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SOUVENIR

Par une belle journée de printemps de i8**, je partis à la pointe du jour du village de ***, et je me rendis au sommet du mont de Saint-***. Il n'était plus nuit, comme dit le bonhomme La Fontaine, mais il n'était pas encore jour.

L'aurore fit fuir les dernières ténèbres de la nuit, et les étoiles qui scintillaient au firmament disparurent peu à peu. L'horizon était couleur de rose. L'astre brillant du jour monta lentement et sembla embraser les cieux. La nature se réveillait : les petits cris joyeux des oiseaux qui sautillaient ça et là, les fleurs qui s'épanouissaient auv doux rayons du soleil, l'air parfumé et vivifiant qui souftîait sur la campagne, tout annonçait une splendide journée.

Le zéphyr du printemps agitait les vertes et jeunes feuilles des arbres et les faisait doucement murmurer. La nature qui se déroulait à mes pieds était belle et gracieuse. Entre le mont où j'étais et la colline voisine s'étendait'un petit lac dont les eaux limpides comme le cristal étaient ondulées légèrement sous les doux zé- I)hyrs."Il ressemblait a un magnifique diadème enchâssé dans le plus pur métal.

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Parée de son moelleux manteau de verdure, la terre présentait un aspect des plus séduisants et des plus enchanteurs. En présence de ce spectacle grandiose, je priai tout bas. J'étais seul, et cette douce solitude, dans une journée si belle, était un nouveau charme jjour moi !

Cependant, le soleil s'élevait toujours plus ardent dans l'immense étendue des cieux azurés. La chaleur augmentaitr

Occupé à lire et à méditer Télémaque, je fus tout surpris d'entendre la voix argentine des cloches de mon viliage me dire qu'il était midi. Ayant apporté heureusement quelques provisions, je fis, à mon idée, un repas de roi. Car, pour moi, manger à demi-couché sur- la verdure, prés des oiseaux qui modulent, et respirer un air pur et embaumé, c'était ma plus grande joie.

L'homme a besoin de repos , le spectacle continuel des misères humaines, ces grandes et nombreuses inquiétudes qui parfois brisent une existence, le souci des affaires, les chagrins et lés déceptions de toutes sortes, tout cela a sur l'homme une influence néfaste. C'est jjourquoi une journée, un instant même passé en un lieu solitaire qu égayent une tendre verdure et les chants mélodieux des oiseaux, suffit pour donner à l'homme une force nouvelle, capable de vaincre les nombreux obstacles qui se présentent toujours dans le cours de la vie.

L'après-midi ?e passa comme le matin, tranquille et délicieux. Sur le soir, le coucher du soleil me frappa beaucoup. L'horizon semblait être embrasé ; les légers nuages répandus sur la voûte des cieux devenaient couleur de feu. Au côté oppose s'avançait la nuit aux ailes sombres. La terre, un moment, sembla s'anéantir dans un vaste incendie, et peu à peu tout retomba dans un profond silence.

Une lueur rouge, s'aff^iibllssant de plus en^plus, mar- (luait encore les derniers instants de l'astre de feu,

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lorsque je descendis du mont ; j'étais pénétré d'une grande admiration pour cette nature si belle qui exhalait un arôme printanier, et d'amour pour ce Dieu toutpuissant qui l'a faite.

Ah ! que ce Dieu qui a créé ces merveilles, qui tous les jours donne la pâture aux oisaaux et aux autres animaux, l'intelligence et le bonheur a l'homme pieux, mérite nos louanges et nos adorations I

Jamais je n'oublierai cette journée où, à mon aise, j'ai adoré Dieu et admiré ses œuvres.

Comme la nature qui se réveille plus belle et plus revissante aux jours d'un délicieux printemps, mon âme avait secoué sa tiédeur à la contemplation de ces merveilles répandues à j)rofusion sur la terre par la main toute-puissante du Roi des rois. Souvent, lorsque le malheur ou la douleur se plaît à me frapper, j a songe à ces doux instants ])assés sur lamoutagne de Saiut-***

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