PREFACE
ces méditations indignes de lui^ il les aurait détruites; il ne les aurait pas conservées, prêtes pour Timpression, y revenant par intervalles, les polissant et les repolissant. Les Réfïexion:< (Cun pesfiimiste ont été écrites sous l'Empire, entre 1861 et 1869; en effet, Challemel y fait allusion à la mort de Schopenhaaer (21 septembre 1860) et il a emprunté à son manuscrit quelques phrases pour les transplanter dans la fameuse étude sur le philosophe allemand que la Revue des Deux Mondes publia le 15 mars 1870. On sait que cet article, qui était intitulé : « Un bouddhiste contemporain en Allemagne », révéla Schopenhauer à la France. Sans doute, la ( urieuse Métaphysique de f Autour avait été traduite, quelques années auparavant, dans la Revue germanique de Dollfus et Nefftzer ; et Foucher de Careil, avait publié, en 1862, un l'ssai sur Hegel et Schopenhauer. Je ne jurerais pas que le souvenir de cette commune admiration uit été tout à fait étranger au décret par lequel, Iden des années plus tard, Ghallemel-Lacour, ministre des Affaires étrangères, appela Foucher ■ de Careil, sénateur, à l'ambassade de Vienne. Mais ces premières publications n'avaient intéressé qu'un petit nombre de lettrés ; l'article de Challemel eut un autre retentissement. Challemel fut vraiment le Coloml) ([ui découvrit pour
la France le monde nouveau de Schopenhauer, cette vaste Amérique de la désespérance et du doute.
Apres avoir ainsi tàté le terrain, pourquoi Challemel n'a-t-il point publié le livre oii il développait ses propres vues sur le pessimisme? Outre la raison générale que j'ai déjà donnée, on en peut indiquer deux autres, plus particulières. La première, c'est que, peu de mois après l'apparition de son étude sur le bouddhiste de Francfort, la politique l'enleva brutalement et pour toujours à la philosophie et aux lettres. La guerre éclata, la République fut proclamée, et les soucis de la vie publique prirent tout entier ce penseur qui fut successivement préfet du Rhône, rédacteur en chef de la République françaùe, député à l'Assemblée nationale, sénateur, ambassadeur à Berne et à Londres, ministre des Affaires étrangères, président du Sénat. Je serais, d'ailleurs, disposé à croire qu'il s'inquiéta des conséquences qu'avaient eues pour la France la révélalion qu'il avait faite de Schopenhauer et que le livre de M. Th. Ribot avait précisée. lie pessimisme devint, pendant plusieurs années, une mode. Celle mode n'était pas que ridicule; s'il était plaisant de voir de jeunes et jolies femmes, élégantes et amoureuses, se pâmer an nom (hi vieux misogyne, le mal fut