‹ Études et récitsChapitre 48 sur 64 · A MON AMI CHARLES GILL · texte numérisé non relu

A MON AMI CHARLES GILL

La France a toujours fait en quelque sorte la première expérience des idées bonnes ou mauvaises qui se sont présentées depuis quatorze siècles ; cependant, à toutes ses époques vraiment glorieuses, elle a été pour la foi un instrument puissant, un auxiliaire toujours prêt à la défense, soit par les armes, soit par la parole, Quand elle fut fidèle à sa brillante mission, quand elle adora ce Dieu qui avait placée à la tête des nations et qu'elle respecta ses ministres, alors le nom de la France fut grand entre Deux de tous les peuples et exerça sur l'Europe une vaste influence. Quand elle s'en écarta, soit qu'elle voulut oublier Dieu pour des intérêts maté-

riels, soit que sa foi demeura inerte et paresseuse, alors le bras d'un Dieu vengeur s'appesantit sur elle : les invasions, les défaites, les guerres civiles, les révolutions sociales ne lui furent point épargnées.

Les causes de la révolution française ont été le désordre des mœurs et les scandales qui troublaient l'Eglise depuis deux siècles. " Dans le sein du peuple français, dit Gabourg, la littérature philosophique, les idées de controverse religieuse, l'exemple du parlement, le souvenir de la révolution d'Amérique, et le spectacle continu de la liberté anglaise faisaient incessamment fermenter des espérances de révolte ou de résistance. Les philosophes enseignaient à la foule que Dieu n'existait pas. et cette foule en concluait naturellement que la loi du plus fort devait remplacer celle du plus juste, que les idées les plus révérées étant le fait de l'homme, n'avaient d'autre base que les caprices de la majorité."

Le peuple avait donc la conscience révélée de sa force brutale et de son avenir. Il sentait maintenant qu'il était plus fort, plus puissant que ses maîtres, et, ])0ssédant ainsi cette dangereuse connaissance, il ne devait point tarder à en vérifier le principe.' Il considérait avec pitié cette royauté que Louis XIV avait avilie au point de lui enlever toute influence morale ou traditionnelle.

Enthousiasmé par les doctrines qui couraient alors toute l'Europe, le peuple jugea qu'il était temps d'abolir cette royauté sans prestige ; pour arriver à son but, il pensa malheureusement qu'il fallait mettre de côté la religion sublime du Christ et ses nobles traditions chrétiennes qui avaient fait sa force première, voilà son véritable crime. Le fait de changer de gouvernement, une monarchie pour une république, exigeait sans doute une révolution quelconque et devenait par là même un certain mal, mais c'était un mal qui pouvait produire un bien.

La Révolution de 93 n'était donc point tout à fait

condamnable dans son principe, seulement elle eut le tort irréparable de chercher d'abord par tous les moyens possibles la liberté religieuse ; ce fut son malheur, car elle perdit alors tout ce qui lui pouvait donner un certain caractère de grandeur et de patriotisme, ce fut plus qu'une révolution, ce fut un délire.

La France déviait donc de sa noble mission, qui, de tout temps, fut de protéger la foi du Christ contre les attaques de ses ennemis. " Au dix-huitième siècle, dit encore Gabourg, elle avait cessé d'être le peuple éminemment catholique pour devenir en Europe l'auxiliaire des hérésies ou de l'incrédulité. Elle y était arrivée par ses mœurs, par sa littérature, par les scandales qui attristaient l'Eglise."

Dans le siècle de Louis XIV, la noblesse seule avait porté l'exemple de la plus hideuse corruption ; sous le règne de l'ignoble Louis XV, les mœurs dépravésdes grands descendirent avec une effrayante rapidité dans les classes inférieures. Tous les crimes, comme au paganisme, eurent leur justification. L'avare, le 1 bertin, l'épouse adultère, suivant les théories nouvelles des philosophes du temps, se trouvèrent libres de toute souillure.

Voltaire, qui trônait à Ferney, recevait dans son pompeux exil les cours et les visites des rois. " De son château toujours peuplé d'admirateurs et de seïdcs (c'est Voltaire qui a créé ce mot), dit un historien, il envoyait sur tous les points de la France le mot d'ordre de la guerre engagée contre la religion et le trône. 7'oute la maturité de l'âge de Voltaire et toutes les ressources de sa vieillesse furent employées à déttuire un à un les principas sociaux, à couvrir de boue les traditions de nos pères et les gloires de la patrie : ce grand coupable traîna dans la fange l'auguste mémoire de Jeanne d'Arc, et la France eut la lâcheté d'applaudir à cette dégradation."

Diderot, d'Alembert, Jean-Jacques Rousseau et

d'autres, émirent de fausses doctrines, théories dangereuses et impies qui tournèrent la tête à un peuple ardent, avide d'émotions nouvelles.

Le clergé présentait un bien triste spectacle ; des abbayes étaient accordées comme récompenses de sonnets et de madrigaux, et des évêchés furent conférés à des poètes de cour. "Tout semblait permis, dit Gabourg, dès lors que Dubois, l'ancien valet du régent et le modèle de tous les vices, avait revêtu la pourpre et s'était assis sur le siège de Cambrai." Enfin, pour emprunter les expressions figurées par Massillon, " le sel de la terre s'était affadi, les lampes du Seigneur s'étaient éteintes et les pierres du sanctuaire se traînaient sur les places publiques."

Il fallait donc que la France fut régénérée, car le sacerdoce lui-même cachait sous son caractère auguste et sacré des êtres vils et livrés aux plus honteuses passions ; il fallait de toute nécessité qu'une tempête révolutionnaire vint rejeter du sein de l'Eglise ces hommes indignes d'être les ministres de Dieu ; elle éclata terrible et épouvantable.

Son premier acte violent fut la prise de la Bastille qui, depuis plusieurs siècles, avait servi aux rois à assouvir leurs haines personnelles. Elle marcha d'un pas rapide ; le peuple se coiffa du bonnet rouge et cria : "A bas les prêtées ! mort aux aristocrates ! " Une populace délirante, conduite par Danton et Santerre, abolit la royauté dans la nuit du lo août. Louis XVI en cette occasion avait oublié que, si un roi n'est qu'un homme, l'autorité est un principe qu'il devait défendre au prix de son sang. La monarchie foulée aux pieds, la multitude devenait roi. Alors commença le règne sanglant de la Terreur.

Louis XVI vivait encore ; la Convention, le considérant, en dépit de la prison du Temple, comme une menace permanente, l'obligea à comparaître devant son tribunal qui déjà, sans entendre la défense du mal-

heureux roi, avait décidé sa mort. L'avocat De Séze fit en faveur de Louis XVI un plaidoyer des plus énergiques et des plus chaleureux ; on sait que, promenant son regard sur l'assemblée, il s'écria en teiminant : " Je cherche parmi vous des juges, et je ne rencontre que des accusateurs 1... Citoyens, je n'achève pas... je m'arrête devant l'histoire : songez qu'elle jugera votre jugement, et que le sien sera celui des siècles." Mais la Convention n'écouta que sa haine, et Louis Capet fut condamné à mort. Au moment de monter à l'échafaud, son confesseur, l'abbé de Firmont, lui adressa cette exhortation sublime: "Fils de samt Louis, montez au ciel ! " Louis, avant d'accomplir son immense sacrifice, éleva fortement la voix en s'écriant : " Français, je meurs innocent ! je pardonne à mes enneniis, et je souhaite que mon sang ne retombe pas sur la France..." Un roulement de tambours couvrit sa voix, et le crime fut consommé !

Alors les massacres les plus affreux et les plus épouvantables, plongèrent la France entière dans le deuil.

La Montagne résuma toute sa politique dans cette phrase de Danton : " De l'audace, de l'audace, toujours de l'audace ! "

Dans cet affreux système qn'on appela la Terreur, le massacre fut un moyen, l'échafaud un principe, la mort un instrument. Bientôt on vit s'accomplir cette sinistre prophétie de Vergniaud : "La révolution, comme Saturne, dévorera ses enfants ! "

Au culte de Dieu on substitua celui de la Raison. D'impures courtisanes en costumes de déesses furent promenées en triomphe, et assises en grande pompe sur l'autel de la vieille métropole de Paris.

Marie-Antoinette fut condamnée à mort par l'ignoble Fouquier-Vinville ; ses dernières paroles furent : " Adieu, mes enfants, je vais rejoindre votre père 1 " Mme Roland, admiratrice passionnée de l'ancienne Rome, fut aussi condamnée à la guillotine. En passant

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devant la place de la statue de la Liberté, elle s'écria en soupirant : " O liberté ! que de crimes on commet en ton nom ! "

Robespierre étatt le pontife suprême de toute cette canaille révolutionnaire, qui ne demandait qui du sang et encore du sang. Mais Dieu foudroya bientôt ce chef, indigne de vivre.

Son nom passera à la postérité pour être l'effroi des générations et le symbole des excès où les révolutions peuvent pousser les peuples, si elles sont dirigées contre Dieu. On grava sur son tombeau cette terrifiante épitaphe :

Passant, ne pleure pas mon sort :

Si je vivais, tu serais mort !

Sur la fin du règne de la Convention, le 8 juin 1793, mourut Louis XVII, victime malheureuse des traitements les plus infâmes. " Pour répondre, dit Gabourg, à la rage du parti jacobin, le cordonnier Simon fit endurer à l'enfant-roi un long et douloureux martyre ; il ne donnait à son prisonnier qu'une nourriture fétide et grossière, lui refusant le linge, l'air, l'eau et les soins les plus indispensables à la propreté, le contraignant, à force de coups, à se lever la nuit, et se contentant ensuite de lui dire, en le frappant de nouveau : Va te cojcher, Capet, va-t-en, louveteau !"

L'infortuné fils de Louis XVI mourut dans sa onzième année.

Dieu était satisfait des malheurs de la France ; il la trouva assez descendu dans la fange du crime et du vice. Pour la relever, il envoya un homme d'un génie vaste et d'une fermeté extraordinaire, et ce héros fut Napoléon !

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