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Ce pauvre Balzac s'e'tait effacé pour assurera Victor Hugo un fauteuil, et Hugo ne lui donnait pas même un strapontin !
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Du 2 juin 1841 au 24 février 1848, il ne se produisit pas moins de quatorze vacances à l'Académie française, qui perdit successivement MM. de Bonald, Lacuée de Cessac, Frayssinous, Roger, Alexandre Duval, Campenon, Casimir Delavigne, Charles Nodier, Soumet, Etienne, Ro3'er-Collard, de Jou}', Alexandre Guiraud, Ballanche. Ils furent remplacés par MM. Ancelot, de Tocqueville, Pasquier, Patin, Ballanche, Saint-Marc Girardin, Sainte-Beuve, Prosper Mérimée, Vitet, Alfred de Vigny, Charles de Rémusat, Empis, J.-J. Ampère et Vatout.
De iSSg à 1848, Balzac avait singulièrement ajouté aux titres qu'il possédait déjà lors de sa première candidature. Sans parler d'un grand nombre de nouvelles et de romans, presque tous remarquables, il avait publié, entre autres œuvres maîtresses : Pierrette, une Ténébreuse affaire. Un Ménage de garçon^ le Curé de village^ Ursule Mirouëi, Honorine^ la dernière partie d'Illusions perdues, VEnvers de Vhistoire contemporaine, les Paysans^ la Cousine Bette et le Cousin Pons. N'y avait-il pas là de quoi justifier dix fois une élection académique? Balzac cependant ne fut pas nommé. Est-ce donc que, après avoir voulu se pré-
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senter en iSSc), il eût, dans les années suivantes, renoncé à le faire ? En aucune façon.
En 1841, précisément, il y avait lieu de pourvoir au remplacementdeM.de Bonald.Or Balzac, dont Théophile Gautier a dit quelque part : « Monarchique et catholique, il défend l'autorité, exalte la religion, prêche le devoir et n'admet le bonheur que dans le mariage et la famille; » (i) — Balzac avait la prétention, plus ou moins fondée, d'être un disciple de M. de Bonald, de donner pour base à l'édifice qu'il avait entrepris d'élever les principes mêmes de l'auteur de la Législation pi^imitive et de la Théorie du pouvoir. On lit dans la préface qu'il a mise en tête de la Comédie HUMAINE et qui renferme l'exposé de ses idées philosophiques, politiques. et littéraires :
Un écrivain doit avoir en morale et en politique des opinions arrêtées, il doit se regarder comme un instituteur des hommes; car « les hommes n'ont pas besoin d'un maître pour douter », a dit Bonald. J'ai pris de bonne heure pour règle ces grandes paroles, qui sont la loi de l'écrivain monarchique... Si la pensée est l'élément socialelle est aussi l'élément destructeur de la société. Vensei, gnement, ou mieux Véducation par des corps religieux est donc le grand principe d'existence pour les peuples, le seul moyen de diminuer la somme du mal et d'augmenter la somme du bien dans toute société. La pensée, principe des maux et des biens, ne peut être préparée, domptée, dirigée que par la religion... Le christianisme a créé les peuples modernes, il les conservera. De là sans doute la nécessité du principe monarchique. Le catholi-
(i) Théophile Gautier, Portraits contemporains, pag. i3o.
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cisme et la royauté sont deux principes jumeaux... Vécus à la lueur de deux vérités éternelles : la religion, la mo' narchie, deux nécessités que les événements contemporains proclament et vers lesquelles tour écrivain de bon sens doit essayer de ramener notre pays. Sans être ennemi de l'élection, principe excellent pour constituer la loi, je repousse l'élection prise comme unique moyen social... L'élection, étendue à tout, nous donne le gouvernement par les masses, le seul qui ne soit pas responsable et où la tyrannie est sans bornes, car elle s'appelle la loi. Aussi regardé-je la famille et non l'individu comme le ve'ritable élément social. Sous ce rapport, au risque d'être regardé comme un esprit rétrograde, je me range du côté de Bossuet et de Bonald, au lieu d'aller avec les novateurs modernes...
Telles sont les idées que Balzac eût tenu à honneur de proclamer en prenant séance à l'Académie; et où cet exposé de principes eût-il été mieux à sa place que dans un éloge du vicomte de Bonald? II songea donc, à ce moment, à poser sa candidature, et il s'en ouvrit d'abord à Victor Hugo. L'entrevue eut lieu aux Jardies. Léon Gozlan, qui était présent, nous en a conservé le souvenir :
Nous nous levâmes, dit-il, pour aller prendre le café sur la terrasse et respirer l'air lumineux et doux d'une belle journée. On causa encore environ une heure autour des tasses, heure charmante et sérieuse, où il fut d'abord question entre Victor Hugo et Balzac de l'Académie française. En ce moment il y avait une vacance à l'Institut. Hugo parla peu; Balzac n'espérait pas grand'chose. Il n'était pas en faveur — l'a-t-il jamais été ? — sous la coupole du palais Mazarin...(i)
{i) Balzac clte^ lui, par Léon Gozlah.
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Singulièrement refroidi par la tiédeur de Victor Hugo, Balzac jugea inutile d'aller au-devant d'un échec certain ; il ne se présenta pas. M. Ancelot fut élu; ses concurrents étaient Alexis de Tocqueville, M. de Kératry et M. Vatout.
Cette année 1841 avait été, pour Balzac, une année d'une fécondité prodigieuse.il n'avait pas fait paraître moins de douze volumes : Une Ténébreuse affaire (2 vol.); Un Ménage de garçon {2 vol.); le Martyr calviniste {i vo\.)\\q Cin^é de village (2 vol.); Ursule Mirouët{2 vol.); Mémoires de deux jeunes mariées [2 wo\.)\\'à Fausse maîtresse; Voyage d'un lion d'Afrique à Paris; Physiologie de V employé [\ vol.).
Deux ans plus tard, en 1843, il publiait en six mois, de mars à septembre : Honorine (2 vol.) ; Monographie de la presse parisienne — une merveille d'esprit, pour le dire en passant (i vol.); la Muse du départe- ?nent{i vol.); la seconde partie de Spletideurs et Misères des courtisanes [i vol.); la troisième partie des Illusions perdues [i vol.); la première partie de Y Envers de Vhistoire contemporaine (i vol.); soit 7 volumes, sans préjudice d'un drame en cinq actes, Paméla Giraud, représenté, le 26 septembre, au théâtre delà Gaîté.
Un galant homme, qui avait été nommé à l'Académie, en 181 3, pour avoir fait deux petits poèmes,
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La Maison des champs ti L'Enfant pj^odigTie, M. Vincent Campenon, mourut le 24 novembre 1 843. Il parut à Balzac qu'il pouvait sans trop d'immodestie briguer sa succession. Les deux patrons de sa candidature étaient Charles Nodier et Victor Hugo. Hélas ! le pauvre grand homme était bientôt réduit à écrire à Nodier la lettre suivante :
Mon bon Nodier,
Je sais aujourd'hui trop sûrement que ma situation de fortune est une des raisons qui me sont opposées à l'Académie, pour ne pas vous prier avec une profonde douleur de disposer de votre influence autrement qu'en ma faveur.
Si je ne puis parvenir à l'Académie à cause de la plus honorable des pauvretés, je ne me présenterai jamais aux jours où la prospérité m'accordera ses faveurs. J'écris en ce sens à notre ami Victor Hugo, qui s'intéresse à moi.
Dieu vous donne la santé, mon bon Nodier (i).
Si Balzac ne posa pas sa candidature, en 1844, pour remplacer M. Campenon, il se tint également à l'écart, l'année suivante, lorsqu'il s'agit de remplacer Royer-Collard. Ce dernier mourut le 4 septembre 1845. Le 9 septembre, Balzac écrit à M"*^ Hanska :
Royer-Collard est mort. C'était rendrait de Sieyès.
En me promenant hier, je suis allé à deux heures chez j^me de Girardin; j'ai fait la route à pied, et suis revenu à pied. Elle m'a dit à plusieurs reprises qu'il fallait me présenter à l'Académie, quoiqu'on veuille, cette fois, y mettre Rémusai, qui n'a pas beaucoup de titres ; mais, soyez tran-
(i) Correspondance de H. de Balzac, tom. II, pag. 77.
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quille, je sais que vous en seriez contrariée, et vous pouvez être assurée qu'en ceci, comme en tout le reste, je ne ferai jamais que votre volonté (i).
S'il en fallait croire Victor Hugo, Balzac se serait présenté à la fin de 1847, ^" remplacement de Ballanche. Voici le récit du poète; M. Richard Lesclide, son secrétaire, qui l'avait noté sur ses tablettes, le jour même où il fut fait devant lui, le publia, le 8 mars 1877, sous ce titre :