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LE GRAND HOMME

La généralité des hommes vivent et meurent dans l'obscurité ; leurs actions, leurs vertus, leur vie entière est à peine connue de quelques-uns, et par suite tombe bientôt dans l'oubli. Cependant, il est des êtres qui, sortant de cette loi commune, réunissent en eux les qualités les plus brillantes et les vertus les plus aimables. Possédant l'amour du vrai et du beau, ils en apprennent les sources véritables.

Supérieurs dans les sciences et les arts, ils doivent être surtout zélés pour la religion et la patrie, bienfaisants et charitables pour la société. Ils méprisent les grandeurs humaines et les richesses, parce qu'elles sont fugitives, mais ils recherchent surtout la vraie gloire, celle que donne la vertu et la science. Ils ne vont pas d'eux-mêmes à la gloire, mais celle-ci vient à eux. Elle est la récompense d'une vie consacrée uniquement aux intérêts de la religion, de la patrie et de la société.

On donne le nom de grand homme à un être privilégié qui a reçu de Dieu les plus belles qualités de l'esprit et du cœur, et qui y correspond pleinement. Certes, l'homme de génie exerce parfois sur les individus une véritable influence, mais cela seul ne constitue pas la vraie grandeur. Le génie est une certaine aptitude que la nature a mise dans l'homme pour réussir dans une chose que d'autres entreprendraient inutile-

ment. Si l'homme de génie a des vices, C3 n'est pas un grand homme. On doit toujours juger l'homme par le cœur qui est la source des grands desseins et des nobles actions. On respecte et on aime l'homme de génie. Les méchants eux-mêmes, quoiqu'ils méprisent en apparence la sagesse de ses conseils et la sublimité de ses actions, reconnaissent cependant en eux-mêmes la sul)érionté morale de cet homme.

Voyez, dans l'antiquité, ce qu'on fait les grands hommes. Periclès, qui eut l'insigne honneur de donner son nom à son siècle, éleva sa patrie, la grande Athènes, à l'apogée de la gloire. Démosthène, le plus éloquent des orateurs, puisant ses inspirations dans le patriotisme le plus élevé et le plus pur, s'efforça de ranimer Athènes languissante et de conserver la liberté grecque menacée par Philippe, roi de Macédoine.

La philosophie de Platon, le sage de l'antiquité, fut pour les Grecs une préparation à l'Evangile. La noblesse des sentiments, un zèle ardent pour la vérité et la justice, la haute généralité de vues font de lui le plus sublime et le plus grand des philosophes païens.

Faut-il parler des vaillants défenseurs de l'Eglise chrétienne, des saint Augustin, des saint Basile, des saint Jean-Chrysostôme, des saint Jérôme, des Tertullien? Ces hommes, joignant la plus grande science à une sublime piété, sont vraiment grands.

Dans l'âge moderne, nous voyons des Turenne, des Condé, des Bossuet, des Fénelon, des Massillon, et plusieurs autres, mériter le nom sacré de grand homme. Parm les contemporains, on a déjà inscrit au livre de la gloire les noms de Montalembert, Lacordaire, Louis Veuillot, Pie IX.

La piété, alliée à la science, fait seule l'homme vraiment supérieur.

Sans la piété, on peut acquérir l'admiration parfois de tout un peuple par ses talents, son génie et sa sciçnce, mais ce n'est pas la vraie gloire, celle qui s'ap-

puie sur Dieu qui est la source de toutes choses, et ([ui, par consétiuent, donne ou retire aux hommes les talents, le génie et la science.

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