‹ Études et souvenirsChapitre 24 sur 34 · VIU · texte numérisé non relu

VIU

Le remède n'est donc pas là. Il n'est pas non plus os les emprunts gigantesques. De pareils moyens at ceux de Tempirisme, et ils ont plus de chances aboutir à l'ébranlement qu'à la restauration de la i^une publique.

Au jugement des hommes les plus experts en paille matière, le remède serait un droit transitoire modéré, qui donnerait au gouvernement le temps étudier les économies les plus opportunes et de proder àla diminution des charges les plus onéreuses. ' bas prix des céréales sera un bienfait, quand il sultera d'une baisse équivalente dans les frais de oduction. C'est à cette condition seulement que ûtérét de la campagne sera satisfait en même temps le l'intérêt de la ville ; c'est ainsi que l'innovation •rdra le caractère et le péril d'une aventure ; c'est lisi que l'agriculteur n'aura point à s'affliger de ce *i réjouira l'ouvrier, et que le gouvernement pourra applaudir d'avoir accompli sa vér'\Va\Ae vc\\ss\qw^

c'est-à-dire d'avoir concilié les diverses classes et divers intérêts par le développement d'une p rité commune.

Le remède est encore dans une politique étrange mieux conduite.

La France est un pays privilégié entre tous autres et riche des dons naturels les plus enviabl Son intelligence a la clarté, l'activité, l'énergie; sol a la variété et la fécondité; son climat, ladoaceaf^ et la splendeur. De grands fleuves la traversent; àm^ chaînes de montagnes la protègent. Elle touche ar' continent par de larges frontières et elle possède c» ' même temps d'admirables ports sur deux mers. Riei ^ ne lui manque pour se suffire à elle-même. Tout l'ifi^ ^ vite à se lancer dans les plus vastes entreprises, sai ' la Méditerranée, sur l'Océan, et à nouer les pi utiles alliances avec les grands États européens. Mai en même temps et par un inévitable retour df*-* choses d'ici-bas, elle est vulnérable par tous les poini où elle est puissante; une guerre maritime peutW fermer les mers; une guerre continentale peut attire! TEurope coalisée dans sa capitale. Elle doit doncètn aussi prudente que hardie et aussi prévoyante en éco* nomie politique qu'en diplomatie ; elle ne doit liTftf ' à personne ni la clef de ses frontières ni la clef i« ses greniers.

Et ici, qu'on me permette un rapide coup d'œilsuf l'ensemble de la situation qui nous est faite depuis un certain nombre d'années.

Au dedans, nous sommes loin du point de départ de TEmpire. 11 s'était promis à lui-même et il oousj

avait promis la réconciliation des partis par l'apaisement des passions, par la paix, par l'évidence de la prospérité publique : les passions ne se sont point apaisées; les partis sont plus injuriés, plus suspects et plus traqués que jamais; de vives dissidences religieuses, qui s'étaient calmées naguère dans le droit commun et la liberté, se sont ravivées et s'ajoutent aux dissidences politiques; les libertés modestes contenues dans la constitution sont trop souvent mal comprises ou niées par l'administration ; le commerce ne se plaint pas moins que l'agriculture, et les ouvriers de nos grandes villes sont encore plus pressants dans leurs doléances que les agriculteurs de nos campagnes.

Au dehors, nous ne sommes plus les protecteurs de l'Orient : notre apparition de 185S s'est évanouie comme un brillant météore ; l'empire ottoman a été admis dans le concert des grandes puissances européennes; nous avons campé sur les plages ensanglantées de la Syrie, et nous n'y avons ramené ni la justice ni l'indépendance ; la Grèce nous implore, et nous la renvoyons à la clémence du sultan ; les provinces danubiennes avaient un chef qui passait pour notre créature, il a été violemment expulsé et remplacé par un client de M. de Bismarck. Nous ne sommes plus sans rivaux dans la Méditerranée : Tltalie est devenue, par notre seule volonté, une puissance unitaire et une puissance maritime ; Gênes et Livourne peuvent menacer demain Toulon et Marseille ; Venise, Naples, Messine et Palerme peuvent, au premier mot d'ordre, venir croiser devant X.V^^\ ^wv^

renforcer une escadre anglaise. Nous ne sommes p plus que timidement les civilisateurs de l'Algérie 11 et nous appelons la nationalité arabe à Taide de notre \\i colonie restreinte et peut-être découragée. Nous nous détournons de la Pologne en deuil. Nous ne sommes plus les protecteurs de la Confédération germanique: \f nous avons laissé mutiler le Danemark^ dernier sol- Vl dat du premier empire, et nous laissons absorber la [n Saxe, amie de la France de tous les temps. Nous ne sommes plus les alliés de l'Amérique qui avait gardé si fidèle mémoire de Louis XVI : nous avons blessé It les États du Nord sans faire triompher les États du h Sud, et nous voyons aujourd'hui les successeurs de Washington briguer, à nos dépens, l'alliance de la Russie. Nous ne sommes plus les fondateurs et les garants de la civilisation latine au Mexique. Nous ne sommes plus, dans toute l'étendue de la chrétienté, les promoteurs et les patrons de l'assistance affectueuse du malade et du pauvre : en détruisant le conseil général des conférences de Saint- Vincent de Paul, nous avons brisé nous-mêmes entre nos mains la couronne de la charité. Nous ne sommes plus les héritiers de Gharlemagne auprès du Saint-Siège, les fils aînés de rÉglise, le bras armé de l'indépendance des souverains pontifes. Un attentat, qui a pris sa place dans les Causes célèbres, nous présente le cruel spectacle d'une victime froidement et lentement épiée par son meurtrier. Tout avait été préparé à petit bruit et à petits coups; les serrures avaient été enlevées; une fenêtre avait été ouverte pour donner le change sur le criminel ; les cordons de sonnette avaient été cou-

pés, et, quand la justice vint constater l'état du cadavre, elle vit des traces de mains sanglantes sur les tentures et sur les boiseries où la victime s'était vainement épuisée à chercher un secours qu'on lui avait enlevé d'avance. Cette victime aujourd'hui, c'est Pie IX, en face d'un odieux complot qui, occupant d'avance toutes les issues, a pris ses mesures pour écarter tous les secours et étouffer tous les cris.

Enfin nous avons cessé d'être, en Europe, les initiateurs et les propagateurs de ce grand libéralisme chrétien qui avait éveillé de si nobles espérances. Si nous allions cesser d'être une puissance agricole, si nous cessions d'être nous-mêmes les producteurs et les dispensateurs de notre existence matérielle, quelle responsabilité ne pèserait pas sur la nation qui n'aurait pas élevé la voix ou sur le gouvernement qui aurait refusé de l'entendre !

■ ..-.tj

Page 1