‹ Études et portraits d'autrefoisChapitre 4 sur 20 · ANT. CONST-BRANCAS · texte numérisé non relu

ANT. CONST-BRANCAS

De son côté sa mère écrit au ministre de la Guerre le 2 germinal an II :

Pourquoi mon fils csl-il suspendu de ses fonctions militaires ? Est-ce par fautes commises par lui. ou est-ce parce qu'il est fils naturel de Laurai^uais ?...

Quant à moi, citoyen ministre, j'observe que, depuis cinq cents ans, de père en fils, nous sommes tous de la caste des vrais sans culottes; que je suis française, l)onne citoyenne, bonne républicaine, bonne fille, bonne mère et que je ne veux pas que le fils auquel j'ai donné /a première nourriture de la nature soit condamné à une honteuse oisiveté quand la patrie a besoin de ses défenseui"s.

Sur le rapport de Pille, en date du 12 fructidor an II, la suspension fut levée, mais Constant ne fut pas réintég^ré dans son grade. Après le 9 thermidor, renouvelle ses protestations et cela en termes qu'il supposait devoir plaire aux nouveaux maîtres de la République.

« Victime, disait-il dans son placet, de la faction désorganisatrice des Hébert, des Vincent, etc., de ces hommes qui dépouillaient de leurs emplois ceux qu'il savaient ne pas partager leurs opinions féroces...

« Je présentai divers mémoires au comité de Salut public, sous le règ^ne du tyran Robespierre^ qui n'eurent sans doute aucun accès (sic), auxquels du moins, ou ne fit nulle réponse. Depuis l'heureuse Révolution du lo thermidor, rougissant de rester à la fleur de mon âge dans l'inertie, envieux de^remplir, comme tous les autres citoyens, mes devoirs de patriote, je réclame de nouveau la justice de la Convention, afin qu'elle brise les chaînes qui me retiennent dans cette oisiveté honteuse. »

Il fait suivre sa requête de ses états de service, libellés en termes qu'il faut vraiment citer:

« Dès le commencement de la Révolution, je servis la cause publique; on vit mon nom inscrit parmi les citoyens qui prenaient les armes pour défendre la belle cause delà hberté; j'entendis les premiers coups de canon qui grondèrent sur nos frontières ; j'ai toujours fait la guerre aux avant-postes avec le général Dampierre, auprès duquel j'ai été blessé et quia fait mention de moi à la Convention ; pendant deux ans j'ai été à l'état-major de l'armée du Nord; je me suis trouvé à toutes les affaires : Boussat,Jemmapes, Warroux, Aldhenven, Hervé, Nerwinde, sous les murs de Valenciennes, de Cambrai, etc., etc. »

A la suite, s'alignent les certificats; celui des cavaliers et officiers du 7® régiment de cavalerie qui affirme : « nous l'avons vu, dans plusieurs affaires où le régiment s'est trouvé, se battre avec le plus grand

courag-e possible pour défendre la Pairie. » Celui du général de brig^ade Antoine déclarant « qu'il a donné des preuves continuelles de vrai civisme et d'un dévouement réel à la République une et indivisible, se montrant homme brave vis-à-vis de l'ennemi, et mettant tout le zèle possible dans l'emploi dont il était chargé »; celui de Dampierre enfin, à peu près dans les mêmes termes, mais plus brefs.

Gela ne suffit pas encore à Brancas ; il énumère ses hauts faits :

« Qu'on interroge, écrit-il non sans une pointe de fierlé, le 19^, le 54'' d'infanterie, le 2* dragons. Sous les murs de Cambrai, en présence des C^^y^, 18", 20«, 22^ de cavalerie qui en rendront témoignage, m'étant porté trop avant pour une reconnaissance, je suis entouré par les chasseurs ennemis; on me crie de me rendre. Demandez-leur si, pour toute réponse, je ne tue pas l'officier qui est à leur tête et, me frayant un chemin à coups de sabre, je ramène encore à leur barbe le cheval de cet officier mort. Un soldat du régiment de Flandre, 19^, était emmené prisonnier par les ennemis; je fonce sur eux, je rends à la liberté et à la vie ce généreux défenseur de la Patrie. »

Et le citoyen Courtois, représentant du peuple aux armées, atteste ces hauts faits.

Ce n'est pas encore suffisant, Brancas sent qu'il faut prouver autre chose que la bravoure en temps de guerre ; il écrit donc :

SOPHIE ARNOULD, MERE DE FAMILLE 6l

a Qu'on interroge la commune de Luzarches, qui m'a donné les certificats de civisme les plus flatteurs, qui m'a toujours couvert de son égide pendant toutes les persécutions de l'année révolutionnaire; la société populaire de ladite commune, qui m'a admis dans son sein ; le comité révolutionnaire de Salpêtre, où je fus porté membre par la confiance de mes concitoyens et qui m'a donné un certificat du zèle que j'ai mis à remplir les fonctions dont j'étais chargé, »

Le comité de Salut public maintint la levée de la suspension, mais, malgré toutes ces preuves de civisme et d'actions d'éclat, ne décréta pas la réintégration.

Toutefois, le 23 pluviôse de la même année, le ministre Dubois-Crancé, sur la proposition de Pille, replace Brancas,mais avec le grade de capitaine seulement; il est envoyé à l'armée du Nord.

A rencontre de tant de quémandeurs, Brancas, en parlant de ses hauts faits, n'exagérait point. Ses états de services mentionnent, de lui, de véritables traits de bravoure. A l'attaque du camp de Maulde, le 3o août 1792, écrit-il, dans un rapport, « détaché au Chêne-le- Populeux, je fus envoyé avec cent dragons pour m'emparer du petit village de Ghastillon occupé par l'ennemi... Je fus blessé ». A la bataille de Jemmapes, lit-on dans son dossier, « a chargé dans une redoute, l'a enlevée et a eu son cheval tué sous lui ». A la bataille de Nerwinden « a été blessé à l'affaire d'Aussin, le 8 mai 1793. Il se trouvait seul, près le général en chef

Dampierre, avec le trompette Cadet, trompette-major du quartier général. Quand le général eut la jambe coupée, comme il était étendu à terre sur le champ de bataille, l'ennemi tâchait de s'emparer du général, mais le trompette et lui ont assez amusé l'ennemi par leur bonne contenance, pour donner le tems à des chasseurs belges, de venir emporter le général sur une civière. Le trompette a été fait officier à cette affaire. »

La nomination de Brancas comme capitaine avait été pour lui une déception. Le 28 floréal an V, de Creutznach, après avoir attendu deux ans, il fit de nouvelles et pressantes démarches pour que son grade de chef de bataillon lui fût rendu.

Cette demande fut appuyée par Lazare Hoche en ces termes :

Au quartier général à Friedberg, le 7 prairial an V. Le général commandant en chef l'armée de Sambre-et- Meuse au ministre de la Guerre.

Le citoyen Brancas, capitaine à la suite du 5» régiment de hussards qui vous remettra la présente, citojen ministre, est xm officier distingué pour son zèle, ses talents et sa conduite. Après avoir exercé sous le général Dampierre et avec son approbation, les fonctions d'adjudant général, forcé par les circonstances de renoncer à ce grade, persécuté sous le régime de la Terreur, le premier usage qu'il a fait de sa liberté, dès qu'elle lui fut rendue, a été de revenir à l'armée où, quoiqu'il eût droit à l'emploi de chef d'escadron, il n'a pu cependant obtenir que celui de capi-

taine à la suite. Il se propose, citoyen ministre, de vous faire part de ses réclamations à ce sujet et je vous invite, autant qu'il est en moi, à y faire droit.

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