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PREFACE

Courage, donc ! Les travailleurs sont rares et notre jeune littérature a besoin du concours de tous les talents sérieux. Si vous savez vous contenter de la satisfaction du devoir accompli, si vous écrivez pour le plaisir d'exprimer de nobles sentiments, encouragé par l'espoir d'être utile à vos compatriotes, vous recueillerez, en dépit de l'apathie d'un public souvent ingrat, une récompense dont vous saurez apprécier la valeur.

Le métier d'écrivain n'est pas lucratif nnais Vart d'écrire procure à ses fervents admirateurs des jouissances inconnues au vulgaire. C'est, du reste, luie bonne école pour la langue.

Nous vivons dans un milieu hostile où notre idiome national a besoin d'être protégé, non-seulement contre ceux qui veulent en abolir l'usage, mais encore et surtout contre ceux qui le massacrent sous prétexte de le défendre.

La saine critique manque absolument, et pour cause. Le premier venu, pourvu qu'il ait une certaine teinture d'orthographe, peut facilement se faire proclamer écrivain éminent par les sociétés d'admiration mutuelle spécialement chargées de la fabrication des réputations éphémères. On lui pardonnera bien des fautes de style à condition qu'il se montre admirateur passionné de ses protecteurs. Notez qu'il n'a pas besoin d'étudier. Il lui suffira d'exprimer, en un français baroque, certaines idées conçues en anglais, mille fois rebattues et apparemment admises par tout le monde, d'éviter avec soin tout ce qui pourrait ressembler à de l'originalité soit dans la forme, soit dans la pensée.

Nous avons trop d'écrivains coulés sur le même moule, et comme le moule est mauvais, la plupart de nos productions littéraires ont pour effet de fausser le goût. Les quelques ouvrages qui nous font honneur courent risque d'être enterrés sous une avalanche de produits indigestes. Il appartient aux travailleurs consciencieux de réagir contre cette influence délétère.

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