MUSIQUE
Nous n'avons, maintenant qu'à dire quelques mots sur les musiciens du grand sièele de Louis XIV. La musique, art divin qui naquit dans ces régions célestes où retentissent les chants suaves et hamionieux des anges, a dans son caractère je ne sais quoi de merveilleux, de saisissant, de mystérieux, de grand, de noble, qui charme, qui transporte notre âme. Aussi son in- Huence sur les peuples, depuis le commencement du monde, a-t-elle été très étendue, très puissante.
Platon a défini cet art dans ces termes : " On ne doit
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pas, dit-il, juger de la musique par le plaisir ni rechercher celle qui n'aurait d'autre objet que le plaisir, mais celle qui contient en soi la ressemblance du beau."
Le musicien, comme le peintre et le poète et peutêtre avec plus d'avantage qu'eux, peut par le puissant ensemble de ses accords, par la distribution inspirée de ses notes, remplir l'âme humaine de sentiments divers ; la terreur et l'épouvante, la noblesse et la grandeur, la tendresse et l'amour, tout est à la disposition du véritable musicien.
Lully, né en 1633, fut le musicien le plus remarquable du dix-septième siècle. 11 est le créateur du genre le plus en vogue de nos jours, celui de l'opéra.
Le poète Quinault avait composé une Arinide qui renfermait beaucoup de beautés ; Luily le mit en musique et obtint dés la première représentation un succès des plus prodigieux.
La musique de cet auteur célèbre est simple, gracieuse et entrai lante. Lully ouvrait d'une manière glorieuse une noble carrière aux Grétry, aux Adam et aux Boïeldieu, artistes qui ont enrichi la scène française de tant de chefs-d'œuvre.
Couperin, organiste de génie, fit preuve dans ses compositions d'une grande originalité.
Les beaux-arts, au siècle brillant de Louis XIV. comme on le voit, furent très fertiles en génies, et ces ilhistres artistes exciteront toujours chez les peu])les civilisés du globe une admiratisn juste et méritée.
La philosophie, la plus belL' des sciences, la source
féconde du vrai, le principe premier des connaissances
, humaines, est le lien qui unit notre raison à la divinité
puissante et infinie. Elle dirige les hommes dans la voie
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si souvent méconnue du vrai, du bon et du beau ; elle met dans toutes leurs actions une conduite pleine de sagesse.
Sans cette science des sciences, que deviendraient les peuples ? Ne préside-t-elle pas à tout, à l'édification des lois humaines, à l'établissement des gouvernements, a la direction de la société, à la vie morale et physique de toute nation ?
La philosophie doit se rattacher à Dieu, la sagesse même ; sans lui, elle n'aurait plus qu'un but matériel et ne pourrait exister par le fait même.
.METAPHVSI(>L'ES ET MATHEMAT1(,)UES
Le siècle de Louis XIV, sous le rapjjort de ia méta- ]jhysique, présente des génies illustres dont les sages écrits t'ont autorité, dans toutes les écoles célèbres.
Ce fut au célèbre couvent de Port-Royal que brillèrent le plus grand nombre de ces philosophes ; nous citerons parmi eux Lancelot et Nicole, dont les ouvrages sont très remarquables quoique possédant quelques fausses maximes, et le grand Pascal, cet homme incompréhensible qui dés l'âge de douze ans connaissait et approfondissait déjà d'une manière savante toutes les sciences humaines, qu'il perfectionna même quatre ans plus tard. Cet aigle, dont le vol puissant le faisait planer dans les régions les plus hautes de la sublimité, est peut-être le plus grand génie que la France ait produit.
Sa vie ne fut qu'une longue suite de souffrances atroces, et il rendit sa belle âme à Dieu en 1662.
Partisan déclaré du jansénisme, il flagella les jésuites dans ses célèbres Provincialfs, regardées comme le monument le plus parfait de la langue française. S'il se trompa dans ses Lettres, il ne faut pas pour cela lui en faire un crime, car élevé par des maîtres jansénistes, il suivit leur doctrine, peut-être non par raison, mais
])av amour pr.ur c^ux qui avaient eu soin d: son enfance.
Lorsque la mort l'emporta, il avait projeté un gigantesque ouvrage, où il voulait détruire un à un tous les arguments erronés de la philosophie humaine par ceux de la philosophie chrétienne. Après sa mort, ses amis rassemblèrent les matériaux épars du travail projeté et en formèrent un livre que nous connaissons tous, les
'• C'est là, dit Frugère, qu'il possède ce style grand sans exagération, partout rempli d'émotions, vif sans turbulence, personnel sans pédanterie et sans amourpropre, superbe et modeste tout ensemble, qui fut le plus parfait dans le siècle des écrivains parfaits. Sa rhétorique était dans son âme et son langage était grand et noble, naturellement parce que son âme, encore plus élevée que son esprit portait en elle la noblesse et la grandeur."
Un philosophe qui, sans posséder le génie sublime de Pascal, eût plus d'influence parut alors ;* ce fut Descartes.
Ce grand homme, né en 1596, embrassa d'abord la profession des armes, pour olDéir aux habitudes de sa familles, une des premières de la Touraine. Après quelques campagnes assez heureuses, René Descartes fatigué de cette vie aventurière, se retira dans une douce retraite; c'est alors qu'il écrivit ce fameux jC>W6'«;'.f sur la méthode, qui opéra dans toute l'Europe une véritable rév'olution.
Contrairement à tous les principes connus. Descartes, pour "prouver l'existence de Dieu et la puissance de la raison humaine, se met à douter de tout. Une seule chose qu'il ne peut nier, c'est sa pensée, car par le fait même qu'il doute, il pense ; de là ce principe beaucoup combattu : " Je pense, donc j'existe." Avec lui, Descartes cherche à reconstruire l'échafaudage de toutes les connaissances, pour en arriver aisément à la certitude de l'existence de l'Etre suprême.
" Disciple de la lumière, dit le P. Guénard, Descartes ne consulta que les idées claires et distinctes, la nature et l'évidence. Par ses méditations profondes, il tira toutes les sciences du chaos, et par un coup de génie plus grand encore, il montra le secours mutuel qu'elles devaient se prêter ; il les enchaîna toutes ensemble, les éleva les unes sur les autres ; et, se plaçant ensuite sur cette hauteur, il marcha avec toutes les forces de l'esprit humain ainsi rassemblées, à la découverte de ces grandes vérités que d'autres plus heureux sont venus enlever après lui, mais en suivant les sentiers de lumière que Descartes avait tracés."
Cet illustre philosophe possède dans son Discours sur la méthode un style pur et correct, simple et concis ; ses travaux sur la géométrie et l'algèbre l'ont placé à la tête des mathématiciens du dix-septième siècle. Il mourut en 1650.
Nicolas Malebranche, admirateur passionné de Descartes, défendit avec un immense succès les doctrines de son maître ; la profondeur de ses idées et la clarté de son style l'ont fait surnommer le '• Platon du christianisme."
Son chef-d'œuvre est le magnifique traité sur la Recherche de la vérité.
Pierre Gassendi fut plus célèbre physicien que philosophe ; néanmoins, ses écrits métaphysiques ont assez d.' réputation.
Nicole, dans ses Essais de morale., Bossuet, dans son traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même, Arnault, dans son Logique de Port-Royal, font preuve d'une sagesse profonde et d'un jugement sûr. Presque tous ces philosophes célèbres furent de savants mathématiciens ; plusieurs d'entre eux ont publié sur les sciences exactes des traités très importants, que l'on consulte encore de nos jours.
Cassiui, en astronomi, Vauban et Riquet, dans le génie civil, Tournefort et Jussieu, dans l'histoire naturelle, Samson, en géographie, turent de véritables génies et augmentèrent de leur gloire celle de la France.
Jean-Dominique Cassini, né en 1625, fut père, grand- ])ère et bisaïeul d'illustres astronomes, dont le dernier est mort en 1845.
Célèbre par toute l'Europe, les souverains se plurent à le combler de faveurs; Louis XIV, qui s'entendait dans le choix d'hommes de génie, le fit venir à Paris pour qu'il y demeurât. L'illustre astronome rendit d'immenses services à la science ; le premier, il découvrit les satellites de Saturne et la rotation de Mars et de Jupiter. On lui doit aussi la fondation de l'observatoire di Paris.
Il mourut en 17 12.
La modestie et la douceur de son caractère, sa conduite chrétienne, le firent beaucoup regretter de ses compatriotes. Ses principaux ouvrages sont : Opéra astro/iomica et des Mémoires très estimés.
Vauban, le plus remarquable ingénieur que la France du dix-septième siècle ait produit, embrassa encore jeune la belle carrière des armes ; il aida beaucoup ses généraux dans différents sièges par l'invention de machines de guerre excassivement puissantes, parmi lesquelles on remarque des batteries à ricochet, des cavaliers de tranchées, etc. Il couvrit la France, alors en guerre avec plusieurs Etats coalisés de l'Europe, de fortifications nouvelles et dans leurs détails et dans leur apparence, rendant ainsi à sa patrie harcelée de toutes parts un service des plus éclatants et des plus durables. On considère comme son chef-d'œuvre le magnifique port de Dunkerque, qui fut longtemps le cauchemar des ennemis de la France.
Riquet, qui creusa le fameux canal du Languedoc, fut un ingénieur célèbre, mais la mort l'ayant emporté
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à la fleur de l'âge, il n'eut pas le temps de donner au monde les grandes productions dont son génie devait contenir le germe merveilleux.
Joseph de Jussieu, naturaliste très distingué de ce temps, montra de bonne heure de grandes dispositions pour cette science si belle et si vaste qu'ont illustrée les Buffon et les Linné. Encouragé par plusieurs personnes influentes de la cour, il publia divers traités sur le café, le cachou, les mines de mercure, d'aimoden, etc. Il écrivit aussi scr la médecine, science difiîcile qu'il pratiqua avec le plus grand succès.
Tournefort, que les naturalistes placent au-dessus de Jussieu, fut très recherché à la cour du grand roi.
" Il se sentit botaniste, dit Fontenelle, dès qu'il vit des plantes." Plein du feu sacré qui anime tout génie, Tournefort travailla sans relâche, parcourut l'Europe et l'Asie en tous sens et, par suite de ces études et de ces voyages, enrichit le sol de la France de productions les plus variées. Nommé dans la suite professeur de botanique au Jardin des Plantes, il sut remplir sa chaire avec le plus grand honneur.
Ses oeuvres les plus remarquables sont les Eléments de botanique et la relation de ses voyages.
Tournefort donne une classification des plantes que les naturalistes ont proclamé bien haut ; on y admire une grand sagesse et une érudition profonde.
La science géographique eut au dix-septième siècle son plus illustre représentant dans Nicolas Samson. Riche négociant, il parcourut toutes les contrées de la terre, recueillant çà et là des notes sur les mœurs et les usages de chaque nation, étudiant les différences de climats et de productions. Il eut l'insigne honneur d'enseigner la géographie à Louis XIV.
Celui-ci, dans la suite, le combla d'honneurs et l'admit comme un de ses conseillers intimes. Il publia un grand nombre de cartes et un ouvrage célèbre, Disquisitiones geographicœ in Pharnm.
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Bomiiie on le voit, dans ce siècle méniorablc, les sciences, comme les arts et les lettres, eurent d'illustres adeptes ; certes, le savants d'aujourd'hui surpassent les savants d'alors, mais il faut penser que la science au dix-septième siècle venait pour ainsi dire de naître et ne pouvait produire, par conséquent, rien de parfait.
Les Vauban, les Tournefort, les Samson, les Cassini ont préparé les voies de la science aux Buffon, aux Laplace, aux Cuvier, aux Monge, aux Gay-Lussac, aux Lalande.