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SUR LES RUINES

A MON AMI E.-Z. MASSIC<JTTE

C'est par une belle nuit du mois d'août ; des ombres épaises s'étendent sur les champs spacieux et les forêts silencieuses ; tout est calme dans la nature.

Les étoiles brillent d'un vif éclat, et semblent, à cause de leur grand nombre, se confondre et former ainsi un vaste manteau tout brillant d'or. La reine des nuits monte lentement dans la sombre immensité des cieux ; parfois on la voit au-dessus de quelques légers nuages, parsemés çà et là sur le fond du firmament, ceux-ci ressemblent alors à de hautes montagnes couronnées de neige.

Une petite rivière fait entendre son doux murmure, et un vent léger fait rider sa surface unie, et y decom-

])ose ainsi en mille paillettes d'argent la lumière blafarde de la lune.

Les zéphyrs gémissent entre l'épais feuillage d'un bosquet dont les arbres touffus penchent tristement leur ramure vers l'onde limpide.

Non loin de là, près des eaux qui viennent expirer avec murmure sur le rivage, gisent dans une douce pénombre des débris déjà couverts d'un lierre abondant.

Rien ne parle plus à l'âme que des ruines ; elles possèdent un je ne sais quel mystérieux langage du passé qui bouleverse tout notre être, et nous dit que tout icibas doit finir.

Un homme, fatigué des agitations du monde, s'avance dans cette douce solitude et s'assied près de ces ruines. Longtemps, il les regarde ; bientôt des pleurs sillonnent ses joues creusées par la maladie et le chagrin. Soudain, d'une voix distincte, il dit ces nobles paroles : " O souvenirs de mon enfance, venez réjouir mon âme ! Venez, car je veux pleurer dans le calme de cette nnit enchanteresse sur les écarts de ma vie.

" De ces décombres argentés par les doux rayons de la lune, s'élèvent le pur parfum de mes années d'enfance, années où je connus le bonheur près d'une mère qui inculpa en moi les principes d'honneur et de religion qu'une vie agitée a malheureusement fait disparaître. J'aimais, dans cet heureux temps, à m'amuser près de l'onde murmurante et de bois ombrageux. Parfois, lorsque le soir commençait à cacher les cieux de son sombre manteau, et que le soleil jetait ses dernières étincelles, j'écoutais les sons purs et argentins de la cloche du monastère, annonçant aux gens de la campagne qu'il fallait prier.

" Oh ! que j'étais heureux alors 1 Hélas 1 maudit soit le jour où je perdis ma bonne mère ; elle était là, veil-

lant à ma conduite, me répétant à cliaqiie instant du jour les bontés de Dieu envers ses créatures, et j'étais l)ieux, j'aimais le Dieu de ma mère ! De mauvais amis me perdirent ; aujourd'hui, grcâce, j'en suis sûr, à celle qui prie 'pour moi dans le ciel, je reviens, courbé sous la honte de mes fautes, pleurer sur les lieux témoins de mon enfance.

" Oui, ruines chéries, soyez maintenant témoins de mes chagrins."

Cependant, notre voyageur ne tarda pas à être plongé dans un doux sommeil.

A son réveil, l'aurore jette ses premières lueurs ; les étoiles s'enfuient à. l'approche du jour et l'astre des nuits pâlit. Les ombres se mêlent avec le jour, mais celles-là finissent par disparaître peu à peu. L'Orient se revêt des plus riches couleurs ; tout enfin annonce le réveil grandiose de la nature.

L'étranger, avant de quitter peut-être pour toujours ce rivage enchanteur et ces ruines éloquentes, redit ces parolas : '' Adieu, vestiges chéris, adieu 1 " Et les échos de ce lieu répétèrent tristement : " Adieu."

Des larmes nombreuses coulent sur les joues du malheureux. Il part avec une force nouvelle, et un courage à toute épreuve.

O vous qui souffrez, vous qui pleurez, songez que la vie de l'homme se résume en ces trois mots : naître souffrir et mourir.

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