‹ Études et souvenirsChapitre 4 sur 34 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

des huguenots, il en eût été question dans la correspondance secrète de Cha;:'les IX et de Philippe II, S( lequel poussait, conjointement avec le duc d'Albe, s au triomphe complet du parti catholique. Quand on lira les dépêches, les instructions du roi d'Espagne et son joyeux étonnement sur la Saint-Barthélémy, il sera impossible de ne pas rester convaincu qu'il n'y avait dans cet événement rien de préparé ; qu'une force de choses spontanée, invincible, l'opinion du peuple, obligea Charles IX à sanctionner plutôt qu'à, méditer ces sanglantes journées. Dans les récits de cette catastrophe, on n'a pas assez distingué l'approbation donnée à un fait accompli et la volonté qui le prépare. »

Il ne reste plus qu'une objection aux accusateurs opiniâtres des souverains pontifes : ce sont les réjouissances ordonnées à Rome à la nouvelle du massacre. Premièrement, l'initiative de ces réjouissances partit du cardinal de Lorraine, qui reçut les premières dépêches le septième jour de septembre, et, dès le lendemain, rendit de publiques actions de grâces au ciel dans l'église de Saint-Louis-des-Français.

Secondement, de quoi se félicitèrent le cardinal de Lorraine et la cour de Rome? D'un triomphe soudain, inattendu des catholiques sur les protestants : triomphe qui ne fut présenté nulle part dans le premier moment sous ses véritables couleurs et avec le caractère de la perfidie et du massacre, mais comme le résultat d'une conflagration inopinément allumée par suite de l'attentat des Guise contre l'amiral Coligny, ou comme la répression d'une tentative des

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huguenots contre la personne même du roi. Les dépêches parties de Paris variaient selon le degré sympathie et d'intimité préexistant entre la cour France et la cour à laquelle on s'adressait; mais toutes sont uniformes en ce point qu'aucune ne laisse percer ^ le moindre aveu de préméditation ou de guet-apens. ^ On sait d'ailleurs quelles appréhensions sur le retour ^ d'hostilités de la part des huguenots, Pie V léguait à * son successeur, appréhensions justifiées par des fait» notoires et que partageaient les esprits les plus clair- ^ voyants de cette époque. On sait aussi que la cour de Rome n'hésita point à se féliciter des victoires de Jarnac et de Moncontour, après y avoir envoyé ses soldats, et l'on peut reconnaître qu'elle s'associa sincèrement aux démonstrations du cardinal de Lorraine, sans qu'il en résulte la moindre preuve d'une connivence antérieure.

La présence du cardinal de Lorraine à Rome ne détruit-elle pas d'ailleurs, à elle seule, l'accusatioa d'une trame savamment ourdie? S'il y a complot, oD ne peut supposer qu'il y soit étranger ou indifférent et, dans ce cas, son poste est à Paris, au centre des conseils, au centre de la lutte. Dans le cours de sa carrière, il ne cesse de se montrer l'agent le plus actif de la haute politique du catholicisme. C'est lui qui prononce les acclamations du Concile de Trente; c'est lui qui en poursuit l'introduction dans le royaume de France, qui fait échouer le colloque de Poissy et se montre partout l'àme de la maison de Guise, comme les Guise eux-mêmes se montrent invariablement les héros de l'armée catholique. Or.

LA SAINT-BARTHÉLKMY. . ■;; 25

gue fait le cardinal de Lorraine à la veille de la Saint-Barthélémy, c'est-à-dire, dans l'hypothèse des accusateurs, à la veille du coup le plus décisif qui dût être porté aux huguenots? 11 s'éloigne! Il apprend, dans le courant du mois de mai, la mort de Pie V et part immédiatement pour aller s'enfermer dans un conclave. 11 avait, dira-t-on, un intérêt puissant au choix du nouveau Pape : d'accord; mais, à peine hors de Paris, il sait.que l'élection a été consommée sans lui, en un seul jour. Pourquoi ne pas rétrograder? Quel motif impérieux l'attire encore vers l'Italie? Cependant il continue sa route, il fuit le théâtre des événements dont il emporte avec lui l'inutile secret ; et, ce qui devient de plus en plus inexplicable, il emmène à sa suite, pour une expédition lointaine contre les Turcs, le jeune Charles de Mayenne et les champions les plus intrépides de la maison de Guise.

Remarquons enfin que les mêmes historiens qui se plaisent à charger le parti catholique de leurs anathèmes ne manquent jamais de prodiguer au cardinal de Lorraine les reproches les plus outrageants d'ambition insatiable, de captation incessante, d'émulation infatigable pour disputer à ses rivaux et à Catherine de Médicis elle-même la prééminence dans toutes les cabales de ce funeste règne. Or, comment concilier de tels reproches et de tels actes? Comment expliquer à la fois l'ardeur à préparer le crime et l'insouciance au moment de le commettre? Comment expliquer la dispersion des plus actifs d'entre les Guise, à l'heure où celte famille touche, selon ses adversaires, à l'accomplissement des plus vastes et

des plus redoutables desseins ? Qu'importait que Charles de Mayenne et ses vaillants amis fussent à 1 ce moment sur les flottes de Grèce et de Syrie? De quel prix, au contraire, n'eussent-ils pas été à Paris, à la tête de l'odieuse mêlée où se serait joué en une seule nuit l'enjeu de cette illustre race?

Laissons donc de côté maintenant les souverains pontifes, Rome et les cardinaux, pour examiner les | allégations plus restreintes qui aggravent encore, avec une déplorable exagération, la culpabilité des principaux personnages de la catastrophe.

M. Capefigue attribue la Saint-Barthélémy à une ^ force de choses spontanée, et il ajoute * : |'

(( Mais quand on a écrit l'histoire de cette époque, on a parlé d'ordres secrets, de nobles réponses de quelques gouverneurs et particulièrement du vicomte d'Orthes. 11 y eut sans doute des gouverneurs qui empêchèrent les émotions populaires, qui sauvèrent les victimes de la réaction ; ils firent alors ce que les âmes fermes et élevées font toujours en révolution; ij ils s'opposèrent aux excès des masses. Mais en tout ' ceci il n'y eut rien d'écrit, rien de répondu, parce qu'il n'y eut rien de commandé. »

A ces assertions formelles, M. Capefigue néglige de joindre ses preuves, et même les différentes éditions de son travail présentent quelques contradio l^ tions en cet endroit : essayons, en adoptant son point , de vue, de le compléter par notre propre enquête.

Oui, les historiens du dernier siècle, sur la parole

le nôtre vit encore bien plus qu'il ne rimait impudemment falsifié, travesti Thistoire du cle, en haine du catholicisme : rien ne leur pour refaire à priori le long drame de cetle et le réduire, pour ainsi dire, à deux rôles : clique, toujours persécuteur, sans équité, sans es ; Tennemi du catholique, de quelque nom pare, toujours noble victime et magnanime . Et, ce qu'il y a de plus inconcevable, ce n'est lie étonnante entreprise, c'est son étonnant De façon qu'aujourd'hui il n'y a sorte de téges, de preuves et de démentis dont il ne entourer pour faire un simple retour à la )Ur les événements les plus saillants de cette e notre histoire.

passé à l'état de chose jugée, dans beaucoup s, que l'attrait seul du paradoxe invite à conlujourd'hui l'authenticité des ordres envoyés irles IX dans toutes les provinces, pour assurer ice le massacre des huguenots, ns alors sur quels fondements sont étayés le ï du dix-huitième siècle et le prétendu parai dix-neuvième.

les IX, débordé par les factions intérieures de aume, averti des coalitions étrangères qui le t sur toute' la frontière d'Allemagne, tourne ixiété ses regards vers l'Angleterre. Il ne néen pour enlever cet appui à la ligue protesît Catherine met enjeu toute son habileté pour sr l'habileté non moins artificieuse d'Elisabeth, i offre d'abord la main de son fils victorieux^

le duc d'Anjou, et, ce premier projet ayant échoué, elle se croit sur le point de réussir à faire agréer en j} son lieu et place le duc d'Alençon. Rattacher les pro- . testants aux catholiques à Paris par le mariage du j prince de Navarre avec la sœur de Charles IX, neu- f< traliser les protestants en Angleterre en donnant à [< Jieur reine un époux catholique, également issu de la ^ maison royale de France, voilà le plan de Catherine, i de 1566 à 1572 ; voilà cette politique qui avait débuté j par le colloque de Poissy, c'est-à-dire la transaction . entre les doctrines, qui se reproduit quelques années ; plus tard par les mariages mixtes, c'est-à-dire la j transaction entre les personnes. Pour arriver à ce ; double but, il faut surtout caresser la susceptibilité d'Elisabeth qui professe, avec ostentation, la religion nouvelle et prend chaudement en main la cause des sectaires de France. La Saint-Barthélemv, venant faire explosion à travers des négociations si délicates, sera-t-elle annoncée à Londres sans prévoyance et sans ménagement? Livrera-t-on au hasard d'une première indignation des intérêts concertés avec tant d'art et de si longue main ? Enfin, puisqu'on a songé, dit-on, à semer des avertissements anticipés par toutes les provinces, à livrer le mot d'ordre à tous les gouverneurs, puisqu'on expose cette confidence capitale à tant d'indiscrétions possibles, à tant d'intermédiaires douteux, qui repoussent également par écrit ces odieuses ouvertures, craindra-t-on en même temps d'envoyer par chiffre, en terre étrangère, à l'abri de toute surprise, une seule dépêche à un ambassadeur, surtout à l'ambassadeur qui réside à Londres, et qui

poursuit si laborieusement les bonnes grâces d'Elisabeth?

Eh bien, toutes ces dépêches diplomatiques sont imprimées aujourd'hui. Qu'on les ouvre. Jusqu'à la Teille de la Saint-Barlhélemy on trouve une correspondance minutieuse, journalière entre la cour du Louvre et son représentant Lamothe-Fénelon ; mais onn'y trouvepas une ligne, pas un mot qui fasse pressentir le massacre des huguenots. Tout au contraire, les assurances de pacification, les témoignages de sincérité y abondent tellement que, le trentième jour d'août, l'ambassadeur, complètement prisau dépourvu par les premières rumeurs qui pénètrent dans le public, expédie en toute hâte un exprès vers le roi pour lui peindre son embarras et solliciter des instructions.

CGLXXIl» DEPESCHE «.

Du XXX® jour d*aoust 1572. Au Roy.

Sire, ainsy que M. de la Mole estoit prest à partir, jeudy matin, pour aller retrouver Vostre Majesté, le premier courrier qae m^aviez dépesché le dimanche xxiiij® de ce raoys arriva icy sans aulcun pacquet, parce qu'en passant à la Rye, où il ^toit venu descendre au partir de Roan, les officiers du lieu ayant desjà veu arriver six ou sept bateaux des gens de la nouvelle religion de Dieppe, toulz épouvantez de la soubdaine sédition de Paris, prinrent la dépesché qu'il m'apportoit et renvoyèrent incontinent à la Royne, leur mestresse, qui ne me Ta Uicores renvoyée, parce qu'elle est bien loing d'icy. Et le dict

1. Recueil des Dépêches^ Rapports^ Instructions et Mémoires des ambassadeurs de France en Angleien-e et en Ecosse pendant le fisième siècle, conservés aux archives du royaume et publiés pour I première fois sous la direction de M. Ch. Burton Cooper. Paris, *echener 1840.

sieur de la Mole ne layssa pour cella de partir, Taprès-dînée, 1 avec l'entier discours de toute la négociation qu'avions faicte t jusques allors. Et le soir mesme vint le segond courrier, qui es- h toit party de Paris le mardi xxvj", par lequel, Sire, il vous a pieu me mander le regret que Vostre Majesté avoit que la sédition de ceulx de la ville n'estoit encores appaisée, et que je ne parlasse aulcunement des particullarités, ny de l'occasion d'icelle, jusques à Taultre procheine dépesche, que Vostre Majesté me feroit le jour ensuyvant. En quoy j'estime. Sire, que ^ vostre troisième pacquet m'arrivera plus tost que l'on ne |m'aura rendu le premier, et par ainsy je parleray sellon *, icellui, et non sellon l'aullre. f

Et néantmoins je vous veulx bien dire, Sire, que tout ce | royaulme est desjà plein de la nouvelle du faict, et que l'on Tin- l terprète diversement sellon la passion d'ung chacun plus que fa sellon la vérité; dont je vous suplie très-humblement de vou- *; loir faire capable l'ambassadeur d'Angleterre des mesmes cho- |: ses que me commandez d'en dire icy, affin qu'il y ayt confop- ': mité de ses lettres à mon parler ; car cella importe beaucoup. Et tout ainsy que je pense bien qu'ungtel accidant muera assez la forme des choses par dellà, je voy que l'on en est desjà ici en telle altération qu'il faudra, à mon ad vis, qu'on recommance une nouvelle forme d'y procéder de vostre costé ; et ne pouvant encores bien discerner comme elle aura à se faire, je laysseray toutes les choses du passé en quelque suspens, jusques à ce que, par celles qui sont freschement survenues, nous pourrons cognoistre comment nous gouverner vers celles d'après...

CCLXXIIlo DÉPESCHE

Du ij® jour de septembre 1572.

Au Roy.

Sire, aussytost que les officiers de la Rye, qui avoient prins f le pacquet que Vostre Majesté m'envoyoit par Nicollas le chevaulcheur, l'ont heu apporté en ceste court, ceulx de conseil, %'festant bien courroucés à eulx de la faulte qu'ils avoient faicte de me l'avoir retardé, me l'ont incontinent remandé par le sieur de Quillegrey, avec plusieurs bien honnestes excuses, et m'ont faict prier que je leur fisse sçavoir si ce qu'ilz avoient ouy de tant de meurtres advenus à Paris estoit chose véritable, et si

M. de Walsingam y avoit prins nul mal. A qiioy, pour leur satisfaire, j'ay communiqué au dict sieur de Quillegrey la première lettre de Vostre Majesté, du xxvj® du passé, etluy ay dict que je n'avois rien davantage de tout le dict faict de Paris, sinon que le chevaulcheur qui esloit venu assuroit que, depuis icelle escripte, et avant qu'il montast à cheval, il avoit veu la sédition bien allumée par la ville, et qu'il sçavoit certaynement que monsieur TAmiral et plusieurs aultres de la nouvelle religion estoient mortz, mais n'avoit entendu d'où celia es toit procédé; et quant à M. de Walsingam, il croyoit qu'il n'avoit nul danger, parce que ceulx de Paris estoient assez bien instruicts qu'il falloit en toutes choses toujours respecter les ambassadeurs. Je croy, Sire, qu'il a esté fort à propos que le dict S' Quillegrey et M« Wilson, maistre des requestes de ceste Royne, qui aussi m'est venu trouver de la part des seigneurs de ce conseil SOT ceste occasion, ayent veu la dicte lettre, affîn d'os ter aux ungs et aux aultres l'impression qu'ilz avoient que ce fust ung acte projecté de longtems, et que vous heussiez accordé avecques le Pape et le Roy d'Espaigne de faire servir les nopces de Madame, vostre sœur, avec le roy de Navarre, à une telle exécution, pour y attraper à la foys toutz les principaulx de la dicte religion assemblés ; ce que la dicte lettre monstre combien vostre intention a esté esloigné de cella, et combien le cas a esté fortuit et soubdein.

Je voy bien, Sire, que tout ce royaulme en est merveilleusement esmeu, et qu'on met en suspens le propos de monseigneur le Duc, celluy du commerce, les entreprinses de Flandres et toutes aultres choses, jusques à ce que l'on ayt l'entier esclaircissement comme la chose a passé, et à quoy se résouldra maintenant Vostre Majesté de l'entretenement de l'édict de paciffîcation

Ensuite l'ambassadeur rend compte de son audience et représente en ces termes Tattitude d'Elisabeth :

CGLXXIV» DÉPESCHE.

Du xiiij® jour de septembre 1372.

Au RoY.

Elle s'est advancée dix ou douze pas pour me ï^c^^n^^vî >

avec une triste et sévère, mais toutjours fert humayne façon; et m*ayant mené à une fenestre à part, après s*estre ung peu excusée du dellay de mon audience, elle m'a demandé s'il estoit possible qu'elle peust ouyr de si estranges nouvelles, comme on les publioit, d'ung prince qu'elle aymoit et honoroit, et auquel elle avoit mis plus de fiance qu'en tout le reste du monde.

Je luy ay respondu. Sire, qu'à la vérité je me venois condouloyr infinyement avec elle, de la part de Vostre Majesté, d'ung extrême et bieng lamentable accidant, où vous aviez esté contrainct de passer, au plus grand regret que de chose qui vous fust advenue despuis que vous estiez né au monde. Et luy ay racompté par ordre, tout le faict, sellon l'instruction que j'en avoys ; adjouxtant aulcuns advertissementz que j'ay estimé bien nécessayres pour luy fère toucher que, par l'apréhension de deux extrêmes dangers, qui estoient si soubdeins qu'il ne vous avoit resté une heure entière de bon loysir pour les remédier, et dont l'ung estoit de vostre propre vye et de celle de la Royne, vostre mère, et de messeigneurs voz frères, et l'autre d'un inévitable recommancement de troubles, pires que les passez, vous aviez esté contreinct, à vostre plus que mortel déplaysir, non-seulement de n'empescher, mais de laysser exécuter, en la vie de monsieur l'Amiral et des siens, ce qu'ils préparoient en la vostre, et courre sur eulx la sédition qui leur estoit déjà dressée, après toutesfois n'avoyr obmis ung seul office de bon Roy envers son subject, nul de cordial seigneur et maistre envers son bien aymé serviteur, que vous ne les heussiez toulz rendus à monsieur l'Amiral en sa blesseure, comme s'il heût esté vostre propre frère ; et aviez encores auparavant faict vers luy et vers ceulx de la nouvelle religion mille sortes de faveurs et de bon entretenement, de sorte que vous vous condoliés davantage avec elle de la perverse intention et horrible ingratitude qu'ilz avoient uzée vers vous ; de quoy aulcuns d'eux, premier que de mourir, avoient confessé qu'ilz estoient justement punis pour avoir conjuré contre leur prince naturel ; finablement, que vous vous condoliez d'avoir esté contreinct de vous laysser couper un bras pour saulver le reste du corps, et que vous vous assuriez. Sire, qu'elle auroit douleur de cestuy vostre accidant, et ayderoit, en tout ce qu'elle pourroit, de vous en relever et de modérer vostre regrect...

Elle soubdein m'a réplicqué qu'elle creignoit bien fort que ceux qui vous avoient faict abandonner voz naturelz subjectz,

vous feroienl hhà délaysser une telle bonne amye, estrangère comme elle vous estoit, et que la promesse et sèrement que luy aviez faict de vostre amityé ne fussent assez suffizant rempart contre leurs persuasions; toutesfoys qu'elle me promectoit d'accomplir vers Vostre Majesté tout ce dont je l'avoys requise, et vous prioit que, pour l'amour d'elle, vous voulussiez aussi fère deux choses qui serviroient à vostre justiffication ; l'une, d'esclaircir de mesmes les aultres princes et potentatz de la Chrestienté, de l'occasion que vous avez heue contre ceulx-cy, affin qu'ilz demeurent bien édiffiez que ce n'a esté nullement de vostre costé que la foy et promesse ont commancé de se rompre ; la segonde, que vous mainteniez à ceulx de la nouvelle religion qui n'ont esté de la conspiration, vostre édict, et que les rassuriez de l'espouvantement qu'ilz ont pour cest accidant de Paris ; et qu'elle trouvoit bon que je tinsse à ceulx de son conseil les semblables propos que j'avoys faict à elle, parce qu'on parloit fort estrangement de ce qui estoit advenu, et que ses subjects estimoient de ne pouvoir plus trouver de seurté ny en vous ny en vostre royaulme ; et qu'il y en avoit qui ozoient dire que les mariages qu'on avoit mis en avant avoient esté projectez pour dresser une semblable partie en Angleterre.

Je luy ay respondu que la considération de l'amityé et de la confédération d'entre Voz Majestez estoit chose de telle importance, qu'il n'y avoit celluy qui vous ozast jamais conseiller de vous en départir. Et, quand aux choses qu'elle vous requéroit, i'estimois que vous les accompliriez entièrement, sellon que je pouvois cognoistre que vostre intention n'en estoit éloignée, et que vous inclineriez tousjours fort volontiers à ses honnestes conseilz qu'elle vous donneroit, et qu'au reste je sçavois qu'il n'y avoit rien qui ne fust très sincère au pourchas de son mariage, ayant receu de vos lettres, du jour auparavant la blessure de monsieur l'Amiral, par lesquelles Vostre Majesté et la Royne vostre mère, et monseigneur le Duc, m'en fesiez la plus honnorable et expresse mencion du monde

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