A MONSIEUR L ABBE TROIE
La Réforme est fille de la Renaissance. L'amour de l'antiquité avait porté ses funestes fruits même jusque dans les couvents de moines ; une certaine tendance vers la liberté individuelle entraînait les esprits alors excités par les maximes païennes qui parcouraient l'Europe ; des Grecs, chassés de leur patrie, étaient venus enseigner aux chrétiens d'Occident que Jupiter était le dieu du ciel et de la terre, et qu'eux seuls possédaient la véritable science, la connaissance la plus universelle des choses de la nature.
"Alors, dit Courval, l'Evangile sembla trop austère, l'autorité de l'Eglise parut gênante, et la morale chrétienne perdit de son prix. Entre le sensualisme païen, qu'on admirait, et le dogme catholique qui devenait pour un grand nombre une lettre morte, il fallait chercher un moyen terme. Luther vint à propos pour donner satisfaction d'abord à l'orgueil, ensuite à la concupiscence ; car d'une part, la raison par le libre examen secoua le joug de l'autorité spirituelle, et de l'autre,
l'amour des jouissances matérielles trouva son aliment dans la confiscation des biens de l'Eglise."
Sans doute, il y a eu des hérétiques, des réformateurs, avant même la Renaissance, témoins les Abeilard, les Arnaud de Brescia, les Rienzi, les Jean Huss et les Jérôme de Prague, qu'il est impossible de ne pas regarder comme les précurseurs de Luther. Mais toutes ces tentatives de réforme avaient échoué jusqu'à Luther ; donc, la torche de la Réforme a dû s'allumer au flambeau de la Renaissance. " Dire que la Réforme est sortie de la Renaissance, dit un voltairien, n'est pas Calomnier la Renaissance ; c'est seulement reconnaître qu'elle a produit des effets divers, plus ou moins heureux, et plus ou moins légitimes, suivant les lieux, ies circonstances, le génie particulier des peuples."
Il est vrai que la Réforme a débarrassé l'Eglise catholique de ses prêtres apostats, de ses fidèles corrompus et méchants, mais que sont-ils devenus.^ Les apôtres d'une insurrection impie et sacrilège, non d'une réforme mais d'une révolution, c'est-à-dire un acheminement vers les ruines. L'Eglise chrétienne du seizième siècle avait besoin d'une réforme morale ; malgré de généreux efforrs, le Saint-Siège n'avait pu parvenir à purifier complètement les institutions catholiques, ébranlées fortement par le retour païen de la Renais- ^•ance. Et d'ailleurs, l'esprit efficace de réforme est essentiellement chrétien ; par son principe, ses moyens, son but, il s'identifie avec l'Eglise catholique.
"Les écrivains protestants, dit Darras, pour justifier les triomphes de leur secte, ont tous méconnu cette inamissible vertu de l'Eglise pouvant se réformer ellemême, et se régénérer par sa propre force. A leurs contradictions désespérantes, nous opposerons toujours ce dilemme victorieux : Y avait-il dans le monde, au seizième siècle, une Eglise de Dieu, oui ou non? Si elle n'existait pas, les réformateurs luthériens ne pouvaient lui donner naissance ; si elle existait, ils n'avaient ni le
droit de la quitter, ni le i)oiivoir de la détruire. Réformer ce n'est pas anéantir, c'est réparer, c'est recréer."
La réforme de Luther naquit donc du sensualisme et du naturalisme ; l'émancipation des esprits, le relâchement des mœurs, l'amour absurde de l'antiquité, le manque d'esprit de foi entraînaient la société sur une pente dangereuse ; dans cet état d'agitation extrême, il ne fallait qu'une étincelle pour allumer la révolte ; alors Satan suscita Luther.
Celui-ci, né en 1483, pnt suivre, quoique pauvre, les cours de l'université d'Eisenach, grâce à la protection d'une noble et riche dame de la même ville. Ce fut alors qu'il se lia d'une grande amitié avec Alexis que le tonnerre foudroya, dans la suite, à ses côtés même. Epouvanté de cet événement qui brisait la plus douce affection de son âme, il entra au monastère des augustins.
Dans ce cloître, il étudia l'antiquité avec passion, et son esprit naturellement rempli d'orgueil se surexcita à ces lectures païennes. Quelque temps après, Stanpitz, provincial des augustins, nomma Luther professeur de philosophie à l'université de Wittemberg. Comme il enseignait d'une manière brillante, son chef spirituel le chargea d'écrire contre les abus prétendus du dominicain Texel, dans sa prédication des indulgences. Mais Luther alla plus loin ; entraîné par son orgueil, il en vint même à attaquer le dogme.
Léon X lui fit de justes et graves reproches, et lui défendit de continuer cette querelle de moines. Luther, blessé dans son amour-propre, traita le pape d'antechrist, et engagea les rois et les peuples à secouer le jt)ug de l'Eglise romaine. Mis au ban de l'empire à la fameuse diète de Worms, Luther fut enlevé caché par le prince Frédéric de Saxe, dans le château de Watbourg. " C'était, dit un auteur, une résidence perdue au milieu d'une forêt, élevée comme un nid d'oiseau sur le sommet d'une montagne solitaire."
Engagé dans une lutte qui devenait terrible et dont
rien ne pouvait désormais arrêter l'opiniâtreté, il travailla avec une ardeur incroyable à poser les fondements de sa symbolique future. Comme prêtre, il abolira le célibat afin d'assouvir ses ignobles passions et de s'abandonner à cet amour criminel et odieux qu'il professa pour une religieuse sortie de son couvent.
" Pour la suppression de la messe, dit Darras, Luther conte gravement qu'une nuit, il se réveilla tout en sueur et que Je diable vint conférer avec lui des raisons qui militent contre le sacrifice des autels. Le diable fut un puissant logicien ; il donna pour raison la faiblesse de la foi, la nullité du caractère sacerdotale, l'incertitude de l'institution, l'iuipossibilité et l'inutilité du sacrifice. Cette fois, au lieu de jeter, comme il l'avait fait auparavant, son encre à la figure du diable, assez noire sans ce brutal cadeau, Luther écrivit le colloque."
Le fameux réformateur fit des satires contre le pape et les moines ; ses écrits, pleins d'une verve brillante, respirent une haine profonde, et de très vils sentiments ; le Tisch-RedeJi ou propos de table de Luther, est le livre qui renfenne le plus de folies et d'impiétés. Voici quelques échantillons textuels de cet ouvrage ridicule :
" Dieu n'a fait que des folies j^ si j'avais assisté à la création, je lui aurais donné des conseils.
— J'ai toujours été beaucoup mieux traité par le diable que par la main des hommes.
— Les Pères de l'Eglise sont des imbéciles qui n'ont écrit que des fadaises sur le célibat.
— Les juristes sont d.s cordonniers, des fripiers, des bailleurs de soupe."
Ainsi Luther a toujours à la bouche le diable et l'ordure ; c'est sa manière d'être homme du nouvel Evangile.
A l'âge de quarante-deux ans, Luther épousa cette religieuse avec qui il avait eu de coupables relations. Erasme, à ce propos, lança ce bon mot : " On dit que la Réforme est un événement tragique, moi je soutiens
que rien n'csl plus comique, car le dénouement de la pièce est toujours un mariage."
Les doctrines de Luther sont extrêmement fausses et contradictoires ; " le principe de ses erreurs, dit Barras, c'est la confusion de la nature et de la grâce." Luther n'était point philosophe et n'aimait point la philosophie. La dialectique lui faisait peur, parce que ses doctrines n'en avaient pas, et que son caractère fougueux ne pouvait s'y prêter. Comme on le voit, Luther ne peut être regardé comme le réformateur de l'Eglise, ])uisque son but fut de la détruire. On peut le comparer au prophète Mahomet qui, le glaive à la main, parcourait des contrées entières, jetant aux populations épouvantées ces mots terribles : '• Crois ou meurs."
Luther ainsi n'eut rien d'évangélique dans l'annonce de sa doctrine, et voilà pourquoi que toutes les nations j^rotestantes ont répudié les idées personnelles du réformateur. Luther mourut d'une mort affreuse, punition méritée d'une vie de débauches et de crimes.
Erasme, le roi de l'ironie et l'ennemi déclaré des moines, était fou de l'antiquité. Puisant dans les livres païens cet esprit exalté, cet amour d'une liberté imaginaire, il se moqua de tout ce que le catholicisme avait de beau et de grand. On a dit de lui qu'il avait pondu l'œuf de la Réforme, et que Luther l'avait fait éclore. Plusieurs de ses ouvrages ont été condamnés par le concile de Trente.
Erasme avait une âme perfide ; tantôt papiste, tantôt luthérien, il se ménegea ainsi la faveur des deux partis. Mais les véritables croyants le renièrent bientôt comme un de leurs frères.
En Si.isse, l'audacieux Znwingle rejeta les pèlerinages, l'es images, le purgatoire, le célibat, et de ruines en ruines, en vint à rejeter la présence réelle. Ces dangereuses doctrines soulevèrent d'abord l'indignation du peuple suisse, mais bientôt entrainé par une puissance infernale, celui-ci proclama Zwing'e, Hercule, Socrate,
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Numa et Aiistocle, les bienheureux habitants du souverain Olympe.
Calvin, le pupc noir de Genève, acheva l'œuvre maiidite de Zwingle ; son Institution chrétienne, regardé comme son chef-d'œuvre, fut le nouvel évangile des réformistes ! "Ce livre a acquis, dit un auteur, un certain venin littéraire ; mais cet ouvrage volumineux qui devait un corps et une âme au protestantisme, n'est qu'un nouveau méfait à sa charge, un amas de citations mal comprises, et de sophismes informes mis au service de doctrines abominables."
Cet homme, que la nature avait doué d'un génie véritable, compris que les nouveaux sectaires n'avaient rien qui put leur donner une apparence de discipline, de règles, de lois et surtout de principes. Travaillant sans relâche, cherchant par ruse et par hypocrisie, à rassembler tout ce qui pouvait nuire au catholicisme, il fit plus pour la Réforme |ue n'en firent tous les autres réformateurs.
En Angleterre, l'immonde Henri VIII jouait au mariage comme l'on joue aux quilles ; il répudia sa femme légitime, Catherine d'Aragon, pour épouser une prostituée, Anne de Bolen.
Se riant des douces remontrances du pape, il se sépara de l'Eglise romaine, et prit le titre pompeux de '• chef suprême de l'Eglise." Ame basse, ignorant des nobles sentiments du cœur, d'un caractère volontaire et cruel, Henri VHI, voulant s'élever contre la prétendue tyrannie de Rome, accabla ses sujets d'impôts fabuleux, et fit peser sur son peuple un joug des plus odieux et des plus tyranniques. " La révolution religieuse d'Angleterre, dit Guizot, fut œuvre royale. Le roi et l'épiscopat se partagèrent, soit comme richesses, soit comme pouvoir, les dépouilles du gouvernement prédécesseur de la papauté."
Ce désordre des idées et du culte provenait de la décadence des mœurs et de cet esprit d'émancipation
qui refusait tout joug et toute autorité légitime. Or, cette corruption et cet amour désordonné de la liberté étaient nés de l'étude passionnée du paganisme qui, à cette triste époque, était devenu pour iilusieurs une vraie et sublime religion.
En France, ce noble })ays qui, au moyen-âge, avait étonné le monde entier par la grandeur et paJ la sublimité de sa foi, les doctrines abominables de Luther et de Calvin se propagèrent malheureusement avec rapi- •'J-é et y portèrent la guerre civile.
Poursuivant de leur haine satanique les véritables j'erviteurs de Dieu, les huguenots portèrent dans les villes et dans les campagnas de la France la torche de l'incendie et le glaive de la destruction ; ce ne fut partout que ruines fumantes, pleurs et sanglots, frayeur et désolation. Les églises furent profanées, les prêtres et les religieuses livrés aux outrages les jdIus odieux et les plus criminels, les reliques des saints jetés au vent, et les cathoHques traqués comme des bêtes fauves ou immolés sans pitié.
" Nous voudrions, dit l'historien Gabourg, qu'il nous fut possible d'effacer, au prix de tout notre sang, le souvenir de cette triste période ; mais les faits subsisteront dans toute leur énergie pour l'enseignement des rois et des ptuples. Ils annoncent en caractères toujours visibles, quelles sont les suites inévitables de l'hérésie ; ils nous montrent la Réforme inondant de massacres la France entière après avoir souillé de pareilles abominations l'Allemagne et l'Angleterre. Dieu a permis que, voyant ensuite la barque de Pierra surnager sur les eaux, les peuples comprissent bien qu'elle ne pouvait faire nauvrage."