‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs ..., Volume 5Chapitre 10 sur 17 · ET LES REBOISEMENTS. XVII · texte numérisé non relu

ET LES REBOISEMENTS. XVII

éclairés applaudiront unanimement à ces prévisions désintéressées qui seront dans la postérité l'honneur de notre siècle. Ce sont des arbres que le sage bienveillant plante pour un âge autre que le sien.

On me dira : Puisque la science est impuissante à remédier aux sinistres météorologiques, qu'elle peut tout au plus prévoir, que réclame-t-elle, pjir exemple, dans la circonstance présente où une sécheresse désolante réduit les bestiaux à une véritable famine et sur plusieurs points de la France entrave les travaux de culture de la terre en ne profitant qu'aux vignobles seuls?

La réponse est simple et fecile. Ce sont les travaux imprudents des hommes qui peu à peu, de siècle en siècle, ont établi le régime météorologique actuel ; c'est à d'autres travaux persévérants, aidés par la science, par le temps et avec la puissance moderne des machines , de l'industrie privée et du crédit public , c'est à ces travaux indispensables qu'il faut demander de reproduire^ ce qui a été détruit et de surpasser même la nature primitive, en faisant des eaux, qui sont présentement ou destructives ou improductives, des auxiliaires puissants «peur le rappel du sol détérioré à la fertilité par l'irrigation.

J^i sous les yeux le tableau des désastres que des défrichements malheureux ont produits dans un grand nombre de parties de la France. Le sol , privé de consistance par la dénudation provenant de la coupe des . bois et des arbrisseaux et par l'effet de la bêche et de la charme, s'est trouvé en proie au délayement et à l'entraînement des pluies, et surtout des pluies abondantes et subites qui ont lieu dans les vallées hautes à

XVIII SUH LA 8ÉGBERESSS, LBS IRRIGATIONS

pentes abruptes. Les ravins qui se sont formés, et qui en quelques localités ont pris les proportions d'immenses précipices , sont devenus le lit momentané de torrents ravageurs qui, avec là, terre végétale superficielle , ont rongé Tésçarpement et entrainé des avalanches de pierres, de rochers, de csûJloux et de détritus infertiles ^i ont recouvert le sol cultivable de la vallée çt peu à peu dépeuplé des contrées entières formant la lisière des montagnes, tandis que d«ns un âge antérieur au débqisement, des villages florissants existaient là où on ne trquve aujourd'hui que quelques ruines au milieu d'un désert. D'un autre côté, le déboisement des crêtes des collines, même dans les provinces éloignées des montagnes, et le piétinement des troupeaux ont dénudé et stérilisa complètement des champs jadis très-productifs. Tous les hommes compétents ^ont unanimes pour signaler cette détérioration continue et rapide du sol de la France, et nous pronos^ tiquent, dans un aVenir peu lointain, l'état actuel de la Grèce, du littoral de l'Asie Mineure et de tant d'aubres contrées où la fertilité a disparu avec la végétation , laquelle avait cédé elle-même à l'avidité imprévoyante des habitants. Mais ce que ne ferait point l'intérêt privé, naturellement égoïste, la «société prévoyante peut et doit le faire, et cela sous peine de s'amoindrir elle-même avec la fertilité de son sol nourricier.

Lorsque des peuplades faibles et pauvres subissait un fléau météorologique^ elles courbent la tête, comptent leurs pertes et subissent apathiquement les lois de la naturp qui les tyrannise, comme les lois d'une irrésistible fatalité. II n'en est pas de même d'une société

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