FROISSART
Jehan ou Jean Froissart naquit à Valenciennes, en 1337. C'est le plus aimable, le plus spirituel de nos vieux historiens. Destiné d'abord à l'Eglise, il aima mieux retarder sou entrée dans les ordres pour satisfaire sa passion des voyages. Il parcourut toutes les contrées de l'Europe, recueillant çà et là les récits et les anecdotes, authentiques ou non, qu'il rassembla pour former ces admirables chroniques, écrites avec tant de simplicité et de grâce.
En 1408, il cessa ses longs voyages et se retira dans son canonicat de Chimay. Peu accoutumé à l'inactivité d'une retraite, il tomba bientôt malade et mourut en
Froissart est le peintre par excellence du quatorzième siècle \ mieux que tout autre, il connaît les mœurs et les hommes de son temps. Dans ses Chroniques^ l'aimable écrivain ne suit aucun ordre ; aucune liaison ne
se fait sentir d'un récit à l'autre, c'est un pêle-mêle qui possède cependant beaucoup d'originalité et de charme, parce que l'esprit français s'y voit dans toute sa gaieté et sa grâce.
Froissart n'est pas un homme d'Etat, un historien jugeant les choses du côté de la philosophie, comme Philippe de Comines, mais un peintre sachant varier ses couleurs, un conteur d'une verve intarissable.
" De tous nos vieux historiens, dit Kervin de Littenhove, Froissart est celui qui offre le plus d'aliment à la curiosité. C'est un ami franc, sincère, naïf, qui s'accointe avec vous aussi courtoisement^ aussi amiablcvient qu'avec les hommes de son temps. Vous l'avez appelé à vous pour vous instruire ; il vous charme, il vous réjouit, il vous amuse. Vous vouliez en faire le compagnon de vos études, il devient celui de vos loisirs ; et une fois que l'on aborde avec lui le tableau des aventures et des emprises d'armes qui se succèdent toujours les unes aux autres, on y prend un plaisir aussi vif que si son livre n'était pas un recueil de faits historiques mais un roman de chevalerie."
Les Chroniques de Froissart seront donc toujours lues avec un plaisir véritable et le plus vif intérêt, car elles renferment tout ce qui peut instruire et charmer l'esprit.
Froissart fit aussi plusieurs poésies légères dont la grâce des pensées et la mélodie du rythme l'ont mis au premier rang des poètes du quatorzième siècle.