Propos d'Au-delà
LES CONTES DE VILLIERS DE l'iSLE-ADAM 153
épreuve, — ni l'indifférence, ni les détresses, — ni les nuls soucis de ceux-là qui donnent la mesure de leurs âmes en un clignement d'œil aussi vide que mensonger, — ne nous fera troquer jamais notre foi, ce droit d'aînesse, pour tous les plats de lentilles du Progrès. » La foi de ses aïeux, il l'admit tout entière, sans restriction et sans raisonnement, ne tolérant point qu'on la discutât. S'il plaît à l'Eglise de prescrire la croyance à certaines légendes vénérables, le fidèle doit les accepter avec respect. Nous n'avons pas davantage le droit de discuter les mystères qui apparaissent comme absurdes et impossibles à nos yeux. « Et, s'ils étaient possibles et raisonnables, dit Villiers, les accepterais-tu pour divins puisque toi, poussière, tu pourrais les mesurer d'une pensée ? Si donc ils sont absurdes et impossibles, ils sont précisément ce qu'ils doivent être, et, comme l'enseigne Tertullien, c'est tout d'abord pour cela qu'ils présentent la première garantie de leur vérité ; leur absurdité humaine est le seul point lumineux qui les rende accessibles à notre logique d'un jour, sous condition de la foi. » Ces lignes attestent un grand esprit de discipline et Villiers fut en effet un catholique remarquablement discipliné. Pour lui, il n'y a pas de droit, de liberté et d'autorité en dehors de l'Eglise. Tout'progrès est en puissance
lot ÉTUDES ET RECHERCHES
dans l'Evangile. Les sciences sont vaines, inutiles et dangereuses. Aucune amélioration véritable n'est possible en dehors de la religion. Quand il voyait les gros livres parus chez Alcan, il disait ironiquement * : « Le catéchisme ne coûte que deux sous. » L'Eve future est une glorification du spiritualisme catholique et M. Camille j\Iauclair ^ a dit excellemment: « Le désir de glorifier le spiritualisme catholique est la raison d'être de cette Eve future, où Villiers a mis en scène, avec une constante dignité, la figure d'Edison, le prodigieux inventeur étant à ses yeux de poète la plus parfaite incarnation du démiurge que la science contemporaine pût offrir. Sans pédanterie, sans aridité, mais aussi avec une connaissance approfondie, Villiers a admis d'emblée l'hypothèse du suprême souhait de la science moderne, la recréation logique d'un être donnant l'illusion absolue de la vie. C'est un tel être qu'Edison parvient à fabriquer, en le dotant de toutes les perfections, pour consoler le jeune lord Ewald, qui déplore Tabsence d'âme dans sa belle maîtresse Alicia Clary, en sorte qu'Ewald tombe réellement amoureux de l'automate Hadaly, supérieure à la vivante Alicia. L'étude ingé-