A MONSIEUR O. TREMPE
IL y a quelque temps, je m'arrêtais. dans un beau village des environs de Montréal. Autrefois, j'y avais eu un ami dont le souvenir m'est toujours cher ; à l’âge où tout sourit, où l’on ne voit que d'illusions dorées et de rêves heureux, la mort était venu abattre de sa faulx cruelle cette fleur qui répandait déjà un si doux parfum.
Le monde avec ses misères et ses joies lui donnait cependant de bien grandes espérances ; hélas ! tout a fuit, excepté le souvenir ! Comme l'oiseau qui passe rapidement dans l’air pour disparaitre bientôt, comme le nuage que le vent chasse devant lui avec une vitesse étonnante, sa vie avait commencé, et déjà elle était un souvenir! Aujourd’hui, ii dort tranquille près de la vieille église, témoin de ses nombreux actes de piété.
Je me souviens encore de ses derniers moments qui, à mon avis, furent dignes d’un saint. Un mal terrible avait conduit aux portes du tombeau ce jeune homme que déjà le monde aimait ; malgré les horribles souffrances qu'il endura durant son agonie, il put pronon-
Ne
cer ces sublimes et douces paroles qu'il adressait à sa mère, dont les joues étaient sillonnées de pleurs abondans :
‘ Mère, vous êtes chrétienne ! Pensez à la douleur de Marie, notre mère ! Là-bas, dans ce beau ciel que j'entrevois, nous nous reverrons !
Nous pleurions tous à chaudes larmes ; sa mère infortunée, abîmée dans sa douleur profonde, me faisait penser à cette autre mère auguste, à la mère de douleur, Water Dolorosa, se tenant au pied de la croix.
Après mon déjeuner, je résolus d'aller faire une visite au cimetière pour prier sur la tombe de mon ami. Le soleil montait lentement dans le firmament ; la terre se réchauffait graduellement sous les rayons brûlants de l’astre du jour. Mille oiseaux sautillaient çà et là et annonçaient par leurs petits cris joyeux une très belle journée.
En entrant dans la cité des morts, dans ce lieu de
repos éternel, un sentiment indéfinissable envahit mon âme. Là gît une mère dont la vie ne fut qu’amertume et douleurs ; ici, une jeune fille que des qualités brillantes, une beauté rare avaient proclamé reine de bien des cœurs ; partout la mort, la cruelle mort, a tranché des vies qui étaient chères.
Ce fut bans de tels sentiments que j'arrivai au pied de l’humble tombe de l'ami. Des fleurs odoriférantes, visiblement entretenues par une main pieuse, entouraient la plaque de marbre. Un saule pleureur penchait tristement au-dessus du tombeau ses feuilles longues qui ressemblaient à de véritables larmes ; c'était vraiment l’image de Ja douleur. Vivement impressionné par le silence mystérieux du cimetière, je fléchis les genoux et priai pour cet ami dont j'avais si bien connu la tendresse,
Lorsque je me relevai, le soleil approchait de son midi ; la chaleur devenait accablante. En sortant, je jetai un dernier regard sur la tombe où reposait mon ami
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de cœur, et je sentis alors une larme courir sur ma joue.
Je regagnai tristement mon hôtel, me promettant de revenir dans la suite dans ce cimetiére pour y prier,
lorsque mon âme voudra se reposer d2 l'agitation du monde.
me mens