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Quelles que fusseat les séductions qui pouvaient le retenir à Paris, Rotrou garda toujours au suprême degré l'affection au pays natal, et vos pères l'en récompensaient en lui confiant la première magistrature de la cité. Pour elle, il nous a privés de Thonneur de le compter, avec votre compatriote Godeau, évèque de Grasse, parmi les ancêtres de TÂcadémie française, Tarticle de nos règlements sur la résidence paraissant à sa conscience scrupuleuse incompatible avec ses fonctions à Dreux qu'il ne voulait sacrifier à aucun prix. Il se trouvait à Paris, cependant, lorsque éclata cette épidémie de fièvre pourprée qui exerça dans votre pays de si cruels ravages. Mais à la première nouvelle du danger, se dérobant aux charmes des plus illustres amitiés, aux enivrements d'une renommée encore jeune et déjà incontestée, il quitta tout et répondit simplement à ceux qui voulaient 'arrêter : « Qui de vous peut me promettre une plus belle occasion de mourir? » 11 revint en hâte, prompt à se dévouer, comme un homme qui aime et qui croit.
Ce n'est pas dans un tel moment et dans de telles résolutions qu'on pouvait oublier Corneille. L'auteur de Saint- Genest écrit à l'auteur de Polyeucte combien il se félicite, prêta paraître devant Dieu, d'avoir toujours rendu à la poésie un culte qui ne fut ni corrompu ni corrupteur *. Puis, avec la sérénité du vrai courage, il presse, il organise, il multiplie tous les genres de secours. Sa prévoyance, son énergie domptent le
1. Dreux ancien et Dreux nouveau ^ par L.-T. Crétien, grtiid in-8, p. 117.
fléau et vont le faire reculer. Mais le coup qu'il détourne de ses concitoyens le frappe lui-même, et, Tictime volontaire, il succombe, à peine âgé de quarante ans. 11 succombe en digne fils de ce dixseptième siècle, où la grandeur de la morl couronnait si naturellement la grandeur de la vie. Rotrou avait dit, par la bouche d'un de ses personnages :
Ma flamme a consumé ce qu*elle avail d'impur*.
Ce beau vers pourrait servir de devise à la plupart des existences de cette époque où la jeunesse, quelle que fût Tardeur de ses emportements, conduisait si vite à une grave maturité ; où les femmes les plus brillantes abritaient, sous le voile à jamais baissé d'une austère retraite, des années encore pleines de séductions ; où les hommes les plus mêlés aux agitations de leur temps n'y perdaient pas la faculté de se recueillir; où beaucoup, sans attendre les leçons de la vieillesse, ne voulaient plus garder avec le monde d'autres liens que ceux qui sont aussi des liens avec l'éternité : l'étude et la prière. C'est là ce qui demeure un des traits caractéristiques de ce siècle, juste orgueil de l'esprit- français et l'une des gloires de l'esprit humain.
A cette époque, les écrivains plaçaient leur but, les lecteurs leur estime, et presque tous leurs règles, dans les plus hautes régions de l'ordre moral. Ils savaient allier dans une harmonie, dont le christianisme seul a le secret, la fierté de l'âme et Thumilité