A MONSIEUR L’ABBE MAILLE
LE soleil baissait à l’horizon ; l'Océan s'étendait immense devant moi ; le bruit seul des vagues blanches d'écume se brisant sur des rochers immuables interrompait le silence r térieux qui planäit sur ces lieux. J'avais cherché la soiitude, et je la trouvais douce et bclle. J'eimais à promener mes regards sur cette immense étendue d'eau dont je cherchais vainement à sonder les mystères. Je ne pouvais me défendre d’une certaine émotion à la vue de cctte mer déroulant ses flots azurés. “Le spectacle de la mer, dit Mme de Staël, fait toujours une impression profonde ; elle est l’image de cet infini qui attire sans cesse la pensée, et dans lequel sans cesse elle va se perdre.”
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202 ETUDES ET KECITS
Diverses pensées venaient tour à tour agiter mon âme : cette soritude, cette immensité me parlaient éloquemment de Dieu, de sa puissance et de sa bonté. Saisi d’un sentiment de respect et d'amour, le fléchis les genoux et fis une courte mais fervente prière.
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Tout à coup, un point noir, toujours de plus en plus grossissant, parut à l'horizon. Un sourd grondement se fit entendre ; les flots, agités par un vent violent, devinrent tumultueux et menaçants. Le ciel disparut sous d’épais nuages portant la tempête dans leurs flancs. Le vent augmenta sa fureur ; les vagues montérent à des hauteurs prodigieuses et semblèrent se confondre avec les nues.
Un spectacle nouveau et terrible se présenta à mes yeux. Je vis dans une barque, balloté au gré des flots furieux, un jeune homme, debout et levant vers le ciel des mains suppliantes. Le léger esquif parfois disparaissait dans des abîmes profonds, reparaissait presqu’'aussitôt et montait à des hauteurs vertigineuses. Je frémissais de crainte et d'angoisse. Soudain, sur les épais et noirs nuages qui couvraient le firmament, apparut une croix lumineuse. Le jeune homme, à la vue de ce prodige, tomba à genoux et resta quelque temps dans une sublime extase.
Comme par enchantement, la tempête cessa ses fureurs, les nuages se dispersèrent, le vent tomba, la mer redevint calme, la barque et le navigateur mystérieux disparurent.…
C'était un rêve !… Après la prière que j'avais faite en ce lieu qui portait tant au recueillement, Dieu m'a-
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vait envoyé le sommeil, et, comme pour me montrer que j'avais raison d’avoir confiance en sa bonté, il permit que je fisse ce rêve étrange dont le souvenir restera toujours gravé dans ma mémoire.
J'avais compris : cette mer en furie, c'était le monde avec ses plaisirs et ses amertumes ; ce jeune homme dans une barque légère, l'homme dont la vie est un voyage court et dangereux ; la croix brillante, la religion sublime du Christ.
Il se faisait tard; le crépuscule du soir annonçait l'approche de la nuit ; quelques étoiles déjà scintillaient sur le fond du firmament.
Je regagnai ma demeure qui n’était pas éloignée du lieu où je venais de passer de si doux instants.
Mon cœur avait acquis une force nouvelle, et, certes l’on a bien raison de dire que la solitude est le remède le plus efflcace pour guérir les maladies morales.
Les instants passés sur la plage déserte me l'avaient prouvé.
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