‹ Études et portraits d'autrefoisChapitre 2 sur 20 · ANNEXE I · texte numérisé non relu

ANNEXE I

(Vignette)

Epinal, le lo ijerminal an 8 de la République française une et indivisible.

Le greffier du tribunal criminel du département des Vosges à Madamme Desaix. résidente à Veygoux.

Madamme,

Pour répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrlre le 21 du mois dernier, je ne craindrey pas de commettre une imprudence en entrant dans des détails que je ne me déterminerois jamais de donner à un autre qu'à une mère sensible et tendre qui trouvera de puissantes raisons dans la gloire dont est couvert et dont se couvre encore touts les jours son fils, pour oublier un instant d'erreur et je ne me serois pas déterminé à vous importuner de cette affaire s'il eut été possible d'entrer en correspondance avec le général votre fils, ainsi donc je vous prie, Madame, de croire que le seul sentiment de l'humanité et d'intérêt bien vif que m'inspire un nom qui a rempli d'admiration tous les bons fran(;ois ont uniquement eu part à ma démarche.

Gomme vous me marquez ignorer l'existence de l'enfant dont je vous ay parlé, il est nécessaire de vous instruire du commencement ou j'en ai eu connaissance.

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(Quelque temps avant le 22 ventôse de l'an 5, une dame que l'on ne connaissoit pas vient à Poussay pour y faire ses couches, elle se donna le nom de la Borderie et se dit sœur du g"énéral Desaix votre fils.

Elle accoucha d'une fille le 22 dudit mois de ventôse an 5 ; elle mit son enfant à nourrir chez une pauvre femme de Poussay, convient avec elle de 118 francs de pension par mois, se charg'ea de fournir de linge et d'entretenir l'enfant et lorsqu'elle fut rétablie de ses couches, elle partit de Poussay après avoir fait quelques avances à la nourice et luy avoir promis de venir, sous peu, rechercher son enfant et la récompenser des soins qu'elle en aurait pris. Depuis ce temps elle n'a pas reparu.

J'oubliois de vous dire que cette dame avoit avec elle une jeune fille qu'elle disait être à elle et qu'elle avoit rendu impénétrable sur les détails que Ton pouvoit lui demander.

Une sœur que j'ay à Poussay (qui est veuve Gœury) a vu et causé plusieurs fois avec cette dame, elle lui a même rendu quelque service, je la charg'eois de prendre soin de cet enfant, par l'intérêt que je prenois au nom du père qu'on luy donnoit.

Ma sœur voyant la détresse de la pauvre nourice fit des démarches pour découvrir le lieu de la retraite de la mère de l'enfant et l'engager à accomplir les promesses qu'elle avoit faites, mais ce fut inutilement, ce qui la décida d'écrire au général Desaix qui était alors à Paris : elle en reçut successivement deux lettres que j'ay sous les yeux, l'une du 19 frimaire et l'autre du 10 ventôse an 6. Il dit dans la première n'être pas le frère de M""^ la Borderie, mais être lié à elle par tous les liens de l'amitié de famille de son mary. Il a avant son départ pour l'Egypte fait passer des secours à la nourrice, en sorte qu'elle a reçu en tout, dix-

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huit mois du prix convenu pour la pension de l'enfant et absolument rien pour son entretien.

J'ay fait toutes les démarches possibles après le départ du G^' pour savoir qu'elle était la mère de ce malheureux enfant et voicv ce que j'en ay appris par l'administration municipale de Strasbourg" ou la mère de sa mère réside.

Elle est fille de la citoyenne Catherine Ferrery née Laroche demeurant au vieux marché au vin n» 87, cy-devant hôtel de Neuviller, elle se nomme Louise Grevelli premier mary de sa mère, elle a épousé un capitaine nommé Montlort qu'on présume mort, ne sachant ce qu'il est devenu. Elle a eu un enfant de son mariag'e avec Monffort nommée Louise. C'est sans doute celle qui est venue à Poussay avec sa mère. J'ay aussi découvert que cette dame s'étoit retirée à Bar-sur-Ornain, chef-lieu du département de la Meuse, mais il paroit qu'elle a quitté cette résidence et j'ig-nore où elle s'est retirée.

Tels sont les détails que je puis vous donner sur l'affaire dont je vous av entretenu dans ma dernièi-e lettre, je les confie à votre discrétion et à votre sagacité. Je serais fâché que mon zèle et mon amour pour la justice puisse être nuisible à qui que ce soit.

A l'égard de l'enfant, elle est grosse et grande pour son âge, mais ce que je ne puis trop vous recommander c'est de la sortir d'où elle est, elle n'y recevrait pas l'éducation qui luy convient et dont elle est susceptible. Ma sœur me marque qu'elle a des dispositions qu'il est nécessaire de cultiver ; d'ailleurs elle est chez une pauvre femme qui a six petits enfants à elle et point de pain à leur donner. Mais je luy dois la justice de dire qu'elle a encore plus de soin de celle dont 11 s'agit que des siens. Il semble que cet enfant sente le malheur qui l'environne, les caresses qu'elle fait à

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sa nourrice indemnisent ea quelque sorte celle-cy des soins ([u'elle luj donne et l'eng-ag-e à les lui continuer.

Quoique je ne sois pas fortuné et que j'aye une famille nombreuse à soutenir j'ay regretté plus d'une fois de n'être pas plus à proximité de Poussay, j'aurois pris cet intéressant enfant chez moi, et lui aurais fait donner la meilleure éducation qu'il aurait été possible de luy procurer dans cette ville ; d'un autre côté je n'osais faire un acte semblable sans l'aveu de ceux à qui elle doit le jour.

Sy vous vous décidiez à acquitter les dix-huit mois qui sont dus à la nourrice (non compris l'entretien de l'enfant), je pense que la voix la plus sûre et la moins dispendieuse serait de vous adresser au receveur général de votre département, de luy verser les fonds et l'engager à écrire à son confrère des Vosges pour me remettre pareille somme que celuy de votre département verseroit à Paris à la décharge de celui des Vosges, alors j'aquitterois selon vos désirs...

(Incomplet.)

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