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ELLE ET LUI

Ils étaient beaux, jeunes, pleins d'illusions dorées, de rêves heureux et charmants !

Enfants, ils s'étaient connus , avec les années, leur amitié n'avait fait que grandir ; pour eux, ce n.'était plus une de ces unions basées sur des qualités ou une similitude de goût, car l'amour avec son feu divin, ses nobles aspirations, son sublime langage, s'était emparé de leur être, et consumait de son ardente flamme ces deux cœurs que les chagrins n'avaient pu encore blesser.

Quoi de plus beau, de plus grand que ce lien mystérieux qa'on appelle l'amour ! De combien d'exploits fameux, de faits héroïques, d'actions sublimes et admirables dont il a été le principal moteur? N'est-ce pas avec lui que la religion du Christ a fait le tour du globe et élevé ces temples immenses où un peuple de frères vient se prosterner devant le Dieu qui régit l'univers ?,

Elle et Lui semblaient ne plus appartenir à cette terre de misères et d'infortunes ; vivant dans les régions élevées qu'embaument les plus doux parfums de l'amour, ces deux âmes s'étaient fondues en une seule, possédant ainsi les mêmes désirs, ressentant les mêmes sensations I Ils buvaient avec ivresse à la coupe du

bonheur, et, lorsqu'on rencontrait sur la route ces deux jeunes gens se disant à l'oreille de bien douces choses, on ne pouvait s'empêcher de dire: "Qu'ils sont heureux ! "

Hélas ! le bonheur ici-bas c'est le papillon qui frôle de ses ailes toutes les fleurs sans s'y reposer, c'est l'oiseau qui, dans son vol rapide, passe et repasse devant nos yeux, et disparaît pour toujours, c'est la ross, belle et éclatante, qu'une main cruelle arrachera de sa tige. Confiants dans leur destinée, ils s'étaient fiancés, et le vieux curé de leur village, lui qui les avait baptisés et s'était plu à les encourager dans cet amour si pu'-, les avait unis avec joie, mais Dieu avait des desseins secrets sur eux.

Leur mariage avaitété fixé au 30 octobre ; elle, après un assez long voyage qu'elle fit avec son père, tomba gravement malade.

Bientôt, ces joues creuses et pâles, cette voix sourde et a peine distincte, ce regard d'un éclat extraordinaire, ce flot de sang qui, après une toux opiniâtre, montait à sa bouche et humectait ses lèvres blanches, tout annonçait chez elles les terribles ravages de la consomption. Lui, quoique brisé par le chagrin, n'avait point cejjendant perdu toute espérance : " Dieu, se disait-il, ne peut me ravir cette âme."

On était arrivé au 30 octobre ; un silence mystérieux planait sur la campagne ; tout était triste dans la nature. Les arbres, dépouillés de leurs vertes feuilles, présentaient au regard leurs membres nus et décharnés ; un uent glacial soufiîait avec violence sur ces lieux qui, naguère, ne respiraient que joies et plaisirs.

Dans ce jour qui devait être le couronnement de son amour, la réalisation de ses rêves de bonheur, son âme brisant les liens qui la rattachaient à la terre, s'envolait aux pieds di Très-Haut.

Qu'elle était belle sur sa couche funèbre dans cette ravissante toilette de mariée, qu'on lui avait mise sur

sademande expresse ! Elle semblait dormir; ses yeux termes, ses traits calmes et reposés, ses lèvres qui possédaient encore un vague sourire, donnaient à sa figure un aspect trompeur, mais les cierges allumés qui environnaient son lit, le prêtre récitant d'une voix émue les versets sublimes du De profuiidis, im jeune homme ])rosterné sous le poids d'une grande douleur, annonçaient que là gisait une personne enlevée au milieu de ses rêves et de ses illusiofis.

Pauvre fille, elle n'avait fait que penser 1

Elle était de ce monde où les plus belles choses

Ont le pire destin ; Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses

t'espace d'un matin.

Morte dans cette triste saison où la nature semble se plonger dans un deuil profond, à l'approche du linceul immense qui bientôt la couvrira, elle était comme ces fleurs qui perdent, sous la brise glaciale de l'automne, leur arôme et leurs riches couleurs pour tomber fanées sur la terre froide et y périr.

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