XII
Vnivenalité de la météorologie. — Éph'éméride .astro* nomâque du moU d'août. — - Sur le fkt>id qui précède Taurore. — AnnOi^re ûb^ m^éiai, par M. Ghazallon. — IVombres et réfultats précis relatifs au «ystème dii inonde.
La physique du- ciel #u l'astronomie avec êa près* cience de l'.avenir, la physique dé la -terre ou lamétéorojogie avec le piquant imprévu de ses phénomènes, l'une «t l'autre avec ses nouvelles tout aussi variées dans leur genre que celles du monde politique , ces deux sciences, di9-je^ ont de quoi largement défrayer la curiosité publique, et comme le remarque l'abbé Haiiy dans son Traité de Physique, la question ^fa temps yu^ il fait est une de celles qui s'emparent le plus ohdinairement d'une de ces conversations où Ton veut tuer de temps, qui , suivant }e ne sais quel Humoriste anglais , tôt ou tard nous le rend bien.
£T MéTÉOBOLOGIE. 1G9
Toute influence, toute production des saisons étant du domaine de la météorologier, il est évident que tous les approvisionnements de nos marchés sont autant de résultats des lois de cette science dans le vaste laboratoire alimentaire de la nature. Le génie de Thomme, en favorisant la multiplication de certaines plantes et de certains arbustes, est arrivé, malgré l'incertitude du rendement annuel de la terre, à nourrir, sans trop grande crainte des disettes , une immense et florissante population. Quand la physique, la mécanique et la chimie, d'accord avec l'économie politique, auront résolu l'importante question de la conservation des blés, ou, pour parler un langage plus connu, la question des greniers de réserve , on aura obtenu à peu près tout ce que la société intelligente peut faire contre les forces aveugles du climat. Mais si, de plus, le télégraphe électrique et les communications internationales nous font pressentir quelques années à l'avance les principaux caractères des saisons futures, nous ne serons plus, pour ainsi dire, pris en traître par les phénomènes météorologiques. On conçoit , d'après ce qui précède , la haute importance du tableau météorologique que notre Observatoire impérial a eu la gloire d'installer. S'il n'était pas, en France, du plus mauvais ton de dire quelque chose de flatteur pour l'autorité , j'affirmerais que si le directeur de l'Observatoire n'avait pas trouvé daxis une volonté auguste un appui et un- auxiliaire indispensable, le système des observations universelles serait encore à l'état de projet, d'espérance et de désir, ou plutôt même de regret. . Sans la même volonté éclairée et ferme-, je déclare de plus que l'Angleterre ne serait point encore reliée au V. 8
IjO ASTRONOUHE
continent par le câble électrique sous-marin qui en a ensuite en£anté bien â'autres, soit achevés, soit en voie d'exécution.
Mettent de côté les trop sériesises préoccupations de l'économie politique dans la question dite des subsisr tances , abordez un de nos délicieux marchés aux fleurs, celte richesse des marines^ cette copia nariumy suivant l'expression d'Horace et suivant le langage anglais, qïâ appelle un bouquet noi^gwr (neirgai ou gaieté^u-nez). Les dames qui fréquentent assidûment ces exhibitions permanentes des coquettes productions de la nature vous diront que les saisons sont écrites par les fleurs-î-a primevère, la jacinthe, la violette, le lilas, le muguet, la rose, le jasmin, l'œillet, la reine-marguerite, le dahlia, le tardif chrysahthémum chinois signalent chaque mois dans l'année. On peut en dire autant des plantes de sorre chaude pour lesquelles l'art ne fait violepce -k la nature que dans certaines limites.
Je place ici, pour former le cœur et V esprit du lecr leur, une remarque sur la nature de la perception des odeurs que je n'aurai peut-être pas l'occasion de faire connaître de longtemps. Elle est relative au peu de persistence de la sensation des parfums et des émanations odoriférantes. Après avoir été fort sensibles à Vorgane, les odeurs ces^nt promptement de l'affecter, et il n'est personne qui ne soit conduit à sentir de plus en plus près une fleur cm un bouquet. Une tubéreuse, même dans Une chambre fermée, cesse bientôt d'agir sur l'olfaction , mais son effet n'en est pas moins persistant et peut aller presque jusqu'à l'empoisonnement pour les personnes nerveuses. On a pensé que certaines maladies épir
ET HÉTÉOROU>GIE. I71
démiques avaient leur siège dans une intoxication atmosphérique du genre de celle des odeurs. Les physiciens n'ont jamais pu reconnaître aucun poids aux émanations du musc, et les chimistes n'ont trouvé rien dans Tair des égoute qui différât de Tair pris dans un vaste jardin. Ck)mme l'organe olfactif de Thomme est mal développé comparativement à l'oreille et surtout à l'oeil, nous savons bien peu de chose sur les odeurs. Le chien, sous ce rapport, est bien miei^x doué que l'homme. Il n'est point de chasseur se reposant avec un chi^ couchant auprès de kii qui n'ait vu combien cet animal perçoit de sensations avec son mufle pointé en haut et interrogeant les folles- brises, qui de tous côtés lui apportent de mystérieux renseignements. L'animal cependant semble indifférent au parfum des fleurs, et notamment de la ro^. Gomment se faire une idée de tou3 ces faits?
Elans nos traités de physique , après avoir défini les objets matérielâi comme des êtres qui agissent sur un ou plusieurs de nos sens, on parle fort au long des notions que nous devons à l'œil et à l'oreille, très-peu de celles que nous devons au toucher et au goût, et pas du tout de celles qui nous viennent de l'odorat On me dira que ces sensations étant peu mathématiques, ne tombent guère dans le domaine de la pensée , et encore moins de ritoagination : d'accord. Ces fonctions de l'organisme se rapportent aux besoins et sont moins nobles que les' autres. L'art du vêtement et celui de la cuisine ne peuvent rivaliser avec la musique et la peinture, mais ils sont dans les nécessités de la nature humaine. Quant aux odeurs, lesquelles ne nous offrent ni un besoin in«
Ija ASTRONOMIE
dispeusable ni un exercice d'imagination , on y a peu pensé, et on n'en a rien dit.
Il y a cependant un moyen de perpétuer la perception des odeurs, et par exemple de sentir plusieurs heures de suite un bouquet sans que la sensation s'éteigne. D suffit pour cela d'en faire arriver les émanations au nez d'une manière intermittente. Un bouquet placé entre une personne et l'éventail qui lui apporte à coups intermittçpts de , légèreç bouflDées d'air ne cesse jamais d'être odorant, avantage assez grand dans les contrées méridionales, où la chftleûr est accablante et où les parfums et les électuaires sont presque indispensables. Pétrone nous décrit uneéjéigante Romaine couchée sur un lit de repos, et ayant pour éventail une branche de myrthe fleuri. C'était as'sez bien entendu. Caillé', le 'voyageur dé Tombouctou, me disait qu'au milieu du désert la .caravane dont il faisait partie était près de succQ|nber. Ce n'était point la soif qui les tourmentait. Us avaient de l'eau en abondance , mais elle était tiède et ne faiéjait que peser sur l'estomac; elle ne rafraîchissait ni Tes mains ni lé' visage. Heureusement il se trouva une provision de çastiiles de menthe. Cet électuaice lé& sauva. Yoiciencoré iin fait analogue. Lorsque Saussure mena au Mont-Blanc une nombreuse caravane de grossiers Savoyards, ces gens matériels, à une certaine hauteur, débilitée par le manque d'air, avaient cessé de. manger. Us ne Voulaient plus ni vin ni eau-de-vie. Us demandaient, quile croirait? de l'eau de Cologne ! Dan^ les montagnes m'oins élevées, je pense que tous les voyageurs ont reconnu comme moi que de tous les animaux, le plus vorace' c'est le guide.
ET lléTÉOBOLOGI£. 173
le ne saîd pas ôi dans la pratique médicale de nos fameux médecins français les médicaments à odeur énergique entrent spécialement dans les prescriptions d'été, mais il est bien constaté que tous les habitants des pays chauds recherchent des aliments d'un go'ût et d'une odeur qui ne conviendraient guère aux Parisiens à vie sédentaire j dans un climat fort tempéré pour la chaleur et pour l'humidité. Si les réflexions et les faits qui précèdent peuvent paraître trop longs , je dirai que , par la haute température qui se soutient depuis un grand nombre de semaines, ces notions Sont tout à fait de circonstance.
Les beaux jours, qui invitent le soir à respirer hors des habitations,' sont très-favorables aux contemplations astronomiques. C'est à cette particularité qu'on doit, dit-on, les. observations des Ghaldéens. Il est curieux, au moyen d'une carte des configurations des étoiles , de reconnaître chaque constellation , et à chaque astre en particulier de donner le nom que toute l'antiquité a répété de siècle en *siècle. Homère, Job, Thaïes, HipparquO) Jules César, Ptolémée, puis le monde chrétien, tous ont vu le même ciel, nommé les mêmes étoiles. Ces points fixes dans le ciel ont servi à noter là marche du soleil et de la luire, 'à faire les mois, les années et les siècles, et à développer ces grandes pé-< riodes qui dépassent encore l'étendue de l'histoire de l'humanité, qui nous semble d'une si haute antiquité, tandis que, pour ces lentes révolutions célestes, le genre humain ne date que d'hier.
- A mesure que le crépuscule fera place à la, nuit close^ on reconnaîtra la Grande Ourse et la Petite Ourse avec
174 AflTBONOMIB
rétoile polaire, le Bouvier avec la belle étoile Arctonis, Persée«avec son brillant amas d'étoiles, Andromède et sa nébuleuse visible à Tœil oh, Pégase et son vasto carré; puis Mes constoUaiions zodiacales du midi/ la Vierge, la Balance, le Scorpion, le Sagittnre, le Capricorne; plus haut et presque sur nos tètes, l'Aigle, la Lyre, le Cygne dominent de tous côtés les astres environnants. A Tœil nu , à la lorgnette d'Opéra, enfin à la lunette à pied, tous ces astres offrent des particularités curieuses.
L'aspect des régions célestes du midi est encore diversifié par les planètes qui s'y frayent leur route au travers des immobiles constellations. Malheureusement cette année, et surtout au. mois d'août, c'est au matin que toutes les brillantes planètes seront sur l'horizon; elles ne se lèveront que tard et ne brilleront que pour ceux que des circcmstances excep^onnelles de veilto ou de voyage auront enlevés au repos habituel des der« nières heures de la nuit.
Eu août prochain, Mercure sera peu visible, mais Vénus, qui se lèvera dès i^ i5" après minuit, resfrf^^ dira et resplendit déjà dans le ciel oriental du matin. Mars se lèvera vers 3 heures et sera visible jusqu'au jour. Jupiter, vers le milieu d'août, se lèvera tardivement après lo heures du soir. Saturne ne se, lèvera que vers 2^3o" après minuit. On aura pleine lune le 5 au soir et nouvelle lune le 19. C'est entre cette dernière époque et le ^7, où aura lieu le premier quartier, que l'on pourra observer avec avantage le soir les ombres et les montagnes de la lune et la configuration de ses volcans circulaires. Les marées seront insignifiantes quant à la
ET XBTEOBOLOGIE. 175
force. Les jours décroîtront dans ce mois d*un peu plus d'une heure et demie.
 mesure que les récoltes auront enlevé la végétation de la surface du sbl, Taspect des campagnes, surtout dans le midi de la France, sera celui d'un sol desséché par un soleil ardent, qui ne laissera subsister que les arbres en forçant les plantes à monter en graine pour se perpétuer^ J'ai déjà fait remarquer que le blé, qui est une plante annuelle dans nos climats, qui pour passer l'hiver a besoin de monter en graine, et qui par suite nous donne le. Me , est une plante vivace dans les régions tropicales, et que dès lors il se propage par rejetons et non de graine,- ce qui rend impossible dans ces climats toute récolte de céréales.
J'ai l'intention de traiter dans chacuti de mes arti-» des une question spéciale , et je commence par la plus récente de toutes celles qui m'ont été adressées. Dans un^ lettre du ao juillet .1867, datée de Bordeaux et si" gnée de simples initiales,, un correspondant beaucoup trop modeste établit que souvent le matin, au lever du soleil, ou même quelques minutes après ce lever, il se produit non-seulement le froid habituel qui naturellement va en augmentant avec l'absence du soleil , depuis le coucher jusqu'au lever, mais que de plus, vers cette heure, il y a subitement un excès de refroidissement très-sensible. L'observateur de Bordeaux note que les deux fois où le phénomtoe l'a le plus frappé, c'était toujours à la suite d'un temps lourd et calme. Par une particularité remarquable, la lettre qui contient ces observations m'a été remise au moment où j'agitais cette question avec M. l'abbé T».., grand vicaire du diocèse
176 ASTttONOMIE
de Poitiers, excellent observateur et ôavaut aussi profond que modeste. J'avais d*abord pensé -que peut-être au point du jour quelque influence nerveuse rendait le froid plus sensible. Mais des observations précises avaient appris à M. l'abbé T. . . que parfois des.Haques d'eau qui n'étaient pas couvertes de glace un peu avant le lever du soleil se gelaient subitement à ce moment ou peu après , et que des toits non couverts de gelée blanche s'en recouvraient alors. Il n'7 avait donc pas moyen d'avoir recours à une action nerveuse. Excepté dans les Contemplations de mon très-célèbre confrère à l'Institut, M. Victor Hugo (qui ne me pardonne pas mon incrédulité à Tendroit des tables tournantes et des esprits pythons du xix* siècle), la terre, les cailloux, les pierres, les briques, les ardoises sont très-peu piassibles d'influences nerveuses. Ce qu'on appelle des vapeurs, des maux de nerfs,' leur sont fort étrangers. Une pierre est en général fort peu petite^maùresse. Cherchons donc ailleurs la cause du phénomène qui, du reste, parait être très-réel.
J'attribue cet effet à des courants d'air que détermine l'apparition prochaine ou actuelle du soleil. Le trouble que portent dans l'atmosphère les rayons solaires est bien connu et j'ajouterai bien maudit des astronomes qui recherchent des observations très-délicates. Or, une agitation quelconque de l'air, en renouvelant les points de contact de ce fluide avec les corps nerveux ou non, opère un grand refroidissement. J'ai souvent éprouvé que le soir l'air des plaines élevées, en s'écoulant dans les -vallées par des courants qui suivaient un ravin peu profond , produisait dans ce ravin un courant froid très-
ET HÉTÉOROLOGIE. I77
désagréable par un soir d'été suivant une cbaude journée. Quant à la cause du refroidissement de l'air à la surface du sol 'y elle est bien connue : elle tient à ce que la chaleur 7107-012/2^ comme la lumière, et que le soir, par un temps clair, les objets terrestres envoient vers les espaces célestes, en pbre perte, la chaleur dont ils sont pénétrés. De là le froid vif d^ nuits claires déjà signalé dans Homère ; de là les brouillards si pittoresques qui le matin se forment dans les vallées des fleuves et des rivières par le mélange de Tair froid qui tombe des plaines élevées avec Tair chaud et humide des bassins fluviatiles. Si Fauteur de la lettre du 20 juillet, qui n'a point appelé le témoignage précis du thermomètre à l'aide de son estime organique, pouvait ajouter cette lumière à celles que. nous possédons sur le lait qui nous occupe, ce serait un vrai progrès pour la science. Règle générale, dans toutes les questions météorologiques, c'est une grande difficulté que de préciser les faits, ce qui est cependant indispensable à faire avant de les expliquer. Pour tirer un pronostic d'un rêve , il faut gavoir ce qu'on a rêvé. Qu'on me pardonne cette réminiscence biblique.
Je réponds donc à mon correspondant que d'après tout ce que j'ai pu observer et d'après ce que m'a communiqué M. l'abbé T..;, le froid subit du matin, certaines gelées blanches tardives du matin dans l'automne et au printemps, enfin la production de la glace sur les flaques d'eau à la même heure, me semblent résulter du mouvement matinal de l'air refroidi la nuit par le rayonnement, lequel met en contact cet air refroidi avec les divers.corps situés à la surface de la terre. L'existence.de ces
178 A8TR0N0MII
brises matinales, eoncomitant avec ces exc^ dé froid, me semble donc un point important à établir. Bacon a dit : Multi pettTtmsibunt et augebitur scientia, « les hommes passent, la sdence s'augmente progressivement. » Honneur à ceux qui apportent une pierre, tant minime soit-elle, à Tédifiçe de là science!
Voilà déjà bien longtemps que je remets à parler à mes lecteurs d'un excellent ouvrage de M. Chaxallon, intitulé : Aimuairc des marées des côtes de France, Paris, 1857, de rimprimerie impériale, d'après les ordres de M. Tamiral Hamelin. Dans aucun antre ouvrage on ne peut trouver une tdle accumulation de faits et de déterminations relative^ à ce grand phénomène si heureusement expliqué par Newton, savoir : l'envahissement 'dt la retraite de TOcéàn sur nos côtes à chaque demi-journée, donnant par jour deux pleines mers et deux basses mers. Tout est pratique, tout est utile dans cet Annuaire. Je regrette de ne pas y trouver depuis plusieurs années Texamen de cette question, savoir : si dans la pleine mer TOcéan monte plus au-dessus de son état moyen qu*il ne descend dans la basse mer. Il me semble hors^de doute, théoriquement du moins, qu'en partant 'des très-petites marées, les grandes marées doivent donner moitis d'abaissement au-dessous et plus d*élévation au-dessus du niveau moyen , plaçant ainsi ce niveau moyen au-dessous de la moyenne entre les hautes et les basses mers des maiées équinoxiales de pleine et de nouvelle lune. Cet Annuaire, sorti des presses de rimprimerie impériale et pçu vendu par les libraires ordinaires , se trouve ainsi hors de la grande circulation que son bas prix semblerait devoir lui assigner. Il est
ET MKTiOBOLOGIE. 179
négligé par ceux qm ne trouveraimt pas assez de. bénéfice dans sa vaite. Au moment où j'écris ceci, je serais fort en^barrassé pour en trouver tout de suite un exemplaire autrement que par Tentremise obligeante de mon éditeur. L'ouvrage est terminé par des formules pratiques de la plus grande utilité pour les marins, les géographes et pour tous ceux qui font des applications des sciences. De plus, on y £ait mention de beaucoup de nombres utiles ou curieux que Ton peut recommander même aux gens du monde.
On y voit que la France ti'est à peu près en étendue que la miltièmé partie du globe entier. Comme la terre sèche n'est que le quart du total deja superficie terrestre , la France se trouve être les quatre millièmes ou la deux-cent-cinquantième partie de la terre non recouverte par les eaux;'et en évaluant la population totale de notre globe à i milliard d'êtres humains, les Français, au nombre de 36 millions, seraient à peu près le vingt-huitième du genre humain. Pour égayer le tapis, je dirai qu'en France, d'après les mêmes documents, si l'on réunissait en une seule ville tous les bossus , cett^ ville aurait une population de 43,619 inc|ividU8. Gela me semble beaucoup. En revanche, le nombre des fous français ou des Français fous est porté à 44,970, ce qui me semble bien peu.
L'exemple de M. Ghazallon m'a confirmé dans l'idée où j'étais d'offrir à mes lecteurs les nombres précis qui fixent aujourd'hui le système du monde. Pythagore a dit depuis longtemps que les nombres gouvernent l'univers. Ptolémée avait consacré dans le temple de Jupiter ceux qu'il avait tntuvés pour les diverses révolu-
l80 ASTRONOMIE
lions célestes. La Harpe a mis en tète de son Cours dé Littérature, et rendu fameux ce vers latin :
Indocti discant et ament meminisse periti.
« Apprenez, ignorants; savants, n'oubliez pas! a
Ce vers sera mon motif et non mon excuse pour ces arides données de la science, que du reste les lecteurs prévenus pourront passer sans scrupule.
Rendons-les courts en ne les lisant point !
Je me flatte cependant de pouvoir les dorniQr plus exactement qu'on ne pourrait les trouver complètement dans aucun traité déjà publié, et pour n'en offrir aujourd'hui qu'un seul exemple, je dirai que la distance moyenne de la surface de la terre à son centre est de 6,370,300 mètres. A l'équateur, cette distance est de 6,377,400 mètres et au pôle de 6,356,2oo mètres. En kilomètres, ces mesures seraient 6,370, 6,377, 6,356, et l'aplatissement de la terre serait de 21 kilomètres à chaque pôle; en les divisant par 4i ce seraient des lieues ordinaires de 4 kilomètres. On voit que ces nombres ne seraient pas très-grands. Aussi Alexandre avaitil bien raison de se trouver à l'étroit ici-bas et de vouloir conquérir les mondes planétaires autres que la terre.
A Toccasion du vers latin cité par la Harpe , je dirai que j'avais lu autrefois une savante dissertation sur l'origine inconnue fie ce vers. Je fus donc, il y a quelques années , fort surpris de le trouver à la fin de la préface de la deuxième édition de l'ouvrage du pré»dent Hénault sur la chronologie française. H le donne
ET MÉTÉOROLOGI£f. l8l
comme traduit de VEssai sur la critique de Pope. Mais l'idée n'est pas tout à fait la même dans l'original anglais. Les éditions postérieures ne contiennent pas ce vers. Pardon de 'mon érudition pour ceux qui connaissent l'origine de l'épigraphe du Cours de Littérature de la Harpe#
(aS juillet 1857.)
CSonsells reçuf . — Sonates et concerts de M. Cap, exécutés, pour le nez et non pour Poreille. — Câbles électriques au travers de la Méditerranée et de l'At* lantique. — Sondagré remarquable entre la Sardaigne et l'Algérie, r- Siouvelles astronomiques pour le mois d'août et le mois de septembre.
Suivant le dire de l'Irlandais , je ne suis pas conime un oiseau , lequel peut être en même temps en deux endroits différents, La bonne volonté et la bonne intention ne me manquent pas. On me dira que, d'après un adage chrétien, l'enfer est pavé de bonnes intentions. Cela me donne à réfléchir. En dépit de M. Yeuillot, qui charitablement me traite d'esprit fort et sans doute me damne, je voudrais bien aller en paradis avec tous mes lecteurs , y compris même le pacha de Bagdad.
iSa ASTR0Î90MI1S
Quel siècle que ce dix-neaviôme siècle actuel , où le pacha de la viUe des MiUe et une Nuits, qui a étudié en France , recherche et se fait honneur de rechercher la science positive et peu poétique de noe jours I
Un correspondant bénévole (bénévole jusqu'à un certain point ) me taxe de frivolité à Toccasion de ce que j'ai dit sur les odeurs, dont j'ai cependant à reparler un peu. Il m'engage à faire mes articles plus courts, en supprimant ce qui n'est pas sérieux et k ne pas écrire seulement /war être lu; mais si Ton n'était pas lu, je ne vois pas à quoi servirait d'écrire les plus belles choses du monde. Ce correspondant m'a beaucoyp étudié , a découvert que mon secret consiste dans une excellente mémoire qui me permet de classer les idées par catégories que je tiens en réserve (cooune du blé dans un sib), pour m'en servir au besoin. C'est possible. Mais quant à mes catégories ^ ce monsieur peut être sûr que je ne le mettrai pas dans celle des lecteurs gracieux et faciles à contenter.
Les délicats sont malheureux f.
Rien ne saurait les satisfaire.
J'ai oublié de consigner ce iait relatif k l'influence des odeurs , savoir qu'un jour que je voyageais à cheval aux environs de Perpignan, par un soleil è' faire craquer le sable, suivant yne expression du pays, j'arrivai |Nrès d'un four à briques entouré de nombreuses piles de fagots de romarin et de lavande qui exhalaient une odeur intense et aromatique sous des rayons écorchants ( expression anglaise). Ces émanations me désaccablè' rent. Mais ce qui me parut le plus curieux , c'est que
ET MÉTÉOROLOGIE. l83
mon cheval semblnt en rementir les mêmes efteits. Les braves gens qui m'avaient donné de Teau fcaiche et à qui j'avais rendn en retour de reaa*de-vie dans le même verre, ne faisaient aucun doute que mon cheval, qui aspirait à coups réitérés Todeur des fagots, n'en éprojivât un grand bien-être. « Oh I monsieur, voyezvous, sauf votre respect, les bêtes c'est comme les chrétiens! » Je pense que mon lecteur ajoutera de luimême que pour bien des gens l'assertion réciproque ne serait pas moins vraie.
Je reçois de M. Cap, Tua de nos écrivains scientifiques les plus distingués, une lettre curieuse où il réclame la priorité en ce qui regarde Tinfluence des odeurs sur l'économie orgimique. M. Gap croit que l'organe de l'olfaction Serait susceptible de transmettre aux sens çt à l'ima^nation des impressions tout aussi variées et tout aussi artistiques que l'organe de l'ouïe et celui de la vue. Son idée, que d'ailleurs il ne donne pas comme très-sérieuse, date, pour sa publication, de l'année 1 844 , dans PIÛustnaioH, Il y annonce un nouvel art: l'osphrétique. C'est le nom grec de l'exercice des fonctions de l'odorat , comme si l'on disait l'art de flairer, de sentir, de percevoir les odeurs et d'en éprouver des émotions.
Montaigne, dans un siècle où une hardiesse de langage était quelque chose d'exceptiQnnel (c'est le contraire aujourd'hui ] , avait appelé la cuisine l'art de la gueule^ Tosphrétique de M. Cap serait de même l'art du mufle. H demande que les académies fassent étudier les odeurs comme on a étudié les sons et les couleurs. Il faudrait éprouver sur l'âme et sur l'imagmation les diverses sensations que peuvent produire tous les corps
l84 ASTRONOMIE
odorants. Des instruments seraient inventés pour porter les odeurs au nez , et même pour taire participer une assemblée nombreuse à ce concert d'olfaction. On sait combien l'esprit social qui distingue les hommes, et surtout les Français , ajoute de perfection aux sensations artistiques. Un concert et une belle représentation théâtrale doivent leur magie à la foule qui les écoute.
Et par un même cri tous les cœurs se répondent.
Je ne ferai pas à la muse sévère de Delille le chagrin d'écrire nez en place de cœurs. L'osphrétique enrichirait la langue de métaphores nouvelles. Les connaisseurs ne seraient plus des gens de goût, ce seraient des gens d'odorat. On ne savourerait pas , on flairerait la perfection des vers de Virgile et de Racine. Les grandes compositions d'Homère he seraient plus seulement goûtées, elles seraient encore niflées etreniflées. La sociabilité de l'espèce humaine et la charité fraternelle des hommes entre eux y gagneraient un lien-de plus. « Déjà je vois , dit M. Cap, une séance d'osphrétique s'annoncer à côté d'un concert , d'une exposition de tableaux ou de produits de l'industrie, nos salons' s'enrichir d6 meubles et d'instruments destinés à flatter, à titiller notre organe nasal , à étnouvoir, à exalter notre âme par l'intermédiaire de l'appareil olfactif. Le soir, entre l'audition d'une sonate , la lecture d'une pièce de vers , l'exhibition d'un album ou l'exécution d'une polka , nous aurons le morceau d'osphrétique , ravissant intermède qui délassera un moment nos yeux, notre esprit, nos jambes et nos oreilles. » M. Cap' ne nous dit pas comment il
ET MÉTÉOROLOGIE. l85
fera arriver à l'organe les senteurs de la rose , du jasmin, de la tubéreuse, de l'éther, de Tammoniaque, du vinaigre et de tous les parfums que confectionnaient les reines d'Egypte , les Cléopâtre ,. les Bérénice , excellentes parfumeuses et à l'occasion même un peu empoisonneuses. Au reste, si , dans un concert d'osphrétique sentimentale , Teffet tardait à se produire , on aurait recours aux émanations de Toignon fraîchement découpé ou pilé. Alors, bon gré mal gré, les larmes viendraient à tous les yeux.
Après une petite philippique contre l'usage du tabac, M. Cap déprime, au point de vue artistique, l'art du parfumeur, qu'il qualifie de métier, et qui , suivant lui, doit être mis au même rang que celui du marchand de couleufs dans la peinture 'ou du luthier dans la musique. C'est cependant de là science "bien positive que de savoir pourquoi certaines substances, l'alcool par exemple , s'imprègnent si complaisaroment des odeurs de tous les corps , ce que ne font ni l'eau , ni l'éther, ni les. acides. La laine et les toisons sont dans le même cas, et pour démusquer les appartements du duc de Richelieu on fut obligé d'y -faire parquer des moutons. Que dfe choses à savoir sur les odeurs ! Un célèbre physicien écossais, M. Leslie, avait concentré les émanations odorantes comm*e les rayons de lumière avec un miroir métallique. On a douté de son résultat; mais ayant eu à deux reprises l'occasion de le questionner à loisir sur son expérience, je suis resté convaincu qu'il y a un effet bien réel produit par les émanations odorantes réfléchies vers un foyer. Je crois me souvenir qu'il employait principalement l'ammoniaque. L'il-
l86 ASTRONOMIE
lustre chimiste et physicien M.. Faraday est parvenu i flairer au fond d'un vase à très-petite ouverture en s'adaptant à Tune des narines un petit tuyau qui pénétrait danç la cavité odorante. Peut-être les (Ûlettanti de BL Cap auront-ils sous le nez une espèce de tuyau de houka communiquant avec un réservoir pourvu d'un ventilateur. Le gaz, les chemins de fer, TélecUicité ouvrière, les télégraphes, la photographie, la galvanoplastie ont créé je ne sais combien d'industries , il en sera de même de Tosphrétique. Ainsi spit-il l
Je vois d'ici mon correspondant bénévole crier à la catégorie. Eh bien , changeons de sujet et parlons de câbles électriques sous-marins et de leur pose possible. J'avais révoqué en doute la possibilité de traverser l'Atr lantique, et j'avais indiqué le détroit de Behring comme un intervalle franchisâ3ible entre le nçuveau monde et l'ancien. J'avais dit aussi qu'en passant par l'Angleterre, les îles Féroë, l'Islande, le Groenland , le Labrador et l'Amérique anglaise, on ne trouvait aucune distance énorme à franchir. Le peu de succès des Compagnies télégraphiques dans la pose de leurs gigantesques conducteurs me ramène à mon ancienne manière de voir. Mais l'expérience édaiae toujours beaucoup une question. Après la pose du câble de 600 kilomètres ( i5o lieues) entre Yaru^ et Balaclava, je croyais la possibilité établie pour le passage par le Groenland, aussi bien que le passage entre la Sardaigne et l'Algérie, trajet qui n'est que la moitié ou le tiers du traget opéré dans la mer Noire. Un nouvel élément est venu compliquer la question ; c'est la profondeur de la mer, qui devient un obstacle imprévu.
ET MÉTÉOftOLOGIE. 187
Pour bien comprendre reflet qui se produit dans la pose d'un câble électrique, il faut songer au poids de la partie qui peod entre le bâtiment qui file le câble et la partie «déjà étendue au fond de la mer. H est évident que, pour une longueur suffisante, ce poids deviendrait plus grand que la résistance du câble entouré de gros fils de fer, et que celui-ci se briserait infailliblement. Notez bien qu'on ne gagnerait rien à augmenter la grosseur des fils* de fer qui entourent le câbljB , car en augmentant leur force on augmente en même temps leur poids. Dans une publication qui s'est produite d'une feçon fort imparfaite , M. Philippe Breton, ingénieur des ponts et chaussées, et qui est, ainsi que son homonyme et parent, M. Breton (de Champ], l'un des honneurs de notre École Polytechnique, M. Philippe Breton, dis-je, à établi qu'à une certaine profondeur (3,000 mètres au plus, je crois) tous les fils de fer se rompraient par leur poids, même en ne tenant pas compte des tiraillements ^t des secousses occasionnées par l'agitation de la mer. On sait le peu deBuccès des émx tentatives faites pour passer de Sardaigne en Algérie , distance très-petite comparativement à la traversée du nouveau mon^e. Dernièrement, après trois cents milles marins heureusement filés , le câble transatlantique s'est brisé. Il y a donc à prendre en sérieuse considération cet accessoire terrible, savoir l'influence de la profondeur de la mer.
En admettant les conclusions de M. Philippe Breton, que je ne connais que par ouï-dire . il ne faut pas tenter l'impossible; il faut songer à alléger le poids du câble à mesure qu'il s'immerge dans l'abtme maritime. Tout
l88 ASTBONOHUE
le monde pensera sans doute à des flotteurs en bôid attachés le long de la partie pendante du câble et filé& avec celui-ci. On pourrait encore doubler le câble à hélice de fer d'un geeond câble de matière légère que Teau soulèverait en faisant ainsi perdre au câble de fer autant de poids qu'on le jugerait nécessaire. Ce câble léger devrait être fait de matériaux non persistants qui se détruiraient d'eux-mêmes au bout d'un certain temps et laisseraient le câble électrique seul et fixé par son poids au fond de TOcéan. Oiîi me dira qu'il est bien fâcheux , bien mal commode , bien dispendieux , d'opérer ainsi pour un trajet comme ceiui d'Amérique. Ehbien , essayez d'abord sur le trajet méditerranéen , qui est environ égal à la distance de Paris au Havre. Mais au total, il s'agit d'une théorie mécanic^e; si elle prononce dans un sens , il faut se soumettre. La nature ne nous fait point de concessions; elle est sourde à qui lui dit : S'il vous plait.
J'ai aussi pensé qu'entre l'Europe et l'Amérique il serait possible d'établir quelques îles artificielles comme celle par laquelle on a fermé la rade de Cherbourg en choisissant un endroit peu profond et en tirant du fond de la mer les principaux matériaux de cette construction si utile. La Manche, entre la France et l'Angleterre, a dans quelques endroits si peu de profondeur, que la réussite d^ l'entreprise n'y serait pas douteuse et qu'on pourrait substituer cette île artificielle aux vaisseauxphares qu'on entretient dans ces parages. Quant aux câbles électriques , ils appartiennent essentiellement à la météorologie et à l'astronomie. On peut voir par les rapports anglais publiés à l'occasion du câble
ET MÉTÉOROLOGIE. igç)
électrique du détroit de Calais, que Tlnstitut et son influence scientifique furent appelés à patroner l'établissement de ce câble télégraphique, considéré expressément comme objet d'utilité pour, les sciences. Je n'ai pas besoin de rappeler les tableaux météorologiques du monde entier, que peu à peu l'Observatoire de Paris tend à obtenir et à présenter aux savants et aux politiques de tous les États civilisés.
Je joins ici les résultats d'un admirable sondage opéré entre la Sardaigne et l'Algérie orientale , en passant par la petite île de Galite, qui est en avant du littoral africain , à un peu plus que le quart de la distance de ce littoral à la Sardaigne. Entre la Galite et File de Tabarque, qui touche au continent, la profondeur de l'eau ne dépasse pas 275 mètres. Voici pour des espacements à peu près égaux, en partant de la pointe méridionale de laSardâigne, le résultat d'un sondage exécuté en octobre i854 par M. Darondeau, ingénieur hydrographe, par un temps exceptionnellement favorable. Je pense que ce beau travail , qui honore la marine française, n'a point, pour la précision , de rival parmi les travaux du même genre. Je répète qu'en espaçant à peu près également les sondes entre le cap Malfatano de Sardaigne et l'île de Galite, on trouve successivement des profondeurs de y 5 mètres, 106 mètres , 1 19 mètres, 120 mètres , 280 mètres, 800 mètres, 900 mètres, r,i5o mètres, i^iôo mètres, 1,260 mètres, 1,420 mètres, 1,600 mètres, 1^914 mètres, 2,35o mètres, i,Soo mètres, 1,900 mètres, 1,400 mètres, 1,1 5o mètres, 1,060 mètres, 85o mètres, 495 mètres, 253 mètres, 85 mètres, 80 mètres, no mètres, puis
igo ASTRONOMIE
32 mètres, tout près de la Galité. La plus grande profondeur, qui est de a,35o mètres, sera sans doute une rude épreuve pour les câbles télégraphiques, liais, je le répète , il y a là une question préalable de possibilité ou d'impossibilité. Je souhaite que la première hypothèse soit la véritable; autrement il faudrait allier le câble, comme je Tai dit, et surtout faire des essais préliminaires sur la résistance du système, assez complexe que forme un câble enroulé de plusieurs torons de fer.
Nous sommes au moment de Tannée où les. observations astronomiques sont le plus agréables. Les soirs de fin d'été et de comipencement d'automne inyitent à regarder le ciel tempéré du soir et à y noter ces astres dont le ciel se fait une cduronne, suivant l'expression d'Homère. Une carte céleste à la main^ le père ou la mère de Simille cherche avec ses enfanls les constellations dont l'aspect, plus persistant que les empires de la terre , fut le même pour Adam que pour ses fils, pour M), David et Salomen que pour Alexandre, César et Napoléon en Egypte. Le Délier à Forient et le Capricorne à l'opposé dans le zodiaque nous disent le soir : Voici venir l'automne. Dans le mois de septembre pi:ochain , les jours se raccourciront d'une heure trois quarts , et le a3 de ce mois , à %^ 45"^ du matin , commencera l'automne. Mais tout ce que dit lé sdeil est forcément connu de tout le monde. Voyons les planètes.
Mercure sera le soir à aon phis grand éloignement du soleil, le 5 septembre. Ce jour-là, le sol^ se couchera pour Paris à 6* Se", et Mercure vers* 7** 3o^. Les ama- $euTB pourront donc voir Mercure, chose assez rare,
£T MiTÉOBOLOGIE. igi
lin peu avant et ^jM^ès cette date, en le cherchant dans les rayons du crépuscule dès que le soleil sera couché. On cite ce fait remarquable que dans les brouillards de la Vistule Cop^rnio n'a jamais vu Mercure.
Vénus , qui tse lèvera en septembre entre i* Se" après minuit et a* 3o»; continuera d'être un astre très-brillant, un 4;rès-grand astre, ingens sidus, suivant l'expression de Pline. '
Jupiter, qui se lève vers 9 heures du soir, est main- 'tenant activement télescopisé par les amateurs, qui ne se lassent point de voir ses quatre lunes offrir des asr pects aussi changeants que doit le foire notre lune pour les observateurs de notre terre postés sur les auti-es planètes. La Connaissance des temps indique plusieurs années à l'avance les configurations de ces satellites, qui ont été fort utiles à l'astronomie jusqu'au moment où le perfectionnement des tables de notre lune a permis aux astronomes et- aux marins de se servir de notre satellite comme précédemment ils se servaient de ceu^ de Jupiter.
Saturne et son annpau se lèvent vers i heure du ma- ,tin. C'est un bel objet télescopique.
La pleine lune sera le 4 septembre, le dernier quartier le 10, la ifouvelle lune le 18, et le premier quartier le a6. Les marées du 5 septembre au soir et du ,6 au matin seront assez fortes et au degré io3 , le degré loo représentant la moyenne des grandes marées. Mais la seule vraiment belle sera celle du 5 octobre pro- Xîhain, à m dégrés. Le point le plus pittoresque de nos côtes où l'on puisse observer les gigantesques mou- ^yements de l'Océan envahissaiit .el désertant ses riva-
ges, c'est la station. tout à fait ei^ceptiounelle de Quillebœuf en face de Lillebonne, là où la Seine s'élargit subitement en un vrai bras de mer, et où le flot montant arrive par une formidable cascade qui. renverse tout sur son passage. citadins nonchalants de Paris, réveillez-vous pour aller recueillir de la santé , de la poésie çt de Tappétit sous les falaises de ÛiiiWebœuf le 5 septembre et le 5 octobre prochains 1
Il est bon de prévenir les amateurs que la localité de Quiilebœuf est tout à fait exceptionnelle, et e[ue le mascaret qui précipite subitement les eaux de TOcéan dans le lit du fleuve ne se fait point sentir plus bas vers le Havre. Je dis ceci parce que l'année dernière plusieurs personnes, sur mes indications, avaient été chercher ces beaux efl'ets mécaniques des forces occultes de la nature à Dieppe, à fécamp, à Etretat, à Boulogne. J'ai déjà consigné quelque part ma réponse à Tune de ces personnes qui se hâtent de soupçonner les. théories mathématiques d'erreur ou de méprise : Vous ne deviez pas vous attendre à voir un mascaret à Dieppe pas plus qu'en entrant au Vaudeville vous ne vous attendriez à y voir représenter Phèdre ou Athalie,
Les étoiles filantes sont de petits corps célestes formant un groupe en anneau autour du soleil. Deux fois l'année , la terre traverse cette volée innombrable de planéticules qui s'enflamment dans notre atmosphère quand elles sont légères , et qui tombent en masses solides quand elles sont plus compactes. C'est vers le 8 août et vers le lo novembre qu'a lieu le passage de là terre à travers ces petits résidus de la matière chaotique qui a formé les grosses planètes. Comme la terre,
ET HÉTÉOROIX>GIE. IqS
tourmentée par Pactioa perturbatiice des planètes ses sœurs /ne trace jamais deux ans de suite le. môme sentier dans le ciel , elle ne déblaye pas la route et trouve toujours devant ses ;pa& une grande abondance de ce petit gibier \ chasser et à s'incorporer. Voilà, la ré' ponse à- une* question de doute qui m'a été adressée par une personne fort sensée qui ne veut croire que le complètement croyable^ M. CoulVierrOravier, l'astronome des étoiles fiUintesy traînées lunSineuses, bolides , globes de feu , pierres tombant du ciel, et tout ce qui constitue la gent trotté-menu du ciel, n'a pas manqué, cette année Gomme les autrps, d'être à, son poste, favorisé d'utie part . par la beauté du ciel , mais contrarié de l'autre'par l'éclat de la lune. Il .trouve que d'année en année les étoiles filantes d'août diminuent en nombre, car autrefois, exi moyenne , il y^ avait au 8. août soixantedix étoiles filantçs p^r heure, et au 8 août dernier il n'y en avait que quarante-quatre par heure. C'est encore assez satisfaisant, ie me reproche de n'avoir pas rappelé aux amateurs d'astronomie , qu'il y avait une curieuse recherche à faire sur .ces. cor;>s quand la lune est ^ans soq plein au moment de .leur apparition : c'est de tenir une lunette constamment dirigée sur la lune et de. voir pçisser ces. petits corps en noir entre l'astre brillant et nous: Le soleil peut ser^r de même à cette observation., Alesëier a faitf une très-belle et très-importante observation de ce genre ; mais gare les catégories 1 I^ous- reprendrons ce sujet au lo novemSre prochain.
Plusieurs personnes s'étonnent aujourd'hui de voir la lune dans son plein si basise et s'élevant très-peu dans V. 9
Idcîel. C'est «que cet astre, aussi changeant d'orbite que d'aspect; tantôt trace sa route au-dessus de la route du soleil , tantôt au-dessojis. Aujourd'hui il- renchérit en abaissement sur rabaissement de nos soleils d'hiver. L'excès est à peu près de onze fois l'épaisseur de la lune. Dans neuf ans et Quelques mois, ce sera le contraire. Remarquons du reste que la pleine lune étant toujours à l'opposé du soleil; elle est très-haute quand le soleil est très-bas, c'est-à-dire l'hiver,' et au contraire l'été, quand le soleil est ^très- haut, la pleine lune qui lui est opposée doit être très-basse. C'est cet effet de tous les ans qui s'exagère cette année-ci par la position exceptionnelle de roii)ite de la lune. Dans lieuf ans, les pleines* lunes à'été seront plus éleyées qu'aujourd'hui au-dessus de l'horizon d'environ vingtdeux fois le diamètre de cet astre. En 1876 tout sera comme en 1857. C'est l'A B C de l'astronomie pour les gens du métier; mais le rtiérite.de la curiosité réfléchie n'esti pas un mérite si commun qu'on pourrait le croire pour les personnes que le Ij^asard rend témoins d'une des particularités des 'lois 'de la nature. Voir et 'observer ' sont deux choses fort différentes, de même que ia sensation et la réflexion. Bien des yeux^sont k*op distraits pour dire ce mot : Pourquoi? F^icitoYis donc ceux qui font attention aux phénomène de' l'astronomie et de la météorologie. Je serais tenté de leor dire comme un Français (le marquis de Tavan*nes,*je crois) disait à l'etnpereur d'Autriche au milieu d'une belle fête donnée par ce souverain: «Ce n'est pas mal pour des étrangers. » Il était à Vienne!
Je trouve dans le journal américain de M* Grould l'an-
ET HéréOROLOCdE. 196
noiiC6 des deux dernières petites planètes, la quaranl©quatrième et la quarante-cinquième du groupe, découvertes réc^ment, à Paris par le peintrô-astronome M. Goldschmidt.. Une dernière comète, la cinquième de cette ançée, vient d'être découverte. à Gcettingu© par M. Klinkerûies, qui a déjà enjevé^de ^vingt-cpiatre heures à M, Dien, de l'observatoire inîpéijal dé Paris, la comète du -aa et du aS-juin dernier, qui était la troisième de cette £tnnée. La quatrième avait été aussi trouvée par le même M. Dien; mais il paraîf que îés Américains veulent la lui disputer. Cest un fait honorabler pour la science qu'on s'arrache * ainsi les niiorceaux. Puisque ce root vient sous ma (Vlume , je dirai qu'on a remarqua que les trois dernières comètes tmt paru dans la nîôme région du ciel , et que par suite elles pourraient bien être des morceaux d'une comète primitive séparée en plusieurê parties par l'action inégale du soleil sur les divers points ide la masse cométaire. C'est ainsi que la comète de Biélâ faitmaintenant deux comètes distinctes qui «'accompagnent, mais qui, d'année en année,' 8^ séparent de plus cq plus. Quant à la grande comète de Charles^Quint , point de nouvelles encore I Eli vérité, rasfTOhomje ou le diable se qfiélent de l'affaire. Si c'est la science, elle fait la cecpiette avec l'impatience du public; si c'est le maKn esprit, il ne déroge pas à son titre en se jouant à son aise de l^ttente des hommes dans le ciel comme sur la terre.
(2 septembre 1857.)
Études et Iieotures sur les Soieykoes ^'observation et svr leurs applications pratiques , par M/ Babinet. — &e oftble transatlanti(|ue et celui d'AlHique. -^ Observati<^ 'pour la première quinsain^' «l'octobre.. — &e mascaret du 5- octobre. — Découvertes nouveites en astronomie. -^ M. C&oldscAumidt. — : Mort 4le M. Lar- •geteau. * . •
Je voulais, dans quelqu'un de mes,ar.tides, insinuer à mes lecteurs. que M. JMallet-Bachelier, éditevir de mes Etudes et Lectures, me pressait d'anAoncer avec éhges sa publication ou plutôt la mienne. Je .comptais même aller au-devant de l'indulgence' du public en promettant que je ne manquerais pas de me rendre la 'justice qui Qi'était due. Je me.composai8 l'idéal d'un article qui n'aur rait été modeste que pour la forme. Hélas I on vient de me mettre sous.les*yQux deux feuilletoi^ du journal de ' M. Yeuillot qui m'enlèvent ces rianteç illusions et me forcent de. dire moi-rmêmeilu mal de o^n livre. Suivant VUniversy\ei& savaiîts, sont enneinis deJ}ieu. — a,£tcQ » mot n'est pas prononcé. On volt bien J'oeuvre de Dieu, » on ne veut pas de Dieu ; à nous le monde, arrière son » auteur l » « M. Babinet appartient à l'cf^èce des sa- » vants agréables. Non queson style•brilleparlesqual> lités si françaises de la facilité, de la limpidité et de » la grâce ; sa phrase est souvent lourde et embarrassée; » les grâces dont il cherche, à l'orner sentent an peu D trop le savant en us^ même qu jnd il cite à jprop<^
ET MÉtÉOROLdlîIE. ig^
^ quelque vers grec ou quelque vers latin. Il nous sem- » ble,' en le lisant, revoir quelqu'un de ces bons, dignes » et graves professeurs d'autrefois, embarrassés dans » leur robe , leur perruque et leur barbe , et s'efforçant » d'imiter la légèreté sémilliante dé nos élégants profes- » seurs d^ujourd'hui. C^est un mélange d'antique et de » moderne, de lourdeur et de légèreté ^ dé pédantismc » et de désinvolture, qui forme un contracte assez eo- » mique parfois. Figurez-vous un vieux professeur <ie' » Sorbonne faisant le Jjeau devant un auditoire du » XIX* siècte, Ramus dans la chaire de M. Saint-Marc » Girardin. » « L'illustre savant (c'est 1^ sobriquet dont )> je suis affublé dans les deux articles) ne croit ni à la » fin du monde ni aux causeâ finales. » « Notre "savant » cherché perfidement à mettre la Bible en contradic- » tion avec ejle-môme et avec la science à propos de la » création dés êtres. » ( J'ai. fkit tout juste le contraire.) « Nous arrivons aux inondations
» ........v.../. La
» conclusion, niçilgré toutes les protestations contraires » et tbutés les hypocrites formulas de la religiosité ccfn-» » temporàine , était une : il n'y a pas de Dîeui » .
Ouf tout <;ela était bien pénible à lire .et encore plus à redire à mes lecteurs, qui, je l'espère, après cet éteinplé de justice sur soi-même', ne douteront plus dé mon amour tout S fait mathématique de la vérité. Je savais bien qu'une attaque peu charitable avait été dirigée contre moi par M. VeuiUot , à qui je n'ai jamais fait aucun mal; mais, ce qui est bien plus humiliant, M. Veuillot ne m'a pas fait l'honneur de me châtier lui-
iqS astronomie
même. Il en a chargé un subalterne. C'est comme dans
Ruy^Blas : \ . ^
, Je fis tuer cet homme, et je tofti le 'maître.
Pour qui donc M. VeuiUot réserve-Mises coups, qu'il dédaigne de faire toml)er sur un simple fidèle comme moi? Seradt-ce pour le curé de sa paroisse , pour Tarchevêque de Paris ou même pour le pap^t Je prie M. Veuillot de me savoir gré de ne pas mettre ici. quelque bonne méchanceté dévpte , c'esi-à-dira de preipière. qualité.
M. Yeuiilotme traite à plusieurs reprises d'esprit for4. Et moi , si je le traitais d'esprit faible ! si je lui disais que CQ n^est pas d'une grande portée d'intelligence religieuse de ne pas reconnaître que-, ceux qui ont trouvé l'expression simple et mathématiqpe^les'lois de l'univers ont rendu un véritable hommage & son auteur ! lorsque j'ai dit qu'un seul angle ,^ savoir l'inclinaièon de Técliptique sur réquateur,x[ue^ seul angle astfonb/nique de 23 y degrés renfermait comme conséquence toute la géographie physique jde notre monde,. les glaces du pôle et les feux de l'équateur, la longueur variable des jours et des nuits, le&saisonaet les climats des deux hémisphères, les productions des divers pays et la diffusion des races végétales et animales, peut-on conclure, avec M. VeuiUot, que j'ai eu Finte^tion de faire l'apothéose de ce fétiche (c'est son expression), et de le placer sur nos autels à l'exclusion de 'celui qui, en inclinant de cet angle l'orbite de la* terre, a, d'un seul mot, subordonné la nature entière aux besoins de l'homme , et a tout tait pour le mieux , sauf les critiques de V Univers?
ET IfÉTéOROIiOGIE. I99
Quand j'di dit que, sans nos hivers .dont nous nous plaignons,- nous ne récolteriotis pas un grain de blé, car c'est rhiverqui force, cette plante à monter en graine, si bien que dans les régions tropicales elle se conduit comme fait ici l'herbe et ne produit jamais d'épis, n*ai-je pas fhit tout le contraire que d'attaquer la. Providence; car sans le blé, à quoi S0 réduiraient les deux cent soixante millions d'habitante /iè rEurope? '
En quoi donc , moi chrétien des plus humbles et des plus inoffensîfe, ai*je pu mériter Vanirtiadversion de VUnivers ? Encore si j'^avais dit quelques mots suspects d'athéisme, de déisme, bu d'hérésie, j'aurais pu craindre les exploiteurs laïques du sentiment religieux. D'après quelle autorité M. Veuillot vient-il incriminer mes opinions- et me dénoncer comme ennemi de la société religieuse de mon pays 1 II me demande compte .de ma croyance, et moi je lui demande de qui il tient sa mission ? Nous rie soûimes plus au xvf siècle ,* où Ramus , évoqué peu adrôîtemeitt par son journal , était égorgé pour cause de calvini$me, culte aujourd'hui reconnu par l'État. Je proteste donc contre Ja malveillance heureusement impuissante de ces apôtresf-amateurs. Les foudres de M. Veuillot ne sont pas les foudres de l'Église au moyen âge , et je meTië avec- Scarron
De son petit foudre d« pochv Qui ne porté que quinze paa Et Bourent'ne les porte pas.
M. Veuillot me "blâme de ne pas croire que , par exemple, tes inondations et autres fléaux naturels spnt des indices immédiats de la colère céleste. A ce compte , il
200 ASTaONOllIE
n'y aurait de vertueux que les habitants des collines et des hauteurs, Touâ les gens du Sahard algérien seraient des saints. Lorsque les républicains français envahirent ritalie , il y eut à Pesaro un tremblement de terre. « Voyeî-vous, disaient les Italiens à nos soldats alors quelque peu incrédules, Dieu est irrité de voir ici les Français. — Ce ne sont pas nos maisons qui tombent., » répliquaient ceux-ci, '
Pour conclusion, le public est averti de ne point aller chez M. Mallet-Bachelier. acheter le livre de M. Baj)inet. Il y trouverait à chaque page la Providence dans la nature et la bienveillance dans son auteur, tandis qu'il faut croire, avec M. Veuillot, que Dieu a toujours un œil de mauvais vouloir ouvert sur l'humanité entièrie pour lui envoyer collectivement, à tort et à travers , tous les fléaux de la météorologie. AXtràpe qui pourra, innocent ou coupable. • '
Je ne veux pas ^nir sans rendre justice comme'savant à celui que M. VeuiUot a chargé de calomnier mes Études; ses appréciations scientifiques in^it^uënt un' homme très^ compétent pour jugqr sûrement les théories physiques et mathématiques. C'est le premier qui ait senti et bien exprimé la probabilité indiquée part moi, dès le milieu de Tan dernier, d'un retour des saisons à l'état ûormaL Seulement il me reproche de ne pas dire pourquoi Dieu l'a voulu ainsi. Mais \é sait-il lui-même? J'ai été bien plus flatte de ses éloges mal gracieux que tourmenté par ses imf^utations théologiqueâ^ Je pense que ces dernières lui étaient imposées. ' ..
A l'occasion de ce que j'ai dit du câble transatlau'' tique, j'ai reçu des informations des .plus hautes auto-
rites compétentes. Elles ne sont pas tout à fait rassurantes, et ohaxîun propose son moyen de. remédier au poids du câble. M. Breton persiste d^ns ses 'dénégations de possibilité. Je reprendrai bientôt cette question avec l'autorité de M. Le Verrier, de M. l'amiral Mathieu et du ' commandant an Niagara. En- attendant, lés 2,35o mètres de- profondeur de la MédijjBrranée ont été heureusement surmontés dans la pose du câble d'Algérie. «Mais comparer la petit» traversée de Sariiaigne en Afrique au trajet de TAtlantique , c'est comparer le voyage çle Versailled'à^ celui de Perpignan. J'ai sons les yeux un échantillon.du câbte transatlantique. C'est une véritable œuvire d'art. Son diamètre est d'uû centîmè.tre et demi { i5 millimètres) , ce qui iait les trois quarts de }a gposseuf de nos bougies ordinaires. Au centre est le fil de cuivre , «omposé lui-même de sept petits fils tordus comme ceux d'une ficelle. Autour de ce fil de cuivre ceptral , destiné à .transmettre les dépèches j est unie' enveloppe de gutia-percha entourée -elle-ipème d'une, composition 'dont le goudron est le principal ihgrédierit. Le tout est recouvert extérieurement par dix-huit ficelles de fer, chacune formée àe sept fils assez fins J qui s'enroulent en spirale autour du noyau intérieur. Il y a- donc , sans cortipter les feept fils de cuiVre du centre, centvjngt-six fils'de fer, qui, étant mis bout à J)0Ût, feraienl.un chemin bien plus long que la distance de là lune à lé terre. « Une telle fabrication ne vousparait^Ue pas.admirable? disals-je à uii homme de salon. — Ohl Monsieur,- la science nous a habitués à ne plus nous étonner de rien. » A cette occasion, je remarquerai que l'homme^ dont on a tant vanté rintelli-
gence et tant, déprécié la puissance .physique , s'est trouvé beaucoup plus fort poui; coihmander à la nature que pour pénétrer leS: diffî(5ultés métaphysiques de la philosophie, de la religion oi\ même de là morale.' Quant au câble télégraphique transatlantique , même en admettant sa réussite complète , je maintiens Topportunité d'un second passage par. risîande et le Groenland. Attendons encore quelques années; avec du temps et de l'action se fait la- persévérance : c'est à celle-ci de dire en définitive le possible oir l'impossible.
Cette, phrase , qui sent .un peu la métaphysique ambitieu^, me rappelle qu^onWa. chicané sur ce que j'ai promis de dine au public ce que touC le monde sait excepté lui. Je laisse chacun maître .de trouver un sens à cette phrase ou de n'en pas trouver ; mais on me demande encore de déÇnir*le mot pubHc. Rien de plys facile ; j'entends par public ce qi^e tout la monde est et ce que personne ne croit être.
Dès aujourd'hui et pendant la première aH)Hié dV)ctobre, le ciel nous offre etnoys tient en réserva plusieurs beaux spectacles âstropomiques. Sitôt après le coUcher du soleil, le brillant Jupiter nous envoie ses rayons que les Parisieiis trouvent bleus par le contraste (les lumières du gaz et^de l'huile qui sont sensiblement rougeâtçes. En pleine campagne, cette planète -est d'un blanc'paiifait. J'en dirai autant de' Sirius, la plus belle étoile du ciQl, pour laquelle l'astroncmie Lalande luimême a sommis cette erpi^ur qui a été redressée par M. Arago. Lesoir, à l'orient, avec Jupiter apparaissent les Pléiades , et au-dessous l'étoile de première grandeur Aldébaran ou l'œil du Taureau.' Plus au nord , la
Chèvre, ^ane des grandes puiBsaâces da ciel étoile, monte à la suite d? Persée, et. tout à la fin de la nuit Sirius arrive lui-môme à la suite du brillant Orion. Tout nous indique Pautoome. Les cojistellàtions d'hiver, qui ayant le jour font une courte apparition sûr Thori^on , nous aveirtissent de plus de la fin de Tann^. Saturne se. lève un pei]( avant minuit let Vénus vers deux heures et demie du matin ; cette dernière brave le crépuscul^et ne disparaît que: dans les rayons tnémes du soleU levant. Sa phase est maintenant peu* remarquable et ressemble à celle de la luùe, ^tré le premier quSirtier et le plein. Mais Jupiter et Saturne sont deux magnifiques objets à voir au télescope^ Voici pour les quinze premiers jours d'octobre, temps moyen de Paris, Taspeot des» satellites de JupHer au minuit commençant la journée.
38 septembre, deux satellites d'un côté, un» de l'autre.
trois . —
"ft
un —
trois
,er
0€t4>fore.
'un ' —
troi-s
un • -^ . •
trois
deux —
- deux.
, deux • —
^deux»
tous les quatre -p-
tous les quatre — '
deux •-
deux
deu* — '
deux
deiix * —
deux
deux r^
. un
jiucun . —
trois
trois — *
deux ' —
un
• un , —
'trois
un — '
trois
2Q4 A^TaONOHIE
Lorsqu'il y a. moins de quatre satellites t&diqués, c'est qu'il y en a de cachés derrière la planète ou d'éclipsés dans son ombre.
On pourra voir le curieux spectacle de'l'éclipse d'un des , satellites d^ Jupiter le 6 octobrcf à 8^ 40"" 56', temps moyen de Paris, et le iS du 'même mois, à 10^ 35"" 22*. Voilà pour le premier satellite.. Le seéond s'éclipsera le a çctobre à 8?* 46''après le minuit commençant ce jour. Enfin le i l octobre à '8^ 5o" aS* du soir, le troisième satellite sera lui-même éclipsé. B est rare de trouver tant d'éclipsés visibles'à.une JÎeure commode dans un si court espace de temps. Les observateurs hors Paris qui auront des montres et des garde-temps, bien réglés pourront vérifier que l'heure de Paris n'est pas la même que celle de leur localité. C'«Sit là différence de longitude. Ainsi il y a eilviron 5 minutes de différence entre Rouen et Paris et plus de 9 lùinutes entre Londres et la même capitale. L'heure de Strasbourg et celle de Brest diffèrent encore bien davantage.
Répéterai-jea\i:public que le 5 octobre là marée, de 1 1 1 degrés offrira à Quillebœuf , près de l'embouchure de la SeineV un mascaret formidable», et.qu'oii.y verra l'Océan envahissant le fleuve avec un fracas terrible et formant subitement , suivant l'expression de ' Quinte- Curce, une mer au milieu des terres? Après 18^7, les fortes marées diminueront d'énergfe pour longtemps. Afin d'éviter des demandes directes, je dirai qu'en arrive de Rouen à Quillebœuf très-ctomraodémenten'deux ou trois heures par les vgipéurs de Rouen au Havre. On peut aussi passer par Pont-Audemer, qui est à gauche, et par Lilleboime, qui est- en face, de Quillebœuf. C'est
ET HÉTéOROLOGIE. 2o5
vers 8 lieureç du matin «l du soir que le flot arrive à Quillebœuf , à Tépoque de )a pleine tune et de la nouvelle lune. Le. 3/ lé 4, le 5 et le 6 la marée sera trèsforte et donnera un spectacle des plus imposants/
Au' nombre des nouvelles les plus intéressantes et des plus récentes de l'astronomie on xloit mettre la découverte de plusieurs autres petite planètes du groupe qui remplace là gro.S6e planète qui , suivant Kepler , manque entre Mars et Jupiter. CSette multitude de nouveaux astres- crée un travail immense imposé aux observatoiresr, qui du reste se sont partagé, fraternellement ce surcroît de fatigues.. L*ânttée deraière M. Goldschmidt avait découvert la 4o* planète de ce groupe , qui fut nommée Harmenià par M. Le Verrier, en commémoration ^e la conclusion de la paix dei i856. Le mâme dé* couvrit ensuite la» 41**) qui fut appelée Daphiié par M. Ghacornac. La 42* est due à M. Pogsoh , d'Oxford. Son* nom esCisis. Cette année 1867 nous en a déjà fourni sept, savoir j Ariane, deM/Pogson, n"* 43; Nysa, de M. Grpld8chmidt,'n'«44; uçe autre, encore anonyme, du même astronome, n* 45. La planète a*" 46, aussi encore anonyme, a été trouvée par lé même M. Pogson, d'Oxford; le n® 47, par M. Lrfther, de Bilk , près Dus- • sçldoff ; enfin, le jg de ce mois de septembre, M. Goldschmidt en a découvert deux autres dans la même nu\t : ce seront 4ea n*** 4^ et 49. Voici donc neuf planètes que nous devons ^ l'actif artistè*observâteur de Paris. Il est remarquable que les deux dernières ont dû être très* voisines il y a quelques jours. Nous n'entrevoyons pas encore tout ce que réservent à la science ces planètes si nombreuses et si entrelacées dans leur marche, et qui
peut^tre pourront se rencontrer et s*entre-cboquer . Nous aurons par ces planètes des notions sur îlnfluence de Jupiter qui balance dans cette région, par sa proximité, l'action dominante du soleil et qui, d'après certaines idées de M. Le Verrier et de Lagrange ,. a peut<ètre empêché à cet endroit lagglomération d'une misse considérable de matière ch^tique*.
La "découverte de deux planètes dans là même nuit est jusqu\ci ua bonheur ou phit&t un mérite exceptionnel. Un travail non* moins admirable, vient d'être fait avec succès par «le même M. Goldschmidt% La. planète Daphné, l'une* de ses neuf filles célestes, était perdue; elle était au milieu des - centaines de mille étoiles de dixième grandeur. Où la trouvera M, Goldschmidt a eu la constance de placer suc ses cartes plus de trois mille de ces points brillairts, ou, pour mieux dire, trèspeu brillants, car on ne les voit gu!aa télescope : parmi 'eux la planète c'est trahie par son déplâoement d'un jour à l'autre. « Cela ne m'eût pas empêché de dormir, me disait^ un intériocutenr peu au fait des passions scientifiques. ~,Eh bien, vous n'auriez pas fût, comme M. Goldschmidt, le miracle dé .trouver ^une miguiiie dans une charretée de* foin ou un petit diamant dans une colline de-sable. » Dsms ce siècle, deux astronomes sont morts de chagrin pour des observations qui ne s'accordajpnt pas entre- elles. S^il y a de la chance , du bonheur dans les découvertes du .ciel , cette heureuse fortune est provoquée par un- travail assidu et ingénieux. Entre la persévérance et l'intelligence, peut-on bien sans injustice placer le hasard? « -
La science astronomique et l'Académie viennent de
ET MÉTÉOliOLOGIE. 207
perdre M. Largeteau , membre du Btireao des longitudes de France , autanV et collaborateur de plusieurs travaux géodésiques , et notamment de ia jcniction en longitude dep deux Observatoires de Paris et de Greenwich. M. Largeteau appartenait au corps des ingénieurs géographes* qui nous a donné tant d'hommes de mérite et qui depuis a été fondu dans ce corps non moins distingué de rÉtat-Major. Il étajt avec M. Herschel , tirant des fusées pour porter des signaux de feu instantanés au haut ide l'atmosphère , dans le lieu, même où le rade conquérant GuiUaume'de Normandie écrasait autrefois Harold et ses Saxons , à Battie^-Abfiey. Quelle différence entre le milieu du xi** siècle et le cemmencement du xix* l Les mouyeUes déterminations de MM. Airy et Le Verrier ont confirmé, à une seconde de temps près, le résvltal de MI. Herschel^Largeteau et de* leurs coobservàteurs sur la côte de France. M. Largeteau avait été un calcnlaieurUfès-actif de la Connaissance des Temps, Il est jnqrt à doixante-stx an», lei^ septembre dernier. Il fut toujours un de mes pjus intimes amis, et peut-être aucun homn&e plus que lui né put se flatter de n'avoir jamais blessé personne et d'avoir passé utilement sa vie en ne recherchant ni les .honneurs, ni la fortime, ni même la célébrité. H ét^it par modestie content de son sort et ne connut jamaiç ni la rivalité ni Tenvie. Cicéron définit forateu^ un homme de bien^ qui de plus est éloquent. Hr bonus, dicendiperitus, Largeteau a été homme de bien d'abord, et de plus il a été savant.
(•a6 septembre 1857;"^,
208 «STB0N0HI8
• . ■• -xv.. . • ■'
ITouvelles attvonçmiques. — I^a. nufirée det premien Joun d'ootobre à QuiUelMeuf et aux environs. — -Le Journal allemaiid Astrionomisohe Haobriobte^i» le Jour*^ nal anaériôain de 9Ï« C&ould.
Ces jours-derniers, la France, Flnstitut et l'Observatoire impérial ont reçu là visite de l'illustre astronome de Pouïkova , If. Struve. L'empereur Nicolas a élevé à grands frtiis, près de Saint-Pétersbourg, un observatbïTe modèle dont la construction et la dilution ont été confiées à M. Struve , déjà placé au premier rang des o'bServateurs par ses travaux à Dorptft. A Poujkova, l'astronomie des étoiles a été portée à la dernière limite de la précision. Une magnifique lunette sortie des ateliers de Munich , et' dont le verre a i4 pouces de l'ancien pied die* roi français ( 38.ceHtimètres)', est devenue, entre les mains de M. Struve et de son fils Otto. Struve, uiî anal)^seurr auquel on doit le dédoublement d'un grand 'nombre d'étoiles jusqu'alors réputées simples* Un immense volume du mémo astronome nous donne l'ensemble de toutes leà observations faites surtet im-* portant sujet. Ofi me dira : Que nous importe qu'aux limites de. l'univers deux soleils très-rapprochés et à peine distincts Tun dO'l'autt'epour.'de puissants téles^ copes tournent . autour d'un ' point intermédiaire en quarante ans, en soixante ans, en un siècle ou même pendant une période de plusieurs mille ans? Lorsque
ET MéréOROLOGIB. 209
William Herschel reconnut ces révolutions célestes des doubles soleils, il donna par là même à la clironologie dans le cours dès âges des points fixes qui 'deviendront d'autant plus utiles que les siècles s'accumuleront davantage. Sans doute le mofide de l'humanité estencore fort jeune (chacun pensera de lui-même que c'est probablement pour cela* qu'il n'est pas encore fort sage), l'état actuel àe la nalifre ne remqpte lui-même qu'à -un petit nombre de milliers. d'années. Mais, pour les périodes actuelles comme pour 'les périodes futures, les étoiles doubles et tournante? fixeront les dates d'une manière exempte de* toute confusion. Les ères célestes qu'elles nous fournissent en gfand nombre caractériseront chaque pas de cet élément 'sF important de l'existence des êtres matériels , savqîr le temps. On peut considérer une petite étoile qui successivement ^ place au-dessus, à» droite, au-desSDus et à gauche d'une autre étoile plys brillante cemme unef sorte d'aiguille d'horloge qui, sur un cadran extérieur à'nojtre monde, marque les secondes , les minutes et les* heures de l'éternité.
J'indiquerai une utilité moins étoignée de l'observation des étoiles doubles et des travaux de* M. Strùve. Tout le monde sait, depuis Newton , que le mouvement de la (erre et des planètes autour du soleil eist réglé par les lois de l'attraction. Notre terre, éternellement balancée dans son orbite «ntre sa tendance naturelle au mouvement en ligne- droite qui l'éloignerait du soleil Qt sa chute vers l'astre qui l'attire , marche dans une roule tracée mathématiqueihent par l'action de causes connues, bien sp^ifiées dans leurs lois d'action. Or ces- lois qui régissent la matière dans ce coin de
210 ASTEONOMIE
l'univers que nous occupons sont-elles les mêmes pour tout ce vaste amas de soleils accumulés les uns derrière les autres à des profondeur^ qui étonnent l'imagination des hs^bitants de AotrQ trè%>petit globe? La réponse est affirmative, et une lois de plus -la nature a été reconnue aussi admirable par la constance de ses grande^ lois qu'elle Test dans le détail et la variété des effets .qui en découlent , quaûd ces effets peuvent être observés de près dans le. laboratoire particulier de chacun des mondes individuels qi^e contient Funivers indéfini.
Pour ceux qui ne seraient poiat encgre satisfaits de ce qui précède, j'ajouterai que les* mouvements relatifs de ces spldls jun^eaux permettent de les peser, et qu'un astronome peut ainsi détecjniner combien.de fois la double du Cygne ou la double du Centaure surpasse en masse notraPhébus, le soleil de notre système, lequel, comme .on sait, est trois cent cinquante-six mille fois plus massif que notre terrç.
C'était pour une miàsion de science internationale que l'hôte de M.Le Verriet, M. Struve, se trouvait à Paris. Depuis quelques années, la géodésie,' cette partie de l'astronomie^ qui s^occupe de la mesure et dd la figure de )a terre, a été cultivée avec le. plus grand éclat çn Kussie, et surtout d'après l'initiative de M. Struve. A partir de Louis XiV, cette science a été l'une des gloires de la France. Le grand arc français du méridien eiitre Dunkerque et Formenteiiia a été longtemps sans rival. Ensuite est venu l'arc un peu plus grand mesuré danS; l'Indë par les Anglais. Le nouvel arc de M. Struve, qu'il appelle russe-scandinave, re-
ET HÉTéO&OLOGIE. ai I
monte depuis l'emboudiure du IhUkube Jusqu'à la- mer Glaciale. C'est de. cet arc que M. Struve a* entretenu L'Académie des Sciences il'ans la séance du 12 octobre. Nous pouvons être fiors des éloges que ie grand astroncMne russe fait des travaux des Français et des nombreuses expéditions -qui, depuis Tabbé. Picard, jse sont succédé avec autant de constance que .de gloire.NJe trouve dans les Leçons d? Astronomie de M. Âiry, le directeur de FObservatoire anglais de Greenyicb , pr^s de Londres, un témoignage non moins flatteur pour la géodésie iratiçaise. Le livre est» de 1849. ^ ^ P"^ mières expéditions de ce genre «urent lieu par ordre des roitf de France, et honneur aux Français pour la part qu^ls ont prise dans^ces travaux! Plusieurs de mes auditeurs savent sans doute que Guizot, qui ptait dernièrement à- la tôte du -ministère français; a ,commencé sa carrière par le professorat. Il a publié des leçons sur la civilisation , et il établi^ que la France a été le grand pionnier^ de la •science et que Torigine 0e la civilisation appaVtient à cette nation. - En fait de science , .je suis d'avis qu&l'assertiotf de Guizot est par-
fiadtement juste 1 . »
Nous sommes habitués à coiÀidérer.la Révolution française seulement comtne une ^que d'anarchie elt dQ
sang et cependant ce fut dans les temps les plus
désastreux que fut complété un travail auquel rien d'égal n'a été tenté en Angleterre. »
C'était jpour établir le type des mesures françaises, le mètre i que ces travaux étaient exécutés, et en prenant pour point de départ. la mesure de la terre, on voulait une mesure qui appartint également à tous les
ai2 ASTEONOMlfi
peuples. Déjà Newtoh , pour échapper à la confusion des mesures désignées' sous le nom de piedy s'était servi de la toise française dé 6 pieds de roi, parce que cette dénomiiûition n existait che% auf un peuple, .tandis que le pied anglais , le pied du Rhin , le pied de rpi français et quelques autres encore laissaî^t subsistet une confusion étrange:
Malheureusement la figure de. Ib terre n'est pas d'une régularité pacfaite, ei la petitesse de l'homme, par rapport au globe qu'il. habite, permet de* sa^ir les moin^ dres inégalité , les moindres dérogations à la figure régulière que l'on avaii d'abord, admise. Tel est l'objet actuel des efforts de la géodésie moderne-. L'arc» russe ne s'accorde pas tout à fait avec l'arc de France m avec celui de l'Inde. On voit donc qu'il ne suffit plus de lAOSufer un seul méridien pour connaître avec la dernière précision lafoiTne et les dimension& de notre globe. 'Il faudra opérer sur un grand nombre de méridiens divers. Je pense que» le temps n'est pas loin où les Américains, guidés par M. Bâche,- arrière-petitfils de Franklin , sTppdrteront un .honorable contingent à la science inaugurée ]{^ar notre nation, et qui s'est enrichie en Prusse, en Hanovre,* en Danemark, en Suède, en Norw^e, de mesures d'une moindre étendue, mais. d'une .précision égale aux mesures des Français, des Anglais études Russes. Pour- abréger, je ré* serve bien des notions curieuses pOur le moment où je parlerai ici du mètre et des attires étalons français qui permetteht de fii^er l'espace , la maCièreiet le temps, ces troris grandes nécessités de l'e^'idtei^ce des êtres matériais.
ET HÉTÉOaOLOGIE. ai 3
Mais ce n'est pas tout de mesurer la terre du sud au nord, il faut aussi eu déterminer les dimensions de Test à Touest , à peu près. comme pour faire un vertement on ne note pas seulement la taille d'un individu , mais on prend encore' la mesure «.de son contour. Or, pour ceci il faut traverser toute l'Europe et. jœiettre bout à bout tojites Içs portions de la ceintui^e terrestre qui, partant de l'occident de la France, vont ensuite* jusqu'à l'Asie. C'est précisément {)Our la jonction de ces Jragments.d'arcs de parallèle que M* Struve, ainsi que nous l'apprend le maréchal Vaill^t, est venu en France. Déjà M. Le Verrier, aidé des ofi&ciere de l'Etat- Major^ avait .commencé, pour la France; à compléter les déductions qu'on pouvait tirer de la *belle tr^ngu« latioa exécutée depuis le commencement du siècle. La visite de M. Struve donnera une nouvelle activité à ces travaux. M. le maréchal Vaillant, minisire delà guerre, et comme tel ayant sous ses ordres tous les officiels d'Etat-Major et tous les documents du'.Dé^^ôt de la Guerre, a déclaré devant l'Académie « qu'il s'eniprQgsera , soit de çiettre à la disposition des savants éU-angers les documents^ qui. pourraient être réclamés, soit de concourir pour sa part aux travaux de calcul et de discussion nécessâces à l'accomplissement de l'œuvre projetée par le savant directeur de l*Observatoire central de Russie. » M^ le maréchal rappelle les travaux* entrepris déjà par M. Le Verrier, depuis trois.ans, dans un but parfaitement concordant avec celui de M, StrjLwe, et qui n'ont été suspendus, que depuis l'automne de l'année dernière.
Voilà de bonnes nouvelles scientiûques. Go aJieadl
21 4 ASTROTTOHIB
en avanCl comme disent les Américains. Ajoutons que M. Sthive a été reçu par l'Empereur avec la même sympathie que lui ont témoignée le ministre de la guerre , le directeur de TObservatoire impérial et TAcadémie des Sciences, dont Tastfonome 'russe fait partie depuis longtemps à titre de correspondant.
Gomme Iq domaine des «ciences est assez pauvre du côté dramatique , on me permettra quelques détails sur la nomination au titre de chevalier de la Légiôû d'honneur de M. Goldschmidt, dont j*ai annoncé dans mon dernier article le succès inespéi:é et jusqu'ici sans précédent, puisque dans une même nuit il a trouvé deux petites planètes. Ce succès si bien mérité a reçu une prompte récompense. Déjà plusieurs fois M. Çoldschmidt avait été présenté par H. Le Verrier au choix du ministre pour la croix d'honAeur, et^ par je ne sais quelle fatalité, sa promotion avait été différée; mais cette dernière fois, M. le maréchal Vaillant, de l'Académie des Sciences , se trouvait chaîné par intérim du ministère de Tinstruction {publique; U'-était donc à la fois juré éclairé et Juge tout7pui8sant dans l'affaire. II s'^X présenté à M-meme l'heureux astronome, et, après un prompt assentiment de l'Empereur, il a signé avec joie le décret qlii confôre la décoration à H. Goldschmidt. La '.grâce que MM. Vaillant et Rouland ont mise à faire connaître cet heureux résultat au nouveau décoré a 'doublé le prix de cette grande distinction, si noblement acquise. '
Nous voilà donc au numéro 49 pour les petites planètes entre Mars et Jupiter. J'en ai sous les yeux la liste comjplète , qne je me réserve de dobner plus tard. Quant à
BT MÉTiOMOLOGIB. 21 5
cette* quarante-neuvième planète de M. Gpldschmidt, laquelle est la neuvième découverte par lui , il a bien voulu me faire Thonneur de me prier d*en être le parrain ,- et j*ai choisi pour elle le nom de Paies, la grande divinité des Romains.
Te quoque, magna Pales. . .
dit Virgile au commencement du troisième livQ des Géorgiques. H y avait aussi le nom. de Doris, lune des principsdes divinités (le la mer :
Dorifl amarâ suam non intermisceat'undani.
Je tenais d'autant plus au nom de Paies, qu'ayant indiqué ce nom à M. Uind, à Londres, en »85i , il avait craint une confusion avec le nom de Pallas. Je ne puis être (le |K)n avis , surtout quand on a adopté 7^/^ après quQ'le nom d'Iris était déjà prjs. Je suis «en mesure, avec Virgile, Ovide, Hésiode, Homère. et 1q Diction^ naire de la Fable , de fournir deux ou trois cents noms pour les planètes futures. Ainsi la crainte de voir les noms manquer Cici à longtemps est bien chimérique. Jusqu'à ce jour M< Hind; qui a trouvé dix petites planètes , est le seul qui l'emportç sur M. Goldschmidt.
Plusieurs personnes rt^gardent la saison actuelle comme exceptionndleets-'étoiment de la durée prolongée des beaux jours. Ôf. c'est précisément l'automne qui 7. dans toute l'Europe occidentale, est généralement la belle saison. Vété de la Saint-Martin est un dicton^ de nos ancêtres qui caractérise un fai^. La seule chose remarquable , c'est le manque de gelées du matin , ce qui fait que ^la fouillée des arbres et nïéme la verdure
ai6 ASTAONdMIK
ont jusqu'ici très-peu souffert. Cependant on peut vérifier ce vers d'Horace : •
Matutina parum cautos jatn frigora mordent.
« Déjà chaque matin on sent tes premiers froids »
On a pu voir par les journaux quotidiens que Téquinoxe a été signalé , comme à Tordinaire , par des tempéte& et des' sinistres de mer, que rendent pkis sensible3 et le grand nombre de bâtiments que met à flot l'activité du commerce actuel et la hardiesse qui .nait d'une connaissance plus, grande de l'art nautique. Dans les parages très-fréquentés, CQmmele canal qui sépare la France de rÂiigleterre, il est difficile qu'un mauvais temps, par vents violents, par grosse mer, ou paf brume, ne trouvé pas des victimes à fair^, et chaque année ilous donàela triste statistique des pertes* éprouvées. Cependant^ si l'on £s|it attëntibn au iiombre pilus grand de bâtiments qui naviguent, le nombre proportionnel des naufrages se trouvera bien inoindre que par le passé.
 l'époque de la dernière grande marée de ce mois, j'ai été cnrieuï d'aller dire un dernier adieu au mascaret ou barre de flot de la Seine-Ihférieu^e. Les travaux modernes ont détourné le choc des quais de Quillebœuf. Un asse^^rand nombre de curieux étaient venus pour observer ce graitd eC subit emirahissement de la terre par là mer. Le spectacle a été magnifique de grandiose par un temps serein. Le seleil s'abaissait avec magnificence au milieu de la vaste embouchure du fleuve de Paris, p'était le lac de Genève en dimensions, plus Parri^^ée et le retour de l'Océan. La pleine lune, à l'hori-
ET MÉtéOROLOGIE. 217
zon opposé, 86 iBvait non moins s^encîeuse ettalme que le soleil....* Comme dans toute la mécanique de l'univers, c'était san$ bruit, sans convulsions, sans secousses que s'opérait la puissante aetron des deux astres sur rOcéan. Ainsi la liine , retenue par Tattraction de la terre, chemine dans le ciel, ou plutôt glisse sans effort; et la teixe suit de mèmasa route annuelle autour du soleil. l.es eaux de TOcéan sont rendues un peu moii)8 pesantes par l'attraction des deux astres, et elles s'élèvent pour compenser par leur hauteur ce qu'elles ont perdu en poids. Le fracas appartient à l'effet et non à la cause. Où a beaucoup parlé de l'harmonie des sphères célestes, qui, je crois, était sensibleaux oreilles de Pythagpre. S'il a dit cela, on peut assimiler ses prétentions à CjBlte- qu'il avait, dit-on, de se souvenir des métamorphoses par lesquelles il avait. passé avant les années qui ont précédé l^rigine de notre ère. Les auteurs grecs parlent souvent des yeux de l'âme : j'oserai transporter la métaphore à l'ouïe ^ et je dirai que cette fameuse harmonie dés sphères célestes n'est perceptible qu'aux oreilles de l'intelligence. Rien n'est plus poétique que de .voir la nature obéir sans résistance et sans effort aux lois qui lui ont été primitivement dictées, tandis qu'elle ne se soumet aux mécanismes de l'homme qu'avec des chocs, dès frottements, des grincements, des conyulsiQns,rdes gémissenv^nts qui semblent protester d'une soumission forcée et d'un empiré usurpé par l'antagonisme des agents mis en jeu par une pensée qui ne domine que matériellement.
Au milieu du calme qui régnait à f époque de la pleine lune d'octobre, les amateurs de mascaret 4)nt été obli-. ▼. • 10
ai 8 ASTRONOMIE
gés d^ler avec ctes pilotes Te chercher dans des localités voisines de Quillebœuf , à Tancarville ; à Aider, à Villequier. ATancarville, le sol, pûné sous les pieds des curieux et crpulant dans le fleuve , les a forôés à s'éloigner du rivage. Le journal rA^ranchinAxi ii octobre m'invite à aller voir le mascaret, sur les grèves du mont Saint-Michel/ J'ai d0pui8 longtemps prévenu ses voeux et j'ai ^oagé intrépidement «i i8a4 dans cette barre de flot qui ne m'a pas plus roulé que les grandes vagues de la mer ne roulent les baigneurs ji la lame. La localité e»t importante ^théoriquement , car c'est, comme à Bombay, un mascaret sans rivière. Je compte bien revoir ce mascaret avant de mourir, ainsi que celui de* la Dordogne, qui nous 9 fourni, à M; Arago et à moi, le nom générique du phénomène. Mats en attendant je prie Instamment MM. les indigènes des deux pays de bien obsehrer la nature dans leur localité et de foire connaître au pvèlic le résultat de leurs observations, lis verront toujours mieux qu'un yoyageur sans, loisir et ils profiteront des renseignements donnés par tous les riverains.
A Quillebœuf, un immense bateau à vapeur en fer, qui avait toùdhé à la haute n^er, a été cassé exactement en deux à la mer basse, Heureusement il était cloisonné, et en laissant la mer entrer librement par le milieu il a pu flotter au moyen des compartiments qui en fermaient les deux bouts, et il a été conduit au port, où il a été de nouveau «assé par le mascaret suivant. Enfin, après avoir été rajusté tant i>ien que mal^vec des barres de fer et déchargé de toutes ses mfichines, il a pu être remorqué en amont. Deux autres
ET MAtAOMOLOGIB. 2I()
naufrage ont aussi eu lieu mus no6 yeux , mais heureosaoeni^sams perte tfâmes, saitaiit l'expression an- ^ûse. Le nouveau télescope de M. Foucault, que les inlotes et les caqpltaines armés de leurs longues-vues regardaient avec admiration et envie , nous mettait sous les yeux le* bâtiment, travmllé par l'irrésistible Océan, comme s*il eût été à portée de la veii et presque de la main. Il est incroyable avec quelle aisance la mer démolit en quelques vaguçe ûnvaisseav arrêté, même sur un liond de sable ou de vase, n se disjoint avec la même facilité qu'un château de cartes sur lequel un enfant vient à souffler. D enfonce et ne laisse plu? que son mât comme jtémoin indicateur de la catastrophe, le ne décrirai pas les larmes des femmes de pilotes. Je me tuais à assurer à. une des plus bruyantes dans saî douleur que nous venions de voir son m^ri quitter tranquillement le navire submergé et regagner avec tout son monde le remorqueur, qui avait tiré après lui le bâtiment perdu. Rien ne pouvait la faire taire. A quelques pas de là, je sus qu'elle pleurait l'aident que lîii eAt valu la conduite plus heureusie de la cargaison naufragée, ce ijui me rappda ce vers latin :
Ploratur lacrymis amissa pecunia yeris.
• Pour l'argent que l'on perd les larmes sont sincères ! »
Nous essayâmes Tinstrumrat der M. Foucault comme télescope astronomique, comme lunette de terré ou longue-vue, comme lunette de port, comme lunette à petite distance, soit poui' lire, soitpoiClr apercevoir les plus petits insectes dans leurs mouvements et dans leurs parties les plus déliées^" enfin comme luaette de nuit
poup voir les vaisseaux arriver en silhouette comme de mvets fantômes projetés sur la pâle lueur du ciel ; et toujours nos observations eurent le succès le plus complet. Cependant le miroir n'avait point été repoli depuis sa traversée en Angleterre et en Irla^e. On sait que ëir John Hérschel , au cap de Bonne-Espérance ,• était obligé de repolir ses 'miroirs tous les trois ou. quatre jours f «t cela sans ^tre. dans lé voisinage de la mer. Sans doute la nature se doutait qu'il y avait sur ce rivage occidental des curieux attentifs à ses phénomènes. Elle eut la bonté de nou^ faire quelques expériences de physique météorologique comme lorsque le propriétaire d'iine riche collection a la complaisance de montrer à d'heureux .visiteurs les curiosités qu'il possède. Ainsi, après nous avoir donné de magnifiques ombres colorées et une variété de nuages à choisir entre lés stratus, les cumulus- et les nimbus (jui nous dessinaient au loin le çontouc de la terre, le spectacle se termina par un double système d'arcs-en-^iel produit par deux soleils, Tun le soleil ordinaire , l'autre son image réfléchie dans l'Océan. Ch^t[ue système avait son centre, et leaarcs les plus hauts provenaimit du soleil le plus bas , savoir celui qui se reflétait dans l'eau,/
Les feux rouges des phares , du côté gauche de la rivière, me semblèrent confiwner cette assertion, savoir que le rouge seul, qui n'est qu'une partie de*la lumière blanche, est cependant de -Idn.pliis viûble que celle-ci prise en totalité. De cette particularité on a donné deux ou trois raisons que l'on eiaminera sans doute avec plus d'attention quand on sera sûr de ne pas chercher ^ exr pliquer un fait cpii ii'existe pas.
ET IlÉTÉOROtOGIE. 21t
J'ai souvent eu à citer avec éloges les travaux publics en France, et notamment pour les routes, les ponts, les rivières, les ports de mer. J'-ai plus que jamais vérifié dan» la belle Normandie que là traduction de ces mots réunis, science et industrie, C'était le mot prospérité.
Pour passer de la terre au ciel , je copierai la note que voici sur Tétat du ciel le 14 octobre , à. 5 heures du matin : '
La planète- Jupiter brille à t'occidmt d^uii bel éclat bleuâtre par contraste. Orion, la .plus belle des constdlatfons, a déjà dépassé le milieu du ciel. Elle est suivie de Sîrius et deProcyon, et plus dans Test, le Taureau avec les Pléiades précèdent les Gémeaux etle^Lion. Saturne est dans les Gémeaux , et Vénus , quoique peu élevée, éclate au-dessus des' planètes et des étoiles. La Cbèvrô est au zénith , tandis qu'entre Saturne et Vénus la lune s*occupe par passe-temps à éclipser la planète Mars avec ses feux rouges. On voit que le ciel du matin est favorisé de la présence de toutes les planètes visibles d'ordiiiaire. Le 14 au matin, à 5 heures, Tair était parfaitement calme et transparent , et Sirius lui-même, que les Arabes appellent Tétofle aux mille couleurs, scintillait très-peu. Enfin le crépuscule ayant éclairci légèrement l'horizon oriental , les ondes perturbatrices de l'atmosphère, tourmentée par les rayons calorifiques du soleil levant , arrivèrent sur nos tètes , et la scintillation établit tout de suite une grande dis^ tinction entre les planètes et les étoiles.
Pour tenir, en finissant , ma parole bibliographique, j'indiquerai le journal allemand qui a pour titre Jstronomische Nachrichten (Nouvelles astronomiques). C'est
depuis lo9g^mps le premier et le plus utile des ouvrages périodiques de ce genre. Mais on peut dire que rien n'en égale la sécheresse. On n'y inçère pas un mot qui ne soit technique et pas une phrase qui ftoit superflue. Après cette publication vient lé journal américain de M. Goùld, qui paraît ménsueltement,.en anglais, à Âlbany, capitale politique dé l'Etat de New-York. Tout le mobde est.unanifne dans l'estime qu'on fait de ce journal comme de celui qui le publie. M. Gould est aussi^le directeur de l'Observatoire d'Albany, qui a été fondé par les contributions généreusçâ des ciloyens de l'Etat de New- York, et principalement par les dons considérables de M™' veuve Dudley, qui a donné à ce bel Observatoire le nom de so.n mari, qu'elle a ainsi rattachée un monument honorable pour sa ville et pour sa patrie. . •
(4 novembre 1867.)