M. de Tocqueville
Études et SouTenirs. 10
périence politique Tavait rendu attentif aux penchants et aux directions du goût, en achevant de lui démontrer que là était, pour la société, le germe trop souvent négligé par elle de Tamélioration ou de la décadence morale. Croyant rencontrer, dans le personnage fictif d'un roman célèbre, le dénigrement de Tadmiration, il s'en plaignait en ces termes : « C'est par l'admiration que l'homme se console de ne pas égaler ce qui le surpasse. Elle le porte à imiter tout ce que, sans elle, peut-être, il n'aurait su qu'envier *. »
Naturellement conduit, en accueillant l'un d'entre vous ^, à prononcer les noms les plus illustres de lart, il s'écriait : « C'est une source abondante d'inspirations que Thonnêteté du cœur, que le désintéressement de la vie. L'artiste ou l'écrivain n'ont, après tout, qu*eux-mémes à confier à leur pinceau ou à leur plume. On ne puise qu'en soi-même, quoi qu'on fasse, et Ton ne met que son âme ou sa vie sur la toile ou dans ses écrits. »
Peu d'années s'écoulèrent et M. Mole fut hâtivement appelé à reprendre le gouvernail des affaires. Mais c'était l'heure des tempêtes et le gouvernail n^apparienait plus à personne.
La catastrophe du 24 février conserva cependant un caractère qui fit le salut de la France et qui sera signalé dans l'histoire : les opinions et les personnes demeurèrent libres. A côté d'un vif désir d'intimider, apparut et prévalut le respect de la loi. Dès les pre-