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Le journal XApramhin me reproche d'avoir caloomié la barre ou mascaret des plages du mont Saint-Michel et méprisé les rivières ou, si Ton veut, les petits fleuves qui y ont leur embouchure. Il cite en feveur de cette barre le talent qu'elle a de noyer les gens tout aussi bien que les barres de la Seine, de la Dordogne, de la Saveme, de TAmazone, de l'Indus et du Gange. Gomme la vaste Seine, ou plutôt le vaste Seine, magnus Sequanay ainsi que disaient les Romains, n'est rien au milieu de son \\i de 8 kilomètres de large, que sera le Gouesnon dans une baie de i6 kilomètres de flèche? Si j'ai tant de déeir de revoir la barre ou mascaret de cette admirable localité, c'est surtout pour observer son effet sur les plages où il n'y a point de courant sensible sur ces rivages dmteux que la terre et la mer revendiquent tour à tour. Ceci est de Lucain :
Quàquejacetlittus dubium qaod terra fretumque Yindicat alternis TÎcibus.
Car Lucain, sauf son pôle brûlant et son pôle gUieé, tant reproché par Voltaire é un abbé contemporain, a été un peintre admirable de la nature. Quand on traverse à gué l'eau qui fait une lie du mont SaintpMichel, et qu'on voit arriver du large la mer en mascaret, on ne peut guère l'éviter, car tous les amateurs qui ont fré« quenté les rivières savent que dès qu'on a de l'eau jusqu'aux genoux, la marche est tellement entravée, qu'on peut à peine suivre de conserve un homme maiw chant à pas lents et à sec sur le rivage. Virgile, poète éminemment citadin, malgré ses Bucoliques et ses Géorgiques, nous peint le géant Orion marchant à pied
ET UËTËOROLOGIE. igS
au travers des eaux profondes de la mer, forçant la voie et dépassant les ondes de toute son épaule :
Quàm magnas Orion Cùm pedes inçedit medii per maxima Nerei Stagna, viam findens; humero supereminet undas.
C'est beau en poésie ; mais, en réalité, le géant noyé jusqu'aux épaules n'eût pas avancé aussi vite qu'une souris sur le rivage.
Encore un mot de réparation au gracieux rédacteur de VJpranchi/i, dont j'ai, suivant lui, calomnié la barre. Un officier se présente à un tribunal comme témoin ; il déclare au président qu'il a vingt-neuf ans. Sa mère vient après lui au même titre. « Quel est votre âge, madame? —Trente ans, monsieur le président. — Comment ! mais votre fils vient de se donner vingt-neuf
ans ; vous vous trompez évidemment. — Non, monsieur le président ; si mon fils sait son âge, moi je sais le mien ; j'ai trente ans. Hélas! monsieur le président doit savoir combien il est facile de calomnier une malheureuse femme! » Il parait que l'honneur d'une malheureuse barre est aussi susceptible ; mais certes je devrais être le dernier qu'on dût accuser d'avoir porté atteinte à la renommée des barres avec ou sans rivières.
Encore deux ou trois lettres pour me demander si le siècle présent a commencé le i^ janvier 1800 ou le i" janvier 1801. fl a commencé le i" janvier 1801, à minuit, par la raison qu'il faut 18 centaines d'années accomplies pour faire 18 siècles, de même qu'il faut 18 piles de 100 pièces de i franc pour fiaiire 1800 francs. Ceux qui soutiennent la thèse contraire admettraient-
ils dans un payement à eux fait que la dernière pile s'arrêtât à la 99* .pièce de i franc? D'ailleurs il y a chose jugée. La première nuit de ce siècle a été signalée par la découverte de la première des petites planètes qui forment un essaim de petits corps célestes entre Mars et Jupiter. Ce fut le i*' janvier mil huit cent un que Tastronome Pisizzi fit cette heureuse observation à Palerme. J'ai répété ici cette circonstance devenue banale, pour avoir l'occasion de dire à mes lecteurs que la 5/ petite planète de ce groupe a été trouvée le 22 septembre dernier par M. Luther, à l'observatoire de Bilk, près Dusseldorf, et appelée Mnémosyne. Avec les quatre planètes anciennes de moyenne grandeur, voisines du solc^il, et les quatre grosses qui parcourent extérieurement de vastes orbites^ voilà 65 corps planétaires, sans compter les lunes ou satellites, qui, toutes planètes secondaires qu'ils sont, l'emportent beaucoup en gran- .deur et en importance massive sur la plupart des 57 planéticules observées jusqu'ici. On avait imaginé et dit que ces petits corps célestes pourraient compenser par leur nombre l'infériorité de leur taille, et que l'ensemble pourrait faire l'équivalent d'une grosse planète telle que Jupiter, Saturne, Uranus ou Neptune, ou au moins telle que notre Cybèle ou Yénus ; il n'en est rien. D'après un beau calcul 4^ M. Le Verrier, si toutes ces petites masses réunies faisaient autant que la terre, ou même que la moitié de la terre, il en résulterait dans le mouvement de notre planète une perturbation qui n'existe pas. Ce n'est pas la première fois que la géométrie est venue rogner les ailes de l'imagination ; mais elles repoussent promptement.
ET MÉTÉOROLOGIE. IQ/
Je suis entraîné malgré moi à propos de l'extrait de naissance du sièole, mais d'ailleurs très-volontiers, à faire connaître un résultat récent des calculs heureux du même astronome, et je le fais avec d'autant plus de raison, que notre presse périodique, qui gagne tous les' jours en science positive, s'est occupée convenablement de cette annonce du résultat de l'analyse de M. Le Verrier. On lui devait déjà un travail de premier ordre sur Mercure, planète la plus voisine du soleil. Cet astre, dominé par la force prépondérante de la masse centrale de notre système, qui agit énergiquement à une si petite distance, semblerait devoir marcher sans souci des autres planètes qui, par leur influence mutuelle, compliquent leur course autour du soleil. C'est ainsi que Vénus porte môme sur l'orbite de notre lune une petite inégalité que le calcul a fait reconnaître aux observateurs qui, sans cela, ne s'en seraient jamais avisés. C'est encore ainsi que des personnes indiscrètes se permettent de donner des ordres aux domestiques de leurs voisins. Donc M. Le Verrier, au moyen des passages de Mercure sur le soleil, vient de constater que la position de l'orbe de Mercure changeait séculairement de plus d'une'demi-minute (38 secondes), et cela sans raison aucune, j'entends sans raison déduite de causes déjà connues. On-peut donc soupçonner qu'entre Mercure et le soleil il y a une planète inconnue dont l'influence déplace la route de Mercure. Or les astronomes ont souvent^ au péril de leurs yeux, sondé télescopiquement la région du ciel qui entoure le soleil, et n'y ont rien vu. lia recommenceront avec une nouvelle ardeur au mois de juillet prochain en Espagne et
en Algérie, pendant la belle éclipse totale qui signalera Tannée 1860. Mais M. Le Verrier remarque très-justement que s'il n'y a pas de planète assez grosse pour être visible, entre le soleil et Mercure, il peut y avoir une grande quantité de petits corps planétaires dissé-^ minés dans la région intermédiaire, et que leur ensemble peut produire sur l'orbite de Mercure les mêmes changements que l'observation indique et ( ce qui est capital ) pas d'autres changements que ceux-là. Je répète que M. Le Verrier a prouvé qu'un anneau de petits corps déplace en masse l'orbite de la planète sans agir sur d'autres éléments que la position du périhélie. Les observations de Wollaston nous ont déjà appris qu'il n'existe autour de notre étoile aucune matière gazeuse produisant cette déviation des rayons de lumière que l'on nomme réfraction. L'optique nous fournira-t-elle quelque moyen de reconnaître les petits corps hypothétiques de M. Le Verrier autrement que par les yeux de l'algèbre? Le champ est ouvert à l'expérience. Nous n'avons pas encore le dernier mot de la polarisation, de la photographie et des observations faites au sommet des hautes montagnes, et enfin ne pourrait-on point voir ces petits corpuscules passer comme des taches noires sur le disque brillant du soleil ? En novembre 1 861 , Mercure passera entre le soleil et nous, et M* Le Verrier attend sans crainte la confirmation de ses hardis calculs.
A propos des points noirs passant sur le soleil, je recommande à nos utiles publicateurs d'illustrations scientifiques un dessin de Messier qu'ils trouveront dans le volume de l'Académie des Sciences pour 1777.
En plein midi une quantité innombrable de petits corps noirs passa pendant cinq minutes sur le disque lumineux. C'étaient sans doute des bolides de la nature de ceux qui nous donnent les étoiles filantes, les pierres tombées du ciel. Car, si d'après leur grosseur apparente on les supposait à la même distance que Mercure, chacun d'eux eût été une masse comparable à cette planète, et leur grand nombre rend cette supposition inadmissible ; leur mouvement très-rapide conduit à la même conclusion. On a parlé de gros grains de grêle pour expliquer ce phénomène. Mais ces corps se mouvaient en montant, contrairement à la grêle, qui, par sa chute, détruit tout sur la terre. C'est une belle planche qui mérite d'être reproduite et qui doit encourager à observer assidûment le soleil et la pleine lune, ainsi que M. Paye l'a fort recommandé tout récemment. Je termine en rappelant que j'ai par inadvertance attribué à un de nos premiers poètes vivants les deux vers de Racine qui terminent Esther:
Au delà du temps- et des âges.
Au delà de réternité.
Plusieurs lettres obligeantes m'ont averti de mon erreur ; mais l'une d'elles m'a appris de plus que Racine lui-même avait emprunté cette idée au langsige biblique qui dit : In œternum et ultra, mot à mot, pour l'éternité et au delà, c'est-à-dire au delà de ce qui n'a point de limites. C'est peut-être très-beau, mais cela n'est pas très-clair, du moins poui> moi.
(Octobre 1859.)
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Les travaux actuels contre le mascaret. — L^aurore boréale et la g^éographie magnétique du globe terrestre — Récente publication de sir Jobn Herschei sur la météorologie. — Le Cosmos, journal scientifique, rédigé par M- Tabbé Moigno. — Recherche» sur les météores, par M. Coulvier-Gravier.
Je sais parfaitement qu'en France il est d'usage d'être frondeur relativement aux actes de l'autorité. L'optimisme politique, administratif et social n'est pas de bon ton. C'est sans doute pour encourager nos gouvernants à mieux faire qu'on ne se montre jamais satisfait de ce qu'ils font et qu'on saisit toujours le côté faible de toutes les mesures amélioratrices qui dérogent à l'ancienne routine, laquelle du reste n'en est pas moins hautement condamnée. Il faudrait, suivant l'heureuse expression que M. Delaville prête à un candidat parlant à des électeurs moitié agriculteurs, moitié citadins,
Nous donner le blé cher et le pain bon marché.
11 faudrait voir tomber les cailles toutes rôties f traduction libre du latin qui parle de cochons qui se promènent tout cuits : Coctos porcos ambulare. Quand on parle à des personnes d'une autre nation, c'est tout le contraire. Us sentent ce qu'ils n'ont pas et nous portent
envie. On peut ici citer ce vers :
Plus je vis d^étrangers, plus j'aimai ma patrie.
Là-dessus un Russe très-distingué me disait que nos discours étaient toujours ceux d'un peuple conquis. Enfin, bien ou mal, le monde marche et la Providence le guide.
Cette petite préface répond à un reproche qui m'a été adressé à propos de ma dernière Étude et des louanges que j'escomptais d'avance au profit des autorités riveraines de la basse Seine relativement à la protection qu'il était nécessaire d'assurer aux terrains minés et détruits par la marée entre Villequier et Gaudebec. Immédiatement après mon petit voyage, voici ce que m'écrivait l'ingénieur en chef, M. Emmery : « Vous avez eu l'heureuse inspiration de faire partager au public l'intérêt que ces braves gens (les riverains) ont su vous inspirer dans leur lutte inégale contre le mascaret de la Seine; laissez-moi vous apprendre l'issue des tentatives faites en leur faveur, et auxquelles vous venez à votre insu de coopérer utilement
» Sur mes propositions, présentées d'urgence, je viens d'être autorisé à faire exécuter une digue insubmersible de II 25 mètres de longueur, formée de gros enrochements à talus très-inclinés et couvrant par une courbe régulière concave toutes les anfractuosités, tous les rentrants et tous les saillants de la ligne actuelle des quais et des terrasses de ce pauvre village (Villequier).
» Un crédit de 80,000 francs va m'étre ouvert pour cet objet, et à l'heure où j'écris une Qottille de bateaux
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d'enrochementadéjàcommencésonenceinte protectrice.» Je ne répéterai pas ce que j'ai déjà dit sur M. Emmery, sur M. Delamarre, du Corps Législatif, sur le chef supérieur de rAdministration des Ponts et Chaussées, qui arrivait aux bords menacés au moment où j'en partais. Je supprime beaucoup de choses flatteuses pour moi, mais je ne puis m'empêcher de dire que c'est toujours fort heureux d'avoir à constater qu'avec des autorités éclairées le pcaiage a conduit à du faisage. Il était d'autant plus besoin de se presser, que dans quatre lunaisons d'ici une marée de 117 degrés, une des plus fortes du siècle, viendra le 8 mars prochain se briser contre les digues de M. Emmery, qui lui dira, comme dans le livre de Job : Tu n'iras pas plus loin et tu y briseras tes flots amoncelés !
C'est spécialement de l'aurore boréale ou plutôt des aurores, boréales que je dois entretenir les lecteurs qui réclament les lumières de la science sur ces brillants phénomènes, qui sont en hausse depuis plusieurs semaines dans l'attention publique. Ces lueurs polaires, la^s sans doute de l'oubli où on les reléguait (je parodie l'abbé Delille qui dit :
L'aurore boréale Lasse de voir sa sœur Taurore orientale, etc.),
ces lueurs polaires, dis-je, non -contentes de faire silencieusement osciller les aiguilles aimantées des obseryatoires, se sont mises hardiment à faire sonner et déraisonner les télégraphes électriques. Leur action a été bien plus prolongée que l'action des orages de foudre. Voilà donc les fils télégraphiques devenus des instru-
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merits météorologiques soub la direction de M. Alexandre. Déjà M. Bei^on, l'un des subordonnés de ce chef ami de la science, a présenté à TÂcadémie de bons renseignements sur les effets de ces aurores qui ont cette fois pris tout le monde au dépourvu* La conclusion la plus saillante jusqu'ici, c'est que les lignes dirigées vers le nord ont été plus influencées que celles qui vont de l'est à l'ouest, comme il était naturel de s'y attendre. Mais désormais on veillera sur ces expériences en grand de la nature qui ont sans doute de curieuses choses à nous révéler.
Mais qu'est-ce que c'est que l'aurore boréale, ou plutôt l'aurore polaire, car il y a vers le pôle sud des aurores australes comme des aurores boréales au nord? Les Anglais disent très-justement polar light^ lumière polaire.
Ceux qui ont vu dans i nos cours de physique expérimentale un globe de verre dont on a enlevé presque tout l'air et au travers duquel on dirige un courant électrique, doivent se souvenir d'une lumière rougeâtre, pâle et agitée de saccades, qui remplit tout le vase et qui du reste agit sensiblement sur Taiguille aimaoïtée. Réciproquement, au moyen d'un barreau d'acier fortement aimanté, on tourmente de mille manières, au tra> vers même du globe de verre, cette flamme électrique. Ses teintes, son agitation, ses éclats sont tout à fait analogues à ce que nous montre rau,rore boréale, qui semble être une émission électrique de la terre, partant des régions polaires et se dirigeant vers les contrées équatoriales sous l'influence du globe, qui, comme tout le monde le sait, est un immense aimant dirigeant les»
aiguilles de nos boussoles d'une façon fort compliquée. La géographie magnétique du globe, ses points de plus grande force, les lignes que tracent sur les continents et sur les mers les diverses propriétés du grand aimant terrestre, son équateur, ses parallèles et ses méridiens magnétiques, ses courbes d'intensité, d'inclinaison, de déclinaison, tout cela est un monde géographique aussi vaste que la description ordinaire des régions terrestres. A quoi il faut ajouter que de siècle en siècle toutes les lignes d'aimantation se déplacent et changent de pays. Ainsi en 1666, à Paris, l'aiguille aimantée pointait droit au nord, et cent cinquante ans plus tard, en 18 16, elle déviait vers l'ouest à partir du nord d'une quantité tout juste égale au quart de la distance qu'il y a du nord à l'ouest, ce qui fait a2 degrés et demi.
A ce propos je dirai qu'il y a quelques mois j'ai eu, pour un débat judiciaire, à établir quelle était la direction de l'aiguille aimantée vers la fin du règne de Louis XIV. Je dois déclarer que pour ce renseignement officiel je me suis servi de la formule donnée par M. Chazallon en i855, dans l'un de ses excellents Annuaires des Marées; seulement je diffère d'un an avec lui sur l'époque où il place le retour de l'aiguille vers le vrai nord. Suivant moi, c'est en 1966 et non en 1967 que l'aiguille sera de nouveau dans le méridien géographique comme elle y était en 1666. Disons comme le Misanthrope ;
Nous verrons bien.
Je voudrais bien donner ici la cause et l'explication de l'aurore boréale qu'on réclame de moi, mais je suis
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réduit à dire comme Socrate : Tout ce que j'en sais, c'est que je n'en sais rien. C'est fort modeste; mais ce qui Test moins, c'est que je suis parfaitement assuré que personne n'en sait plus que moi.
A défaut de science positive, voyons les préiomptions. Si la lueur polaire est produite par un écoulement d'électricité venant des régions polaires, d'où vient à la terre cette électricité? Comment l'air, qui ordinairement arrête l'électricité, la laisse-t-il s'échapper de temps en temps, et quelle est la constitution atmosphérique qui livre ainsi momentanément passage à ces vastes effluves? J'ai reçu il y a quelques jours de l'illustre sir John Herschel un Traité fort sommaire de Météorologie. Cela fait cependant plus de loo colonnes in-4" petit texte. Je n'ai pas besoin de dire que j'ai lu sans désemparer et avec beaucoup de fruit un écrit parlant d'un tel auteur. J^y trouve sur l'aurore boréale cette remarque fondée sur une expérience de Davy, c'est que la nappe de lumière électrique qui se déploie dans le globe de verre en partie privé d'air ne passe pas aussi bien quand le vide est trop parfait dans le ballon de verre, de môme qu'elle n'y passe pas non plus quand il y a beaucoup d'air. Alors on pourrait imaginer que quand l'électricité polaire, retournant vers le sud, peut atteindre dans l'atmosphère une couche assez dilatée pour s'y propager, elle se répand dans cette couche en coupole sans se perdre au-dessus vers les espaces célestes, car au-dessus de cette couche il y a d'autres couches encore plus dilatées qui, suivant l'expérience de Davy, arrêteraient l'électricité et en préviendraient la déperdition. Cette r^oiarque est d'une haute importance.
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Plusieurs personnes m'ont écrit pour me transmettre l'explication de l'aurore^boréale. En général, c'est toujours sur les questions insolubles que les esprits à imagination travaillent le plus volontiers, et sans craindre la contradiction. Je leur rappellerai cet axiome de la dialectique : Ce qu^on affirme sans prcme peut titre nié de même. Je dirais plus, guêtre nié. Quodgrati» asserituTy gratis negatur* Voici encore un autre axiome malheureusement trop vrai : Ufaut saw)ir ignorer!
J'ai été témoin autrefois d'une aurore boréale complète et beaucoup plus belle qu'aucune de celles que les journaux ont décrites dans ces dernières semaines. Qu'on se figure les deux arcs<en-ciel ordinaires qui s'enveloppent l'un l'autre, mais bien plus séparés, et ayant une teinte rouge au lieu de la frange irisée ordinaire. On imaginera à l'intérieur du {dus petit cercle rouge un espace noir, et il y aura des colonnes lumineuses implantées sur cet arc et allant du petit cercle au grand, et dépassant de beaucoup ce dernier, à peu près comme dans les ponts en fer il y a des entretoises qui joignent perpendiculairement les deux principales arcades, comme dans le pont de Solferino, récemment terminé, ou encore dans le pont des Arts, en face du palais de l'Institut, Ces colonnes, implantées sur les deux arcs principaux de l'aurore boréale, sont dans une perpétuelle agitation et se surpassent rapidement les unes les autres ea éclat. Les auteurs anglais les appellent colonnes dansantes.
On a dit que le sommet de l'arc ou des arcs de Taurore boréale était dans la direction de l'aigiuUe aimantée. U. Duperrey, de l'Institut, notre plus baute autorité
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actuelle en fait de géographie magnétique, établit parfaitement l'inexactitude de cette assertion. M. de Humboldt nous apprend qu'à Bérésow, sur TObi, on voit tantôt les aurores boréales venant du Canada vers Touest, tantdl; de la Sibérie vers l'est. Ces deux points sont les deux localités tes plus froides de l'hémisphère boréal, car ce n'est pas au pôle même que se fait sentir le maximum' d'abaissement de la température. C'est encore vers ces deux points que l'aimantation de la terre a le plus de force. Aussi on les a nommés centres ou foyers d'intensité magnétique. En général, plus une contrée est chaude, moins l'aimantation terrestre y a de force. Je crois qu'on peut admettre que sur la géographie du magnétisme de la terre dix volumes ne suffiraient pas pour en exposer toutes les particularités. J'ai cité tout à l'heure M. Duperrey ; mais il serait injuste de ne pas mentionner avec le plus grand honneur le général anglais M. Sabine, qui a fait immensément pour cette partie de la science, et en Russie M. Kupfïer, dont la renommée, quoique très-grande, n'égale pas le mérite.
Le soleil et la lune, l'un activement et Tautre passivement, agissent aussi, quoique faiblement, sur l'aiguille aimantée qui chaque jour, chaque saison, chaque année, éprouve des oscillations périodiques. Bien plus, la période des taches du soleil, qui se renouvelle neuf fois dans un siècle et qui est d'environ onze ans, a une période correspondante dans les perturbations de la direction de l'aiguille. En 1801 il n'y avait pas de taches; en i856, après cinq période» de onze ans, il n'y en avait pas non plus. On présume qu'il n'y en aura pas
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de même en 1867. Je m'arrête, car je crains que le lecteur ne me crie : Assez! assez 1
GoDçoiton maintenant combien est vaste le domaine de la météorologie et de la physique du globe terrestre qui en fait partie? Un des grands titres de gloire de Humboldt â été de créer la géographie botanique. D y a aussi la géographie des animaux de la terre et de la mer, la géographie des climats, celle de Tarrosement du globe et de la distribution des Courants de la mer et des pluies qui tient si intimement à ragriculture; il y a la géographie de la chaleur et des phénomènes lu mineux, celle des vents et des ouragans, celle des tremblements de terre et dos volcans, sans cot&pter la météorologie théorique qui emprunte à la physique, à la géologie, à la mécanique et à l'astroBomie même les principes dont elle a besoin. Dernièrement le rédacteur du journal scientifique le Cosmos proposait timidement Tadjonction à l'Institut de deux ou trois membres, dont une partie s'occuperait de météorologie. Pour moi, je pense qu'une section entière de six membres, exclusivement voués à cette vaste branche de nos connaissances, ne. serait pas de trop pour embrasser tout ce qu'il y a à savoir, à chercher et à trouver dans la météorologie.
Puisque le Cosmos arrive ici, je suis bien aise de renouveler l'éloge que j'ai déjà fait dans ces Études de cette publication hebdomadaire comme tout à fait appropriée aux besoins et à la curiosité de ceux qui veulent se tenir au courant de ce qui se fait dans le monde savant. On peut dire justement que, sang éviter les questions de haute théorie mathématique, tout ce qui
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est d'une utilité . générale se trouve dans le Cosmos, M. Arago en était un des lecteurs les plus constants. Dernièrement, M. le maréchal Vaillant, académicien modèle, écrivait à l'Institut que le Cosmos lui tenait fidèle compagnie loin de Aos séances. On peut assurer que c'est par une vocation particulière que le rédacteur en chef, M. l'abbé Moigno, a suivi et populari^ le mouvement scientifique général malgré tous les obstacles qu'il a rencontrés et sans qu'aucune distinction honorifique, sans qu'aucune fonction lucrative ait payé son dévouement à la science et son renoncement à la culture des hautes mathématiques, où il avait fait preuve d'une grande capacité par des ouvrages de premier ordre. Les savants le renvoyaient aux ecclésiastiques et les ecclésiastiques aux savants.
Parmi les patrons éclairés du Cosmos, il ne faut pas oublier Alexandre de Humboldt, dont l'ouvrage avait fourni le titre au journal et qui en faisait grand cas. Entre les académies et le public qui recherche de plus en plus les travaux de la science théorique et appliquée, je ne vois pas de plus utile intermédiaire que le Cosmos. Voilà ma réponse à ceux qui me demandent continuellement : Où trouverons-nous en style intelligible une publication qui nous tienne au courant du mouvement scientifique de Fépoque? Evidemment le petit nombre de questions qui peuvent être traitées dans la presse quotidienne est insuffisant pour embrasser le domaine entier des travaux d'observation. Malgré la longueur de mes Études je ne puis suffire à tout ce qu'on me demande, et depuis plusieurs mois les télégraphes transatlantiques et les volcans frappent impa-
tiemment à ma porte. En ce moment le Vésuve renom velle ses réclamations.
J'ai encore à parler comme revue de Touvrage de M. Coulvier-Gravier sur la météorologie. Depuis plus de vingt-cinq ans, cet observateur assidu note Tapparition des étoiles filantes et des globes de feu, leur éclat, leur direction, leur nombre à chaque heure de la nuit et pendant chaqye saison. Il en a déduit des tableaux et des courbes qui montrent au premier coup d*œil la direction, la fréquence et le point de départ de cesmé* téores. On y voit ces apparitions subir des change^ ments annuels très-curieux et très-importants par leur régularité. Comme actualité je rappellerai que c'est au 1 a de ce mois-ci qu'on avait autrefois des averses d'étoiles filantes; mais, suivant M. Coulvier-Gravier, ce beau maximum a disparu. Cela n'empêche pas les almanachs anglais de noter pour le i a novembre' les sîiooting stars, à peu près comme les émigrants hollandais dans les régions tropicales mettent des roues au haut de leurs maisons pour servir de nid aux cigognes^ dans une contrée où jamais une seule cigogne n'a paru. M. Coulvier-Gravier espère que peut-être les crises météorologiques du 12 novembre et du lo août se reproduiront de nouveau, car sans doute il y a ici comme ailleurs une périodicité, mais dont les intervalles nous sont encore inconnus.
Je ne considère l'ouvrage de M. Coulvier-Gravier et son immense recueil d'observations qu'au point de vue des faits qui sont incontestables. Quant à la théorie de l'auteur, qui en bien des points diffère des idées généralement admises, beaucoup de personnes se sont
appuyées là-dessus pour jeter sur ce livre une défaveur qu'il ne mérite aucunement. Il sera pour des théories futures un guide que rien ne pourra remplacer, et les plus importantes xnotions sur la manière dont est peuplé l'espace qui environne la terre et la route qu'elle suit dans le ciel se déduiront de ces données. Je dois dire que, par suite des perturbations planétaires, jamais la terre ne suit dans le ciel la même orbite deux ans de suite, et qu'elle trouve toujours du nouveau «ur son chemin. Les globes de feu et les aérolithes ou pierres qui tombent du ciel ont aussi été étudiés, observés et décrits fidèlement par l'auteur. M. de Humboldt a formé le catalogue des matières étrangères qui nous sont ainsi arrivées, et il y a reconnu presque toutes les substances chimiques de notre minéralogie terrestre. Ces visiteurs extra-terrestres qui forment la liaison entre la terre et le ciel ont donc une analogie de composition avec notre terre, et Chladni les appelait matière chaotique, comme sic'eussent été des résidus de la matière céleste qui s'est conglomérée en grosses planètes. Quoi qu'il en soit, on avait beaucoup espéré que les aérolithes nous amèneraient de nouveaux corps simples à ajouter aux cinquante à soixante éléments actuels dans lesquels la chimie moderne a décomposé tout le globe terrestre. L'excellent chimiste Laugier, qu'une mort prématurée a privé du fauteuil académique qui l'attendait, avait dans cet espoir analysé un grand nombre de pierres mét^riques avec tout l'art et le soin imaginables. Il n^ a pu trouver aucun principe nouveau. Il n'en serait pas sans doute de même au cas où l'on pourrait saisir quelque fragment de comète
qui nous donnerait un échantillon de la matière qui peuple le ciel dans des régions fort éloignées de celle où nous sommes confinés.
On lit avec intérêt dans Fouvrage de M. Coulvier- Gravier ses observations d'un grand nombre de météores de toute sorte, voire même de comètes, n donne la préférence à la comète de i8ii sur celle de i858. Ce n'est pas tout à fait mon avis, et j'ai sur M. Goulvier-Gravier l'avantage (ou, si l'on veut, le désavantage) des années. Au reste, la vocation de notre météorologiste a été autant précoce qu'irrésistible, et par sa persévérance il a conquis dans les combles du palais du Luxembourg un observatoire d'une spécialité tout à fait exceptionnelle. Pour rendre comparables des observations qui ont pour objet des apparitions imprévues, il est indispensable qu'elles soient faites par les mêmes yeux, guidés par un même plan de recherches, et en réduisant le tout au même nombre d'heures et aux mêmes époques de la nuit. Un résultat curieux bien établi à l'observatoire du Luxembourg, c'est que du soir au matin le nombre des étoiles filantes va croissant jusqu'à 3 heures après minuit. Il y a sans doute là un mystère dépendant du double mouvement de la terroy comparé à celui des petits corps qui viennent s'enflammer dans notre atmosphère. Je n'ai pas besoin de dire que les météores qui nous occupent ici, et qui souvent^ éclatant par milliers, ont reproduit l'aspect d'un feu d'artifice^ n'ont rien de commun que le nom avec les étoiles ou soleils, masses immenses qui s'échelonnent à perte de yue télescopique dana la profondeur du ciel, lajssant indécis lequel," de la matière
OU de l'espace, confond le plus la pensée ordinaire. L'Académie des Sciences a réclamé l'impression des observations de M. Goulvier-Gravier, et la libéralité du gouvernement a utilisé heureusement le zèle persévérant de cet astronome jusqu'ici unique dans son genre de travaux, quoiqu'il soit de la plus haute importance d'avoir en activité, dans des régions plus boréales et plus australes que notre pays, le même système de déterminations météorologiques. En tout état de cause la France aura eu l'heureuse initiative que lui assurent le livre et les recherches de M. Coulvier-Gravier.
P. iS. On me communique à l'instant un article remarquable de V Illustration sur les effets de la marée à Villequier. V Illustration a fait représenter les dégâts de rOcéan en deux dessins qui montrent un jardin en terre-plein, élevé avec des murs de soutènement, entièrement emporté et délayé par le mascaret. L'auteur de l'article, M. Alfred Busquet, que je me propose de rechercher à mon prochain voyage à Villequier en mars 1860, me reproche d'avoir appelé en général mascaret ce que les Normands appellent barre. En langage maritime ordinaire, la barre d'un fleuve est cette espèce de barrière de sable qui obstrue l'embouchure des fleuves et qui se forme par le dépôt de ses troubles à la limite oùses eaux sont arrêtées par celles de l'Océan. Il était donc nécessaire dVoir un nom spécial, et j'ai, avec M. Aragp, adopté le nom de mascaret usité pour la Dordogne ( la Garonne n'a pas de mascaret). Quant à lêtre un prophète de malheur, un nouveau Cassandre, l'auteur de Tarticle a sans doute
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voulu dire une noupeUe Cassandre. Le vieux et stupide Cassandre du théâtre italien n'a rien de commun avec la fille inspirée de Priam. Un de mes amis, M. Aimé Martin, se délectait ainsi que Charles Nodier avec la parade que voici :
CASSANDRE
Ce monde est donc bien vieux?