‹ Etudes et récits [microforme]Chapitre 69 sur 78 · A MONSIEUR PIERRE-GEORGES ROY · texte numérisé non relu

A MONSIEUR PIERRE-GEORGES ROY

Depuis quelque temps une certaine agitation existe parmi nous, et la cause est dans l’augmentation étonnante des affaires et de la population de ce pays.

On pressent qu’un jour, et ce jour n’est peut-être pas loin, où les Canadiens, laissés à eux-mêmes, décideront de leurs destinées soit en s’annexant à’la grande “république des Etats-Unis, soit en adoptant une forme de gouvernement, libre de toute attraction étrangère.

Nul ne peut prévoir, nul ne peut assurer ce que nous, Canadiens-français, deviendrous un jour; cependant l’avenir de notre race ne dépend à vrai dire que de la fermeté de principes, du patriotisme à toute épreuve de chacun de nous.

Nous avons eu une brillante enfance, notre jeunesse est pleine de sève et d’ambition, et notre âge mûr serait témoin de la déchéance de notre nationalité !

Malgré deux siècles de faits héroïques et de sacrifices sublimes, malgré les prodiges de valeur de nos pères, malgré cette religion admirable qui a présidé à

notre naissance, malgré tout cela, nous devrions mourir misérablement aujourd’hui !

A quoi servirait donc la vertu et le dévouement? Le christianisme n'a-t-il pas puisé dans le sang des martyrs une force toute nouvelle, un caractère, je dirais, plus saint et plus auguste ? |

Rome ne devait-elle pas sa puissance et sa grandeur au patriotisme et au © rage de ses premiers citoyens ?

Une nation, et cela est facile à comprendre, ne peut exister, si, dès son origine, il n'y a pas eu chez elle de l'héroïsme et du désintéressement, qualités essentielles à la formation de tout peuple.

La patrie a des droits sacrés sur les vertus, les talents et les actions de chacun de ses enfants ; elle semble leur dire : “ Je vous ai donné un titre noble et précieux, à présent veillez sur moi, et défendez-moi à la moindre attaque !”

Mais pour accomplir ce grand devoir de patriote, il faut plus que de la bonne volonté et de la constance, il faut cette force, ce courage étonnant qui produit les martyrs ou les triomphateurs, il faut cette fermeté de convictions, cette haute moralité dont la religion est la source, le principe.

Ainsi notre passé, par le fait même qu'il nous présente des traits nombreux d’héroïsme, nous assure un avenir des plus brillants.

Nous avons été grands dans cette lutte mémorable que nous avons soutenue contre les prétendus conquérants de 1760 pour la conservation de notre langue, de nos institutions et de notre foi, mais ce n'est pas une raison, parce que nous avons vaincu, que nous nous reposions avec insouciance sur nos lauriers. Prenons garde, l'ennemi est à nos portes !

Et cet ennemi, malheureusement, nous le craignons d'autant moins qu’il ne s’est pas encore montré au grand jour, d’une manière évidente.

L'anglicisation nous ronge, mais son travail maudit

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se cache sous des apparences tentantes qui nous cntraînent ; voilà le mal terrible qui peut, malgré notre passé glorieux, nous ravir la force et la volonté nécessaires pour former dans la suite une nation indépendante.

Son premier effet, c'est de produire en matière de patriotisme et de religion une indifférence coupable, et de l'indifférence à la négation, il n'y a qu'un pas! Hé: las ! plusieurs d'entre nous, je l'avoue avec honte, l'ont déjà fait sans hésitations, sans regrets !

Réveillons-nous ! Songeons à l'avenir qui nous attend, ou plutôt qui accourt vers nous.

Comme un fleuve rapide roulant sans cesse vers un but inconnu ses ondes murmurantes, le temps poursuit sa 15 s'arrêter jamais sa marche monotone.

Les générations passent et disparaissent ; le présent qui s'enfuit dovient passé au moment où nous le disons, et l'avenir arrive, sans que l’on s’en doute !

Ne nous fions donc point aux avantages que présente aujourd'hui; demandons-nous surtout ce que nous serons demain !

Notre avenir, c'est un mystère que nous ne pouvons comprendre et saisir, mais il n’en tient qu'à nous pour qu’il réponde à la grandeur du passé et aux espérances du présent.

Les bonnes mœurs. le respect des lois civiles et religieuses, l'amour de la patrie, tels sont les vertus qui nous conduiront à un aveuir brillant et glorieux.

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