‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs ..., Volume 5Chapitre 16 sur 17 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

Iles prônottloi météovoloskiiieti oe <|tt11« font et ce qu'Ut tMont. -^ WovnrellM des loleBoe*. -^ AIomamiImi astranomicpiei. >-^ P ro g réf de 1a Mteiiee dans l'atteo-

• tioD d« pubUo.

Je ne saisquet empereur romain (je le &aî8 fort bien^ mais je fais ma phrase) disait en mourant : « Je sens que je deviens tJieu. » Moi, de mon vivant, je sens que je deviens astrologue. J'ai beau faire et refaire des professions & incrédulité en météorologie prophétique,, on n'en réclame pas nidns des pronostics bons ou mau« vais , probables ou incertains. Je ne ménage pourtant guère ni le public ni moi-même sur ce désir de connaître ce que personne ne peut savoir. Arago, qui s'est à juste titre prononcé contre les prédictions météorologiques, disait et répétait : « Comment voulez-vous qu'on vous renseigne sur le temps qu'il fera tel jour, puisque s'il pleut àlqrê à Paris* il fera peulrêlre beau temps à Versailles? » Le i" janvier de cette année, j'ai dit, sans garantie, du gouvernement de la science, quelques mots sur le caractère (}es saisons futures de cette année. Cet article était écrit il y a deux mois; l'événement m'a déjà donné raison danâ ma prévision de froids tardifs pour i858, quand nous arrivera le contre-courant du vent dominant qui souffle généralement de la France sur la Russie. Ces froids tardifs sont fort efficaces pour la destruction des insectes nuisibles

aux récoltes, et le retour des saisons normales nous débarrassera de plusieurs âéaux agricoles qui auraient peut-être fini par attaquer le blé. On s'est beaucoup plaint de ce que, pour bette cause, les abeilles ne réussissaient pas en France, tandis qu'au nord et au sud de l'Europe on récolte le miel et la cire en abondance. J'ai pour principe que tout homme qui se plaint de la Providence est plutôt un ingrat qu'un malheureux.. Or tous ceux qui en. Russie et en Italie ont goûté des moustique^ (ou plutôt dont les moustiques ont goûté) sont unanimes dans l'idée qu'il est infiniment plus facile de se procurer du miel pour la tisane que de se préserver des piqûres cruelles des moustiques.. Admettons que tout est au mieux et ne refaisons pas 1q monde.

En attendait le vent du «ord-est , je pense qu'il résulte de la régularité actuelle des saisons et des courants soutenus de l'atmosphère que noue n'aurons pas cet hiver ces chicanes de vents qui ^ en tourmentant la masse aérienne qui nous entoure , soulèvent les masses humides et leur font donner de l'eau. Je disais donc ii y a deux mois: Nous aurons peu de neige et de pluie cet hiver, et, par suite^ les ruisseaux et les sources seront peu abondants en 1 858. 'C'est un adage que : pas de neiges, pas de fontaines, car l'eau qui provient de la neige fondue pénètre bien mieux dans le sol que l'eau de pluie qui se réévapore en grande partie. Hier encore un interlocuteur me suppliaiLde ne pas lui prédire une grande sécheresse pour i858, vu. que déjà en 1857 on avait souffert du manque d'eau motrice pour les usines. Je lui répondais qu'il était bon au moins d'être prévenu et de pouvoir appieler la vapeur en auxiliaire, aux forces

de la nature. Je présume qu'en 4 858 conïme en 1857 les cultures pourraient remonter vers le nord et que Ton aura assez d'exoé^int dé chaleur pour mûrir des récoltes qui, en année moyenne, ne peuvent réus^ire Tels sent pour les ei\virons de Paris le maïs et une sort. de millet; Mais si nous entrions dans la météorologie agricole avec M. le comte de Gasparin et son admirable ouvrage sur Tagriculture théorique et pratique , -ce serait sans doute fort intéressant, mais vraiment interlàinable.

On parle assez légèrement de ce qu'on appelle la science des salons, et les savants, ou soi-disant tels, écrivent des livres pour les gens du monde, ce qui implique l'idée de parler à des ignorants; mais, dans la conversation, fournissez des données précises à ces intelligences d'élite auxquelles il ne manque que la connaissance des faits, et, bien loin d'enseigner, vous vous instruirez vOus-méme>par les tiperçùs justes et profonds des penseurs improvisés qu^'il faut seulement savoir écouter. Déjà bien des fois j^ai entendu remarquer qu'avec le tableau météorologique du monde entier les pronostics de la science deviendraient bien plus sûrs que par le passé. Presque tout ce qui se rapporte au climat^de chaque localité doit être attribué à l'action des vents, et /somme l'électricité va bien plus vite que led coupants d'air, on poari;^ savoir à l'avance ce qu'on > doit attendre, et, avec l'expérience préalable, on saura rinterpréter. Au reste, il y a-, je crois, autant de mérite à mettre en œuvre une invention qu'il y en a à la concevoir. Sans une volonté souveraine, nous n'aurions pas encore le bilan météorologique que publie l'Obser-

2^6 ASTEONOMIE

vatoire impérial de France, et que tout le^onde peut méditer^ Fontenelle disait bien justement que faire adopter aux hommes une idée ^^le, c'était vouloir en« foncer un coin par le gros bout.

Pour passer de la spéculation à la pratique , ^e prends pour exemple un fait récent, qui montre toute 4'utilité des communications électriques relatiTement aux inondations. Pour la mém.e théorie, je renvoie le lecteur à mon discours public à la séance des cinq Âcadéoûesdu mois d'août i856. Voici ce docuinmit:

a Le gouvememeat a été pré?enu.quatre jours d'à- » vance à Paris qu'il y av^ à craindre à Blois, à Tours, » à Angers , etc., des crues de la I^re qui pouvaient » causer de grands désastres. Les autorités départe- » mentales ayaient effectivémml reçu des dépêches ea- » voyées du haut Allier et de la haute Loire, annonçant » que ces deux rivières venai^t d'atteindre un niveau » bien, supérieur à celui qui au printemps de iH56 avait » causé de si terribles inondations. Le Minime de la » Guerre , par ordre de l'Empereur, envoya d'iàrras à » Tours et à Blois des compagnies du génie pour diriger » les travaux, et de Paris deux- bataillons d'ipfuitene, » qui non-seulement avaient polir mission de maintenir y> l'ordre dans les douloureuseï^ circonstances qu'on ti^ y> doutait, mais qui devaient aussi ajouter leur travail » et leurs efforts au. travail et- aux ^orts des ouvriers » civils; enfin le ministère expédia de Paris plusieurs 7> mflliers d'outils de tèrras^ers, qui. vinrent s'ajouter » aux ressources des localités.

« Les troupes, les outils arrivèrwt A destination plu- 1» sieurs jours avant que la crue se produisît à Blois ou

» à Tours. Leur arrivée produisit le meilleur effets et » cette preuve de la soNicitude empressée du gouver- ]» nement contribua puissamment à rassurer les popu* » lations et à redcjubler le zèle des travaillei^^. » '

C'est le 23 octobre demjer que la Loire a.commencé à monter à Tours- au moment précis indiqué quatre jours à l'avance par les dépèches électriques. Sa crue a été moins forte qu'on ne le craignait,. parce que tous les affluents du fleuve Mi'ont pas grossi au même moment et d'une égale quantité. Mais si l'on fait attention à toutes les i|iquîétudes, à tpus les déplacements, à toutes les dépenses qu'enU*akie dans ce^ circonstances le manque de sécurité, on reconnaîtra que ces faits honorables pour l'autorité ne le sont pas moin3 pour la météorologie , et que ,. d'après ce mot tant cité de Napoléon I*, le pouvoir de la science doit faire partie désormais de la science du pouvoir.

Je ne puis m'empécher d'ajouter que personnellement j'ai été taxé d'impiété pour avoir dit en termes formels que la société ne serait plus prise au dépourvu par les fléaux des saisons. A quoi donc servirait l'intelligence que Dieu a donnée aux hommes et que dirait«on d'un médecin qui/, après avoir bien reconnu l'état d'un malade, refuserait de lui faire prendre les piédicaments qu'il saurait être 'efficaces?* •

En météorologie nous ne savons.rien encore, mais nous entrevoyons que nous pourrons savoir un jour. Je prie le lecteur de me permettre tes réflexions un peu sérieuses que voici : Tant qy'on s'est contenfô de termes moyens*, on a établi le caractère général des saiisons pour chaque lied; mai^ excepté pour la période lunaire

228 ASTKOMOHfB

de dix-neuf ans, on n'a pas songé à classer les années de chaque nature d'après leur tnchainement successif. Ainsi, à partir de i856, qui semble avoir été un retour à rétat normal , combien se passçra-t-îl de temps jusqu'à ce que Tordre régulier se détrîsque- de nouveau? Savons-nous des nouvelles exactes du GutfStream^ ce courant d'eau chaude de 4'Ajtlantique qui influe si puissamment sur notre climat d'Europe? A-t-il monté vers le nord ou s'est-il abaissé au sud? Après 1816, après 1846, comment les anqiées se sont-elles succédé? Et les vents, quelle est leur- loi de succession? En vérité, tenter des pronostics à longues échéance^, c'est vouloir non-seulement raisonner sur des faits incomplètement connus, mais encore avec la conviction qu'il y a plusieurs ordres de. faits très-influents dont on ne soupçonne mémepasi'existence. Autant vaudrait expliquer le songe de Nabuchodonosor, dont ce roi, déjà bœuf d'espril, n'avait gardé aiicun souvenir.

J'ai parlé une fois d'un correspondant qui avait découvert mon secret, lequel consistait en une bonne mémoire et des catégories d'idées où je puisais indéfiniment. Je n'ai, du restç, eu qu'à me louer de l'urbanité et des témoignages d'estime de cej; excellent homnie qui m'engageait 'seuleçient à faire. mieux. Je crois que mon secret est de n'en pas avoir du tout; mais j'aperçois d'ici ce lecteur clairvoyant attendre une citation pour résumer ce qui précède et le graver dans sa mé« moire. J'ai déjà dit que, pour y voir un peu plus clair que les autres en fait de météorologie, ce n'était pas une raison pour ne pas me croire «veugle, je prendrai on passage de Pindare qui, je crois, est en hausse à ce

ET NÉTÉOaOLOGIE. * .229

moment de notre littérature. « Aucun des habitants de » la terre n'a jusqu'ici trouvé une formule certaine » (niot à mot un symbole) pour l'événement qui doit » être; les conjectures sur l'avenir sont frappées d'à- » veuglement, et il arrive ^aux hommes tout le con- » traire de leurs prévisions. » Ce qui est un peu consolant, c'est. que dans le monde physique, si nous ne savons pas ,♦ au moins nous pouvonè espérer de savoir quelque jour. Le temps est un grand maître, mais il faut songer à le consulter convenablement.

Je trouve dans l'héritage sciei^tifique de Tannée 1857 six comètes et huit petites planètes. J'emprunte à une excellente publication hebdomadaire„intitulée \ Institut^ journal universel^des sciences, le nom de ces huit petites, sœurs ou cousines de notre terre, de notre Gybèlô, qui les regarde avec le mépris que lui rendent Jupiter, Saturne , Uranus et Neptune , ces potentats du système solaire qui écrasent de leur aristocratie Mercure, Vénus, la terre et Mars , petits bourgeois qui à eux quatre n'ont qu'un seul pauvre satellite, une seule lune , un* seul domestique pour quatre ménages. C'est depuis' la 43* jusqu'à la 5o* que sont cjaseées ces huit planéticules de 1 867.

N<^^ 43, Ariane, découverte , lo i5 avril ^ par M. Pogson, à Oxford. . ' ♦

44, Nlsa, le 27 mai, par M. Qoldschmidt, à Paris.

45, Eugenia, le 26 juin , par M, Goldschmidtf à Paris.

46, Hestia, le 16 août, par M. Pogsfon , à Oxfcjrd.

* 47, Aglaé, le i5 septembre, par M. Lather, à Bilk. 48, Doris, le 19 septembre, par M. Goldschmidt, à Paris. i^y- Paies, même daté, même. nuit, même observateur. . hO, Virginia, lé 4 Octobre, par M . Fergusoo, à Washington .

23o . ASTRONOMIE

Mes lecteurs reconnaîtront les noms de Doris et de Paies, qui ont étë donnés par M. Élie de Beaumont et par moi aux deux jumelles de M. Goldschmidt. Uheuréuse* expression (le jumelles appartient au secrétaire perpétuel de rAcadémie des Sciences. Quant à la Virginia de M. Ferguson, elle -a été ainsi nommée d'une des provinces de rUnipn ^ qui elle-même devait sod nom à la reine Elisabeth. Sans: doute la prochaine planète de M. Ferguson s'appellera Carolina.

Plus on avance dans la découverte des individus du groupe des cinquante petites planète actuelles, plus leur éclat est faible, ce qui est très-naturel , puisque les plus brillantes ont dû être reconnues les premières. Les astronomes iClassent les étoiles par ordre de grandeur, c'est-à-dire d'éclat , car nous fie savons rien sur la di* mension réelle des soleils autres que notre soleil. Les anciens, qui n'avaient pas le télescope, classaient les étoiles en six ordres^ depuis les plus brillantes, comme Siriué, Ganopus, !e Centaure, Arcturus, Rigel, la Chèvre, la Lyre, jusqu'jiuK plus petits points brilkmts que l'œil* puisse apercevoir dahs une belle nuit sans lune. Ces six de^és d'éclat , ces six grandeurs , ont été doublés par les astronomes modeirnes en possession du télescope. M. JoKnson, d'Oiford, admet que pour atteindre sans trop' d'efforts aux étoiles de douzième grandeur, il faudrait utie lumelte de 6 pouces anglais d'ouverture (environ iS centimètres), et je crois qu'on peut admettre que ohaque ordre de grandeur est deux fois et demie plus brillant que l'ordre immédiatement inférieur. En partant donc de cette' donnée, on trouve que réclat d'une étoile de: vingtième grandeur serait

ET MérÉOROLOGIE. 23 1

environ quinze cents fois plus fajble que l'éclat d'une étoile de douzième grandeur, et qu'il faudrait une lunette dont l'ouverture fût de trente-neuf fois iScjentimètres pour l'apercevoir tomme l'on voit l'étoile de douzième grandeur avec le 6 poutes. Ce serait une ouverture de près de 6 mètres, et l'on est 'bien loin de pareilles dimensions. La conclusion est que tous les astronomes qui ont parlé de ia vingtième grandeur ont évalué beaucoup trop bas la lumière des derniers points célestes perceptibles à notre œil armé du télescope. C'est d'âpre M. Pogson que j'adopte le nombre de deux et demi pour le rapport dé luipière qui fait passer d'une grandeur à la suivante. Plus exactement il faudrait dire ti,5ia; et, dans sa dernière publication en date du mois dernier, il déclare qu'après mûr exsonen ce nombre2,5i;i ne lui parait pas devoir subir de correction, d'est aussi d'après cet h'abile observateur que je donnerai en grandeur ordinaire l'éclat des huit petites planètes de l'année 1867 au moment où elles sont le plus près de la terre. Pour terme de comparaison , je dirai que les premières trouvées étaient de septième à neuvième grandeur. Nous avons donc

. Gcandeor.

Ariane 10,0 * .

Njfsa 10,7

Eugenia ....... 1 1 ,6

Hestia i3,5

Graiutoir.

' Aglaé 11,4

l3oris 11,4

Paies 10,8

Virginia 12,4

Ceux qui voudront prendre la péttië de faire le calcul verront qu'Ariane est neuf fois^plus brillante que Virginia et Hestia, tandis qu'elle est environ six fois moins riche en lumière que les astres de huitième grandeur.

Il va sans dire que sur les hautes montagnes toute» les conditions de visibilité seraient changées , ainsi que Ta prouvé en i856 M. Piazzi Smyth, dans sa station au pic de Ténériffe, où il a. ouvert, on peut le dire, un notiveaU'Ciel à rastronomie. Là, toutes les observations difficiles signalées par Vamiral Smyth, son père, dans son célèbre Cekstial. Cycle, devenaient aisées à faire, et même on y mesurait la ckaleuï-de la lune., que Melloni avait plutôt entrevue que constatée. l\ est .vrai qu'avec cette chaleur on n'aurait pas fait cuire un énorme plat de viande assaisonnée de légumes, comme sir John Herschel Ta fait en décembre au cap de Bonne- Espérance sous les rayons d'un soleil presque zénithal, et simplement avec une double cloche de jardinier.- En un moi, la lumière de la lune dans Tebservation de Tastronome écossais échauffait trois fois moins que ne le fait une bougie à 5 mètres, de distance.' Avec cette source de chaleur, il ne faudrait pas porter en hiver des vêtements de nankin comme le faisait M'Hèle, dont la pauvre tliablerie était célèbre dans le siècle dernier, et dont l'arrivée au café Procope a été consignée dans ce distique:

Par ce froid, en nankin! comment faites^Tous , d'Hèle? — Commçnt je fais? parbleu , vous le voyez ! je gèle.

Plaisanterie à part, il est peu d^observations aussi belles et aussi importantes que celle de la chaleur de la lune, d'abord, en;:ce qu'elle existe, et en second lieu parce qu'elle est si minime. Voilà de belles pierres d'attente pour la physique du système Waire. a Consolonsnous, disait Lalande, du rôje modeste d'observateurs;

ET MÉTÉOROLOGIE. a33

tine observation bien faite est un monument impérissable qui ne peut acquérir que «plus de prix par le laps da temps. » Si, pour Tastronomie, le magnéitisme terrestre, les ^mpératareS'et le» climats, fesobservateurs d'il y a trois siècles aivaient pensé aussi ^sainement que Lalande et agi comme Bradley, Lacaille et Mayer, leur nom serait à jamais en vénératioil , et la science leur eût été redevi^ie d'un immense progrès. N'est-il point à craindre que le xxii* siècle nous adresse le môme re* proche?

J'ai reçu d'un correspondant fort distingué, M. de Morsier, de Genève, une lettre pleine de bons renseignements , dont je ferai mon profit et celui de mes lecteurs. Cette letti^e me demande de faire en français ce que les Anglais font pour l'astronomie dds amateurs dans des publications très-soignées. Le vœu de .M. de Morsier est heureusement déjà rempli par une publication de M. Bulard, astronome et artiste, qpi^dsnsYJlmanach de V Illustration y nous à renseigné abondamment sur toutes les curiosités du ciel de i858. Cet almanach) enrichi d'un grand nombre de dessins astronomiques, est bien supérieur à tout ee que les Anglais ont publié en ce genre , et je ne puis trop le. recommander aux curieux d'astronomie. C'est aussi un excellent livre pour les jeunes gens, quoique les explications des phénomènes n'y soient pas à la hauteur de leurs représentation^; mais on ne peut pas faire parfait du premier coup. Je crois au total que la science popularisée doit des remercîments à M: Bulard , qui a conquis là et ailleurs la spécialité à! astronome artiste aussi bien que celle d'observateur distingué.

a34 ASTRONOMIE

En .fait d'almanacbs , le premier rang appartient à y Annuaire du Bureau des Longitudes, où les lecteurs cherchaient naguère les admirables Notices de M. Arago. C'est encore la 'loi et les prophètes pour une immense quantité de documents de toute nature, et notamment sur le système du monde» H y manque, malgré mes réclamations, la distance de la lune, la longueur de Tannée usuelle ou année tropique, et les dimeiïsions de la terre. Depuis quelques années , cet annuaire, livre presque officiel , s'est enrichi d'excellentes données sur la physique , et il est devenu un indispensable indicateur pour tous ceux qui , dans une publication de cette nature, cherchent autre chose que le calendrier. De plus, le calendrier même de Y Annuaire a servi de modèle pour tout ce qui se rapporte aux planètes. Je répète donc que c'est une éphéméride indispensable.

M. Tabbé Moigno prépare aussi un* almanach astronomique, et je ne puis passer sous silence que c'était lui qui était à l'autel lors de la rupture des .calorifères de Saint-Sulpice , qui a coûté la vie à cinq personnes et qui en a blessé au moins le doublée On m'a beaucoup questionné sur les causes de ce terrible accident arrivé à un calorifère à circulation d'eau , et que l'on avait regardé jusqu'ici comme bien moins dangereux que ceux qui font circuler la vapeur. Il a'y a pas de doute que la circulation de l'eau ayant été arrêtée, il s'est formé dans la chaudière qui reçoit l'action directe du feu une vapeur à haute tension qui a réagi sur toute la masse d'eau qui était dans les conduits communiquant avec cette chaudière. Le système a ensuite crevé par la partie la plus faible, qui malheureusement était celle près de

laquelle se tronvaient réunies tin grand nombre de personnes. Ainsi , dans tout système pareil ,*resplosion peut se iaire.en un point quelconque du système circulatoire. J'avais , comme commissaire a\a Expositions de Findustrie , .eu depuis bien des années Toccasion d'examiner ce système de calorifère, et je n'en avais nullement soupçonné les dangers. Ce n'est point ici l'explosion d'un générateur de vapeur : c'est une force transmise à toute la masse d'eau en communication avec le com* partiment qui recevait l'action du feu , et surmontant la résistance de l'enveloppe au point de plus grande faiblesse. Un ensemble pareil peut donc crever à tous les points, de son parcours et inonder d'eau bouillante les personnes voisines de l'ouverture que se fait le liquide poussé p^r une élasticité intérieure. A Saint- Sulpice, indépendamment des'ravages mécaniques, deux dames ont été littéralement cuites ^ suivant l'expression de M. l'abbé Moigno. On a beau dire que le foyer est dans une cave ou dans tout autre lieu éloigné des tuyaux et des réservoirs de circulation, dès qu'il se produit une force explosible en un point quelconque de l'enseml)le des tuyaux comnmnicants , elle se transmet partout , et le système peut crever, je le répète , n'importe en quel point.

J'ai sur la conscience de n'avoir pas annoncé plus tôt les publications scientifiques de M. Louis Figuier, qui, du reste, n'ont pas attendu mon appréciation favorable pour avoir du succès auprès du public. Je ne finirai pas cependant ma revue bibliographique sans citer l'Histoire des principales découvertes scientifiques modernes, rjlchimie et les Alchimistes , les Applications

236 AST&ONOMIE

de la science à iUndustrieet aux arts en i855 (deuxième édition) , et enfin deux volumes de l'Année scientifique et industrieUc* Ge dernier recueil est une chronique im* portante de la science , ou plutôt de toutes les sciences, faite à mesure et sous l'impression contemporaine dans la presse quoditienne , avec toutes les circonstances 1o« c^es et actuelles, et écrite en style él^ant et intelligible à tous. Je n'ai jamais ouvert un' des volumes de M. Figuier sans y trouver à apprendre , même dans les parties qui me sont professionnellement plus familières qu'à lui. Un essai du genre de celui de M. Figuier avait été tenté sans succès en 1846^ C'était de l'jutile, mais très-peu de l'agréable. Les volumes de M. Figuier sont l'un et l'autre comme archives scientifiques d'une lecture attrayante. Je suis témoin que l'auteur n'a point reculé devant la tâche pénible de compulser les auteurs originaux. Les volumes de M.. Figuier, au point de vue de la bibliographie, ne sont pas moins importants. Je ne dirai donc pas au public : Faites le succès des publications de M. Figuier, mais bien : .Profitez de ses pu blications, déjà favorablement accueillies. Ge succès est une des nombreuses preuves que l'attention du public se porte de plus en plus vers les notions exactes qui résultent des travaux autres que ceux de pure imagina* tion. Dans le vaste domaine intellectuel d'une société civilisée, il doit y avoir place pour toutes les attributions de l'âme humaine, et, suivant la belle expression d'Homère, il n'est pas permis de mépriser aucun don

des dieux.

(28 janvier i858.)

XT KÉTÉOKOLOGIE. ' iZy

Influence du oama^al. — Iià poésie et la fciènoe. — Couleur locale. — Divagationt et ohof es sérieluet.

Oh! je vous en prie , Monsieur, faites-nous un article gaâ pour le carnaval! —Mais, Madame, le public... — Pourquoi le public serait-il plus difficile que noua, et d'ailleurs, quant au public, vous ne paraissez pas en avoir grand'peur. . — Oh! Madame, dans mon intérêt, gardez-vous qu'on ne vous entende blasphémer contre cette autorité souveraine, Yoltaice a dit :

Qui du public s'est fait le serviteur, Peut se vanter d'avoir un médiant maître.

Jusqu'ici cependlant je désira que le public n'ait pas plus à se plaindre de moi que moi de lui. Les hommes en masto ont toujours raison , et on a pu poser cette question : Combien faut-il de sots pour faire un parterre éclairé? — Mais vous avez dit qu^ le public est tout ce que chacun est et ce qu^ personne ^ne croit être; donc, eom^ne.public, je réèlame le droit de; vous imposer une forme d'article; et puisque Ist- conversation de ce soir a été émin^nment dominée par l'époquç présente, que je ne nomme pas de peur d'eff^rouèher Uranie, repror duisez-la dans votre prochain article. — Je suis heureux que vous ayez parlé d'Uranie. Vous voulez donc que je couvre son front penseur et sa couronne d'étoiles du masque de Thalie? — Gomove Vous voudrez; mais trêve

a38 ASTRONOMIE

aux catégoriies didées sérieuses. — C'est vouloir faire danser un éléphant sur la corde, comme faisaient les Romains. — Ah ! ils faisaient cela? J'en suis enchantée; et c'était en carnaval? — Je ne sais, mais je crois que leur carnaval était en décembre , car Horace dit à son esclave : a Parle avec la liberté qu'autorise décembre, » puisque nos aïeux l'ont établi ainsi^ Mais par où commencer? — Par la non-infaillibilité du pape en fait de météorologie dont vous venez de nous parler: — Soit. Un académici^, modèle de goût et d'esprit français, me disait : a Pourquoi redoutez-vous tant d'être un £siux prophète pour le temps à venir? il n'y a que le pape d'infaillible. <- Oui, eu matière de foi, mais non en météorologie. »

Écoutes ce récit avant que je réponde ,

ou plutôt pour toute réponse. Lors du sacre de l'Empereur, le pape Pie Vil était logé BiXijL Tuileries, et Antoine, le /?a/iVr, chargé d'allumer tous les matins le feu des chambres de Sa Sainteté, se présentait è l'heure officielle pour remplir sa charge , et la conversation suivante s'établissait oonstanunent : « Antonio, quel temps fait-il?» Antoine répondait convenablement à cette questionr moitié italienne, moitié française; et le pape ajoutait invariablement : « Nous lé savions* » Cette réponse avait pour résultat de mettre de mauvaise humeur l'irascible feutier, qui aurait volontiers dit cpmme Agamemnon :

Pourquoi le demanderi puisque vous le savez?

Tout le monde a pu remarquer combien les subal-

ET MÉrioRpLOGiE. aSg

ternes supportent impatieinment les manies, et les habitudes les plus innocentes de leurs maîtres. Or, un^ jour que le feutier avait passé la nuit à la Petite Hotte (couleur locale), à boire du vin blanc et à manger des huîtres, il faisait un temps si détestable, que ses amis eurent toutes les peines du monde à lui trouver une voiture qui , par grâce , le jeta aux Tuileries à Theure piécise, mais encore èam du péril d'inexactitude qu'il avait couru. « Antonio, quel temps fait-il? — Très^nt Ptee , le plufi beau temps du monde. — Nous le savions. — Ohl par exemple, non, Très-Saint Père, vous n'en saviez rien, car il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors 1 » Cette vive réplique, qui avait des témoins ; attira au feutier une verte réprimande; heureux encore d'en être quitte à si bon marché.

Puisqu'il est question de feutier, je dir^i qu'un jour, rendant visite à une dame artiste , de la maison de la duchesse de Bérry, qui était très-paternelle pour toutes les personnes de son entourage, je vis sortir de chez elle un jeune homme fort élégant, d'un ton parfait et qui me semblait être congédié d'un air de supériorité dédaigneuse. La dame était une jeune personne de quinze à soixante ans, ayant plus de' talent que de jeunesse, plus de fierté que de beauté , et pas beaucpup plus d'espérances que de fortune. J'appris que le beau feutier avait osé aspirer à la me^in de L'artiste, et que même il se prévalait de l'intérêt que la bonne princesse lui portait, c Comment, lui dis-je, rebute?-vous ce prétendant? il est fort bien. — C'esCun feutieir..— Eh bien, que se vous a-Ml pas dit comme Pyrrhus à Ândromaque : Brûlé de plus de feux qu« je n'en allumai I »

a4ô ASTRONOMIE

Ma citation fît faire une grimace à la danje, et cette conversation en resta là.

Le lecteur, préoccupé des plaisirs de la saison , voit-il le rapport qu'il y a entre cette seconde anecdote de feutier et l'astronomie ou la météorologie?. . . — Non. — Eh bien, ni moi non plus!

J'ai dit dans mon dernier article que l^umée iH5y nou| avait légué six comètes dont aucune n'est la bonse, c'est^-dire celle de Charles-Quint. En astronomie, à la lettre on s'arrache les morceaux de la bouche. La &(f petite planète, Virginia, avait déjà été trouvée par M. Luther, descendant du fougueux hérésiarque du xv!"* siècle, lorsque M. Ferguson, en Amérique, envoya des observations antérieures et garda la propriété de ce corps céleste. Il lui donna le nom qu'il porte. Point de réclamation de M. Luther. L'astronome de Washington était dans son droit; mais la chose n'était pas si claire pour la propriété delà sixième comète de 1867, découverte par M. Donati , à Florence , le 10 novembre 1867, tandis que le même jour, en Amérique, M. Van Arsdale, de Newark (New-Jersey )< la découvrait de son côté. La question était donc une question d^eure. L'observation de M. Donati est' de 7** 5° du soir; celle de M. Van Arsdale n'est que de 7* 37° du même soir. L'astronome de Florencç a dbnc la priorité de trente-deux minutes. Ce qui doit diminuer «les regrets de M. Van Arsdale, c'est que les heures du New-Jersey sont en retard de près de six heures sur. celles de Florence, en sorte qu'au moment où M. Donati découvrait la comète en Italie, il était environ une heure après midi à Newark en Amérique. La priorité est donc bien à M. Do-

ET MÉTéOROLOOIE. 24 1

nati. A ce compte, les observateurs chinois, qui ont midi et minuit près de huit heures avant nous, auront de* l'avantage pour leurs découvertes astronomiques. Voilà entre le nouveau monde et Tancien une honorable rividité scientifique. Déjà pour les différences d'heure les Romains , par leurs signaux de fei; le long des côtes de l'Afrique , s'étaient aperçus qu'ils devançaient le coucTier du soleil , et qu'il était encore sur l'horizon vers le détroit qui communique avec l'Océan , tandis qu'il était déjà couché pour les côtes plus voisines de l'Asie. Quand le télégraphe transatlantique sera établi, les nouvelles de la Bourse de Paris de 4 heures du soir arriveront à New-Yôrk dès ii heures du matin du même jour, et nous n'aurons qu'à 9 heures du soir les mêmes nouvelles parties à 4 heures de New-York. Voilà des notions de sphère qui entreront forcément dans toutes les têtes ; voilà ce qui faisait dire à un spirituel journaliste, en apprenant qu'une dépêche expédiée de Paris à midi arrivait à Rouen à 11** 55", que cette dépêche arrivait avant d'être partie.

Je lis.*dajas la x^ronique d'un journal de fîaris, du 28 janvier i858, une anecdote d'œufs à la coque et de distraction qu'on attribue* à M. Parseval Grand-Maison, mais qui en réalité est la propriété d'un astronome de premier mérite, Brinkley, évêque anglican de doyne, comté de Cork , ep^Idande. Comme le préîat n'était jamais content du degré de cuisson de ses œirfs frais, il demande de l'e^u bouillante et un œuf, et, tenant à la main une magnifique montre de Graham , d'une valeur de 5 à 6,000 francs, il se charge -lui-même dp compter le nombre de minutes et de secondes nécessaires à l'o-

pération. Il faut savoir que Brinkley, comme Arago, avait un sentiment exquis de la durée du temps, et j*ai WL ce dernier, avec un compteur à soixantièmes de seconde, arrêter Taiguille juste à la fraction de seconde demandée. C'était merveilleux. Fort de son tarent, voilà Brinkley qui attend , et quand il juge écoulé le temps nécessaire, il regarde dans sa main, il y voit Tœuf. Qaant à la montre , elle était cuite à point. C'est donc à la science et non à la littérature qu'appartient Tanecdote.

Disons que Tévêque de Cloyne ne passait pas tout son temps à cuire des œufs, et qu'on lui doit sur les réfractions et sur la distance des étoiles des recherches du plus grand mérite et de la plus immense difficulté. Ce fut bien des années après Brinkley que Bessel mesura cette distance qui avait été l'écueil de la science observatrice de tous les astronomes qui l'avaient précédé. Si je parle ici de parallaxe, je serai compris par bien peu de monde ; je dirai donc que déterminer cette distance qui surpasse deux cent mille fois la distance de la terre au soleil, cela revient à mesurer l'épaisseur d'un cheveu en le tenant à 260 mètres de l'œil. C'était un miracle à faire, le génie de l'homme Va fait.

J'avais commencé d'écrire un long âf ticle ayant pojir titre la Poésie et la Science; il. y avait là de quoi défrayer plus d'un article de carnaval par les étrangetés des auteurs* anciens et modernes. Voltaire a cent fois reproché à l'abbé Abeille son fameux vçrs :

Et des pôles brûlants jusqu^aux pôles glacés. Ce beau noihsens est pourtant de (.ucain. En comp^r

FT HÉTÉOROLOGIE. . 243

rant Vîrgilo et Ovide sous le rapport de l'observation de la nature , on trouve que l'avantage est du côté de ce deriiier. Je lui dois même une réparation pour une critique injuste. Je ne sais lequel de nos poètes modernes fait percher \ed poules d'eau, «qui ne perchent pas plus que les oies et tous les f)almipèdes. Or Ovide fait aussi percher les perdrix. Tout le monde sait que cet oiseau géomètre, étant homme, inventa le compas et la scie et périt par l'envie de son oncle Dédale. Minerve le changea en perdrix. Quand Icare , fils de Dédale et cousin germain de Perdix , tombe dans la mer, la perdrix est là sur un arbre qui , par ressentiment, se réjouit de son malheur. Ceux qui n'ont vu que les perdrix de la forêt deCompiègneou des plaines de France crieront à l'impossible. Eh bien , dans les îles de l'Archipel , qui sont peuplées ou plutôt infestées par cet oiseau, dont on est obligé de détruire les caufs, les perdrix, comme ici nos poules, se tiennent fréquemment sur les arbres. Cette indication se trouve dans plu3ieurs Voyages en Grèce.

Tout le monde sait par cœur les beaux vers de Virgile,' où. il nous peint la triste Philomèle sur un peuplier et pleurant ses petits , qji'un cruel labourbur a enlevés avant t^u'ils eussent de la plume. Soit. D'abord on voit beaucoup plus de^pies que de rossignols sur les peupliers, qui, avec leurs branches dirigées en haut, n'offrent de point d'appui commode qu'aux grimpereaux. Mais, de plus, que diable fera ce cruel laboureur d'une couvée qui n'est pas encore bonne à manger? Homère, à qui appartient la comparaison , dit expressément que le bouvier nç prend les petits que tout juste au moment

OÙ ils voiit s*envoler. C'est, du reste, ce qu'on fait partout. Paros pétéêna génestai. Mais notre Pelille, encore plus citadin que Virgile , enchérit là-dessus. Le cruel paysan

' Ravit ces tendre» fruits que l'amour fit éclore Çt qu'un léger duvet ne couvrait point encore.

Un pas de plus, et les poëteô nous régaleront avec des petits non encore éclos , c'est-à-dire avec des œufs couvés.

Pour exemple de couleur locale, je citerai encore une pièce de, vers que j*ai lue dans le Moniteur en i856. On y voyait, ou plutôt le poète y voyait une biche élégante descendant d'une colline et venant mirer ses cornes dans le cristal d'une fontaine. H ne se doutait pas de cette grande vérité , savoir : que quand une biche a des cornes ,. elle s'appelle un cerf.

Viennent ensuite les aiïachronismes, sur lesquels M. Arago ne tarissait pas. Je sais bien qu'on peut avoir beaucoup d'indulgence pour ces légères méprises, qui sont pour ainsi dire des fautes d'attention, comme le sont les fautes d'impression dans les meilleurs livres; mais il est permis , avec Arago , dé sourire quand on voit le duc de Guise prendre une longue-vue , à l'époque de la prise -de Calais, pour observer la flotte anglaise vingt ans avant l'invention des lunettes; uh sanglier ravageant sous liouis XlV un champ de pommes de terre, lesquelles né datent que de Louis XVI ; des saules pleureurs du temps de Louis XIII; des tulipes du temps de Charles-Quint. Dans yingt siècles d'ici , il pourra bien se faire que les chroniqueurs mettent Alexaûïdre et César

ET METÉÔftOtOGIB. H^b

en chemin de fer. Pour Napoléon I*% il est évident qu'il ne l'évitera pas. '

Je reprochais un jour avec la plus grande circonspection à un littérateur du premier mérite d'avoir dit que les jours étaient égaux giux nuits dans le temps du soLstice, Mon observation glissa sur son attention comme la pluie sur une toile vernissée. Il me répondit à peine : a Vous croyez?» Or je crois et suis encore parfaitement certain qu'au solstice les jours ont seize .heures et les nuits huit heures seulement. Équinoxe ou solstice, c'était donc pour lui la même chose.

En étudiant les classiques anciens avec les lumières de la science moderne , on trouve souvent de curieuses observations dont les auteurs ne pouvaient se rendre compte. Ainsi Ovide met l'étoile du soir sur un cheval roux et lui fait donner de la rosée :

Hesperus et fusco roscidus ibat equo.

Rien dcplus fidèle <}ue cette description. Si le soir, attardé , , vous côtoyez une prairie , évitez de marcher au travers de l'herbe si le temps est clair; alors l'herbe est niouillée.. Si le temps est couvert , elle est parfaitement sèche. C'est un effet bien connu du rayonnement de la chaleur vers le ciel quand ié temps est clair et que rétoile du soir brillé d'un grand éclat ; mais il est moins facile d'expliquer pourquoi cette étoile du soir, c'est-à-dire la planète Vénus, a une teinte faune-orange dans les premiers moments qui suivent Je «coucher du soleil.

Avant d'avoir l'idée d''e<pliquer ce vêts d*Ovide, j'avais constaté. que, par un effet de contraste dû au bleu de

^i& àSfKOKeUlE

l'atmosphère, la lune, Vénus, Jupiter, Saturne et plusieurs des plus brillantes étoiles du ciel , quand elles se projetaient sur un ciel très-bleu., prenaient la teinte de contraste , qui est un jaune de tournesol ,. quelquefois remontant vers Torangé pâle.. y n pain à cacheter bl9nc sur une étoffe bleue bien éclairée produit le même effet et parait jaune. Par contre, dans les i^ues de Paris, éclairées par de noQibreuses lumières rougeâtres, le reflet de la lune sur les petites flaques d'eau est sensiblement bleu. C'est une observation curieuse quand la lune, presque en plein , brille dans le ciel oriental peu après le coucher du- soleil , de voir cet astre , qui est en réalité d'un blanc parfait, revêtir pour un temps la, couleur orange par Topposition du bleu du ciel qui l'entoure, puis peu à peu perdre cette teinte à mesure que le ciel environnant devient plus obscur, pour briller enfin de toute sa blancheur quand les lueurs du crépuscule se sont évanouies. Quant au soleil , qui est rouge quand il se lève et se couche, ce n'est point une illusion. L'air et tous les corps réfléchissent en plus grande al^ondance les rayons bleus que les rayons rouges et oranges, et la lumière, tamisée au travers de l'atmosphère trè&-étendue vers rhori^on , s'est appauvrie de rayons bleus , laissant prédominer l'orangé et le rouge. Le lecteur voit tout de suite d-où vient le bleu du ciel : c'est que l'air réfléchit cette teinte .en plus grande abondance. Quant au soleil bleu , apparence rare , il n'est pas facile de l'expliquer, et la théorie que j'en ai donnée est bien compliquée, quoique ce soit la seule qui ait été proposée jusqu'ici. Si le lecteur yeut à peu de fraijs de dextérité et d'expérience reproduire les ombres colorées , il lui sufOira

de placer sur une feuille de papier blanc , à une certaine distance d'une fenêtre éclairée modérément, un corps quelconque comme un œuf, une pomme, uiie noix , un bouchon de liège', de manière à bien voir Tombre que cet objet projette sur le papiet blanc. Cette ombre sera obscure, mais sans couleur aucune. Maintenant placez de l'autre côté de Tobjet ,' à l'opposé de la fenêtre*, ufie bougie ou une chandelle, lesquelles donnent en réalité une lumière rougeâtrej vous aurez deux ombres, Tune produite par la bougie, l'autre par la fenêtre. Or Tombre produite parla fenêtre, primitivement obscure, paraîtra fortement rouge, et l'ombre portée par la bougie sera d*un beau bleu de contfaste. Eu un mot , tout ce qui Sera abrité de la lumière de la bougie sera bleu, et tout' ce qui sera abrité de la lu^ raière de la fenêtre sera rouge,

La flamme du gaz, qui est rougé par rapport à la lune, est' blanche par rapport à celle de la cire , du suif et de l'huile , et toutes deux sont blanches en comparaison de la teinte d'une pelle rougie au feu* On peut varier ces essais de mille manières différentes.

C'est en i858 que les calculs les plus probables placent le retour de labdle comète de Charles-Quint, qui reviendra ensuite tous les trois cents ans redemander compte au genre humain des progrès qu'il aura faits dans la civilisation. Un homme de salon d'un esprit assez caustique me suggère Tidée que si la comète ne reparaît .pas, c'est qu'à ses. précédentes apparitions elle n'a pas été très* satisfaite de ce- qu'elle a vu sur la terre. Ce critique pourrait bien avoir raison. Je lui réponds : Eh bien , on se passera de votre comète si Dieu a la bonté de nous

^iS ASTRONOMIE

laisser le soleil. C'est la réponse que fit un fier alderman au successeur d'Elisabeth , qui reprochait aux bourgeois de Londres leur esprit d'indépendance et d'opposition à sa prérogative. « Si vous persistez dans cette voie je quitterai Londres et je vous priverai de ma royale présence. — Ah! Sire, Vqtre Majesté aura-t-elle au moins la bonté de nous laisser la Tamise? »

Trois des comètes périodiques sont attendues cette année : celle de d'Arrest, celle de Faye et celle d'Encke ( i ) . La première, qui n'a été vue qu'âme fois, est déjà en retard, car oh avait calculé son retour pour les derniers jours de 1857. J'ai vérifié que ce n'est point la comète trouvée en janvier dernier. ^ D'après la jurisprudence établie, on ne doit regarder comme conquise qu'une comète qui a déjà reparu une seconde fois. La comète de Vico, parfaitement calculée, est maintenant perdue sans retour. — Ce malheur me touche peu , dit un interlocuteur sérieux.' — Sans doute la météorologie agricole , qui sait se faire écouter en menaçant de la famine, n'a rien .à voir avec une comète mise en pièces par l'action inégale du solçil sur ses diverses parties , qui ne tiennent que très-peu Tune à l'autre ; mais si cette circonstance peut nous éclairer sur Torigine de la nébubsité qui entoure notre soleil et qui nous donne la lumière zodiacale , dira-t-on que ce sont là des spécula-

(i) L^Observatoire impérial de Paris reçoit à Tinstantla nouvelle qtié d'après l*épbéméride de M. Villarceai| , Vun 9e ses astronomes» M. Mac-Lear a retrouvé la comète de d'Arrest le 4 décembre dernier à Tobseryatoire du cap de Bonne- Espérance. ^

tions oiseuses; et d'ailleurs la gymnastique intellectuelle qui résulte de questions difficiles traitées par le seul -amour de la difficulté vaincue, n'est-elle pas fort utile pour rendre l'esprit apte à aborder des applications plu» pratiques? Oh a dit que les mathématiques pures n'étaient qu'un outil. C'est vrai. Mais ce n'est qu'après avoir conquis ce grand levier qu'on a pu maîtriser les difficiles problèmes de l'astronomie et conquérir les lois de la physique^ qui sont ensuite entrées si brillamment dans l'industrie et dans la prospérité matérielle de la société. Je prie le lecteur de vouloir bien faire attention qu'en prêchant ici le monde matériel je n'en réserve pas moins tous ses droits au monde intellectuel. Ce qui m'est arrivé avec certaines gens me met sur mes gardes» quoique je ne craigne pas de dire avec Voltaire que

J'ai haï de tout temps De oes croquants la détestable espè^îe. *

Je ne m'explique pas ce qui a pii motiver ces attaques contre un pauvre chrétien fort inoffensif, et qui, même quand il n'a rien à X gagner, fait profession de catholicisme. Encore si j'avais dit quelque chose contraire aux croyances admises, je passerais condamnation.

Lorsque le dogme est attaqué , Damis, la fureur t'est permise:

Tu vis de catholicité' Et iu défends ta marchandise.

£n voilà assez sur ces pauvretés tartufîques.

Les deux autres comètes. dont le retour est assuré fiont celles d'Encke,.qui reviendra à la fin de i858,

a5o ASTRONOMIE

et celle de F^ye , doiit la troisième apparition aura lieu dans la dernière moitié de cette année. En comptant la comète du mois dé janvier, nous voilà sûrs d'au moins trois comètes pour i858 , même quand celle de d'Arrest nous ferait faux bobd. Mais quelle sera la sentinelle astronomique qui aura la première l'hcnîneur insigne de crier qui vive à la comète de 1264 et de i556?

Un homme d'État me disait qu'il serait fort utile de régler en- partie Féconomîe politique sur les pronostics météorologiques, et que si Ton. présume une année abondante ou médiocre, une année précoce ou tardive, trop sèche ou trop humide, il faudrait régter plusieurs choses, et notamment la mercuriale du blé, en vue des résultats que doit amener la saison pronostiquée. Ceci est vraiment très-sensé; mais ces pronostics les a-t-on ? .

Si, comme le disent plusieurs savants ^ la météorologie n'existe pas, il faut la créer. Avec des faits, de ^intelligence et le temps , on fait une science, et, suivant un dicton de nos anoôtres, de maille à maille se fait le haubergeon.

Le 1 3 de ce mois nous aurons la nouvelle lune, et, à la lunaison suivante, le i5 mars, la. belle éclipse de soleil qui en plein midi réduira au dixième le disque brillant de l'astre. En attendant , nous aurons le 27 de ce mois de février une petite éclipse dé lune qui couvrira le tiers du diamètre de notre satellite. Elle commencera à Paris à g^'lg" du soir et fi/iira à ii'*a6'". L'heure d'observation est commode. Cette éclipse intéressera plus les physiciens que les astronomes; c'est en grand une expérience d'optique, et parfois l'état de notre

atmosphère se peint sur le globe lunaire ; de même qu'à la nouvelle lune et après le dernier quartier on peut voijp sur la partie obscure de la lune le clair de terre, qui est le pendant de notre clair (je lune ici-bas.

Les deux planètes de Jupiter ^t Saturne , dont l'une se couche vers minuit et dont la dernière est sur l'horizon toute la nuit , sont les seules bien visibles en ce moment le soir. JMars Test pendant la seconde moitié de la nuit. L'aspect du ciel est pour les saisons une vaste horloge , qui de semaine en semaine change d'aspect pour les mêmes heures de la soirée ou de la nuit. Suivant je ne sais quel métaphysicien le présent est la porte par laquelle l'avenir s'élance dans le passé ; il faut convenir malheurôusement qu'il fait ce saut de tremplin avec une merveilleuse agilité. Suivant un distique à riifnes très-riches :

Le temps, dans ses éphémérides « Inscrit nos ans et fait mes rides.

Mais nous avons la Providence, et pour fihir gaiement dans cette époque gaie , citons ce mot de Fontenelle : « Oa 's'embarrasse beaucoup de mourir, et cependant je vois que tout le monde «'eh tire ! » .

(i3 féVHepi858.)

aSa âSiKONOMW

Règrlement de oompte avec les nov^ellei déocranrertes. — Influences météorolo^ques du printemps. — V^ clipse de soleil du IS mars XBSB.

La plus grande illustraiion parmi les savants modernes, M. Al^andre de Humboldt, a donné dans son Cosmos ( tome m , page 558 de la traduction française ) un tableau de six comètes à courte période y savoir : celles d'ËBcke, deVico, deBrorsen, ded'Arrest, de Biéla et de Paye. Celle du Père dé Yico parait définitivement perdue, et ses éléfhents, disséminés sans doute dans Tespace qui entoure le soleil, peuvent être considérés comme faisant partie de cette vaste auréole de nébulosité qui porte le nom de lumière zodiacale, et qui, dans les premiers jours de février dernier, a été observée par M. Chacornaç à TObservatoire de Paris.. Les inégalités que présente cette lueur permettrent peut^tre de voir si elle tourne autour du soleil et dans le même sens que toutes les planètes. On peut remarquer que c'est aussi le sens du mouvement des six comètes ci-dessus nom- ' mées. La lumière zodiacale est dans le même plan que les planètes, et Ton est assuré qu'^elle s'étend à une distance du soleil plus grande que notre terre , qui par suite chemine au travers de cette matière légère , et que je me hasarderai à appeler matière c^métaire. Dans nos climats , la lumière zodiacale se voit principalement à répoque des équinoxes. Il ne faut pas la confondre avec

ET MBTBOROUMSIE. 253

la voie laclée, amas immeasa de Boleils fort éloignés qui confondent en une faible blancheur leur lumière affaiblie par Finfini de la distancç. Cette blancheur, inégaleioent répsrtie, fait le tour du ciel , tandis que la lumière zodiacale/ légèrement teintée de rouge, ne pousse sa pointe lenticulaire que dans le sens dei*écliptique et du zodiaque , dont la largeur suit Técliptique et embrasse les excursions des planètes anciennement connues. Quant aux petites planètes nouvellement découvertes , elles se permettent des anomalies fort en dé^ccord avec la marche plus sage des planètes de Tantiquité, et dernièrement nous avons vu Euphrosine se promener hardiment au milieu des étoiles^de la Glande Ourse. Une planète si éloignée de Tancien zodiaque eût été pour les astronomes grecs et pour ceux du moyen âge un fait incroyable. Déjà, pour les, écarts très-limités des planètes de Ptolémée, Tastrôlogie avait fait le mot exorbitant (qui. sort de la ligne, de l'orbite ordinaire) ; quelle oualification eût-on donnée aux écsurts de la Phocéa de Chacornac, de la Pallas d'OIbers,. de lEuphrosine de Ferguson et de TAtalante de Goldschmidtî"

Des cinq comètes restantes sur les six de M. de Humboldt, deux étaient complètement conquises a notre soleil depuis plusieurs années : c'étaient celles d'Ëncke, qui reviendra cette année i858 , et celle de Biéla. Plus récemment, en i85i, on observa la seconde apparition de la comète de Fàye, qui, pour-la troisième fois, nous revient, aussi cette année. M. Hind, dont l'autorité cométaire est des plus- imposantes, après avoir exposé la controverse astronomique à laquelle cette comète donna

254 ASTRONOMIB .

naissance , <iar on lâchait d'y voir la faiœose comète perdue, la comète de Lexell de 1770, dit ({ue la question fut tranchée par M. Le Verrier ^qui démontra la non-identité des deux astres. Il prédit a -que fa cojinète » passerait à son point de plus grande proximité du so- » leil le 3 avril i85i, à minuit; mais sa raarche-dans A le ciel ue devait pas être aussi favorable à l'observa- » tion que dans sa précédente apparition. Conformé- ]> ment à la prédiction de M. Le Verrier, la comète fut » trouvée à Cambridge , avec le grand télescope de l'Ob- ]> servatoire^ par M. Challis, et elle arriva à sa moindrie » distance du soleil à Theure même indiqua par le » mathématicien français plusieurs années à Tavance. » Elle avait été retardée dans sa marche de sept à fatiit » jours par l'influence de Jupiter, comme M. Le Verrier » l'avait calculé. On doit attendre le prochain* retour » de lacomète de Paye pour le mois d'octobre i85&.» ( The Cornets, by Russell Hind.) -

J'ai d^à dit que la comète de Brorsen, découverte en 1846, avait été retrouvée par M. Brahns Tannée dernière , après avoir échappé aux observateurs à soa premier retour en 1 85 1 . Cette découverte a valu à M. Bnihns une des médailles astronomiques de notre. Institut; la seconde a été adjugée à M* Cîoldschniidt, qui partage aujourd'hui a^srec M. Hind l'honnefur d'avoir «découvert dix des petites planètes. Nous en devons donc vingt aux travaux réunis de ces deux chasseurs d'astres. Je dis chasseurs d'astres par similitude avec te nom d'astronomes donné aux anciens observateufsdu ciel, lequel signifie littéralement bergers d'astres. On m'objectera que nos chasseurs de petites planètes ne les mettent

ET MÉTÉOROLOGIE. l55

pas plus dans leur gibecière que les anciens astronomes ne menaient les astres au pâturage. D'accord. Mais on sait qu^en faijt d'étymologie il ne faut pas être pointilleux. Au fait, ces planètes sont d'une petitesse extrême . Le grave M.Lloyd, dans son. discours d'Ouverture de la session de r Association britannique pour l'avancement des sciences qui s'est tenue à Dublin en août 1867, ne donne à TAtalante de M. Goldschmidt que 6 | kilomètres de diamètre. C'est à peu près la dimension de Paris. Londres, bâtie sur cette Atalante, couvrirait la planète entière. D'après le même M. Lloyd , la moins petite de ces, planétîcules ne va pas en dimension à 64 kilomètres, et, posée sur la terre, elle atteindrait à peine aux limites de notre atmosphère. Notre Inné et les autres satellites regardent' avec dédain ces petits corps célestes qui n'ont pour eux que leur indépendance, à peu près comme les valets méprisent les indigente qu'ils voient passer sous les fenêtres d'un château qu'ils habitent sans le

Pour en finir avec cette matièref , j'ajouterai que même Tensertible de toutes' les petites planètes que l'on ne manquera pas de trouver encore ne constitue point une masse «considérable eï comparable à ce que sont les anciennes planètes. M. Le Verrier, en calculant l'effet que produiraient les petites planètes pour déplacer I4 ligne moyenne de l'orbite de Mars, s'est assuré que si l'ensemble de ces petits corps faisait un total équivalent seulement à la moitié de la terre, il y aurait un effet sensible produit sur Mars. Or le» observa tiens ne donnent point cet effet ; donc le total des astéroïdes n'équivaut pas à la moitié de la terre. D'après une remarque trés-

judicieuse du même astronome, ce n*est pas. la formation des petites planètes en grand nombre qui doit étonner, c^est* plutôt l'agglomération de la matière cosmique en grosses planètes peu nombreuses qui est surprenante. Je suis tout à feit da l'avis de M. Le Verrier. C'est dans l'astronomie qu'on voit briller au plus haut degré cette belte marche de l'esprit humain : des faits, des lois, des conséquences! L'observation donne les faits ; les faits, interprétés par la méditation, donnent les lois de la nature, et le génie de l'homme tire ensuite de ces lois des ûotions et des pronostics sur ce qui est, ce qui a. été et ce qui sera, suivant l'expression d'Homère. Restait la comète de d'Arrest, dont la réapparition en i857 était plus que douteuse pour bien des savants. Elle avait été trouvée en juillet 1 85i avec une période de six ans et demi , ce qui mettait son retour vers la fin de iSSy. Les observations étaient peu concordantes, et M. Villareeau , de. l'Observatoire de Paris, avait calculé plusieurs orbites, dont une lui semblait la plus probable. C'est en effet suivant l'éphéméride résultant de cette orbite ^ue M. Mac-Lear, au cap dé Bonne- Espérance, a% retrouvé la comète de d'Arrest au commencement de décembre dernier, ainsi que je l'ai annoncé dans mon dernier article. La lenteur des communications avec le sud de l'Afrique nous laisse sans détails ultérieurs sur cette comète, qui doit être dès ce jour regardée comme Conquise à notre système solaire, et, suivant une forme de phrase de Kepler, cette comète , enchaînée^ dan^ les fers indissolubles des équations mathématiques, ne s'échappera plus désormais. €e sera la septième de 1857.

ET MÉTÉOROLOGIE. l5y

Nous voilà donc fixés sur le sort des six comètes qu'avec j5a sagacité ordinaire lesavaût de la Prusse, ou plutôt jdu itfoade entier, a enregistrées, dans un même groupe. On n'a pas, en général, rendu assez de justice au Cosmos de M. de Humboldt, qui, même comme spécialité astronomique , est au premier rang de ses productions. L'iHustre voyageur a su nous montrer qu'il est aussi habile à parcourir et à décrire Tuniveps céleste 'qu*il l'a été peur notre monde sublunaire. Dans ce double voyage, non-seulement il a beaucoup fait, mais il a appris à faire à ses successeurs. J'avoue qu'avec toute la défiance qu'pu doit avoir, même pour les assertions des hommes du premier rang, je n'ai trouvé dans le Cosmos aucune opinion hasardée,- avantage que peu de livres possèdent pour ceux qui ont , avant tout, un oulte pour la saine criûque, c'est-à-dire pour la vérité. ' ' '

D'autres comèt^ sont présumées devoir revenir dans dix ans^ dans quinze ans , dans vingt ans. -Pour bien des .lecteurs , comme pour moi , l'indififérence naît du temps à attendre l'événement , lequel par lui-même ne passionne pas beaucoup les gens. Autant v-audrait promettre à quelqu'un une pièce de 5 centimes dans dix ans d'ici. Mais vive la comète de Mauvais, qui, suivant le calcul, du reste admirable, de M. Plantamour, de Genève, reviendra dans cent mille deux cent cinquante ans !

Je trouve dans les bulletins autographiés de l'Observatoire de Paris, à la date du 3 mars, une lettre de M. Hoek, de l'Observatoire de Leyde, laquelle lettre est relative aux comètes de j556, de 1264 et 975, que .l'on suppose ordinairement identiques et formant un

258 ASTEONOMIB

seul et même astre, attendu d'abord en 184&, puis re porté vers i85^. C'«&t la comète dite de Charles-Quint, Vexpected great^comet (la grande comète attendue) de M. Hind. .

M. Hoek écrit à M. Le Verrier qu'il ne peut faire accorder la comète de 1964 avec celle de i556, et que ni Tune ni.rautre ne peut être identique avec celle de 975. Il n'admet pas l'authenticité de certaines observations chinoises que d'autres ont jugées plus favorablement. Serions-nous, destinés , dans cette circonstance solennelle , à voir se renouveler la fable des Bâtons flottants?

De loin c'est quelque chose et de [Itès ce n'est rien.

Certaines autorités nous disent : \a comète viendra et ce sera admirable ! D'autres : Elle ne viendra pas, malgré l'attente surexcitée, et ce sera bien plaisant! Enfin d'autres sont indifférents et disent rPeu m'importe que la comète vienne ou ne vienne pas. Ces derniers sont peut-être les plus philosophes , en, ce sens qu'ils ne se passionnent pas ; maiâ certes.ce ne sont pasïes plus heureux. Il y a des gens qui critiqua tout, qui trouvent tout mauvais, et pour lesquels, suivant Voltaire, il y a du plaisiD à n'avoir pas^de plaisir ; mais" il y a pis : c'est de n'avoir pas d'émotions du tout. Qui vivra verra... ou ne verra pas Ija comète. Attendons!

Encore ii|i mot important sur les^comètes. Lorsque dans le dernier article j'annonçai la première de iBJS, je ne nommai pas comme le premier auteur de la découverte M. Bruhns , de Berlin , qui vit la comète le II janvier i858. J'attendais le journal astronomique de M. Gould , qui est la grande autorité américaine; C'était

ET MÉTÉOROLOGIE. aSg

fort prudent, car M. Tuttle, à TCMaservatoire de Cambridge des États-Unis , près Boston , avait trouvé la comète dès le î janvier, et , comme M. Bruhns, il l'avait identifiée avec la seconde comète de 1790. Le public peut donc vivre (ou mouri*r) dans Tespoir qu'on reverra cette comète en igaô. Comme au moment où j'écris ceci je n'ai plus, d'après les Tables de VJhndatré du Bureau dès Longitudes, qu'une vie probable de quatre nulle cent quarante jours et quelques heures, je prends peu d'intérêt au retour prochain de cette comète. Tout ce que je puis dire en sa faveur, c'est qu'elle arrive la sixième d'un groupe de comètes à mouvement direct, découvertes en 1812, i8i5, 1846, 1847 et i85a, qui ont environ soixanie^dix ans pour période de révolution. Que conclure de là? Je n'en sais rien.

Cette idée négative va me servir de transition pour établir qu'il est toujours prématuré de dire à quoi bon, dans une recherche de science. Avec l'année 1857 finissante, nous étions 5 comme je l'ai dit, en possession de cinquante petites planètes. Quel surcroît de travail pour les observatoires, déjà écrasés par TasCronomie des étoile?, des planètes, des comètes, des étoiles filantes et de tout le bagage sans fin de l'astronomie physique ! Déjà depuis quelque temps un astronome allemand avait demandé grâce aux découvreurs de planètes ^t avait voulu interdire pour plusieurs années de sembla))les recherches. Le bon Allemand a trouvé les /chasseurs de planètes sourds à sa voix, mais non aveugles, car ils nous en ont donné huit pendant Tannée dernière. Mais à quoi bon tant de planéticules? Nous allons le voir bientôt.

26o ASTRONOUIE

Cette année peu avancée nous a déjà valu deux de ces astres , l'un découvert à Nîmespar.M. Laurent. C'est un amateur qui observe dans le petit observatoire privé que M. Valz a laissé dans cette ville en passant à la direction du grand observatoire de Marseille. M. Valz en a obligeamment permis l'usage à M. Laurent, ^t sitôt la découverte de la planète de ce dernier, laquelle, suivant la notation de M. Gould, prenait le nunoréro 5i, M. Valz s'empressa de la baptiser du nom de Nemausa, tiré de Nemausus, nom latirfde la ville de Nîmes. C'était un peu prématuré, car les observateurs transatlantiques auraient bien pu venir contester sa légitimité à la filleule de M. Valz. Heureusement il n'en a rien été. La seconde planète de cette année est due à M. Goldschmidt, et il a déféré au maréchal Vaillant, de l'Académie des Sciences, l'honneur bien, mérité de lui donner un nom. L'académicien français a été plus prudent , et ce n'est que depuis qu'on sait que les astronomes américains n'élèvent aucune prétention sur ce n*" 52 qu'il lui a choisi le nom d'Europe (Europa pour les Anglais et les AUeniands). Bien de mieux , tout le monde a dit : Oui. Europe est du reste un nom presque acadâoaique , comme sœur de Cadmus, qui nous'apprit à lire et à écrire. Il sut , d'après Brébœuf,.

Donner de la couleur et du corps aul pensées.

Je reviens maintenant aux gens qui crient à l'inutile. Déjà ma faible voix (s'il, en est de faible quand la raison parle avec vous) avait signalé la planète Nysa de M. Goldschmidt, n° 44, dont l'orbite empiète sur cellede Mars, et qui , dans una circonstance favorable, pourrait

bien se heurter à cette planète principale, ou du moins en ètfe fortement dérangée dans sa route elliptique, et par suite nous donner la masse de ce Mars" fort mal pesé jusqu'ici; car auparavant il n'y avait que la comète de Paye et ses perturbations par cette planète qui nous fissent entrevoir une lueur d'espérance. 'Malheureusement deux circonstances favorables pour la détermination de la masse de Mercure* par les perturbations de la comète d'Ëncke n'ont pas donné des résultats concordants et une valeur définitive. Mais tout fait espérer un succès complet dans l'action de Mars sur Nysa. En partageant en cent parties la distance de la terre au soleil, Nysa descend vers cet astre jusqu'à une distance de cent cinquante-sept de ces unités* de longueur, tandis que Mars s'éloigne du même astre jusqu'à cent soixantesept de ces mêmes unités. Les deux astres pourraient donc arriver à une proximité trèsrgrande, sinon à une collision, et ensuite ce serait l'affairé des mathématiciens de calculer la masse , le poids de Mars d'aprèsl'effet produit sur la marche de Nysa.

Mais voici bien autre chose pour la Nemausa de M. Laurent. M. Le Verrier, qui sentait toute l'importance de la chose, *a inséré dans la feuille autographiée de l'Obser* vatoire impérial , à la date du 27 février i858 , une lettre de M. Valz, de Marseille, qui donné Torbite vraiment extraordinaire de cette petite, planète. Noû-seulemènt Nemausa croise fortement rori)ite de Mars , mais elle peut arriver à une distance de la terre qui ne serait que sept centièmes de la distance de k terre au soleil. Dans la position actuelle assez peu favorable de l'orbite de la petite planète , aa distante à la terre est encore

262 ASTAONOUIE

beaucoup moindre que la distance de Vénus ou de Bfars au moment le plus favorable. D serait trop long de faire coïkiprendre au lecteur comment cette grande proximité est favorable à la mesure de la distance de la terre au soleil, pour laquelle on a fait tant de voyages en 1761 et 17%, et qui, en 1860, i86a et 1874, fera courir les astronomes d'un bout à Tautre de notre petit globe. Cette mesure, jusqu'ici recueil de.rastronomie, résultera de l'observation de Nemausa bien plus exactemoit que pai; tout autre astre, car il n'en est .point jusqu'ici qui approche plus de la terre. Cest ce qu'a très-bien fait observer M.Valz dans sa lettre à M. Le Verrier. Un des plus importants services rendus par M. Airy à l'astronomie , c'est d'avoir donné l'alerte aux observateurs pour l'opposition de Mars en 1860 et en 1862 , afin d'en conclure là distance, honteusement ignorée, de la terre au soleil. Or Nemauôa sera deux fois plus près de nous que Mars au moins une fois en deux ans, ou , plus exactement, quatre fois en sept ans, et cela à perpétuité, sans compter le curieux spectacle de ces orbites entrelacées. Or. ne doiton pas dire aux trouveurs de petites planètes : Courage! vous nous en donnerez peut-être une qui soit encore plus favorable que Nemausa pour la plus importante et la pliis difficile détermination du système solaire? Au .lieu d'un dédaigneux : Assez I il faut crier: Encore, encore!

Au 27 févrior dernier, -la petite éclipse de lune a été vue admirablement à Paris , car la brume du ^oir qui obscurcissait l'atmosphère s'est dissipée au moment de l'éclipsé, et le ciel est devenu d'une pureté parfaite. Vue avec un puissant télescope à réflexion de M. Foucault,

ET uéTÉOROLOGIE. 9.63

l'ombre de la terre était très-sendiblemeBt bleue et de la même espace que l«s bleue de contraste dont j'ai parlé dans mon dernier articlp. La parfaite fidélité des teintes qua donnent les grands réflecteurs, et surtout ceux^i , dont la surface réfléchissantef est celle de l'argent, permettait de discerner complètement le. jeu des teintes , quelle qu'en fût d'ailleurs l'origine. Je revien* drai sur ce télescope , qui maintenant est dans le commerce.

J'ai reçu avec bien du .plaisir une photographie de l'éclipsé obtenue à Manoâque (Basse&>Alpes) par un amateur. M, de Terrasson , qui prend le titre de photograiphe. Op est heureux de voir le goût de l'astronomie se répandre peu à peu en France. Les Anglais .et les Américains se précipitent actuellementavec ardeur vers la photographie astronomique. M. Bond, en Amérique,' et M. Warf en de la Rue , en Angleterre , n'ont rien épargné pour avoir des résultats qui puissent' rivaliser avec l'ancien mode d'obser^'atîon par l'œil. Tout le monde Si^it qu'une éplipse de lune est la même pour tous les points de la terre qui peuvent apercevoir notre satellite. Il m'a semblé que lea images photographiques de M. de Terfasspn donnaient l'éblipse un peu trop grande, ce qu'il faut sans doute attribuer au défaut du pied qui portait sa lunette ; mai& pour avoir un pied dit par^llactique guidé par un mouvement parfait d'horlogerie, ce n'est pas seulement par centaines ie francs qu'il faut compter; ni faut, avec la lunette^ dépasser la somme de cinquante mille francs, et encore on n'qb^ tient Ja fixité de l'astre dans la lunette que pendant un très-petit nombre de minutes. On a photographié aii^&i

264 ASTBONOBnE

même les étoiles doubles. Il ne faut pas décourager cependant les amateurs, qui, dans ce pays-ci, ne sont pas nombreux) mais il faut les engager à attaquer des recherches proportionnées à leurs moyens d'observation.^ J'ai cependant là un vers dllorace fort encourageant pour ceux qui font ce qui est eil^leuppouvi>ir sans essayer d'aller au delà.

Est quadam prodire tenus, si non datur uUrà.

Ce qui doit donner du cœur aux gens actifs , c'est que toujours ils trouvent- mieux qu'ils ne ' cherchent. Ils tirent une alouette , ils abattent une perdrix ou même un faisan ; c'est ce que M. Ârago appelait la part de l'imprévu , qui est ordinairement celle du lion. Cherchez et vous trouverez mieux que ce que vous cherchiez.

Si les.raisons manquaient^ je suis sûr qu^en tout cas Les exemples fameux ne me manqueraient pasw

Venoiis à la grande éclipse -de soleil du 1 5 de ce mois.

Je me souviens que dans les Débats de 1 836 M. Donné, qui a laissé dans ce journal d'honorables soWenirs de critique scientifique , avait inséré , d'après une figure que nous avions faite ensemble, un dessin pittoresque de la phase observable à Paris: Ce serait aujourd'hui porter de l'eau à la rivière, ou, comme disaient les Grecs (qui ont tout dit) , porter du bois à la forêt, que de mettre des illustrations dans ce recueil , au milieu du débordement, du cataclysme d'ilfustrations qui trèsheureusement nous inonde de tous côtés. C'est un beau fruit de l'art et de la civilisation. Tout ce' qui resd la pensée , tout ce qui fait la nature intelligible ou seule-

ET MÉTÉOROLOGIE. a65

ment .plus intelligible au grand nombre a droit à notre estime. ' Profitant des conseils que m'a donnés M. de Morsier, que j'ai cité dans un précédent article, et de l'empressement, des éditeurs ùm Magasin pittoresque , j'ai hasardé une Notice sur l'éclipsé prochaine qui sera tirée par dizaines de mille exemplaires, quoique hors du cadre de cette publication , qui , malgré la concurrence actuelle, arrive au-chiffre vraiment incroyable de quatre-vingt-dix mille exemplaires par chaque numéro. J'essayerai d'y parler à l'œil et d'utiliser les beaux travaux actuels d'astronomie physique et de météorologie. Je pense que beaucoup des résultats des sciences d'observation pourraient ainsi arriver à la consommation dû public par la voie des illustrations. Le journal qui porte exclusivement ce. titre a déjà donné de beaux dessins de M. Bulard , qui ont été reproduits ailleurs avec avantage. Qu'on se rappelle la vogue qu'obtint dans le siècle dernier le Spectacle de la Nature, par l'abbé Pluche, et ses nombreuses éditions. Cependant ii n'y avait là ni l'art actuel des dessins, ni l'actualité qui commande l'attention. Je ferai remarquer que par le soi^ que les éditeurs du modeste Magasin pittoresque mettent à ne blesser aucune susceptibilité politique , morale ou religieuse, cette publication, estimable autant qu'artistique, est devenue presque un livre d'éducation et qu'elle peut être mise sans, crainte sous les yeux de tous. Le père et la mère de famille peuvent en permettre ou même* en prescrire la lecture à leurs enfants, avantage assez rare dans cette phase de notre société moderne , qui ne s'arrête guère qu'aux limites imposées forcément par la pénalité des lois répressives-

Tout le monde sait maintenant qu'à la nouvelle lune cet astre s'interpose parfois entre le soleil et nous et qu'il nous en cache une portion plus ou moins grande, et même , pour des localités choisies , peut faire disparaître en plein ciel la lumière de l'astre du jour et produire une obscurité presque coinplète, pendant laquelle on voit les étoiles et les planètes, à la grande terreur des animaux surpris par cette obscurité Subite. Dans ce siècle , il n'y aura et il n'y a point eu pour Paris d'éclipsé totale.

Lundi prochain 1 5 mars, à ii*5i™, la lune, attaquant le soleil à droite et en bas, 'commencera à en cacher le disque, et à i* ii" après midi 'elle empiétera sur celui-ci des neuf dixièmes de son diamètre; il restera donc encore un dixième delà largeur du soleil qui ne sera pas recouverte parla lune. Tout sera fini à 2*" 28". L'heure d'observation est commode , et les curieux ne manqueront pas si le ciel n'est pas couvert , comme cela arriva pour la belle éclipse de 1842. Celle de celte année sera la plus forte du siècle pour Paris. Quoique la lune doive couvrir les neuf dixièmes du diamètre du soleil , la lumière de l'astre ne sera pas tout à fait réduite au dixième du plein soleil. Le calcul exact que j'en ai fait me donne qu'il restera encore un huitième de la surface totale pour nous éclairer. C'est quelque chose comme cent mille fois la clarté de la lune dans son plein , car la lumière du soleil est huit cent mille fois celle de la pleine lune. Il n'y aura donc point d'obscurité complète, mais seulement une lumière affoiblie. Les anciens, pour ne pas blesser l'œil , regardaient les éclipses par reflet dans l'eau. C'est encore ce qu'on fait aujourd'hui.

Un chasseur de mes amis me transmet ce renseignement, qu'à l'époque d'une éclipse de soleil plusieurs amateurs de Paris avaient apporté des seaux pleins d*eau aux Champs-Elysées pour y voir l'éclipsé, mais que son chien , peu sensible aux charmes de l'observation astronomique , troublait beaucoup les curieux en allant boire à leurs seaux , qu'il jugeait destinés à son usage. Voici des observations très-simples que tout le monde pourra faire sur les particularisés du phénomène r

1°. On enfumera à la chandelle ou sur une mèche plongeant dans l'huile un morceau de vitre au degré nécessaire pour que l'on puisse regarder le soleil au travers sans être ébloui de son trop vif éclat. Si le temps est beau à Paris , les opticiens vendront au prix de quelques centimes des milliers de verres pareils décorés du nom pompeux d'hélîoscopes. En i854, aux îles Sandwdch, les indigènes en avaient enfumé un si grand nombre, qu'après l'éclipsé les rues d*Honolulu étaient littéralement jonchées de fragments de vitres , tandis que les observateurs portaient sur le front et sur le nez des marques de noir de fumée qui témoignaient de leur curiosité astronomique. Les astronomes du temps de Louis iSS n'y faisaient pas plus de &çon, et même parfois ils enfumaient les verres eux-mêmes de leurs lunettes télescopiques. Aujourd'hui on trouve chez nos opticiens des verres de couleur foncée qui permettent de regarder sans inconvénient le soleil en plein ciet Les physiciens connaissent sous le nom de pince à tourmalines un petit appareil dont j'ai fait usage dans l'éclipsé de i836, et qui permet, en croisant plus ou moins les deux plaques, de graduer à volonté la lumière

a68 ASTRONOMIE

du soleil. On pourra eir emprunter aux cabinets de physique ou même en. demander aux plus scientifiques de nos fabricants.

2°. Tançlis que le soleil » si ses rayons passent par un petit trou , dessine ordinairement des ronds sur le sol ou sur un carton ( effet- bien connu sous le feuillage), il dessinera pendant Téclipse prochaine non plus des ronds, mais bien des croissants, d'autant plus aigus, que l'éclipsé sera plus voisine de sa plus grande phase. En faisant des trous de la grosseur d'une plume à écrire dans un carton , dans une ardoise ou dans une mince planchette , on verra des croissants sur un papier placé à distance convenable sous l'écran percé de trous. La raison* très-simple en est que chaque point du soleil envoyant son rayon , il se peint sur le papier une figure tout à fait semblable à celle de l'astre illuminant, et l'on peut même faire un observation pareille avec les faibles rayons de la lune nouvelle ou vieiHe.

3**. En renvoyant dans une chambre les rayons du soleil éclipsé par un'petit fragment de miroir à peu près rond , on verra , sans compromettre son teint aux rayons du plein soleil , le croissant de l'astre éclipsé se peindre sur les murs ou sur le plafoi^d , et l'éclipsé viendra complaisamment se faire, même dans la chambre d'un valétudinaire qui ne pourra quitter son lit. C'est l'expérience que font les enfants espiègles qui donnent des éblouissements aux graves personnes qui ne sont pas sur leurs gardes en leur envoyant le soleil dans les yeux. De plus , si le miroir est bien calé et bien fixe , on verra limage du soleil se déplacer en assez peu de temps d'ui\e manière sensible, montrant ainsi le mouvement

ET âÉTÉOROL0l;iE, 2^g

de la terre, qui semble faire 'marcher le soleil chaque' jour d*orient en occident. Un miroir à main ordinaire, recouvert d'un carton qui ne laisse à découvert qu'un cercle de 2 à 3 centimètres de diamètre, sera très-convenable pour montrer ainsi Téclipse par réflexion à un grand nombre de spectateurs.

4**. Ayez une loupe qui allume de Tamadou en plein soleil , vous.verrez qu'au plus fort de l'éclipsé cette substance combustible ne prendra plus feu, et que même vous pourrez t^nir votre doigt au foyer sans être brûlé.

5°. Exposer un thertpomètre aux rayoûs directs du soleil , vous verrez qu'il baissera beaucoup au moment de Téclipse. Il sera boh de noircir la boulé ou le" réservoir' du thermomètre avet; de l'encre de Chine, ou mieux de l'encre d'imprimerie ou du cirage ordinaire ; alors les rayons du soleil , s'imbibant dans le noir, feront monter le thermomètre bien plus haut, et quand ils faibliront par l'éclipsé, l'instrument descendra beaucoup plus que quand la boule n'aura pas été noircie. Si vous mettez le thermomètre avec précaution au foyer d'une loupe de manière à ne pas îe briser par l'excès de la chaleur qu'il reçoit, alors les effets "â'élévation et d'abaissement par Féclipse seront amplifiés à volonté, et pour éviter de trop chauffer l'instrument, il faudra le fixer à une distance convenable du foyer précis de la loupe.

6°. Si le temps est calme , le vent devra se décider à* Paris venant du côté du nord-oitest, qui est la partie où l'atmosphère sera le plus refroidie et où l'éclipsé sera plus forte qu'à Paris. C'est l'histoire des brises de terre et de mer qui le matin conduisent les pêcheurs à la mer et les ramènent le soir vers la terre, car au mathï

la terre étant phig froide que la mer, le vent souffle vers le large, et le soir, la terre, échauffée plus que la mer par le soleil du jour, reçoit de la mer Tair plus pesant, comme étant moins dilaté, par la cbaleur.

Les curieux qui voudront être témoins du phénomène dans toute sa beauté iront en Angleterre , et notamment à Oxford ou à Cambridge. Là l'éclipsé sera centrale , c'est-à-dire que la lune sera directement devant le soleil ; mais comme ce jour-là elle est un peu plus petite que le soleil , cehii-ci débordera la lune tout à rentour par un anneau excessivement mince de lumière qui offrira un spectacle des plus magnifiques. Le point de notre territoire où l'éclipsé sera le plus complète, c'est Tile d'Ouessant, au large de la côte de Brest; mais l'accès de cette île, où je suis allé en 1824, au risque d'y rester plusieurs semaines , n'est pas toujours trèsfacile. D'après les calculs de M. Faye , un navire stationnant au nord-ouest de cette île, à quelques lieues en mer, verra l'éclipsé annulaire et presque totale. C'est dommage que cette localité soit si peu voisine de Paris: autrement on aurait pu organiser un train de piaUir astronomique. Les autorités et les habitants de Brest, qui ont à leur disposition un bateau à vapeur de secours en cas d'accident, profiteront sans doute de cet avantage pour voir au mieux la belle éclipse annulaire du i5 mars de cette année. U y a du reste à ^est un observatoire de la marine et un savant distingué à qui je dois une réponse que je n'ai pu çncore trouver le temps de lui adresser.

Pour avoir une idée de ce qu'on appelle la grosseur ou la grandeur du soleil et de la lune , il ne faut pas

faire comme Ânaxagore, qui, ditron, affirmait que le soleil n'avait pas plus d'un pied de dimension. Il faut se figurer, par exemple , un cercle de i mètre de diamètre, tenu à uiie distance de l'oeil égale â lao mètres environ. Alors ce cercle, tenu devant le soleil ou devant la lune, les cachera tout entiers. Un peu plus, un peu moins, telle est la dimension apparente de ces astres. Quoique, terme moyen, le soleil soit un peu plus gros que la lune (environ un soixantième), il ar^^ rive un jour sur trois que la lune est plus grosse que le soleil; alors elle peut le cacher totalement. Au i5 de ce mois , la lune sera un peu plus petite que le soleil et ne le cachera pas tout entier, même pour les points qui auront la lune juste en face du soleil. L'éclipsé "sera annulaire, et le phénomène, moins complet, n'en sera que plus curieux.

En 1860, le 18 juillet, l'Espagne et l'Algérie auront une éclipse. totale, pour laquelle les astronomes se préparent déjà. Une des plus heureuses influences d'Arago sur la science des astres , c'a été de mettre en honneur, je dirais presque de créer l'astronomie physique, si négligée par l'école du grand Laplace , exclusivement occupée des mouvements célestes et de l'astronomie mécanique. Je répète, après Arago, ce contraste de mots qui n'est malheureusement que trop Vrai : Quant à sa nature physique , il n'est rien de si obscur que le soleil. C'est aux éclipses à nous instruire.

Le lecteur trouvera dans Y Astronomie populaire d'Arago un grand nombre de détails intéressants sur lés éclipses de soleil et sur les effets qu'elles produisent au physique et au moral sur l'homme et sur les ani

maux. Pour le soleil , la photographie ne peut être trop recommandée. Lagrange disait que le système solaire avait été fait exprès pour être calculé , et moi je dis que le soleil est fait exprès pour être photogfraphié. Avis aux amateurs et aux* savants.

(il murs i858.)

Ii^éclipie et les miagei. — lie printemps et l'hygiène météorologique. -— Nécessité pour chaque saison d'un bulletin officiel de prescriptions relatives, à la santé publique. — Xte soleil et ses taches actuelles. — Phénomènes et curiosités du ciel pour avril.

Désappointement complet. Des nuages cumulus en abondance, de rares éclaircies, une obscurité moindre qu'on ne s'y était attendu, pas d'effet produit sur les animaux, beaucoup de verres et de nez noircis presque en pure perte, nombreuses instructions données par les journaux au public et devenues inutiles. Pour nous consoler, nous dirons que nos voisins les Anglais, qui étaient en plein sur la route de l'éclipsé centrale, ont encore été plus malheureux que nous , car ils n'ont pas même eu d'éclaircies comme les Parisiens, elT humour anglais (ou anglaise) s'est égayé aux dépens dea trains

ET MÉTÉOROLOGIE* syS

de plaisir organisés pour se trouver sur la route précise que suivait l'ombre de notre satellite. Les éditeurs du Magasin pittoresque, ayant lu ce que j'avais écrit sur l'avantage des illustrations pour faire comprendre au public bien des phénomènes astronomiques que le langage ne peut décrire, étaient venus me demander à la minute une Notice illustrée qui en quelques jours , et presque en quelques heures , fat imprimée, dessinée, gravée et tirée à vingt mille exemplaires , dont plus de quinze, mille furent mis en circulation dans le public. C'était avec des figures l'ensemble des observations à faire que l'on peut trouver dans mon dernier article. J'y disais que pour Vheure de Téclipse la science avait voulu faire la coquette avecie pliblic , ce qui n'était guère son habitude. Il n^y a pas en mathématiques de chemin fait exprès pour les rois, disait Euclide à un souverain de Sicile qui lui reprochaijt , peut-être avec un peu de raison, le genre pénible de ses démonstrations rigoureuses. En astronomie, il n'y en a ni pour les rois ni pour les peuples, et l'heure de l'éclipsé semble av'oir été choisie pour qu'en appelant plus de personnes à l'observer il y çût plus de monde mystifié. Heureux encore les gens quand , dans ce bas monde , la chose ne passe pas la plaisanterie !

Le vent a été très-fidèle à Tindication que j'avais donnée. Il y a eu brise de nord-oûest venant des contrées les plus refroidies par l'ombre de la lune , contrées qui pour nous étaient celles d'Angleterre. La lumière du jour très-affaiblie avait une teinte particulière. Cette lumière était encore, comme je l'avais calculé, égale à cent mille fois la lumière de la pleine lune. On

m'a souvent demandé d'où venait cette teinte particulière du jour au moment d'une éclipse de soleil. Je ne vois pas autre chose à répondre sinon que Tillumination directe du soleil étant plus ou moins supprimée (elle Test tout à fait dans les éclipses totales), c'est alors par des reflets latéraux que les parties environnantes de notre atmosphère nous éclairent encore, ce qui change tout à fait la nature de la lumière qui nous arrive ainsi de côté. Je renvoie là-dessus aux beaux dessins de M. Piazzi Smyth dans l'éclipsé totale de i85i. Les eaux du lae de Genève, quand on en prend le reflet latéral sur un miroir incliné plongé dans cette belle nappe d'eau, ofirent aus» de curieuses teintes que j'ai beaucoup étudiées, ainsi que M. Arago, et que les marins retrouvent, nous disent-ils, quand ils ont atteint dans l'Atlantique des mers très-profondes.

Je m'attendais à trouver dans nos petits journaux français (et très-français pour l'esprit) de bonnes méchancetés sur le désappointement du public et sur celui des astronomes; ils ont été inférieurs là-dessus aux journaux d'outjne-Manche. L'astronome du Chaiivari me reproche d'avoir annoncé que son chat aboierait au moment de J'éclipse, ce qui ne s'est pas vérifié. Je remercie très-sincèrement ce savant de mettre souvent mon nom comme étant responsable de tout ce qui se fait au ciel ; et sans la gravité du Recueil où j'éciis, j<3 lui rappellerais que tout le monde sait la recette pour faire aboyer un chat. Sérieusement parlant, il y a un petit animal météorologique qui a été oublié par tous les observateurs, bien qu'il soit très-impressionnable aux accidents de la nature. C'est cette petite grenouille

OU rainette que Ton voit si souvent dans un bocal avec une petite échelle dont le pied baigne de i à 2 centimètres dans Veau, et qui, suivant le public, indique le temps qu'il fera en s'élevant plus ou moins sur les barreaux de VécheUe. Nos aïeux , qui avaient encore plus de foi que nous à Tinstinct des grenouilles , faisaient des bocaux exprès avec des enfoncements du verre luimême, lesquels sans échelle servaient d'appui à la grenouille. Ceci est à étudier, et si en 1860, au mois de juillet, où Paris aura encore une très-belle éclipse de soleil, le temps est plus favorable que cette année, il ne faudra pas oubUer d'observer la rainette et sa petite échelle. Ceux qui voudront bien conserver jusque-là ma brochure illustrée en pourront faire usage pour TécUpse prochaine. Contraireihent à ce qui avait Uqu cette année, c'est vers le sud que l'éclipsé de 1860 sera plus forte qu'à Paris. Les astrwomes font d^à leurs malles ou du moins leurs dispositions. de voyage pour l'Espagne et pour l'Algérie , où l'éclipsé sera totale.

J'ai déjà cité M. Terrasson, de Manosque, pour une petite photographie de la dernière éclipse de lune. J'ai i^u de lui une photographie de l'éclipsé solaire du i5 mars i858; elle offre cela de très-particulier que le «oleil y est entouré d'un espace plus noir que le reste du ciel , ce qui semblerait indiquer que l'aptitude à se peindre photographiquement est moins grande pour les rayons reflétés par l'air dans le voisinage du soleil que pour les rayons un peu plus distants de l'astre; de même les parties de la lune éclairées par une lumière rasante, quoique aussi brillantes à l'œil, ne viennent pas en photographie. Si, sans éclipse aucune, M. Ter-

rasson veut bien photographier en petit le soleil en entant tout reflet des tuyaux^ il éclaircira un point important de rillunlination atmosphérique.

Les cornes du croissant d'une éclipse de soleil sont moins aiguës que celles du croissant des phases de la lune, de Mercure ou de Vénus. Le i5 mare, avec les télescopes parfaitement achromatiques de M. Foucault, qui nous donnaient une définition parfaite, nous distinguions , pendant les éclaircies » les taches du soleil dans tous leurs détails et leurs couleurs, ainsi que les saillies des terrains qui bordaient le disque de la lune. La présence dans le eiel d'énormes amas de cumulus, vulgairement appelés haUes de coton, ^t le souffle de plus en plus vif du vent du- nord-ouest ne troublaient pas la vision télescopique et ne faisaient pas onduler les images des objets.

Pour en finir tout de suite avec ce que j'ai intention de mettre dans cet article sur les taches du soleil , je dirai que c'est à peu près dans une période de dix ans que cet astre passe d'un aspect à taches nombreuses à l'aspect opposé où les taches sont très-rares. La tache du i5 mars était immense. Suivant le dire des astronomes anglais, le soleil entre cette aimée dans une période (Vactmtéy ce qui veut dire dans un paroxysme de perturbations physiques , dont le résultat est l'émission de gaz ou de vapeurs qui rotnpent ou recouvrent Tenveloppe lumineuse de cet astre. J'ai déjà dit qu'au xvii" siècle c'était une opinion générale que le monde pourrait bien finir parle froid y au moyen de l'extinction du soleil. Je ne éais si Fontenelle , qui avait fait beaucoup d'attention à l'astronomie physique, avait en

vue les taches du soleil quand il écrivait les rimes redoublées qui suivent dans son épître à Voltaire , où il est dit, en parlant de la science,

Il est des hochets pour tout âge ,

vers omis dans plusieurs éditions ambitieusement annoncées. Voici cette singulière .terminaison :

Ce n'e^t pas pourtant que je doute Qu*un beau jour, qui sera bien noir, ^ Le pauvre soleil ne s'encroûte.

En nous disant . Messieurs, bonsoir !

Cherchez dans la céleste voûte Quelque autre qui vous fasse voir; Pour moi , j'en ai fait mon devoir, Et moi-même ne vois plus goutte.

Encore un coup , Mesûeurs, bonsoir!

Mais sur notre triste manoir Combien de maux fera pleuvoir Cette céleste banqueroute!

Tout sera pêle-mêle, et toute Société sera dissoute.

Bientôt de l'éternel manoir

Chacun enfilera la route

Sans tester et sans laisser d'hoir.

Je dois dire aux savants sérieux qu'il y a une des perturbations de l'aiguille aimantée qui semble se rattacher à la période décennale des taches du soleil. Ainsi une petite aiguille d'acier, imprégnée de vertu magnétique et suspendue à quelques brins de fils de cocon de soie non tordus ensemble , sert , à quarante millions de

lieues du soleil , à tâter, pour ainsi dire, le pouls à cet astre rniraense, vivificaleur de la terre et des planètes, et à nous révéler ses états de fièvre ou de calme. C'est encore ainsi que, quand il éclate une aurore boréale au nord e3rtrême de l'Europe, Taiguille aimantée de Paris se tourmente de mille manières, et à chacun des jets brillants du météore boréal correspond une osciUation de Taiguille française.

L'opinion qui semble prévaloir maintenant, c'est que les taches du soleil sont dues à des éruptions volcaniques du corps de l'astre, dont les produits se font jour au travers de l'enveloppe lumineuse qu'elles recouvrent de traînées gazeuses obseures qui se dissolvent ensuite dans la matière incandescente qui ne nous montre à l'ordinaire que des vagues lumineuses plus ou moins profondes, plue ou moins étendues, exactement comme celles du liquide qui recouvre les trois quarts de notre globe. La terre ou Vénus , vus sur le soleil, n'en couvriraient pas la millième partie, tandis que la tache du i5 mars occupait sur le soleil une étendue bien plus considérable.

Nous voici au printemps avec un air froid et des rayons directs du soleil très-chauds, circonstance trèspeu favorable à l'hygiène publique; aussi cette saison si vantée est-elle ordinairement la plus meurtrière de toutes. L'homme de bureau qui se plaint que des occupations trop sédentaires lui interdisent le bois de Boulogne avec le grand air et le soleil du printemps, devrait au contraire se féliciter d'être contraint à ne pas subir ces influences de saison si pénibles aux neris et si émouvantes pour l'organisme entier. C'est ce

ET MâTÉOBOLOGIE. 279

que nos aïeux désignaient par un temps de semaine sainte.

Je pense et j*ai dît plusieurs fois qu'il serait néces* saire de publier à chaque saison commençante un bulletin officiel de conseils hygiéniques pour le public et pour les médecins. A Paris , où Tautorité veille d'une manière si efficace à la salubrité publique et à une époque où triomphe la louable prétention de faire le plus possible pour le bien de la société en général , je ne crois pas qu'on puisse négliger un si puissant moyen de prévenir des maladies qu'il est ensuite bien difficile de guérir.

J'ai communiqué à l'Âcadéoiie des Sciences une lettre du préfet apostolique des missions du pôle arctique qui mentionne le fait incroyable qu'au commencement de février i858, lorsqu'en France nous avions 4 à 5 degrés de froid, on avait au cap Nord, à 70 degrés de latitude et à 3 degrés au delà du cercle polaire, une chaleur de 1 1 degrés de Réaumur. Les fleurs poussaient dans des champs pour lesquels le soleil ne se levait plus depuis plus de deux mois, tandis qu'ordinairement il faut attendre jusqu'à la fin de juillet pour avoir les mêmes fleurs. Ordinairement dans cette localité on est neuf mois sous la neige, et cet hiver-ci il n'y en avait pas. Quand aurons-nous le bilan météorologique complet du monde entier pour les courants de l'air et des eaux, et pour toutes les causes qui influent sur ces dominateurs du climat?

 propos de chaleurs Scandinaves, plusieurs de nos lecteurs ont sans doute eu connaissance de Topinion récemment reproduite, savoir : que la mer polaire du

28o ASTRONOMIE

Nord forme un bassin ouvert et sans glaces , en sorte? qu'après avoir franchi la barrière qui borde au nord la mer Glaciale, tant au-dessus de l'Amérique septentrionale qu'au-dessus de l'ancien continent, on entrerait dans un bassin navigable dans lequel rien ne serait plus facile que d'arriver au pôle pourvoir l'étoile polaire tourner autour de notre zénith sans s'élever ni s^abaisser. Ce serait sans doute fort intéressant; mais j'avoue que mes faibles lumières ne vont* pas jusqii'à voir la grande utilité qu'on retirerait de ce pôle situé précisément au zénith. Les Arabes croient que la vue des étoiles du pôle austral rend les gens gais. Je crois que la prouesse de parvenir à voir le pôle nord au piaf o Ad du ciel (suivant l'expression d'une dame qui traduisait ainsi le mot cosmographique de zénith), je crois, dis-je, que ce beau succès n'égayerait que ceux qui se moquent un peu des voyageur^ qui ne voyagent que pour voyager, comme le milord de Voltaire

Qui voyageait, tout excédé d'ennui.

Uniquement pour sortir de ehez lui.

Les Américains ont pénétré fort loin du côté du pôle* sud, qui est bien plus diflBcilement accessible que le nôtre. Les Anglais ensuite, profitant d'une dislocation momentanée des glaces, sont allés aussi près de ce pôle que le Spitzberg l'est du nôtre, c'est-àTdire à 86 degrés de latitude , sans que la gloire maritime des deux nations en ait été fort accrue. Dans cette expédition périlleuse sans fruit, il y aurait un avantage plus grand que celui d'aller au pôle : ce serait Tavantage d'en revenir.

ET METEOROLOGIE. 284

Cela posé , voici le motif astronomique qui peut faire présumer que notre pôle est couvert de glaces continues et que ce serait avec des chiens et des traîneaux, et non point avec des barques, qu'on y arriverait; c'est que dans la planète Mars, qui pour les saisons est or- . ganisée à peu près sur le même plan que la terre, nous voyons aux deux pôles des glaces qui ne fondent jamais. Les saisons de cette planète sont à peu près les nôtres, sauf une durée à peu près double, tandis que le soleil y est environ deux fois moins chaud qu'ici. On y voit deux calottes blanches , une à chaque pôle , et celui des deux pôles qui a Thiver offre , comme sur la terre, une extension momentanée de ses neiges, tandis qu'à l'autre pôle le soleil fait fondre en partie la neige accumulée l'hiver précédent, et qu'on voit le cercle blanc de ce pôle se resserrer de plus en plus. On aperçoit même le changement de teinte du terrain boueux où la neige vient de fondre , à peu près comme Homère nous peint sur le bouclier d* Achille un terrain sensiblement plus noir et qui ressemble à une terre fraîchement labourée. Or, si dans la planète Mars il y avait des bassins polaires, on les verrait parfaitement, comme on en voit les glaces polaires , et l'analogie exclut sur notre terre l'existence de pareils bassins, par cela seul qu'il n'y en a pas dans Mars. Je laisse au lecteur le soin d'apprécier la valeur de cette induction , et ne lui conseille pas de se hasarder vers le pôle sur les traces des présomptions des géographes américains.

La planète Kemausa de M. Laurent n'a pas tenu tout ce qu'elle promettait , ou du moins tout ce que promettait en son nom M. Valz , son parrain. L'orbite de

'i82 ASTRONOMIE

M. Valz s'est trouvée ne pas plus ressembler à Torbite réelle qu'une flèche ne ressemble à un melon. On m'a prévenu, après V événement y de n'être pas trop confiant; mais le vin était tiré, il fallait le boire, ou plutôt il était bu et il fallait le digérer, malgré sa mauvaise qualité.

J'ai donc reçu force compliments ironiques sur Nemausa, et on a prétendu qu'après avoir écrit tant de lignes en sa faveur, j'aurais l'avantage d'en écrire autant en sens contraire. Il a bien fallu se résigner; mais j'en rejette la responsabilité sur l'astronome de Marseille. On peut voir là-dessus leâ Comptes rendus de V Académie des Sciences, où sont insérés les résultats de M. Valz. Je suis du reste très-flatté de l'attention que des savants de premier ordre veulent bien donner à mes paroles sans prétention. On serait tenté à moins de se prendre au sérieux. Donc désormais :

A monsieur Valz , ainsi qa'à l'astre de Laurent , Je ne me firai plus qu'ayec un bon garant.

Voilà le ciel qui, avec une saison moins rigoureuse, va devenir un peu plus maniable , comme les marins le disent de la mer. Dans le mois d'avril, la lune, satisfaite d'avoir éclipsé notre étoile, notre soleil, le i5 mars dernier, n'éclipsera plus de tout le mois aucune étoile un peu brillante ni aucune planètç. Le 20 avril. Mercure, qui se couchera vers 9 heures du soir, deux heures après le soleil , sera visible à l'œil nu , chose assez rare dans les climats qui n'ont pas un air exceptionnellement serein. A cette époque la planète sera très au nord, et sa phase sera très-belle à voir. Avis aux astronomes de

place publique, pour lesquels Fillustre Lalande avait une affection particulière que je partage complètement. Le gens du monde, qui se donnent beaucoup de peine pour pénétrer dans les grands observatoires, ne savent pas qu'au prix de quelques centimes ils peuvent faire en plein air, et sans dérangement aucun , d'aussi curieuses observations qu'avec les télescopes les plus grands. Quand on pousse ceux-ci à tout leur grossissement, l'astre passe comme une flèche dans le champ de la vision. Les télescopes de place publique ne sont même jamais mis à un très-fort degré d'amplification. Une fois que, sur Vénus, un de nos débitants astronomiques m'avait annoncé nn grossissement de quatre cents fois , je fis ensuite le calcul exact du diamètre apparent de l'astre, et je trouvai cinquante à soixante fois au lieu de quatre cents fois.

Vénus commence ce mois une belle série d'apparitions du soir qui se maintiendront presque toute l'année. Elle ne sera pas cependant assez dans le nord aux époques de son plus grand éclat pour donner des ombres sensibles, avantage qu'elle partage seulement avec le soleil et avec la lune. Il est étonnant que les anciens astronomes et amateurs, avec un ciel pur, de grands loisirs et une curiosité excitée par l'astrologie, n'aient pas remarqué que cette planète fait des ombres , faibles à la vérité, mais très-sensibles quand elles rivalisent avec celles du croissant de la lune*récemment nouvelle. Pline n'en dit rien.

Quant à Mars, qui se lève le soir à lo heures; à Jupiter, qui se couche à 9 heures; à Saturne, qui reste sur l'horizon jusqu'à a heures après minuit , on sait ce

Page 1