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JOINVILLE

Le sire de Joinville naquit au château de Joinville, près de Chalons-sur-Marne, en 1223. Ayant été élevé à la cour de Thibaut IV, roi de Navarre et comte de Champagne (i), il partagea les goûts littéraires de ce dernier. Il fut élevé bientôt au poste important de sénéchal de Champagne, charge d'ailleurs héréditaire

(i) Ce prince fit le plus célèbre det trouvères du XIIIc siècle

dins sa fomille. En ce temps, eu 1248, saint Louis appela sous les armes toute la noblesse du pays pour exécuter une croisade que, dans une maladie mDrtelle, il avait promis à Dieu s'il revenait à la santé (i).

Joinville, laissant à regret une jeune femms et deux enfants, dont le dernier venait de naître, vint se ranger sous les drapeaux de saint Louis. En ce temps, il ne se doutait nullement qu'il deviendrait dans la suite l'historien de cette croisade.

Louis IX, au lieu d'aller immédiatement à Jérusalem, pensa qu'il serait plus avantageux de s'emparer d'abord des places fortes de l'Egypte. Les Sarrazins s'opposèrent vivement au débarquement des Erançais, mais ceux-ci les forcèrent bientôt à prendre la fuite. Après quelques escarmouches de part et d'autre, les Erançais furent entièrement défaits dans une bataille livrée près de- la ville de Mansourah. Louis IX et Joinville, que les Sarrazins prirent pour le cousin du roi à cause de ses riches habits, furent faits prisonniers. Dans cette dure captivité, Joinville fut pour saint Louis un gai compagnon, un autre Achate ; il revint en Erance en même temps que son maître et ami.

Dès lors, il passa la plus grande partie de son temps à Paris, en la douce compagnie du saint roi. En 1270, le roi de Erance résolut de faire une seconde croisade, mais Joinville, s'excusant sur son âge et ses occupations, n'en fit point partie ; elle fut la dernière et la plus malheureuse des croisades. La Erance y perdit son roi bien-aimé, qui mourut de la peste près de Tunis. Joinville pleura longtemps son ami et suzerain dont il avait appris à connaître les vertus et les nombreuses qualités. Sur les dernières années de sa vie, il eut la joie d'entendre la canonisation de Louis IX ; sa mort, arrivée en 13 19, excita les regrets de tous ses compatriotes.

Son Histoire de saint Louis est un livre admirable ;

(2) Cette croisade fut la septième ; elle n'eut a. cun succès.

le Style en est simple et toujours charmant. L'auteur s'abandonne à une véritable causerie qui plaît toujours, et par ses nombreuses anecdotes tient constamment le lecteur en éveil jusqu'au dernier mot du livre. Joinville, le premier, donna à la langue française un monument digne d'elle ; ce n'est pourtant qu'un simple récit, mais c'est raconté avec tant de grâce, tant d'abandon et tant d'enjouement !

"Joinville, dit Sainte-Beuve dans ses Causeries du lundi, est le représentant le plus agréable, le plus familier et le plus expressif de cet âge que nous aimons à nous représenter de loin comme l'âge d'or du bon vieux temps. Si ce beau régne exista quelque part dans Je pays, ce fut certes sous saint Louis, durant ces quinze années de paix à l'ombre du chêne de Vincennes, et c'est par la plume de Joinville qu'il nous a légué sa plus attrayante image."

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