‹ Études et notices historiquesChapitre 20 sur 20 · DR JULIE A ANDRÉ · texte numérisé non relu

DR JULIE A ANDRÉ

(( Pourquoi t'imaginer que le temps que tu as sacrifié à tes affaires a pu gâter ton séjour ici? N'avons-nous pas eu de bons moments ensemble, quand je te donnais le bras, ou bien en courant avec le petit sous les arbres de Bellecour? Tout cela, n'était-ce pas des jouissances? Tu les as bien comprises, et ta lettre, qui vient de me faire pleurer, n'est pas écrite par un cœur insensible. Je l'aime bien, cette lettre ; elle me peint ton âme et ton âme est ce que j'aime le plus en toi ; elle n'est pas ordinaire, elle sacrifierait tout au bonheur de son amie.

« Mais ta mère, tu dois l'aimer aussi bien tendrement ; tu l'aimes, mais pas comme il faut aimer sa mère. Tune m'as pas dit un mot de gronderie lorsque

S32 ANDRÉ-UARIB AMPiRB.

je te parlais d'elle, un certain soir que j'avais l'esprit monté; j'aurais voulu que tu m'eusses fait sentir que j'avais tort et que ce né fût pas moi qui m'en fusse aperçue la première. Mon bon ami, mon Andréa, écrislui donc toutes les tendresses que tu sens pour elle... Mon pauvre petit, s'il venait à ne pas m'aimer tou • jours, qu'il eût une femme qui lui dise que je ne fais pas les choses comme il faut; que je détesterais cette femme 1 Mais je ne serai jamais comme cela* J'aime ta mère de tout mon cœur, je la respecte ; elle le mérite par ses vertus, et si parfois la vivacité me fait dire quelque chose, c'est toujours sur le manque de prudence pour l'avenir, dont sa piété ne lui permet pas de s'inquiéter »

L'âme de Julie, on le voit, était bien belle aussi et méritait les tendres affections dont elle était entourée. Aussi, quel vide affreux laissa sa mort prématurée ! Elle mourut après quatre ans de mariage. La douleur inexprimable de son mari le jeta à corps perdu dans les bras de Dieu. Au chevet de sa femme expirante, il écrivait cette belle prière :

« Mon Dieu I je vous remercie de m'avoir créé, racheté et éclairé de votre divine lumière en me faisant naître dans le sein de l'Église catholique. Je vous remercie de m' avoir rappelé à vous, après mes égarements ; je vous remercie de me les avoir pardonnes. Je sens que vous voulez que je ne vive que pour vous, que tous mes moments vous soient consacrés. M'ôterez-vous tout bonheur sur cette terre? Vous en êtes le maître, ô mon Dieu I Mes crimes m'ont mérité ce cbÂtiment. Mais peut-être écouterez-vous encore la

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voix de vos miséricordeg. J'espère en vous, ô mon Dieu I mais je serai soumis à votre arrêt, quel qu*il soit : j'eusse préféré la mort. Mais je ne méritais pas le ciel, et vous n'avez pas voulu me plonger dans Tenfer. Daignez me secourir pour qu'une vie, passée dans la douleur, me mérite une bonne mort dont je me suis rendu indigne.

«0 Seigneur I Dieu de miséricorde I daignez me réunir dans le ciel à ce que vous m'avez permis d'aimer sur la terre. »

Quinze mois après la mort de Julie, Ampère écrivait cette dernière méditation :

Septembre 1805.

« Défie-toi de ton esprit : il t'a si souvent trompé I Comment pourrais-tu encore compter sur lui ? Quand tu t'efforçais de devenir philosophe, tu sentais déjà combien est vain cet esprit qui consiste en une certaine facilité à produire des phrases brillantes. Aujourd'hui que tu aspires à devenir chrétien, ne sens-tu pas qu'il n'y a de bon esprit que celui qui vient de Dieu ? L'esprit n'est fait que pour nous conduire à la vérité et au souverain bien.

't Heureux l'homme qui se dépouille pour en être revêtu I qui foule aux pieds la vaine sagesse, pour posséder celle de Dieu I Ne conforme pas tes idées à celles du monde, si tu veux qu'elles soient conformes à la vérité.

«La doctrine du monde estuno doctrinedo perdition.

« Il faut devenir humble, simplo ot entibromont détaché avec les hommes ; il faut dnveiiir cnhno, recueilli et point raisonneur avoc' Dieu.

s'associa passionnément aux projets et aux espérances de son mari. Elle épousa ses vues, elle rêva la gloire pour son nom, et elle le vit partir au mois de mai 1845 pour cette expédition lointaine qui ne devait pas avoir de retour. Pendant trois mois jusqu'en juillet, on eut des nouvelles de VErèbe et de la Terreur^ noms des deux navires qui voguaient vers l'inconnu: puis le silence se fît, les ténèbres s'étendirent; on n'eut plus de nouvelles ni des navires, ni des équipages; ils avaient disparu derrière les nuages du pôle; ils étaient enfermés derrière des remparts infranchissables, derrière des murs terribles qui avaient jusqu'alors défendu les secrets du septentrion dont Job parle en ces termes: — As -tu pénétré dans la profondeur des mers? as-tu marché dans le sein de l'abîme? Les portes de la mort se sont^elles ouvertes devant toi ? As-tu vu Ventrée des ténèbres? Que s'était-il passé? les navires étaient-ils détruits? les équipages avaient-ils péri ? ou bien erraient-ils sur ces plages désolées, déserts de neige et de glace, étrangères à l'homme depuis Torigine du monde ? erraient-ils exposés à tous les maux, mourant de faim, de froid, poursuivis peutêtre par les flèches de quelque tribu sauvage, ou livrés en proie aux griffes des ours ? Les suppositions les plus tragiques étaient vraisemblablement une affreuse réalité: l'Angleterre s'émut; on fréta des navires pour les lancer h la recherche de sir JohnFranklin et de ses compagnons ; des hommes hardis et dévoués s'embarquèrent, résolus de tenter l'impossible pour retrouver un débris, une planche de VErèbe et de la Terreur : tout fut inutile, les deux navires s'étaiei^t évanouis dans

LADY ^aANKLlN. 237

les solitudes du pôle. Lady Franklin qui ne pouvait pas croire à une catastrophe, jeta dans ces expéditions la plus grande partie de sa fortune ; pendant trente ans, elle ne cessa de prier, d'insister auprès de tous, hommes et gouvernements, pour les intéresser à sa douleur d*épouse ; les puissances maritimes de l'Europe répondirent à son appel ; les États-Unis apportèrent leur concours ; les recherches officielles et privées ne cessèrent pas, et aucune ne fit naître un rayon de lumière. La France donna à ces pieuses recherches un de ses plus nobles enfants, le lieutenant Bellot qui périt au milieu des glaces bouleversées par une horrible tempête ( 6 août 1852 ), au moment où il croyait revenir vers sa famille et où il exhalait sa reconnaissance envers Dieu qui l'avait sauvé! Enfin vers 1854, une lueur se fit sur le sort probable de John Franklin et de ses compagnons infortunés: le docteur Rack après un voyage au pôle publia un rapport où il établissait d'après les témoignages fournis par des Esquimaux qu'il avait interrogés, que sir John et son équipage étaient morts de froid et de faim dans les glaces ; il fournissait en preuve quelques objets qui devaient appartenir à ces malheureux, et qu'il avait obtenus des Esquimaux par voie d'échange. Les Esquimaux avaient dit: « Au prin- <i temps, il y a quatre hivers, des hommes blancs au a nombre de quarante, ont été vus voyageant sur la (( glace, et traînant un bateau ; ils cherchaient des « veaux marins. Ils firent comprendre par signes que <( leur navire était détruit. Plus tard les cadavres de « trente-cinq de ces hommes furent découverts par les « Esquimaux ; quelques-uns étaient enterrés, d'autres

(( se trouvaient sous une tente, d'autres sous le bateau « renversé pour former un arbri; l'un deux, un officier (( sans doute, avait son télescope et son fusil près de lui. (( Dans une chaudière se trouvaient des membres (( humains.» On acheta aux sauvages les objets trouvés près de ces tristes restes; c'étaient des couverts d'argent, une pièce d'argenterie avec les mots : sir John Franklin, et une petite décoration sous la forme d'une étoile.

Malgré ces témoignages presque évidents, Lady Franklin ne voulut pas croire à la perte de son mari ; son énergie se ranima ; on avait découvert quelques vestiges ; peut-être de plus heureux le découvriraientils lui-même: son amour ne voulait pas douter. Une nouvelle expédition, organisée par elle, frétée avec ses propres ressources, partit en 1855 ; le capitaine Mac- Glintock s'embarqua sur une coquille de noix et ce fut cette tentative désespérée et hasardeuse qui jeta une lumière plus vive sur ce drame mystérieux. Le capitaine Mac-Glintock trouva sur la terre du roi Guillaume les livres de bord de John Franklin, et prouva par leur contenu, d'une façon irréfragable, que les deux navires saisis par les glaces avaient été abandonnés par leurs équipages, après deux ans de misères afTreuses, (de 1846 à 1848) et que les infortunés marins, chefs et matelots, avaient succombé dans cette solitude aux affres de la faim et du froid.

Quelle fut la douleur inconsolable de l'épouse, la douleur de cette âme qui avait si longtemps et si ardemment espéré, à qui l'espérance était interdite, à qui le voile des veuves était imposé ! Lady Franklin

survécut à cette cruelle certitude, pendant vingt ans encore elle vécut pour honorer la mémoire de son mari, pour élever ses fils dans le culte de leur père et le culte du devoir ; elle eut la joie de voir honorer et grandir le nom qu'elle portait, de le voir associé aux grandes découvertes géographiques de notre temps. L'Angleterre éleva à Tinfortuné capitaine un monument parmi ceux des rois et des grands hommes de son pays; la noble veuve a succombé à la vieillesse, soutenue jusqu'au bout par sa foi en Dieu et par la force de son âme. Au moment de sa mort ses deux fils venaient de s'embarquer pour le pôle. Les deux époux ont tracé chacun leur sillon, l'un dans la voie de la. science et du courage, l'autre dans la voie du devoir et de l'amour (1).

(I) Ce passage Nord-Ouest tant cherché a été découvert, presque par hasard, par le capitaine Mac-Clure en octobre 1853, mais cette découverte sera- t-elle jamais d'une utilité pratique ; la rigueur du climat, les mille difficultés que l'on rencontre sous cette latitude, n'éloigneront-elles pas des navires d'une voie où le moindre danser est d'être renfermé dans les banquises^ comme le furent l'Erèbe, la Terreur et V Investigateur f Cette opinion sur le peu d'utilité pratique des voyages au Pôle est empruntée à l'année géographique, de M. Vivien de Saint-Martin.

LIYINGSTONE.

Les voyages lointains et périlleux, sans but moral, ont-ils bien une raison d'être? Le pôle Nord, la mer libre dans les régions boréales méritaient-ils le sacrifice de nobles existences, comme celles de Franklin ou du lieutenant Bellot ? L'Afrique équatoriale, ses lacs, ses montagnes, ses fleuves, ses mystères, valaient-ils que tant de vies généreuses leur fussent immolées? Le missionnaire seul, portant TÉvangile aux païens, mérite une admiration que nous sfommes tentés de refuser à la science pure, que nous dénions absolument aux vues commerciales et cupides, et, grâces à Dieu, le nombre des vrais ambassadeurs de Jésus-Cbrist est grand, les anges du ciel seuls pourraient dire le chiffre et les noms de ces martyrs du zèle, depuis saint François-Xavier et ses successeurs, depuis le vertueux Las Cases et ses imitateurs, jusqu'au plus obscur envoyé de la Bonne-Nouvelle, qui s'épuise et se comsume au service des Océaniens, des Chinois ou des tribus errantes de l'Amérique, et qui meurt, comme il a vécu, avec Dieu seul pour ami et pour consolation. L'Afrique a eu ses nombreux apôtres, et un saint prêtre de nos jours, le P. Libermann, Ta aimée comme on aime sa patrie et a institué, pour la sauver et la servir, une compagnie de missionnaires, qui défriche péniblement le sol ingrat des fils de Cham. Mais voici qu'un savant,

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un voyageur, mérite aussi, par ses aspirations généreuses, d'être rangé parmi les apôtres du bien, qui ont laissé une trace sur la terre et dont les œuvres ont été agréables au Ciel.

On le sait : depuis les temps les plus reculés, TAfrique estle grand marché de l'esclavage : de tout temps, elle a justifié la terrible prophétie des Saints Livres : Cham sera assujetti à ses frères ; les Romains tiraient des esclaves des FAbyssinie et de la Nubie; toute l'Asie en recrutait pour ses princes et ses grands seigneurs : lorsque la loi chrétienne régna, TEurope ne connut plus d'esclaves, mais le Bas-Empire, et plus tard les soudans et les émirs comptèrent toujours des esclaves noirs parmi leurs richesses.

La découverte de l'Amérique, Pextinction de la race indienne firent naître la traite des noirs, et la justice divine seule a pu mesurer les désastres, les douleurs et les immolations causés par ce commerce barbare. L'Amérique reçut, en deux siècles, neuf millions d'esclaves ; il en restait à peine quatorze cent mille vers le commencement du dix-neuvième siècle, tant les mauvais traitements, les fatigues et le désespoir avaient vite décimé ces familles infortunées. L'Église avait élevé la voix contre ces crimes de lèse-huma* nité ; elle ne fut pas entendue ; Pitt, à la tribune de la Chambre des Communes; en France, Montesquieu, Turgot, Condorcet, Bernardin de Saint-Pierre, plaidèrent la cause des noirs ; il fallut des années pour que l'humanité et la justice eussent raison des intérêts privés, la traite fut enfin interdite, et peu à peu la liberté fut donnée à tous les esclaves des colonies an-

glaises et françaises. L'Europe pouvait dorénavant se laver les mains de ces atrocités, mais elles n'étaient pas bannies de la terre, et les torrents de sang versés sur les champs de bataille sont peu de chose auprès de ceux que fait répandre le commerce d'esclaves sur la terre d'Afrique, Le marché s'était transporté de la côte occidentale à TOrient, Zanzibar alimente les contrées musulmanes.

C'est là qu'aboutissent ces tristes caravanes, tantôt captifs dé guerre, tantôt enfants livrés par leurs parents, ou malheureux volés par les commerçants arabes ; c'est là qu'on les voir arriver, liés les uns aux autres, le long d'une fourche de bois, nus, épuisés de fatigue, nourris d'une poignée de grains par jour; ils y arrivent par terre, marchant sous le soleil africain et dans le sable embrasé ; ils y arrivent par* mer, dans des barques où on les foule, où on les entasse, au point que dans leur amoncellement, l'œil ne distingue plus de forme humaine. De Zanzibar, on les dirige sur la Perse, l'Egypte, la Turquie, l'Arabie. Chaque esclave vivant représente la vie de dix hommes, tant les souffrances, la faim, la douleur en tuent sur ces routes du désert, pavées d'ossements humains. Ces excès étaient peu connus en Europe ; Livingstone, un des premiers, les fit connaître, et l'humanité, la charité qu'il montra, les cris qui, sortis de son cœur, allèrent retentir dans la vieille Angleterre, attachent à son nom une gloire touchante et impérissable.

David Livingstone était né dans la classe la plus obscure, mais il avait une volonté ferme et persévérante qui surmonta tous les obstacles; il a raconté lui-

même comment il poursuivit ses premières études, tout en travaillant comme rattacheur dans une filature; il acheta un rudiment sur la paie de sa première semaine. « Je continuais, dit-il, mes études, pendant les heures que je passais à la filature, plaçant le livre sur mon métier, de manière à saisir les phrases les unes après les autres, tout en marchant pour faire ma besogne... A dix-neuf ans, j*eus un métier à conduire, c'est une fonction pénible, mais j'étais payé en conséquence ; je pus me suffire, poursuivre mes études médicales, suivre des cours de grec et de théologie. »

Cette nature vigoureuse était tendreen môme temps. Voici comment il parle de son père : « Mon respect et ma gratitude lui sont acquis pour m'avoir donné l'exemple de cette piété ferme, dont Burnsa tracé l'idéal dans le Samedi du soir au cottage. Il mourut en 1856, comptant avec confiance sur cette miséricorde dont nous devons tous espérer les effets par les mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ. A cette époque, je descendais le Zambèze, ne me promettant pas de plus grand plaisir que de m'asseoir à notre coin de feu, et de lui raconter mes voyages... »

A l'âge de vingt-quatre ans (il était né en i8i3, à Blantyr, en Ecosse), Livingstone obtint le diplôme de docteur en médecine, il faisait déjà partie de TÉglise anglicane, et un an après, il partait pour le Cap en qualité de missionnaire. Il s'y maria avec la fille d'un ministre. Il s'occupa activement des noirs et des Cafres, et il étudia leur langue avec succès, et peu à peu, le désir lui vint de s'avancer dans l'intérieur des terres. Sa vocation d'explorateur se dessinait;

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nous mentionnerons très-brièvement les découvertes importantes dues à son courage et à sa persévérance; il découvrit le lac Ngami; il vit, le premier, un pays fertile, coupé de lacs et de rivières navigables, plein de richesses, habité par des peuplades douces et laborieuses : cette contrée heureuse s'appelle le Mika* lolo; il traversa, au prix d'incroyables fatigues, le continent africain dans toute sa largeur et arriva aux possessions portugaises de Saint-Paul de Loanda^ et il retraversa encore l'Afrique, dans la partie méridionale, pour aboutir à Quilimane, sur la côte orientale.

Il remonta le Zambèze, le fleuve le plus considérable de TAfrique australe, et il démontra que le centre de l'Afrique n'était pas, comme on le croyait, un désert inhabitable. Ce plateau central est, au con* traire, d'une admirable fertilité, il est occupé par un peuple nombreux. Les premiers voyages de Livingstone durèrent sept ans. Il en entreprit un second, qui fut pour lui l'occasion d'un grand malheur, car sa femme qui l'avait accompagné, mourut d'une fièvre maligne, et toute l'expédition fut entravée par la haine. des marchands d'esclaves, qu'il avait dénoncés à TAngleterre, et dont il essayait partons les moyens, d'em-^ pêcher l'odieux trafic. Il consacra dix ans à ses explo* rations dans l'intérieur de l'Afrique (de 1&^ à 1866) e^ pendant ce temps, toutes ses lettres, tous ses rapports ne cessèrent d'implorer la pitié de l'Europe en faveur des malheureuses victimes de la traite. Il essayait d^ faire pénétrer quelques idées de morale et de religion dans l'esprit de ses guides et des Africains avec lesqueU il se trouvait en rapport; il leur montrait le ciel et leur

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^ parlait du Père, créateur de tous les hommes, et il écrivait à lord Glarendon, en lui décrivant ses peineâ e( sey fatigues excessives : « Je suis soutenu par l'espérance d'accomplir un acte utile, en faisant connaître au monde ces peuples et leur pays. Je crois, en propageant au milieu d'eux quelques notions d'un

i ordre supérieur, marcher d'accord avec les vues d'une Providence universelle, à laquelle croient les êtres les plus intelligents de notre race, et j'espère que mes efforts auront leur approbation dans l'heureuse vie à

venir. »

. Il fallait un cœur héroïque pour poursuivre ses

voyages et sa mission au milieu de souffrances inénar-

ft râbles et d*oppositions continuelles ; il fut menacé de mort, ses bagages furent entièrement pillés, et ses

' ressources furent tellement épuisées qu il ne put ni poursuivre sa route ni revenir sur ses pas. Aucune lettre, aucune missive ne parvint de sa part en Europe. Le bruit de sa mort se répandit, l'Angleterre s'émut et résolut d'organiser un voyage de recherche; mais pendant qu on délibérait, un Américain, M. Stanley, pre-

. nait les devants. Il était rédacteur d'un journal américain, et le directeur de ce même journal, M.Bennett, ^mit à ses ordres un crédit illimité, dans le but de etrouver enfin Livingstone. Stanley employa plus 'd'une année à ce voyage, mais il eut le bonheur de trouver celui qu'il cherchait. Livingstone était malade et abattu, privé de toute société, de tout se-

^cours et pourtant, jusqu'à l'épuisement de ses forces,

f il avait toujours poursuivi ses investigations sur les cours d'eau qui arrosent l'Afrique équatoriale,

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et dont la connaissance est due à ses explorations Livingstone a raconté lui-même, dans son journal, le bonheur que lui fit éprouver la généreuse démarche de TAméricain : « Je ne suis pas démonstrauf, je suis même aussi froid que, nous autres insulaires, nous ayons la réputation de l'être ; mais cette pensée de M. Bennett, cet ordre généreux, si noblement effectué par M. Stanley, — c'était bouleversant. Je me sens d'une extrême gratitude, et en même temps un peu honteux de n'être pas digne d'une sembl-.ble démarche. »

Stanley resta auprès de lui pendant un^ année ; il parle avec un ardent enthousiasme du caraclore de Livingstone. « Il approche de la perfection, dit-i) .autant qu'il est donné à la nature humaine. Son inaltérable douceur ne se dément jamais: ni traverses,ni fatignes, ni troubles d'esprit, rien, pas même un long exil loin des êtres les plus aimés, ne peut lui arracher une plainte. lia foi en la Providence. Abandonné, sans ressource, menacé de toutes parts, il s'en va aux portes du tombeau, mais il n'a pas déserté son poste. La religion n'est pas pour lui une théorie abstraite, c'est un sentiment profond qui pénètre le cœur et se traduit dans les moindres actes. La piété revêt en lui les traits les plus aimables ; elle règle sa conduite, non-seulement envers ses serviteurs, mais encore envers les indigènes, les mahométans fanatiques et tous ceux qui l'approchent. »

Stanley s'associa à son ami pour signaler les excès et les crimes commis par les Arabes qui chassent à l'homme, et qui poursuivent les nègres désarmés pour

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les vendre: «: Rien, dit-il, ne peut exprimer l'horreur qu'inspirent ces lâches bandits. » L'Angleterre s'émut en apprenant, d'une part, grâce à Livingstone, que l'intérieur de l'Afrique n'était pas un désert ; mais, d'autre part, elle apprit quelle lèpre dévore ces admi- ' râbles régions. Les traficants de chair humaine dépeuplent ces contrées longtemps paisibles, et l'honneur de l'humanité, l'intérêt môme des nations européennes, exigent qu'il soit mis un terme à l'horrible commerce dont Zanzibar est maintenant le centre, et dont les Arabes, cette nation cruelle, sont les agents les plus actifs.

Stanley engagea vainement Livingstone à revenir en Europe, il voulait poursuivre sa tâche et trouver, comme il le dit, les quatre sources du fleuve dont un prêtre égyptien a parlé à Hérodote ; il se remit donc en route, et Ton peut suivre dans son dernier journal, les détails des fatigues et des excessives privations qui abrégèrent sa vie. Le courageux explorateur marcha pendant seize mois encore, sans arriver au but qu'il se proposait ; lui et ses hommes souffrirent de la disette, du climat, des longues marches à travers des jungles, des marais et des prairies inondées ; le 28 avril 1873, le lutteur invincible s'avoua vaincu, il ne pouvait pas aller plus loin. Il se trouvait dans un pauvre village, appelé Tchitambo ; on le porta dans une petite case, sur un lit que des serviteurs improvisèrent ; il languit trois jours ; le 30 avril, il pria un de ses serviteurs, nommé Souzi, de lui donner un peu d'eau et de calomel ; puis, il lui dit d'une voix faible : « Maintenant, vous pouvez vous retirer. »

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Il resta seul. A quatre heures du matin, un autre serviteur entr'ouvrit la porte de la case, et appela aussitôt son compagnon. Livingstone était à genoux, auprès de sa couche, le front sur l'oreillef , les mains jointes. Il était mort, mort en priant.

Ses serviteurs montrèrent à quel point le généreux caractère de l'étranger, venu vers eux de si loin, avait agi sur leurs âmes; ils traitèrent sa dépouille mortelle avec un respect admirable et ils résolurent de la reporter à Zanzibar. Tous les papiers, les instruments de Livingstone, sa Bible, son livre de prières, furent religieusement conservés ; le corps du voyageur reçut les honneurs funèbres selonlamodedeces populations africaines qu'il avait aimées. Un pleureur chantait d'une voix triste et en dansant lentement :

Aujourd'hui est mort TAnglais,

Qui avait des cheveux différents de» nôtres ;

Venez tous à la ronde voir TAnglais !

Quand ces rites furent terminés, la caravane fidèle se mit en route, et à travers des fatigues et des périls sans nombre, elle rapporta à Zanzibar ces précieux restes qui, après une vie si active, avaient enfin trouvé le repos. On était au mois de février 1874, il avait fallu neuf mois de voyage et de dangers pour que ces admirables serviteurs accomplissent leur tâche.

L'Angleterre réclamait son enfant; Livingstone, qui avait ambitionné une tombe dans ces forêts vierges qu'il avait parcourues, repose à Westminster, auprès des rois et des grands hommes de son pays. Il est

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placé sous une dalle de marbre noir, qui porte cette inscription :

Rapporté par des mains fidèles, sur terre et sur mer,

ici repose David Livingstone

Missionnaire , voyageur, philanthrope ; né le 19 mars 1813, à Blantyr^ comté de Lanarck, mort le 1" mai 1873, au village de Tchitambo, à Hala. Périr dant trente ans, sa vie fut dépensée en infatigables efforts pour évangéliser les naturels, explorer des contrées inconnues, abolir le commerce d'esclaves qui désole l'Afrique centrale. Parmi ses dernières paroles, il écrivit : puissent les bienfaits célestes

DESCENDRE SUR QUICONQUE, AMÉRICAIN, ANGLAIS OU TURC, AIDERA A GUÉRIR CETTE PLAIE SANGLANTE DU MONDE.

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