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Discours prononcé au nom de T Académie ir9LU<^^À

Études et SouveoirSé ^

en regard de tous les spectacles contemporains. U sympathie de l'Académie française pour une telle fête ne pouvait être douteuse ; la reconnaissance de ceux que vous voulez bien accueillir comme ses représentants est profonde.

Le nom de Rotrou compte parmi les noms qoe le temps consacre et que la comparaison grandit Les titres d'une nation ne se tracent pas seulement! sur le parchemin, ils s'écrivent aussi sur le marbre et sur le bronze. Ses statues, ses monuments publics doivent être le résumé populaire, la tradition toujours présente de son histoire et, de génération en génération^ un puissant appel à l'intelligence, à la vertu, au patriotisme. Rarement cet hommage aura été mieux justifié qu'aujourd'hui.

On dirait que le génie de la France s'y est pris à deux fois pour produire l'auteur du Cidel qu'il s'est essayé sur Rotrou avant de nous donner Corneille.

Né trois ans après notre grand tragique, Rotrou fut cependant, par la précocité de son talent, le prédécesseur et l'initiateur de Corneille dans l'art de représenter les nobles passions, les caractères et les sentiments héroïques.

Dès l'âge de dix-neuf ans, il débuta dans une tragicomédie qui obtint à l'hôtel de Rourgogne on grand succès. S'inspirant du théâtre espagnol et du théâtre grec, empruntant ses modèles tantôt à la chevalerie, tantôt à l'antiquité, il ne trouvait à la hauteur de sa généreuse nature que les mœurs souverainement empreintes de dignité et d'indépendance. Corneille, qui suivit bientôt la même voie, l'appelait son père ; en

réalité, Rotrou fut tour à tour maître et disciple, et toujours ami.

Le cardinal de Richelieu, qui d'une main contenait ou limitait l'empire d'Allemagne, savait de l'autre étendre et confirmer l'empire des lettres.

Rotrou et Corneille furent les premiers qu'il appela dans un cercle intime et littéraire, où le ministre-roi apportait autant d'assiduité et d'attention que dans les plus importants conseils de la politique. Ni l'ambition, si près du pouvoir, ni la jalousie, si près de la rivalité, n'altérèrent jamais la touchante amitié des deux poètes

Racine était trop jeune pour y prendre sa part; mais Rotrou eut, du moins, cet insigne privilège que son récit du combat d'Étéocle et de Polynice^ demeura, durant plusieurs représentations, intercalé dans les Frères ennemis de Racine, qui désespérait de le surpasser. Venceslas et Saint-Genest sont restés au théâtre. Grâce à de fidèles admirateurs, en même temps habiles interprètes, vous allez en juger tout à l'heure; vous allez faire revivre une de ces soirées où se plaisaient tant nos pères, et vous aurez bien opportunément consolé ce vieux répertoire français qu'applaudissait encore, au commencement du siècle, un parterre de rois.

C'en serait assez. Messieurs, pour Thonneur de votre compatriote et pour l'éclat de cette journée ; mais Rotrou se signala par d'autres mérites, auxquels vous n'êtes pas moins sensibles : les mérites du citoyen.

1 Dans Antlgone.

Quelles que fussent les séductions qui pouvaient le I retenir à Paris, Rotrou garda toujours au suprême degré l'affection au pays natal, et vos pères l'en récompensaient en lui confiant la première magistrature de la cité. Pour elle, il nous a privés de l'honneur de le compter, avec votre compatriote Godeau, évêque de Grasse, parmi les ancêtres de F Académie française, l'article de nos règlements sur la résidence paraissant à sa conscience scrupuleuse incompatible avec ses fonctions à Dreux qu'il ne voulait sacrifier à aucun prix. 11 se trouvait à Paris, cependant, lorsque éclata cette épidémie de fièvre pourprée qui exerça dans votre pays de si cruels ravages. Mais à la première nouvelle du danger, se dérobant aux charmes des plus illustres amitiés, aux enivrements d'une renommée encore jeune et déjà incontestée, il quitta tout et répondit simplement à ceux qui voulaient l'arrêter : « Qui de vous peut me promettre une plus belle occasion de mourir? » 11 revint en hâte, prompt à se dévouer, conime un homme qui aime et qui croit.

Ce n'est pas dans un tel moment et dans de telles résolutions qu'on pouvait oublier Corneille. L'auteur de Saint'Genest écrit à Fauteur de Polyeucte combien il se félicite, prêt à paraître devant Dieu, d'avoir toujours rendu à la poésie un culte qui ne fut ni corrompu ni corrupteur *. Puis, avec la sérénité du vrai courage, il presse, il organise, il multiplie tous les genres de secours. Sa prévoyance, son énergie domptent le ,

1. Dreux ancien et Dreux nouveau, par L,-T. Crétien, graad m-%, p. 117.

fléau et vont le faire reculer. Mais le coup qu'il détourne de ses concitoyens le frappe lui-même, et, victime volontaire, il succombe, à peine âgé de quarante ans. 11 succombe en digne fils de ce dixseptième siècle, où la grandeur de la mort couronnait si naturellement la grandeur de la vie. Rotrou avait dit, par la bouche d'un de ses personnages :

Ma flamme a consumé ce qu'elle avait d'impur*.

Ce beau vers pourrait servir de devise à la plupart des existences de cette époque où la jeunesse, quelle que fût l'ardeur de ses emportements, conduisait si vite à une grave maturité ; où les femmes les plus brillantes abritaient, sous le voile à jamais baissé d'une austère retraite, des années encore pleines de séductions ; où les hommes les plus mêlés aux agitations de leur temps n'y perdaient pas la faculté de se recueillir; où beaucoup, sans attendre les leçons de la vieillesse, ne voulaient plus garder avec le monde d'autres liens que ceux qui sont aussi des liens avec l'éternité : l'étude et la prière. C'est là ce qui demeure un des traits caractéristiques de ce siècle, juste orgueil de l'esprit français et l'une des gloires de l'esprit humain.

A cette époque, les écrivains plaçaient leur but, les lecteurs leur estime, et presque tous leurs règles, dans les plus hautes régions de l'ordre moral. Ils savaient allier dans une harmonie, dont le christianisme seul a le secret, la fierté de l'âme et l'humilité

J. VenceslaSf acte U, scène ii.

du cœur; ils n'affranchissaient ni leur imagination ni leur vie des lois de la raison, du bon sens et du bon goût. C'est par là que ce siècle a conquis, c'est parla qu'il garde une place à part entre tous les siècles; c'est par là que les hommes même qui ont paru n'y occuper que le second rang sont élevés au premier par le suffrage d'une postérité respectueuse et reconnaissante.

Vous avez donc fait, Messieurs, un acte de judicieux patriotisme, quand, au milieu de tous les hommes distingués à qui Dreux a donné naissance, vous avez voulu honorer particulièrement Rotrou; vous avez bien choisi votre héros et votre jour; vous aTei vous-mêmes mérité la gratitude publique, en rappelant par ce grand modèle aux hommes de bien ce qu'ils doivent aux lettres, aux hommes de lettres ce qu'ils doivent au bien.

AGADiMIB FRANÇAISE

Messieurs,

Passer de Téloquence à la vertu, ce n'est pas déchoir. Prendre la parole après M. Villemain est assurément un honneur redoutable ; mais parler de belles actions à côté des nobles pensées est chose naturelle. C'est cette alliance même qu'a comprise et qu'a voulu consacrer M. de Montyon. C'est par là que son généreux testament, qui fait loi pour l'Académie, a conquis aussi une grande place dans l'estime publique et donne lieu, d'année en année, à un concours étendu et sérieux.

Quelquefois cependant on s'est étonné que la mission de décerner des prix de vertu ait été confiée à une compagnie littéraire. Beaucoup d'apologies ont répondu à beaucoup de critiques, et les apologies paraissent avoir triomphé. Arrivant trop tard pour prendre part au débat, je me bornerai donc à expliquer en peu de mots comment, a \xvoxi ^^\ï5»^\^-

pinion a définitivement sanctionné la pensée aussi intelligente que magnifique de l'illustre bienfaiteur. Constatons d'abord que l'Académie n'a point à couronner les grandes vertus sociales. L'armée, l'administration, l'industrie, le clergé, dans leur ensemble, échappent à notre juridiction. La vertu militaire, la vertu civile, la vertu chrétienne, C€s trois éléments fondamentaux de toute société florissante, ont leur cadre régulier, leur hiérarchie et leurs travaux au sein même de la nation. L'accomplissement de tous les grands devoirs publics reçoit le nom de vertu, et il a bien le droit de le porter. La gloire récompense une armée dans un seul jour, et quelquefois dans un seul homme ; mais ce jour et cet homme ne naîtraient point s'iln'y avait, de longue main préparée, une foule de soldats oubliés de l'histoire, qui ont tout immolé d'avance à cette journée impatiemment attendue, à ce général héroïquement obéi. Une armée, c'est l'élite d'un peuple qui répond : Voici mon sang, à qui lui dit : Voici le devoir. Un homme d'État, un administrateur, se fait un grand nom quand il réussit dans une grande œuvre ; mais que de collaborateurs inconnus ont mis leur intelligence, leur assiduité, leur santé dans ce nom qui ne les résume qu'en les absorbant ! Le fabricant qui invente ou qui perfectionne, l'industriel qui vient sous l'œil des souverains recevoir une récompense et des applaudissements justement mérités, ne pourrait pas plus se passer du dévouement de l'obscur ouvrier que Touvriep luimême ne pourrait, dans une aveugle et fatale jalousie, se substituer à l'inventeur ou au eai^llaUste ; et cette

innombrable milice du sacerdoce chrétien, le prêtre qui enseigne et prie dans le sanctuaire, la sœur de Saint- Vincent de Paul qui veille et s'épuise dans les hôpitaux, les apôtres de nos missions lointaines, ces exilés volontaires à la recherche du martyre, tous ceux-là, ouvriers, prêtres et soldats, ce sont les premiers et vrais représentants de la vertu dans un grand peuple. Les uns gravent leur souvenir dans Thistoire ou dans la reconnaissance populaire, les autres inscrivent leur blason dans le ciel : aucun d'eux ne nous a été légué par M. de Montyon.

Sa pensée, tout élevée qu'elle ait été, ne vise point à cette hauteur. Elle ne pouvait avoir en vue que les traits de dévouement isolés et spontanés. Pourtant, on ne lui rendrait pas pleine justice si on la croyait dépourvue d'une véritable utilité sociale. Cette pensée, c'était d'inviter une fois par an les lettres et les vertus à renouveler, sous les auspices d'une publicité solennelle, leur antique et féconde union.

Cette union. Messieurs, a été ingénieusement consacrée par M. de Montyon, mais elle n'a pas été inventée par lui; elle est contemporaine du génie humain. Honneur à qui lui rend hommage, malheur à qui la nie ou qui la brise! Les grandes pensées et les grandes actions viennent de la même source, se produisent aux mêmes conditions : il est donc assez simple qu'elles aient même tribunal, même récompense et même renommée. Les grandes actions, comme les grandes pensées, viennent du cœur, c'est-à-dire d'une conviction profonde s'emparant de toutes nos forces, dominant tous nos mouvements, fa\satL\.\.o\x\.ç,ow\<£v%^^

vers un même but, subordonnant toutes les satisfactions secondaires à une passion principale, le plus souvent unique ou absolue. G^est ainsi que se font tous les poèmes d'ici-bas, ceux de la fiction et ceux de la réalité. Tout ce qui divise le cœur affaiblit l'inspiration, et par conséquent diminue le rôle et la destinée de rhomme ; le doute n'est pas plus une Muse qu'une vertu ; le doute, quand il n'est pas une méthode, un préliminaire scientifique, n'est le plus souvent qu'une impuissance de l'esprit qui n'ose ou ne sait pas conclure, une défaillance de la volonté qui recule devant la persévérance ouïe sacrifice. Ceux-là seuls sont grands parmi les artistes, parmi les poètes et même parmi les politiques, qui savent se vouer et se dévouer.

La publicité de nos récompenses, présentée souvent comme une violence faite à la modestie, compagne inséparable de la vertu, ne mérite pas non plus, je le crois, les reproches qu'on lui adresse.

Oui, la vertu doit être modeste et pour ainsi dire ignorante d'elle-même, mais une société doit être fière de la vertu. L'humilité, qui sied bien à une personne vertueuse, deviendrait une coupable indifférence et de l'ingratitude dans une société si, sous prétexte de pudeur, elle craignait de signaler ce qui est beau et bienfaisant. Il faut au contraire proclamer le bien aussi souvent et aussi publiquement qu'on le peut : d'abord pour l'honorer, ensuite pour le propager. Ceux qui obtiennent vos récompenses ne les ont jamais sollicitées ; ils ne les ont pas même désirées ; voilà, Messieurs, la part de l'humilité. Mais vous à qui Ton signale ces actions longteiciçs ignorées et qui

croyaient l'être toujours, Totre rôle est de les disputer à l'obscurité, de les attirer au grand jour et de leur donner tout l'éclat dont vous pouvez disposer.

Nos vices, d'ailleurs, sont-ils eux-mêmes assez discrets pour imposer tant de réserve à nos vertus? Ni les provocations ni les amnisties ne manquent à nos mauvais penciiants ; pourquoi nos bons instincts ne rencontreraient-ils pas aussi quelquefois faveur et encouragement? Tout exemple est un aiguillon pour le bien ou pour le mal, toute situation a charge d'âmes : ne craignons donc pas de placer très en vue les modèles, d'élever très haut le but proposé à tous, dussent quelques-uns ne pas l'atteindre. Â l'oisif qui s'ennuie ou qui s'amuse trop, au riche qui prend naïvement le luxe pour un attribut de la distinction, au puissant qui ne connaît pas les limites ou les devoirs de la puissance, montrons ces vaillantes existences qui suffiraient à elles seules pour révéler l'immortelle et radieuse essence de l'âme humaine.

La première sur cette liste est Agathe Mahais, fruitière à Angers, et vous avez porté à deux mille cinq cents francs le prix que vous lui décernez.

Agathe Mahais manifeste dès la première jeunesse son penchant à la charité. Elle l'exerce d'abord envers sa famille ; orpheline à dix ans, elle s'occupe de ses jeunes sœurs; à vingt-huit ans, elle adopte cinq enfants de son frère, simple maçon, qui venait de perdre sa femme, les élève et les entoure de soins jusqu'au moment où elle les voit en état de gagner honorablement leur vie. Des mariages avantageux se présentaient pour elle, mais aucuxi ne i^otn\vv\^^ ^a.

géduire ; la vue des souffrances humaines attirait plus puissamment son cœur, et ce fut bientôt la charité qui l'envahit et l'occupa sans partage. Elle ne cessa plus de recueillir dans sa petite demeure, de nourrir, de vêtir des enfants, des jeunes filles qu'elle voulait retirer de la corruption. Durant tout le cours de sa vie, Agathe Mahais n'oublia jamais qu'une seule misère, ce fut la sienne.

Sa maison devint ainsi un hospice dans la véritable acception de ce mot; et pourtant elle n'a jamais demandé ni à la bourse d'autrui, qui se serait volontiers ouverte pour elle, ni au bureau officiel de bienfaisance, aucun secours ou subvention ; elle ne demande rien qu'à son propre travail, et elle met dans ses privations non sa fierté mais sajouissance. En été, elle se lève à deux heures ; en hiver, elle veille une partie de la nuit, de façon que son commerce ni son travail ne souffrent jamais des soins prodigués à ses hôtes. Quelques-uns l'aident, tantôt en gardant sa petite boutique durant son absence, tantôt en lui portant des légumes et des fruits ; mais d'autres la payent d'ingratitude : il en est qui lui dérobent le peu d'argent qu'elle gardait dans son tiroir pour leur propre entretien. Elle ne s'en plaint ni ne s'en irrite, prend quelques précautions de plus et pas une peine de moins. En 1852, elle avait recueilli jusqu'à sept pauvres à la fois, parmi lesquels était un jeune homme mourant d'une maladie de langueur et dont elle console la lente agonie avec toute la sollicitude d'une mère.

Bientôt ce sont les devoirs d'une fille qu'elle remplit durant plusieurs années çifes à^wn^i ^%.\îcsnc^ temme

PRIX DE Vertu. soi

octogénaire, qui s'éteiot dans ses bras en la comblant de bénédictions. Tant de bonnes œuvres à domicile n'épuisent point encore son zèle. A chaque instant on la réclame et elle court dans les quartiers les plus éloignés : ici elle porte le déjeuner à un enfant en apprentissage, là des remèdes à un malade, plus loin des secours et du linge à une pauvre femme en couches, à tous des paroles affectueuses, des encouragements et de divines espérances. Telle a été, Messieurs, telle est encore la vie d'Agathe Mahais, qui, quoique arrivée déjà à un âge avancé, n'a pas songé à une seule épargne. Je ne puis même vous promettre que la somme qu'elle devra à la générosité de M. de Monlyon et à votre choix la mettra désormais à l'abri des plus dures privations. Ceux qui lui ont annoncé la récompense que vous lui destiniez l'ont trouvée surprise, reconnaissante, mais point émue : Deux mille cinq cents francs^ a-t-elle dit, c'est une bien grosse somme pour moi qui n^ ai jamais rien possédé. Puis, comme en contemplation d'œuvres nouvelles : Voilà de t argent qui fera plaisir à bien du monde^ ajouta-t-elle, sans se douter de la beauté de ce mot. Je ne puis donc vous garantir, Messieurs, que vous aurez adouci les vieux jours de cette admirable femme, mais je vous garantis, sur sa parole, que vous aurez multiplié bien des consolations et bien des soulagements autour d'elle.

Deux seconds prix de deux mille francs chacun appartiennent àLéonie Silie et à Glotilde Bocquillon.

Nommée, très jeune, institutrice dans la commune de Fléchin, département du Pas-de-Calais, Léonie SiLiB commença par raccompUa^e«\e>^V cïjew^^\:t<è.

des devoirs de sa profession ; son dévouement pour ses jeunes élèves excita bientôt Tattention : on s'aperçut qu'elle ne leur donnait pas seulement Tenseignementy mais qu'elle partageait tantôt ses vêtements, tantôt son frugal repas avec les enfants les plus pauvres. En même temps, elle organise une réunion du dimanche pour les jeunes filles dont elle conserve la confiance au sortir de l'école, réunion qui se termine par une collecte pour les malades.

Au mois de novembre 1859, le feu consume une maison voisine. Mademoiselle Silie recueille les incendiés, à qui elle donne asile pendant tout l'hiyer, et elle prodigue ses soins à l'un d'eux durant une maladie de trois mois. Seule, dans toute la commune, mademoiselle Silie ne se souvient pas que cette famille, si généreusement recueillie, s'était signalée par une persévérante hostilité contre elle et avait mis des entraves à sa nomination. Peu à peu, elle devient l'auxiliaire habituel du médecin près des malades, du curé près des pauvres. A toute heure du jour, de la nuit, on invoque son secours, et jamais personne ne rencontre de l'indifférence ou un refus. Avec elle cependant il y a quelquefois des privilégiés ; ce sont ceux que dans une petite ville on appelle des ennemis, et qui ne sont habituellement que des jaloux. Un autre habitant de Fléchin, qui s'était rangé parmi les rares adversaires de mademoiselle Silie, semble bientôt atteint d'une maladie mortelle, c'est celui-là surtout qu'elle ambitionne de soigner ; mais comment dissiper ses préventions et s'approcher de ce lit de douleur? Elle se fait rendre compte des goûts du

paavre malade, elle lui envoie de loin les petites satisfactioos qu'il désire ; il en est informé malgré elle ; il en est touché, il veut lui exprimer du moins un affectueux regret pour le passé. Mademoiselle Silie ne lui répond qu'en parlant de l'avenir, du seul avenir qui mérite ce nom. Elle avait vaincu ses préjugés envers elle, elle triomphe aussi de préjugés plus graves, et, lorsque les yeux du malade se ferment, ils avaient entrevu la lumière, dont la charité est le plus pur reflet.

En 1865, la fièvre typhoïde compliquée d'un mal de gorge épidémique éclata dans la commune de Fléchin. Mademoiselle Silie va de l'école au chevet des malades, revient du chevet des malades à l'école, épuise ses forces sans sacrifier aucun devoir, et, quand cette première épidémie s'évanouit et que le repos va lui être rendu, c'est le choléra qui succède à la fièvre typhoïde. Le premier atteint est un ouvrier robuste âgé de quarante ans ; sa mère vole à son secours ; elle est frappée à côté de lui ; tous deux succombent en quelques heures. L'épouvante s'empare de la population. Beaucoup s'éloignent en hâte. Déjà, dans une commune de sept cents âmes, on compte soixante malades et quinze morts. Qui donc va tenir tête au fléau, se multiplier, se dévouer sans relâche? « C'est encore notre admirable institutrice, » vous écrivent les habitants de Fléchin ; elle porte et elle applique les remèdes, elle ensevelit les morts et leur rend les suprêmes devoirs. Près de chacun, elle trouve le moyen d'être toujours la première et la dernière, et, quand le sous-préfet de SaiioArOixi^T ^xxv^^

au secours de la commune, accompagné d'un médi cin et de sœurs de charité, pour seconder les effor du maire, c'est mademoiselle Silie qui les reçoit, qii les conduit à toutes les demeures, qui leur indiqoj toutes les souffrances. Tant que séyit le mal, on loi dit vainement : Soignez-vous, reposez-vous. Qaani le fléau a disparu et lorsque la mort a cessé de pland sur le pays, elle croit pouvoir accepter, durant id yacances, la cordiale hospitalité d'une famille qui de meure à cinq lieues de Fléchin ; mais à peine goàte t-elle les premières douceurs d'une affectueuse réa nion, qu'arrive une fatale nouvelle : le choléra \ reparu inopinément parmi ceux qu elle vient à quitter. On veut la retenir au nom de la raison, di la prudence , vain langage ! Elle ne le comprend n ne l'écoute, elle retourne précipitamment sur ses pas elle se reproche son absence; elle reprend, comme si véritable place, son poste au milieu du péril. Enfii l'épidémie a bien réellement disparu ; mais Tinquié tude et presque le remords demeurent dans Tàme d mademoiselle Silie, car il en est toujours ainsi ave ces héroïnes de la charité : ce n'est qu'en allant bici au delà du devoir, que de telles natures se senteo d'accord avec elles-mêmes. Pour elles, Tidéal net pas dans l'imagination^ mais dans la conscience, e lorsque nous admirons les actes accomplis, elles se tonnent de notre admiration et ne fixent leurs re gards que sur de nouveaux sacrifices.

Glotilde BocQUiLLON n'avait que seize ans lorsciu ses parents, vieux, infirmes et bientôt frappés de pa ralysie, tombèrent à sa charge. Son frère aîné, épi

ptique, réclamait plus de secours qu'il n'en pouvait ïrir; et ses sœurs idiotes, quelquefois furieuses, valaient maltraiter tantôt leurs parents, tantôt leur sur. Sans doute Qotilde avait tous les instincts de

charité ; elle cherchait, elle aimait les malades et s pauvres ; mais ce qui a surtout rempli sa vie, c'est tte longue et infatigable lutte contre la plus terrible ss infirmités humaines, la privation de toute raison, ue de consolations, que d'encouragements Thomme 3 puise-t-il pas dans un regard ami, dans un sourire, ins un serrement de main! Mais consacrer une exisnce entière à qui ne s'en aperçoit pas, ne jamais en* ndre une parole d'affection ou de reconnaissance, inner pour donner, aimer pour aimer, puiser dans n seul cœur son courage, sa persévérance, sa réimpense, quel héroïsme d'abnégation ! Si l'on nous ^mandait quel est en ce monde le dévouement le us méritoire, ne répondrions-nous pas volontiers :

dévouement qu'ignorera toujours celui qui en est )bjet. Eh bien. Messieurs, c'est le dévouement de Lotilde Bocquillon ; et voilà pourquoi vous lui acirdez un de vos premiers prix, quoique nous ayons 3ur règle de considérer comme le simple accomplistment d'un devoir naturel tout ce qui se renferme xns le cercle de la famille.

Trois médailles de mille francs chacune sont offerts à Rosalie Foissac, à Aglaé Delon et à Marie Dubesne.

Fille d'un chapelier de Saint-Affrique et l'ainée de uinze enfants, Rosalie Foissac est entrée, dès l'âge de ^eizeans, au service d'une maison riche ; mais bie^l^si

tlude§ et Soareoin» ^^

le chef de celte famille perd une place lucrative ; des spéculations malheureuses achèvent sa ruine, et la jeune servante passe la nuit à coudre des gants afin de procurer, moyennant un léger salaire si péniblement gagné, du pain à ses anciens maîtres. Cependant elle apprend que son père et sa mère fléchissent sous le poids de l'entretien et de l'éducation de quatorze enfants. Elle revient près d'eux, elle les soulage dans leurs travaux et dans leurs soins. Grâce à son habile activité, une certaine aisance rentre dans sa famille, elle en profite aussitôt pour appeler près d'elle deux petites nièces orphelines ; mais elle ne se contente pas de préserver les siens des souffrances de la misère et des souffrances, plus poignantes encore, de rinconduite, elle trouve moyen d'étendre sa charité au dehors de sa maison. Une malheureuse jeune fille, dévorée par un mal hideux, est reléguée sur la paille d'une écurie; Rosalie Foissac la visite, panse ses plaies, les guérit et lui rend une condition honorable. Un ancien tailleur de la ville a rebuté la commisération publique; par ses violences, il s'est fait expulser de l'hospice de Saint-Afifrique ; Rosalie brave ses injures, triomphe de ses emportements, l'amène au repentir, à la résignation, et lui ferme les yeux après avoir du moins guéri son âme. Enfin, son père et sa mère, presque octogénaires, ne peuvent plus garder leur modeste chapellerie. Rosalie redouble de tendresse et de dévouement pour leur vieillesse et leur permet à peine de s'apercevoir de leurs infirmités croissantes. Aussi, Messieurs, décernez-vous votre première médaille de mille francs à cette vi«

de labeurs et d^abnégation, qui n*a pas cessé de rayonner au loin, par l'action et par l'exemple, enseignant à tous l'inépuisable fécondité de ce christianisme, qui se venge de tant d'attaques par tant de bienfaits et dans lequel toutes les vertus s'alimentent réciproquement, l'amour de la famille conduisant à l'amour de l'humanité, l'amour de l'humanité réchauffant et développant encore l'esprit de famille.

Mademoiselle Aglaé Delon habite la ville de Nemours, département de Seine-et-Marne. Dans des conditions d'origine plus favorables que Rosalie Foissac, elle a été cependant réduite par des malheurs domestiques à un revenu presque insuffisant pour son propre entretien, mais elle a compté pour rien les plus dures privations personnelles. Elle se plaît à rechercher les enfants orphelins ou abandonnés, elle les nourrit, eUe les loge, elle les instruit jusqu'à ce qu'elle les ait mis en état de pourvoir à leur propre existence. La ville de Nemours est témoin, depuis plus de vingt ans, de ce zèle inépuisable et de ces adoptions qu'envierait l'amour maternel lui-même. C'est une sorte d acclamation unanime et deux fois renouvelée qui a dicté votre choix.

Marie Duchesne n'a jamais quitté son humble village de Bonnœuvre, près de Saint-Mars-Laj aille, en Bretagne. Née dans la pauvreté, destinée à être secourue plutôt qu'à secourir, Marie Duchesne n'aurait jamais été signalée à l'attention publique, si son curé, frappé à la fois des qualités de son cœur et des dons de son intelligence, ne lui avait dit un jour : « Je suis vieux, je suffis à peine aux devoirs de moiiiSMàsXfe^^,

les enfants de ma paroisse languissent dans Tignorauce, notre budget est trop pauvre pour fonder des écoles : dévouez-vous et devenez institutrice. » Lorsqu'on lui tenait ce langage, en Tannée 1842, Texcellente fille avait vingt-huit ans ; elle savait à peine lire, elle ne savait nullement écrire et n'avait jamais entendu parler d'arithmétique. Elle avait donc à apprendre tout ce qu'on voulait qu'elle enseignât. Le désir de son vénérable curé lui parut un ordre de la Providence; Marie Duchesne se mit à l'œuvre, travailla comme on travaillerait sous l'empire d'une ardente ambition; en moins de deux ans, au mois de septembre 1844, elle seprésentaità l'examen, recevait le brevet d'institutrice, méritait plus tard deux médailles pour les succès de son école, et aujourd'hui l'inspecteur d'académie joint une chaleureuse recommandation à celle des plus hautes autorités du département de la Loire-Inférieure. Une telle vocation, en de si touchantes circonstances, mériterait presque à elle seule une de vos médailles, mais vous êtes bien sûrs que Marie Duchesne ne s'en est pas tenue là. En effet, ses élèves les plus pauvres sont ses enfants adoptifs, les vieillards infirmes de la paroisse sont ses amis préférés ; ses récréations ne se composent que des œuvres d'une sœur de charité ; ses promenades mêmes ont toujours un but : soit la découverte de plantes médicinales, soit une excursion dans la forêt voisine, celle du marquis de Rochequairie, pour Tapprovisionoement de tous les foyers pauvres ; son repos même, plus utile que la fatigue de beaucoup de gens, est encore une récolte et une aumône.

L'exemple de M. de Montyon ne contribue pas seulement à encourager et à seconder les bonnes œuvres, il suscite aussi des fondateurs. Un respectable habitant de Versailles, M. Souriau, a mis, par son testament, TAcadémie en mesure d'ajouter une nouvelle médaille de mille francs à ses prix annuels. Nous décernons cette année le prix Souriau à Anastasie Gaudin.

Je me retrouve encore ici en face de compatriotes. J'ai eu l'honneur de connaître personnellement ceux dont je reçois la douce mission de vous entretenir. J'ose donc espérer que vous me pardonnerez, si j'en parle comme un témoin et même comme un ami.

Lorsque le voyageur le plus indifférent à nos révolutions parcourt les rives de la Loire limitrophes de l'Anjou et de la Bretagne, tout l'invite à s'arrêter dans la petite ville de Saint-Florent-le- Vieil : la beauté du paysage, la grandeur des souvenirs historiques, la majesté pathétique d'un monument chefd'œuvre du sculpteur David. Ce monument, dû à un ciseau républicain, est destiné cependant à honorer la tombe, à perpétuer la mémoire d'un des généraux de la Vendée. C'est que Bonchamps était un de ces caractères que respectent et qu'admirent tous les hommes animés eux-mêmes de convictions sincères; c'est que mourant il a poussé un de ces cris qui retentissent dans la postérité, — que n'a-t-il retenti naguère au delà de l'Atlantique ! — « Grâce aux prisonniers, Bonchamps l'ordonne, » et cette dernière parole du héros est la seule inscription de sa tombe.

Tout près de l'église de Saint-Floreul, ejjaiiî^^î&ftYa:^^

cet illustre tombeau, vivait et mourut un soldat qui avait suivi Bonchamps dans vingt-deux combats, qui Pavait soutenu dans ses bras mortellement blessé, et qui, s'élançant après avoir reçu son dernier soupir, oui avait porté au dehors Tordre sublime de son général et lavait fait entendre partout avec ce même sentiment d'ardeur généreuse qui l'avait inspiré. En 1815, la Restauration avait donné à M. Lebrun une charge d'huissier, peu lucrative dans cette contrée, et une pension de 300 francs sur le ministère de la guerre. Quelque modique que fût cette petite rente, Lebrun ne l'avait point sollicitée ; il fut même étonné de recevoir une pension un peu supérieure à celle de plusieurs autres Capitaines de paroisse. Un de ses camarades avait été oublié ; Lebrun écrivit aussitôt au ministre de la guerre, le priant avec instance de lui retrancher cent francs et de les reporter sur la tête de son ancien compagnon beaucoup plus âgé que lui. i Le ministre s'y refusa. M. Lebrun ne murmura point, ' mais prit aussitôt le parti de les donner lui-même, et les versait chaque année avec une joyeuse exactitude. En 1830, la gêne de la famille Lebrun fut cruellement aggravée : M. Lebrun n'avait pas prêté serment au nouveau pouvoir. 11 s'était privé ainsi du même coup de sa charge d'huissier, de sa pension, et, ce qui lui fut peut-être le plus pénible, du bonheur d'assister son vieux compagnon d'armes. Il se trouvait dès lors presque dénué de toutes ressources, chargé de l'éducation de ooze enfants. 11 avait pour unique servante Anastasie Gandin. Elle ne voulut point se séparer de cette noble détresse, e\.,\o\^a^v>!^\SL\^Q\ktde

PRIX DE VERTU. ail

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quelques années M. Lebrun eut encore la douleur de perdre sa pieuse et courageuse femme, Anastasie Gaudin se consacra plus entièrement que jamais à toute la famille. Chacun des nombreux enfants a reçu de cette brave fille tous les soins de la tendresse maternelle, et chacun commença dès lors à Thonorer et à l'aimer comme sa propre mère. Puis, quand les années s'appesantirent sur la tête de M. Lebrun, elle redoubla de dévouement, de vigilance, et souvent se refusait à toucher ses modestes gages, toujours fixés à soixante francs, comme ils Tavaient été au premier jour de son entrée dans la maison. A mesure que les enfants de M. Lebrun avaient grandi, ils avaient tous pourvu à leun propre existence d'une façon très honorable, mais modeste. Plusieurs offrirent à leur père de le recevoir dans leur ménage à Angers ou à Nantes, mais il fallait s'éloigner du tombeau de Bonchamps, près duquel il allait s'agenouiller soir et matin ; il fallait perdre de vue cette maison de pêcheurs sur les bords de la Loire où il avait recueilli le dernier vœu de son général. M. Lebrun préféra demeurer à Saint-Florent en redoublant de privations toujours partagées et toujours adoucies par la sollicitude d' Anastasie Gaudin. A son insu même, elle faisait entrer dans l'humble ménage le fruit de ses travaux personnels. Un jour, M. Lebrun avait exprimé le très vif regret de ne pouvoir garder quelques mois près de lui un de ses petits-enfants, qui était son filleul. Anastasie Gaudin lui persuada que la dépense quotidienne n'en serait point augmentée, et qu'il pouvait en toute sûreté s'accorder celle jovx\^ç»^tvr.^ ^^V^^-

nelle. C'est qu'à cette époque elle était propriétaire d'une centaine de francs amassés en filant assidi^ment, durant de longs hivers, avec cette adresse particulière aux femmes de l'Ouest et qui figure déjà dans) l'histoire de la Bretagne pour la rançon de Du Gues-i clin. Anastasie Gaudin réservait cette petite somme pour le cas de quelque maladie imprévue de son maître ; la santé florissante de M. Lebrun la rassurant, elle consacra à la joie ce que la soufiTrance n'avait pas réclamé. Les économies de la pauvre servante donnèrent quatre ou cinq mois de bonheur au vieil aïeul, qui répétait sans cesse à ses amis : « Anastasie est une ménagère si habile que j'ai pu garder mon petit-fils tout ce temps, sans que ma pauvre bourse s'en soit aperçue; son industrie fait vraiment des tours de force. » Le bon vieillard ne se trompait que d'un mot; ce n'était pas l'industrie qui avait fait le miracle, c'était l'afTection.

Ainsi vécut M. Lebrun durant de longues années, également inébranlable dans sa foi politique et dans une modération bienveillante. 11 savait honorer tout ce qui conservait un caractère honorable ; il fut honoré lui-même durant toute sa carrière par les hommes les plus distingués de tous les partis. Personne non plus ne sépara de cette estime la pauvre servante que vous couronnez aujourd'hui. A ses moments de repos et pour toute distraction, elle filait au coin d'une cheminée, la plupart du temps sans feu, tandis que son maître, assis sur une chaise de paille dans l'embrasure d'une fenêtre au niveau de la rue, lisait quelque livre de piété, ou, en évitant aie s»^ xvotcvov^^ V\vir.\!cvfe.\3ci^^

causait avec ses amis des anciennes campagnes de la Vendre, et personne ne pouvai contempler sans émotion ce tableau du dévouement veillant en silence sur la fidélité.

M. Lebrun avait atteint sa quatre-vingt-neuvième année, et Anastasie Gandin se flattait de le conserver encore de longs jours, car Dieu permet, grâce lui en soit rendue, qu'au milieu des plus poignantes inquiétudes, de douces illusions se mêlent toujours à la triste prévoyance, et le cœur de l'homme espère plus longtemps que sa raison. Cependant, le 12 février 1866, au moment où, avant le jour, il se levait pour aller, comme à l'ordinaire, commencer sa journée dans l'église de Saint- Florent, il fut saisi d'un soudain évanouissement et s'éteignit, sans agonie, en quelques heures. Il mourut entouré de la vénération de tous ceux qui avaient été témoins de son courage toujours calme, de sa résignation toujours douce, de sa sérénité toujours égale, quelle que fût la carrière ou l'opinion sur laquelle il eût à s'exprimer. Une telle mémoire ne pouvait manquer de protéger l'humble servante près de l'Académie, qui donne elle-même un utile exemple, l'exemple de cette haute impartialité, également éloignée de la passion politique exaltant outre mesure ce qui la flatte et des préjugés mesquins dénigrant ce qui ne flatte pas la victoire ou la fortune du moment.

Les médailles de cinq cents francs nous ramènent à M. de Montyon. Nous pouvons cette année en distribuer quinze. L'énumération complète en serait troc longue ; le choix entre elles serait troc ôlVIÇlc.^^. ^^ ^"Cûr

prunterai donc au livret publié par TAcadé quelques noms seulement, et pour ainsi dire, hasard.

Pierre Teulé d'abord, artilleur de la garde en nison à Versailles. J'ai hâte de le nommer, car pourrait croire que les hommes sont exclus de ce ble concours. En 1855, durant l'expédition de Grimé le duc de Noailles parlant à cette place demandai aux applaudissements unanimes d'un public éna que le prix de vertu militaire fût décerné à notre mée ; le même prix au besoin lui appartiendrait ei core, et nous avons souvent pour gage des qualit du champ de bataille les qualités, plus difficiles pe être, de la garnison. Teulé, soldat depuis vingt a sert dans la garde, et réside par conséquent dans villes où le plaisir est le plus attrayant et le plus cile. Cependant il lui a refusé sa jeunesse, son teinpi| et son argent. Il n'a qu'une pensée, soulager de M ses parents forcément délaissés. Il leur consacre noi seulement sa paye, mais le modique salaire qu'il continue à gagner au régiment comme ouvrier taillear. Dès qu'il a amassé dix francs, le brave canonnierle) transforme en bon sur la poste et les envoie joyeuse- 5 ment au pays natal. Ces bons sur la poste sont relettf depuis quatorze ans et attestés par son colonel. U nous est chaleureusement aussi recommandé p>f notre confrère de l'Académie des sciences morales, M. Bersot, bon connaisseur en sacrifices, et noos sommes heureux de récompenser une fois de 1^ l'amour filial, si naturel compagnon de l'amour i» \ drapeau.

larie Gabory, de Saint-Quentin en Manges, ya f u'à se dépouiller de ses vêtements pour réchaufou pour vêtir ceux qu'elle croit encore plus pau- $ qu'elle.

larie Viala, à force de sollicitude, arrache ses pats à la mendicité et répond à ceux qui s'inquiètent /"épuisement de ses forces : « Ne craignez rietij Dieu m'a pas faite pour moi seulement, et il saura bien soutenir. »

ean Vagosch, pauvre charpentier d'Hilbesheim, pte d'autres ouvriers dénués et invalides, eanne Lescop, qui, dans la commune de Saintrien, près de Guingamp, a transformé depuis irante-sept ans son humble demeure en école, digue, en outre, aux plus petits enfants les soins [lutieux d'une salle d'asile, ^ugustine Laseince se constitue le guide et le soua d'un aveugle, à Paris, dans le faubourg Sainttoine.

tfarie Lerosier, d'isigny (Calvados), est l'émule Lnastasie Gaudin dans la fidélité domestique. Maintenant, Messieurs, ma tâche ou plutôt la vôtre

accomplie. Vous avez recherché, vous avez pesé îc une scrupuleuse attention les actes qui font bonar à notre pays; puisse désormais cette bienfaisante ssion grandir et se développer encore! Vous venez

couronner des individus; Dieu veuille que vous ez bientôt à couronner des peuples! Vous venez de dclamer les noms de quelques-uns de nos concifens qui ont bien mérité de la France, en assistant 1rs semblables; puissiez-vous un jonT ^\^v\c^ ^\^

reconnaissance du monde les princes ou les nati( qui auront le mieux mérité de Thumanilé! Une tribution de prix n^est plus aujourd'hui la fête jeune âge seulement; elle devient Tambition deTI mûr et la récompense des monarques aussi bien celle des citoyens. De jour en jour les nations s'ac tument davantage à se visiter, à s'étudier, à se pénî trer les unes les autres. 11 n'est plus de concours ai jourd'bui qui n'aspire à devenir universel; pui donc la vertu profiter aussi de ce progrès et eit trer dans cette ardente émulation I Puissent bientM d'un pôle à l'autre, les sentiments généreux se trf duire en institutions indépendantes et durables^ d» miner l'égoïsme des intérêts et l'antagonisme partis! Puissent les masses participer à la plus graiK somme de bien-être possible, sans perdre les saioi habitudes ni le goût du foyer domestique ! Puisse k dignité de toutes les classes s'élever par la dignité di toutes les consciences! enân, l'autorité et la libertés réconcilier sous les auspices du respect, de ce resped qui meurt quelquefois faute d'aliments plutôt que faute de vitalité! Partout aujourd'hui les hommag[es et les promesses sont prodigués à la paix, mais les actes se dirigent toujours vers la guerre et les sanglants défis ne paraissent point toucher à leur déclin. Souhaitons que, d'année en année, les hostilités séculaires, les luttes nationales se transforment en rivalité! plus dignes de notre siècle, plus conformes aux leçon! de l'expérience. Le monde, soyez-en sûrs, ne man querait, dans cette arène nouvelle, ni de concurrent ni de juges ; car, il faut le dire à l'éloge de l'homme,

- le succès réblouit, si Taudace Fentraine, si la for- ^e le subjugue, la vraie grandeur seule Témeuty exalte et Tattache. Faites passer devant lui le despo- Qune victorieux, la violence heureuse, le triomphe l^usté ; il contemplera ce cortège, il s'inclinera peuttre, mais son âme restera froide et sa bouche muette, aites apparaître la justice, Thonneur, la clémence, à pitié ; alors les cris jailliront du cœur, les applauissements ne s'évanouiront pas dans Fair comme un ain bruit, et les actions dignes de mémoire naîtront m ces heures d'enthousiasme. Si ce vœu n'était point ne utopie, l'Orient cimenterait alors avec l'Occident ne alliance qui changerait la face du globe ; le Cé- 3ste Empire raserait sa vieille enceinte de murailles K>ar ouvrir un vaste horizon à la science vraie et à la ivilisation sincère; l'islamisme, qui jusqu'à ce jour le nous a emprunté qu'un habit, emporterait des lords de la Seine, de la Tamise et du Danube le salut le la Grèce et l'émancipation des chrétiens; en Eu- "^ope les oppresseurs tendraient affectueusement la nain aux opprimés et ne soufiTriraient plus ni murnures étouffés ni larmes secrètes ; la race la plus forte nommerait la plus faible : ma sœur, etles conquérants le se borneraient pas à respecter les moulins ; l'Amérique ne se contenterait pas d'abolir l'esclavage, elle în effacerait les derniers vestiges dans les mœurs lussi bien que dans les lois. Mais qui peut en ce moment jeter son regard vers TAmérique sans l'y arrêter? Fout à l'heure la poésie en deuil va saluer l'image de Lincoln. Ce qu'elle ajoutera un jour, c'est que des clameurs qui paraissaient irrésistibles demandèrent

3i8 ÉTUDES ET SOUVENIRS.

au vainqueur Timmolatioa du vaincu ; c'est que successeur de Lincoln aima mieux compromettre u popularité que souiller une cause, et que la iéte i Jefferson Davis fut sauvée. Voilà la vraie grandeon voilà ce que doivent méditer le succès qui n'a pal toujours le droit de s'appeler la victoire, et le patriotisme qui ne veut pas être confondu avec la vengeance; voilà ce que l'histoire et sa philosophie doivent re vendiquer sans cesse, afin que le sentiment de lareS' ponsabilité devienne de plus en plus présent à la conscience publique, afin que la puissance et la force se sentent de plus en plus contenues par les freins rnir sibles et sacrés de Tordre moral. Les académies ne comptent pas parmi les corps politiques, mais elles odI voix consultative dans la sphère des sentiments et des idées. Qui voudrait les taxer de témérité, quand elles poussent l'esprit public dans une voie où, depuis plusieurs siècles, elles n'ont cessé d'exercer une noble initiative? Puissent-elles contribuer encore aux progrès qu'il ne leur appartient pas de décréter! Puissions nous voir bientôt le prix international de h vertu annoncé par le Moniteur des deux mondes! Qu'il soit fondé par la paix, décerné par la liberté, et que ce soit la France qui Tobtienne !

SOCIÉTÉ d'agriculture, SCIENCES ET ARTS D'aNGERS

Messieurs,

Après Téloquent tribut de reconnaissance et de regrets déjà rendu à la mémoire du comte de Quatrebarbes, le seul hommage digne de se faire entendre aujourd'hui serait le récit complet et détaillé de cette noble vie. Malheureusement les matériaux d'une si instructive biographie ne sont pas encore à notre disposition, et M. de Quatrebarbcs, plus préoccupé de l'éternité que de Fimmortalité, n'a rien préparé pour son éloge, se contentant de le mériter, ou plutôt n'y songeant même pas.

Cependant, contrairement à ce qui suit les morts ordinaires, mais comme il arrive après les existences grandement remplies, le temps éveille plus de souvenirs, révèle plus de belles actions qu'il n'en efface, et tout permet d'espérer qu'un travail vraiment à la hauteur du sujet achèvera de consacrer la mémoire de

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notre cher compatriote. En attendant ce moment définitif, veuillez, Messieurs, accueillir avec une patiente indulgence une esquisse qui aura du moins toute la fidélité, toute la ressemblance que peuvent | imprimer Taffection la plus vraie et le plus profond 1 respect.

La généalogie des Quatrebarbes est trop connue pour qu'il soit besoin d'en faire mention. Les docu- .^ ments les plus authentiques la constatent, et la singularité même du nom en décèle la chevaleresque origine ; mais ce qu'il importe de remarquer ici, c'est que jamais nom ne fut mieux porté et jamais tradition de famille plus glorieusement perpétuée. Il n'est pas jusqu'à la noblesse de la stature et des traits qui ne soit demeurée une sorte d'apanage dans cette vieille maison. Saint-Simon, qui, on le sait, ne flatte personne, dit, à la mort d'un Quatrebarbes, son contemporain, qui portait le titre de marquis de la Ron- | gère et fut le chevalier d'honneur de Madame : « C'était un fort honnête homme..., de taille et de visage à se louer sur le théâtre pour faire le personnage des héros et des dieux *. »

Théodore de Quatrebarbes se sentit tout naturellement appelé à la vocation des armes. Un brillant examen l'introduisit à Saint-Cyr ; il compléta ses études à l'Ecole d'État-Major, puis fut envoyé dans l'armée d'occupation qui demeura sur le territoire espagnol après la délivrance du roi Ferdinand VIL

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