‹ Études et récitsChapitre 45 sur 64 · ART MILITAIRE · texte numérisé non relu

ART MILITAIRE

La noble et sublime carrière des armes a produit au dix-septième sèjcle plus d'un génie incomparable, plus d'un guerrier aux exploits étonnants et fameux.

Grands comme les Annibal, victorieux comme les Alexandre, habiles et expérimentés comme les César, les Turenne, les Condé, les Catinat et les Luxembourg de ce siècle brillant, le plus beau peut-être de tous les siècles, ont rempli de leurs noms les temps modernes ; ils sont comme ces astres lumineux qui rayonnent sur le fond noir du firmament.

Ces grands capitaines, promenant par toute l'Europe le drapeau vainqueur de la France chevaleresque, firent respecter en tous lieux la grandeur et la majesté de leur glorieuse patrie.

Turenne, le plus célèbre de tous, celui dont la renommée fut la plus pure et la plus grande, naquit d'une famille calviniste en 1611. Elevé cependant avec beaucoup de soins, ses nombreuses qualités brillèrent bientôt avec le plus vif éclat. Modeste, délicat, juste, généreux et honnête, il sut se conserver dans les dangers de la vie militaire tel qu'il était adolescent.

Durc'int les troubles sanglants de la Fronde, Turenne,

IlS ETUDES ET RECITS

ipres avoir guerroyé quelque temps en Allema-^ne dune manière victorieuse, défendit avec beaucoup d habileté, quoique sur un petit théâtre, le parti de Mazarin contre les attaques violentes du grand Condé Il soumit ensuite les Pays-Bas, province que les Espagnols gouvernaient alors avec despotisme, et revint a Pans convert de lauriers.

'Auenne, le Ce^sar du dix-septième siècle, possédait une profondeur de vues étonnante, un jugement des jMussurs et une patience des plus admirables. Ses ennemis eux-mêmes rendaient les plus grands et les' plus éclatants hommages à ses mérites incontestables Rien ne larretait,ni Ja difficulté de l'entreprise, ni l'incertitude de la victoire, ni les dangers de la route

Bossuet, l'aigle au vol puissant, estima t beaucoup ce capitaine Illustre, ce héros magnanime dont la gloire a toujours de plus en plus grandie; il eut l'insigne honneur de le ramener à la foi de ses aïeux, s.pt an^ avant que la mort le ravit à l'amour et à l'admiration de ses compatriotes et surtout de ses soldats

Le boulet qui mit fin à cette existence glorieuse emporta aussile bras du général Saint-Hilaire. le fils de cehn-ci, qui était présent, focdit en larmes à la vue de son père blessé, mais le brave général prononça alors ces mots sublimes : " Ce n'est pas moi qu'il faut pleurer, c est ce grand homme que la France vient de per-

" Turenne, dit Thomas, si regretté par nos aïeux et dont nous ne prononçons pas encore le nom sans respect ; qui, dans le siècle le plus fécond en grands hommes n eut point de supérieur et ne compta qu'un rival • qui fut aussi simple qu'il était grand, aussi estimé pour sa probité que pour ses victoires ; à qui on pardonna se. fautes, parce qu'il n'eût jamais ni l'affectation de

V ^r?,"'!"' ''^"'^ ^^ '^' *^'^"*^ ' q^i' en servant Louis Al y et Ja trance, eut souvent à combattre le ministre de Louis XIV, et fut haï de Louvois, comme admilé

de l'Europe ; le seul homme, depuis Henri IV, dont la mort ait été regardée comme une calamité publique par le peuple, est le seul depuis Duguesclin, dont la cendre ait été jugée digne d'être mêlée a la cendre des rois, et dont le mausolée attire plus nos regards que celui de beaucoup de souverains dont il est entouré, parce que la renommée^uit les vertus et non les rangs et que l'idée de la gloire est toujours supérieure à celle de la puissance."

Le grand Condé, le rival de Turenne, naquit en 1621. Louis XIV venait à peine de monter sur le trône glorieux de ses ancêtres, que Condé, âgé seulement de vingt-deux ans, remporta sur les troupes espagnoles commandées par Francisco de Mêlas, la mémorable bataille de Rocroi, que les poètes ont chanté et que les orateurs ont exalté dans les accents les plus sublimes. " Le voyez-vous, s'écrit Bossuet, comme il vole ou à la victoire ou à \% mort I aussitôt qu'il eût porté de rang en rang l'ardeur dont il était animé, on le vit presque en même temps pousser l'aile droite des ennemis, soutenir la nôtre ébranlée, rallier les Français à demivaincus, mettre en fuite l'Espagnol victorieux, i)orter partout la terreur et étonner de ses regards étincelants ceux qui échappaient à ses coups."

Dans les deux années suivantes, il ajouta au nom glorieux de Rocroi ceux non moins célèbres de Nordlingen et de Lens. Ce fut dans cette dernière batailL^ qu'il prononça pour toute harangue ces paroles admirables et entraînantes :'' Amis, souvenez-vous de Rocroi, de Fribourg et de Nordlingen ! " Les soldats, électrisés et par ces mots éloquents et par rexeiiijjle de leur chef, chargèrent les ennemis avec une fjugue impétueuse et, comme un torrent que rien n'arrête, renversèrent et détruisirent tout sur leur passage.

Durant cette révolution avortée .jue l'on a surnommée la Fronde, Condé, entraîné par certaines influences, se tourna contre la cour, mais il ne voulut jamais

accepter le commandement des rebelles : " Je m'appelle Louis de Bourbon, leur disail-il, et je ne veux pas ébranler l'Etat."

" Cet homme inspiré, comme dit Bossuet, après après quelques victoires non moins glorieuses que les premières, se retira dans son splendide palais de Chantilly. Là, menant une vie sage et paisibjp, il donna au monde l'exemple le plus admirable de vertus chrétiennes ; grand sur le champ de bataille, ce fut un héros dans la pratique de sa foi."

A la mort de cet illustre capitaine dont le génie égala celui d'un Annibal ou d'un César, Bossuet, son ami par excellence, le pleura amèrement et fit entendre du haut de la chaire ces accents pleins de sensibilité et de douleur :

"Tous ensemble, s'écrie-t-il, en quelque degi"é de sa confiance qu'il vous ait reçus, environnez ce tombeau, versez des larmes avec des prières et, admirant dans un si grand prince une amitié si commode et un commerce si doux, conservez le souvenir d'un héros dont la bonté avait égalé le courage. Ainsi, puisse-t-il toujours vous être un cher entretien ! ainsi, puissiez-vous profiter de ses vertus et que sa mort, que vous déplorez, vous serve à la fois de consolation et d'exemple !

" Pour moi, s'il m'est permis, après les autres, de venir rendre les derniers devoirs à ce tombeau, ô prince, le digne sujet de nos louanges et de nos regrets, vous vivrez éternellement dans ma mémoire ; votre image y sera tracée, non point avec cette audace qui promettait la victoire ; non, je ne veux rien voir en vous de ce que la mort y efface ; vous aurez dans cette image des traits immortels : je vous y verrai tel qus vous étiez à ce dernier jour, sous la main de Dieu, lorsque sa gloire sembla commencer à vous apparaître.

" C'est là que je vous verrai plus triomphant qu'à Fribourg et à Rocroi ;. et, ravi d'un si beau triomphe, je dirai en actions de grâces ces belles i)aroles du bien-

aimé disciple : " La véritable victoire, celle qui met sous nos pieds le monde entier, c'est notre foi ! "

Le maréchal de Luxembourg fut le digne héritier du génie de Condé ; habile capitaine, il vainquit les ennemis dans trois batailles, comptées parmi les premières victoires : celles de Fleurus, de Steinkerque et de Nerwinde. On a dit de ce grand capitaine qu'il avait tapissé Notre-Dame de drapeaux ennemis.

Nicolas Catinat, né en 1637, venait des derniers rangs du peuple. Malgré les préjugés des nobles contre les roturiers, ce héros, par la seule force de ses talents et la grandeur de ses vertus, parvint aux plus hautes charges du royaume et fut nommé général en chef des armées de Louis XIV. Simple et modeste, généreux et désintéressé, brave et ardent, il excita l'admiration la plus sincère, dans cette cour dont le faste avait ébloui l'Europe. Vainqueur à Staffarde et à la Marsaille, sur le célèbre prince Eugène de Savoie qui avait mis ses talents militaires au service des ennemis de sa patrie, il fut regardé comme l'un des premiers généraux de son siècle.

Sur ses dernières années, il se retira dans sa petite maison de Saint-Gratien, où il mena la vie la plus modeste. " Il y rappela, dit Saint-Simon, par sa simplicité, par sa frugalité, par le mépris du monde, par la paix de son âme et l'uniformité de sa conduite, le souvenir de ces grands hommes qui, après les triomphes les mieux mérités, retournaient tranquillement à leur charrue, peu sensibles à l'ingratitude de Rome qu'ils avaient si bien servie."

Villars, le dernier des grands généraux du siècle brillant de Louis XIV, par ordre chronologique, mais l'un des premiers par sa bravoure, sa science et son habileté, soutint en remportant les célèbres victoires de Friedlingen et de Hochstœdt, la gloire défaillante de sa patrie.

Louis XIV, attaqué de toutes parts par les puissan-

ces coalisées de i'Europe, souffrant des (:rueHes souffrances de son peuple, confia à Villars sa dernière armée, en lui disant ces nobles paroles : " Allez et sj vous êtes vaincu, il ne me restera qu'à mî mettre moi-mênii a la tête de mon peuple et à m'ensevelir soUv> les ruines de la monarchie."

Notre héros répondit à la confiance de son roi malheureux en gagnant sur le prince Eugène la mémorable bataille de Denain, victoire glorieuse qui sauva la France.

Le duc de Vendôme seconda Philippe V d'Espagne, dans toutes les guerres que celui-ci eût à soutenir contre les ennemis de son grand-père, Louis XIV.

La célèbre victoire de Villaviciosa le mit au rang des capitaines les plus courageux et les plus intrépides du dix-septième siècle. Il eut l'honneur de tromper, par de savantes manœuvres, le prince Eugène de Savoie.

M.\RINE

La marine, au temps de Louis XIV, ne comptait pas un grand nombre de vaisseaux ; les découvertes importantes qui se firent dans le siècle suivant lui donnèrent un plus grand accroissement ; cependant, parmi les marins célèbres qu'a produits la France du dix-septième siècle, nous admirons trois noms, trois génies dont la gloire, toujours pure, toujours grande, fait celle de leur patrie ; ce sont Jean Bart, Duquesne et Duguay- Trouin.

Le premier, né en 1650, à Dunkerque, fut le plus populaire des marins français ; courageux, ardent, intrépide, audacieux et généreux, il sut, par la réunion brillante de tant de belles qualités, exciter l'admiration de ses compatriotes et la crainte de ses ennemis.

Chef de corsaires à vingt-cinq ans, Jean Bart porta l'eiïroi et la terreur chez les ennemis de la France ; il purgea les mers des pirates qui s'emparaient des navi-

ETUDES ET KEJITS I23

rcs marchands et descendaient sur les côtes y portant la dévastation et la ruine.

Cet illustre marin bravait tout ; la mort, ordinairement si redoutée, ne l'effrayait point, et cependant sous une si rude écorce, il cachait un cœur noble et compatissant. Il est inutile ici de raconter ses actions éclatantes et de louer de nouveau son courage. La postérité l'a jugé brave et grand capitaine, elle a eu raison.

AbraHam Duquesne, né à Dieppe en 1610, rivalise avec Jean Bart et plusieurs même affirment qu'il lui est supérieur,

Il est une des gloires les plus pures de la France. Comme Jean Bart, il poursuivit à outrance les corsaires de la Méditerranée et bombarda Alger. Il força le doge de Gênes, qui avait osé braver la puissance du grand roi, à venir s'humilier aux pieds du monarque français.

Duguay-Trouin, né dans la ville qui a produit le hardi navigateur que nous admirons tous, l'illustre Jacques Cartier, s'immortalisa par la prise de Rio-Janeiro.

Il désola le commerce de l'Angleterre, de la Hollande et du Portugal. Il était modeste, plein de désintéressement mais inflexible lorsqu'il s'agissait du point d'honneur.

Après ces noms immortels, nous remarquons ceux de Forbin et de Tour\ille qui ont remporté de brillantes victoires navales.

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