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son zèle constant à marcher dans les voies de Dieu et à se conformer aux leçons de ses vertueux parents, l’a rendu un objet de consolation et de gloire pour sa famille et pour ses concitoyens.
Ses parents le destinèrént d’abord à être: chevalier de Malte. Un ami de la famille, peut-être même son proche parent, vint presser l’affiliation du jeune Noël là l’ordre militaire des chevaliers de Malte. Les idées chevaleresques du temps, les impétueuses saillies de caractère du jeune Sillery avaient conduit l’ami ou le parent de la famille à proposer son entrée dans l’ordre religieux, et, par suile, déterminé ses parents à souscrire à de telles vues. Noël fut donc envoyé en cette île, n’ayant que dix-huit ans, mais ayant terminé ses premières études classiques. Sa vivacité, ses belles manières, rehaussées par sa candeur etsa modestie, décidèrent le Grand- Maître (7) de l’ordre à se l’attacher comme Page. Il acquit bientôt sa plus haute confiance. Par le courage à toute épreuve qu’il déploya dans les caravanes (8), et à l’aide de Ja protection du Grand- Maître il obtint la commanderie de Troyes, qui lui rapportait un revenu de 40,000 livres. Son séjour dans l’île de Malte, n'avait été que de douze ans, et durant cette période, il avait fait admirer l’excellence de son génie, son heureux jugement, son cœur généreux et sa brillante valeur. è
En 1607, ayant ebtenu congé (9), il revint à Paris, et parut à la Cour, où la dignité de ses manières lui attira toute la bienveillance du roi Henri IV. Peu après la mort de ce grand monarque, la reine, Marie de Médecis, le fit chevalier d'honneur,
(7) Martin Garzez, de la langue d’Arragon, qui venait de succéder au grand-naître Hugues de Loudeux,
(8) L'expression caravane vient d’un mot arabe qui signifiait association de personnes pour faire un négoce ou un voyage. L’ancienneté datait du jour de la réception, mais ne comptait pour rien si l’on n'avait résidé cinq ans dans l’ile et fait quatre caravanes sur les vaisseaux. de l’ordre.
(9) Du grand maître, Alof de Yignoourt, qui depuis six ans avait succédé à Garzez.
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Sans briguer les distinctions, son mérite personnef les lui assura. Ainsi, on le voit successivement ambassadeur de France à la cour d’Espagne, en 161%, et à la cour de Rome, en 1622, où il alla remplacer François-Annibal d’Estrées, marquis de Cœuvres. Ils’y distingua pendant pins de deux ans par ses libéralités envers les pauvres, plutôt que par le luxe avec lequel la reine voulait qu'il parut dans la capitale du monde chrétien. Le pape, Paul V, qui occupait alors la chaire de St. Pierre, se plaisait à rendre son tribut d’éloges aux vertus éminentes et nombreuses qui distinguaient l'ambassadeur de France. Le cardinal de la Valette le remplaça, en 162%, auprès du Saint- Siége, en qualité de chargé des affaires de la France. M. de Sillery avoua depuis, en mainte occasion, que, pendant son séjour à Rome, il avait conçu le dessein de se vouer à Dieu et de s’enrôler dans la milice du sanctuaire.
D’après ce que nous fisons et ce que nous recueillons ça et là, sur le compte de ce personnage, il paraît qu’il déployait un faste extraordinaire et éblouissant. Ses immenses revenus le mettaient à même de se donner dans ce sens toute carrière. Son train, son domestique, ses domaines étaient somptueux. Ses goûts pour la splendeur et l'éclat ne lui faisaient pas néanmoins oublier les pauvres et les nécessiteux ; mais on conçoit qu’il ne pouvait soutenir le ton princier, et la magnificence de ses largesses et de ses dépenses, sans diminuer la part qu’il aurait autrement pu faire plus grande aux indigents, et à ceux qui fesaient appel à ses généreux instincts et à son cœur eompatissant. Mais, M. de Sillery n’en vivait pas moins en bon chrétien, dévoué à l’accomplissement de tous ses devoirs, même les moindres, dont on s’affranchit si volontiers, quand on ne songe qu’à faire vie bonne.
D’après ces données, il est facile d’interpréter le sens du mot converti dont se sont servi plusieurs
écrivains, pour marquer son retour à des sentiments plus conformes à l'esprit du christianisme. Désabusé des vanités du monde et connaissant la futilité des honneurs, comme le vain prestige attaché aux grandeurs et aux distinctions, M. de Sillery revint à une vie plus sévère en 1626, à l’occasion d’un Jubilé accordé, l’année précédente, par le pape Urbain VIIL (Barberini). Pour réparer un passé qu'il trouvait trop vide de bonnes œuvres, il se donna à une vie plus régulière. Sous la direction de St. Vincent-de-Paul, il réforma sa vie et sa maison et s’appliqua entièrement à faire des heureux (10). Il avait alors quarante-neuf ans. L’embarras des affaires dont il ne put sortir assez tôt à son gré, malgré tous ses efforts, ne lui permit pas de réaliser tout le bien qu’il avait en vue. Des circonstances impérieuses gènaient encore la marche qu’il voulait suivre. Mais, en 1632, de plus en plus désireux de contribuer au bien du prochain, il réduisit, malgré les réclamations de l’amour propre, ses dépenses en tout point, afin de suffire aux fondations qu’il élevait de côté et d’autre. Il voulut se tenir dans un plus grand éloignement du monde et de ses splendeurs, afin de vivre avec une plus stricte économie et de réparer par là le vide qui se trouvait dans ses années. C’est vers cette époque qu’il fit la connaissance de l’illustre Père de Condren (11), général des Pères de l’Oratoire, dont les avis et la direction lui furent si profitables, lorsque {es disgrâces l’atteignirent et le dégoûtèrent de la cour, dont il jugea devoir s’éloigner. Ayant commencé quelques affaires qui ne réussirent pas, elles furent désavouées, etsaconduite fut désapprouvée, bien qu’indirectement ; c’est ce qui le contraria et le porta à s’en exiler définitivement.
(10) St. Vinicent de Paul. Lettres.
(11) Voy. sur le P, de Condren l’excellente ‘ Vie d’Olier par M Faillon—Dom Loginau : Vie des S8. de la Bretagne, etc.—Canr- DINAL DE Bausser, Vie de Bossuet, etc.
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