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Discours prpnoncé au nom de l'Académie française

étud«i et SoaTenirs. *'

en regard de tous les spectacles cootemporains. La sympathie de TAcadémie française pour une telle fête ne pouvait être douteuse; la reconnaissance de ceux que vous voulez bien accueillir comme ses représentants est profonde.

Le nom de Hotrou compte parmi les noms que le temps consacre et que la comparaison grandit. Les titres d'une nation ne se tracent pas seulement sur le parchemin, ils s'écrivent aussi sur le marbre et sur le bronze. Ses statues, ses monuments publics doivent être le résumé populaire, la tradition toujours présente de son histoire et, de génération en génération, un puissant appel à Fintelligence, à la vertu, au patriotisme. Rarement cet hommage aura été mieux justifié qu'aujourd'hui.

On dirait que le génie de la France s'y est pris à deux fois pour produire l'auteur du Ctrfet qu'il s'est essayé sur Rotrou avant de nous donner Corneille.

Né trois ans après notre grand tragique, Rotrou fut cependant, par la précocité de son talent, le prédécesseur et l'initiateur de Corneille dans l'art de représenter les nobles passions, les caractères et les sentiments héroïques.

Dès l'âge de dix-neuf ans, il débuta dans une tragicomédie qui obtint à Thôtcl de Bourgogne un grand succès. S inspirant du théâtre espagnol et du théâtre grec, empruntant ses modèles tantôt à la chevalerie, tantôt à Tantiquité, il ne trouvait à la hauteur de sa généreuse nature que les mœurs souverainement empreintes de dignilc et d'indépendance. Corneille, qui suivit bientôt la même voie, l'appelait son père ; en

réalité, Rotrou fut tour à tour maître et disciple, et toujours ami.

Le cardinal de Richelieu, qui d'une main contenait ou limitait Tempire d'Allemagne, savait de Tautre étendre et con6rmer Tempire des lettres.

Rotrou et Corneille furent les premiers qu'il appela dans un cercle intime et littéraire, ou le ministre-roi apportait autant d'assiduité et d'attention que dans les plus importants conseils de la politique. Ni l'ambition, si près du pouvoir, ni la jalousie, si près de la rivalité, n'altérèrent jamais la touchante amitié des deux poètes

Racine était trop jeune pour y prendre sa part; mais Rotrou eut, du moins, cet insigne privilège que son récit du combat d'Étéocle et de Polynice* demeura, durant plusieurs représentations, intercalé dans les Frères ennemis de Racine, qui désespérait de le surpasser. Venceslas et Saint-Genest sont restés au théâtre. Grâce à de fidèles admirateurs, en même temps habiles interprètes, vous allez en juger tout à l'heure; vous allez faire revivre une de ces soirées où se plaisaient tant nos pères, et vous aurez bien opportunément consolé ce vieux répertoire français qu'applaudissait encore, au commencement du siècle, un parterre de rois.

C'en serait assez. Messieurs, pour Thonneur de votre compatriote et pour l'éclat de cette journée; mais Rotrou se signala par d'autres mérites, auxquels vous n'êtes pas moins sensibles : les mérites du citoyen.

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