Discours de réception de M. de Tocqneyille
qui ramenèrent la maison de Bourbon en France; son patriotisme y applaudit.
Les peuples ne s'identifient à une dynastie que pour leur gloire et pour leur intérêt propres. « C'est un grand bien, dit Bossuet dans sa langue incomparable, que le gouvernement devienne aisé; qu'il se perpétue par les mêmes lois qui perpétuent le genre humain, et qu'il aille, pour ainsi dire, avec la nature. » C'est par son intelligente fidélité à ces grandes lois, Messieurs, que, durant un long cours de siècles, la France a conquis sa place au premier rang des nations modernes. Aucune famille royale à son tour n'acquitta sa dette envers un peuple dans des circonstances plus solennelles et plus mémorables.
La scène du monde changea subitement; un vaste camp redevint une société politique et régulièrement maîtresse d'elle-même. L'aigle de la guerre replia ses ailes; le géiiie de la liberté déploya les siennes. Contenir les passions, les ressentiments et quelquefois même le zèle; résister aux exigences impétueuses et contradictoires; dissiper les préjugés; traiter avec les souverains, ennemis encore sous le nom d'alliés : telle fut l'œuvre de princes qui n'avaient que leur antique prestige pour bouclier etpourépée; telle fut la tache d'un pouvoir pour lequel l'heure des adversités hâte l'heure de la justice.
Mais la- France est prompte et fîère sur tous les champs de bataille. Les combats de la pensée la séduisirent et l'enivrèrent. L'indépendance et la sécurité enfantèrent bientôt les dissentiments. Était-ce le malheur ou la faute d'un seul parti? Non, c'est le tribut
trop ordinaire de notre infirmité. Les plus forts n'y échappent qu'à grand'peine, et ceux auxquels rien ne pourrait nuire se nuisent à eux-mêmes. Cependant les sociétés vivent, marchent et souvent même se fortifient à travers ces vicissitudes. C'est que la raison, toujours contrariée, n'est jamais qu'incomplètement et momentanément vaincue. C'est que deux mouvements existent en politique comme en astronomie ; l'un s'accomplit dans le cycle des jours, l'autre dans le cycle des années. L'homme d'État ne les prend pas l'un pour l'autre ; il ne confond pas les accidents éphémères et les faits à longue portée ; il démêle promptement et sûrement ce qui est passager de ce qui est durable, ce qui est praticable de ce qui est impossible ; il subit les obstacles et il les combat comme des entraves, non comme des ennemis; calme, même envers ceux qui ne le sont pas, il garde son ardeur pour sa cause, et rougirait de la dépenser pour sa personne.
Tel fut l'un des premiers et l'un des plus nobles conseillers de la Restauration, le duc de Richelieu, en qui « l'honnête homme, selon l'heureuse expression de M. Villemain, soutenait et agrandissait l'homme d'État*. » Les amertumes ne furent point épargnées à ce vrai citoyen ; mais ce sera un honneur insigne devant la postérité d'avoir été l'auxiliaire de l'homme qui comprit le mieux et fit le mieux comprendre la mission élevée et réconcilia Irice de la Restauration. M. Mole appartenait déjà à la chambre