Etudes et réflexions d'un pessimiste
f M. Ilustin, qui fut, à la présidence du Sénat, !^ le chef du cabinet de Challemel-Lacour, a trouvé, dans les manuscrits dont il est dépositaire, celui delà belle étude philosophique qu'on va lire. 11 me Fa remis comme au plus respectueux disciple de ce grand écrivain, à l'éditeur de ses discours. Nous avons décidé de publier ce chef-d'œuvre inconnu. Ce sera, demain, un des chefs-d'œuvre de la penséefrançaise.
Le manuscrit des Etudes et réflexions cl un pessimiste a été, à diverses reprises, revu et augmenté par Challemel-Lacour. Telle page, qu'il avait laissée subsister dans le cahier, a été biffée ■ pour être remplacée par un développement plus riche. Des ratures, peu nombreuses assurément, mais d'encres diiïéreates, indiquent que l'auteur est revenu, à diverses époques, sur l'expression première de sa pensée.
Ceux-là seuls qui n'ont pas vécu dans l'intimité de Challemel-Lacour demanderont pourquoi il a gardé ces pages dans un tiroir. 11 dit (lu héros de son livre : « Il a toujours affiché une extrême aversion pour toute espèce do publicité.., Je ne lui ai jamais vu le moindre prosélytisme, et, s'il bataillait volontiers entre aaiis, il ne se souciait pas d'occuper le monde de ses folies. Mais était-ce mépris ou respect du public, je ne saurais le dire. Il détestait l'imprimerie, et ne croyait pas qu'en elle fût le salut de l'humanité. Au lieu de partager le juste enthousiasme que les bienfaits de cette sublime invention doivent inspirer, il la signalait comme Tè: e de la décrépitude et comme ouvrant l'ère du plus triste et du dernier des âges, l'âge du papier : « Depuis qu'on imprime, disait-il, nous ne « faisons que nous entregloser » ; et ce mot, qu'il empruntait à Montaigne, résumait tous ses dédains pour notre littérature de seconde main, pour la demi-science et la stérilité de génie que manifeste l'abondance des livres modernes.
Or, le héros de ce livre, c'est lui-même.
Certainement, Challemel aimait son œuvre, bitMi qu'il n'en ait jamais parlé à aucun de nous. C'est, peut-être, pour cela qu'il ne nous en a jamais parlé. Cet avare cachait ses trésors, ce qu'il aimait le plus. Cependant, s'il avait jugé