‹ Études et souvenirsChapitre 5 sur 36 · CCL3LXIV» DÉPESCHE · texte numérisé non relu

CCL3LXIV» DÉPESCHE

Du xiiij* jour de septembre 1572. Au Rot.

Elle s'est advancée dix ou douze pas pour me recepvoir,

3S ÉTUDES BT SOUVENIRS.

avec une triste et sérère, mais toutjours fort humayne iaçon ; el m' ayant mené à une fenestre à part, après s'eslre ung peu excusée du dellay de mon audience, elle m'a demandé s'il estoit possible qu'elle peust ouyr de si estranges nouvelles, comme on les publioil, d'ung prince qu'elle aymoit et honoroit, et auquel elle avoit mis plus de fiance qu*en tout le reste du monde.

Je luy ay respondu, Sire, qu'à la vérité je me venois condouloyr inûnyement avec elle, de la part de Vostre Migesté, d*ung extrême et bieng lamentable acddant, où vous aviei esté contrainct de passer, au plus grand regrel que de chose qui vous fust advenue despuis que vous estiez né an monde. Et luy ay racompté par ordre, tout le faict, sellon l'instruction que j'en avoys ; adjouzlant aulcuns advertissementz que j*ay eslimé bien nécessayres pour luy fère toucher que, par l'apréhension de deux extrêmes dangers, qui estoient si soubdeins qu'il ne vous avoit resté une heure entière de bon loysir pour les remédier, et dont l'ung estoit de vostre propre vye et de celle de la Royne, vostre mère, et de messeigneurs voz frères, et l'autre d'un inévitable recommancement de troubles, pires que les passez, vous aviez esté conlreinct, à vostre plus que mortel déplaysir, non-seulement de n'empescher, mais de laysser exécuter, en la vie de monsieur l'Amiral et des siens, ce qu'ils préparoient en la vostre, et courre sur eulx la sédition qui leur estoit déjà dressée, après toutesfois n'avoyr obmis ung seul office de bon Roy envers son subject, nul de cordial seigneur et maislre envers son bien aymé serviteur, que vous ne les heussiez toulz rendus à monsieur l'Amiral en sa blesseure, comme s'il heùt esté vostre propre fîrère ; et aviez encores auparavant faicl vers luy et vers ceulx de la nouvelle religion mille sortes de faveurs et de bon enlretenement, de sorte que vous vous condoliés davantage avec elle de la perverse intention et horrible ingratitude qu'ilz avoient uzée vers vous ; de quoy aulcuns d'eux, premier que de mourir, avoient confessé qu*ilz estoient justement punis pour avoir conjuré contre leur prince naturel ; flnablement, que vous vous condoliez d'avoir esté contreinct de vous laysser couper un bras pour saulver le reste du corps, et que vous vous assuriez. Sire, qu'elle auroit douleur de cestuy vostre accidant, et ayderoit, en tout ce qu'elle pourroit, de vous en relever et de modérer vostre regrect...

Elle soubdein m'a réplicqué qu'elle creignoit bien fort que ceux qui vous avoieiit faict abandonner voz naturelz subjectz.

vous feroienl bien délaysser une telle bonne amye, estrangère comme elle vous esioit, et que la promesse et sèrement que luy aviez faict de vostre amilyé ne fussent assez sufflzanl rempart contre leurs persuasions; loutesfoys qu'elle me promectoit d'accomplir vers Yostre Majesté tout ce dont je Tavoys requise, et vous prioit que, pour Tamour d'elle, vous voulussiez aussi fére deux choses qui serviroient à vostre justiffîcalion ; l'une, d'esclaircir de mesmes les aultres princes et polentatz de la Chrestienté, de Foccasion que vous avez heue contre ceulx-cy, afdn qu'ilz demeurent bien édifiiez que ce n'a esté nullement de vostre costé que la foy et promesse ont commancé de se rompre; la segonde, que vous mainteniez à ceulx de la nouvelle re- Lgioii qui n'ont esté de la conspiration, vostre édict, et que les rassuriez de l'espouvantement qu'ilz ont pour cest accidant de Paris ; et qu'elle trouvoit bon que je tinsse à ceulx de son conseil les semblables propos que j'avoys faict à elle, parce qu'on parloit fort estrangement de ce qui estoit advenu, et que ses subjects estimoient de ne pouvoir plus trouver de seurté ny en vous ny en vostre royaulme ; et qu'il y en avoit qui ozoient dire que les mariages qu'on avoit mis en avant avoient esté projectez pour dresser une semblable partie en Angleterre.

Je luy ay respondu que la considération de l'amityé et de la confédération d'entre Voz Majestez estoit chose de telle importance, qu'il n'y avoit celluy qui vous ozast jamais conseiller de vous en départir. Et, quand aux choses qu'elle vous requéroit, j'estimois que vous les accompliriez entièrement, sellon que je pouvois cognoistre que vostre intention n'en estoit éloignée, et que vous inclineriez tousjours fort volontiers à ses honnestes conseilz qu'elle vous donneroit, et qu'au reste je sçavois qu'il n'y avoit rien qui ne fust très sincère au pourchas de son mariage, ayant receu de vos lettres, du jour auparavant la blessure de monsieur l'Amiral, par lesquelles Vostre Majesté et la Royne vostre mère, et monseigneur le Duc, m'en fesiez la plus honnorable et expresse mencion du monde

CCLXXV DEPESCHE.

Du xxix" jour de septembre 1572.

Je luy ay réplicqué, quand au doubte qu'elle faysoit de

la conspiration, que nul ne devoit mettre en difficulté qu'elle

Étadet et Souveoiri. 3

Q*eust esté clèrement advérée àVozMaj estez et aulx vostres premier qir*eussiez lasché la mein contre les conspirateurs ; et que si heust esté de quelques aultres qu'on vous la heust rapportée, vous heussiez par advanture mesprisé Tavis, ou heussiez mis peyne de le remédier aullrement ; mais considérant que c*estoit de gens qui estoient merveilleusement promptz à la mein, hazardeuz Jusques au bout, qui ne layssoient rien de si difficile qu'ilz n*enlreprinsent, etsouvant ung petit nombre d*eulx avoit surprins de grandes villes» et s'estoienl rendus mestres d*ung infîni nombre de peuple; qui par leurs consistoires et monopoles avoient dressé une si grande monarchie à part pour eulx, dans vostre royaume, que le feu Amiral se vantoit de pouvoir mettre en ung subit trente mille hommes de pied et quatre mille chevaux en campaigne ; et ne leur pouvoit si tost passer une bien petite mouche devant les yeulx qu'incontinent ilz ne retournassent, avec la plus grande impacience du monde, à leur habitude accoustumée de vouloir tout renverser par les armes, sans faire non plus de difficulté de s'attaquer à vousmeames, qui estiez leur Roy, que feroit ung quéréleux de desgainer son espée contre son compagnon, vous ne pouviez, Sire, après leur, avoir excusé les dix ans de troubles passés, et la ruyne de tant de vos villes et pays qu'ilz avoient mis en désolation en vostre royaulme, et les armées étrangères qu'ilz y avoient introduites, et l'épuisement de voz finances, et les inflnys debtes où ilz vous avoient constitué, sinon louer et remercyer infinyement Nostre Seigneur de vous avoir meintenant deliivré de la malheureuse conspiration, par laquelle, pour revencher la blessure du feu Amiral, dont vous ne pouviez mais, et en estiez très-marry, et leur en vouliez fère avoyr la plus prompte réparation que faire se pouvoit, ilz vous vouloient, et toutz les vostres, mettre misérablement à mort, de sorte que vous hayssiez encores ceulx qui estoient exécutés, et aviez en très grand hayne ceulx qui restoient encores en vye de la dicte conspiration.....

Nous n'avons pointvoulu interrompre ce récit, dont la fidélité s'atteste par son propre caractère, en dehors de ]a position même de son auteur ; cependant, pour ceux auxquels cette démonstration ne paraîtrait pas déjà surabondante, nous voulons citer une seule

LA SAlNT-BARTHÉLEMY. 35

des dépêches de Charles IX à son ambassadeur, qui prouve les tergiversatioas de ce prince et de la reine dans le courant même de l'action ; tergiversations qui révèlent encore sous un nouveau jour le défaut d'un plan mûrement combiné et dont nous retrouverons la trace dans toutes les pièces officielles qui nous

restent à examiner.

cxvm*.

Le Roy à M. de la Mothe-Fénelon,

Du xxv« jour d'aousl 1572.

Monsieur de la Mothe-Fénelon, je vous feis hyer une despesche de Témotion qui advint dès le matin, qui continua hyer, et qui véritablement, à mon très-grand regret, n*est encore apaysée ; mais, pour ce que Ton a commencé à descouvrir la conspiration que ceux de la religion prétandue réformée avoient faicte contre moy-mesmes, ma mère et mes frères, vous ne parlerez poinct des particuUarilez de la dicte émotion et de Voccasion, jusques à ce que vous ayez plus amplement et certainement de mes nouvelles ; car j*espère, dedans aujourd*huy au soir ou demain matin, avoir esdaircy le tout, et vous manderay aussitost la vérité, ayant ad visé vous despescher ce courrier en toute diligence, priant Dieu, monsieur de la Mothe- Fénelon, vous avoir en sa saincte garde.

Escript à Paris, le lundy xxv« jour d'aoust 1572.

N'envoyez pas au sieur Du Croc les dernières lettres que je lui escripvois de la dicte émotion, et que je voua mandois luy faire tenir, pour ce que je luy en ferai demain, comme à vous, une bien ample.

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