanterie à part, Touvrage de M. Loring Brace mériterait les honneurs d'une traduction française. C'est tout ce qu'on peut dire de plus favorable à un livre de voyage. Le nombre de ceux qui publient des relations de ce genre est à celui des observateui"^ dignes de ce nom comme le nombre dés vrais, poètes est à celui des gens qui font des vers.

Passons maintenant à la conclusion et au sens morak

98 lJogéam islandais.

de cette étude sur rexpédition de la Reime-Hortense. Le capitaine de vaisseau La Roncière et les officiers qui Tentouraient, sous la direction du chef de rexpédition, ontfait preuve au plus haut degré du génie de la navigation arctique. La France doit-elle laisser perdre pour sa gloire de telles capacités? Oa sait Testime que Napoléon F faisait des gens heureux. Il les regardait comme des capacités pratiques. Nos marins ont été fort heureux, donc fort habiles. Il faut utiliser cette habileté reconnue, et cela dans le cercle de leur spécialité. Or voici ce qu'il reste à explorer de plus curieux au monde.

En pénétrant dans la mer Glaciale sur notre méridien, mais de l'autre côté du monde, qui a midi quand nous avons minuit, par le détroit de Behring, on trouve, en remontant à gauche dans les mers de Sibérie, \Ln bassin peu exploré qui arriva à des lies qui ont reçu le nom de NouvelleSibérie. C'est là que de temps immémorial la race qui fait le pendant de nos Esquimaux d'Europe et d'Amérique va chercher en hiver cet ivoire antédiluvien qui, Bur nos billards, roule en concurrence avec celui des éléphants contemporains d'Asie et d'Afrique. Or toutes les relations, tous les renseignements nous donnent ces îles comme les catacombes du monde animal primitif. J'avais espéré que M. le prince Démidoff, qui avait annoncé un voyage scientifique par terre en Sibérie, nous donnerait la clef de cette grande énignie de la nature. Une expédition maritime, avec des relâches bien connues sur la côte sibérienne, serait bien plus efficace. Il faut qu'une mission spéciale française parte pour Nijney-Kolymsk et les lies découvertes en

l'océan ISIANDAIS. 99

1770 par Liakûf (liaikhov). U faut ajouter quelque chose à ce que le monde savant depuis 1804 répète sur 'les mammouths conservés intacts par le froid. Pour les végétaux comme pour les animaux, les trois ou quatre îles principales de ce groupe gardent des trésors d'archéologie oi^nique. Si, suivant rassertion de M. Guizot, contre-signée par M. Âiry, Tastronome royal d'Angleterre, la France est \e^and pionnier de la science, elle ne doit pas ignorer quand elle peut savoir.

Je ne parle pas de toutes les questions d'aurores boréales, de magnétisme terrestre, de pesanteur, de géographie physique que cette expédition pourrait examiner et résoudre, et je demande pardon de n'avoir pas mis avant mon nom ceux de MM. Duperrey et du Petit- Thouars, qui ont infiniment plus d'autorité ; mais dans le domaine de la science, l'empire souverain est celui de la vérité. Un renseignement curieux, que j'ai oublié de mentionner parmi toutes les observations de la Reine-Hortense, c'est que, dans les mers arctiques qu'elle a visitées, l'aiguille aimantée, qui pointe ici vers le nord, se dirigeait là-haut vers V ouest, et même un peu pis que cela. U faut donner à M. Duperrey le moyen de mettre à jour ses cartes magnétiques jusqu'en 1860, et fournir au xx' siècle, qui maintenant nous talonne de près, des données dont il nous sera reconnaissant, ainsi que l6s siècles à venir.

(Novembre 1857.)

ET

Ifcmvelles des Seience*. ~ &ef petites planètes et Uomi- •ervation des iadlTidns do système solaiie. — I.a nouvelle petite pleiiète Calypso. •* !•& lone rousse et cp icl q ues pvéserratifii oontre les mauvaises infloenoes de la saison pendant «vtll et mal. — Hygiène des mois

Le Courrier du Gard du i3 avril i858 contient un article ou réclamation de MM. Valz et Laurent sur ce que j'ai dit de la planète Némstùsa. Je veux bien porter à la connaissance de mes lecteurs les inculpations de ces messieurs. Je suis un honune l^er; il ne faut pas attacher à mes opinions scientifiques plus d'importance que je ne parais en attacher moi-même; ma plume court et suit ma vive imagination (quelle flatterie ! ) ; je suis un bd esprit plutôt qu'un astronome de profession ( ah î c'est me combler î ) ; l'inexactitude des chiffres dé M. Valz (c'est lui qui parle) ne pouvait surprendre qu'un esprit superficiel (le mien! ), et même avec l'orbite feusse on a pu retrouver Némausa après de longues interruptions causées par le mauvais temps*

Ce dernier point est parfaitement juste, et voici en quoi je crains de ne pas Tavoir été envers M. Yalz, qui est membre correspondant de TAcadémie des Sciences, et dont les travaux à l'observatoire de Marseille sont l'objet d'une estime universelle. Ainsi, pour le monde scientifique, je n'aurais besoin d'aucune apologie envers mon célèbre confrère de Marseille. Mais ceux qui ne savent pas que M. Valz occupe un rang distingué dans la science, et qu'il a fait de l'observatoire de Marseille un des établissements les plus honorables à la France, ceux-là connaîtraient la critique sans être au fait du mérite, ce qui serait fâcheux. Je fais donc pleinement réparation d'honneur à M. Yalz et lui pardonne de bon cœur le désagrément qu'il m'a attiré. Le nombre des personnes qui en France cultivent la science autrement que professionnellement, c'est-à-dire qui font plus que les devoirs imposés par leur place, est si petit, qu'il faut bien se garder de les décourager, ou même de ne pas les applaudir hautement.

J'en dirai autant de M« Laurent, pour lequel je pourrais parodier le mot du fameux satirique du xvi" siècle, en disant : Voilà une bien petite planète pour une si grande susceptibilité! Il a dit qu'en dépit de moi sa planète suit la route que Dieu lui a tracée. C'est incontestable. De plu3, je croi$ qu'elle suit l'orbite de M. Valz, corrigée par cet académicien d'après des observations ultérieures, et que M. Laurent n'a pas voulu dire quelque chose de désagréable à son maître. Or je ne puis, malgré tout, trouver que des paroles de félicitation pour un astronome amateur qui nous enrichit d'un nouveau corps céleste. Il est possible qu'il en découvre

ET MÉTÉOROLOGIE. to5

encore qui nous révéleront bien des secrets du monde planétaire.

Je crois être à peu près le seul de tous ceux qui suivent les progrès de Tastronomie qui défende la cause des petites planètes. Certains savants allemands avaient poussé la chose au point de vouloir interdire aux observateurs des recherches nouvelles dans ce champ de la science. J'ai du reste, malgré ma légèreté scientifiqite, de bonnes raisons à donner de ma prédilection pour les petites planètes, comme on va le voir tout à Theure. Aussi j'engage plus que jamais M. Laurent, au nom de Tautorité que, suivant lui, ma position me donne, à continuer ses travaux, et V imprévu, qui a toujours la part du lion dans les découvertes scientifiques, lui offrira l'équivalent de ce que n'a pas été sa Némausa. Cherchez et vous trouverez. Dans l'état actuel de la culture de l'astronomie en France, on ne peut témoigner trop de sympathie pour ces volontaires courageux qui ne sont payés qu'en renommée, laquelle même, sur un champ de bataille si éloigné des yeux du public, leur manque pour la plupart du temps.

Cette année nous a déjà valu trois petites planètes : Némausa, de M. Laurent; Europe, de M. Goldschmidt, et Calypso, de M. Luther. Cette dernière est encore plus extraordinaire dans sa marche que tout ce qu'on a trouvé ou présumé pour les petites planètes plus anciennement découvertes. M. Littrow fils, astronome impérial à Vienne, a fait un beau travail sur les av^sinements mutuels qu'offriront les petites planètes, qui, au nombre d'un demi-cent, entrelacent leurs orbites et pourraient se rencontrer ou se /^erfe^/i^er mutuellement.

Io6 ASTRONOMIE

La masse très-petite de ces planéticules rend ces voisinages futurs peu efficaces pour déranger leur marche quand elles subissent pendant quelques jours seulement les efifets de leur mutuelle attraction. Mais près des grandes planètes il en sera tout autrement, et voilà la recherche que l'astronomie attend de préférence. Ce sera sans doute une bonne nouvelle pour les astronomes que de leur apprendre que M. Le Verrier tourne son attention vers ce sujet épineux, et qu'il Mtend, ces mois-ci, avec intérêt l'apparition de Nysa.

Voici enfin Calypso, que je réservais per hoccone (pour la bonne bouche). Croirait-on que son ori>ite, calculée par M. GEltzen, entre dans l'orbite de Mars à son point le plus près du soleil, et dépasse l'orbite de Jupiter à son point le plus éloigné de l'astre central ? Si elle passe près de Mars à son périhélie, elle sera fortement perturbée dans sa marche; mais si elle arrive au point opposé quand Jupiter y sera, elle est perdue. Sa marche sera tellement changée, que, comme la comète de Lexell en 1770, elle deviendra peut-être invisible à tout jamais, et qu'elle pourra être lancée dans l'espace céleste sans retour . Cest un risque que je me plais à indiquer à ceux pour qui la crainte est une sensation délicieuse ou du moins très-recherchée et qui ont peur même d'une comète I Je leur dis que si une comète ne peutrien contre nous, il pourrâitbien se faire qu'une toute petite planète décrochée par le Jupiter d'un autre soleil que le nôtre vint choquer en plein notre globe avec une vitesse que je n'ai pas ici le temps de calculer, mais qui, appartenant à un boulet dix fois, cent fois, mille fois plus gros que le mont Blanc, le Chimboraço ou Tlmmaiis

ET MÉTÉOHOLÛGl^r. I07

(Himalaya), ferait dans notre terre une assez belle trouée s*il la frappait en plein continent, et un beau rejaillissement d'eau salée s'il tombait en plein Océan. Comme il est avéré, d'après l'assertion de M. Laurent, que je laisse courir ma plume au gré de la fode du logis^ je dirai hardiment que le fomeux navire le Président^ qui n'a pas reparu, et toutes les catastrophes pareilles proviennent de petites Calypso détachées du monde planétaire des soleils autres que le Phébus autour duquel nous tournons, et j'engage les assureurs du Lêwathan à exiger quelques centimes de plus, de crainte d'un risque pareil. Plaisanterie à part, le bolide du Gonnecticut qui canonna la terre de ses d^ris enflammés en 1804, était bien de taille à rivaliser de grosseur avec nos petites planètes, d'après l'estime actuelle de leurs dimensions, que j*ai donnée dans une précédente étude.

Heureux les observateurs qui nous succéderont sur cette terre, lorsque, par leurs calculs, ils auront prévu que Calypso sera lancée par Jupiter dans les espaces célestes, ou qu'elle devra aller buter contre Mars de plein fouet, et qu'ils verront se réaliser leurs oracles mathématiques, comme cela a eu lieu pour la planète de M. Le Verrier t Un ecclésiastique, correspondant anonyme, du reste excellent métaphysicien, .enchanté de ce que, d'après Euler, Lagrange et Laplace, j'ai dit sur la sagesse qui a présidé à la stabilité du système planétaire, me communique une raison qui, suivant lui, doit conduire à la même conclusion de stabilité que les formules des mouvements célestes. La voici : Si une de nos planètes quittait le soleil et se perdait dans les régions <]e l'espace gelées à lao degrés au-

i09 ASTEONOMIE

dessous de la glace, que deviendraient ses habitants? J'opposerai dialectique à dialectique, et je demanderai à ce métaphysicien s'il est sûr qu'il y ait des habitants dans ces petites planètes. Si la terre, il y a six ou huit mille ans, eût été emportée dans l'espace-, comme elle n'était point encore peuplée par la race humaine, il n'eût péri que des animaux, et à ceux qui seraient membres de la Société protectrice je dirai que, sans être arrachée de son orbite, notre terre a vu antérieurement et à plusieurs reprises périr en masse ses populations animales et v^étales. La Bible aaus dit que* Dieu a livré le monde aux hommes pour qu'ils se le disputassent, mundum tradidit dispuUationibus eorum ; il est évident qu'il faut aussi entendre par là les dis* eussions métaphysiques.

Par ces répliques et dupliques

De leurs royales rhétoriques

Us firent fort longtemps l'essai. {Scarren,)

Je trouve dans les célèbres Esquisses astronomiques de sir John Herschel, qui est comme son père une étoile de première grandeur dans la science du ciel, les paroles suivantes, peu flatteuses pour les astéroïdes qui nous occupent en ce moment. Après avoir parlé de la solidité du système planétaire quant aux grandes 4)lanètes dont les perturbations ne s'élèvent pas à un millième de leur distance au soleil, même dans lé cas le plus défavorable (qui est celui de Saturne influencé par Jupiter), il met en note les mots que voici, et qui me paraissent offensants pour les cinquante-trois petites planètes que nous connaissons aujourd'hui. « De plus grandes dévia-

ET MÉTÉOROLOGIE. lOg

tions se trouveront probablement exister dans les orbites des petites planètes extra- tropicales; mais ce sont des membres trop insignifiants de notre système pour mériter une mention spéciale dans un ouvrage de la nature de celui-ci. » Qu'on juge d'après cela de ce qu'écrivent sur les astéroïdes les astronomes de Jupiter et de Saturne ! On connaît la devise des Rohan :

Roi ne puis,

Prince ne daigne,

Rohan suis;

c'est ainsi que notre terre avec Mercure, Vénus et Mars dédaigne les planéticules pour se consoler de n'être ni Jupiter, ni Saturne, ni Uranus, ni Neptune.

Laplacé a déjà signalé l'inégale répartition de la re-* nommée entre les travaux de l'Académie Française et ceux de l'Académie des Sciences, entre les œuvres littéraires et les travaux mathématiques. La publicité manque au monde savant, malgré tous les efforts de la presse française. Ce n'est pas que le rôle d^un Aristarque soit bien agréable à remplir. Les louanges sont toujours trouvées insuffisantes par les ' auteurs et les critiques fort exagérées. Il est vrai que, par contre, les lecteurs s'accommodent mieux du blâme que de l'éloge. Voici un exemple de critique réclamée par une autorité académique dans une lettre récente : « Je ne sais si je vous ai mis au courant de ma grande croisade auprès des savants et des autorités de Marseille en faveur d'un almanacb fait pour leur méridien et leur latitude et non pouf Paris. Il me semble qu^il est honteux que personne n'y ait encore pensé dans une ville pour-

IIO ASTEONOMIE

vue d'un observatoire, et placée à 8 degrés de la latitude du pays pour lequel on fait les almanachs dont elle se sert. (Nota. Il n*y a que 5 degrés et demi entre Paris et Marseille. ) Si vous rencontrez M. Babinet, ayez la bonté de lui en parler et de lui demander s'il ne pourrait pas, dans ses études, donner un petit coup

de fouet à l'opinion. » Ma réponse est que je ne

me connais aucune obligation de faire la leçon aux Marseillais, qui, gfâce à M. Yalz, doivent être fiers de leur observatoire, et qui sans doute doivent avoir à cœur rhonneur de la ville natale. Cette localité» suivant l'heureuse expression de Lamartine, est encore une patrie élans la patrie, L'Évangile nous dit et redit : « Ne jugez pas les autres, pour ne pas être jugés vousmêmes. » Tout le moncle connaît le proverbe : « Les conseils ne plaisent qu'à ceux qui les donnent. » Enfin, un dernier motif de m'abstenir, c'est que souvent, en revanche d'un petit coup de fouet, on reçoit une grande ruade.

Non nostrum inter vos tantas compooere lites.

« Dans ces graves débats, je ne suis point arbitre. »

Parmi les plus importantes nouvelles astronomiques, sont les derniers travaux de M. Le Verrier sur les masses de plusieurs astres, et notamment de Mars et de Vénus. Cette dernière planète a été trouvée, comme par le passé, égale à la quatre-cent millième partie du soleil. Mars est diminué d'importance. Il n*est plus que la trois-millionième partie du soleil, et. a baissé d'un neuvième environ. M. Le Verrier trouve aussi la masse de la lune et la distance du soleil à la terre. Je revien-

ET MfiTÉOROUKSlE. 111

drai 8ur ces déterminations fondamentales de notre système solaire. J'ai déjà dit que M. Airy a organisé pour 1860 et i86a des observations de Mars qui nous donneront cette fameuse distance. L'expédition améri* caine du Chili ne parait pas avoir fixé la science làdessus, et le résultat diffère beaucoup de celui qu'a obtenu M. Le Verrier. M. Foucault prépare aussi, avec sa longanimité industrieuse et irrésistible, une détermination physique du même élément.

Après tant de héros, je n'ose me nommer.

Mais je pense qu'en s'aidant d'un des procédés de M. Foucault relatif à Targenture des prismes de verre, ou pourra éviter en 1860 et 1862 l'emploi de la ma* chine parallactique dont les travaux de M. Faye nous ont fait connaître et la portée et la limite d'action utile.

Je demande pardon au lecteur non académique de ces ^^è/v/e^ scientifiques, et je passe à la lune rousse.

Cette année elle n'a pas fait grand mal, parce que le temps a été couvert ou l'air agitépar le vent, deux causes qui s'opposent aux gelées du matin. Une lunaison est l'intervalle compris entre une nouvelle lune et la nouvelle lune suivante, et l'on appelle lune rousse la lunaison qui, commencée en avril, finit en mai. En réalité il n'y a ni lune rousse ni lune verte ou jaune. Il y a, si l'on tient au mot, une saison rousse, c'est-à-dire une saison où les jeunes pousses des plantes gèlent le matin sous l'influence d'un temps clair et d'un air calme, même quand il ne fait pas très-froid. C'est un phénomène de chaleur rayonnante dont l'explication fait honneur à la physique et à la météorologie et qUe je développerai

au long dans une étude spéciale. Je me borne ici à ce peu de mots : Quand le temps est clair en avril et mai, tous les objets terrestres envoient leur chaleur en pure perte et sans compensation vers les espaces célestes, et ils se refroidissent considérablement, comme l'accuse le thermomètre. Us sont même plus froids que Tair qui les baigne. Mais si celui<ci est très-agité, s'il y a du vent, le contact de cet air moins froid empêche le refroidissement des jeunes pousses végétales, et la congélation destructive n'a pas lieu. Les phénomènes analogues sont par centaines dans la nature. Les corps noirs se refroidissent plus que Içs blancs par l'effet du rayonnement. De là l'eflScacité de la neige pour préser^ ver les blés qu'elle recouvre. Cela est si vrai, qu'en jetant du charbon pulvérisé ou des cendres noires sur la neige, on fait geler les plantes en dessous. £n un mot, on pourrait prendre au propre comme au figuré ces mots du psaume : Dieu donne la neige comme une toison de laine, qui dot nwem sieut lanam. Gomme le dépôt de la rosée tient de même au refroidissement des corps par le rayonnement, il y a encore là bien des effets naturels qui s'expliquent par la même cause. Quant à parer aux effets nuisibles de la saison qui, avec les tiges tendres et humides, produit des froids vifs lé matin, la pratique est bien peu puissante. Des murs resserrés qui ne laissent voir aux arbres fruitiers qu'une petite partie du ciel réussissent assez bien. Les espaliers collés aux murs gèlent moins fréquemment que le^ arbres en plein vent. Dans certaines vallées étroites, on a préservé les vignes en allunjant le matin des feux qui donnaient beaucoup de fumée et faisaient l'office d'un

ET MËTÊOROLOÛIir. Il3

nuage artificiel, comme cela a lieu dans les écobuages ^'automne. A Montreuil, près de Paris, où la culture des pèches est une industrie importante, on prévenait Jes gelées du matin en arrosant les arbres fleuris avec de l'eau qui fournissait sa chaleur au refroidissement commun de la plante et d'elle-même, en sorte que s'il y avait une petite pellicule de glace formée, c'était l'eau d'arrosage qui se solidifiait et non l'eau végétale des tiges et des fleurs. Des paillassons tendus au-dessus des espaliers et des arbres nains empêchent aussi la gelée, et dans certaines expériences, un mouchoir trèsfin placé horizontalement à i mètre au-dessus d'un instrument à mesurer le refroidissement a prévenu presque totalement l'abaissement de la température/

Je trouve dans ma correspondance imposée une curieuse lettre d'une jardinière des environs de Nancy qui se plaint amèrement de la lune rousse, et qui trèsnaïvement me demande si Ton ne pourrait pas mettre cette lune désastreuse en janvier. Je ne sais, qui a pu persuader à cette bonne femme que j'avais tant de pouvoir dans le ciel. Elle stipule pour elle et ses voisins. L'orthographe de la lettre n'est pas ce qu'il y a de moins curieux. Je suis bien fâché de n'avoir pas le pouvoir qu'elle me suppose. Je dirai avec Pline : Je n'ai pas tant de crédit dans le ciel : Non tanta nobis cum cœlo societas. Je n'ai pas même la ressource qu'avait Sixte-Quint, à qui les paysans de son village demandaient de faire deux récoltes par an. 9 Je vous l'accorde, dit le Saint-Père, et de plus vos années auront vingtquatre mois. »

Ce qui a sans doute porté à croire à l'influence de

Il4 ASTBONOMIE

la lune sur les gelées matinales d'avril et de mai, c'est que le temps clair qui produit la gelée laisse aussi voir la lumière de la lune dans tout son éclat. Or c'est après la pleine lune que cet astre brille le matin et non le soir ; et cependant, dafis toutes les phases ou quar* tiers, la gelée des matinées claires se produit égale^ ment.

La saison hygiénique actuelle est pour Paris et même pour les départements voisins toujours assez mauvaise. Les mois de déc^aibre, de janvier, de mars et d'avril ont donné une grande mortalité ; mai, dont la statistique n'est point faite, ne parait pas avoir été beaucoup meilleur. On peut dire cependant que par rapport à l'assainissement de Paris, l'autorité municipale a fait des merveilles, et cette admirable propreté est, suivant moi, la plus fidèle pierre de touche de la civilisation bienfaisante. J'ai toujours eu l'honneur d'être chargé ou même surchargé de fonctions gratuites municipales aux mairies et aux préfectures; mais je déclare que dans les années précédentes rien ne pouvait donner une idée des résultats obtenus, et qui font que l'intérieur de cette grande ville est maintenant plus assaini que l'extérieur, contrairement à ce qui avait lieu anciennement. Au reste, je crois que je ferai plaisir à mes lecteurs en leur annonçant que mes paroles sur la santé publique ont été entendues, et qu'avec sa pldme élé* gante et profonde, M. le docteur Donné, recteur de l'Académie de Montpellier, apportera son autorité de physiologiste et de physicien dans l'importante question à laquelle j'avais fait allusion.

(Juin i858.)

Oemande d'oAfcnrateim pour réd^ie totale de loleil du 7 septembre proehaln. — Ia técherene actuelle. — Le télescope et l'astronomie de famille. — lie miroir du phare d^ Alexandrie en ÉsTP^* ~~ ^^ magfnétisme animal au point de vue de l'bygièDe publique et le livre de M. Mabru.

J'ai déjà dit que nos connaissances sur le soleil et sur la cause de sa chaleur et de sa lumière sont peu avancées. Lorsque la lune, dans les éclipses totales, nous cache le corps de Fastre, on peut apercevoir tout à Tentour des objets que Téclat habituel de notre étoile nous rend invisibles dans toute autre circonôtance. En 1842, l'éclipsé qui commença en France et traversa TEurope et TAsie, donna l'éveil à la science. De nombreux observateurs favorisés par un beau temps apportèrent le riche tribut de leurs découvertes. En i85o, aux îles Sandwich, un ingénieur français, M. Kutczycki, fut envoyé par le capitaine Bonnard, qui commandait la station navale, et fit plusieurs importantes observations. Au %S juillet i85i, un essaim d'astronomes se porta vers l'Europe septentrionale, au grand avantage de l'astronomie solaire. Enfin, le 3o novembre i853, le docteur Moësta, directeur de l'Observatoire du Chili, prit position sur la c6te occidentale de l'Amérique vers 14'' 21' de latitude sud, et fut témoin unique de l'éclipsé totale de ce jour-là. Sa relation est néan-

Il6 ASTRONOMIE

moins peu connue. M. Carrington, astronome anglais de première distinction, qui fut l'un des voyageurs scientifiques de i85i, vient de publier une brochure remarquable pour recommander l'observation de l'éclipsé totale du 7 septembre prochain, qui, pendant 114 secondes, déploiera son magnifique spectacle sur la côte orientale du Brésil par ^5° 3o' de latitude, au petit port de Paranagua. Ce point est très-accessible à partir de Rio-Janeiro, où Ton est conduit par une ligne régulière de paquebots anglais qui quittent l'Europe !e 9 de chaque mois pour arriver le 5 du mois suivant à la capitale du Brésil, d'où l'on atteint ensuite facilement tous les points ultérieurs de la côte. C'est donc le 9 juillet prochain qu'il faudrait être prêt pour cette expédition que l'Amirauté anglaise patronne activement et en faveur de laquelle des ordres ont déjà été envoyés aux commandants des stations voisines. Pour abréger, voici ce que m'écrit M. Carrington ; « Comme il n'est pas » probable que je puisse aller moi-même au Brésil et qu'il » serait très-fâcheux que cette éclipse fût perdue, je » vous serais fort obligé si vous pouviez m'indiquer » quelque volontaire en outre de M. Liais. » M. Liais, astronome français formé à l'Observatoire impérial, est en effet déjà parti pour le Brésil. Ainsi la France sera représentée à Paranagua , où momentanément se trouveront réunis les extrêmes de la civilisation intelligente et de la vie matérielle. Mais trêve de réflexions sur les jouissances du cigare comparées à celles du télescope. M. Carington s'est voué à l'astronomie comme profession de choix. Il a établi un observatoire à Redhill, à l'embranchement des deux chemins de fer allant l'un

de Londres à Brighton, l'autre de Londres à Douvres. Un catalogue fort estimé de 3735 étoiles voisines de notre pôle a déjà été publié en 1867 par ce jeûne e% actif astronome^ aux frais de l'Amirauté anglaise. M. Carrington mentionne cette circonstance honorable pour la France, qu'au moment où Timpression de son catalogue n'avait pas encore été décidée en Angleterre, M. Le Verrier lui offrit de le comprendre parmi les publications de l'Observatoire impérial de Paris. Des cartes fort soignées accompagnent et enrichissent l'ouvrage de M. Carrington et présentent le tableau fidèle de notre pôle nord pour l'année i855. C'est une monographie exacte et complète.

Depuis plusieurs mois, la sécheresse des cours d'eau, des ruisseaux, des fontaines, des puits, des mares va en augmentant, et surtout dans la moitié nord de la France, sans cependant que les cultures en aient souffert tant pour les céréales que pour la vigne et les prairies artificielles. Tout nous présage une grande aî^ondance et des récoltes précoces* Cette sécheresse, qui me sem* blait devoir résulter du manque de pluies d'hiver et de neige, circonstances que j'avais pronostiquées aoam Fkipery cette sécheresse, dis-je, m'a valu plusieurs centaines d'interpellations et d'interrogations; et comme depuis le i*' juin il s'y est joint une chaleur intense, on a conclu que j'avais aussi annoncé la chaleur, dont j'avoue que je ne voyais aucun indice préalable. Quant à la satisfaction que tous ceux qui m'interpellent supposent que je dois avoir de la réalisation de mon proûostic, c'est à peu près comme, si quelqu'un avait lu dans l'avenir queisa destinée était d'être pendu

Il8 ASTRONOMIE

un jour, et que ce jour-là il fût enchanté de n'avoir pas été un faux prophète.

Voici quelques données physiques qui pourront guider le public relativement au régime des eaux que la terre tient en réserve, et qui, sous forme de puits et de fontaines, sont utilisées pour les usages de Tagriculture, des hommes et des animaux. C'est un proverbe que Pété la pluie ne mouille point. Cela veut dire que l'eau qui tombe est reprise presque en totalité par l'évaporation. Jamais les ^pluies d'été, quelque abondantes qu'elles soient, ne pénètrent dans le sol à i5 ou 20 centimètres de profondeur. L'été, la force évaporative de la chaleur est cinq ou six fois ce qu'elle est en hiver, et de plus elle s'exerce au sein d'une atmosphère capable de contenir cinq fois plus de vapeur qu'en hiver. De là ce rapide dessèchement qui, dans les jours chauds de Tété, suit les averses les plus fortes.

Une couche de neige qui prévient Tévaporation fait infiltrer dans la terre presque toute Teau qui la compose et produit une réserve qui pour les sources, les puits et les approvisionnements souterrains des rivières ne peut être suppléée par aucune phiie d'été. Ainsi toute personne, au printemps, doit être apte à juger que s'il n'y a eu ni neiges, ni pluies d'hiver, il n'y aura pendant la saison chaude ni cours d'eau abondants ni irrigation naturelle. Ce sont vraim^t ici les trésors de neige dont parle la fiibfô. Contrairement à ce qu'on pourrait se figurer au premier abord, il tombe beaucoup plus d'eau Tété que l'hiver. C'est ce qu'indiquent les pluviomètres des observatoires; mais cette eau,

d'ailleurs fort utile pour la végétation, ainsi que la rosée, ne pénètre pas dans le sol et ne s'y met pas en réserve pour alimenter les sources qui la ramènent au jour.

J'ai déjà bien des fois entendu faire cette plaisanterie que cette année le vin serait moins cher que l'eau. Le fait est que dans toutes les contrées vignobles les futailles et les tonneaux sont déjà hors de prix. Paris réexporte en masse ses vieilles barriques, activement recherchées* On parle de mettre le vin en citernes, ce qui au reste n'a rien d'extraordinaire en soi-même. Je crois savoir que les tonneaux oerclés sont, ainsi que la bière, une invention de nos ancêtres, car les Grecs n'avaient pour tonneaux que les grandes cruches de Marseille où les chiens et Diogène se logeaient à l'aise. On peut en voir à Paris chez les grands marchands d'huile. Eh ! vite, messieurs les potiers de terre, avec de la glaise et du charbon faites des pithes ( pithoi ), des cruches athéniennes de ^ hectolitres et suppléez économiquement à l'art coûteux du tonnelier. J'en dis autant à ceux qui coulent en fonte de fer ces cubes de 2 mètres de dimension, dans lesquels on embarque de l'eau à bord des vaisseaux et qui jaugent 8 mètres cubes, c'est-à-dire 8ôod litres ou autrement 80 hectolitres!

Comme je crains d^ètre malade d'une citation rentrée^ Je reviens à la plaisanterie de l'eau plus chère que le vin, et je trouve dans mes catégories que Martial, qui a farce (suivant l'expression de Chapelle) tous leô ridicules de son temjpç, a dit tout cela il y a dix-huit siècles, n s'agit de Ravenne, où, suivant hii, il vaudrait

mieux être, propriétaire d'une citerne que d'un vignoble, car, dit-il, Teau s'y vend plus cher que le vin. J'apprends que dernièrement, à Versailles, il en était presque de même. Martial reprend dans une autre épigramme :

Gallidus imposuit nuper mihi caupo RaTennœ ; Gùm peterem mixtum, vendiditille merum.

(K Etant dernièrement à Ravenne, j'ai été attrapé par un rusé cabaretier. Il s'engage à me fournir du vin mêlé d'eau, et le fripon me donne du vin pur. »

Les drainages ont été fort à la mode ces dernières années. Il s'agissait de dessécher et de fertiliser des terrains marécageux. Mon opinion a toujours été que par là on desséchait outre mesure et qu'ainsi on stérilisait d'autres terrains voisins dont le rapport baissait en proportion. Mais ce qui est bien autrement important que les drainages, ce sont les irrigations, dont le produit peut être illimité.

Ce n'est pas une idée neuve, car on trouve dans Aristote que les populations humaines dessèchent le sol et tarissent les sources. Il compare le sol de l'Argolide, déjà desséché et épuisé, avec celui d'Athées qui est en pleine prospérité, entre le trop humide et le trop sec. Tout le monde sait que depuis bien des siècles l'Attique est arrivée au sort du pays d'Argos et de My cènes. Il serait pénible de penser que cet état d'épuisement fût réservé à la France dans un avenir plus ou moins rapproché. Les irrigations nous en préserveront sans aucun doute.

Jusqu'ici, de tous les peuples permanents, les Chinois

ET MÉTBOBOLOGIE. 121

sont les seuls dont la population n'ait pas dévoré la fertilité du sol. Rivières, fontaines, canaux d'irrigation, réservoirs d'eaux pluviales, ils ont tout utilisé, tout patiemment canalisé, peuplé, planté, fertilisé. Eh bien, pour prendre un exemple, n'est-il pas honteux de voir en France un magnifique bassin de rivières sans profondeur, la Loire, l'Allier, le Lignon, le Cher, l'Indre, la Vienne, laisser perdre des eaux impropres à la navigation, tandis que des canaux d'irrigation conduits sur les hauteurs qui bordent les bassins de chaque rivière fertiliseraient toutes les vallées subjacentes et produiraient abondamment ce qui nous manque tant en France, savoir^les prairies naturelles, les pâturages, la viande de boucherie et les engrais. J'affirme hardiment qu'avant un quart de siècle les canaux d'irrigation seront pour la France une valeur qui plus tard, et pour les Rothschild du xx* siècle, primera les chemins de fer et toutes les spéculations de production et de manufactures. Dans le Nord comme dans le Midi, on dira : Tant vaut l'eau, tant vaut la terre. Mais nous reviendrons là-dessus ; la chose en vaut la peine. Avis à ceux qui veulent bien m'aider si bénévolement de leurs lumières I

La saison qui invite aux résidences de la campagne nous donne de belles soirées et des loisirs que le télescope peut utiliser pour l'instruction de famille. Les notions de ce que nos ancêtres appelaient connaissance de la sphère, et que nous avons décoré du nom de cosmographie, sont tellement attrayantes, que tout ecclésiastique résidant loin des villes, tout instituteur ou même foute institutrice, je dirais même tout père de famillp

devrait savoir pointer un télescope vers le ciel et mettre sous les yeux de tous ce qu'à tort on considérait naguère comme la propriété exclusive des savants de profession. Depuis, plusieurs années Topticien M. Soleil a construit sous ma direction une lunette à pied qui répond à tous les besoins de Tastronomie de voyage, de port de mer, d'histoire naturelle et dechâteaiïou manoir de province. Aucun spectacle du ciel ou de laterre n'échappe jà ce télescope bourgeois dont Tusage et remploi sont pour ainsi dire illimités. J'en dirai autant du télescope de M, Foucault, qui a pour pièce principale un miroir de verre étamé par de l'argent galvanoplastique, et qui a été construit ps^r M. Secretan, opticien de l'Observatoire impérial. Au milieu du siècle dernier, les opticiens anglais avaient inondé l'Europe des télescopes de Grégory, manufacturés par la maison Short, de Londres. Le télescope de M. Foucault ne deviendra pas moins populaire entre les mains de M. Secretan. J'ai déjà dit que dans une excursion aux bords de l'Océan nous avions eu l'an dernier l'occasion de soumettre cet instrument aux plus rudes épreuves, et qu'il avait excité l'admiration de tous les gens de mer, juges très-compétents de la portée et de l'effet pratique de tout instrument optique. Je n'entrerai donc pas ici dans le détail de tout ce qu'il nous révèle dans le ciel et sur la terre. Un de ses principaux avantages, c'est qu'il n'exige pas que l'observateur prenne des positions incommodes et fatigantes pour s'en servir quand les objets sont trop voisins de notre tète, comme cela a lieu pour les lunettes ordinaires, où l'on est parfois obligé d'être presque sur le dos pour pointer à

ET MÉTÉOROLOGIB. 123

l'astre cherché. Une petite lunette ou chercheur per* met d'amener dans le champ du télescope de M. Foucault Tastre ou Tobjet qu'on a l'intention d'examiner.

Mais si, comme télescope d'amateur ou instrument de famille, le petit télescope de M. Foucault, construit par M. Secretan, est une vraie acquisition pour la société, on peut dire que pour la science la plus élevée l'utilité des miroirs de verre n'est pas d'une moindre portée. Jusqu'ici, pour obtenir des miroirs métalliques d'un tiers de mètre de diamètre et au-dessus, il fallait des masses de métal d'un poids immense, d'une fonte difficile, d'un poli toujours douteux, d'une détérioration rapide et d'une réparation coûteuse. Tous ces inconvénients disparaissent avec les miroirs étamés d'argent que M. Foucault a substitués à ces masses métalliques. Tout le monde sait avec quelle facilité et quelle précision les opticiens travaillent le verre. On transforme ensuite un verre concave en un miroir à reflet supérieur à celui du métal ordinaire par une opération galvanoplastique qui n'offre aucune chance de non-réussite. J'ai vu à Slough, chez sir John Herschel, les télescopes installés par son père et par lui, et qui dépassaient du double la hauteur de la maison d'habitation de l'astronome. Chez M. Foucault, les télescopes ne sont guère encore qu'à moitié hauteur de la maison ; mais il n'en est pas encore à son dernier modèle. Rien de plus étonnant que l'effet de ces instruments, construits sans efforts extraordinaires par des opticiens de mérite.

C'est chez M. Foucault que j'ai pu me satisfaire relativement à la question tant controversée du miroir du

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phare/ d'Alexan3rïe>, qui i faisôit -apercevoir les 'objets jusqu'à rtM)rizon; et que le Père Kisch«r avait déclaré, au cas qu'il eût existé, une véritable œuvre du Sémon. On me -dira que si le constructeur du miroir du phare était plus ou moins sorcier, le savant Père ne Tétait pas du tout. D'accord. Mais M. Arago, qui avait d'abord nié complètement l'existence et les effets de ce miroir, ^st revenu à ufie opinion plus favorable, comme on peut le voir dans son Astronomie posthume^ livre qui sous beaucoup de rapports est un chef-d'œuvre dont peu d'astronomes mêmes peuvent embrasser toute la portée. Pour abréger, je dirai que chez M. Foucault, avec un seul miroir et sans aucun appareil télescopique, sans lentilles de verre, sans oculaires, sans tuyau, en suivant exactement les indications des anciens auteurs, nous avons vu à l'horizon comme dans les meilleures lu^ nettes d'approche ou les meilleures lunettes de pilote ; que pour les astres, les phases de Mercure, les satellites de Jupiter, et même un de ceux de Saturne ont été distingués; que la. lune, vue dans ce miroir posé simplement sur une chaise, en face de l'observateur tournant le dos à l'astre, était d'une splendeur inouïe et d'une netteté d'aspect sans égale; enfin' que les étoiles doubles et les nébuleuses s'y montraient avec avantage. Le miroir avait un foyer de 3 à 4 mètres, et pour les vues ordinaires il grossissait autant et plus que les lunettes marines. Il n'y a donc rien de difficile à croire dans ee qu'on nous dit du miroir installé dans la tour du phare d'Alexandrie. On trouvera dans l'excellent ouvrage de M. Charton, intitulé Voyageurs anciens et modernes i, tome II, page 216^ sur le phare qui étail

ET MÉTÉOROLOGIE. l'JtS

ane des sept merveilles duimonde et sur. son fameux miroir, des dôtviqients^ qui étaient inconnus à M: Arago et aux éniditsqui ne compulsaient que les auteurs grecs et latins. Avec des miroirs mal travaillés, le Père Abat se flattait d'avoir presque démontré qu'il n'y avait rien d'impossible dans ce qu'on racontait de l'effet du miroir du* phare. L'affirmative complété résulte, sans incertitude aucune, de ce que produisent les miroirs de M. Foucault. Une fois le fait reconnu possible, les récits circonstanciés des Arabes sur le diamètre du miroir (3 pieds 9 pouces), sur le métal et l'alliage dont il était formé, sur sa destruction, ne laissent aucun doute sur son existence et sur l'inspection de la mer qu'il commandait du haut de la tour.

Maintenant qu'on se figure ce qui fût résulté pour les progrès de l'esprit humain et de la science de riiïspection des astres par ce miroir, si, au lieu de chercher à l'horizon le sommet des mâts d'un navire, on y eût observé la lune et les ombres de son croissant, Vénus en. phase, Jupiter avec ses satellites, Saturne avec son anneau, le soleil et ses taches, enfin tout ce que Ralliée et ses contemporains virent au comtneneemept du XVII* siècle! Peut-être que l'esprit humain, rappelé à la réalité par- la contemplation des objets du ciel/ ne se fût pas perdu dans la dialectique qui s'empara exclusivement des écoles grecques,' et qui fit perdre plus tard les écrits d'Archimède, entre les praticiens, qui n'entendaient pas les mathématiques, et les théoriciens, qui méprisaient les applfcations usuelles- de la sciende. Au reste, les sciences. appliquées, autres que l'astronomie, sont chez nous d'une date si récepte, que nousi

n'avons guère le droit de faire un crime aux anciens de les avoir négligées complètement.

La question physique des vêtements, au point de vue des influences météorologiques, devait suivre ici ce que j'ai dit de la lune rousse et des surfaces rayonnantes. Je me borne à énoncer aujourd'hui que les vêtements noirs laissent facilement entrer la chaleur du soleil «et sortir la chaleur du corps; ils habillent peu; ils sont froids à l'ombre et chauds au soleil, double désavantage. Les vêtements blancs conservent la chaleur du corps et s'opposent à l'entrée des rayons chauds du soleil. De là des influences sans nombre dans la nature. Si l'on joint à Ja couleur tles habits la nature de leur tissu, qui fait que la chaleur les traverse plus ou moins facilement, soit pour entrer, soit pour sortir, on aura tout le secret des vêtements des diverses races des hommes dans les divers climats, et de plus le secret des vêtements naturels qui, sous forme de poils, de toisons, de plumes, de fourrures, de duvet, ont été donnés aux divers animaux. Rien de plus merveilleux que ce tal^eau de la Providence départissant à chaque espèce des vêtements appropriés à son climat, à son genre de vie et à ses habitations. Mais cette belle exposition prendrait une étude tout entière.

Jusqu'aux premiers jours de juin, la santé publique ne s'était guère améliorée. La chaleur présente parait avoir eu une influence favorable sur les maladies qui ont régné dans les derniers mois. Gomme la cause physique des épidémies est encoref enveloppée d'une grande obscurité, plusieurs personnes avaient espéré et espèrent encore que Je magnétisme animal pourrait nous

donner (|uelqaes lumières sur ces influences occultes, car les phénomènes de ce genre étant attribués par tous ceux qui ne sont pas tout à fait incrédules à des effets nenreux, il eût pu se faire que des organes qui dans l'état normal aurairat été insensibles aux agents physiques dont l'action produit les épidémies, fussent dans rétat magnétique influencés par ces agents de manière à nous donner d'utiles renseignements. J'ai sous les yeux le livre très-instructif et très-amusant à lire de M. Mabru, lauréat de l'Académie des Sciences. L'auteur se prononce pour la négative sur toutes les cpiestions d'influences magnétiques. H nie complètement le magnétisme lui-même, et il établit ses déductions sur un historique des faits allégués et de ceux qui ont failli à une vérification sérieuse. Je crois que ce livre très-intéressant est un point de départ obligé pour les partisans comme pour les adversaires du magnétisme animal et du somnambulisme naturel ou artificiel. Jusqu'ici c'est toujours une opinion opposée à une opinion ; mais M. Mabru va plus loin : il propose une expérience décisive aux magnétiseurs et il a fondé un prix de 3,000 francs pour la vérification d'un phénoi^iènede vision opérée autrement que par les yeux et cela en donnant aux personnes lucides toutes les facilités de temps et de circonstances favorables qu'elles pourront déiirer. Voilà, je pense, une manière vraiment scientifique d'attaquer la question. M. Mabru , l'auteur du livre les Magnétigeurs jugés par eux-mémesy rejette hautement tout ce qu'on attribue au magnétisme animal, et son livre est des plus amusants à lire, car il attaque des prétentions déjà reconnues inadmissibles par tous et quiontl'avan-

tage d'amuser par leur bizarrerie. Mais je répète à ceux qui veulent juger impartialement la question de savoir où le possible est relégué dans cette curieuse matière, que le livre actuel mérite l'attention de quiconque a souci de cette qualité que Pythagore donnait comme le cachet de l'âme humaine, savoir la recherche de- la vérité.

(( Monsieur, le Vésuve est en éruption, les laves coulent de tous côtés, les parois du cratère s'écroulent, les curieux partent pour Naples, les habitants du voisinage se sauvent. — Ah! le Vésuve est en éruption? — Oui, très-certainement. ~ Eh bien, que voulezvous que j'y fasse? »

(Juin i858.)

Comète de M. Donati, visible à l'œil nu.

On trouve dans le journal le Nord du a septembre une communication adressée au ministre de l'instruction publique de Russie par M. Otto Struve, fils du célèbre directeur de l'observatoire de Poulkova, près Saint-Pétersbourg. M. Otto Struve annonce que la comète découverte par M. Donati va devenir de plus en plus brillante, et qu'elle sera bientôt visible sans télés* cope. Il ajoute, ainsi que je l'ai déjà dit, que cette comète n'a aucune analogie avec les autres comètes qui

ET SIÉTÉOROLOGIE. f^g

ont été observées dans les temps historiques. » En tout cas, ajoute-il, ce n*est pas la célèbre comète de Charles- Quint, dont le retour attendu, en vertu d'hypothèses purement gratuités, a tant effrayé le publio dans les dernières années- »

D'après un petit message de M. Foucault, nous nouç somnaes dirigés, M. Paye et moi, au domicile des télescopes paraboliques, et nous avons joui* en plein d'une des plus belles contehiplationç du ciel étoile. La comète Donati, la cinquième de cette année, est visible entre ïa Grande Ourse et l'horizon comme une étoile au moi fis de troisième gramleur. Elle se couche vers 9'»3o", mais elle reparaît vers 3 à 4 heures du matin. Elle vérifie par son éclat les calculs de M. Donati. Le noyau eii est très-brillant et tout à fait distinct de la queue légère qu'elle projette vers le nord à l'opposé du soleil. L.'éclat de. cette queue est très-inégal, et l'étude delà polarisation delà lumière de la comète nous fournira de curieux résultats physiques. Le public sera donc admis gratuitement à voir cette comète tous les soirs où le temps sera clair, et dans toutes les localités, de 8 à g heures, au-dessous du carré ou trapèze de la Grande Ourse, à nioitié distance à peu près entre ces étoiles et Vhorizôn.

(Septembre i858.) . .

l3o AOTRONOMIB

IVouvellef des soienoes. >- Observation de l'éolipse de soleil du 7 septembre 1858 dans l'Amérique du Sud. — Billets de la température. — lie télégraphe transatlantique et la direction i lui donner.

Les documents sur la grande comète de cette année et sur ses sept compagnes arrivent de tous les points de la terre; six nouvelles petites planètes réclament l'attention des amis de la science; une belle éclipse totale de soleil a été observée des deux côtés de TAmérique méridionale, sur les rives de l'Atlantique et sur celles du Pacifique. Cette éclipse sert de précurseur à Téclipse de 1860, dont la ligne centrale entrera en Espagne à quelques heures de la frontière française pour atteindre ensuite Valence et' Alger, et enfin l'Egypte. Les effets de la sécheresse se sont développés et ont une fois de plus crié à la société : « Cultivez la météorologie. » En outre des télégraphes sous-marins, plusieurs travaux admirables de science pure et appliquée ont été produits. Ainsi, au lieu des paroles de Bossuet : « Marche, marche 1 » on serait tenté de dire à la science : a Dou-. cément, doucement! donnez-nous le temps d'applaudir! »

Parmi les faits honorables à la science, et je puis dire même à la science. française, on peut mettre l'accueil fait par l'empereur du Brésil à notre compatriote

ET MÉTÉOROLOGIE. l3l

M. Liais, physicien distingué et astronome formé à rOb> servatoire impérial de Paris. M. Liais, en vertu d'une nnssion du ministre de llnstruction publique, mais cependant à ses frais, est arrivé à Rio de Janeiro, d'où il devait repartir pour aller plus au sud joindre sur la côte orientale d'Amérique la ligne centrale de l'éclipse du 7 septembre. Il a trouvé dans le souverain un ami des sciences, savant lui-même autant que beaucoup de ceux qui le sont de profession. Il s'est toujours montré fort ami des Français. Un jeune soldat d'artillerie, notre compatriote, se trouvait il y a quelques mois sur le passage de l'empereur. Il en reçut un salut distingué dont il fut, dit-il, très-fier pour lui et pour la France.

Les savants ne manquent pas non plus autour de l'empereur du Brésil. Un observatoire bien pouivu d'instruments et d'observateurs fait honneur à la capitale. Là encore il faudrait la renommée qui enfante l'activité et l'émulation. Donc pour l'éclipsé de soleil du 7 septembre dernier, l'empereur a organisé une expédition scientifique qui a eu des résultats importants que nous ferons connaître en les comparant à d'autres observations moins complètes. Deux navires à vapeur avaient été mis à la disposition des observateurs. Notons ici que malgré les vives instances de M. Garrington, astronome de premier mérite, aucun savant anglais n'a été témoin de l'éclipsé totale du 7 septembre. Le Danemark et les Etats-Unis étaient sur le champ d'observation. Quant au Danemark, je pourrais dire sur le. champ de bataille, car le soleil équatorial a presque tué les astronomes danois par ses rayons incandescents.

La France était représentée aux deux stations : à Torient de l'Amérique, par M. Liais; àToccident, par des officiers de la marine impériale qui ont reçu plusieurs bons offices de l'expédition des Etats-Unis. Au reste les Anglais se préparent à prendre leur revanche au mois de juillet 1860 (je pourrais presque dire au mois de juillet de l'an prochain). M. d'Abbadie, le célèbre voyageur et astronome qui est allé lui-même d3server plusieurs éclipses depuis le pôle nord jusqu'au tropique, me fournit cette donnée importante que l'éclipsé sera centrale à Du range, en Espagne, à une distance de Biarritz et de la frontière qui n'est que la moitié de la distance de Paris à Rouen.

Pour l'éclipsé de cette année, M. Carrington avait préparé les recherches à faire par une brochure accompagnée de planches nombreuses. Ce travail servira de règle pour l'éclipsé de 1860. Je reçois à l'instant même de cet excellent astronome un bulletin de la santé (j,u ^©/«/depuis ï 854 jusqu'en i858, d'après les observations des taches faites à son observatoire privé de Redhill. On y voit que depuis deux ans notre étoile est dans une période de grande activité, ou, si l'on veut, d'effervescence. Les taches sont en files nombreuses, et se sont écartées de la ligne milieu du soleil qui fait son équateur. On me demandera ce que signifie cet état du soleil. Je répondrai, comme Socrate : Tout ce que je sais, c'est que je n'en sais rien. Mais de plus j'ajouterai que personne n'en sait plus que moi là-dessus. Savants ou non savants, il faut ici se résoudre à ignorer. C'est fâcheux, car ces taches ont peut-être (notez. bien ce peut-être), ces taches, dis*je, ont peut-être fait la des-

tinée d'une grande partie des êtres animés sur la terre et sur les autres planètes; en déterminant ce qu'on appelle maintenant la période glaciaire. A ce propos, un de mes correspondants i)énévoles me reproche de n'avoir pas assez parlé de cette période glaciaire qui a régné sur notre globe avant les temps historiques et certainement depuis les âges géologiques. Avant d'en parler, il faut que je m'en instruise moi-même.

Au commencement de novembre dernier, il y a eu presque une panique de froid. Le thermomètre, à Paris du moins, a touché à peine le terme de la glace, comme on peut le voir par les tableaux météorologiques que les journaux publient avec soin. 11 n*est donc pas permis d'avoir froid avant d'avoir consulté leur troisième page. Cependant la sensation de froid du mois dernier avait une cause particulière, car avec le thermomètre peu abaissé il n'y avait qu'un vent très-modéré. On dit vulgairement : C'est le vent qui fait sentir le froid, et on a raison, car le courant d'air, en amenant sans cesse de nouvel air froid en contact avec le corps, produit un refroidissement considérable. Or voici la cause du grèlotterrient des premiers jours de novembre dernier. •

Cette année a été exceptionnelle pour la petitesse des variations journalières de la chaleur. Quand on fouille l'énorme masse des observations météorologiques imprimées et qu'on arrive aux excursions que fait chaqiie jour le thermomètre depuis la fraîcheur dei'aurore jusqu'à lai chaleur de l'après-midi, on dédaigne cet effet secondaire .qui cependant, comme toutes les circon* stances physiques, a son importance. Ce sont ces varia- -

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l34 ASTRONOMIE

lions de la chaleur de chaque jour qui nous aguerrissent contre l'impression du froid. Or cette année a été remarquablement constante dans ses chaleurs et dans ses fraîcheurs. Le thermomètre a peu monté le jour, il a peu baissé la nuit; de plus, comme depuis plusieurs années, il y a eu beaucoup de calme dans l'air. On n'était donc point habitué à subir un refroidissement même médiocre, et on a souffert du froid malgré les réclamations du thermomètre. Je pourrais citer bien des observations physiologiques analogues, et notamment les caves et l'eau des fontaines qui nous paraissent chaudes l'hiver et froides l'été ; mais je préfère des faits plus rapprochés de la question présente. Entre les tropiques, où la température varie peu comparativement à ce qui a lieu dans nos zones extratropicales, il suffît de quelques degrés de chaleur de moins pour faire que les gens qui mènent la vie délicate de la société distinguée se couvrent d'habits épais, de manteaux et de fourrures. En i8i5, plusieurs familles françaises habituées au confortable de notre civilisation (et notamment la famille Taunay) allèrent se fixer à Rio-Janéiro. Nos Français ne concevaient pas cette sensibilité des riches indigènes pour un froid très-modéré selon eux Français. « Attendez, attendez, leur dit-on ; dans un an ou deux, vous ferez comme nous. » C'est ce qui arriva en effet. J'ai cité ailleurs ce fait observé en Abyssinie par M. d'Abbadie, savoir qu'ayant voulu prendre un bain au moment d'un des paroxysmes les plus violents de la chaleur africaine, il ne put supporter la trop grande fraîcheur de l'eau, qui était pourtant à ao degrés au-dessus de la température ordinaire de nos bains chauds. Ainsi tout est

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relatif pour l'effet physiologique, tandis que tout est absolu et positif avec les instruments d'observation. De là des discordances qui demandent à être expliquées. Là météorologie des vêtements nous offrira bien d'autres exemples curieux.

Ce que j'avais dit du câble transatlantique s'est vérifié de point en point, malgré les prévisions contraires d'une partie dé la presse scientifique française. A ce propos on a mis en avant les plus étranges assertions. On a parlé de fondre la gutta-percha qui enveloppe le fil télégraphique sur une longueur de plusieurs kilomètres, tandis que la portée de l'incandescence d'un fil conducteur, avant qu'il fonde, est tout au plus de quelques centimètres.. La Méditerranée avec 2 kilomètres de sonde est devenue plus profonde que l'océan Atlantique, qui en moyenne a 5 kilomètres. On a parlé de retirer le câble, désormais inutile, d'une profondeur à laquelle on pouvait à peine le précipiter sans le rompre, etc., etc.- Il est des personnes qui croient se faire écouter en disant le contraire de ce que viennent d'annoncer les hommes consciencieux. Une^îirconstaiice qui fait honneur au peuple anglais, c'est (|ue, malgré le peu de succès de ce premier essai, les actions de la Compagnie ne sont pas tombées à rien et se soutiennent à un cours élevé, re1|itivement du moins à la circonstance actuelle. La table où j'écris est encombrée de Mémoires sur la pose des câbles sous-marins, de modèles de fils télégraphiques terrestres ou inariiimes; enfin, et au-dessus de tout, il y a l'appareil admirable de télégraphie écrivante, que M. Wheatstone vient de n'apporter. La grande Société russe du fleuve Amour

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m'a fait Fhonneur de m'écrire et de m'appeler en collaboration consultative pour tine ligne télégraphique de 10,000 kilomètres (2,5oo lieues), et cela d'après les indications que j'avais données, et qui récemment avaient été approuvées par M. de Humboldt. Ce que je dis ici, c'est pour avoir l'occasion de répéter que pour passer d'Europe en Amérique il faut conduire le câble télégraj)hique ^ par le nord de l'Angleterre, les île^' Shetland, les îles Feroë,' l'Islande, le Groenland, le Labrador et le Canada. L'obstacle de la banquise du cap Farewell sera surmonté par des bateaux sous-marins. Le voyage du prince Napoléon nous a appris que ces mers sont très-profondes., mais les trajets sont de peu d'étendue. Mon ultimatum est donc celui-ci : A moins de faire des lies artificielles sur quelques-unes des vigies de l'Atlantique, on ne pourra pasaer télégraphiquement que par l'Islande et on y passera. Je n'ai pas besoin de dire que je reviendrai incessamment sur cet important sujet, mais je veux finir en déplorant que la France, qui a une administration télégraphique si active, si pleine de lumières, si consciencieuse, si laborieuse pour la théorie et ^expérimentation, ait pris une part si minime dans la pose des fils sous-marins. Aa resté, il n'y a rien de perdu : il est bon de profiter des essais des autres pour mieux faire. La haute capacité du chef actuel du corps télégraphique français doit rarsurer ceux qui sont peines du rôle inférietit que la France a joué jusqu'ici en télégraphie électrique, et cependant c'est à un Français, à Ampère, qu'est due la première idée de cette communication merveilleuse. C'est en 1822 que pour le Suppténient au système de

Chimie de Thomson, j'écrivais sous sa dictée ce titre d'un chapitre, savoir : Télégraphe électro-magnéti-

que.

(Décembre i858.>

La nouvelle année 1859. — Variation dans la durée de l'année. — Année oentenaire.de la première comète reconnue périodique. — Observatoire d** Alger. — Conséquence du régime météorologique actuel. — Le planisphère de M. Sibut, d'Abbeville.

Si quelque habitant des mondes autres que là terre visitait notre globe pendant le mois de janvier, pourrait-il jamais croire que la vie est ici-bas considérée comme le premier des biens et la mort comme une catastrophe redoutée? Il aurait beau lire dans M"*" Tastu ;

Oui, des ans la fuite m'étonne^ Leurs adieux oppressent mon cœur.

Je dis : C'est encore une fleur Que l'âge arrache à ma couronne Et livre au torrent destructeur.

C'est une ombre ajoutée à Tombre Qui déjà s'étend sur mes jours, Un printemps retranché du nombre De ceux dont je verrai le course

OU dans M. de Lamartine :

C'est encore un pas vers la tombe' Où des ans aboutit le cours.

Encore une feuille qui tombe De la couronne de nos jours !

A voir Tempressement avec lequel on se félicite réciproquement d'être quitte d'une des années qu'on est forcé de vivre, l'observateur extra-terrestre ne pourrait s'empêcher de conclure que tous les hommes sont fort pressés d'arriver à la fin de leur tâche mortelle et de se débarrasser d'un fardeau onéreux. Â toutes les imperfections de la nature humaine, signalées par les moralistes^ cet observateur impartial ne manquerait pas d'ajouter V inconséquence.

Mettant de côté les compliments du jour de l'an, qui vérifient si bien cette assertion satirique, savoir que dans ce bas-monde tout n'est pas pour le mieux ni pour le plus mal , mais bien pour le plus bouffon, la présente année 1869 est la troisième de la période de quatre ans établie par Jules César, alors souverain pontife, Summus Pontifex^ titre qui plus tard a passé à nos papes. L'année de César, qui en i58a fut rectifiée par le pape Grégoire Xin, est uniquement basée sur le mouvement du soleil. La lune en est exclue et avec elle toutes les complications qu'amenait la marche capricieuse de cet astre , créé pour le désespoir de ceux qui s'occupent des mouvements célestes. L'année grecque et l'année romaine, avant Jules César, se rêvaient à la fois sur deux astres inconciliables : le soleil et la lune. A en résultait une complication et une in-

ET MÉTÉOROLOGIE. l3g

certitude fatales. César ayant admis que Vaimée polaire était à peu près de 365 jours et un quart, fit trois années de 365 jours, et il reporta les quarts de jours mis en retard sur la quatrième année, qui eut alors 366 jours. Ce jour de plus se place à la finde février. En février i856, on était au pair. Maiâ en 1856, en iBSj^eniBSS, et enfin 1859, on aura mis chaque fois' un quart de jour en retard, ce qui fera un jour de plus pour février 1860. L'année prochaine aura donc 366 jours, et le mois de février aura 29 Jours. Sans cette intercalation , Tannée 1869 n'aurait dû commencer que vers les 6 heures du soir du i^ janvier, puisqu'il y avait alors à peu près trois quarts de jour laissés en arrière. C'est toujours l'année julienne que l'on suit ; mais on supprime , d'après la correction gr^orienne, trois bissextiles sur quatre siècles, ce qui ramène l'année de Jules César à une durée plus exacte. Mais comme cette période n'est pas tout à fait fixe et que dé siècle < en siècle l'aimée diminue un peu, il serait superflu aujourd'hui de chercher mieux que la correction du pape. Ce serait vouloir prescrire à nos descendants sur cette terre ce qu'ils auront à faire dans dix mille ans d'ici. Écoutez la Fontaine et le bon sens :

A quoi bon cbarg^er votre Tîe Des soins d'un avenir qui n^est pas fait pour vous?

Le siècle étant déjà bien long pour la vie ardente des sociétés modernes, il conviendrait de reprendre ce que les Grecs appelaient la décade des années, Etéôn dé^ codé. Les prix décennaux institués par Napoléon P' étaient pour les sciences et les lettres une rémunération

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de l'intelligence dont le retour périodique décade par décade semblait bien* proportionné à la durée de la vie humaine et à l'activité présente, littéraire et scienti" fîque. L'année 1869 est la neuvième de la sixième décade du xix** siècle. Cette décade, commeiicée le i'" janvier i85o, finira avec l'année prochaine.

Je réponds ici à une question que l'on entend toujours faire, si le xix* siècle a commencé avec l'année 1800 ou avec l'année 1801. Comme il faut cent ans accomplis pour faire un siècle , le i**" siècle a fini avec l'année 100, le xviii* avec l'année 1800. Le xix' a commencé au I*' janvier 1801. Sa première nuit a été signalée par la découverte de la première des cinquantesix petites planètes que Jes astronomes avaient reconnues à la fin de i858. Cette première petite planète, Cérès, fut trouvée à Palerme par Piazzi la première nuit de l'année 1801. Henri Heine, né le i**" janvier 1800, se disait en plaisantant le prejnier homme de son siècle. Il était dans l'erreur chronologiquement et littérairement. Il n'était pas même le dernier du xviii^ siècle, qui a fini avec décembre r8oo. Godeau, dans les premiers siècles de son histoire de l'Église , a fait la tnème erreur qu'il a rectifiée ensuite pour les derniers siècles. On peut lire dans sir John Herschel [Outlines of Astronomy^ art. 926 ) ces mots décisifs : Commencement du XIX* siècle, janvier 1801; en citant cette grande autorité, je prie le lecteur de me pardonner si j'ai Tair de méconnaître l'autorité souveraine de la raison. Ainsi pien n'est plus rationnel et mieux reconnu que la fixation du commencement du siècle au minuit séparant le 3i décembre 1800 du i*"" janvier 1801. Les ama-

ET MÉTÉOROLOGIE. l/^l

leurs pourront rechercher une petite pièce de circonstance jouée en 1800, sous ce titre : Dans r/uel siècle vivons-nous !

Comme j-ai dit tout à l'heure que l'année n'était pas d'une durée fixe, j'ajouterai qu'elle varie en longueur de 38 secondes «n plus et en moins autour de sa durée moyenne. Cette longueur inoyenne de l'année aura lieu l'an 2d6o de notre ère (à peu près dans 5oo ans d'ici). Elle a constamment diminué depuis l'an 3o4o avant Jésus-Christ. Au commencement de ce siècle l'année était de 365 jours 5 heures 48 minutes 5i secondes. Sa plus courte durée aura lieu en l'an 7600 avec 76 secondes de moins qu'en l'an 3o4o avant JésusrChrist; savoir : 38 secondes perdues de cette dernière date jusqu'en l'an 236o après Jésus-Christ, et 38 autres secondes dont ' la durée de l'année se sera raccourcie de l'an a36o jusqu'à l'an 7600. A notre époque, l's^nnéè perd en durée , à peu près trois quarts de seconde par siècle. Un centenaire de nos jours a réellement vécu vingt minutes de moins qu'un centenaire du siècle d'Auguste. Ce qu'il ne faut pas se lasser de répéter, c'est qu'il n'y a qu'une seule période de temps invariable dansia nature, c'est la durée du jour. Pour éviter la confusion qui résulterait de la variabilité de l'année , on prend le siècle de 100 années juliennes, c'est-à-dire de 100 fois 365 jours et un quart, ce qui fait 36,525 jours. Une année signifie donc 365 jours et 6 heures. Astronomiquement le mois n'existe pas- Dans l'astronomie cpmétaire, 1859 est l'année centenaire de la première réapparition d'une comète périodique, celle de Halley, dont l'influence morale aida si

puissamment Guillaume de Normandie à la conquête de rAngleterre en 1066. Elle avait été vue en 1682, et son retour avait été prédit par le vieil astronome Halley comme devant s'effectuer vers 1 769. Tandis qu'en France le grand Cassini (titre aujourd'hui oublié), Cassini) dis-je, s'endormait dans sa gloire et dans ses honneurs, Halley, qui avec Newton avait appliqué à la grande comète de 1680 la théorie, de l'attraction, écrivait en 1705 ces mémorables paroles : « Au cas où le retour prévu de cette comète se réaliserait, j'espère qu'on ne refusera pas de reconnaître que sa périodicité a été découverte par un Anglais. » La postérité n'a p$s été ingrate et la comète porte justement le nom de Halley. La science française ne fut point étrangère à la fixation ' du retour tant attendu de cette comète vers le milieu du xvui* siècle. Elle avait été un peu dérangée dans sa marche elliptique par l'action des planètes. Clairaut entreprit l'immense tâche des calculs algébriques sur les perturbations de l'astre. Quant aux chiffres, Lalande et M"^ Lepaute travaillèrent pendant six mois de l'aube à la nuit, et prenant à peine le temps de manger. Ce fut aux dépens de leur s^nté et avec ]& fièvre des passions froides, La cojoiète arriva au temps fixé par les calculs.

J'ai regret de dire qu'après la victoire les confédérés ne furent pas dlaccord pour .en partager les lauriers. La gloire principale était évidemment due àClairaut; mais ses collaborateurs voulaient aussi leur part. Lalande, qui recherchait avidement la réputation , cette menue monnaie de la gloire, s'offensa du renom exclusif que s'attribuait Clairaut. A cette petite discussion scienti-

ET HÉfÉOROLOGIE. l43

fique le public répondit par une indifférence profonde. Notons cependant que les anfiis de Glairaut voulaient débaptiser la comète de 1769 et lui donner son nom. Voici une strophe d'une ode que M"^ Duboccage infligea à Glairaut à Toccasion de cette^ comète :

Déjà LA Glairaut on la nomme; Que tes calculs tus à Torno, Et qu'un jour saura le Congo, Vont étonner Péjkin et Rome!

Avec un pareil Homère , il n*est pas étonnant que l'A* chille de la comète de 1759 n'ait pas été mis au rang des héros.

La cinquième des huit comètes de i858, la fameuse comète de Donati, est encore visible pour les astronomes de l'autre hémisphère. J*ai tant de choses à en dire, que je n'ose mettre la main à la plume pour esquisser l'histoire des comètes à mes bienveillants lecteurs. En style des Mille et une Nuits, ils y apprendront de curieuses choses s'ils ne dorment pas^ mpt à mot, s'ils sont autrement que des gens endormis.

L'année i858 nous a donné six nouvelles petites planètes dont voici les niunéros d'ordre, les noms et ceux des astronomes qui les ont découvertes, avec les noms des personnes qui ont eu l'honneur de les nommer :

K**d ordre. Noms. AftronomM. Parratns.

MM. Laurent. MM. Valz.

jGoldschmidt. M"^ Vaillant.

JLutber. Schœnfeld.

Ooldschmidt. L'ahbé Moignô.

Searle. M«< Dudley.

, Ooldflcbmidt.

Némausa.

Europe,

Calypso,

^lexandra,

Pandore,

Le n° 5i a été découvert à Nîmes, les n*** Sa et 54 à Paris, le n° 53 à Dusseldorff, près Bonn, et le n** 55 à Albany, capitale nominale de l'État de New-York. Le nom d'Alexandra a été choisi par M. Tabbé Moigno, rèJacteur du journal scientifique le Cosmos , en l'honneur de M, Alexandre de Humboldt. M"* veuve Blandina Dudley, qui a. contribué pour environ 400,000 fr. ( 80,000 dollars ) à la fondation de l'observatoire d'Albany; a été invitée à nommer la planète de M. Searle, et le nom qu'elle a choisi. Pandore (don de tous), rappelle l'honorable zèle des citoyens d' Albany qui ont contribué en commun à l'érection d'un monument glorieux pour leur ville et pour leur patrie. On a décerné à cet observatoire le nom d'observatoire Dudley, qui rappellera à jamais et le nom du sénateur Dudley et la libéralité pieuse de sa veuve. Quant au n° 56, c'est une planète vue en 1857 P^r M- Goldschmidt en cherchant à retrouver Dapfhné. C'est M. Schubert qui en 1.858 a reconnu que c'est une planète différente de Daphné. Pour éviter toute confusion , on lui a donné le n** 56. Dieu veuille que Daphné, n** 4i, et la planète Goldschmidt-Schubert, n** 56, ne soient pas perdues à jamais dans les espaces célestes ! Au moment où j'écris ceci , M. Goldschmidt m'informe qu'il vient de revoir ma filleule Paies, n° 49. Il l'avait découverte en 1857, la même nuit où il découvrit aussi Doris, ainsi nommée par M. Élie de Beaumont.

L'année 1859 s'annonce favorablement pour l'astronomie française. Le prince Napoléon , chargé du ministère de l'Algérie et des colonies, vient.de créer un observatoire à Alger. Cette station, favorable pour le

ET MÉTÉOROLOGIE. l45

climat et pour la position géographique, nous promet une riche moisson dans le champ de l'astronomie physique et des découvertes cométaires et planétaires que l'atmosphère de l'Europe moyenne entraye si fréquemment. Nous avons vu successivement en France disparaître tous les observatoires de second ordre et tous les établissements privés qui pouvaient servir d'auxiliaires à l'Observatoire impérial, écrasé par la multitude des objets qu'il avait à suivre. Je ne fais que répéter les paroles de Lalande à un demi-siècle d'intervalle. J'ai déjà signalé dans ces Études combien la station du sommet du Pic du Midi de Bigorre au-dessus de la partie non transparente de notre atmosphère nous ferait apercevoir dé choses nouvelles dans le ciel, et surtout nou» permettrait d'étudier la constitution physique de. la lune, j'ose même dire sa géologie. En 1 856, un jeune astronome des plus zélés, M. Piazzi Smyth, fils flu celèbre amiral-astronome de ce nom» alla porter de nombreux instruments d'observation au sommet du pic de Ténériffe, et reconnut que l'efi&cacité des télescopes y était augmentée d'une façon inespérée. Notre pic est infiniment plus accessible que celui de Ténériffe, et il est de la même élévation. Le colonel Peytier, auteur de la carte de la Grèce, et le commandant Hossard s'y sont installés sans grande peine~ et y ont séjourné longtemps sous la tente.

Pour revenir à l'Algérie, l'astronome nommé récemment pour l'observatoire est ^. Bulard, qui a été déjà attaché à l'Observatoire impérial de Paris et dont la spécialité est précisément l'astronomie physique, qui maintenant attire à juste titre l'attention du monde VI. 7

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savant. Il a suivi avec persévérance et succès l'étude de la constitution physique de la lune , dite Isélénographie. Ses travaux ont été présentés à Tlnstitut, aussi bien que ses excellentes études sur la grande comète de i85B. M. Bulard portera en Algérie les grands télescopes paraboliques en verre argenté , si merveilleusement travaillés par M. Foucault. Ainsi, avec le climat, les instruments perfectionnés et la compétence pratique de l'astronome, nous pouvons espérer d'utiles additions au fonds commun de la science des astres. La fondation du prince est d'autant plus opportune, qu'au mois de juillet de l'^n prochain une très-belle éclipse de soleil, totale et centrale, traversera l'Espagne et l'Algérie et trouvera les observateurs sous les armes pour en tirer de grandes instructions. Déjà au Brésil l'expédition envoyée par l'empereur don Pedro, avec notre compatriote M. Liais, a reconnu bien des particularités auxquelles on était loin de s'attendre, et notamment ( qui le croirait?) une assez forte réduction à faire sur la dimension présumée de notre satellite ( environ i3 kilomètres). Gomme je l'ai déjà dit, les astronomes européens préparent activement dès ce moment les instruments qui seront échelonnés sur la route de l'ombre centrale.

Les habitants d'Alger, comme les savants, attendent avec impatience, et je dirais presque avec un sentiment d'amour-propre et de reconnaissance, la mise en fonctionnement d'un observatoire digne de la métropole de la France africaine. Le nombre considérable d'hommes de science et d'anciens élèves de l'École Polytechnique que le prince Napoléon a réunis pour cet objet nous

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garantissent une prompte publication des travaux de l'observatoire d'Alger, comme déjà nous avons connu sans délai les résultats importants du voyage du prince dans les mers du Nord.

Si je parlais seulement à des astronomes, à des marins et à des géographes, j'aurais mis en t^te, pour l'importance, la détermination de la longitude précise d'Alger. Les points où l'on peut régler les montres marines sont rares daiis les deux bassins de cette Méditerranée qui baigne cependant l'Europe, l'Asie et l'Afrique.

Le changement du régime atmosphérique des années dernières s'est manifesté par les pluies qui ont résulté des mouvements saccadés de l'air au milieu d'un calme comparativement exceptionnel. Enfin nous avons de l'eau dans nos rivières et dans nos canaux. En faveur de l'influence de l'industrie sur la société, influence qui tend à nous rendre autant que possible, indépendants du caprice des saisons, on peut citer ce fait, que, sans les chemins de fer, l'approvisionnement eu charbon de la capitale aurait été gravement compromis. Il y aurait eu, par la suppression de la vole des canaux navigables, une vraie disette de combustible. Par suite de la sécheresse dernière, nous sommes menacés d'une autre disette, celle de la viande de boucherie , pour l'année prochaine. Le manque de fourrages force les propriétaires de bestiaux à les vendre à tout prix, et les journaux sont pleins des réclamations des consommateurs à cause de la grande différence qui se trouve aujourd'hui entre le prix de la viande sur pied et de la viande abattue qui. se débite dans les villes. Ce sera le contraire Tan prochain, où l'on aura consommé la réserve

ordinaire et où Télève aura en partie disparu. Je laisse cette question de statistique météorologique à ceux qui s'occupent de la grande question des approvisionnements. Après les cérés^les, la plus importante consommation est celle des bestiaux avec l'importation des viandes salées de Russie et d'Amérique. Les accessoires eux-mêmes, tels que le beurre, la graisse, le suif et autres produits animaux forment la base dts commerces de premier ordre, surtout dans la capitale et dans les grandes Villes. Il est bon de prévoir et de s'occuper de moyens prophylactiques. Relativement aux effets de la sécheresse dernière, je citerai ce mot du chef d'une de nos premières maisons de librairie qui me disait que l'obstacle apporté cette année à la fabrication du papier lui occasionnait par jour une perle de 5 à 600 francs. On me reproche de prêcher la météorologie ; ai-je donc si grand tort? Aide-toi, le ciel t'aidera.

(Février iSSg.)

Juin et le folitioe d'hélé. — Burée des Joun et des taisons. — Compensation pour la obaleur et la lumière entre les deux hémisphères. — lue jour, la nuit et le orépusoule. — Analyse du Traité de perspective de TH. de la Goumerie.

Je remercie mes bienveillants lecteurs de s'être aperçus qu'il y avait longtemps que l'astronomie et la météorologie n'avaient réclamé leur attention. Ce n'est pas que le monde scientifique soit resté inactif. Bien au

contraire, les observateurs et les auteurs ont beaucoup produit depuis quelques mois, et le public réclame par lettres, au nom de la justice, une appréciation impartiale de leurs mérites. Aux travaux consciencieux la critique reconnaissante ! Je devrais avoir déjà parlé à mes lecteurs des œuvres d'Arago, de celles de Humboldt, dont les sciences sont en deuil depuis quelques jours, de l'admirable triangulation de TAngleterre, qui a suivi l'initiative de la France de manière à nous rendre jaloux d'un si beau travail et honteux de ne pas continuer celui qui se rapporte à notre pays. J'ai reçu très-exactement les volumes de la grande publication américaine sur l'hydrographie des côtes de l'Union (Coast'&ijvejr)^ ouvrage monumental, confié, pour la direction, à mon ami M. Bâche, arrière-petit- fils de Franklin, et digne d'une telle descendance. Plus récemment encore, Texcellent astronome Piazzi Smyth, fils de l'amiral Smyth, qui a tant avancé l'astronomie et la géométrie physique, vient de publier les observations qu'il est allé faire à TénérifiFe il y a trois ans, audessus des nuages et autant que possible au-dessus de la terre, dominant ainsi Tatmosphère grossière dai^ laquelle nous vivons. Les résultats de cette expédition de quelques mois ont été incroyables pour la science, et nous y reviendrons. Nous avons encore l'ouvrage de M. Coulvier-Gravier sur les étoiles filantes ( i ) . Enfin entre les sciences d'observation et celles d'imagination vient

(i) Recherches sur les Météores et sur tes lois ijui les ressent, In-8° avec planches et figures dans le texte. Paris, Mallet- Bachelier, libraire. Prix : lO fr.

iSo ASTRONOMIE

se placer le Traité de Perspectwe linéaire de M. de la Gouraerie, qui arrive à propos au milieu de Fattention que l'on donne en ce moment à l'Exposition d€t3 beauxarts. C'est le premier pas dans l'art de rendre la nature en faisant la part aux préjugés impérieux de nos sens.

Quant à l'astronomie, je puis excuser mon silence un peu long par les circonstances présentes. Le bruit du canon empêche un peu d'entendre l'harmonie des sphères célestes, et les bulletins de la paisible astronomie pâlissent à côté de ceux de nos victoires. Mais aujourd'hui nous voyons renaître la sécurité, grâce à la valeur de nos soldats, à l'intrépide habileté de leurs chefs. Essayons donc de nous faire écouter.

J'avais indiqué les pronostics qui. suivant la marche antérieure des vents, devaient nous amener un hiver très-froid par les vents de nord-est, dont la prédominance me semblait suffisamment probable pour l'hiver dernier. Il n'en a rien été. La girouette est restée plusieurs mois clouée au sud- ouest, et le froid n'a sévi qu'en Amérique, de l'autre côté de l'Atlantique ; car aux États-Unis, ainsi qu'en Chine, c'est le vent d'ouest qui est le vent froid : le sud-ouest est là le vent de terre, tandis que pour nous le sud-ouest, qui a passé sur les eaux chaudes de l'occident, est humide et tempéré. J'avoue que je ne sais à quoi attribuer ce suicide des nord-estiers (nord-easters, comme disent les Anglais). La conclusion est que nous manquons de données suffisantes pour de bons pronostics météorologiques, et qu'il faut se hâter dé relier les deux mondes par des télégraphes qui puissent nous faire connaître chaque jour l'état atmosphérique du globe entier. Je

ET HÉTÉOBOLOGIE. l5l

déclare aussi que, malgré les consultations qui me sont très-honorablement adressées chaque jour sur le caractère futur des saisons, je suis fort las de mon métier d'astrologue.

Si je veux parler du mois de juin et du solstice qui aura lieu le aa, à six mi^ute8 après le minuit qui commence ce jour, tout le monde va croire qu'il s'agit de la chose la plus commune du monde. A cette époque des plus longs jours, Paris n'a que huit heures de nuit, et, par suite, le soleil reste sur Thorizon pendant seize heures. Gela est dans tous les almanachs. Mais on fait généralement moins d'attention à cette curieuse circonstance, savoir : que, pour les deux hémisphères, la durée des saisons n'est pas la même. Le^ printemps et l'été, qui sont la saison chaude pour notre hémisphère, sont ensemble plus longs d'tme semaine que l'automne et l'hiver qui composent la saison chaude des habitants de l'hémisphère sud. Plusieurs personnes se sont hâtées de conclure que notre côté du globe était privilégié, et qu'il y avait lieu de se féliciter d'être homme du Nord plutôt qu'homme du Sud. Malheureusement ces prétentions ne tiennent pas contre l'inflexible rigueur des ddculs mathématiques. Le soleil est plus près de la terre pendant l'hiver, et s'il y a pour le sud un moindre nombre de jours dans la^saison chaude, laquelle se compose de l'automne et de l'hiver, en revanche les rayons du soleil sont alors plus chauds et plus lumineux exactement dans la même proportion, en sorte que cet astre verse sur la terre la même quantité de dialeur et de lumière pendant chaque saison, quelle

que soit d'ailleurs la durée de cette saison.

l52 ASTRONOMIE

On dit vulgairement, pour faire l'éloge d'une montre, qu'elle va comme le soleil. S'il en était ainsi, la montre irait fort mal, car rien n'est irrégulier comme le mouvement de cet astre et les jours qu'il nous donne. Si Ton prend la moyenne de tous les jours de l'année, on a la durée moyenne du jour. L'année non bissextile 1869 a 365 jours grands ou petits, qui font 365 jours moyens, ayant chacun 24 heures moyennes, chaque heure 60 minutes, et chaque minute 60 secondes de temps moyen. Il est bien entendu qu'on désigne ici par jour un intervalle de 24 heures entre deux midis ou deux minuits successifs. Les jours naturels que donne un cadran, un méridien ou une lunette méridienne sont tantôt plus longs que le jour moyen d'un certain nombre de secondes, tantôt plus courts, et il y a des jours naturels qui sont juste de la même durée que le jour moyen. Le i" janvier 1859, le jour naturel (de midi au midi suivant) surpassait le jour moyen de 28 secondes et demie. Pendant tout janvier on avait de longs jours. Du 10 au II février, le jour vrai était égal au jour moyen; puis venaient des jours plus petits que le jour moyen jusqu'au i4 mai, où le jour naturel était encore égal en durée à la moyenne des jours. Depuis lors, les jours surpasseront la durée moyenne jusqu'au 26 juillet.. Du 21 au 22 juin, le jour a i3 secondes au-dessus de la moyenne. En août, septembre, octobre, petits jours jusqu'au 2 novembre, où le jour naturel égale de nouveau le jour moyen. Passé ce terme, les jours sont plus longs que le jour moyen jusqu'à la fin de l'année, et le 23 décembre, le jour a une demi-minute de plus que les vingt-quatre heures de temps moyen. Cette

ET MÉTÉOBOLOaiE. l53

complication apparente résulte tout naturellement de la marche oblique du soleil dans Técliptique et de sa vitesse variable. Gomme il faut toujours se graver dans la mémoire des notions précises, n'oublions pas que de toutes les périodes de la nature, année, jour, mois lunaire, il n'en est qu'une seule invariable, parfaitement fixe et immuable : c'est le jour moyen; les siècles qui s'écoulent l'un après l'autre n'influent en rien sur cette précieuse unité de temps, et par suite la seconde de temps, qui est contenue dans le jour 86,400 fois, se trouve avoir aussi une durée constante.

Pour revenir à notre présent mois de juin, il ne suffirait donc pas, pour des calcul^ très-précis, de dire que ce mois a 3o jours ; il faudrait à 3o jours de grandeur moyenne ajouter un nombre de secondes égal à 358, ce qui fait, à peu près 6 minutes. Ainsi la durée de ce mois serait de 3o jours plus 6 minutes. Décembre sera encore beaucoup* plus long.

Après le temps couvert et le clair de lune, un des fléaux de l'astronomie délicate^ c'est le crépuscule, ou plutôt les deux crépuscules du matin et du soir. Ceux qui vivent dans le voisinage d'une haute montagne en vdent le sommet encore éclairé par les rayons du soleil quand la plaine est déjà privée de sa lumière. L'airqui nous environne, à une hauteur bien supérieure à celle des plus hautes cimes terrestres, est de même illuminé par des rayons qui passent au-dessus de nos tètes, et son reflet éclaire assez longtemps la contrée pour laquelle le soleil est déjà couché. On adm^et assez arbitrairement que le crépuscule finit quand le soleil est à 18 degrés au-dessous de l'horizon. C'est sur cette

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donnée qu'on calcule la durée du crépuscule que Ton trouve encore indiquée dans quelques almaiiachs anglais, ainsi que la durée des clairs de lune du matin et du soir. Les anciennes éphémérides françaises contenaient aussi ces indications pratiques; Or voici un fait auquel généralement on ne fait pas attention. C'est qu'à Paris le soleil au solstice d'été, dans les jours où nous sommes, ne descend pas à i8 degrés au-dessous de l'horizon, même à minuit. Il s'en faut d'un tiers de degré. Lsl conséquence est que le 22 juin, à Paris, il n'est jamais nuit close, et que le crépuscule dure depuis le coucher du soleil jusqu'à son lever. Le vigilant M. Coulvier- Gravier, qui compte chaque nuit claire les étoiles filantes et les globes de feu, m'a confirmé ce résultat connu du calcul. Pour avoir nuit close, au solstice d'été, il faut descendre au sud jusqu'à Fontainebleau, ou bien atteindre des localités situées à moitié chemin d'Orléans. Dans les villes qui avoisinent la Baltique, le crépuscule d'été incommode ceux qui oi^t besoin d'obscurité pour bien dormir, et Ton- est obligé de mettre d'épais rideaux aux fenêtres des chambres à coucher.

J'ai souvent été interrogé par des personnes qui demandaient l'explication de la durée variable deà jours ou plutôt des journées entre le lever et le coucher du soleil sans faire intervenir les méridiens, les parallèles, l'écliptiqué et tout l'échafaudage de géométrie astronomique que les anciens désignaient sous le nom de connaissance de la sphère. Voici, je crois, ce qui est le plus simple à concevoir.

Il n'est besoin d'aucune notion de science pour reconnaître que toutes les étoiles tournent autour d'un point

ET MÉTEOBOLOGIK. l55

occupé à peu ptte par Tétoile extrême de la queue de la Petite Ourse, appelée Tétoile polaire. Ce point est le pôle, nus les étoiles sont éloignées de ce pôle, plus elles font de grands cefcles sdentour. Par exemple, le cercle que suit la brillante étoile du Cocher, savoir la Chèvre, ce cercle, dis-je, raise la terre à sa partie la plus basse, et rétoile, pour Paris, ne se touche jamais. D'autres étoiles encore un peu plus éloignées du pôle atteignent l'horizon dans la portion inférieure de leur cercle et disparaissent pour quelque tempï. Elles se couchent pour quelques heures. Lés étpiles de Féquateur qui sont placées d'une manière intermédiaire entre le pôle nord et le pôle sud ont juste hi moitié de leur cercle audessu^ et au-niessous de l'horizon, et sont couchées et levées pendant douze heures. Telles sont les étoiles de la Vierge et des Poissons. Encore plus au sud, les étoiles ne sont levées, c'est-à-dire au-dessus de l'horizon, et visibles, que pour un petit nombre d'heures. Telles sont pour BOUS la Colombe et le peu des étoiles du Centaure que nous pouvons atteindre en France. La brillante étoile Canopua, du Navire, la plus belle étoile du ciel après ISrius, est à peine visible à Cadix, au cap Matapan de Grèce; et enfin à Alger. Quant aux étoiles du sud, dont le cercle dans sa plus grande hauteur n'atteint pas les horizons d'Europe, elles nous sont invisibles, ce qui est d'autant plus fâcheux, que, suivant .les auteurs arabes, leur contemplation inspire la gaieté. La Croix du Sud, le Centaure, le Navire, la brillante du Fleuve, circulent à notre insu autour du pôle austral, et, mal décrites par les Grecs, ne l'ont été correctement que par les pilotes de Magellan.

l56 ASTRONOMIE

Ce préambule, qui n'a rien d'obscur , étant bien établi, il suffit de dire que le soleil parcourt chaque année, au travers des étoiles, une ligne obliqué, suivant les constellations du Zodiaque. Il passe successivement au travers du Bélier, du Taureau, des Gémeaux, du Cancer, du Lion, de la Vierge, de la Balance, du Scorpion, du. Sagittaire, du Capricorne^ du Verseau et des Poissons. En juin, le soleil est dans le Taureau et dans les Gémeaux, au milieu d'étoiles boréales qui ne se couchent que pendant huit heures. Il nous donne donc des jours de seize . heures. De même, quand il sera en septembre dans la Vierge dont les étoiles se couchent pendant douze heures, il fera les jours égaux aux nuits comme il les a faits en mars quand il était au milieu des étoiles des Poissons, qui de même sont levées pendant douze heures et couchées le même intervalle de temps. Enfin, en décembre, où le soleil sera parmi les étoiles du Sagittaire, qui ne se montrent chaque jour que huit heures, nous aurons des jours ou journées de huit heures et des nuits de seize heures.

On peut résumer ceci en disant que pour chaque localité chaque étoile a son jour et sa nuit d'une durée fixe et appropriée à sa distance au pôle ; et quand le soleil, par son mouvement annuel au travers des constellations du Zodiaque^ arrive devant taUe ou telle étoile de chaque constellation, il nous donne et le jour et la nuit qui conviennent à cette étoile. Voilà la réponse à la question de Virgile et de Dehlle : *

Pourquoi de nos soleils l'inégale clarté S'abrège dans l'hiyer, se prolonge en été.

Quant à l'illumination crépusculfire qui dépend de ia

ET MÉTÉOROLOGIE. l5y

hauteur de l'atmosphère qui nous enveloppe, je ferai remarquer que la partie de cette mer aérienne sans rivages, où se manifestent plusieurs météores, n'est guère plus haute que quinze lieues ou 60,000 mètres. Au-dessus, l'air est tellement léger, tellement rare, qu'il ne manifeste sa présence que dans des cas exceptionnels. De nouvelles déterminations. ont été obtenues par M. Liais, excellent physicien, dont j'ai déjà eu occasion de citer les travaux au Brésil avec l'estime qu'ils méritent et avec la reconnaissance qu'inspire la protection éclairée de Tempereur don Pedro. M. Liais trouve que l'existence de notre atmosphère est sensible encore à 820 ou même S40 kilomètres de hauteur, ce qui n'a rien que de très-admissible. Nous reviendrons là-dessus à l'occasion des étoiles filantes et des aurores boréales.

On dit souvent que l'aurore est le crépuscule du matin et que le crépuscule proprement dit est l'aurore du soir. C'est une grave erreur ; les (Crépuscules sont des phénomènes de simple illumination saps couleurs. Le crépuscule du matin précède de beaucoup l'aurore aux doigts de rose, et celui du soir survit longtemps à lâ disparition des teintes rouges et orangées de l'aurore du soir, qui nous font à Paris de si splendides décorations du couchant. De plus, l'aurore ne trace dans le ciel qu'une bande colorée peu épaisse qui atteint successivement les divers nuages étages en îles flottantes les unes aurdessus des autres. C'est un phénomène de diffraction avec le rouge plus infléchi que. le bleu, ce qui est l'opposé de ce que produit la réfraction ordinaire. L'illumination crépusculaire occupe au contraire l'atmosphère entière, et n'est point colorée, sauf le bleu

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uniforme, gui est la couleur que réfléchissent tous les milieux de grande étendue, car on sait depuis Newton que cette couleur, ainsi que le violet, se réfléchit en plus grande abondance que le rouge et l'orangé. Je vais au*devant de Tobjection que pourrairat me faire les physiciens habitués à voir la diâTraction produire des bandes colorées, tandis que l'aurore nous ofi're une continuité de teintes sans intermédiaires obscurs. Cela tient à la grosseur du corps éclairant, le soleil, qui comble les interstices que laisseraient ses rayons dans les couches de l'aurore s*il était réduit à un simple point brillant.

Je commence maintenant les revues scientifiques qui doivent terminer désormais toutes mes Études.

M. de la Goumerie \ient de publier un Traité sur la Perspective (i) considérée dans ses applications aux différents genres de tableaux, aux bas-reliefs et aux décorations théâtrales. Cet ouvrage,- dans lequel les meilleures méthodes sent exposées avec beaucoup de clarté et développées dans de nombreux exemples, me parait appelé à rendre de grands services. Les artistes y trouveront une importante théorie des effets de perspective. En voici quejques principes.

Quand un spectateur se place devant un tableau au point de vue choisi par le peintre, il voit les objets représentés tels qu'ils existent réellement. Mais s'il change de position, les objets paraissent tout à la fois se mo-

(i) Volume in-40 et Atlas in-f». Paris» Mallet-Bachelier, libraire. Prix: 40 fr.

ET MÉTÉOROLOGIE. jSg

difier dans leurs formes et se déplacer respectivement. Ceg effets sont très-sensibles quand la scène a de la profondeur et que la perspective est dessinée avec précision. L'auteur établit par des considérations géométriques très-simples la loi des modifications que les objets représentés par un tableau paraissent ainsi éprouver quand le spectateur se-déplace, ce qui permet de •prévoir et d'apprécier d'avance tous les effets de perspective connus.

Une des conséquences de cette théorie, c'est que les points qui sont en ligne droite sont vus de même en ligne droite par tous les spectateurs. D'après cela, si un peintre a représenté un personnage qui en regarde un autre, ou dirige vers lui une arme, en quelque part que le spectateur se place, il verra toujours le second personnage regardé ou menacé ; et comme la position de son œil est liée aux objets par la même loi, si, dansune station,, il est lui-même regardé ou menacé par un des personnages, il le sera dans toutes.

Les rayons de lumière étant des lignes droites, quand les ombres sont bien déterminées sur le tableau pour le point de vue de construction primitive, elles parais^ sent exactes à tous tes spectateurs. En un mot, dans toutes les modifications que les objets paraissent éprouver, toutes les directions sont conservées, et par suite les positions relatives restent les mêmes. L'œil est plus tolérant pour les angles. C'est pour cela que l'harmonie d'une composition n'est pas altérée par le déplacement du spectateur, et qu'un tableau, bien qu'il soit assujetti par le peintre à un point de vue unique, présente cependant des effets perspectifs satisfaisants à toutes les per-

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sonnes placées de manière à le voir sans trop d'obliquité.

Tout le monde est familiarisé avec ces résultats de la perspective ; mais ils n'avaient pas été analysés et rattachés à des principes géométriques certains, sauf la question du regard bien étudiée par Wollaston.

Quand le spectateur se déplace, les objets terminés par des contours arrondis paraissent éprouver des déformations inadmissibles s'ils ont été dessinés d'après les règles géométriques. La perspective doit alors être établie suivant des règles spéciales. C'est ce que M. de la Gournerie désigne sous le nom de théorie des dérogations. Il arrive à conclure que les objets arrondis ne doivent être soumis à l'unité du point de vue que pour leur position sur le tableau et non. pour leur contour apparent. C'est ainsi que jamais les peintres ne repré^ntent une sphère par un ovale. Des observations analogues doivent être faites pour les balustres et pour tous les objets vivants ou non qui ne sont pas limités par des faces planes.

On avait déjà admis quelques dérogations impérieusement réclamées par le bon goût. M. de la Gournerie^ de son côté, est entré scientifiquement dans cette voie, et l'étude de la perspective dans les tableaux des grands maîtres confirme toutes les conséquences auxquelles il a été conduit. '

Quant à la théorié^de l'auteur sur la perspective des reliefs, elle n'avait encore jamais été développée dans aucun ouvrage spécial. Je regarde (iomme heureux qu'elle soit mise à la portée des sculpteurs. Peut-être, quand ils seront guidés par des règles certaines, deviendront-ils plus hardis pour varier les plans dans les

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bas-reliefs, comme le sentiment de l'art' a déjà conduit plusieurs maîtres à le faire.

Les décorations théâtrales, présentant à la fois des objets en relief et des châssis peints, se rattachent à la perspective des bas-reliefs et â celle des tableaux. Cet art complexe, bien qu'il soit arrivé à un assez grand degré de perfection, n'est guère connu que d'un petit nombre d'artistes. Nous croyons que les personnes qui s'intéressent aux arts du dessin liront avec fruit les détails que donne M. de la Gournerie et l'analyse qu'il fait d'une belle décoration du ballet des Elfes due à M. Desplechin. Plusieurs des planches du riche atlas de l'ouvrage qui nous occupe sont consacrées à la reproduire.

En résumé, l'ouvrage de M. de la Gournerie, qui ne suppose aucune notion élevée de mathématiques, sera utilement étudié par tous les artistes. C'est une alliance entre la sévère géométrie et la capricieuse imagination, qui acceptera un guide' capable de l'éclairer sans l'entraver.

Je finis «n réclamant pour la physique comme pour la géométricf une part dans les moyens d'exécution du bel art de voir et de fairç voir, c'est-à-^dire de peindre.

CJuin 1859.)

Sur lek orages de foudre.

La nuit du lundi 27 juin i858 au mardi 28 a été signalée à Paris par un des plus violents orages de foudre

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qu'il nous soit donné d'observer dans nos contrées. H était comparable à ceux qu'excite dans l'Inde le renversement des moussons. Le tonnerre, avec des éclats insolites, a grondé plusieurs heures sur Paris, et il est tombé en plusieurs points de la capitale. Deux ou trois lettres me demandent d'expliquer d'oii peut provenir une si grande masse d'électricité et comment elle peut naître si subitement. De plus, on s'étonne que les nuages électriques ne se déchargent pas d'un seul coup comme les conducteurs de nos roadiines électriques. J'ai déjà eu l'occasion d'observer ces fulminaiions réitérées des nuages orageux, et notamment dans les Pyrénées, au-dessus et au-dessous des nuages électriques. De plus, je me suis assuré qu'il suffit qu'une nuée compacte monte ou descende de ..quelques centaines de mètres au milieu de l'atmosphère où elle flotte, pour qu'elle foudroie à coups réitérés les flancs des montagnes .qu'elle avoisine.

. La raison en est que la masse d'air qui forme notre atmosphère est dans un état constant d'électricité, et même dans cet état que l'on désigne sous'le nom d'état positif. Il en résulte que la masse du nuage qui après une explosion se trouve en équilibre d'électricité avec l'air environnant, cesse de l'être quand il s'élève au nùlieu de couches d'une électricité plus intense, que par suite il est en état d'électricité négative, et qu'au contraire, s'il descend vers des couches moins fortement chargées, il manifeste un état positif. L'une et l'autre circonstances auront pour suite lin écoulement d'électricité, et avec une accumulation suffisante et Ja proximité de la terre, il en résultera des coups de foudre.

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Notez que souvent les nuages orageux se foudroient Fun l'autre, comme je Tai parfaitement observé du sommet du Ganigou, dans les Pyrénées-Orientales.

Pour reproduire expérimentalement ces effets, placez un large plateau recouvert d*étain au-dessus de la machine électrique et communiquant avec le conducteur de la machine. Maintenant présentez au-dessus de ce plateau électriëé un autre plateau semblable que vous tiendrez par son manche isolant en verre. Dès que le plateau' tenu à la main sera dans le voisinage du plateau électrisé, il donnera au doigt ou à l'excitateur une vive étincelle et semblera désélectnsé ; mais si on le rapproche ou qu'on Téloigne du plateau fixe, il donnera de nouveau des étincelles : c'est le jeu le plus simple et le mieux connu des influences électriques.

Voulez-vous vous rapprocher encore plus de la nature et puiser de l'électricité dans Tair même, comme le font les nuages en montant ou en descendant? hacezvous, par un temps clair, en plaine, ou à une fenêtre qui ne soit pas trop dominée par les bâtiments environnants, ou mieux enfin sur une terrasse ou un belvédère, avec le "ciel bleu au-des§us de votre tête; puis, ayant fixé un fil métallique au bout d'une longue baguette (une ligne à pêcher est excellente pour cette expérience), attachez au bas du fil deux pailles légères ou deux brins de fii de lin. Il faut que l'extrémité supérieure du fil métallique soit attachée par de la cire à cacheter au haut de la ligne, et il faut de même que le bout inférieur de ce fil soit tenu par l'intermédiaire d'un autre bâton de cire à cacheter. Alors, tenant d'une main la ligne et de l'autre la cire qui porte le

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bout du fil métallique, armé de deux pailles mobiles, on verra ces pailles se séparer par Teffet de l'électricité prise par le fil métallique toutes les fois qu'on élèvera ou qu'on abaissera de quelques décimètres la pointe du fil qui dépasse la ligne. Saussure a fait mille expériences de ce genre,, et MM. Biot et Gay-Lussac, en laissant pendre une boule de la nacelle de leur ballon au milieu de l'air qu'ils dominaient, ont observé tous les effets divers qui résultaient d'un soulèvement ou d'un abaissement de la boule suspendue. Avec un petit ballon captif on obtient ainsi d'assez vives étincelles.

La réponse à la question de la production subite de l'électricité dans les nuages au , temps de la saison chaude, c'est de dire que par suite d'élévation ou d'abaissement du nuage il devient électrique' par l'influence de- l'atmosphère. Or c'est précisément dans une atmosphère tourmentée par la chaleur du soleil qui s'absorbe dans les masses non transparentes que naissent les orages dont il s'agit ici. Au reste, un changement de forme, un rapprochement, un état plus ou moins humide de la nuée suffisent pour déterminer des variations dans la production du phénomène.

L'orage du 27 juin a été exceptionnel par la fréquence de ses explosions et par la bizarrerie des bruits occasionnés par les éclats des tonnerres multipliés. Dans plusieurs maisons il a renversé des faîtes de cheminées, fondu des fils de bonnettes, cassé des vitres et percé des tuyaux en zinc. Ce sont ses petites espiègleries ordinaires; mais il est deux circonstances qui doivent appeler l'attention de tous ceux qui visitent une localité frappée de la foudre : c'est d'abord la fusion des

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métaux à froid et ensuite le tonnerre en globe de feu, vulgairement dit tonnerre en boule, qui se meut aussi lentement que la foudre ordinaire marche rapidement, et qui, au moment où la boule éclate, brise tout par une explosion aussi formidable qu'inattendue. On cite le cas d'un globe de feu qui ayant accosté un navire par le bord et s'étend promené à loisir sur le pont, finit par s'élever le long du grand mât. A une certaine hauteur, le globe fit une explosion foudroyante et brisa complètement cet énorme mât. C'est presque toujours au haut des cheminées que les boules qui ont suivi la suie conductrice arrivent à faire explosion et les rasent au niveau du toit qu'elles traversent. Je reviendrai tout à l'heure à ces sortes de foudres.

Qnant aux métaux fondus à froid, on a vu la foudre liquéfier des pièces de monnaie dans une bourse qui n'éjtait pas endommagée. Quand les fils de sonnette ont été fondus, on en trouve parfois les gouttes arrondies au milieu de poussières et de bourres très-combustibles et. qui n'ont point pris feu. Peut-être cela n'est-il pas général, et les incendies allumés par la foudre sOnt-ils dus à la chaleur des métaux fondus.

La maison de la ru© de Vanves, n° 7, a été visitée dernièrement, à minuit dix minutes, par une foudre en boule qui a commencé par détruire une cheminée; puis le globe de feu est entré dans une chambre située sous les tuiles. Après avoir cassé un verre à pied et quelques soucoupes de porcelaine et avoir retourné les tasses sans aucun dégât, la boule lumineuse a parcouru la chambre en se tenant toujours en haut de la pièce et au-dessus du lit sans rideaux où étaient couchés uç

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père et une mère qui n*ont eu aucun mal. Â côté leur enfant, dans un berceau, a vu le météore et a crié à sa mère : Du feu! du feu! Au sortir de la chambre, la foudre a brisé les vitres et les panneaux de la fenêtre. Elle n'est point entrée dans une pièce voisine où couchaient un enfant plus âgé et son grand-père. Cependant il y avait là une table couverte d'un grand nombre d'instruments en fer pour l'état de cordonnier. Ce n'est point dans cette maison qu'a eu lieu la dénudàtion complète de la tète d'une femme, annoncée àytortdans quelques journaux comme ayant eu lieu rue de Vanves, n*" 7. C'est cependant un fait connu que plusieurs personnes ont été complètement épilées par la foudre sans aucun inconvénient de brûlure ou de blessure.

D'où viennent toutes ces bizarreries? Je n'en sais rien ni personne à ma connaissance. C'est ce qu'il est bon de déclarer hautement, car les observateurs qui ne sont point physiciens négligent de noter et de publier ce qu'un hasard heureux leur présente, croyant à tort que les savants savent tout et n'ont pas besoin de renseignements. On montrait à Ârago une immense encyclopédie ; il répondit : « Eh ! que diriez- vous si l'on avait une encyclopédie de Vignorance, c'est-à-dire de ce qu'on ne sait pas? »

(Juillet 1859.)

&a saison aetnelle et les périodes oélestes.- — &e mesoe ret de la Seine à Gaudebeo le mardi 27 et le mercredi 28 septembre 318S9. — Zta lumière cendrée en Chine. — IêOtû Brongham et rinauguration d*un monument él^é par souscription à Hewton dans le lieu de sa naissance.

.Le soleil dont la violeDce

IVous a fait languir si longtemps,

Arme de feûx moins éclatants.

Les rayons que son char nous lance.

Heiireux temps, où le bhar du soleil suffisait à la curiosité astronomique 1 Ses quatre chevaux Pyroïs, Eoiis, Bthon et Phlégon remplissaient le ciel de leurs hennissements enflammés, suivant Ovide. Le lourd Mauilius, son contemporain, fait aboyer du feu à la canicule. Le prisme de Néron, dans les miains de Newton, n^avait point encore décomposé la' lumière blanche de cet astre. On n'avait point encore séparé les rayons invisibles de la chaleur des rayons bnllants de la lumière. On n'y avmt point reconnu les rayons chimiques qui ne sont ni des rayons de chaleur ni des rayons lumineux, et dont l'office, entre autres propriétés, est d'activer la végétation et de servir à la photographie, mot aussi réceni; que l'art qu'il représente- On n'avait pas découvert que dans la lumière de notre étoile il mauijue plusieurs centaines de rayons qui laissent des lignes noires dans la

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série colorée du rouge au violet, en passant par le jaune, le vert et le bleu, que le prisme étale sur un écran de papier blanc, tandis que la flamme du gaz et des bougies est complète et n'offre point d'interruption ni de rayons absents entre les mêmes limites du rouge et du violet. On né savait pas que chaque soleil, chaque étoile avait ses rayons manquants particuliers, en sorte qu'on peut distinguer chacun de ces astres par la nature de sa lumière. L'analogie de la lumière du soleil avec celle de Télectricité est encore un admirable progrès de la science moderne, et les anciens ne se doutaient guère que la fugitive lueur des éclairs avait de la ressemblance avec la paisible illumination du jour. Tout cela, c'est cependant, suivant une façon dé parler banale, ce que tout le monde sait aujourd'hui, à quoi un de mes interlocuteurs ou interlocutrices de salon ajoutait avec vivacité : Excepté ceux qui P ignorent.

Si l'on présumait l'influence du soleil d'après sa position dans le ciel chaque année, il est évident que chaque saison devrait ramener le même degré de chaleur et de froid, de sécheresse et d'humidité et les mêmes quantités de produits végétaux et animaux. U n'en est rien, et les causes météorologiques, encore peu connues et peu étudiées, et d'ailleurs fortuites, troublent complètement les déductions qu'on pourrait tirer des lois immuables de l'astronomie. L'élément prinéipal de la chaleur que le soleil envoie dans chaque localité, c'est la durée de ça présence sur l'horizon entre son lever et son coucher, c'est-à-dire la longueur du jour comparée à celle de la nuit. A Paris, au solstice d'été, le' jour est de seize heures et la nuit de hui|;

ET MÉTÉmtOLOGIE. 169

heures seulement, tandis que dansTépoqueeù nous sommes il y a autant de jour que de nuit. Un autre élément très-important, c'est la position plus ou moins oblique des rayons solaires, qui fait qu'une surface donnée, un hectare par exemple, quand le soleil est à moitié hauteur entre l'horizon et le point qui est au-dessus de nos tètes, que cet hectare, dis-je, ne reçoit que les deux tiers des rayons .qui le frapperaient si le soleil était à notre zénith. Si l'on tient en plein soleil une page imprimée, et que la vive lumière de l'astre tombe d'aplomb sur le papier de manière à rendre la lecture pénible, il vous suffira, pour diminuer l'illumination, de le mettre de biais par rapport aux rayons du soleil; alors il passera un grand nombre de ces rayons au-dessus et audessous de la page imprimée, et l'éclat de celle-ci sera fort affaibli. Après ces circonstances principales, la transparence de l'air, la quantité de rayons qu'il absorbe ou réfléchit, la distance variable de l'astre à la 'terre, la nature du terrain, tout enfin modifie l'action calorifique du soleil, sans compter le vent, la pluie, la rosée, rhumidité de l'air et la configuration du sol.

La floraison et la fructification des plantes, les migrations des oiseaux, l'apparition et la disparition des insectes, les voyages des poissons qui marchent en troupes innombrables suivant des circuits réglés chaque année mais à des époques variables, mille autres renseignements que les météorologistes futurs connaîtront et apprécieront, ne sont aujourd'hui qu'à peine observés et très-imparfaitement connus. On entrevoit presque avec frayeur tout ce qu'il faudra savoir dans les âges futurs pour être un météorologiste éclairé ; mais aussi

combien cette science prise dans le globe entier fournira d'utiles secours à l'agriculture, à Thygiène publique et aux travaux industriels de nos puissantes sociétés modernes!

Je trouve dans le Moniteur du i6 septembre une Note de M. Lecouturier sur la bonne qualité de ia vendange de cette année dans les vignobles des environs de Paris. J'ai pu m'assurer que dans les coteaux de Meudon tous les grains sont au même degré de maturité dans chaque grappe, tandis que dans les années où Ton est obligé d'attendre l'arrière-saison pour récolter le raisin } il y en a la moitié qui est encore verte tandis que l'autre moitié est déjà pourrie; le reste est mûr à point.

J'ai parlé de cette maturité exceptionnelle pour faire remarquer l'effet météorologique de la pente du terrain et de l'exposition. D'après ce qui a été dit plus haut, un cot)eau exposé au midi et relevé considérablement reçoit bien plus de chaleur et possède réellement un climat tout autre qu'un terrain de même étendue situé au revers de ce coteau qui regarde le nord. En choisissant de bonnes expositions, comme celles des coteaux d'Andresy et des plants de qualité supérieure, on ferait presque chaque année de bon vin dans le voisinage de la capitale; mais la nécessité de produire beaucoup sera toujours, là comme ailleurs, un obstacle au perfectionnement des produits.

Le jour et la nuit font une période assez courte de durée. Les phases de la lune nous ont donné là semaine pour chaque quartier et le mois pour sa révolution entière. Puis vient Tannée solaire qui règle tout sur la

terre. Ensuite la période de dix-neuf ans qui ramène la Inné aux mêmes points du ciel et que plusieurs météorologistes croient devoir reproduire les mêmes effets dans les saisons. Enfin la grande période d'Hipparque, la précession des équinoxes, qui en quatorze mille ans change les constellations d'hiver en constellations d*été et réciproquement, et au bout de vingt-huit mille ans les ramène au point de départ. Pingre remarque que dans quelques milliers d'années d'ici Sirius, la plus belle étoile du ciel, sera invisible en Europe, comme l'est déjà Canopus, qui tiend le second rai^g pour l'éclat.

Les anciens s'étaient figuré que l'état politique du globe était aussi périodique, et que ce qu'ils nommaient la grande année devait ramener sur la terre les mêmes peuples, les mêmes faits, la même histoire, comme dans le ciel la suite des siècles ramène les mêmes aspects des astres. On prend en général trente mille de nos ans pour cette grande année. Sans doute la période des équinoxes, qui est à peu près de cette durée, a donné naissance à cette fixation postérieure. Gomme on admettait que les destinées humaines dépendaient des influences planétaires, il était naturel de croire que les mêmes configurations de ces astres devaient reproduire les mêmes événements. Mais pour ramener les planètes à la même position relative, il ne suffirait pas de trente mille ans à beaucoup près. Pingré, dans une note de sa traduction française de la traduction latine que Cicéron a faite de l'ouvrage grec d'Aratus, intitulé Phénomènes^ Pingre, dis-je, calcule que pour ramener la Lune, Saturne, Jupiter, Mars, Vé-

nus et Mercure au même degré du zodiaque, il faudrait une révolution ou période de deux cent cinquante mille siècles!

Ces durées des périodes célestes dépassent Tidée ordinaire que l'homme se fait du temps quand il admire l'âge d'un centenairQ. J'emprunte à M"* Somerville cette belle idée que ces événements célestes, qui ne se reproduisent qu'après des milliers de siècles et qui nous paraissent de très-rares occurrences, sont au contraire pour l'éternité des phénomènes fréquents. Au risque de faire une phrase un peu prétei;itieuse, je dirai que ces périodes de millions de siècles ne sont que les secondes de rétemité.

Nous devons à lord Rosse et à son gigantesque télescope, dont le bâtiment est un château, la connaissance de la figure des nébuleuses spirales, c'est-à-dire de masses de soleils innombrables qui., avec le temps, se sont précipités les uns vers les .autres en arrondissant leur marche autour de divers centres et en concentrant leurs points brillants suivant des traces d'une incommensurable étendue. l)ire les siècles, les millions de siècles qu'il a fallu pour opérer cette disposition stellaire est a,u-de8sus de ia pensée humaine quand on songe combien peu deux soleils abandonnés à eux* mêmes et à leur mutuelle attraction se rapprocheraient en un siècle. Une personne qui me questionnait sur ces nébuleuses spirales de lord Rosse, et qui avait parfaitement compris l'infini de cette durée écrit! dans le ciel, médisait avec une conviction profonde : « Monsieur, croyez-vous que l'éternité puisse suffire à une si longue durée? » Le tout se termina pair cette citation de La-

martiiie :

Au delà du temps et des âges,- Au delà de l'éternité.

Comprenne qui pourra !

Dans les notions astronomiques, la matière, Tespace, le temps rivalisent d'immensité. Voilà des masses énormes et près desquelles la terre n'est pas même un grain de sable, voilà des distances telles, que la lumière^ qui ferait le tour de la terre dans le demi-quart d'une seconde, mettrait un million d'années à les franchir, voilà des temps aussi difficiles à comprendre que l'éternité elle-même. Toujours de l'admiration 1 Mais l'admiration est un sentiment bien froid et dont on se rassasie promptement quand il. a pour objet des chiffres et des mesures géométriques. La curiosité s'use bien vite pour ce monde métaphysique des abstractions où il n'y a ni passions ni dramatique.

Pour nous reposer la tête, je placerai ici une anecdote relative à la grande année de trente mille ans qui doit remettre en l'an 3 1869 le monde dans le même état que nous le voyons en 1859. Des étudiants d'une université d'Allemagne 3ont<à table faisant à la fin d'une année d'études un dîner d'adieu. On parle de la grande année et du plaisir que donne l'assurance de se retrouver tous à cette même place dans trente mille ans. L'hôte, qui tient le milieu du festin et qui veille au service, se pique de philosophie et prend part à la conversation. Il exprime sa profonde conviction de la vérité de ce qui vient d'être dit, et au moment où on se lève de table, l'amphitryon salarié témoigne à ses convives^

le bonheur qu'il aura à les retrouver à la fin de la grande année. « Au revoir donc, Messieurs I » Celui qui était chargé de payer s'adresse alors à l'hôte et lui demande de faire crédit jusqu'à la prochaine réunion. Celui-ci, fidèle à ses convictions, accepte, non sans un secret déplaisir. Déjà le payeur remettait la bourse dans sa poche, lorsque l'hôte, se ravisant, dit à ses convives : « Puisque nous serons comme aujourd'hui dans trente mille ans, nous étions déjà ainsi ensemble il y a trente mille ans comme aujourd'hui. — Sans doute, s'écriet-on de toutes parts. — Eh bien , Messieurs, alors vous m'avez demandé crédit comme aujourd'hui. Payez-moi le dîner d'il y a trente mille. ans, j'attendrai pour celui-ci. »

Je reçois de Rouen une lettre fort intéressante relativement à la grande marée qui aura lieu à la nouvelle lune du 26 septembre. D'après le retard ordinaire, c'est le mardi soir 27 et le mercredi matin et soir que le mouvement des eaux sera le plus violent. La lettre est, comme à l'ordinaire, signée d'un nom bien connu sans doute de celui qui l'écrit, mais peu lisible pour tout autre. On attribue à un célèbre diplomate d'avoir dit. que la parole était faite pour cacher la pensée. On pourrait dire avec plus de certitude que la signature d'un homme est faite pour empêcher de connaître son nom. Quoi qu'il en soit, M.*** m'apprend que c'est à Caudebec que le mascaret a maintenant le plus de force destructive. Il a été très<violent à .la nouvelle lune du 28 août dernier, et on le redoute encore plus pour le 27 et le 28 de ce mois-ci. Mon correspondant, que je remercie beaucoup de sa lettre, me fait observer que

Caudebec est une jolie petite ville où Ton arrive facilement. À une heure de Rouen, le ehemip de fer vous dépose à la station dTvetot d'où les omnibus vous mettent en moins d'une heure à Caudebec. Je trouve dans le livre de M. Labutte, historien et archéologue trèsdistingué de Normandie, de curieux renseignements sur la basilique de Caudebec et sur Tabbaye de Saint-Wandrille dont les ruines sont tout près de la ville. Ce sont des monuments qui méritent d'être visités. L'art et la nature feront donc à l'envi spectacle pour les curieux. La barre ou mascaret qui cause tant de dégâts sur les rives de la basse Seine consiste en une espèce de cascade qui se forme dans la rivière, et qui fait que le flot de marée, au lieu de monter peu à peu comme dans une mer libre, se précipite en roulant avec fureur une nappe d'eau qui a parfois plusieurs mètres de hauteur et qui endommage toutes les constructions des rives en même temps qu'elle culbute tous les navires qui ne sont pas à flot. J'ai passé vingt-cinq ans à découvrir la cause de cette singulière accumulation, et j'ai reconnu qu'elle se produit dans les parties de la rivière où le fond va graduellement en s'élevant. Alors les premières vagues se propageant dans une eau moins profonde sont devancées par celles qui les suivent et qui finissent par retomber par-dessus les premières, car c'est une loi mécanique que l'onde marche d'autant plus vite, que l'eau est plus profonde. Si la profondeur du canal reste la même, toutes les ondes vont du même pas et les suivantes ne rejoignent pas les premières. On détruirait ce mascaret si l'on pouvait maintenir le lit du fleuve à une profondeur égale. Les immenses travaux de la basse

Seine ont reporté le mascaret plus haut en remontant. Là il doit avoir moins de force à cause du ralentissement produit dans la vitesse de l'eau par l'élévation dt; chaque point à mesure qu'on s'éloigne de la mer. J'ai cependant vu autrefois des prairies en voie de destruction par le mascaret tout près de la Bouille, au-dessous de Rouen, et quelques-unes des belles îles célébrées par Bernardin de Saint-Pierre étaient attaquées par leur pointe inférieure. J'ai vu aussi anciennement les quais des jardins de Caudebec, revêtus de très-gros quartiers de pierre, disloqués par le mascaret à une époque où le capricieux déplacement de ce phénomène le portait sur cette jolie petite ville. Ce caprice fort explicable tenait à la disposition du fond, qui se trouvait alors monter en pente continue et produire la cascade destructive par les vagues postérieures qui chevauchaient par-dessus les premières arrivées. Vers la pointe de la Roque, une prairie affermée a4,ooofran6s a été en peu d'années détruite complètement par la barre. Depuis elle s'est reformée, et d'innombrables tètes de bétail paissent sur le lieu même où j'ai passé avec les bateaux à vapeur. C'est à M. Scott-Russell, excellent ingénieur anglais, qu'on doit cette loi expérimentale que l'onde va plus vite dans une eau plus profonde, loi qui m'a donné le secret de la barre de la Seine et du mascaret de la Dordogne. Le courant de la rivière est tellement peu la cause du mascaret, qu'il y en a, sans rivière aucune, sur les plages maritimes où le fond va en se relevant par une pente douce, et notamment près du mont Saint-Michel, dans le voisinage d'Avranches. On pourra donc toujours savoir si dans une localité il doit y avoir

un fort mascaret en consultant les baliseurs qui sondent la Seine à chaque grande marée pour eu indiquer les dangers. Partout où la profondeur de l'eau ira en diminuant par une pente continue, Fa mer montera par cascade. Si dans une partie du fleuve la profondeur augmente^ on voit le mascaret s'étaler et disparaître, car alors les ondes antérieures vont plus vite que celles qui les suivent, et il ne peut y avoir d'accumulation.

La loi mathématique de M. Scott-Russell est que la vitesse de propagation de l'onde égale celle qu'acquiert un corps pesant qui tombe d'une hauteur égale à la moitié de la profondeur de l'eau. Cette loi avait été déjà trouvée par Lagrange et déduite de considérations mécaniques; mais elle était tellement oubliée, que c'est par l'expérience seule qu'elle a été découverte par M. Scott-Russell, et cela par des observations faites dans la Clyde en Ecosse.

J'engage ceux de mes lecteurs qui porteront au bord de la mer un esprit méditatif à faire attention à la manière dont les vagues déferlent sur le rivage. Ils y verront la tête de la vague ralentir son mouvement en arrivant sur la plage, où l'eau est moins profonde, puis se renfler par le chevauchement de la partie postérieure de la vague, puis s'arrondir en cascade qui blanchit parfois à sa crête, tandis que du dessous de la vague surplombante il s'échappe par le poids de l'eau supérieure une lame d'eau qui s'étale sur le sable et y dépose les objets légers qu'elle a entraînés avec elle. C'est un véritable petit mascaret. J'ai eu la satisfaction de voir cette théorie, vérifiée par plusieurs observateurs

lyS ASTRONOMIE

de grand mérite, et s'il y avait autorité dans les sciences, je pourrais invoquer leur témoignage.

La conclusion de tout ceci est qu'il y aura probablement le 27 et le 28 de ce mois un beau spectacle de marée à Gaudebec, vers 9 à 10 heures, du matin et du soir, sans qu'il en coûte aux curieux une grande dépense de temps, d'argent ou de fatigue, dans une localité pittoresque et qui possède des monuments que M. Labutte déclare exceptionnels dans un pays fort riche en ce genre de curiosités archéologiques.

Je place ici une petite Note à l'adresse de nos nationaux de Chine, de Cochinchine et du Japon. Galilée a observé que la lumière cendrée de la lune est plus vive sur le croissant du matin, car la lune vieille reçoit alors le reflet de l'Asie et de l'ancien continent, tandis que pour le croissant du soir, c'est l'océan Atlantique et l'Amérique qui illuminent la portion obscure de la nouvelle lune. Ce doit être le contraire en Chine, où c'est le soir que l'Asie envoie son reflet à la lune nouvelle, tandis que le matin la vaste étendue du Pacifique doit moins éclairei: la lune vieille. L'observation vaut la peine d'être faite et je la recommande à tous nos officiers et à tous les Européens que la guerre ou le commerce retiennent pour un temps assez long dans ces contrées de l'extrême Orient. Ainsi en quelques heures la lumière cendrée doit varier considérablement d'éclat avec le côté de ia terre qui regarde la lune. J'ai déjà dit que pour les astronomes des autres planètes la terre est un astre variable suivant la portion de sa surface qu'elle tourne vers ces planètes.

Il n'est guère de nom plus connu dans le monde que

celui de rillustre chancelier d'Angleterre Henri lord Brougham, qui est aussi membre de l'Institut de France. Son passage au pouvoir a été marqué par des traits de désintéressement auxquels ses adversaires mêmes ont rendu justice et dont Teffet utile a survécu au pouvoir du courageux réformateur. Il a fait ce que d'Aguesseau n'avait pas osé faire en France. La profonde connaissance des lois et la parole incisive du noble lord, son influence politique et son esprit tout français sont généralen^ent appréciés. Mais ce que Ton sait beaucoup moins, c'est que lord Brougham est un mathématicien d'un ordre très-élevé, et que dans un âge déjà avancé il continue de cultiver avec succès les plus hautes connaissances mathématiques. On lui doit un commentaire sur le fameux et difficile ouvrage de Newton qui a pour titre : Principes de la philosophie naturelle. J'ai souvent fort étonné nos mathématiciens de profession en leur montrant l'ouvrage de lord Brougham éclaircissant par les formules de l'analyse moderne les théories que Newton lui-même indiquait comme devant peutêtre arrêter trop longtemps un lecteur même instruit en mathématiques. Gomme dans les sciences le dramatique dont je parlais tout à l'heure ne ressort guère du fond du sujet lui-même, on est heureux quand ceux qui cultivent ces connaissances abstraites donnent matière à un intérêt un peu moins métaphysique. Je trouve cet avantage dans deux discours du noble lord qui viennent d'être traduits et publiés en français, l'un sur la littérature populaire^ l'autre à l'occasion de l'inauguration de la statue élevée à Newton au lieu de sa naissance. Dans le discours sur la littérature populaire, lord Brou-

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gham combat cette assertion, qu'un peu de science est une chose dangereuse. Il remarque fort justement qu'il y a quelque chose de plus dangereux que ce peu de science : c'est beaucoup d'ignorance. Il cite ce vieux proverbe anglais : « Mieux vaut un demi-pain que pas de pain du tout. » On lui objecte que dans un demijour Tes pas sont mal assurés. Il répond : « Risque-t-on moins de trébucher dans une obscurité complète? » Il fait rénumération de toutes les publications utiles et à très-bon marché, dont lui et ses amis ont été les promoteurs, et il prouve que les classes inférieures de la société ont été puissamment moralisées par cette récréation intellecluelle fournie au peuple pour l'éloigner de l'ivrognerie et de l'abrutissement de la pensée.* Les publications de la Société des connaissances utiles sont autant de chefs-d'œuvre dus aux premières plumes de l'Angleterre. Je crois qu'on peut dire que ces publications populaires ont été le point de départ de semblables productions en France et surtout en Amérique. En France, nos petites illustrations scientifiques ont, je pense, rendu le plus grand service à la diffusion de ces précieuses notions qui, d'après lord Brougham, ont encore l'avantage de détourner les esprits d'écrits dangereux à tous les points de vue de moralité, d'honneur et d'élévation de l'âme. L'utilité des journaux, dit le noble lord, eât incalculable. Leur importance pour la législation, pour la justice et pour la police même est incontestable, et pour lés droits et les intérêts ordinaires de la société leur valeur est inestimable Ceux

qui faisaient métier de vivre de scandale ont cessé d'être.

ET MÉTÉOROLOGIE. l8f

Cest à Grantham, où est né Newton, qu'une statue a été élevée par souscription. Lord Brougham était h chef du comité de souscription, et de plus il avait le rare mérite d'être un commentateur des œuvres du grand homme de TAngleterre, pour ne pas dire du grand homme de l'humanité entière. Le discours de lord Brougham p^sse en revue tous les travaux de Newton ; mais il ne dissimule pas le mérite de ses prédécesseurs, auxquels il fait une part au moins assez forte. Le noble lord rend de même justice, en connaisseur éclairé, au5t successeurs de Newton : à Euler, à d'Alemberti à Lagrange, à Laplace. La carrière de Newton fut longue et heureuse. L'estime et la vénération de ses contemporains devancèrent le jugement de la postérité. Une fortune honorable paya la dette du pays envers lui. Mille témoignages de considération lui furent prodigués. Mais je pense que sa plus grande récompense ce fut la conscience de la valeur de ses travaux. Après avoir créé l'instrument mathématique de ses recherches, il l'appliqua à la mécanique, à l'optique et au système du monde. Il vit la terre s'aplatir doublement et par sa rotation et par l'effet de l'aplatissement même influant sur la pesanteur; il pesa les planètes, il entrevit leurs perturbations mutuelles, il connut la cause du déplacement de l'équateur et devina le balancement de l'axe de la terre; les inégalités de la lune lui furent expliquées, les marées cessèrent d'être un mystère, et le principe de l'attraction uoirerselle, développé par ses successeurs, lui donne encore un droit de partage dans toutes les découvertes qui ont été faites à l'aide de cette révélation de son génie. Le premier il a su de hautes vérités,

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le premier il les a enseignées au genre humain. Je n'ou« blierai pas de mettre au rang des félicités posthumes de Newton le monument élevé dans son lieu natal et le panégyrique prononcé par un homme tel que Tancien chancelier du Royaume-Uni. Il est beau d'être loué par un homme illustre et compétent. Laudaii €ib laudato viro.

Eh bien, j'ose le déclarer sans crainte d'être démenti par un appréciateur de Newton tel que lord Brougham. Une souscription particulière n'était pas assez pour un tel compatriote. Une manifestation nationale était due à celui qui honora tant son pays et qui fut, du consentement de tous, l'homme unique. L'Angleterre entière devait se montrer hère que Newton fût né Anglais. Je finis en répétant ce que j'écrivais en i8ai en pensant à ce grand homme: « Après la puissance créatrice à laquelle rien ne peut se comparer, le premier rang appartient au génie qui a pu pénétrer la pensée du Créateur. »

(Septembre iSSg.)

L'automne — La lumière cendrée en CRiine. — Le grande marée de septembre 1859 à Oaudèbeo et à Vtllequler. — Réponse à plusieurs communica t ions.

Voici les beaux jours de la fin de Tannée. Daos l'Europe occidentale, octobre et novembre sont en générai

ET MÉTÉOROLOGIE. l83

des mois privilégiés pour la douceur de la température et la salubrité. Pour nos ancêtres, c'était Tété de la Saint-Martin. Heureux ceux pour qui l'automne de la vie ressemble à l'automne de l'année ! Cette saison, re« doutée' dans les pays chauds, ^t ici fort innocente. La statistique établit que les mois de printemps soiit bien plus meurtriers que ceux où. nous sommes. Une grande variété de teintes vient enrichir les paysages. Les rosées abondantes qui caractérisent l'automne aussi bien que le printemps font éclore dans le gazon tine grande quantité de fleurs tanjives. Les oiseaux, pourvus abondamment de nourriture par les graines et les baies des plantes et des arbustes, s'engraissent pour leur propre compte et pour celui de l'homme, qui, par le droit de la force et de l'intelligence, confisque la nature entière à son profit. Si l'été n'avait pas pour lui la récolte du blé, ses présents à notre race ne rivaliseraient pas avec ceux de l'automne. Il y a trente ans, je n'aurais pas manqué de nommer Gérés et Bacchus les deux divinités de ces deux saisons. Mais avec Bacchus la saison actuelle est encore sous les auspices de Pomone, le Bacchus de la Normandie et de l'Angleterre. Quant à la divinité des pommes de terre, la mythologie grecque est en défaut.

Un de mes amis m'engage à signaler aux esprits observateurs la grande quantité de prépautions industrieuses que la nature suggère aux plantes, aux insectes, aux animaux, pour se prémunir contre la saison rigoureuse qui succède à l'automne. Des provisions, des nids, des enveloppes, des retraites Souterraines, des fourrures d'hiver, des changements de couleur, des émigrations

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et des choix de localités tempérées ; enfin, pour la perpétuité des espèces, les graines, les fruits, les œufs enveloppés ou non de tissus soyeux, les germes ailés ou pesants confiés à Tair, à la terre ou à Feau, en sorte que chaque espèce ne puisse ni périr ni envahir exclusivement la contrée entière. C'est la prévision de l'hiver qui force le blé de faire des épis et fait monter en graine mille autres plantes qui meurent Thiver et ne peuvent se reproduire que par des semences. Dans les pays chauds, le blé reste en herbe comme nos gazons, et se reproduit par rejetons qui s'ajoutent littéralement à la touffe primitive, comme au cerisier, à l'ormeau, au laurier, dit Virgile, «f cerasis, ulmisque. Par une singulière organisation de la plante, dans certaines contrées tropicales où règne une saison sèche qui fait annuellement périr toutes les herbes, le blé et les autres céréales se reproduisent de graine et donnent des récoltes comme dans les pays où le froid de l'hiver ne leur laisse que cette ressource pour perpétuer leur reproduction. Qui n'adinirerait la providence de l'Être Suprême, ci-devant Dieu, comme on disait en 93 !

Il est très-nécessaire que je revienne sur la lumière que notre terre envoie à la lune quand celle-ci est près du soleil, soit avant, soit 'après la nouvelle lune. La terre tourne alors vers la lune sa face éclairée, et les habitants de la lune {qui n'existent pas) ont alors pleine terre. Cette illumination de reflet, qui rend visible la partie autre que le croissant directement éclairé par le soleil, porte le nom de lumière cendrée (du mot latin cinereus, qui veut dire couleur de cendre, ou teinte de gris obscur). J'avais dit dans une de mes an-

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ciennes Études que je n*avais pas trouvé dans Galilée la mention que la lumière cendrée qui accompagne le soir le croissant de la nouvelle lune était moins brillante que la même lumière qui illumine le disque de la lune vieille à côté du croissant du matin. Une lettre d'il y a plus d'une année, écrite de Venise, m'indiqua mon erreur, et me cita la page et le passage des Dialogues où se trouvait Tassertion de Galilée. Le ton aimable et délicat de cet écrit aurait* pu en faire deviner le sexe, même sans le dernier mot qui était : « Car je suis une dame. » Une lettre toute récente, mais non de la même main, me dit : « A quoi bon faire l'observation en Chine? La question est jugée. Tout est fait. » Oh ! non pas vraiment, et l'on va voir qu'il est indispensable de vérifier la présomption de Galilée de l'autre côté de l'Asie.

Je dis présomption, car ce grand homme ne se hasarde que timidement à afiBrmer que la lumière cendrée du matin est plus vive que celle du soir. Voici ses paroles : « Si je ne craignais pas, comme on dit, d'abonder dans mon sens, je dirais que j'ai observé que sur la lune cette lumière secondaire que je prétends lui venir du reflet du globe terrestre, est notablement plus claire deux ou trois jours avant la conjonction qu'après, c'està-dire quand nous la voyons avant l'aube dans l'orient que quand elle se voit le soir après le coucher du soleil à l'occident. La cause de cette différence est que l'hémisphère terrestre qui est opposé à la lune orientale a peu de mers et beaucoup de terre, car il comprend toute l'Asie, tandis que quand la lune est à l'occident, elle est en regard de très-grandes mers, savoir tout

l'océan Atlantique jusqu'aux Amériques. » On admet ordinairement, avec Galilée, Hévélius et Schrœter, que c'est trois jours après et avant la nouvellef lune que la lumière cendrée se voit le mieux. Le croissant, amplifié par l'irradiation, paraît à Tœil nu faire partie d'un cercle bien plus grand que le disque obscur illuminé seulement par le reflet de la terre ou lumière cendrée. C'est ce qu'on nomme vulgairement en Angleterre la vieille lune embrassée par la nouvelle.

On a fait à l'observation timidement énoncée de l'illustre Florentin l'objection que la lumière cendrée du matin ne paraissait plus brillante que celle du soir qu'en raison de ce que les yeux étaient plus sensibles après le repos de la nuit qu'après l'éblouissement du jour. Hévélius a prétendu même, que le croissant du soir était plus brillant que le croissant du matin, ce qui indiquait que la partie occidentale de la lune qui fait le croissant du soir était moins terne que la partie orientale qui donne le croissant du matin. Par contre, Je soir la partie non occupée par le croissant serait la partie terne, et le matin le croissant se produisant sur la partie la plus sombre, la moins éclatante, ce serait l'autre partie, plus susceptible d'illumination, qui le matin nous donnerait la lumière cendrée la plus vive.

Admettons qu'en Chine nos officiers, nos diplomates, nos consuls, et je pense en ce moment à M. Montigny, dont j'ai eu l'occasion d'apprécier la persévérance éclairée, admettons, dis-je, que dans les intervalles des fonctions de la paix et de la guerre, ces esprits d'élite constatent que la lumière cendrée du soir, provenant de l'Asie, qui est occidentale pour eux, soit plus vive

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que la lumière cendrée du matin, que Galilée croit au contraire être la plus brillante, alors plus d'incertitude relativement aux illusions de l'organe et à la nature plus ou moins terne du sol lunaire oriental ou occidental, c'est bien le reflet 4e l'ancien continent, Europe, Afrique, Asie, qui est plus illuminant que les mers occidentales pour nous et le nouveau monde au delà. Cette vérification est donc, je le répète, indispensable.

Donc, le lundi soir 26 septembre dernier, à 6 heures, je partis pour un voyage de quatre heures, et le lendemain matin, à 10 heures, je trouvai sur les quais de Caudebec une foule d'étrangers et d'indigènes qui attendaieût ce qu'ils appellent le flot. La dernière grande marée de la nouvelle lune d'août avaii fait bien du dégât sur le littoral, en sorte que ce n'était pas seulement l'amour du pittoresque qui éveillait l'intérêt des riverains. La belle habitation qui termine le quai en aval de Caudebec achevait de réparer une espèce de petit bastion en belvédère qui avait croulé précédemment sous l'effort des eaux montant en cascade, en barre, en mascaret. On est là à vingt lieues de la mer, en suivant les détours du lit de la âeine, et l'on attribuait la force destructive du flot aux travaux d'endiguement exécutés vers l'embouchure du fleuve, quoique de pareilles destructions, ainsi que je l'ai dit, eussent déjà eu lieu longtemps avant ces travaux si gigantesques et si intelligents, lesquels ont déjà amélioré la navigation du fleuve, et diminué le temps* que les navires mettent à remonter du Havre à Rouen. Pour ne pas l'oublier, je citerai le cas d'un propriétaire qui, pour

l88 ASTRONOMIE

une lisière d'excellente terre limitrophe dé la Seine, entre Caudebec et Villequier, terre qui lui avait coûté moins de 10,000 francs d'acquisition, s'est vu forcé de faire à trois reprises des empierrements protecteur& qui lai ont coûté 40,000 francs, et que le mascaret continue à menacer d'une destruction prochaine.

A rheuref fixée, mardi matin 27 septembre, par un beau calme et par un jour des plus paisibles, un bruit lointain et qui se renforçait de moment en moment, a annoncé Tenvahissement des eaux de l'Océan, soulevées par la force occulte de la lune et du soleil agissant de concert. Je noterai ici pour les érudits que, dans l'admirable description du mascaret qui dans rindus culbuta la flotte d'Alexandre, la seule circonstance omise par Quinte-Curce, c'est le rugissement des flots arrivants, cette voix des grandes eaux, comme dit la Bible, qui annonce le mascaret bien avant qu'on l'aperçoive au milieu des sinuosités du cours du fleuve. A son arrivée, il est impossible d'exprimer la confusion des ondes qui se heurtent en tout sens sur les bords et au milieu du lit rempli subitement par les eaux, qui ne savent à quelle impulsion obéir. De grandes vagues se brisent contre le quai, et rappellent le Neptune d'Homère qui ébranle la terre. Des coups d'arrosoir dits été ides lancent la crête des vagues à plus de i5 mètres de hauteur, et dépassent de moitié les petits phares de la côte, inondant désagréablement les curieux trop rapprochés.

Des masses d'eau se creusent et s'arrondissent sur elles-mêmes en se dressant à la moitié de cette hauteur et retombant en dôme sur la courbe des ondes voisines,

tantôt courant le long de la rive, tantôt se précipitant vers la terre et y lançant des pierres du fond. C'est un quart d'heure de confusion inexprimable. Enfin le courant se détermine, et le fleuve, enflé des eaux qui abondent continuellement de la mer, remonte vers sa source avec plus de rapidité que les torrents ne descendent suivant leur pente naturelle. Cette comparaison est encore de Quinte-Curce.

Le soir du mardi, même spectacle, mais pendant la nuit, et une nuit sans lune, et par suite un efiet moral encore plus grand produit sur les spectateurs. Au haut des marches de l'escalier d'un embarcadère, un Parisien, imprudent ami de la nature, attendait naïvement la venue du flot, croyant être à l'abri par sa distance au lit du fleuve et par la hauteur des gradins où il était assis, lorsque les cris d'avertissement de la foule le firent très-heureusement déguerpir à temps de la station où il s'était si malencontreusement guerpL a Ma foi! disait-il, je l'ai échappé belle! »

Pendant une lieue à partir de Caudebec, en descendant la Seine, la route suit le fleuve entre la plus belle et la plus pittoresque des falaises de Normandie et d'étroites prairies qui sont la fertilité même, et que le mascaret mine tous les mois. De beaux rideaux de peupliers, dont la terre est délayée sous les racines, s'apprêtent à s'ébattre dans l'eau et à disparaître avec la rive qui les porte. Je fis cette petite excursion le mercredi matin pour voir le mascaret à Villequier, où la rivière, peu profonde à cause du banc appelé la Traverse de Villequier, éprouve encore plus les coups du flot arrivant. Que ne suis-je peintre ou botaniste pour

igo ASTRONOMIE

décrire cette nature féerique! Â droite, de grands rochers entassés dans toutes les positions les plus variées, un chaos de blocs gigantesques, témoins du soulèvement du continent par les forces primitives qui donnèrent à la terre sa surface d'aujourd'hui, de profondes fondrières richement boisées, des pentes arrondies et saillantes, plusieurs étages d'assises cyclopéennes revêtues d'éboulements. que la nature a semés d'arbres, d'arbustes et de plantes d'une incroyable vigueur et d'une variété d'espèces qui confond la mémoire, en même temps que de petits filets d'eau s'échappant çà et là, mêlent la végétation aquatique à la végétation terrestre. On y voit pêle-mêle le noyer, le frêne, l'orme, le chêne, l'if, le hêtre, le peuplier, le bouleau, l'acacia, le cerisier, l'érable, dans tout l'orgueil de leur haute stature, tandis que la charmille, le saule, le noisetier, le sureau, le lilas, le laurier, le sorbier, le troène» l'églantier, le figuier, l'aubépine, essayent d'égaler leurs concitoyens de plus grande taille en poussant des jets d'une ambition fabuleuse. Le lierre, la viorne, la ronce, le houblon et les autres plantes grimpantes mettent végétation sur végétation, et au-dessous mille plantes plus grandes que nature rivalisent avec les arbrisseaux des clôtures, comme ceux-ci essayent de rivaliser avec )es grands arbres. L'angélique sauvage, le panais, l'ortie, le dahlia, le topinambour, la presie, l'hièble, les joncs, les roseaux, se disputent le sol et l'air. Le feuille de toute cette nature, ainsi que les fruits, les baies et les fleurs, sont d'une richesse de ton qui défie les couleurs de la peinture à l'huile.

Le gris de lin est bleu de lin ; la teinte pâle des épis

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passe au jaune velouté de la topaze. Dans cet heureux coin de terre, à Texposition du midi, plusieurs oiseaux passent l'hiver, tandis que dans d'autres localités moins favorisées ils sont forcés d'émigrer pendant la mauvaise saison. D'immenses rochers, tapissés de lierre maintenant en fleur, sont couverts d'abeilles actives qui font encore leurs provisions. La viorne elle-même, avec ses légers marabouts blancs, faute d'arbres, recouvre, comme le lierre, d'immenses rochers à croupe nue et arrondie. Hors la route, qui est unie comme une allée de jardin bien soigné, on ne trouverait pas un espace non occupé par une plante et où l'on pût placer une pièce de monnaie sans toucher à la verdure. La Bible nous représente le Créateur ordonnant à la terre de faire sortir de son sein des arbres et des plantes ayant en eux-mêmes la vie et des semences pour se reproduire, et la terre obéit. Ce miracle est perpétuel dans les anfractuosités de cette riche falaise et dans la fertile terre qui est au pied. Les graines se hâtent d'y éclore, les plantes d'y croître et d'y fleurir, les arbustes d'y lancer leurs branches en jets prodigieux, et lés arbres d'atteindre par leur cime la falaise élevée, couronnée elle-même de la plantureuse bordure de la plaine supérieure. A gauche, s'étend le vaste lit de la Seine, et sur les grèves retentissait une fusillade continue contre les oiseaux du rivage. A l'horizon sont des falaises boisées et des lointains d'un indigo violacé d'une richesse inexprimable.

En suivant cette belle route ou plutôt cette allée de jardin anglais, je vis en plusieurs endroits des pierres confusément éparses sur le gravier uni du chemin. On

iga ASTRONOMIE

eût cru qu'elles provenaient rfune roche éclatée en pièces, si l'escarpement rocheux n'en eût été éloigné. C'étaient encore là des empierrements du rivage que le flot avait disloqués et lancés sur la route, et même quelquefois par-dessus des haies ou des parapets peu élevés. De grandes, barques, solidement enchaînées, avaient été soulevées et reportées sur la prairie : c'étaient, selon l'expression de Quinte-Gurce, des naufrages en pleine terre et l'Océan en pleine rivière. In "sicco naufragiay in amni mare. La prairie ellemême, délayée et minée par en dessous, s'était écroulée en plusieurs endroits et s'était dissoute en limon, laissant ses arbres abattus plonger de la tète dans le courant destructeur.

A Villequier, je trouvai l'élite de noë ingénieurs et plusieurs sommités administratives, législatives, et je pourrais même dire théologiques, qui venaient admirer le phénomène grandiose, en étudier les effets, et, ce qui est plus philanthrope, qui apprenaient à combattre le fléau dévastateur. Qu'il me soit permis de nommer l'ingénieur en chef, M. Ëmer)^ un de mes anciens élèves, qui a bien voulu garder un souvenir du collège, et M. Delamarre, l'un de nos législateurs les plus éclairés et les plus zélés à faire valoir les réclamations des riverains maltraités par le mascaret. J'ai déjà dit que dans une société faible l'homme courbe la tête devant les forces de la nature et se résigne à la fatalité; mais dans une société puissante par sa population, par ses capitaux, par son administration, par la science de ses agents, par l'activité vigilante du souverain, on étudie le mal, on y porte le remède, et l'art a ses miracles

ET HÉTÉOBOLOGIE. IQS

comme la nature. Aide-toi, le ciel t'aidera. Voilà le tableau qu'offrait la plage de Villequier au moment où l'on étudiait la future préservation de ces rives fertiles. Le même jour, un. chef supérieur encore arrivait de Paris, et le lendemain les riverains devaient porter leurs réclamations, leurs demandes de constructions et leurs craintes de désastres ultérieurs, devant les autorités scientifiques et administratives compétentes. Quatre heures et demie de route me transportèrent du lieu de cette scène de science pratique au lieu de la science contemplative qui met en réserve ses découvertes théoriques pour les utiliser ensuite suivant les lieux, les accidents de la nature et le temps où elles peuvent passer à l'état de fructueuses applications. Partout où il y a un besoin, la France a une capacité pour y suffire.

On cite ce mot de Pascal, que les rivières ont l'avantage d'être des chemins qui marchent tout seuls : c'est très-vrai pour la flottaison descendante, mais c'est l'opposé pour en remonter le cours. J'ai lu autrefois dans un vieux chroniqueur normand l'éloge de la Seine inférieure, comme étant très-fevorable au commerce par ses marées, quî.font aller le fleuve, tantôt vers la mer, tantôt vers sa source. Cet éloge peut s'appliquer à toutes les rivières où la marée remonte assez haut. Ces cheminA-là marchent réellement dans les deux sens à des heures réglées. Depuis les travaux de la basse Seine, la navigation remontante a beaucoup gagné, et la marée, qui s'arrêtait autrefois à Pont-de-l'Arche, arrive maintenant un peu au-dessus de cette localité. Les travaux de la Tamise et de la Clyde en Angleterre ont produit les mêmes avantages.

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