‹ Études et récitsChapitre 5 sur 64 · A MON AMI C.-A. HARWOOD · texte numérisé non relu

A MON AMI C.-A. HARWOOD

L'amitié, la plus sublime des passions, et je dirais la plus profanée, est l'union intime de deux âmes se eomplétant ainsi l'une par l'autre moralement, quoique séparée individuellement.

De tout temps, ce noble sentiment de l'homme a été sanctionné par les lois divines et humaines. Nous trouvons dans la Bible ces mots : " L'âme de Jonathas s'unit à l'âme de David... Jonathas l'aima comme son âme." Le Rédempteur lui-même nous a donné le plus parfait modèle d'amitié intime ; on sait que saint Jean était le disciple bien-aimé du Sauveur.

Cette bienfaisante passion fait ici-bas le bonheur de l'homme. " De toutes les sociétés, dit Cicéron, aucuns n'est plus noble, aucune n'est plus stable que celle qui est formée par des hommes de bien iniis par la conformité de mœurs et par l'amitié."

En lisant l'histoire des peuples, on rencontre souvent des traits d'héroïsme, des actions sublimes et éclatantes produites par l'amitié, ce sentiment des grandes âmes. Nous citerons les noms si connus de Pelopidas et d'Epaminondas, de Nisus et d'Euryale, de Jonathas et de David, etc., comme modèles d'une union parfaite

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et sincère. Il serait trop long ici de rappeler de nouveau les actes sublimes de ces héros.

Celui-là est heureux qui possède un véritable ami. Le nom d'ami est bien commun de nos jours, mais bien rare est l'amitié. Notre siècle égoïste ne comprend guère ces attachements sublimes dont l'antiquité nous offre de si parfaits modèles. Les Pelopidas et les Epaminondas de notre temps ne se rencontrent pour ainsi dire qu'au sein de la religion, parmi ceux qui dédaignent l'amour de cet or qui a conduit à l'abîme tant d'âmes douées des plus brillantes qualités.

Quoi de plus noble, de plus aimable qu'un bon ami ? Si le malheur, le chagrin vous accable au point que, désespéré, vous cherchez autour de vous un gouffre pour vous y précipiter, un danger pour y périr, oh 1 recourez à votre ami, dites-lui que vous souffrez, que vous êtes malheureux, et il pleurera avec vous, vous consolera, vous fortifiera et, par un miracle dont l'amitié seule a le secret et la puissance, vous deviendrez fort d'autant plus que votre faiblesse aura été grande.

Voyez cet homme dans les souffrances si horribles de l'agonie ; il est là, étendu, ne pouvant plus parler. Il entend cependant les pleurs de ses parents, les lamentations et les gémissements de ses bien-aimés enfants et de sa chère épouse. Son ami de cœur, celui qui a connu les joies et les douleurs de cette âme qui va s'envoler vers son Créateur, est à genoux au chevet du lit; il murmure a l'oreille du moribond des paroles dont Dieu et les anges seuls peuvent comprendre le sens mystérieux.

Tout à coup, le mourant fait entendre un profond soupir, ouvre quelque peu ses yeux comme pour dire adieu à ceux qui l'entourent, et devient inerte, sans mouvement... il est mort ! A ce moment funeste, l'ami délaissé répand un torrent de larmes ; sa douleur est grande, l'image vivante de son âme vijnt de disparaître pour toujours dans le gouffre sans fond de l'éternité.

Souvent, dans la suite, on le voit au cimetière pleurer sur la tombe de l'ami qu'il a perdu.

Si la joie inonde votre cœur, votre ami se réjouira avec vous, vous secondera dans vos beaux projets et s'y intéressera comme si c'était lui et non vous qui les aurait entrepris.

O divine amitié, vertu consolatrice dont l'Etre suprême a voulu doter l'homme, passion héroïque et ardente qui fait accomplir à ceux qui en sont embrases des actes si admirables, viens remplir de tes feux si doux le cœur de tous les hommes. " Pourquoi si peu de mortels l'ont-ils dans le cœur, lorsque tous t'ont sur les lèvres ? Et pourquoi ton nom, que la vertu seule devrait prononcer, a-t-il si souvent servi à voiler de noires trahisons et des complots sinistres (Lacépède : Pu et i que de la musique) ? "

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