‹ Études et récitsChapitre 53 sur 64 · L'OCEAN · texte numérisé non relu

L'OCEAN

A MONSIKL'R \V. DUMOXr

Océan I que de fois mon cœur a tressailli à ton nom ! Que de fois, sur le rivage, je suis resté pénétré d'admiration à la vue de ton immense étendue ! Le silence mystérieux qui dans le calme plane sur tes eaux bleuâtres, tes flots roulant sans cesse vers un but inconnu, cette solitude saisissante, tout chez toi porte dans l'âme humaine un sentiment indéfinissable de crainte et de respect.

En te voyant, en égarant sur tes flots azurés mes regards étonnés, je reconnais la main toute puissante du Dieu Créateur, de cet Etre suprême qui a rempli de merveilles tes abîmes insondables !

Heureux celui qui a été témoin d'une de tes colères 1

On entend des murmures lointains, des longs gémissements ; le bruit approche, les vagues se soulèvent sous l'effort du vent et viennent se briser avec fracas sur les rochers im muables du rivage.

Le ciel, comme par enchantement, se couvre soudainement d'épais et de noirs nuages que déchirsnt d'une

lyô ETUDES ET RECITS

manière de plus en plus rapide des éclairs éblouissants. Les fils d'Ecol accourent de toutes parts, l'Océan s'irrite, mugit et bondit. Les eaux se couvrent partout d'écume, et forment ici une haute montagne, là une immense vallée ; elles se précipitent avec fureur sur la ])lage, comme pour sortir de son lit et inonder la terre entière, mais,

Pour forcer ta prison, tu fais de vains efforts, La rage de les flots expire sur tes bords.

Le ciel et la mer se choquent, se confondent ; l'Océan est ébranlé jusque dans ses plus profonds abîmes.

Malheur, malheur aux pauvres voyageurs ballottés en ce moment par tes flots en courroux !

Cependant les vents diminuent, les nuagesse dispersent, et bientôt la mer retombe dans un calme profond, et semble se reposer de ses fureurs.

La nuit sur l'Océan, lorsque le ciel est pur, et que tout semble paisible, est d'une ])oésie admirable et étonnante. La reine des nuits qui décompose sa lumière blafarde dans les eaux légèrement agitées de la mer. les milliers d'étoiles qui scintillent sur la voûte immense des cieux, astres perdus dans cette autre immensité encore plus mystérieuse et plus terrifiante, tout cela subjugue l'âme et la transporte dans les plus hautes sphères célestes.

Océan ! image, parfaite de cet autre océan beaucoup jjIus dangereux qu'on appelle le monde, qui ne pourrait t'ai lier I

Page 1